COMPTES RENDUS

DES SÉANCES

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.

 

 

SÉANCE DU LUNDI 19 JANVIER 1914.

PRÉSIDENCE DE M. P. APPELL.

 

 

 

PHYSIQUE. – Agrandissement ou réduction des phonogrammes. Note (1) de M. Georges A. LE ROY, présentée par M. d’Arsonval.

 

Les phonogrammes, c’est-à-dire les sillons ou tracés, produits sur la cire (disque ou cylindre) par l'action des ondes sonores (voix, musique, etc.) dans un appareil phonographique disposé pour enregistrement, peuvent être agrandis ou réduits par le procédé suivant, qui est purement physico-chimique, et exclut les moyens uniquement mécaniques du genre pantographique, jusqu'à présent seuls connus pour réaliser les agrandissements ou réductions des phonogrammes.

Il faut tour d'abord observer que, selon nous, ce dit procédé physico-chimique est par ses résultats supérieur aux procédés pantographiques, parce qu’il exclut l’emploi d’organes mécaniques (leviers, stylets, etc.) qui, par leurs réactions et vibrations propres, altèrent toujours les vibrations phonographiques qu'ils ont à amplifier ou à réduire pantographiquement.

D'autre part, ce procédé physico-chimique améliore les sonorités phonographiques. En effet, il permet de pratiquer l'enregistrement initial sur cire dans des conditions de sonorités convenablement modérées et graduées, qui, par là même, évitent les vibrations parasitaires nuisibles, engendrées dans les enregistrements phonographiques classiques, pratiqués avec des intensités sonores volontairement exagérées, dans le but d'obtenir, ipso facto, un tracé phonographique initial très accentué.

Par l'emploi de ce procédé physico-chimique, il est donc possible d'enregistrer à basses sonorités, puis de rétablir sur la ou les épreuves amplifiées, les hautes sonorités voulues, non altérées par les sonorités parasitaires pantographiques.

Inversement, la réduction physico-chimique du tracé phonographique initial permet de ramener, soit celui-ci, soit un tracé amplifié (et amélioré comme il vient d'être dit) à la « basse sonorité », tout en réalisant, d'autre part, le tassement du tracé initial sur une surface très restreinte.

Le procédé d'amplification ou d'agrandissement est basé sur les propriétés de dilatation et de gonflement de moulage du phonogramme initial, avec des substances éminemment dilatables par immersion prolongée dans des réactifs appropriés. Telles : les matières gélatineuses immergées dans des solutions aqueuses, ou encore le caoutchouc vulcanisé, immergé dans le sulfure de carbone ou le chloroforme, etc. L'inverse du procédé, la réduction est basée, au contraire, sur le moulage du phonogramme initial avec des substances susceptibles de retraits par des hydra­tations appropriées : Exemple, le moulage en gélatine très hydratée, est convenablement déshydraté.

La technique des opérations est la suivante :

 

Soit un phonogramme enregistré sur un disque en cire dont on a pris un moulage (matrice) résistant, en cuivre par galvanoplastie (α) : 1° Pour amplifier ce phonogramme (α) on en prend un moulage avec une dissolution aqueuse de gélatine, aussi concentrée que possible (30 à 50 pour 100 environ de gélatine sèche). Le moulage (β) gélatineux est mis en immersion dans l'eau froide ou très légèrement tiède, pure ou additionnée de 2 à 5 pour 100 environ de matières salines, telles les aluns, au besoin acidifiées par l'acide acétique. Une fois le gonflement réalisé, le moule (β) est insolubilisé par immersion dans l'eau formolée ; puis égoutté, puis moulé avec une des matières plastiques classiques (plâtres, cires, etc.).

Ledit moulage intermédiaire est définitivement moulé par galvanoplastie, de façon à obtenir une épreuve stable définitive en cuivre, pouvant servir de matrice définitive. En réitérant à plusieurs reprises successives cette opération amplificatrice, on peut réaliser des phases successives d'amplifications de plus en plus considérables (β1, β2, β3, etc.). Mais on peut obtenir en une seule phase (β) des amplifications allant de 1 à 3 diamètres ;

2° Pour réduire le phonogramme initial (α) on en prend le moulage avec une solution aqueuse de gélatine aussi peu concentrée que possible (10 à 25 pour 100). Le moule gélatineux est ensuite déshydraté, soit par immersion dans des dissolutions alcooliques ou des dissolutions salines concentrées de sels susceptibles de précipiter la gélatine (sulfate de soude, sel de seignette, citrates, alcalins, etc.), soit par déshydratations ménagées dans l'air sec ou dans un vide plus ou moins atténué. Le moulage gélatineux déshydraté (γ) est alors contremoulé au moyen de matières plastiques ; d'après ce contremoulage, on établit galvanoplastiquement une matrice définitive en cuivre. On peut procéder également par phases successives de réductions (γ1, γ2, γ3¸ etc.). On peut cependant, en une seule phase (γ), obtenir les dimensions de réductions allant de 1 de diamètre initial à 0,6 de diamètre réduit.

 

 

La photographie documentaire, annexée à la présente Note, montre : en α, le phonogramme sur disque initial, ayant 120mm de diamètre ; en β, un agrandissement pour 190mm de diamètre ; en γ, une réduction pour 80mm de diamètre.

 

(1) Présentée dans la séance du 5 janvier 1914.

 

 

 

Phonographe