des Sciences
pures et
appliquées
FONDATEUR : Louis
OLIVIER, DOCTEUR ÈS SCIENCES
1910
Librairie Armand Colin
5, rue de Mézières, Paris
§ 2. - Physique
Une nouvelle méthode d'inscription phonographique. - On sait
que le procédé jusqu'ici en usage pour enregistrer et reproduire les sons
consiste à tracer dans une plaque, à l'aide d'une pointe, des courbes
sinueuses à allure latérale ou verticale, qui, par l'intermédiaire d'une
pointe reliée à une membrane, reproduisent les vibrations acoustiques originales.
M. B. Gwozdz, à Schöneiche, près Berlin, vient d'inventer un nouveau procédé où l'inscription phonographique se fait à l'aide d'un ruban de papier, déplacé à une vitesse uniforme et sur lequel une membrane exposée aux sons produit par compression un dépôt plus ou moins abondant de graphite. Pour reproduire les sons ainsi inscrits, on fait passer le ruban de papier à la même vitesse près de deux contacts électriques disposés au voisinage immédiat l'un de l'autre et dont le circuit comporte un appareil de reproduction, c'est-à-dire un téléphone ou un électro-aimant agissant sur une membrane, de façon que les deux contacts, touchant simultanément le dépôt de graphite, ferment à travers celui-ci le circuit électrique. Or, comme le dépôt de graphite introduit dans le circuit une résistance variable suivant sa densité (c'est-à-dire suivant les sons enregistrés), l'appareil de reproduction est actionné par un courant dont l'intensité varie d'accord avec cette résistance variable, c'est-à-dire suivant l'inscription acoustique.

Le dispositif d'inscription, représenté par la figure 1, comporte le ruban de papier 1, dévidé par le rouleau 2 à une vitesse et à une tension uniformes, en passant sur une table 4 à rebords prismatiques. Au-dessous de ce ruban de papier, est disposé un style de graphite 6, pénétrant à travers la table 4 et monté de préférence sur un axe 7 à contre-poids 8. Au-dessus du ruban de papier 1 se trouve une membrane 9 recevant les sons à inscrire, à l’aide d'un entonnoir acoustique 10 ou d'un électro-aimant inséré dans le circuit téléphonique. Cette membrane est reliée à l'extrémité libre d'un levier 13, oscillant autour du point 12 et qui, sur sa face inférieure, porte une plaque ou un prisme 14, appliqué continuellement contre le style de graphite tournant 6. C'est ainsi qu'un trait de graphite uniforme s'inscrit sur le ruban.
Aussitôt que la membrane 9 est mise en vibrations, celles-ci sont communiquées aux leviers 13 et à la plaque 14, et la pression normale se trouve tantôt augmentée, tantôt diminuée, d'accord avec chaque vibration acoustique. Ces alternatives d'augmentation et de diminution de pression se traduisent par un dépôt de graphite plus ou moins abondant, de façon que les différentes portions du ruban de papier opposent des résistances électriques variables.

A la station
réceptrice (fig. 2), le ruban de papier 1 portant le dépôt de graphite est
déplacé à vitesse uniforme en passant sur un prisme triangulaire 25, contre
lequel viennent appuyer deux ressorts de contact 26, 27, insérés dans un
circuit qui comporte la source de courant 28 et un appareil de reproduction
approprié (par exemple, un téléphone) 29. L'un des ressorts 26 se trouve
immédiatement au-dessous de l'arête du prisme triangulaire sur le ruban de
papier ; l'autre repose immédiatement sur l'arête à peu de distance du premier,
de façon que le dépôt de graphite établisse le courant électrique à travers
leur intervalle. Or, la résistance du dépôt graphitique, qui, nous l'avons dit,
varie en raison inverse de sa densité, correspond aux vibrations acoustiques
communiquées à la membrane 9 (fig. 1). Aussi l'intensité du courant traversant
le circuit subit-elle des modifications dues à ces variations de résistance et
qui, dans le téléphone, rendent les vibrations acoustiques originales.
La source de courant 28 fournit du courant continu ou alternatif ; dans ce dernier cas, la fréquence doit être assez élevée pour que l'oreille humaine n'entende plus le courant dans le récepteur téléphonique.