Clémence-Louise MICHEL
révolutionnaire française
(52.château de Vroncourt, Vroncourt-la-Côte, 29 mai 1830-13.Marseille, 09 janvier 1905)
Elle était institutrice aux Batignolles lorsque, à la fin de l'Empire, elle s'occupa de politique et des questions sociales mises à l'ordre du jour par l'Internationale. Douée d'une imagination vive, Louise Michel fut vivement affectée par les événements du siège de Paris et commença alors à montrer une grande exaltation. Lors du mouvement du 18 mars, elle prit un costume de garde national et, armée d'une carabine, elle se dirigea vers le lieu où la lutte venait de s'engager. Après la rupture de la Commune de Paris et de l'Assemblée, Louise Michel organisa le comité central de l'union des femmes, présida le club de la Révolution tenu à l'église Saint-Bernard, et prononça des discours ardents dans divers autres clubs. En même temps, elle envoyait des articles au Cri du peuple, se rendait au fort d'Issy et était blessée en prenant part à la défense. Rentrée à Paris, elle déploya jusqu'à la fin de la lutte la plus grande énergie et fut arrêtée quelque temps après l'entrée des troupes de Versailles à Paris. Traduite, le 16 décembre 1871, devant le 6e conseil de guerre, Louise Michel déclara qu'elle ne voulait pas se défendre, qu'elle appartenait tout entière à la révolution sociale et qu'elle avait participé à l'incendie de Paris. « Je voulais, dit-elle, opposer une barrière de flammes aux envahisseurs de Versailles ; » et elle ajouta : « Un jour j'ai proposé à Ferré d'envahir l'Assemblée. Je voulais deux victimes : M. Thiers et moi, car j'avais fait le sacrifice de ma vie ; j'étais décidée à frapper. » En terminant, elle demanda la mort, et, s'adressant au conseil : « Si vous n'êtes pas des lâches, s'écria-t-elle, tuez-moi. » Condamnée à la déportation dans une enceinte fortifiée, Louise Michel fut dirigée sur la Nouvelle-Calédonie. On a d'elle un recueil de contes, légendes et historiettes à l'usage des enfants, le Livre du jour de l'an (1872), publié au profit de sa mère, et qui, dans son genre, n'est pas sans mérite.
(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1876)
Dans une lettre datée de Nouméa, du 25 juillet 1879, Mlle Louise Michel écrivait au président de la République que, sachant qu'on avait fait en son nom des démarches « outrageantes pour son honneur », elle les désavouait hautement. « Je ne comprends d'autre retour en France, disait-elle, que celui qui ramènerait toute la déportation et toute la transportation de la Commune, et n'en accepterai jamais d'autre. » La loi d'amnistie lui donna satisfaction, et elle revint à Paris en novembre 1880 ; elle fut reçue à la gare par Louis Blanc, Rochefort, Clemenceau, etc., qui lui préparèrent une manifestation enthousiaste. Elle fit alors une série de conférences socialistes et communistes, se mêla à l'agitation révolutionnaire et, le 9 mars 1883, se mit à la tête d'un attroupement qui, partant de l'esplanade des Invalides, remonta le boulevard Saint-Germain en pillant des boulangeries. Un mandat d'amener fut lancé contre elle, et elle comparut le 21 juin devant la cour d'assises de la Seine sous l'inculpation d'instigation au pillage de pain par bande et à force ouverte. Le jury rendit un verdict affirmatif ; elle fut condamnée à six ans de réclusion et placée pendant dix ans sous la surveillance de la haute police. Elle fut internée à la maison centrale de Clermont, et astreinte au régime des condamnés politiques. Graciée en janvier 1886, elle ne sortit de sa prison que lorsqu'on l'eût menacée de l'en expulser, déclarant qu'elle n'admettait pas le système des grâces partielles. A peine en liberté, elle adressa à plusieurs journaux des lettres de protestation. « Nous sommes en plein Empire, écrivit-elle au « Radical ». Cette fois, le guet-apens a réussi ; me voila souffletée d'une grâce, et nous sommes onze sur soixante. Je n'accepte pas cette infamie. » Le 3 juin 1886, dans un meeting au Château-d'Eau, elle fit un discours dans lequel elle traitait les gouvernants d'assassins et concluait : « Tous ces gens-là, à l'eau ! à l'eau ! » Cette exhortation lui valut quatre mois de prison et 100 francs d'amende (12 août 1886). Occupée, en 1887, de travaux littéraires, elle cessa un moment de paraître aux réunions et meetings de son parti. Elle rompit le silence le 22 janvier 1888, au Havre, mais un individu nommé Lucas lui tira deux coups de revolver qui, heureusement, ne lui firent qu'une légère blessure à l'oreille. Ce Lucas, interné à la maison d'arrêt au Havre, lui écrivit le 28 pour la prier d'intercéder en sa faveur auprès de ses juges, ce qu'elle fit sans rancune, car ses amis et ses adversaires lui reconnaissent une profonde bonté jointe à des convictions d'une sincérité à toute épreuve. Interrogée sur le général Boulanger, elle répondit : « Pour nous autres révolutionnaires, Boulanger comme homme est une nullité, mais nous l'acceptons comme un moyen pour combattre et détruire le pernicieux système de gouvernement actuel. »
Depuis son retour d'Océanie, Mlle Louise Michel a écrit plusieurs ouvrages. On lui doit des romans : la Misère (188l), avec Jean Guêtré ; les Méprisées (1882), avec le même ; la Fille du peuple (1883), avec A. Grippa ; le Bâtard impérial (1883), avec J. Winter ; Contes et Légendes (1884) ; Légendes et Chants de geste canaques (1885) ; les Microbes humains (1886), le premier roman d'une « série rouge » qui doit comprendre six volumes et dont le second a paru sous le titre de le Monde nouveau (1888). Dans ce récit l'auteur prend dans la société actuelle les dégoûtés, les désespérés, les victimes des lois et de l'état social, elle les fait s'associer pour fonder dans le voisinage du pôle nord une colonie où ils vivront à l'abri de toute autorité, de tout esclavage moral ou matériel. En 1886, Mlle Louise Michel a publié le premier volume de ses Mémoires, où elle se montre ce qu'elle est en réalité, c'est-à-dire une nature romanesque, convaincue, enthousiaste du peuple jusqu'à la passion. Depuis, elle a fait paraître : l'Ere nouvelle, Pensée dernière (1887) ; A travers la vie, poésies (1888) ; les Crimes de l'époque (1888), nouvelles, etc. Enfin elle est l'auteur de deux drames : Nadine, joué aux Bouffes-du-Nord le 29 avril 1882 et le Coq rouge, représenté au théâtre des Batignolles le 19 mai 1888.
(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)