Phonographe (HISTOIRE ET TECHNIQUE DU).
I. Origines.
- Le phonographe a sa légende et ses prophètes. Gerbert d'Aquitaine qui fut
couronné pape en 999 sous le nom de Sylvestre II, avait, dit la chronique,
taillé dans le bronze une tête parlante, qui, deux cents ans plus tard, eut une
réplique dans l'automate construit par le théologien souabe Albert le Grand.
Tous deux furent même accusés de magie. Trois siècles
encore et maître François Rabelais décrivait, au chapitre cinquante-sixième du Quart livre des faicts
et dicts héroïques du noble Pantagruel (1548),
comment Pantagruel entendit en pleine mer des paroles gelées « qui rendoient son en desgelant, les
unes comme tabours et fifres, les aultres
comme clairins et trompettes ».
Vers le même temps que Rabelais
flairait l'avenir, environ 1590, un Italien nommé Posta cherchait à conserver
la voix humaine par des procédés mécaniques : il faisait chanter les chanteurs
devant l'embouchure d'un tube de plomb ; on fermait le tube et quand on le
rouvrait on devait entendre à nouveau la voix prisonnière. Nous ignorons par
quel procédé, mais l'on doute qu'il fût aussi ingénieux que celui dont il est
fait mention dans le numéro d'avril 1632 du Courrier
véritable. Emile Gautier, dont le livre sur le Phonographe, son passé, son présent et son avenir, constitue,
bien que déjà vieux de plus de vingt ans, le meilleur historique de la machine
parlante, le cite comme « le plus ancien document connu relatif au
phonographe ». Il y est dit qu'un « capitaine Vosterloch
ayant passé par un destroict au-dessoubs
de celuy de Magellan et de celuy
du Maire » rencontra des « hommes de couleur bleuastre »
et des « femmes de verd de mer » qui
communiquaient au loin à l'aide « d'esponges qui
retiennent le son et la voix articulée » ; en les pressant tout doucement,
ils en faisaient « sortir ce qu'il y avait dedans de paroles ».
La description de Cyrano de Bergerac
dans son Histoire comique des Estats et Empires de la Lune est assez connue pour que
l'on se souvienne de cette « boëtte » d'où sortaient, grâce à de
petits ressorts, « tous les sons distincts et différents qui servent entre
les grands lunaires à l'expression du langage ».
Un contemporain de Cyrano, John Wickins, auteur de Mathematical magie, or
the wonders that may be
performed by mechanical geometry, pensait de son côté à la possibilité de faire
prononcer quelques mots à une statue.
Cette tête ou cette statue parlante
deviennent alors au XVIIIe siècle, qui fut l'âge des automates, la
chimère des inventeurs. Un mécanicien français nommé Mical
présenta à l'Académie des sciences, en 1783, des « têtes parlantes »
à l'intérieur desquelles étaient dissimulées des glottes artificielles. Le joueur de flûte de Vaucanson
exécutait, à ce qu'il paraît, douze airs différents. Le baron autrichien
Wolfgang de Kemplen, l'inventeur du fameux Joueur d'échecs, imagina un Turc parlant, dont Hoffmann parle dans
certains de ses contes fantastiques, notamment dans les Automates et le Chat Murr. Ce sont évidemment ces « inventions »
qui incitèrent le duc de Lévis, en 1810, à publier une
« anticipation », la
Correspondance de deux mandarins chinois en 1910, ou il est question d'un
mécanicien allemand qui vient faire connaître à Paris un instrument avec
lequel il imite la voix humaine dans toutes ses intonations. Ces mandarins
imaginaires ne seraient-ils pas tout justement les descendants du Chinois dont
parlent les anciennes légendes de l'Empire céleste : il fit, dit-on,
parvenir il y a plus de 3.000 ans, à l'empereur de Chine, un message verbal
dans un coffret. Voilà donc décrit par des poètes et des fantaisistes des
premiers siècles un appareil que les savants du XIXe siècle eurent à
construire pour leur donner raison, puisque toujours la poésie a devancé la
science.
II. Premières inventions. - La démarche des savants est double :
d'abord inscrire le son, ensuite le reproduire. C'est à l'inscription du son
qu'ils consacrent leurs premiers efforts. Viennent tout d'abord les expériences
du physicien anglais Thomas Young, qui réussit en 1807 à enregistrer les
vibrations acoustiques avec un appareil dont il a donné la description dans A course of lectures on natural
and mechanical arts.
Ces expériences furent suivies de celles de Duhamel, de Wertheim,
de Lissajoux, de Léon Scott enfin, qui, en 1857,
inventa la phonautographie.
Elle permettait l'enregistrement mais non encore la reproduction du son.
Cette dernière découverte devait être,
presque simultanément, l'oeuvre de Cros et d'Edison.
Le 30 avril 1877, Charles Cros déposait
à l'Académie des sciences un pli cacheté qui, le 3 décembre de la même année,
fut ouvert sur sa demande et dont le contenu, lu en séance publique
fut, contrairement aux usages, reproduit intégralement dans le compte rendu des
séances. Cette communication s'intitulait : Procédé d'enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par
l'ouïe. Il y était décrit un appareil permettant l'enregistrement du son,
grâce à une membrane vibrante solidaire d'un style qui traçait les vibrations
sonores sur une surface noircie à la flamme.
Cros avait donné à son appareil le nom
de paléophone,
la « voix du passé ». Mais le mot de phonographe était apparu le 10 octobre 1877, dans un article de la Semaine du clergé, rédigé par l'abbé Lenoir,
ami de Cros, sous la signature de Le Blanc :
« L'instrument qui a reçu, et
pour ainsi dire sténographié nos paroles, notre chant, notre musique, etc., en
gardera le cliché, qui pourra être rendu métal par la galvanoplastie, et qui,
quand on le mettra en jeu, reproduira notre voix, nos articulations, notre
timbre, en un mot notre discours parlé ou notre couplet chanté. »
Parallèlement, Edison (plus heureux
que Cros qui, faute d'argent et d'appui moral, ne put réaliser son invention)
avait poursuivi ses recherches orientées par l'étude du téléphone de Graham
Bell. Il prit, le 19 décembre 1877, un brevet, complété le 15 janvier 1878 par
un certificat d'addition où apparaît le terme de phonographe. Le principe est le même que celui de Cros.
Quant au premier appareil industriel
réalisé par Edison, il comprenait un cylindre de cuivre recouvert d'une feuille
d'étain malléable et d'un diaphragme composé d'une membrane de parchemin
tendu, reliée à un style et prolongée d'un cornet acoustique. Le cylindre, mû à
la manivelle par un axe fileté, se déplaçait devant le diaphragme, demeuré
fixe. Les vibrations émises devant le cornet acoustique et transmises par la
pointe enregistreuse, se trouvaient ainsi gravées sur la feuille d'étain, sous
forme d'un sillon hélicoïdal. Pour la reproduction il suffisait de laisser la
pointe se dérouler à nouveau dans le sillon, le même appareil servant à
l'enregistrement et à l'émission des sons.
Cet appareil fut présenté le 11 mars
1878 a Paris, à l'Académie des sciences, par du Moncel.
La membrane de parchemin tendue
d'Edison était fort imparfaite : assimilable à une peau de tambour, elle
possédait un son propre, et déformait les sons enregistrés. Charles Summer Tainter eut l'idée de
remplacer cette membrane de parchemin par une
feuille de mica, et de substituer au rouleau métallique des cylindres de
cire, amovibles. Le nouvel appareil, qui prit le nom de graphophone, permit de constituer une bibliothèque. Cependant ces
cylindres ne pouvaient reproduire qu'une seule édition, celle qu'ils avaient
eux-mêmes enregistrée. On parvint pourtant à mouler des cylindres au moyen de
la galvanoplastie.
En 1888 enfin, le cylindre fut
remplacé par un disque horizontal. L'invention était due à Berliner,
ingénieur allemand fixé en Amérique. Cette découverte amenait quelques
changements notables dans la technique de l'enregistrement, tout au moins dans
la disposition de l'appareil. Berliner baptisa son
appareil du nom de gramophone. Le
modèle servant à la reproduction du son était actionné à la main. Quelques
années passèrent avant que ne fussent adoptés les mouvements à ressorts.
Dès le 23 avril 1889, le phonographe,
avec quelques-uns de ses perfectionnements, avait été à nouveau présenté aux
membres de l'Académie des sciences. L'accueil fut enthousiaste. Mais, comme l'a
noté fort justement Alphonse Berget (Revue universelle, mai 1927) le phonographe, tel
que Charles Cros l'avait imaginé, et tel qu'Edison l'a réalisé, ne doit
rien aux découvertes modernes. Basé uniformément sur les lois de l'acoustique
et sur celles des vibrations des corps sonores, il n'était encore tributaire ni
de l'électricité, ni du magnétisme. Or les lois de l'acoustique étaient déjà
connues à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe.
Descartes les connaissait à fond. Le P. Mersenne et le P. Kircher les avaient
étudiées. A cette époque, on savait aussi construire de très bons mouvements
d'horlogerie. On n'ignorait pas non plus les matières plastiques, telles que la
cire.
Le phonographe aurait donc pu
apparaître sous Louis XIII. S'il n'a point été inventé alors, c'est que, sans
doute, manquait un « milieu inventif », faute duquel Cyrano de
Bergerac est resté poète prophétique au lieu de passer inventeur.
III. Procédés actuels. - La technique actuelle du phonographe n'a guère changé
depuis l'année 1923 où sont apparus les premiers enregistrements électriques.
Cette méthode dérivant des procédés d'amplification de la T. S. F. bouleversait
le vieux système mécanique. En quelques mois, elle le supplanta, supprimant
quelques-uns de ses graves défauts.
Dans l'enregistrement mécanique, le
pavillon qui conduisait les ondes sonores au diaphragme altérait les timbres.
Par ailleurs l'exiguïté de la zone sensible ne permettait pas d'enregistrer des
masses importantes (chœurs ou orchestre). Même pour un ensemble réduit, on
devait employer plusieurs pavillons.
En supprimant ces artifices,
l'enregistrement électrique a rendu possible la « prise sonore » dans
des conditions de liberté absolue. Il n'est plus indispensable de confiner le
microphone dans un studio strictement aménagé ; on peut enregistrer au
théâtre, à l'église, en plein air.
Voici le schéma normal d'une séance
d'enregistrement au studio : le studio est une grande pièce toute
feutrée, aménagée ainsi pour parer aux phénomènes d'échos. Ces précautions, qui
parfois impliquent l'installation de tentures réglant la capacité de la salle,
deviennent cependant de moins en moins nécessaires. La technique du film
parlant, qui va jusqu'à tenir compte des bruits du plein air, vient de permettre,
à cet égard, de nouveaux et sensibles progrès.
Au fond du studio, et dominant un
orchestre de cent musiciens, un chef d'orchestre, l'oeil attentif, guette les
signaux du laboratoire voisin. Deux coups de sonnette. Au second, l'orchestre
marque un silence absolu. Il est prêt à l'attaque. Baguette haute, le chef
guette, sur le mur, le clignement d'une ampoule rouge. Brusquement celle-ci
s'éclaire, la baguette s'abaisse, l'orchestre part.
Perché sur un trépied, le microphone
électrique apparaît au centre de l'orchestre ; les ondes sonores émises
par les instruments font osciller en lui un courant électrique de faible
intensité, mais qui, à l'aide de lampes-valves, sera
par trois fois amplifié, la première fois dans le socle même du micro, la
deuxième et la troisième par des batteries de lampes placées dans le laboratoire
voisin et reliées au microphone par un long fil électrique.

Dans le laboratoire, une odeur de cire
chaude guide instinctivement vers un plateau de cire blonde et lisse que
sillonne une pointe de diamant. Cette pointe est fixée à un électro-enregistreur
(électro-aimant à flux variable) auquel aboutit le courant. Dans le sillon, le
stylet enregistreur demeure fixe au-dessus du plateau, qui est animé par deux
mouvements simultanés de rotation et de translation rectiligne. Au-dessus du
plateau encore, apparaît la gueule d'un aspirateur électrique ; à mesure
que se déroule le plateau, il ingurgite les parcelles de cire formées par le
labourage de la pointe enregistreuse.
A côté se dresse un gros appareil
amplificateur, avec ses lampes-valves, ses manettes
et ses cadrans, ainsi qu'un ensemble reproducteur (diaphragme, bras acoustique
et pavillon) qui permettra l'essai des cires enregistrées.
Solennels et revêtus de blouses
blanches, deux ingénieurs « recording »
évoluent parmi cet attirail scientifique. Leur tâche est délicate. Elle exige
d'eux, non seulement des connaissances de physicien, mais aussi une oreille
exercée, suffisamment souple pour saisir rapidement les rapports entre l'émission
et la reproduction des ondes sonores. Un bon ingénieur arrive, aidé d'une
lampe, à lire distinctement un disque, à situer dans le sillon minuscule telle
ou telle rentrée de la voix ou des instruments.
L'ingénieur-enregistreur
vient de tirer de l'étuve, où elle mollissait, une belle cire blonde. Il la
pose sur le plateau que commande un mouvement d'horlogerie à contrepoids,
donne quelques tours de manivelle et vérifie la plongée du diamant dans la
cire.
Le second ingénieur,
« l'électricien », a rapidement inspecté l'appareil amplificateur. Il
appuie sur un bouton électrique : signal auquel, dans le studio, répond
l'attention des musiciens.
Le plateau de cire est libéré,
doucement il commence à tourner. D'un geste précis, l'ingénieur plonge la
pointe de diamant dans la cire. Enfin son doigt manoeuvre un premier
interrupteur, l'aspirateur de copeaux de cire se déclenche ; puis un
second, et dans le studio s'allume l'ampoule rouge, qui doit commander le
départ des premières mesures.
A mesure que le haut-parleur monté en
dérivation à côté du tableau amplificateur reproduit l'exécution en cours, l'ingénieur-enregisteur, à qui l'on ne demande point tant bon
oeil que bonne oreille, suit sur la partition et note ses observations. Il en
sera tenu compte pour l'épreuve définitive. De manière générale, il n'est guère
fait plus de deux ou trois essais.

Mais le disque est achevé. L'ingénieur
dégage le diamant parvenu au centre de la cire, arrête le plateau,
l'aspirateur, éteint les lampes signalisatrices.
Le chef d'orchestre apparaît. A l'aide
de l'appareil reproducteur, on exécute devant lui l'essai tenté sur la cire.
Sourires. Grimaces. L'ingénieur examine le disque à la loupe. Le chef
d'orchestre retourne à son pupitre et transmet les observations à ses
musiciens. Elles ont pour résultat (suivant la méthode empirique, la seule
probante jusqu'ici dans ce genre d'expériences) d'approcher ou d'éloigner du
microphone tel ou tel instrument. On recommence l'exécution. Si elle se
déroule sans incident, elle donnera l'épreuve définitive, qui passera directement
sans nouveau contrôle auditif, à l'usine de fabrication des disques.
Passons maintenant à l'usine pour
assister à la naissance du disque.
Avec précaution, la cire enregistrée a été transportée du lieu d'enregistrement
à l'usine de fabrication des disques. Elle va maintenant servir à
l'établissement d'un moulage métallique qui permettra de procéder au tirage
des disques en matière plastique. Comme il faut pouvoir remplacer un moule
endommagé, l'opération est assez compliquée.
Tout d'abord, et grâce à
l'électrolyse, on tire de la cire (positive) un disque de cuivre (négatif)
appelé original. Puis on plonge à son
tour cet original dans un bain
électrolytique. Il donne une réplique (positive) de la cire, et prend le nom de
mère. On le joue avec un phonographe.
La mère va servir à tirer de nouvelles épreuves métalliques (shells ou matrices) qui garniront le fond des presses où
seront modelés les disques (positifs) destinés au commerce.
Donc, si une matrice est mise hors d'usage, on pourra, grâce à la mère, tirer d'autres matrices. Si la mère est rayée, l'original permettra de
reconstituer une autre mère.
Donc, un ouvrier s'est emparé d'une
cire tout juste arrivée du studio, et la saupoudre d'un fin graphite, tamisé à
la soie. Ainsi rendue conductrice de l'électricité, la cire, enchâssée dans un
cadre de bois à long manche qui la fait ressembler à un banjo, est placée dans
une des longues cuves électrolytiques de l'atelier de galvanoplastie. Pendant
quinze heures environ, elle y baignera, avec d'autres cires, tout doucement
balancées, afin que la couche de cuivre qui formera l'original soit
parfaitement homogène. Des lueurs bleues et vertes s'entrecroisent dans le bain
électrolytique à mesure que se forme, à la surface de la cire, la mince
pellicule de cuivre. Celle-ci est alors séparée de son moule. Une ouvrière en
argente la surface, pour permettre de détacher sans effort la nouvelle plaque
de cuivre (la mère) qui va se former
à la surface de l'original, lorsque
celui-ci aura été plongé dans un nouveau bain électrolytique. Voici enfin le
dernier bain de sulfate double de nickel où baigne la mère, pour former le dernier moulage qui sera donc une pellicule de
nickel. Epais d'un demi-millimètre, le shell est trop fragile pour supporter le
poids de la presse. On le soude donc à un disque de cuivre très épais et
préalablement plané. Le voilà prêt pour le moulage du disque lui-même.
La matière plastique qui entre dans sa
fabrication est assez complexe. Les premiers disques étaient fabriqués avec de
la cire vierge. Trop malléable, ce produit a été remplacé par des mélanges qui
varient suivant les fabricants. Ils comportent généralement de la gomme laque,
des matières inertes (craie, sable fin, terre brûlée, etc.) et un produit
colorant (noir animal, ou de fumée).
Une firme célèbre, pour éviter le plus
possible le grattement de l'aiguille sur le disque, a imaginé d'étendre sur la
matière plastique qui constitue le corps du disque, une couche de bonne gomme
laque. Celle-ci, qui seule subit l'impression, est isolée de la matière
plastique centrale par une feuille de papier. On a même essayé, pour alléger le
disque, de remplacer la lourde matière plastique intérieure par une feuille de
carton. Un procédé courant est aujourd'hui celui du cello-disque, souple et
incassable qui peut encore faire des progrès.
Les mélanges, qui comprennent parfois
du mica et une poussière de vieux disques, sont malaxés à chaud par de solides
rouleaux. Ceux-ci rendent la pâte en longues bandes laminées qui seront
automatiquement divisées en tablettes. Plus loin, dans ce même atelier où tournent
les roues poussives, une bande de toile charrie les cercles de papier qui
serviront sur le disque à isoler la gomme laque. En effet la bande de toile
disparaît, elle émerge à nouveau portant les cercles de papier, enduits cette
fois d'une matière luisante et gluante. Elle disparaît encore, et les papiers
réapparaissent saupoudrés de la poussière de gomme laque qui, en se solidifiant
à la chaleur du moule, formera la surface du disque.
L'atelier de moulage : cinquante
moules ouvrent et ferment leurs mâchoires, tels des moules à gaufres. Un
homme, le torse nu, s'apprête à mouler un disque. A côté de sa presse s'entassent,
sur une table métallique chauffante, des tablettes de matière plastique. A
proximité de la main, des étiquettes et les cercles de papier enduits de gomme
laque. Devant l'homme, le moule, béant, laisse apercevoir les shells au fond de
ses mâchoires. Des tubulures métalliques flexibles, qui font circuler tour à
tour, dans les plateaux, de la vapeur à 160° et de l'eau froide, s'échappent
des deux parties du moule. Une presse hydraulique formera sur lui ensuite une
pression de vingt tonnes.
Les mains prestes disposent sur le
plateau inférieur du moulé : l'étiquette du disque, un papier laqué
(laque en dessous), la matière plastique (laque en dessus), enfin une deuxième
étiquette. Ce papier et cette étiquette seront impressionnés par le plateau
inférieur. Ayant fermé le moule, l'ouvrier l'engage sous la presse. A ce
moment, la circulation de vapeur fait place à une circulation d'eau froide.
Trente secondes on ouvre le moule. Le disque est prêt : sept cents à huit
cents par jour et par homme. Le disque passe enfin aux mains d'une ouvrière,
qui rapidement polit sa tranche, aux mains d'une autre qui le revêt, pour sa
sortie dans le monde, d'une robuste chemise de papier.
André Cœuroy et G. Clarence,
Larousse mensuel illustré, Août 1931