MONTMARTRE

 

 

Ancienne commune de la banlieue de Paris, réunie à la capitale en et comprise dans le XVIIIe arrondissement. Montmartre occupe le pied, les pentes et le plateau d'une colline gypseuse, conique et isolée, dont les coquilles, les plantes et les ossements fossiles ont, depuis plus d'un demi-siècle, fait faire d'immenses progrès à la géologie, et dont le point culminant est à 120 mètres au-dessus de la mer, 65 mètres au-dessus des barrières Blanche, Pigalle et des Martyrs, 104 mètres au-dessus de la Seine. Les savants ne sont pas d'accord sur l'étymologie du nom de Montmartre. Les uns le font dériver de mons Mercurii (mont de Mercure), les autres de mons Martis (mont de Mars), d'autres enfin de mons Martyrum (mont des Martyrs). La dernière de ces étymologies compte le plus grand nombre de partisans, et ceux, qui l'ont adoptée regardent la colline de Montmartre comme le théâtre du martyre de saint Denis et de ses compagnons.

 

Dès 627, nous voyons Montmartre jouer un rôle important dans nos annales historiques. Déjà, bien auparavant, Dagobert, en mémoire du martyre de saint Denis, avait déclaré lieu d'asile tout ce petit territoire, sanctifié par le sang du célèbre patron de la France.

 

En 886, lors du siège de Paris par les Normands, le comte Eudes, depuis roi de France, monta sur Montmartre afin de ranimer le courage des Parisiens assiégés. En 977, Othon II pénétra en France en saccageant tout sur son passage et vint camper sur la butte Montmartre, puis battit en retraite. Vers 1096, les religieux de Saint-Martin des Champs établirent à Montmartre un prieuré de l'ordre de Cluny. En 1133, Burchard de Montmorency, à qui Montmartre appartenait, le céda à Louis le Gros et à la reine Adélaïde, qui y fondèrent une abbaye de religieuses de l’ordre de Saint-Benoît. Ces religieuses acquirent d'abord une grande réputation de sainteté et leur monastère fut visité par un grand nombre de pèlerins, qui leur firent des présents considérables. La richesse apporta chez elles le relâchement des mœurs, et les répressions des archevêques de Paris ne purent avoir raison de leurs désordres. Le 15 août 1534, Ignace de Loyola et ses compagnons se rendirent à Montmartre, et ce fut là, dans la chapelle dite du Martyre, qu'il fit vœu de pauvreté et de fidélité à l'Eglise. En 1559, un violent incendie consuma la plus grande partie de l'église paroissiale et une partie du monastère.

 

Le 8 mai 1590, Henri IV salua les Parisiens du feu de six pièces d'artillerie ; deux de ces pièces étaient placées sur la butte Montmartre, et le siège en règle commença. Il établit son quartier général sur la butte, s'installa dans les appartements de l'abbesse du couvent et, d'après les chroniqueurs du temps, il y mena une joyeuse vie en compagnie des religieuses. En 1611, l'abbesse Marie de Beauvilliers fit rétablir les parties du couvent qui avaient le plus souffert pendant la guerre et qui renfermaient la chapelle du Martyre, comprise dans l'enclos même de la communauté. Ce fut au cours des travaux qu'eut lieu la découverte d'une crypte souterraine, à laquelle on arrivait par un escalier et au fond de laquelle se trouvait une sorte d'autel. La découverte de cette catacombe fit grand bruit, et l'opinion générale fut qu'on avait retrouvé le véritable oratoire de saint Denis et des premiers fidèles. Une grande affluence de curieux ne tarda pas à se porter à Montmartre, à cette occasion. La reine Marie de Médicis vint elle-même visiter le Tombeau des martyrs, qui valut à l'abbaye une nouvelle provision d'aumônes et de dons.

 

En 1622, la communauté de Montmartre, fut partagée en deux maisons différentes : celle du monastère dit d'En-Haut et celle dite des Martyrs, au-dessous. Chacune eut sa supérieure particulière. La maison des Martyrs fut érigée en prieuré régulier, dépendant du monastère, sous les mêmes titre et invocation de saint Denis et de ses compagnons. L'église du prieuré fut longtemps pour les Parisiens le lieu de dévotion et de pèlerinage par excellence. Tous les ans, le chapitre de Notre-Dame y faisait une procession solennelle et les prédicateurs les plus renommés s'y succédaient. Vers 1680, les deux monastères d'En-Haut et d'En-Bas furent réunis comme jadis en une communauté unique, et dans une construction, sinon entièrement nouvelle, du moins agrandie à cet effet. La vieille maison mère, la maison d'En-Haut, fut abandonnée pour celle située à mi-côte, du côté de Paris. L'abbaye de Montmartre, supprimée en 1790 et vendue quelque temps après, fut détruite en 1793.

 

Aujourd'hui, on voit encore, derrière l'église paroissiale, la chapelle dans laquelle un grand nombre d'abbesses furent inhumées et où les offices du couvent furent célébrés jusqu'au jour où les religieuses émigrèrent définitivement au prieuré, sous Louis XIV. Cette chapelle, appelée aujourd'hui le Choeur des damas, est propriété de l'Etat et ne sert plus au culte. Auprès de l'église paroissiale et sur une partie de l'emplacement jadis occupé par les bâtiments du monastère, dont les caves existent encore, on a construit une grande chapelle et on a élevé un calvaire qui, encore aujourd'hui, est deux fois l'an l'objet d'un pèlerinage. Dès le XVIIe siècle, la butte était, dit-on, couverte de moulins à vent. On en comptait, douze en 1786 ; mais depuis cette époque le nombre en a toujours été en diminuant. Il n'y en avait plus que dix en 1795. Nous citerons les plus fameux, dont les noms ne sont plus qu un souvenir ; c'étaient : le moulin de la Lancette, appartenant à l'abbaye et qui dut sa ruine à un éboulement; le moulin de But-à-fin, le moulin de la Galette, les moulins Vieux, Neuf, de la Vieille-Tour, de la Grande-Tour, du Palais, Radet, Paradis, de la Béquille. Les carrières de Montmartre, qui fournissaient pour Paris du plâtre en abondance, ne sont plus exploitées, bien qu'elles soient loin d'être épuisées.

 

Montmartre avait jadis quatre fontaines : la fontaine Saint-Denis, dont l'eau passait pour avoir le don de guérir les fièvres, celle de la Fontenelle, celle de la Bonne-Eau et celle du But. Cette dernière existe encore. Les eaux des trois autres ont été taries par suite de l'exploitation des carrières. Aujourd'hui, l'eau parvient à Montmartre à l'aide d'une machine hydraulique, mue par une pompe à feu établie à Saint-Ouen, sur les bords de la Seine, et qui fait arriver cette eau à une hauteur de 130 mètres, sur le sommet de la butte, où un réservoir double la reçoit.

 

Parmi les monuments de Montmartre, nous citerons : l'église de Saint-Pierre, classée parmi les monuments historiques. Elle conserve encore, de sa construction primitive, quatre colonnes en marbre noir et blanc, d'un seul bloc, surmontées d'un chapiteau corinthien : deux sont à l'entrée, les deux autres à l'extrémité de l'édifice, dans la chapelle abandonnée de l'ancienne abbaye. Ces colonnes proviennent, suivant la tradition, de l'un des anciens temples païens construits sur Montmartre au temps de la domination romaine. En 1859, on a commencé à Montmartre la construction d'une nouvelle église et, en 1873, l'Assemblée nationale a autorisé l'archevêque de Paris à édifier au sommet de la butte une église qui doit être consacrée au Sacré-Coeur. La mairie de Montmartre, construite en 1836, n'a rien de remarquable. Mentionnons aussi l'existence à Montmartre de deux établissements de charité : l'asile de la Providence, situé Chaussée des Martyrs, n° 13, fondé par M. et Mme Micault de La Vieuville en 1804, et l'asile des vieillards, fondé en 1854, par l'Assistance publique.

 

Enfin, pour en finir avec les souvenirs qui se rattachent à Montmartre, rappelons que cette commune porta quelque temps, pendant la Révolution, le nom de Montmarat et que, le 29 mars 1814, la butte fut bravement défendue contre les alliés par une poignée de soldats, secondés par des élèves de l'Ecole polytechnique. Après la capitulation de Paris (28 janvier 1871), les gardes nationaux transportèrent sur la butte Montmartre une grande quantité de canons qui devaient leur rester, dans la crainte qu'ils ne fussent enlevés par les Allemands. Ce fut à Montmartre, rue des Rosiers, que s'établit peu après le Comité central de la garde nationale. Le mouvement communaliste du 18 mars 1871 fut provoqué par l'ordre d'enlever les canons qui se trouvaient à Montmartre, et le général Lecomte, chargé de présider à cet enlèvement, se vit conduit rue des Rosiers, où il fut fusillé en même temps que le général Clément Thomas. Lors de l'entrée des troupes de Versailles à Paris, la butte Montmartre, sur laquelle on avait établi des batteries de canons formidables, fut enlevée presque sans résistance à la suite d'un mouvement tournant, le 24 mai 1871.

 

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1876)

 

 

 

Vieux Montmartre