L'AMI
DE LA
RELIGION,
JOURNAL
ECCLÉSIASTIQUE,
POLITIQUE ET LITTÉRAIRE.

PARIS
LIBRAIRIE ECCLÉSIASTIQUE D'AD. LE CLERE ET Cie,
1840
NOUVELLES
ECCLÉSIASTIQUES.
PARIS. – M. le curé de
Montmartre, déjà possesseur dans son église d’un Calvaire érigé en 1805, et
doté d’indulgences par le souverain pontife Pie VII, conçut, il y a trois
ans, le projet d’en établir un extérieur au haut de la colline sur
laquelle sa paroisse est située, et sur les ruines de l’ancienne abbaye. Il
était difficile de choisir un lieu plus convenable par son site et sa proximité
de la capitale, et plus digne surtout par les souvenirs religieux qui s’y
rattachent, d’être consacré au culte solennel de la passion de notre divin
Sauveur.
Placé aux portes de la ville
capitale qu’il domine, comme le Calvaire dominait Jérusalem, le Calvaire de
Montmartre sera plus fréquenté par la dévotion des fidèles, surtout, si comme
on l’espère, le plan adopté peut, sous le rapport de l’art, satisfaire la piété
la plus exigeante ; mais, ce qui doit toucher les âmes chrétiennes, ce
sont d’abord les traditions saintes et vénérables dont Montmartre conserve le
dépôt. Le sang de l’apôtre et du premier évêque de Paris, du glorieux saint
Denis, a coulé sur cette terre ; une foule d’autres confesseurs de la foi
y ont péri, et lui ont mérité, depuis plus de mille ans, le nom de Montagne des Martyrs ; ce sont
encore les souvenirs d’un grand nombre de saints et illustres personnages, qui,
à différentes époques, y sont venus en pèlerinage. Les traces de saint Ignace
de Loyola, de saint François-Xavier, de saint François de Sales, de saint
Vincent de Paul, du vénérable Olier et du cardinal de Bérulle, n’ont pu être
effacées, ni par le laps du temps, ni par ses vicissitudes. Un Calvaire à
Montmartre ne sera donc qu’une consécration de plus.
M. le curé de Montmartre a
mis la main à l’œuvre. Un terrain assez vaste qui entoure l’église a été
choisi. Un conseil (1) présidé par un de MM. les vicaires-généraux
du diocèse de Paris, a été chargé par l’autorité ecclésiastique de régler les
recettes et les dépenses, et de diriger les travaux qui ont été poursuivis avec
zèle pendant la première année. Malheureusement l’église de Montmartre a exigé
des réparations considérables, et l’œuvre du Calvaire s’en est ressentie. Le premier
soin du pasteur devait se porter sur son église, si nécessaire à son troupeau,
pour empêcher la ruine entière d’un édifice religieux, l’un des plus anciens (2) et des plus intéressants (3) du diocèse de Paris.
(1) Le conseil de l’œuvre choisi par feu M. l’Archevêque, se compose de sept membres, à savoir : M. l’abbé Quentin, vicaire-général et promoteur du diocèse, président ; M. le curé de Saint-Etienne-du-Mont, M. Sylvain Caubert, M. Lusson, architecte ; M. Defresne, notaire, trésorier, et M. le curé de Montmartre, secrétaire.
(2) L’église de Montmartre fut reconstruite en 1133, et consacrée en 1147, par le pape Eugène III, venu en France à l’occasion des croisades. Ce fut le 21 avril, que le pontife, après avoir officié la veille, jour de Pâque, à Saint-Denis, vint faire la consécration solennelle de cette église, accompagné des plus grands et des plus saints personnages de ce siècle, saint Bernard et Pierre le vénérable, abbé de Cluny, dont l’un fit diacre et l’autre sous-diacre à la cérémonie. Cette consécration précède de seize années celle de la plus ancienne église de Paris, Saint-Germain-des-Prés, qui fut faite par le pape Alexandre III, en 1163.
(3) On voit dans l’église de Montmartre quatre colonnes en marbre noir d’un seul morceau, de construction romaine, ainsi que plusieurs chapiteaux gothiques assez curieux, un entr’autres, à personnages, fort remarquable par la bizarrerie du sujet qu’il représente.
Cependant, les travaux du
Calvaire ne furent pas arrêtés entièrement. La colline où il est placé, et d’où
l’œil embrasse l’immense étendue de la capitale, a été nivelée, dessinée et
plantée ; des stations provisoires permettent, depuis un an, d’y suivre et
d’y prêcher le Chemin de la Croix. Il
y a même deux stations qui sont définitivement établies : les deux
dernières, savoir, le Calvaire, assis sur un rocher et surmonté d’un beau
Christ, et le sépulcre, semblable pour sa forme intérieure et ses dimensions à
celui de Jérusalem.
On doit s’occuper
incessamment de la première station, qui sera placée dans une grotte à l’instar
de la Grotte de la sueur de sang du
Jardin des Oliviers de Montmartre se composant de neuf stations comme celui du
Mont Valérien, il restera à établir six chapelles, qui se trouvant adossées aux
murs extérieurs de l’église, ne seront pas d’une construction dispendieuse. Des
bas-reliefs de six pieds de développement sur quatre de hauteur, confiés au
talent d’un sculpteur habile, reproduiront les sujets de la Passion.
Pour subvenir aux dépenses
nécessaires à l’achèvement du Calvaire, dépenses qui seront faites avec la plus
stricte économie, un nouvel appel est fait à tous les fidèles, non seulement de
la capitale, mais encore des environs et même de la France entière.
Afin que tous puissent
contribuer à cette bonne œuvre, sans pour cela nuire à tant d’autres qui se
font de tous côtés, la souscription est fixée à un franc une fois payé, sans qu’on prétende toutefois imposer des
bornes à la charité de ceux qui désiraient faire une offrande plus
considérable.
Les sommes seront versées
entre les mains de M. Defresne, notaire, rue des Petits-Augustins, 12, trésorier de l’œuvre. Elles pourront
être remises à M. le curé de Montmartre, à Montmartre ; à M. l’abbé
Quentin ; à tous les membres du Conseil, et à MM. les curés et vicaires de
Paris et de la banlieue qui voudront bien s’en charger et les faire remettre à
M. Defresne, trésorier.
M. le curé de Montmartre,
pour répondre au zèle des personnes qui voudront bien concourir à cette bonne
œuvre, dira ou fera dire le vendredi de chaque neuvaine du Calvaire, une messe
basse à neuf heures pour les bienfaiteurs vivants, et fera célébrer, le dernier
jour de la neuvaine de septembre, un service solennel pour ceux qui seront
décédés.