Coeur de Marsouin
(musique
de Georges KRIER, paroles de Félix MORTREUIL et Georges KRIER)
C’était un gars de l’Infant’rie d’ marine
Un brav’ marsouin mais un cerveau brûlé
Quand il mettait le pied à la cantine
On était sûr qu’il allait se saouler
Quelques Pernods lui faisaient la main leste
Et pour un rien il cherchait des raisons
Accompagnant le mot avec le geste
A ses copains il flanquait des horions
Dernièr’ment un excès de boisson
Lui coûta quinz’ jours de prison
C’était un mauvais caractère
Il voulait qu’ tout lui soit permis
Pourtant il était très sincère
Et bon avec tous ses amis
Là-bas, au fond de l’Indochine,
Pour sa gloir’, son cœur, sa valeur
Et quelques trous dans la poitrine
Il eut un jour la croix d’honneur.
Il disait en jurant pendant l’emprisonnement
Si l’on m’embêt’ comm’ ça eh bien ! j’ fich’rai mon camp !
Dans sa prison un télégramme arrive
Sa pauvre mèr’ vient de mourir, hélas !
Il en reçut une émotion très vive,
Car il voudrait la serrer dans ses bras.
Au colonel, humblement, il demande
Un’ permission pour aller l’enterrer,
Mais l’officier répond à sa demande
Qu’étant punit rien n’ peut être accordé.
N’écoutant que son cœur qui bat,
Le soldat s’évade et s’en va
Quinze jours après voilà qu’on l’arrête
Le Conseil de Guerre va l’ juger
Le colon lui dit : « ah mauvais’ tête
Comment pourrais-je vous corriger.
La compagnie de discipline,
Là-bas on vous fera marcher ;
La croix qui brille sur cett’ poitrine
Un jugement va vous l’arracher
Allons un bon mouvement n’ayez peur de parler
Je veux savoir pourquoi vous vous êt’s évadé »
Je suis parti pour votre barbarie,
De ne pas m’avoir accordé un instant,
Car ma vrai mère ce n’est pas ma Patrie,
Mais celle qui m’a donné le jour en souffrant.
Aux Colonies bien que petit de taille,
J’ai combattu sans peur et sans merci,
J’ai fait mon devoir sur le champ de bataille,
Avec ma mèr’ j’ai voulu l’ faire aussi.
Pour aller l’embrasser encor,
J’aurais bravé même la mort !
Tout seul, j’ai conduit au cim’tière
La pauvr’ vieill’ qui n’avait plus qu’ moi,
J’ai, pour ell’, dit une prière
Et mis des fleurs au pied d’ sa croix.
J’ai dit : « Adieu ! ma bonne mère,
Je vous quitt’ pour l’éternité.
Mon colonel, je suis sincère,
Condamnez-moi si j’ai fauté.
L’ colon ému lui crie : « à l’unanimité,
Pour ce beau fait, soldat, vous êtes acquitté ! »