Adolphe BÉRARD

 

chanteur français

(84.Carpentras, 09 août 1870-75010.Paris, 01 avril 1946)

 

 

Petit, inélégant, affecté de surcroît d'un léger strabisme, ce surprenant chanteur fut pendant plus d'un quart de siècle une des gloires du music-hall français.

 

Dès 1899 il est un des piliers de l'Eldorado et il ne cessera d'être en demande qu'avant le milieu et même la fin des années vingt (Bobino, 1928, à cinquante-huit ans). Son répertoire n'a qu'un but : émouvoir les foules et...  il émeut. On raconte que, certains soirs, son public était si enthousiaste qu'il dételait son cabriolet pour le ramener à force de bras dans le Faubourg Saint-Martin où était sa résidence. Si son apparence manque de charme, sa voix, elle, porte : on l'entend sans problème jusqu'au dernier rang ! De romances d’amour simples (Lison, Lisette), il passait aux grands morceaux de genre (Gaby, J’ai vendu mon âme [au diable]) jusqu'aux puissants mélodrames dont les arguments étaient tirés de faits divers (C’est ma payse [paysanne]) ou de drames de l’océan (l’Océan, entre autres) comme cet inoubliable Loup de mer :

 

Le sauveteur noie les deux naufragés

il avait reconnu l'amant de sa femme.

 

Pendant la Grande Guerre, il a triomphé dans toutes les salles de Paris avec le Père la Victoire, les Cuirassiers de Reichshoffen, Verdun, on ne passe pas, Chargez !, le Rêve passe, l'Étendard étoilé de même que les succès d’Amiati.

 

Ses plus grands fleurons demeurent ces drames mélodramatiques dont le plus grandiose restera sans doute le Train fatal que Georgius n'hésita pas à parodier admirablement avec son Roule, roule sous-titré « drame de la voie ferrée ».

 

On serait cependant injuste de laisser sous-entendre que le répertoire de Bérard était limité à ces chants plus ou moins patriotiques ou à ces chansons mélodramatiques (même s'il en a créés et chantés une quantité énorme) : sa voix, celle hélas qu'on n'a pu enregistrer qu'avec les moyens de l'époque, pouvait - selon tous les témoignages - facilement être comparée aux ténorinos ou chanteurs de charme du temps.

 

La fin de Bérard fut triste. Il mourut, vieillard solitaire, entouré d'oiseaux.