ROSIMOND

 

Il fit, suivant l'usage de l'époque, ses premières armes en province. Il vint à Paris en 1670 et fut engagé au théâtre du Marais, dont il devint assez vite le meilleur acteur. Après la mort de Molière, il entra au théâtre du Palais-Royal, que l'illustre défunt avait dirigé, et débuta le 3 mars 1673 par le rôle d'Argan, dans le Malade imaginaire, avec un succès qui se renouvela dans tous les rôles de l'emploi de l'auteur du Misanthrope. Il jouait aussi les valets, aux grands applaudissements du public. Rosimond passa, en 1673, au théâtre de la rue Mazarine, et fut conservé dans la troupe lors de la réunion des comédiens de l'hôtel de Bourgogne avec ceux de la rue Mazarine (25 août 1680). C'était un homme instruit et spirituel, « mais il eût fait sagement, remarque un contemporain, de se borner à jouer des comédies sans perdre son temps à en composer. » Comme auteur dramatique, on lui doit : le Duel fantasque ou les Valets rivaux, comédie en un acte et en vers de huit syllabes (théâtre du Marais, 1668) ; le Nouveau festin de Pierre ou l'Athée foudroyé, tragi-comédie en cinq actes et en vers (1669) ; l'Avocat sans étude, comédie en un acte et en vers (1670), pièce qui resta longtemps au répertoire des théâtres de province, sous le titre de l'Avocat savetier ; la Dupe amoureuse, comédie en un acte et en vers (1670) ; les Trompeurs trompés ou les Femmes vertueuses, comédie en un acte et en vers (1670) ; le Quiproquo ou le Valet étourdi, comédie en trois actes et en vers (1671) ; le Volontaire, comédie en un acte et en vers (théâtre de la rue Mazarine, 1676). Aucun de ces ouvrages ne dépasse une honnête médiocrité. En 1680, il publia, sous le nom de Dumesnil (Jean-Baptiste), une Vie des saints pour tous les jours de l'année (Desprez, Paris, in-4°). Ces travaux et surtout le dernier attestent une vie rangée et livrée à l'étude. Faut-il croire, sur la foi d'une note manuscrite d'un M. de Tralage, que Rosimond fut un ivrogne fieffé, devenu énorme à force de boire, et que le jour de son enterrement son cabaretier s'écria, les larmes aux yeux, qu'il perdait à sa mort plus de 800 livres de rente ? Rosimond avait formé la plus belle collection de pièces de théâtre imprimées qui existât à Paris ; mais, après son décès, elle fut entièrement dispersée. Comme ce comédien, mort presque subitement, n'avait pas eu matériellement le temps de demander les secours de l'Eglise, il n'en obtint pas les cérémonies qu'elle accorde aux fidèles qui meurent dans son sein. Le Père Lebrun nous apprend, dans son Traité des spectacles, que Rosimond fut enterré sans clergé, sans luminaire et sans prière, dans un endroit du cimetière de Saint-Sulpice où l'on mettait les enfants morts sans baptême. L'homme qui avait écrit la Vie des saints méritait d'être traité plus favorablement.

 

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1876)