DICTIONNAIRE
HISTORIQUE
DE LA VILLE DE PARIS
ET DE SES
ENVIRONS,
Dans lequel on trouve la Description de tous les Monuments & Curiosités ; l'Etablissement des Maisons Religieuses, des Communautés d'Artistes, d'Artisans, &c. &c.
Par MM. HURTAUT, Maître-ès-Arts
& de Pension de 1'Université, ancien Professeur de l'Ecole Royale
Militaire ; & MAGNY, ancien Premier Commis des Fermes du Roi.
A PARIS,
Chez MOUTARD,
Libraire-Imprimeur de la REINE,
rue des Mathurins, à l'Hôtel de Cluni.
M. DCC. LXXIX.
Avec Approbation, & Privilège du Roi.
ABBAYE (l') DE MONTMARTRE, de l'ordre de Saint Benoît, mais mitigé, fut
fondée en 1133 par le Roi Louis-le-Gros, & la Reine Adélaïde, sa femme.
C'était auparavant un couvent de religieux de l'ordre de Cluny, qui cédèrent la
maison pour y mettre des religieuses, & reçurent en échange Saint
Denis-de-la-Chartre. L'abbaye de Montmartre est composée d'une Abbesse,
d'environ soixante Religieuses, & de douze sœurs converses. La maison jouit
de 28000 liv. de rente & d'une pension du Roi de 6000 livres; elle doit à
chaque mutation d'Abbesse 1000 livres à la manse abbatiale de Saint Denis, à
cause d'un fief qu'elle possède à Clignancourt. Louis-le-Gros ne s'en tint pas
là : après en avoir fait bâtir l'Eglise & les lieux réguliers, il acquit de
Guillaume de Senlis, lors Bouteiller de France, le fief & la seigneurie,
tant sur la maison de Gueheri de la Porte, que sur la partie du terrain
adjacent, en échange de quelques étaux & boutiques ; en conséquence, le Roi
joignit l'un & l'autre au surplus des domaines qui composèrent la fondation
des religieuses de Montmartre.
En 1134, Louis-le-Gros donna
sa charte de fondation de l'abbaye Montmartre, par laquelle il dit : qu'à la
prière de la reine Adélaïde sa femme, il a bâti une église & une abbaye sur
le mont, appelé des Martyrs, & qu'il donne aux religieuses plusieurs biens,
tant à Saint-Cloud, qu'à Clichy, à Chelles, au territoire de Senlis, à
Etampes ; à Melun dans le Gâtinais, un four & la maison de
Gueheri-le-changeur, & le bourg qu'il avait bâti au préau-Hilduin, appelé
depuis le Bourg-de-la-reine, &c. Il accorda aussi à ces religieuses le
droit de pêche, qu'il avait à Paris, & généralement tout ce qu'elles
pourraient acquérir dans son fief. La fondation de cette Abbaye fut confirmée par
une bulle du pape Eugène III, datée de l'an 1147. Ce même Pape fit la dédicace
de l'église d'en haut , le 22 avril de la même année ; & celle de la
chapelle d'en bas, le 1er juin suivant. Saint Bernard &
Pierre-le-Vénérable furent présents à la cérémonie, & servirent de diacre
& de sous-diacre à la messe du Pape. Le missel couvert d'or, & tous les
ornements qui avaient servi à cette auguste & sainte cérémonie, demeurèrent
à la sacristie, & en ont fait la richesse jusqu'en 1559, que le feu ayant pris
au bâtiment, la sacristie & la meilleure partie des titres furent brûlés.
Il en fut de cette Abbaye
comme des autres monastères. On y vécut d'abord dans une grande
régularité ; le bruit qui s'en répandit, mérita aux Religieuses de
Montmartre l'estime de Mathilde, première femme d'Etienne, roi d'Angleterre,
& fille d'Eustache III, comte de Boulogne, laquelle leur donna, du
consentement d'Eustache son fils, le droit de prendre tous les ans à Boulogne,
la quantité de cinq mille harengs. Mais insensiblement, le relâchement s'y
introduisit, & vint à un tel point, que, vers l'an 1500, il fallut
absolument y remédier. Jean Simon, pour lors Evêque de Paris, conçut le dessein
d'y établir une réforme, mais il mourut sans l'avoir exécuté ; & ce
fut Etienne Poncher, son successeur, qui, en 1503, mit dans l'abbaye de
Montmartre des Religieuses de l'ordre de Fontevrault, tirées des Prieurés de la
Magdeleine-les-Orléans, & de Fontaines dans le diocèse de Senlis, qui
avaient nouvellement été reformés. L'abbaye de Montmartre eût encore besoin
d'être réformée en 1547, sous l'épiscopat de Jean du Bellay ; mais la
réforme faite en 1600 était la plus nécessaire, & la plus difficile à
établir.
Les guerres de la ligue
porteront la confusion & le relâchement dans tous les ordres de l’Etat.
Lorsque Henri-le-Grand assiégea Paris, les Religieuses de Montmartre furent
plus exposées que les autres à ces désordres. Alors les plus raisonnables se
retirèrent dans la ville ; mais les jeunes restèrent dans leur couvent,
& se familiarisèrent avec le Roi & les seigneurs de sa suite. On dit
que ce Prince fut touché de la figure & de l'esprit de Marie de
Beauvilliers, qui en était Abbesse, & qu'ayant été obligé de lever le siège
de Paris, il la mena à Senlis, une des villes dont il était déjà le maître.
Mais cette Abbesse étant revenue de son égarement, rassembla son troupeau
dispersé, & entreprit de lui faire observer un genre de vie plus régulier
qu'auparavant. Sauval dit qu'elle employa dix ans à cette réforme, & que
pour gagner ses Religieuses, elle les associa à la dignité abbatiale, ayant
obtenu du roi Henri-le-Grand, qu'après sa mort ou par sa démission volontaire,
l’Abbesse serait élue de trois en trois ans par les Religieuses ; mais
elle ne persista pas longtemps dans cette bonne résolution ; car elle souhaita
& obtint pour coadjutrice Henriette de Beauvilliers, sa nièce. Cette
coadjutrice étant morte en 1638, elle fit nommer à sa place Catherine d'Escoubleau
de Sourdis, sa cousine ; enfin, l'abbesse Marie fut obligée de recevoir
Renée de Lorraine pour coadjutrice, ce qui excita des troubles qui ne finirent
que par la mort de Marie de Beauvilliers. Elle est celle qui ait le plus
contribué à rétablir & à augmenter les bâtiments de cette Abbaye, en quoi
elle fut puissamment aidée par les libéralités de Pierre Forget de Fresne,
Secrétaire d'État, qui avait épousé Anne de Beauvilliers, sa sœur. Les
Religieuses de Montmartre ayant voulu faire agrandir leur chapelle, qu'on
nomme des Saints-Martyrs, & qui est située au bas de la clôture de leur
couvent, du côté de Paris, les maçons qui travaillaient aux fondements des murs
nécessaires pour cet agrandissement, trouvèrent, le 16 juillet 1611, au-delà du
chef de cette chapelle, du côté du levant, une voûte, sous laquelle il y avait
des degrés qui conduisaient sous terre en une cave, où l'on descendit par un
trou que les maçons firent à cette voûte. On trouva d'abord un escalier qui
avait cinq pieds un quart de largeur, par lequel on descendait 37 marches de
vieille maçonnerie de plâtre, gâtées & écornées, au bas desquelles on
trouva une cave ou caverne creusée dans un roc de plâtre, tant par le haut que
par les côtés & le circuit. On mesura cette caverne, & on trouva
qu'elle avait 32 pieds de longueur, depuis l'entrée jusqu'au bout, tirant vers
la clôture des Religieuses. Cette cave avait à son entrée huit pieds de
largeur, & à neuf pieds au-delà, elle en avait seize. Le surplus allait
toujours en rétrécissant ; en sorte qu'au bout, vers la clôture des
Religieuses, elle n'avait que sept pieds de largeur.
Dans cette cave, du côté de
l'orient, il y avait une pierre de plâtre biscornue, de quatre pieds de long,
sur deux pieds & demi de large, prise par son milieu, sur six pouces d’épaisseur.
Au-dessus de cette pierre, & en son milieu, il y avait une croix gravée
avec le ciseau ; elle était de six pouces en quarré de longueur, &
d'un demi pouce de largeur. Cette pierre était élevée de chaque côté sur deux
autres de moilon dur, de trois pieds de haut, & appuyée contre la roche de
plâtre, en forme de table d'autel, & était distante de cinq pieds de
l'escalier. Vers le bout de la cave, à main droite ce l'entrée, on voyait dans
une roche de pierre, une croix gravée avec un poinçon, un couteau, ou quelque
autre serrement, & ces lettres MAR : ensuite desquelles il y avoir
apparence de quelques autres lettres encore, que l'on ne put déchiffrer. Au
même côté, un peu distant de cette croix, & au bout de la cave, on avoir
encore gravé une autre croix dans la roche ; & à main gauche de la
cave en entrant, à la distance de 24 pieds de l'entrée, se trouva ce mot écrit
avec de la pierre noire, sur le roc, CLEMIN. ; & au côté de ce mot, on
voyait quelque forme de lettres tracées dans la pierre avec un serrement, qui
représentaient le mot DIO, & autres lettres qu'on ne put distinguer. La hauteur
de cette cave en son entrée était de six pieds jusqu'à neuf. En tirant de
l'entrée vers le bout de la cave, le surplus jusqu'au bout était rempli de
gravais & de terre, où il y avait plusieurs pierres, & des tuyaux fort
frayés & affermis par-dessus, ainsi qu'une terrasse ; de manière qu'au-delà
de neuf pieds, il n'y avait de distance en la hauteur depuis les pierres en
gravais jusqu'au haut, que de trois pieds en quelques endroits, & de quatre
en d'autres ; de sorte que l'on ne pouvait s'y tenir debout. Quoique dans ce
procès-verbal, rapporté par le père Marrier dans Saint Martin-des-Champs, il ne
soit fait mention que de 37 marches, il y en avait en effet 50, dont 13 ne
parurent qu'après qu'on eût enlevé des décombres qui les cachaient.
On crut avec raison que ce
souterrain avait servi aux premiers Chrétiens, qui n'osaient s'assembler qu'en
cachette, & dans des caves qu'ils nommaient Cryptes ou Catacombes, &c.
Cette découverte réveilla tellement la dévotion qu'on avait pour Montmartre, que la Reine Marie de Médicis, les dames de la Cour, & beaucoup d'autres personnes de toutes sortes de condition, y vinrent en foule ; leurs libéralités furent si grandes, qu'en peu de temps l'Eglise changea de face, & devint à peu de chose près, telle que nous la voyons aujourd'hui.
M. l'abbé Lebeuf explique
autrement les lettres gravées sur ces pierres. Il prétend d'abord que le mot Clemin ne signifie point Clement, parce qu'on aurait écrit Clemen & non Clemin. Il pense de plus qu'au lieu de Clemin, on peut lire Clemini
; & il se fonde sur ce que dans le gothique on ne mettait pas de point sur
les i, & qu'ainsi on pouvait fort
bien se tromper, lorsque cette lettre se trouve jointe à une M ou une N, &
en faire des applications différentes à cause de l'union des jambages;
ainsi voyant gravé sur la pierre dont il s'agit, Clemm, les premiers observateurs ont lu Clemin. M. l'abbé Lebeuf, au contraire, lit Clenini, & conjecture que c'est l'abrégé de Cleninicortis, qui signifie
Clignancourt, petit village qui tient à Montmartre. DIO, selon lui, signifie Dionisius ; & MAR, veut dire Martyr. Cette façon de lire établie, il
ne trouve aucun mystère dans ce souterrain. Il pense que cette cave a servi aux
habitants de cette montagne, à cacher ce qu'ils avaient de plus précieux dans
le temps des guerres, soit des Normands, soit des Anglais, ou autres. La partie
marquée Clenini aura servi aux
habitants de Clignancourt ; DIO, à ceux du haut de la montagne où était
une Eglise de Saint Denys ; & MAR, pour ceux qui demeuraient au canton du
saint Martyr : de sancto Martyrio.
Par ce partage, chacun pouvait reconnaître les effets : à l'égard de l'autel
qu'on a trouvé, il a pu servir à célébrer la messe pour les habitants, les
circonstances ne permettant pas de la dire dans les Eglises. Hist. du Dioc. de Paris, t. III, p. 120
& 121.
Quoique de tout temps les Religieuses de cette Abbaye aient été de l'ordre de Saint Benoît, elles portaient néanmoins l'habit blanc ; lorsqu'en 1612 Henri de Gondi, Evêque de Paris, leur permit de reprendre le noir. Le même Prélat leur accorda, en 1617, de s'abstenir de l'usage de la viande autant que leur santé le pourrait permettre.
La reine
Adélaïde, après la mort de Louis-le-Gros, qui arriva
en 1137, épousa Mathieu de Montmorency, Connétable de France. Elle se retira,
en 1153, dans cette Abbaye dont elle était fondatrice, pour finir ses jours
dans la retraite & dans les exercices de piété.
Elle y mourut environ un an après (en 1154), son corps fut inhumé devant le
grand autel : son tombeau n'avait rien de remarquable, sinon qu'on ne voyait
que quatre fleurons à sa couronne royale, conformément à l'usage de ce
temps-là. En 1643, Marie de Beauvilliers, Abbesse de
Montmartre, fit transporter ce tombeau dans le chœur des religieuses ; &
quelques années après, Renée de Lorraine, pour lors Abbesse de la même Abbaye,
le fit renouveler & y fit graver l'inscription & épitaphe moderne que
voici :
Ici est le tombeau de très-illustre, & très pieuse Princesse, Madame Alix de Savoye, Reine de France, femme du Roi Louis VI du nom, surnommé le Gros, mère du Roi Louis VII dit le Jeune, & fille de Humbert II, Comte de Savoye, & de Gisle de Bourgogne, sœur du Pape Calixte II.
Cy gist Madame Alix, qui de
France sut Reine,
Femme du Roi Louis Sixième, dit le Gros.
Son âme vit au ciel, & son corps en repos,
Attend dans ce tombeau la gloire souveraine.
Sa beauté, ses vertus la rendirent aimable
Au Prince son époux, comme à tous ses Sujets ;
Mais Montmartre fut l’un de ses plus doux objets,
Pour y vivre, & trouver une mort délectable.
Un exemple si grand, ô passant ! te convie,
D'imiter le mépris qu’elle fit des grandeurs,
Comme elle, sèvre-toi des plaisirs de la vie,
Si tu veux des Elus posséder les splendeurs.
Autrefois les Religieux de Saint-Denis allaient en procession à Montmartre, l'une des fêtes de Pâques ou de la Pentecôte. Cette procession ne se faisait que tous les sept ans, parce qu'ils avaient d'autres fonctions à faire dans les six autres années. Ils allaient à Aubervilliers, à la Courneuve, à Saint-Ouen, à Pierrefitte, à Stains & à la Chapelle. Cela a duré jusqu'en 1626, que ces six stations ont été supprimées ; on n'a conservé que celle de Montmartre, qui ne se fait néanmoins que tous les sept ans au premier de mai.
En 1534,
Saint Ignace de Loyola y vint implorer l'assistance
de Dieu, avant que de commencer l'institution de la Compagnie de Jésus.
Le Cardinal
de Berulle y conduisit, en 1604, Anne de Jesus, & Anne de Saint Barthelemi,
Carmélites Espagnoles réformées, & compagnes de Sainte Thérèse, avant que
d'entreprendre l'établissement de ces Religieuses à Paris.
Barbe Avrillot, le Cardinal de Berulle,
Saint François de Sales, Saint Vincent de Paul, & l’abbé Ollier, y vinrent aussi avant que d’instituer les
différents ordres dont ils sont fondateurs.
***
CLIGNENCOURT, écart ou dépendance de Montmartre,
situé à l'opposite, & sur le côté de la montagne qui fait face à la ville
de Saint-Denis. Piganiol observe que l'Abbaye de
Montmartre possède à Clignencourt un fief du
Monastère de Saint-Denis ; ce qui est cause, dit-il, qu'à chaque mutation
d'Abbesse, cette Abbaye de Filles doit payer 1000 liv. à la manse abbatiale de
Saint-Denis.
En 1579, Jacques Liger ou Legier, Trésorier du Cardinal de Bourbon, Seigneur de Clignencourt, y fit bâtir la Chapelle de la Trinité, sur la descente de la colline. Les Dames de Montmartre, chargées de l'exécution des fondations, en ont obtenu la réduction en 1728.
Dom Félibien
sait remarquer que lorsque la procession septénaire de Saint-Denis arrive à
Montmartre, les Chapelains de ce lieu viennent au-devant, jusqu'à cette
Chapelle de la Trinité.
***
MONTMARTRE est une montagne voisine & au
nord de la Ville de Paris ; elle a été appelée Montmartre. Frédégaire
la nomme Mons Mercorii.
Hilduin qui écrivit sous le règne de Louis-le-Débonnaire, la nomme Mons Mercurii, & Mons Martyrum. Abbon, Moine de
Saint-Germain-des-Prés, qui a fait un poème du Siège de Paris en 886, la nomme Mons Martis.
Ces différents noms lui ont été donnés de deux Temples que l'on dit y avoir
été, & de la tradition qui veut que & Denis & ses Compagnons aient
souffert le martyre en cet endroit. On prétend que de ces deux Temples, il y en
avait un qui était dédié à Mercure, dont on a vu un pan de mur qui était resté,
& qui avait tant de hauteur, qu'on l'apercevait de presque toute
l’Ile-de-France. Il y restait encore une niche remplie par une figure ou idole
de deux ou trois pieds de haut. Tous ces restes furent entièrement détruits par
un orage le 20 Octobre 1618. L'autre Temple était consacré au Dieu Mars. On en
voyait encore quelques restes du temps du Roi Henri IV, & surtout une
terrasse qui servit à ce Prince pour braquer son canon lorsqu'il assiégea
Paris ; elle a été démolie depuis.
On voit par
une charte, rapportée par le P. Dubreul & &
par le P. Marrière, qu'il y avait une Eglise sur le
haut de cette montagne, & une Chapelle du S. Martyr Denis, vers le bas,
& que cette Eglise & cette Chapelle, avec la troisième partie de la
Seigneurie, la moitié du labourage d'une charrue, le terrain nécessaire au logement
de quelques Religieux le tiers tant de la dîme que des cens, rentes, tailles
personnelles des Habitants libres & demeurant dans la Paroisse, furent
donnés en 1086, par Gautier Payen & Hodierne sa
femme, surnommée la Comtesse, aux Religieux de Saint-Martin-des-Champs. Cette
donation sut confirmée par Bouchard IV du nom, Seigneur de Montmorency, dans la
mouvance duquel était le Fief que Gauthier Payen & Hodierne
sa femme donnaient au Monastère de
Saint-Martin-des-Champs.
Cette
montagne est remplie de carrières de plâtre, le meilleur qu'il y ait, &
couverte, pour ainsi dire, de moulins à vent.
En 1737, quelques personnes imaginèrent qu'il y avait des trésors cachés dans cette montagne, du côté qui regarde le Village de Saint-Ouen, & au-dessus de la colonne méridionale, dont il est parlé à l'article de l'obélisque. On se pourvut d'abord des permissions nécessaires, & ensuite on creusa & on fouilla dans la montagne. On publia aussitôt qu'on y avait trouvé deux figures de bronze de cinq pieds quatre pouces de haut, dont l'une représentait Isis, & l'autre Osiris, des médailles où Isis était aussi représentée ; dix-sept cylindres ou barriques de fer, ayant trois pieds de long, sur onze pouces de diamètre, dont un ayant été ouvert, se trouva rempli de médailles d'or, qui avaient d'un côté la figure de Cybèle, & de l'autre une branche de gui, avec des caractères qu'on n'avait pu déchiffrer ; un grand & vaste Temple de figure ronde, soutenu par dix-huit arcades de marbre, au milieu duquel était un autel d'argent, de six pieds de face, & sur lequel on immolait des victimes humaines ; douze statues d'or tenant des boucliers & des épées d'argent ; une espèce de Chapelle d'or, ornée de huit statues d'argent, représentant des femmes de la taille la plus avantageuse, &c.
Tous ces trésors
d'érudition & de magnificence disparurent tout d'un coup à l'approche de
gens éclairés, qui eurent la curiosité d'examiner ce souterrain ; ils n'y
trouvèrent que des restes d'un édifice romain, qui probablement sont les ruines
de celui qui fut renversé en 944, par un ouragan effroyable, dont il est parlé,
dans la Chronique de Flodoard à l'an DCCCCXLIIII. Voy.
le sentiment de l'Abbé Lebeuf,
Hist. de la Banlieue, pag.
129 & 130.
L'Eglise
Paroissiale de Montmartre est sous l’invocation de S. Pierre, & n'a rien de
remarquable. Cette Cure est à la nomination de l'Archevêque de Paris, &
vaut cent louis au Curé par chaque année. Voy. ABBAYE
DE MONTMARTRE tom. 2, pag.
8 & suiv.
Du côté du couchant, en descendant de la montagne, se trouve la fontaine S. Denis, qui est célébrée dans la vie de Gaston, Baron de Renty, comme un lieu de dévotion où il prit quelquefois ses repas, & où il se distingua par la serveur de son zèle pour le salut des âmes. Du côté qui regarde la Ville de S. Denis, au couchant de Clignancourt, est une autre fontaine aussi sur la pente, dont l'eau était portée dans la maison de campagne d'un ancien Romain ou Gaulois, située un peu plus bas à la droite en descendant. C'était en ce lieu qu'étaient les bains dont on a trouvé les fourneaux, la grille & des fragments d'inscription, au commencement de l'année 1738.
On voit sur cette montagne un obélisque ou colonne de pierre, que l'Académie Royale des Sciences y a fait planter pour déterminer sur l'horizon, le plus exactement qu'il était possible , les points du midi & du nord, qui sont sur la ligne méridienne qui passe parle milieu de l’Observatoire royal de Paris. Du côté du midi, l'horizon est terminé par le Village de l'Hay, & du côté du nord, par celui de Montmartre. Sur la face de la base qui regarde le midi, on lit cette inscription :
L'an MDCCXXXVI, cet obélisque a été élevé par ordre du Roi, pour servir d'alignement à la méridienne de Paris du côté du nord. Son axe est à 2931 toises 2 pieds de la face méridionale de l'Observatoire.
Les opérations,
pour déterminer la ligne méridienne depuis l'Observatoire, jusqu'à l'extrémité
septentrionale, ayant été interrompues, ne furent reprises que sous la minorité
de Louis XV, par ordre du Duc d'Orléans, Régent du Royaume. Ce furent M.
Cassini le fils, M. Maraldi & M. de la Hyre fils, à qui le soin en fut confié, & qui en
reçurent l'ordre. Depuis l'Observatoire jusqu'à Dunkerque, ils formèrent
vingt-neuf triangles, dont neuf par M. Picard, & vingt par ces trois
Académiciens.
Les côtés de ces triangles déterminés en toises, servent de base certaine & juste pour dresser les cartes particulières des Provinces qui sont de part & d'autre de la méridienne, pour les unir ensemble, & en former une carte générale de la France.
Quant à la
colonne de pierre qui est sur la butte de Montmartre, on remarquera qu'elle est
une des quatre-vingt-seize qu'on avait résolu d'élever d'espace en espace,
depuis Dunkerque jusqu'au Canigou ; mais jusqu’ici on s'est contenté d'en
avoir élevé quelques-unes.