Jeanne Florentine BOURGEOIS dite MISTINGUETT
chanteuse, actrice de théâtre et de cinéma et
danseuse française
(95.Enghien-les-Bains, 03 avril 1875-78.Bougival, 05
janvier 1956)
Née de parents commerçants, elle eut
très tôt le désir de « s'évader de sa condition ». Le moyen le plus accessible
lui semble être le spectacle : elle prend des leçons de violon, de chant
classique, d'art dramatique. Mais elle s'y ennuie. Baptisée Miss Helyett, Miss Tinguette, enfin
Mistinguett par le revuiste Saint-Marcel, elle débute
en 1885 au Trianon-Concert avec Max ah c'que t'es rigolo.
Puis effectue un « long stage » à l'Eldorado (1897-1907) : « Entrée
comme gigolette, j'en sors prête à être vedette. » Elle a appris à tenir la
scène, et à suppléer à son insuffisance vocale par un jeu de mimiques
vigoureux. Elle découvre alors la forme de spectacle qui lui sied : « C'est
parce que je voulais échapper au tour de chant que je me suis lancée dans la
comédie. Il se trouve que mon tempérament aidant, le mélange des deux a fini
par donner le music-hall. » Le succès de la valse chaloupée, qu'elle crée avec
Max Dearly au Moulin Rouge (1909), fait d'elle une
vedette, que celui de la valse renversante jouée aux Folies-Bergère avec
Maurice Chevalier (1912) consacre définitivement. Après une halte due à la
guerre, elle fait sa rentrée en 1917 avec Chevalier : ils deviennent « le
couple ». Les exigences de Chevalier, qui aspire à voler de ses propres ailes,
vont bientôt entraîner leur séparation. Et pourtant Chevalier restera « son
homme », qu'elle s'efforcera de retrouver dans chacun de ses partenaires (Earl Leaslie, Lino Carenzio, Georges Guétary...) : «
J'ai toujours pensé que pour réussir un bon spectacle de music-hall, il fallait
un couple. » De 1919 à 1923, féconde période, elle crée successivement les
revues Paris qui danse, Paris qui jazz,
Paris en l'air, En douce, avant que de jouer aux Etats-Unis, où elle était
connue comme l'interprète de My man (Mon
homme), et en Amérique du
Sud. De retour l'année suivante, elle lance son « bonjour Paris » : « bonjour
la Miss », lui répond le public du Casino de Paris. La revue Ça c'est Paris (1926) est un sommet de
sa carrière. A partir de ce moment, devenue « propriété nationale »
(Colette), elle put tout se permettre, sans craindre de n'être pas suivie : en
1948, à l' A.B.C., à 75 ans, elle jouait encore les petites marchandes de
fleurs.
Pour
comprendre et apprécier cette constance dans le succès, il faut avoir vu
l'artiste en scène. En effet, les
chansons prises hors de leur contexte perdent de leur pouvoir de suggestion :
la voix nasillarde, l'interprétation pas toujours convaincante n'auraient pas
suffi à les imposer ; Mistinguett n'en avait cure :
On dit que
j'ai la voix qui traîne
en chantant mes rengaines
c'est vrai
lorsque ça monte trop haut, moi je m'arrête
et d'ailleurs on n'est pas
ici à l'Opéra
(C'est vrai). Tous ses succès sont des rengaines issues de ses
revues : Mon homme (1920), J'en ai marre (1921), En douce et la Java (1922), Ça c'est
Paris (1926), C'est vrai (1935),
etc., écrites et composées par leurs auteurs (Jacques-Charles,
Albert Willemetz pour les paroles, José Padilla, Maurice Yvain pour la musique). Qu'elles se
rattachent à la tradition de la « chanson réaliste » ou qu'elles participent de
la vogue exotique du moment, elles ont pour fonction d'illustrer une des
facettes du personnage « môme » de Paris à la bourse plate mais à l'esprit
bien accroché, femme meurtrie, accorte soubrette ou grande dame triomphante. Ce
personnage qui très vite est identifié à la Parisienne : « Cette tragédienne
qui résume notre ville parce que sa voix poignante tient des cris des marchands
de journaux et de la marchande de quatre-saisons » (Jean Cocteau). A moins que
ce ne soit le contraire : incarnant la Ville, elle lui prête son visage.
Coqueluche des caricaturistes, qui s'acharnaient à mettre en valeur « son nez
en trompette », « ses jolies gambettes » et son dentier inattaquable,
produit d'exportation, valeur sûre à la bourse des chansons, Mistinguett était
d'abord et avant tout une « reine » du music-hall. Elle donnait toute sa mesure
comme meneuse de revue. Empanachée ou en loques, charlestonnant
d'une manière endiablée ou hurlant sa douleur. Surtout, elle avait le sens du
public, le don de le mettre en joie par ses reparties gouailleuses : c'est avec
lui qu'elle jouait, qu'elle aimait. Sa maîtrise sur scène était le résultat
d'un travail de longue haleine : « A force d'assiduité, je suis devenue nature
», aimait-elle à répéter. Elle avait fini par symboliser, avec Chevalier, toute
une époque du music-hall et de la chanson. Mais pour elle, jusqu'au dernier de
ses jours, cette époque n'était pas encore à l'imparfait : ses mémoires (Toute
ma vie), rédigés en 1954, finissent ainsi : « Soudain le téléphone
sonne :
- Allô Miss,
que dirais-tu d'une petite tournée en Amérique du Sud ?
Ma voix se brise. Je ne peux plus parler. Allons, on pense encore à moi, on
ne m'a pas trouvé de remplaçante. J'étrangle quelques larmes et je
réponds :
- D'accord,
je suis prête, quand est-ce qu'on répète ? »
filmographie
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Fleur de pavé (1910)
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les Misérables (1913)
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Mistinguett détective (1917)
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la Glu (1926)
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Rigolboche (1936)