DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
SÉANCE DU
LUNDI 7 OCTOBRE 1878.
PRÉSIDENCE
DE M. FIZEAU.
PHYSIQUE. - Observations au sujet de la Note de M. Bouillaud, insérée dans le Compte rendu de la séance précédente ; par M. TH. DU MONCEL.
« Je l'ai pas cru devoir faire insérer
aux Comptes rendus la réponse verbale
que j'ai faite, dans la dernière séance, aux observations de M. Bouillaud, car
il est certaines attaques et insinuations auxquelles ou ne peut répondre que
les preuves matérielles en main. Ce sont ces
preuves que j'apporte aujourd'hui, et, au lieu d'une Commission que M. le
Président n'a pas cru devoir nommer, sans doute en raison de la notoriété des effets
contestés, ce sera l’Académie toute entière qui pourra s'assurer du mode d'installation
des expériences et des résultats obtenus. Toutefois, pour ne pas prendre tous
les instants de l'Académie, je n'ai préparé que les expériences relatives au condensateur chantant et au phonographe
; mais je pense qu'après ces deux sortes d'expériences, faites par les membres
de l’Institut eux-mêmes, il ne pourra
rester aucun doute dans l'esprit sur l'authenticité des effets annoncés par moi.
« Ces expériences, comme vous
l'avez vu, ont parfaitement réussi, et je ne vois plus maintenant qu'aucune
contestation puisse être élevée à cet égard. Je ne puis cependant m'empêcher de
m'étonner que M. Bouillaud ait formulé ses doutes si tard et alors que le
phonographe, le téléphone et le microphone sont entre les mains de tout le
monde depuis longtemps. Pourquoi, d'un autre côté, n'a-t-il jamais voulu
répéter les expériences lui-même, et alors qu'on lui donnait toutes les
facilités pour les faire ?
« Je n'insisterai pas sur la
théorie des effets produits dans ces expériences. J'en ai parlé déjà à plusieurs
reprises, et j'ai même montré que l'expérience du condensateur chantant, jointe
à beaucoup d'autres, montre que les effets d'attraction électromagnétique ne
sont pas nécessaires pour reproduire la parole. Ces résultats sont sans doute
assez difficiles à expliquer dans l'état actuel de la science acoustique ;
toutefois, si je considère l'ensemble de toutes les expériences qui me sont
transmises de tous côtés, et celles que j'ai faites moi-même, il semblerait que
des vibrations sonores doivent résulter de toute réaction entre deux corps
ayant pour effet de provoquer brusquement et à intervalles rapprochés des
modifications dans l'état de leur équilibre électrique ou magnétique. On sait
que la présence de la matière pondérable est indispensable à la propagation
des effets électriques, et il pourrait peut-être se faire que les vibrations
moléculaires dont j'ai si souvent parlé, et que M. de la Rive avait admises le
premier, soient le résultat de mouvements moléculaires dus aux variations des
forces électriques qui les tiennent dans un état particulier d'équilibre
réciproque.