DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU
LUNDI 11 JANVIER 1909.
PRÉSIDENCE
DE M. BOUCHARD.
ACOUSTIQUE. - Sur un pupitre
traducteur applicable aux phonographes. Note de M. DE PEZZER, présentée par M. J. Carpentier.
Un défaut commun à beaucoup de chanteurs consiste en une mauvaise prononciation. Ce défaut, le phonographe, si perfectionné qu'il soit devenu, l'exagère forcément, et il arrive souvent qu'une première audition d'intéressants phonogrammes est gâtée par l'inintelligibilité du sens des paroles qu'ils comportent.
Pour
remédier à cet inconvénient, j'ai imaginé un appareil adaptable à un
phonographe quelconque et qui, porteur d'une bande où se trouve inscrit le
texte accompagnant la musique, amène continuellement sous les yeux de
l'auditeur la traduction de chaque syllabe énoncée, au moment même de son
émission par le phonographe.
Cet appareil se
présente sous la forme d'un pupitre, qui se fixe sur l'une des faces de la
caisse du phonographe et qui est muni d'un couloir destiné à la circulation de
la bande. Celle-ci, perforée sur ses deux rives, et enroulée sur une bobine, se
place sur un support spécial à la droite du pupitre. Pour engager cette bande,
il faut insinuer son extrémité libre dans le couloir, la mettre aux prises avec
un rouleau à double denture et l'atteler enfin à une seconde bobine sur
laquelle elle viendra s'emmagasiner automatiquement pendant la marche du
phonographe. Le rouleau denté, cela va sans dire, est relié par des engrenages
au rouage du phonographe ; mais, grâce à un dispositif approprié, il peut
être à volonté embrayé ou débrayé.
Ceci dit, la bande étant supposée confectionnée comme
il convient et placée avant la mise en route de telle sorte que son origine
corresponde à un repère porté par le pupitre, il suffit, pour l'utiliser,
d'embrayer le rouleau d'entraînement au moment où se fait entendre la première
note du morceau.
Le point capital pour l'application du système est la confection correcte des bandes traductrices. Cette confection repose sur l'établissement d'un premier tracé graphique fondamental qu'on obtient au moyen de l'appareil lui-même, employé comme chronographe. Pour cette opération, le pupitre étant garni d'une bande de papier blanc, est complété par un enregistreur électrique, dont le traçoir (constitué d'une mine de plomb) frotte sur la bande pendant son défilement ; un manipulateur, genre Morse, permet d'actionner cet enregistreur. Un disque étant placé sur le phonographe et mis en rotation, une personne, un peu exercée, écoute le morceau de musique exécuté et, en frappant sur le manipulateur, scande les notes de ce morceau. Cette manœuvre détermine sur la bande le tracé d'une succession de crochets dont l'ensemble représente évidemment l'ossature rythmique du morceau, chaque crochet correspondant au commencement d'une note et l'intervalle entre ce crochet et le suivant à la durée même de cette note.
Ce graphique étant
obtenu, il peut être complété en écrivant sur la bande, en face de chaque
crochet, la syllabe correspondant au son repéré, et il fournit ainsi la
traduction dont nous avons indiqué plus haut l'emploi. Mais, à l'inscription
des paroles, peut être substituée l'inscription, sur une portée préalablement
tracée sur la bande, des notes représentatives des sons eux-mêmes.
On peut également juxtaposer ces deux inscriptions.
La première
bande, composée à la main, devient un modèle ou cliché, dont la reproduction
typographique est facile et n'est assujettie qu'à une obligation : celle
de respecter rigoureusement les divisions chronographiques
de l'original.