Charles François GOUNOD

 

compositeur et chef d’orchestre français

(75006.Paris, 17 juin 1818-92.Saint-Cloud, 18 octobre 1893)

 

fils de François Louis Gounod et de Victoire Lemachois ; ép. 1852 Anne Marie Zimmermann, fille de Pierre Zimmermann

 

 

Il était issu d’une famille d’artistes; son père était un peintre de talent et sa mère, ancienne élève de Louis Adam pour le piano et de Joseph Hüllmandel pour l’accompagnement, était une excellente musicienne ; elle confia son fils à Anton Reicha, qui lui fit commencer en même temps l’harmonie et le contrepoint. Admis, après la mort de Reicha, au Conservatoire dans les classes de Halévy, Berton et Lesueur, Gounod y acheva ses études et remporta le prix de Rome en 1839. L’Italie lui révéla la polyphonie palestrinienne, l’Allemagne lui offrit l’occasion de se lier avec Felix Mendelssohn-Bartholdy et sa soeur Fanny ; ceux‑ci le familiarisèrent avec le génie de Bach, de Mozart et de Beethoven, qui demeurèrent toujours ses maîtres favoris. D’abord attiré par la musique religieuse, le jeune lauréat compose une messe pour l’église Saint‑Louis‑des‑Français et jette les esquisses d’un oratorio, d’un Te Deum et d’un Requiem. De retour à Paris, il accepte le poste d’organiste et maître de chapelle à l’église des Missions étrangères et ajoute à ses occupations musicales des études de théologie; il porte même la soutane pendant quelques mois (1847-1848), mais il sent bientôt qu’il lui serait impossible de vivre sans son art, et, rentré dans le monde, voit sa carrière s’ouvrir au théâtre sous les auspices de Pauline Viardot, qu’il avait naguère rencontrée à Rome. Sur un livret d’Emile Augier, il écrit Sapho, qui fut représentée à l’Opéra, en 1851, avec un succès médiocre. L’année suivante, il épouse Anne, fille du célèbre professeur du Conservatoire Pierre Zimmermann, et il est nommé directeur de l’Orphéon de la Ville de Paris ; Eugène Scribe lui offre le livret de la Nonne sanglante, et Ponsard l’occasion d’écrire une charmante musique de scène pour la tragédie Ulysse; malgré leur nouveauté poétique, les qualités de la mélodie et de l’harmonie, aucun de ces ouvrages, loués pourtant par Hector Berlioz, n’a pleinement réussi. La Messe de sainte Cécile (1855), qui offre un curieux mélange du style profane et du style sacré, celle des Orphéonistes furent, dès leur apparition, fort appréciées. Le Médecin malgré lui (1858), exquise et spirituelle comédie musicale, semble avoir été écrite avec la plume de Mozart. C’est avec Faust que Gounod a conquis une gloire et une popularité définitives. Créée d’abord au Théâtre‑Lyrique en 1859, puis entrée dix ans plus tard à l’Opéra, l’immortelle partition, qui valut à son auteur d’être élu à l’Institut en 1866, continue de parcourir triomphalement les deux mondes depuis. En revanche, Philémon et Baucis, la Reine de Saba, la Colombe, Cinq‑Mars, Polyeucte et le Tribut de Zamora n’ont jamais pu se maintenir à la scène ; mais Mireille (1864) et Roméo et Juliette (1867) ont remporté à la première représentation un succès incontesté. A côté de ces opéras, il faut mentionner la musique de scène d’un drame de Legouvé, les Deux Reines de France, et celle de la Jeanne d’Arc de Jules Barbier. En dehors de la musique de théâtre, on remarquera le psaume Près du fleuve étranger (1860), Gallia, lamentation inspirée par les malheurs de la France en 1870‑1871 et composée pendant le séjour de l’auteur à Londres, 13 Messes, 2 Requiem, quantité de motets pour chœurs, solistes ou duos avec orchestre ou orgue, des recueils de cantiques, des pièces de piano et d’orgue, des chœurs, de nombreuses mélodies, dont plusieurs sont universellement connues : le Rossignol, Sérénade, le Soir, le Vallon, Venise, des pièces symphoniques, de la musique de chambre et des cantates de circonstance. On doit encore à Gounod écrivain une Autobiographie (1875), Mémoires d’un artiste (1859‑1877), et un livre sur le « Don Juan » de Mozart (1890). Après la chute du Tribut de Zamora (1881), Gounod consacra exclusivement son art à sa foi ; composant dans l’enthousiasme une trilogie sacrée : Rédemption (1882), bientôt suivie d’un grand oratorio en 3 parties : Mors et vita, dont l’Angleterre eut, en 1885, la primeur sous la direction de Hans Richter. Une messe de Pâques (1885), une autre « à la mémoire de Jeanne d’Arc » (1887), la « messe de Clovis » et celle « en l’honneur de saint Jean‑Baptiste de La Salle » portent le témoignage d’un retour à Palestrina et au chant grégorien. Il entreprit aussi la composition d’un drame lyrique et mystique sur les amours d’Héloïse et Abélard : Maître Pierre, demeuré inachevé et inédit. La dernière œuvre de l’auteur de Faust est un Requiem à la mémoire de l’un de ses petits‑enfants ; il venait d’en terminer l’orchestration lorsqu’il fut frappé de la congestion cérébrale qui devait rapidement l’emporter. Egalement chef d’orchestre, il dirigea les orchestres de l’Opéra et de l’Opéra-Comique. Contemporain de Richard Wagner, Gounod, créateur par le sentiment, a su échapper à l’emprise impérieuse du maître de Bayreuth pour donner à la musique française, à l’époque où régnait encore sur nos théâtres l’opéra cosmopolite, un coeur nouveau, une jeunesse radieuse, une tendre et pénétrante poésie. Doué d’un sens très juste et très profond de la déclamation lyrique, infaillible dans le choix des mélodies, des harmonies et des sonorités de l’orchestre, il trouvait spontanément l’accent vrai, simple et naturel qui convient à l’expression de l’amour. « La mélodie, disait‑il, sera toujours l’expression la plus pure de la pensée humaine » ; c’est précisément parce qu’il « a exprimé en mélodies caractéristiques des états d’âme familiers à la généralité qu’il a remporté les succès qui ont fait sa gloire » (Paul Dukas). Les oratorios et la musique religieuse de Gounod ont perdu de leur nouveauté depuis la diffusion universelle des chefs‑d’œuvre de Palestrina, Vittoria, Monteverdi, Schütz, Bach et Händel ; mais on ne peut plus entendre Faust, Mireille ni Roméo et Juliette, sans reconnaître que leur auteur a été, au XIXe s., l’une des forces de renaissance de la musique française.