COURS
DE PHYSIQUE
DE
L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE,
PAR M.
JAMIN.
QUATRIÈME
ÉDITION
AUGMENTÉE ET ENTIÈREMENT REFONDUE
PAR
M. BOUTY,
Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
TOME
TROISIÈME.
ACOUSTIQUE. - OPTIQUE GÉOMÉTRIQUE.
ÉTUDE DES RADIATIONS. - OPTIQUE PHYSIQUE.
PARIS,
GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE,
SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER,
Quai des Augustins, 55.
1887
MACHINE PARLANTE. - PHONOGRAPHE. - Après
avoir réalisé l'analyse et la synthèse des voyelles, il restait à effectuer
celle de la parole articulée. Deux solutions différentes ont été trouvées dans
ces derniers temps.
La machine
parlante de M. Faber (1) se compose d'une anche d'ivoire dont les deux lames
plus ou moins écartées produisent les vibrations sonores. Le vent envoyé par un
soufflet traverse l'anche, pénètre ensuite dans une sorte de cavité buccale,
dont la forme peut être modifiée au moyen de diaphragmes de forme variée, mus
à l'aide de touches et de pédales. Dans cette bouche, terminée en avant par
des lèvres mobiles, se déplace une langue en caoutchouc. Enfin une cavité
nasale complète cet appareil curieux, calqué en quelque sorte sur l'organe
vocal. Quatorze touches ou pédales, ingénieusement combinées, suffisent à la
reproduction des voyelles et des consonnes : la parole articulée est à coup sûr
défectueuse, mais les mots et les phrases entières sont aisément
reconnaissables.
(1) Journal de
Physique, t. VIII, p. 274 (1879).
M. Edison (2) est parvenu à reproduire la parole par une disposition
infiniment plus simple, très analogue à celle du phonautographe
de Scott, mais qui en diffère par sa réversibilité.
(2) Voir
la Note de M. du Moncel (Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LXXXVI,
p. 643) et les articles de M. Niaudet et de M. Mayer
[(Journal de Physique, t. VII, p. 109
et 13 (1878)].

L'organe
essentiel du phonographe (fig. 121) est une membrane métallique
très mince P fermant un porte-voix E, devant lequel sont émis les sons.
Au-dessous de la membrane se trouve un style métallique rigide et fort court,
fixé à l'extrémité d'un ressort, et qui ne communique avec la membrane que par
deux appuis X en caoutchouc (fig.
122), destinés à transmettre les vibrations de la membrane en étouffant les
vibrations propres du ressort.

En regard du
style se déplace une feuille d'étain C collée sur un cylindre de laiton.
Celui-ci porte une rainure hélicoïde et se prolonge par une vis A' de même pas,
tournant dans un collier fixe. Quand on fait tourner le cylindre, la feuille
d'étain glisse devant le style, et celui-ci y trace des gaufrages persistants
dont la forme est caractéristique des vibrations imprimées par la voix à la
membrane. La fig. 123 montre en A une
représentation amplifiée d'un de ces gaufrages, dont on voit le relief en B. La
ligne C se rapporte aux flammes de Kœnig et montre avec le tracé B une analogie
de forme incontestable.

Pour faire parler le phonographe, il suffit de soulever le style, de ramener le cylindre dans sa position initiale et de tourner de nouveau la manivelle M, de manière que les gaufrages précédemment obtenus viennent passer successivement devant la pointe du style. Le style S est soulevé, et avec lui la membrane P, de telle sorte que, la cause et l'effet se trouvant intervertis, la membrane exécute des vibrations identiques à celles que la voix lui avait d'abord imprimées ; ces vibrations se transmettent à l'air, et le son produit ne diffère de celui qui avait été émis devant l'instrument que par sa moindre intensité et un timbre un peu plus aigre.
Bien
entendu, nous supposons que les circonstances du mouvement de rotation du
cylindre sont identiques dans les deux opérations de l'impression et de la
reproduction de la parole, par exemple que le mouvement du cylindre est dans
les deux cas parfaitement uniforme et de même vitesse. Si l'on accélère ou qu'on retarde la marche du cylindre, le nombre de
vibrations appelées par seconde augmente ou diminue et le ton de la parole
s'élève ou s'abaisse.
L'impression
une fois reçue devrait théoriquement permettre la reproduction indéfinie de la
parole. Dans le fait, le gaufrage de l'étain devient de plus en plus confus à
chaque nouvelle reproduction du son et finit par ne rendre que des bruits
indistincts ; mais il sera sans doute possible d'écarter cet inconvénient
avec des clichés plus résistants.
Le phonographe peut
servir à enregistrer et à reproduire toute espèce de sons ou de bruits et à
étudier les effets résultant de leur superposition. Ainsi, plusieurs personnes
peuvent parler successivement devant l’appareil, ramené chaque fois à son point
de départ. L'impression multiple obtenue reproduira le mélange des voix, et,
en prêtant son attention à l'une d'elles en particulier, l'observateur
distinguera très nettement les paroles qu'il veut entendre au milieu du bruit
général.