LE LEVER
(Charles Gounod [1842] / Alfred de Musset [extrait de Premières Poésies])
Assez dormir, ma belle !
Ta cavale Isabelle
Hennit sous tes balcons.
Vois les piqueurs alertes,
Et sur leurs manches vertes
Les pieds noirs des faucons.
Vois écuyers et pages,
En galants équipages,
Sans rocher ni pourpoint,
Têtes chaperonnées,
Traîner les haquenées,
Leur arbalète au poing.
Vois bondir dans les herbes
Les lévriers superbes,
Les chiens trapus crier.
En chasse, et chasse heureuse !
Allons, mon amoureuse,
Le pied dans l'étrier !
Oh ! sur ton front qui penche,
J'aime à voir ta main blanche
Peigner tes cheveux noirs ;
Beaux cheveux qu'on rassemble
Le matin, et qu'ensemble
Nous défaisons les soirs !
Allons, mon intrépide,
Ta cavale rapide
Frappe du pied le sol,
Et ton bouffon balance,
Comme un soldat sa lance,
Son joyeux parasol !
Mets ton écharpe blonde
Sur ton épaule ronde
Sur ton corsage d'or ;
Et je vais, ma charmante,
T'emporter dans ta mante,
Comme un enfant qui dort !