REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL
HEBDOMADAIRE
PARIS
ERNEST
LEROUX ÉDITEUR
1905
Charles SELLIER. Curiosités historiques et pittoresques du
vieux Montmartre.
Paris,
Champion, 1904, in-12, 348 p. Fr. 4.
Les amis de
Montmartre, et en général tous les amis du vieux Paris, sauront gré à M.
Sellier d'avoir recueilli en un volume certains de ses articles et notices
épars un peu partout. C'est un livre d'érudition aimable mais solide et si le
savant conservateur-adjoint du musée Carnavalet nous conte quelques légendes,
il en détruit aussi certaines. Les premiers chapitres intéressent la
topographie, et pour Montmartre, elle commence comme de juste par le
sous-sol ; ils nous renseignent sur les carrières de plâtre, les anciennes
fontaines de la butte, les vignes et les moulins qui la couvraient. D'autres
sont consacrés à des débris archéologiques dernièrement exhumés (le tombeau de
la reine Adélaïde) ou aux constructions que la transformation du Paris moderne
a dû livrer à la pioche du démolisseur : Hôtel de Trétaigne,
Château-Rouge, manufacture de porcelaine du comte de Provence, etc. A presque
tous se mêle le souvenir de personnages ou de faits historiques que l'auteur a
su replacer dans leur pittoresque cadre et qu'un index permet de retrouver
facilement. Mais l'étude la plus nourrie, de la documentation la plus
originale, est celle des Seigneurs de Clignancourt
(p. 191-271). M. S. a retrouvé dans nos archives les titres de ces riches
bourgeois parisiens, tourmentés de prétentions nobiliaires, et il a patiemment
étudié depuis le XIIe siècle jusqu'à la Révolution, les
acquisitions, transmissions et partages de ces familles inféodées à l'abbaye de
Saint-Denis. Ces pages représentent un des chapitres les plus neufs de
l'histoire de Montmartre dont l'ensemble du livre offre tant de riches et
curieux fragments. J'aurais souhaité qu'en guise d'introduction l'auteur eût
donné comme une esquisse générale de cette histoire qui aurait servi de lien à
toutes ces petites monographies isolées (1).
L. R.
(1) Les étymologies
de Buc, p. 59 et de Clignancourt, p. 195 paraissent bien hasardées ; p.
101, le tableau de Hoguet est à Berlin non à Stettin.