BULLETIN

DE LA SOCIÉTÉ

DE

L'HISTOIRE DE PARIS

ET DE

L'ILE-DE-FRANCE

 

58E ANNÉE - 1931

 

 

A PARIS

Chez H. CHAMPION

Libraire de la Société de l'Histoire de Paris
Quai Malaquais, 5

1931

 

 

 


Chapitre I – Histoire générale de l’Abbaye

 

I – les origines – l’Abbaye au XIIe siècle

II – l’Abbaye au XIIIe siècle

III – l’Abbaye au XIVe siècle

IV – l’Abbaye au XVe siècle

V – l’Abbaye au XVIe siècle

VI – l’Abbaye au XVIIe siècle

VII – l’Abbaye d’En-Haut

VIII – l’Abbaye au XVIIIe siècle

 

Chapitre II – le Domaine urbain

 

        I – le For-aux-Dames

          II – la Tour-des-Dames

          III – la « petite maison » du Duc de Richelieu

 

Chapitre III – Clignancourt

          ses seigneurs et ses principaux habitants

 

 

 

BULLETIN

DE LA SOCIÉTÉ

DE L'HISTOIRE DE PARIS

ET DE L'ILE-DE-FRANCE


1931

 

VARIÉTÉS

 

NOTES SUR L'ABBAYE DE MONTMARTRE

 

 

 

CHAPITRE I
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ABBAYE

 

 

Moins heureuse que Saint-Germain, Saint-Denis ou Saint-Martin, l'abbaye de Montmartre attend encore son historien. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les savants, comme Du Breul, Sauval, Lebeuf, Félibien, les faiseurs de « Guides », comme Brice, Saugrain, Piganiol, Thiéry, n'en ont parlé qu'incidemment. Dominique Chéronnet, en 1843 1, Michel de Trétaigne, en 1862, n'ont tenté qu'une ébauche, et si le premier (très supérieur au second) a certainement compulsé les archives du monastère, il a eu le tort de ne pas indiquer ses sources. Guilhermy, dont le travail de 1842 n'a paru intégralement qu'en 1906, a vu aussi, et de plus près, les pièces originales ; mais, plus archéologue que chartiste, il ne les a pas toujours bien lues et, comme Chéronnet, n'a fourni aucune référence.

En 1883, Édouard de Barthélemy a publié un Cartulaire de Montmartre, qui n'est pas un bon travail.

 

1.       Sur ce modeste employé de librairie, qui sut bien travailler et mérite le titre de premier historien de Montmartre, voir la notice de Sellier, Curiosités du Vieux-Montmartre, p. 321-326.

 

 

 

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Non seulement les documents sont reproduits sans aucune critique de la valeur des copies, quelquefois même d'après Félibien, mais les erreurs de lecture et de date, comme les fautes d'impression,  sont nombreuses et l'absence de cotes d'archives exactes 1 ou de notes explicatives arrête le lecteur à chaque page. Infiniment supérieurs sont le Cartulaire général de Paris, publié en 1887 par Robert de Lasteyrie, oeuvre vraiment scientifique, dont le seul défaut est de s'être arrêtée au premier volume, soit à 1180, et le Recueil des chartes de Saint-Martin-des-Champs, publié par le regretté Depoin, qui n'intéresse malheureusement que le début de notre sujet.

Depuis la fondation de la Société du Vieux-Montmartre, de solides études sur l'abbaye ou sa censive ont été données par Charles Sellier et Lucien Lazard. Mais ce ne sont, jusqu'ici, que des fragments. Il est donc ardemment à souhaiter qu'un jeune « Vieux-Montmartrois », ayant l'avenir devant lui, se laisse tenter par ce beau sujet. L'âge a fait reculer Lucien Lambeau, le consciencieux historien des communes annexées à Paris, devant la grandeur de la tâche. « C'est un monde, et je suis trop vieux », répondait-il quand on lui parlait d'aborder Montmartre après la Chapelle. Est-ce vraiment un monde, si l'on se borne à l'essentiel ? On a peine à le croire, quand on constate que la moitié des archives du monastère concerne des terres situées en grande banlieue ou, quand elles avoisinent Montmartre, impossibles à identifier.

Le présent travail n'est qu'une esquisse, où l'on se bornera à extraire de ces archives, encore à peine explorées, ce qui en paraîtra le plus intéressant. On résumera l'histoire générale de l'abbaye en confrontant Guilhermy, Chéronnet, Trétaigne et Barthélemy, et eux-mêmes avec les documents originaux, dont on fournira les cotes. On traitera en annexes quelques sujets de détail particulièrement curieux et l'on s'estimera trop heureux si ces notes peuvent aider un jour le futur historien de Montmartre ².

 

 

I. — LES ORIGINES. — L'ABBAYE AU XIIe SIÈCLE

 

Les origines. — La colline de Montmarte (c'est très probablement le nom primitif) était habitée aux temps gallo-romains.

 

1.       L'auteur ne dit même pas ce qu'il appelle cartulaires A et B. Le cartulaire A est un recueil du XIIIe siècle, qui se trouve dans le carton L 1030 ; le B est un recueil du XVIe siècle, dans LL 1605.

2.       Pour la bibliographie, cf. dom Beaunier, Arch. de la France monastique (1905), I, p. 72 ; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques, topo-bibliographie (1903), II, col. 2003 ; Vieux-Montmartre, II (1895), p. 247-252; ajouter Fonds Parent de Rosan (mairie du XVIe arr.), t. 17, 53 à 55 et 61 ; archives de Saint-Denis ; archives du Vieux-Montmartre. — Dans les références aux Bulletins du Vieux-Montmartre, on appelle tome I les vingt premiers fascicules (1886-1894), paginés séparément.


 

 

 

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Il s'y trouvait des villas, dont les vestiges ont été mis à jour, et aussi un temple, vers l'emplacement de l'église du Sacré-Cœur 1. Dans la première moitié du VIIe siècle, Frédégaire l'appelle « mons Mercore », et tout fait supposer qu'elle était dédiée à Mercure, habitant des hauts lieux. Le Montmarte voisin d'Avallon portait, lui aussi, un temple de ce dieu 2. Au IXe siècle, Hilduin conserve cette tradition ; mais l'auteur des Miracles de Saint-Denis assimile le dieu à Mars, très souvent d'ailleurs associé à Mercure.

Vers cette dernière époque, peut-être plus tôt, la légende de Saint-Denis, qui a rempli la capitale, qu'on retrouve dans la Cité à Saint­-Denis-de-la-Chartre et à Saint-Denis-du-Pas, sur la rive gauche à Saint-Étienne-des-Grés et à Notre-Dame-des-Champs, se localisa, sur la rive droite, à Montmartre, appelé dès lors « mons Martyrum ». Des sources narratives de l'histoire de saint Denis, les plus anciennes, le Gloriosae (fin Ve siècle), la Vie de Geneviève (vers 520), le diplôme de Clovis II de 654, ne connaissent que le martyre et l'ensevelissement du saint au bourg de Catholacus, c'est-à-dire à Saint-Denis. Le supplice à Montmartre et la céphalophorie, qui en est la conséquence, n'apparaissent que dans les écrits d'Hilduin et de son disciple Hincmar, au temps de Louis le Pieux (814-840).

Les tombes trouvées en 1875 et 1891 autour de Saint-Pierre montrent que, dès les temps mérovingiens, une église, peut-être dédiée à saint Denis, avait remplacé l'ancien temple. En outre, sur la pente, du côté de Paris, devait exister une chapelle construite sur un martyrium, ou, comme on disait à Rome, une confession, c'est-à-dire sur une crypte, naturelle ou artificielle, désignée par la tradition comme ayant servi de tombeau à d'anciens confesseurs de la foi. Peut-être cette chapelle avait-elle contribué à la localisation de la légende ; peut-être en était-elle la conséquence. En tout cas, cette légende repose sur une très ancienne tradition ³.

Détruite certainement au IXe siècle par les Normands, l'église fut rétablie et de nouveau détruite, en 944, par une tornade racontée par Flodoard 4.

 

1.       De Pachtère, Paris à l'époque gallo-romaine, p. 40 et suiv. et p. 127 ; A. Maillard, communication faite au Vieux-Montmartre en décembre 1931.

2.       Blanchet, Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, 1921, p. 57 et suiv. ; Longnon, Noms de lieu (3e fasc., 1925), p. 377-380, où la discussion est reprise en détail ; Levillain, Bibliothèque de l'École des chartes (1921), p. 40-47.

3.       Duchesne, Fastes épiscopaux, II, p. 469 ; de Pachtère, p. 118, 122. Le Blant (Manuel d'épigraphie chrétienne, p. 152-162) croit à l'authenticité du tombeau de saint Denis ; cf. Bournon, p. 523. Contra, Levillain, p. 45-47.

4.       Guilhermy, p. 25.


 

 

 

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Au XIe siècle, le territoire de Montmartre était dans la seigneurie des puissants barons, les Bouchard de Montmorency, et tenu en fief par Gautier Payen, vicomte de Meulan, et sa femme, Jourdaine Comtesse 1. En 1096, ceux-ci firent don à l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs, fondée en 1039 et transformée en 1079 en un prieuré de Cluny, de l'église située au Mont-des-Martyrs, « à savoir l'autel, la nef, le cimetière, avec l'aître 2 nécessaire pour cons­truire les logements des frères, le tiers de la dîme, le tiers des hôtes ³ et la moitié de la terre que pouvait labourer une charrue ». Bouchard de Montmorency confirma solennellement la donation de son vassal, Hugues étant abbé de Cluny, Ourson prieur de Saint-Martin et Guillaume évêque de Paris 4. Le 14 juillet 1096, une bulle d'Urbain II, donnée à Nîmes, plaça le prieuré de Saint-Martin sous la protection du Saint-Siège et l'église du Mont-des-Martyrs figure dans les possessions du couvent, ce qui prouve que la donation de Payen est antérieure à cette date 5.

Quelque temps après, la chapelle du Martyrium, qui appartenait à une congrégation de laïcs, fut donnée par eux au prieuré Saint­-Martin-des-Champs. Le prieur Ourson afferma les offrandes, sa vie durant, au laïc Bernard, contre un cens de dix sous, payable à la Saint-Jean-Baptiste ; il devait y faire dire la messe deux ou trois fois par semaine 6. En 1098, Guillaume, évêque de Paris, confirma à Saint-Martin-des-Champs la possession des autels (églises) dépendant de son diocèse, notamment de celui du Mont-des-Martyrs . L'autel du Martyrium n'étant pas nommé, il est probable qu'il n'était pas encore, à cette date, aux mains des moines.

 

1.       Comtesse (Comitissa) n'est pas ici un titre, mais le surnom (cognomen) de Jourdaine (Hodierna), comme Payen est le surnom de son mari. Quand le baptême d'un enfant était différé, on lui donnait un surnom, et Païen, ou Sarrazin, précise, chez les garçons, le fait de ce retard. Ceux des filles étaient plus gracieux : Idoine, Blanche, Rose, Reine, Comtesse (à cause du titre porté par une aïeule), etc. Cf. Depoin, Liber testamentorum, p. 25, note 95 ; Hérédité des noms, p. 3 ; Recherches sur l'état civil, p. 14.

2.       L'aître (atrium) est l'espace de soixante pas avoisinant l'église ; Flach, Origines de l'ancienne France, II, p. 171. Le mot deviendra synonyme de cimetière, les ensevelissements étant faits dans cet espace.

3.       Les hôtes (hospites) étaient, au xo siècle, des cultivateurs libres et nomades, vendant leurs bras au plus offrant pour défricher les forêts et marais. Aux XIe et XIIe siècles, ils se fixèrent au sol et devinrent propriétaires, moyennant une faible redevance ; cf. Luchaire, Hist. de France de Lavisse, II, 2e partie, p. 23-29 et 336. Cette question des hôtes présente encore bien des obscurités.

4.       Lasteyrie, no 116 ; Depoin, Liber testamentorum ; traduction à peu près exacte dans Guilhermy, p. 30-31. Barthélemy a donné cette charte (p. 57) d'après Félibien (III, p. 6o), en la datant faussement de 1116.

5.       Lasteyrie, no 118 et la note 2 pour la date.

6.       Lasteyrie, no 117 ; bonne traduction dans Guilhermy, p. 31-32.

7.        Lasteyrie, no 146. Il n'est pas question de la perception des dîmes, quoi qu'en dise Guilhermy, p. 32.


 

 

 

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Le 27 novembre 1119, une bulle de Calixte II, donnée à Saint-Denis, confirma les biens et privilèges du prieuré. Cette fois, « l'église de Saint-Denis du Mont-des-Martyrs, avec la chapelle dite du Saint-Martyrium », figure dans ces biens¹.

En 1124, une charte d'Étienne, évêque de Paris, sanctionna un accord conclu, grâce à son intervention et après un long conflit, entre Bouchard de Montmorency et le prieur Mathieu de Saint-Martin, au sujet des possessions du couvent. Elle indique que, postérieurement à la donation de Gautier Payen et de sa femme, un sieur Adam Vinnezol 2 et sa femme avaient donné au prieur Thibaud un sixième de la dîme de Montmartre, ce qui faisait, au total, la moitié. Bouchard confirma toutes les donations faites aux moines par ses féaux ou par lui-même ³.

 

La fondation. — En 1133, le roi Louis VI le Gros et sa femme, Adélaïde de Savoie, résolurent de fonder à Montmartre un couvent de femmes. En conséquence, Thibaud, prieur de Saint-Martin, leur donna l'église du Mont-des-Martyrs avec ses dépendances, en y ajoutant la chapelle du Saint-Martyrium, la culture Morel et la maison de Guerry, le changeur. Il reçut en échange l'église de Saint-Denis-­de-la-Chartre, dans la Cité, avec ses dépendances 4. Peu de temps après, Pierre, abbé de Cluny 5, approuva l'échange. Sa charte montre que la donation faite au roi comprenait : l'église libre, telle que les moines la tenaient, avec la dîme lui revenant, ses vignes et ses terres arables, un hôte à Drancy (Darenciacum) et les autres dépendances, plus la chapelle du Saint-Martyrium, la vigne Adan, la culture Morel et le champ acquis par le prieur Mathieu de Garnier du Port. La maison de Guerry est omise 6. La même année, 1133, Étienne, évêque de Paris et chancelier du roi, confirma, en tant qu'évêque, la cession de Saint-Denis-de-la-Chartre au prieuré Saint-Martin. L'acte montre que les dépendances de cette église consistaient en un moulin au lieu dit Mibray, un four près de l'église, les villages de Fontaines, Limoges, Fourcilles, avec les dîmes et autres droits fonciers, d'autres biens encore . Les moines recevaient donc autant qu'ils donnaient.

Le roi transmit à la nouvelle abbaye les propriétés qu'il avait reçues du prieuré Saint-Martin et en ajouta d'autres.

 

1.       Lasteyrie, n° 184.

2.       Guilhermy l'appelle Adam de Vignerolles (p. 31) et Barthélemy Adam de Vigneux (de Vinerolis) (p. 1) ; il se peut que le copiste ait mal lu.

3.       Lasteyrie, n° 205, d'après des copies des XIIe et XIIIe siècles.

4.       Lasteyrie, n° 240 ; Barthélemy, p. 59 ; Depoin, Recueil, II, p. 13.

5.        Guilhermy l'appelle Hugues (p. 35).

6.       Lasteyrie, no 241 ; Félibien, III, p. 60 ; Depoin, II, p. 14.

7.       Lasteyrie, no 239; Depoin, II, p. 11.


 

 

 

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L'année suivante, 1134, entre le 3 août et le 25 octobre, il confirma ses donations par une charte qui constitue l'acte de fondation du couvent. En voici la traduction :

Au nom de la sainte et indivise Trinité, Amen. Moi, Louis, porté à la royauté des Francs par la miséricorde de Dieu. Nous voulons faire savoir à, tous nos fidèles, tant futurs que présents, que, pour le repos de notre âme et de celle de nos prédécesseurs, sur les prières et conseils de notre très chère épouse la reine Adélaïde ², nous avons construit, avec l'aide de Dieu, une église et une abbaye sur le mont dit Mont des Martyrs. A cette église et aux moniales qui y servent Dieu, nous donnons et concédons en perpétuelle jouissance les biens ci-après indiqués, faisant partie de nos propriétés, d'accord en cela avec notre fils Louis, déjà associé au trône : le village situé en face de Saint-Cloud et appelé Menus (Mansionillum, aujourd'hui Boulogne), avec toutes ses dépendances, vignes, prés et bois, pour leur usage et celui de leurs hommes ; — un moulin à Clichy, avec sa conduite d'eau et la mouture de tout le village ; — dans la ville de Paris, un four, que nous y avons en propre, avec toutes ses coutumes (droits féodaux) ; — dans notre forêt de Vincennes, nous leur concédons une charretée quotidienne de bois mort. Aux religieuses précitées, nous donnons, en outre, à perpétuité la maison de Guerry le changeur, située prés de la porte de Paris 6, avec les boutiques (stationes) et échoppes (fenestras) 7 qui y sont construites, ainsi que la justice (vicariam) de la terre 8, entièrement libre de toute coutume et franche. Nous voulons qu'il soit connu de tous que nous avons donné à Guillaume de Senlis,

 

1.       On a confronté les quatre copies ou vidimus du XIIIe siècle que possèdent les Archives, L 1030, L 1031 et S 163. Le copiste de Lasteyrie (no 255) paraît avoir suivi la version qu'il appelle A (L 1030, 2° liasse, no 2¹) et qui omet quelques mots essentiels. Deux copies du XVIe siècle sont dans LL 1605. La traduction de Guilhermy (p. 35-36) est fautive, comme la transcription de Barthélemy (p. 6o et suiv.). Sur les sources, cf. Depoin, Recueil, II, p. 15 à 18.

2.       Louis VI, associé au trône en 1100, roi en titre depuis le 3 août 1108, avait épousé, en 1115, Adélaïde de Savoie, ou de Maurienne, nièce du pape Calixte II, femme très laide, qui lui avait donné neuf enfants, dont six fils ; Luchaire, loc. cit., p. 311-312.

3.       Depuis 1131.

4.       Villa, dès le IXe siècle, est le synonyme de village ou maison de campagne ; l'interprétation dépend du contexte ; Flach, Origines, II, p. 51 à 54. Au XIe siècle, le sens usuel est village ; Ibid., p. 93, n. 3.

5.       Sur le sens du mot, cf. Luchaire, loc. cit., p. 27 à 29.

6.       Devant le Grand Châtelet ; on disait plus tard « l'Apport-Paris ».

7.        Les fenestrae devaient être des étalages extérieurs, les staliones des locaux où la vente avait lieu à l'intérieur.

8.       Félibien (I, p. 160) traduit « la voirie », ce qui n'est pas un contresens ; mais il vaut mieux traduire « la justice », comme une charte du même Louis VI, citée par Du Cange (Glossarium, vo Vicaria), le montre ; l'abbaye posséda, en effet, la justice sur la Grande Boucherie jusqu'en 1674 ; cf. de nombreux exemples à l'appui dans Flach, Origines, notamment, I, p. 203, 308 ; II, p. 93, 276 ; III, p. 108, 110.


 

 

 

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voyer (vicarius) de cette terre, en échange de cette vicairie, un étal parmi les vieux étaux de bouchers ¹ et deux boutiques dans un autre quartier de Paris. Aux mêmes religieuses, nous donnons trois hôtes (hospites) dans notre marché de Paris, libres de tout impôt et francs ² ; — la terre que nous avons acquise de Théobert, fils de Geinard, dite les Pointes (Puncta) 3 ; — le droit de pêche que nous avons à Paris, dans la Seine ; — la terre de l'île de Bercy , libre de toute coutume ; — à Chelles, dix arpents de prés  ; dans le terroir de Senlis, à Bray (Braium) 6, une maison et les vignes que nous y avons, et la terre cultivable par une charrue, libre de tout impôt et coutume, de manière que, pour cette charruée, ou pour les autres, si, Dieu aidant, elles en ont plusieurs, elles ne supportent ni droit de champart , ni aucune autre coutume. Nous leur donnons aussi, dans le terroir (pagus) d'Étampes, le village de Torfou , avec toutes ses dépendances ; — dans le terroir de Melun, une forêt et un bateau pour amener le bois par la Seine, libre de tout impôt et coutume, avec un hôte, libre de tout impôt, chevauchée et taille, pour conduire leur provision (de bois) par la Seine de Melun à Paris, étant entendu que, s'il ne les sert pas bien, ou vient à mourir, on leur en donnera un autre, propre à ce travail 9. Nous leur donnons à perpétuité, dans le pays de Gâtinais, trois fermes, avec la terre, un moulin et toutes les autres dépendances 10, et tout ce qui peut relever de notre fief ; — à Étampes, un four que nous y avons, avec toutes ses coutumes ; — au Pré-Hilduin, la villa que nous avons fait construire, avec toutes ses dépendances 11.

 

1.       Ils devaient être voisins de la maison de Guerry.

2.        Félibien (III, p. 61) met à tort « quatuor », qui est dans Arch. nat., LL 1605 ; Lasteyrie omet le chiffre. Ces hôtes devaient probablement servir de pourvoyeurs à l'abbaye. Une note du XVIIe siècle (dans L 1030) dit qu'ils furent supprimés lors de la création des corporations de marchands. Il n'en est plus reparlé ailleurs.

3.       On ne savait plus, au XVIIe siècle, ce que c'était (note de la traduction, dans Arch. nat., L 1030). Une déclaration au terrier de 1376 concerne 7 quartiers au lieu dit les Pointes (Arch. nat., S 4425, no 27). Ce triage était le triangle compris entre les rues du Faubourg-Montmartre, Cadet et Coquenard (Atlas de Sainte-Opportune, NIII Seine 45, feuille XI).

4.       Insula de Bercilliis ; c'est la seule mention qu'on en ait. Elle devait être formée par un bras de la Seine, à l'emplacement de l'entrepôt actuel.

5.        L'abbaye les posséda jusqu'à la Révolution ; baux et arpentage dans Arch. nat., S 4452, 3e et 4e liasses.

6.       Bray, à huit kilomètres nord-est de Senlis.

7.       Part de la récolte due au seigneur et variant, suivant les provinces, du tiers au vingtième.

8.       Torfou, terre voisine d'Étampes et incorporée plus tard dans la châtellenie de Montlhéry ; Depoin, Recueil, II, p. 16, note 15.

9.       On voit par ces détails, et l'on verra par la suite, l'importance qu'avait alors, comme aujourd'hui, la question du chauffage et de la cuisine.

10.   Voir la charte suivante.

11.   Pratellum Holdeum (pour Holdeuini) ; ce village prendra ensuite le nom de Pont-la-Reine (encore en 1231 ; cf. Depoin, Chartes de Saint-Martin, IV, p. 75, 93), puis de Bourg-la-Reine (dès 1164), en l'honneur, croit-on, de la reine Adélaïde. L'identification n'est pas douteuse ; cf. cependant Lebeuf, III, p. 554, et Depoin, II, p. 17, note.


 

 

 

— 152

Nous ne voulons pas passer sous silence que, en échange de la maison de Guerry, que les moines de Saint-Martin-des-Champs possédaient, et de l'église du Mont-des-Martyrs, nous leur avons donné l'église de Saint-Denis-de-la-Chartre, que nous avions en mains propres, avec toutes ses dépendances. Pour que la chose ne tombe pas en oubli, nous avons ordonné de l'écrire et, pour qu'elle ne soit pas contestée à l'avenir, nous l'avons confirmée par l'autorité de notre sceau et la signature de notre nom. Fait publiquement à Paris, dans notre Palais, l'an de l'Incarnation 1134, de notre règne le 27e, avec l'approbation de notre fils Louis, dans sa 3e année d'association au trône, en présence de ceux dont les noms et signatures suivent : Raoul, comte de Vermandois, notre maître de l'hôtel ; Guillaume, bouteiller ; Hugues, connétable ; Hugues, chambrier. Fait de la main d'Étienne, chan­celier.

Dans une autre charte de la même année, Louis VI ajouta à la propriété du Pré-Hilduin les terres qu'y possédait Gervais de Châteaufort, lequel reçut en échange une vigne à Bagneux. Dans une troisième, il précisa sa donation dans le Gâtinais, qui comprenait les villages de « Boissy-le-Respoux l », Mainbervilliers et Merlanval, avec leur justice, la moitié des revenus donnés à Thierry de Milly, la terre d'Herbauvilliers, acquise de Robert de Viriniac, les dîmes acquises d'Adam de Lapouille, la moitié du village d'Auxy, acquise de Ferlon de Nanteuil, un moulin sur l'Essonnes cédé par Garsilin de Bunon et Adam de Lapouille, enfin le mesnil de Nissard, donné par Galeron. L'abbaye est encore désignée dans ces actes sous le nom d' « Église Saint-Denis du Mont-des-Martyrs ». En 1137, le roi rendit au prêtre Galon des biens qu'il possédait à Vitry, sous condition d'une rente de 10 sous payée à l'abbaye, dont il ferait son héritière ².

 

1re abbesse, Adélaïde. — On ignore d'où vinrent les religieuses bénédictines qui furent installées à Montmartre. On sait seulement, par un nécrologe de Reims, que la première abbesse fut tirée du couvent de Saint-Pierre, en cette ville, et s'appelait Adélaïde. Elle serait morte, après trois ans seulement d'abbatiat, le 9 avril 1137 3. Louis VI mourut le 1er août suivant et, avant le 24 octobre, Louis VII, son fils, confirma les donations faites à Montmartre, exactement dans les mêmes termes que son père .

 

1.       Boissy-le-Repos ; c'est aujourd'hui Boissy-aux-Cailles, à six kilomètres est de Malesherbes. Les autres terres mentionnées sont aux environs. Les actes concernant ces terres sont dans S 4453, 4454 et 4489.

2.       Arch. nat., L 1030, nos 17 et 18 ; S 4454, 2e liasse ; Guilherm.y, p. 36 ; Barthélemy, p. 65, 70.

3.       Félibien, I, p. 160 ; Gallia Christiana, liste des abbesses, VII, col. 614 ; Guilhermy, p. 38 ; Barthélemy, p. 30.

4.       Lasteyrie, no 266, et, pour la date, les notes des pp. 261 et 262 ; Barthélemy, p. 71. On n'y parle pas de l'abbesse Christine, quoi qu'en dise Guilhermy, p. 39.


 

 

 

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En 1138, Guy de la Motte et Béatrice, sa mère, accrurent ces donations de la grange Sainte-Lucie, à Béthisy (Béthisy-Saint-Pierre), et, en 1142, la reine Adélaïde y ajouta d'autres terres, situées au même lieu. En 1143, Louis VII donna son verger de Saint-Léger, avec un étang et un moulin 1. Les papes Innocent II, en 1137, Eugène II, en 1140, et Lucius II, en 1144, confirmèrent les privilèges de l'abbaye ².

 

2e abbesse, Christine. — L'abbesse Adélaïde avait été remplacée par Christine de Courtebrone, qui, en 1146, bailla à cens une maison donnée à l'abbaye par le prêtre Robert des Ormes 3. A cette date, les travaux de reconstruction de l'église, commencés par Louis VI et poursuivis par son fils, étaient assez avancés pour que la dédicace pût avoir lieu 4. Suivant Mabillon, le pape Eugène III, qui avait célébré la fête de Pâques à Saint-Denis, le 20 avril 1147, serait venu le 21 ou le 22 5 à Montmartre et, assisté de saint Bernard, abbé de Clairvaux, et de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, aurait fait la dédicace de l'église, consacrant la partie orientale, réservée aux soeurs (choeur, transept et dernière travée de la nef), à la Vierge et à saint Denis, et la partie occidentale, servant d'église paroissiale (trois premières travées), à saint Pierre 6. Aucun document ancien ne confirme la chose et peut-être Mabillon n'a-t-il fait qu'authentiquer ce qui existait de son temps. En tout cas, le 1er juin 1147, le pape revint à Montmartre et consacra « l'autel majeur » (majus altare) aux saints Denis, Rustique et Éleuthère. Par une bulle du 13, il accorda 700 jours d'indulgence aux fidèles qui visiteraient le sanctuaire le jour anniversaire de sa consécration et y feraient des offrandes .

 

 

1.       Arch. nat., L 1030, cart. A, fol. 23 vo ; Barthélemy, p. 73, 75, 76. La terre de Saint-Léger était près de Saint-Denis ; les archives de l'abbaye renferment de nombreux documents sur elle.

2.        Copies dans Arch. nat., L 1030, liasse 2 bis ; Lasteyrie, no 309 ; Barthélemy, p. 67 ; Guilhermy, p. 41.

3.       Lasteyrie, no 328 ; Barthélemy, p. 84.

4.       Les absidioles, l'avant-choeur, le transept et la dernière travée de la nef paraissent de cette époque, la partie la plus ancienne étant peut-être l'absidiole nord ; cf. Deshoulières, Bull. monum., 1913, p. 11, 13.

5.       Sur la date, cf. Trétaigne, p. 40-41.

6.       Annales ordinis sancti Benedicti, VI, p. 417 et 701. Sur la question des patrons, cf. Guilhermy, p. 40-41. Mabillon a confondu les deux côtés ; mais c'est un lapsus.

7.       Lasteyrie, n° 341.


 

 

 

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Mabillon a admis que cette seconde consécration concernait l'autel de la chapelle du Martyrium et Corrozet dit que, de son temps, la bulle d'Eugène III y était affichée 1. Lebeuf a objecté que « majus altare » ne pouvait s'appliquer qu'au maître-autel de l'église abbatiale, la petite chapelle ne devant avoir qu'un seul autel, et Guilhermy juge l'argument « décisif ». On peut ajouter que, au XVIe siècle et après, la fête de la dédicace de la chapelle se célébrait le 19 avril, non le 1er juin, et que, ne semblant pas avoir été reconstruite vers 1147, elle n'avait pas besoin d'une nouvelle consécration.

Mais la chapelle du Martyrium pouvait déjà avoir la crypte qui est signalée au XIVe siècle (cf. ci-après), et « majus altare » désigne peut-être l'autel supérieur. On a pu, en 1147, profiter de la présence du pape, pour lui donner une consécration solennelle, puis, avant le XVIe siècle, reporter la fête de la dédicace à une date voisine de la fête de Saint-Pierre pour fusionner les deux solennités. Enfin, la solution proposée par Lebeuf rend inexplicable que le pape s'y soit repris à deux fois pour consacrer, dans la même église, d'abord le bâtiment, puis, deux mois après, le maître-autel, alors qu'il est à peu près certain que l'église du XIIe siècle a été commencée par le choeur et qu'elle n'était terminée que jusqu'à la dernière travée de la nef lors de la solennité de 1147 3, donc que ce n'est pas le retard des travaux qui a empêché de consacrer le maître-autel la première fois. Par conséquent, tout compte fait, l'opinion de Mabillon paraît la plus plausible.

Par une bulle du 7 juin 1147, Eugène III confirma à l'abbesse Christine les biens et privilèges du couvent et ce document est intéressant, car il fournit l'accroissement du temporel de 1137 à 1147 . Il reproduit intégralement la donation de Louis VI, sauf qu'il mentionne deux moulins à Clichy, au lieu d'un, et ne parle déjà plus des trois hôtes du marché. En revanche, il ajoute : 20 livres de rente données par Louis VII sur le change de Paris ; à Béthisy, 10 arpents de prés et 40 de terres labourables, avec une chapelle ; le verger royal de Saint-Léger, avec un étang et un moulin ; une pierre à poisson, entre la Boucherie et le Châtelet ; une rente de 5 000 harengs à prendre à Boulogne-sur-Mer 5 ; la partie de l'impôt sur les chasses royales attribuée à Mathias, en deçà de la Seine (?) ; à Vitry, la terre qui fut au prêtre Galon ; à Paris, une maison près du Petit-Pont et une autre près de la Boucherie ; sur la colline de Savies (Belleville), la vigne de Bouchard, un pressoir et la garde (custodiam) des vignes ;

 

1.       Corrozet, édition 1561, fol. 56 v°.

2.       Guilhermy, p. 127.

3.       Cf. Deshoulières, loc. cit., p. 11, 16, 19, 28.

4.       Copie dans Arch. nat., LL 1605 ; Félibien, III, p. 62 ; Barthélemy, p. 79.

5.       Elle avait été donnée, en 1144, par Mahaut, fille d'Eustache, comte de Boulogne, et première femme d'Étienne, roi d'Angleterre ; Guilhermy, p. 37 ; Barthélemy, p. 3.


 

 

 

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à Brumille, 15 sous de cens et la justice ; à Montmartre, la moitié d'une vigne, celles données par Gautier de Boron et la garde des vignes ; à Pomponne, une terre et 4 sous 2 deniers de cens ; à Chaumontel (près de Luzarches), une chapelle, la maison de Payen Trencebise et celle de Garsilie ; le don fait à l'abbesse Christine 1 par son frère Eustache et ses sœurs Cécile et Hildeburge, avec leur homme Gozon et ce qu'il tenait d'eux ; enfin, 11 arpents de prés, dits « les Marais 2 ».

Il est fort difficile d'identifier toutes ces propriétés, plusieurs étant désignées par des lieux dits disparus ou modifiés, d'autres par des villages ayant de nombreux homonymes. Mais les déclarations ultérieures permettront d'en retrouver quelques-unes.

 

3e abbesse, Adèle. — On ignore la date de la mort de l'abbesse Christine. En 1153, elle était remplacée par une autre, nommée Ada ou Adèle. Cette année-là, c'est-à-dire entre le 1er avril 1153 et le 3 avril 1154, l'année officielle commençant alors à Pâques, Louis VII, avec l'approbation d'Adèle et du Chapitre, modifia les droits de l'abbaye sur les étaux de la maison de Guerry, devant la porte du Grand-Pont. Il est probable que, dès le Xe ou XIe siècle, les bouchers s'étaient installés dans une maison voisine de celle de Guerry et avaient obtenu des statuts fixant sur ce seul emplacement l'exercice de leur commerce. Ces « vieux étaux » apparaissent dans la charte de 1133, et Guillaume de Senlis en reçut un, en échange de son droit de justice (page 151).

On a supposé que les nouveaux étaux, installés dans la maison de Guerry, avaient provoqué un conflit entre les bouchers et l'abbesse de Montmartre, et que le roi y avait mis fin en supprimant les anciennes boucheries, obligeant ainsi les bouchers à louer la maison de Guerry 3. Mais la charte de 1153 ne dit rien de tel. Elle mentionne que la maison de Guerry, en face du Grand-Pont, était le seul endroit où les bouchers avaient jusque-là le droit de vendre leurs viandes ; mais que, pour la commodité des habitants, le roi a jugé nécessaire d'établir ailleurs d'autres boucheries. En outre, pour élargir des rues, il a dû exproprier une partie de la maison de Guerry et une autre que l'abbaye possédait rue du Petit-Pont. Le couvent tirant de la maison Guerry environ 30 livres par an, tantôt plus, tantôt moins, il lui accordait, à perpétuité, une rente de 30 livres sur le tonlieu 4 des bouchers,

 

1.        Ce don, fait en 1147, consistait en une rente d'un demi-marc d'argent et de 20 sols, « au poids de Boulogne » ; il fut confirmé par Milo, évêque de Thérouanne. La copie du XVe siècle le date, par erreur, de 1167 (LL 1605, cartul. B, fol. 2 vo), date reproduite par Barthélemy (p. 105, 106).

2.       Au voisinage de l'égout du nord, jalonné par la rue de Provence actuelle.

3.       Barthélemy, Préface, p. 3-4.

4.       Droit de place sur les marchés et foires.


 

 

 

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payable en quatre termes, à Noël, à Pâques, à la Saint-Jean et à la Saint-Denis ¹.

Il semble donc que, si Louis VI avait demandé aux moines de Saint-Martin la maison de Guerry pour la nouvelle abbaye, c'est qu'elle était déjà louée par les bouchers comme annexe de leurs vieux étaux. En 1153, Louis VII, supprimant les privilèges des bouchers et créant de nouvelles boucheries, causait un préjudice à l'abbaye qui participait indirectement à ces privilèges, et c'est pour l'en dédommager, comme de l'expropriation de ses maisons, qu'il transforma en rente perpétuelle son revenu locatif moyen. Quand, en 1162, il rendit aux bouchers leurs privilèges et remit les choses en l'état ancien 2, il ne toucha pas à la rente de l'abbaye, par faveur pour elle. Il est vrai que, en 1210, une charte de Philippe Auguste, qu'on verra plus loin, attribue la fondation de la rente de 30 livres au rétablissement des privilèges des bouchers ³. Il y a là, semble-t-il, une simple inadvertance de la chancellerie royale, qui avait mal relu la charte de 1153.

Veuve, en 1137, de Louis VI, à qui elle avait donné neuf enfants, dont six fils, la reine Adélaïde s'était remariée au connétable Mathieu de Montmorency, dont elle eut encore trois enfants. En 1153, elle obtint de son second mari (qui vécut jusqu'en 1160) l'autorisation de se retirer à Montmartre, où elle prit le voile et mourut l'année suivante 4. Elle fut enterrée devant le maître-autel et sa pierre tombale, transférée au XVIIe siècle dans le bas côté nord, puis dans le choeur des Dames (transept), y a été retrouvée en 1901 par Sauvageot .

Louis VII était alors en pèlerinage à Compostelle. Dès son retour à Paris, entre le 9 février et le 26 mars 1155, il confirma le don fait par sa mère à l'abbaye du village de Barberie (sept kilomètres nord-est de Senlis), avec le droit de justice 6. Vers la même époque, entre le 4 avril 1154 et le 26 mars 1155, l'abbesse Adèle concéda aux marchands de poisson un emplacement (platea), voisin du Grand-Châtelet et de la maison de Guerry, moyennant un cens annuel de 6o sous . Il avait été donné à l'abbaye par un autre changeur, nommé Archer.

 

1.       Lasteyrie, no 380 ; Guilhermy, p. 42. On ne sait comment Barthélemy y a vu une « confirmation des acquisitions de l'abbaye » (p. 85).

2.       Lasteyrie, no 428.

3.       Arch. nat., L 1030, n° 9 ; Barthélemy, p. 140.

4.       L'opinion qui en fait une abbesse (      Chéronnet, p. 71), et même la première, ne repose sur rien et est contraire au simple bon sens.

5.       Sellier, Curiosités du Vieux-Montmartre, p. 141 et suiv. ; reproduction dans Bulletin monumental, 1913.

6.       Lasteyrie, no 390 ; Barthélemy, p. 89. Tous les titres de Barberie sont dans S 4420, 4421 et 4422 ; terriers S 4487 (1560) et 4488 (1618).

7.       Original dans Arch. nat., S 4448 ; Lasteyrie, no 384 ; Barthélemy, p. 87. C'est là que fut élevée plus tard la « Maison de la marchandise du sel » (Des Cilleuls, Mém. de la Soc. de l'Hist. de Paris, XXII, p. 25-27).

 

 

 

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Entre le 27 mars 1155 et le 14 avril 1156, le roi confirma aux religieuses la possession de ce terrain et de la rente de 30 livres due par les bouchers ¹.

La même année, il ajouta à la donation de Barberie les terres que Pierre Le Coq y possédait sans son autorisation 2. L'année suivante, il autorisa l'abbaye à prendre à bail, au même endroit, avec promesse de vente, la terre de Guillaume Normand et confirma la vente d'une vigne faite jadis à l'abbesse Christine par Gautier de Boolim 3. En 1158, il concéda au couvent une seconde charretée de bois mort, à prendre journellement dans le bois de Vincennes, en dehors des fossés des Bons-Hommes de Grandmont 4. En 1159, il confirma la vente faite par Thion de Nanteuil à l'abbesse Adèle, moyennant 120 livres, d'une terre à Billancourt 5. En 1160, il rendit à l'abbaye la terre de Pont-la-Reine (ancien Pré-Hilduin), que son frère Philippe, maintenant décédé, avait prise à bail de l'abbesse Adèle 6. En 1165, il confirma la vente faite à l'abbaye par Regnault de Camptembre de la dîme de Buters (Buthiers, deux kilomètres sud de Malesherbes), que lui et son frère Robert avaient déjà baillée au couvent contre 80 livres de rente .

Le 7 février 1164, le pape Alexandre III confirma les privilèges et biens des Dames de Montmartre. La première partie de sa bulle est la copie textuelle de celle donnée en 1147 par Eugène III, dont elle reproduit l'invocation directe à l'abbesse Christine, morte depuis longtemps. La suite mentionne les acquisitions postérieures, savoir : les terres de Barberie, les 30 livres de rente sur le tonlieu des bouchers, les terres achetées par l'abbesse Adèle à Jean de Milly et Barthélemy d'Anvers aux environs de Mainbervillers, Boissy et Merlanval, celles achetées à Philippe de Saint-Yon près de Torfou, enfin l'église construite par l'abbaye à Bourg-la-Reine (ancien Pré-Hilduin). La bulle montre aussi que les religieuses élisaient leur abbesse et leur fait des recommandations à ce sujet .

 

1.       Lasteyrie, no 391 ; Barthélemy, p. 90.

2.       Barthélemy, p. 91.

3.        Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 92-93.

4.       Lasteyrie, no 404 ; Barthélemy, p. 94.

5.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 94.

6.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 95 et 97, qui donne deux fois le même acte.

7.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 104.

8.       Arch. nat., LL 1605 ; Barthélemy, p. 98-103. On a conservé six terriers de Bourg-la-Reine, de 1535 à 1720 ; S 4491, 1 à 6.


 

 

 

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Entre 1166 et 1187, Gui III de Senlis, bouteiller de France, confirma la donation d'un étal de la Boucherie, faite à l'abbaye par son frère Hugues le Loup ¹, à condition que sa nièce Tencia, fille d'Hugues, en touchât le revenu sa vie durant ². Entre mars et novembre 1171, l'évêque de Paris, Maurice de Sully, confirma les dons faits à l'infirmerie du couvent par l'abbesse Ada, qui l'avait fondée et lui avait attribué les 20 sous de cens provenant de la vente d'une maison du Petit-Pont, — par Constance, soeur de Louis VII et femme de Raymond VI, comte de Toulouse, qui lui avait assigné 10 sous 8 deniers de cens assis à Aubervilliers et acquis d'Hugues de Chailly, plus un moulin à Clichy, acquis des religieuses d'Hierres, avec le droit de pêche, à condition que sa nièce, Élisabeth, toucherait, sa vie durant, dix-huit setiers de farine et la moitié du droit de pêche, — enfin, par Remode, préchantre de Compiègne, qui, avec ses frères et soeurs, avait donné à la même infirmerie une boutique de boulanger, près de la Porte de Paris ³. Entre le 24 mars 1174 et le 12 avril 1175, Louis VII confirma le don fait par Mathilde, châtelaine de Douai, fille de Baudouin de Saulx, de 7 arpents et demi de vignes situés à Savies (Belleville), à la prieure Rissende et à sa soeur, Béatrice, pour en employer les revenus en aumônes, à son intention, leur vie durant. Après leur mort, la propriété appartiendrait au couvent et la soeur qui en serait chargée paierait 20 sous au réfectoire des religieuses le jour de l'obit de Mathilde 4. A la même époque, sous l'abbatiat d'Ada, le Temple donna à l'abbaye un moulin situé à Barberie, avec un nommé Guillaume et sa famille, contre une redevance de 10 muids de froment .

Malgré l'importance de ces dons, le nombre des religieuses croissait avec une telle rapidité que les revenus du couvent restaient très insuffisants. En conséquence, par une charte donnée entre le 13 avril 1175 et le 3 avril 1176, Louis VII fixa à soixante moniales l'effectif du couvent « de la Glorieuse Vierge Marie, institué sur le Mont-des­-Martyrs ». Tant que ce nombre ne serait pas atteint, par suite des décès, aucune nouvelle soeur ne pourrait être admise, sinon à l'article de la mort. En 1178, le pape Alexandre III ratifia cette décision 6.

 

1.       Hugo Lupus ; c'est probablement lui qui avait donné son nom à la rue du Huleu, plus tard du Grand-Hurleur, détruite par la rue de Turbigo.

2.       Lasteyrie, no  463 ; Barthélemy, p. 134 (il n'a pu dater).

3.       Lasteyrie, n° 497 ; Guilhermy, p. 46-47 ; Barthélemy, p. 107 ; copie dans S 4440-4441, 1re liasse.

4.       Lasteyrie, nos 522 et 523 ; Barthélemy, p. 134 (n'a pu dater).

5.        Arch. nat., L 1030, cartul. A, fol. 24 r0 ; Guilhermy, p. 48 ; Barthélemy (p. 324) a placé cet acte « vers 1306 ».

6.       Lasteyrie, nos 529 et 553 ; Barthélemy, p. 109.


 

 

 

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Cette mesure, dictée par la sagesse, arrêta l'essor de l'abbaye. Coïncidant avec la maladie de Louis VII, l'association au trône de son fils Philippe (1er novembre 1179), puis la mort du vieux roi, qui avait participé à la fondation du monastère (18 septembre 1180), elle marqua la fin des grandes libéralités, d'où dépendait le nombre des moniales. Sans doute, pendant tout le XIIIe siècle, l'abbaye resta florissante et reçut encore des dons. Mais ceux-ci furent peu de chose par rapport aux largesses de Louis VI, d'Adélaïde et de Louis VII, et l'on peut dire que, vers 1180, le temporel du couvent avait atteint sa plus grande extension.

 

 

II. — L'ABBAYE AU XIIIe SIÈCLE

 

4e abbesse, Élisabeth. — L'abbesse Adèle, qui semble avoir administré la communauté pendant au moins vingt-cinq ans 1, était remplacée, en 1179, par l'abbesse Élisabeth 2. Cette année-là, c'est-à-dire entre le 1er avril 1179 et le 19 avril 1180, elle concéda à Nicolas de Neuilly, moyennant 45 sous de cens, une place voisine de la Porte de Paris, l'autorisant à y construire une maison et à appuyer ses solives sur les poutres séparant les échoppes voisines de la place concédée 3. Vers la même époque, Henri, évêque de Senlis, confirma le don, fait par Waleran de Pont et son père, d'un muid de blé sur leur grange de Chamissi (Chamicy, deux kilomètres est de Bray) et d'un arpent de vignes à Taregni ( ?). Vers 1180 encore, Constance, comtesse de Toulouse, déjà bienfaitrice de l'abbaye (page 158), lui donna, pour la nourriture des soeurs, 25 sous 6 deniers de cens sur une terre sise à Montreuil (Montreuil-sous Bois) 4. En 1181, elle fit don à l'hôpital de Jérusalem d'une somme de 145 livres, pour acheter une maison sur le Grand-Pont, à condition de payer, sur les revenus, une rente de 100 sous au chapelain qu'elle établissait dans la chapelle du Martyrium. En 1185, le grand maître, Roger des Moulins, ratifia la donation et l'évêque Maurice de Sully concéda à l'abbesse la nomination du chapelain, après la mort de Constance .

En 1183, le même évêque confirma les religieuses dans la possession de certaines terres de Barberie, qui leur étaient contestées 6.

 

1.        Et non pendant « près de quarante », comme le dit Guilhermy (p. 5o). Sa première mention est, en effet, de 1153 et celle d'Élisabeth de 1179.

2.       Guilhermy (p. 51) prétend qu'elle figure dans une charte de 1177. Il est probable qu'il se trompe sur la date de la charte indiquée ici.

3.       Lasteyrie, n° 566 ; Barthélemy, p. 110. L'original (Arch. nat., K 25, n° 134) est orné du premier sceau d'abbesse qui nous ait été conservé et que Lasteyrie a reproduit (pl. IV, n° 17).

4.       Barthélemy, p. 112 ; Arch. nat., L 1030.

5.        Guilhermy, p. 51 ; Barthélemy, p. 123 ; Arch. nat., L 1030.

6.       Barthélemy, p. 115-122 ; Arch. nat., cartul. B, fol. 8 v°.


 

 

 

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En 1184, l'abbesse Élisabeth concéda, à titre viager, à la comtesse Constance la terre de Chaumontel, que le couvent tenait de Louis VII ; en compensation, Constance lui donna le fief Bataille, sis à Montreuil, et 120 livres de rente. Elle fonda à Chaumontel une chapelle dont elle laissa la collation à l'abbesse, après sa mort ¹. En 1188, Maurice de Sully confirma le don, fait par Payen du Bosc, d'un arpent de vignes situé à Sèvres, contre 8 deniers de cens, et Hugues, abbé de Saint-Denis, donna au couvent 4 arpents et demi de vignes, situés au même lieu, contre 3 sous de cens ². En 1190, Gautier, camérier du roi, donna, pour terminer l'infirmerie, 700 sous de rente sur la Ville. En 1192, Sanceline, soeur de Thibaut le Riche et femme du changeur Ascelin, donna deux maisons dans la rue du Sablon (apud Sabulum) ³ et 5 arpents de vignes à Bagneux, sous réserve d'usufruit pendant sa vie et celle de sa fille Sibylle, religieuse à Montmartre . En 1193, Ferry de Bronay et sa femme confirmèrent le don de 30 sous de cens sur Gentilly, fait par leur oncle Ferry de Gentilly. En 1194, Jean de Luzarches confirma le don, fait par Pierre de Chaumontel, de différentes terres à Bauvillers (deux kilomètres nord-ouest de Luzarches) .

Par contre, en 1182, Philippe Auguste avait retiré aux religieuses le droit qu'elles avaient sur le bois mort de la forêt de Vincennes et l'avait remplacé par la dîme du village d'Auvers-sur-Oise, ce qui n'était guère à l'avantage du couvent 6. Mais les rois tenaient à être les maîtres dans leurs terrains de chasse. En 1236, saint Louis enleva aussi à l'abbaye et aux habitants de Menus leurs droits sur le bois mort et la bruyère de la forêt de Rouvray et donna aux moniales une rente de 10 livres sur la Ville pour acheter leur bois. Deux cents ans plus tard, en 1550, quand Henri II voulut clore de murailles le bois de Boulogne, il retira encore au couvent le droit de justice sur 40 arpents qui en dépendaient et leur donna en échange, par lettres patentes du 21 septembre, le bois de la Minière (entre Croissy et Roissy-en-Brie) ; il s'appelle encore aujourd'hui « le bois Montmartre » .

 

1.       Guilhermy, p. 52.

2.       Barthélemy, p. 124, 125 ; Arch. nat., L 1030.

3.       Elle longeait le côté nord de l'Hôtel-Dieu, dans la Cité.

4.       Arch. nat., L 1030 ; Guilhermy, p. 53 ; Barthélemy, p. 126-127. En 1200, le Chapitre de Notre-Dame confirma la cession de 3 quartiers de vignes à Bagneux, faisant partie des 5 arpents et situés sur sa censive ; Barthélemy, p. 135.

5.        Barthélemy, p. 128, 129 ; Arch. nat., L 1030.

6.       Arch. nat., J 731, n° 1 ; on y voit un second sceau d'Élisabeth; Vieux-Montmartre, IV, p. 87 ; Barthélemy, p. 113.

7.       Arch. nat., S 4452, 9°  et 10° liasses, avec plans du bois ; Guilhermy, p. 37-38 ; Barthélemy, p. 155 ; Chéronnet, p. 114.


 

 

 

— 161

Au XVIIe siècle, un receveur de l'abbaye constatait mélancoliquement que les dîmes d'Auvers rendaient 86o livres, quand les cotterets de Vincennes auraient donné cinq fois plus, et que le bois de la Minière était si loin de Montmartre que ses bûches y revenaient aussi cher que si elles avaient été achetées au marché de Paris ¹.

 

5e abbesse, G. — L'abbesse Élisabeth était morte en 1195 2, car une charte de cette année-là, concernant le don d'une maison, située dans la Cité, entre les ponts, par Galéran Liviautres et sa famille, est rédigée par une abbesse dont l'initiale est G.3. En 1197, Nivelon, frère du bouteiller du roi, et sa femme confirmèrent le don de 11 arpents de terre arable, au territoire de Rouvray, fait par Pierre de Chauvigny (Caverciaco, pour Chaverciaco), lors de l'entrée de sa fille à Montmartre. En 1198, Adam Cochon (Porcus), précepteur de Louis, fils du roi, mit fin à une contestation concernant des terres de Barberie, moyennant paiement par l'abbaye d'une somme de 30 livres. En 1202, Geoffroy, évêque de Senlis, confirma le don, fait par Pierre de Choiseul et sa femme, de 10 arpents de terre à Barberie et Balagny (deux kilomètres ouest de Barberie). La même année, Eude, évêque de Paris, confirma l'abandon, fait par Pierre et Robert de Béthisy, de 23 sous 3 deniers de cens que leur devait le couvent. En 1206, Philippe Auguste confirma le don de 20 sous de rente fait par Guy de Danemois à l'occasion de l'entrée de sa fille à Montmartre. La même année, le maire et les jurés de Compiègne garantirent à l'abbesse G. et à ses soeurs le bail d'une terre fait par elles, moyennant 4 livres 15 sous de cens, à Mathieu, fils de Grimard .

En novembre 1206, le roi confirma le don, fait par le boucher Nicolas, d'une voûte (échoppe sous la voûte) du Grand-Châtelet. Les religieuses payèrent à Nicolas 6o livres parisis, dont Gautier le jeune, camérier du roi, leur fournit 40, à condition que le tiers des revenus de l'échoppe servirait à acheter des vêtements, sa vie durant, à Isabelle, fille de son ami Robert de Milly, religieuse à Montmartre, et un autre tiers à Agnès d'Espies, nièce de l'abbesse .

C'est probablement sous l'abbesse G., à l'extrême fin du XIIe siècle ou au début du XIIe siècle, que l'abside de l'église fut refaite 6.

 

1.        Arch. nat., note du carton L 1030.

2.       La liste des abbesses de la Gallia Christiana (VII, col. 614 et suiv. ; reproduite par Barthélemy, p. 30-34) dit qu'elle obtint une bulle d'Innoc ent III en 1199. On ne l'a pas retrouvée, et la chose est peu croyable, puisque l'abbesse G. est citée en 1195 et en 1206.

3.       Arch. nat., L 1030, cartul. A, fol. 18 r° ; Barthélemy, p. 130.

4.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 131, 132, 137, 138, 139, 140. Tous les titres de la rente de Compiègne sont dans S 4419.

5.       Arch. nat., L 1030, cartul. A, no 11 ; Guilhermy, p. 53 ; Barthélemy, p. 141 à 343.

6.       Deshoulières, loc. cit., p. 13.

 

 

 

— 162

6e abbesse, Édeline. — En 1207, dans une charte concernant la chapelle Sainte-Lucie à Béthisy, apparaît une nouvelle abbesse, dont l'initiale est E. et dont le nom, Édeline, est donné en toutes lettres dans une autre charte de 1209 1. Dans celle-ci, elle explique que, avec l'argent qu'une nièce lui a envoyé de Constantinople, elle a constitué 7 livres de rente, gagées sur la maison de Nicolas le Boucher, près du marché au poisson, et qu'elle en a concédé 4 livres à sa nièce Berthe et 3 à sa nièce Agnès, leur vie durant, la rente devant ensuite faire retour au vestiaire de l'abbaye. En 1210, Philippe Auguste mit fin à un conflit qui s'était élevé entre les bouchers et l'abbaye au sujet de la rente de 30 livres due à celle-ci. Il semble que, depuis le rétablissement, en 1162, du privilège des bouchers (page 156), on avait augmenté le nombre des étaux de la maison Guerry, en les portant à vingt-trois ; en outre, l'abbaye avait reçu en dons deux des « vieux étaux ». Elle jugeait dès lors insuffisante la rente fixée en 1153 et réclamait une augmentation, que les bouchers refusaient. Le roi lui donna satisfaction en portant la rente à 50 livres ². Plus tard, en 1392, la rente fut portée à 6o livres 17 sols 6 deniers, puis, au XVIIIe siècle, à 77 livres. En 1790, elle était encore de 77 livres 13 sous.

En juillet 1212, l'abbesse signa un compromis avec les chanoines de Saint-Merry au sujet d'une vigne à Savies (Belleville) 3. En 1213, Jean, abbé de Sainte-Geneviève, confirma le don d'une maison rue du Sablon, contre 6 deniers de cens, et le don de 20 sous de rente, fait par le chevalier Guillaume de Buc. En 1215, le maire et les jurés de Compiègne reconnurent devoir à l'abbaye 10 livres de cens, pour ses terres situées entre l'Oise et la forêt .

 

7e abbesse, Hélissende. — En juin 1216, une nouvelle abbesse, Hélissende, signa de son sceau un accord avec les chanoines de Saint-Victor, au sujet des droits de voirie que Louis VII leur avait donnés à Boissy-le-Repos, où les moniales avaient des biens ; elle leur céda en indemnité 3 muids de blé et 20 sous de rente sur la ferme de Mainbervilliers 5.

 

1.       Arch. nat., LL 1605, cartul. B, fol. 11 vo et 15 vo, et S 4461, 3° liasse ; Barthélemy, p. 143, 145. Ni l'abbesse G. ni Édeline ne figurent sur la liste de la Gallia Christiana. L'abbé Corbierre donne à la seconde l'initiale T ; Vieux-Montmartre, VI, p. 155.

2.       Arch. nat., L 1030, no 9 ; Barthélemy, p. 140. Sur l'erreur commise dans les considérants, cf. ci-dessus, p. 156.

3.       Mém. de la Soc. de l'Hist. de Paris, XVIII, p. 128.

4.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 148, 149.

5.       Original dans Arch. nat., S 2102, ne 48 ; Barthélemy, p. 15o à 154 Vieux-Montmartre, IV, p. 88 ; VI, p. 155. Les titres concernant ces terres sont dans Arch. nat., S 4453.


 

 

 

— 163

En juillet 1221, elle concéda un arpent de marais au jardinier Pierre, contre 12 deniers de cens 1. En octobre 1226, elle fit bail à cens d'une maison rue Saint-Martin ².

En mars 1232, elle accorda 3 sous à chaque religieuse pour une paire de bottes fourrées, destinée aux offices de nuit ; elle affecta à cette dépense 9 livres (ou 18o sous) sur une rente de 10 livres, produite par une grange des Marais, dont l'autre livre était déjà affectée à l'infirmerie du couvent. On voit donc que, à raison de 3 sous par paire de bottes, les soeurs devaient être soixante, nombre fixé par la charte de 1175 (page 158), et c'est sans doute la réduction à ce chiffre qui permettait à l'abbesse ces dépenses de luxe. Par la même charte, elle affecta 30 sous sur le cens de la maison de Floria, acquise de ses deniers dans le bourg Saint-Martin-des-Champs, pour augmenter le menu des soeurs le jour de son anniversaire 3. Guilhermy dit que, un peu plus tard, elle donna 2 sous à chaque religieuse pour une paire de socques, affectant à cette dépense 6 livres de cens sur une terre de Barberie, ce qui confirme l'effectif du couvent .

En février 1236, l'Official de Paris confirma la vente à l'abbaye par Guillaume de Montfort, prêtre, son frère Philippe, vitrier, et Agnès, femme du second, moyennant 63 livres, d'une maison de la rue de la Ferronnerie (Ferrovinaria), au bourg des Champeaux (les Halles), voisine de la maison de Richard de Mauregard, qui se porta garant du traité, avec sa femme et ses enfants 5. La maison, située dans la censive du roi, devait 18 deniers de cens et 10 sous de « croît de cens 6 ». En mai 1236, une transaction intervint entre les Dames de Montmartre, propriétaires des dîmes d'Auvers-sur-Oise, et l'abbaye Saint-Vincent de Senlis, propriétaire de la cure, qui réclamait la dîme des « novales » (terres nouvellement défrichées). Celle-ci abandonna ses prétentions contre un versement de 30 livres et, le dimanche après la Pentecôte, Robert, abbé de Saint-Vincent, confirma l'accord, se soumettant à une amende de 20 livres en cas d'infraction.

En juin 1237, l'Official confirma la vente, par Roger Chrétien, sa femme et son frère, moyennant 6 livres, de 12 sous de croît de cens sur deux maisons situées à Montmartre, dans la censive des Dames.

 

1.       Arch. nat., L 1030, 4e liasse.

2.       Arch. nat., S 4461, 10e liasse, fol. 54 vo, 55 r°.

3.        Arch. nat., L 1030 ; Guilhermy, p. 54 ; Barthélemy, p. 159.

4.       Guilhermy, p. 54.

5.       Arch. nat., L 1030, cartul. A, fol. 21 ro ; Barthélemy (p. 163) date, par erreur, de 1237.

6.       Droit d'augmentation de la valeur des terres.

7.       Arch. nat., LL 1605 ; Barthélemy, p. 161, 162.


 

 

 

— 164

En juillet suivant, Geneviève, fille de Baudoin des Champs, donna à l'abbaye, après son décès, 25 sous de « croît de cens » sur la moitié d'une maison du Grand-Pont 1. En juillet 1238, Pierre et Jean Choisel, chevaliers, au nom des enfants mineurs de Philippe de Mote, chevalier, donnèrent à l'abbaye une grange à Béthisy, près de l'église Sainte-Lucie, et les terres en dépendant, que Guy de Béthisy, oncle des enfants, tenait à ferme de l'abbaye, plus deux arpents, appelés « la Vigne », au lieu dit le Clos-l'Évêque ².

 

8e abbesse, Pétronille. — En avril 1239, on possède deux chartes, données par une nouvelle abbesse, appelée Pétronille. Elle expose dans la première ³ que Bernard de Limoges et Adeline, sa femme, ont donné à leurs filles, Isabelle et Adeline, religieuses à Montmartre, une maison de la rue Charauri 4, pour en toucher les revenus, leur vie durant ; après leur mort, ces revenus reviendraient au vestiaire du couvent. Le seigneur de la censive n'ayant pas permis de tenir l'immeuble en mainmorte, l'abbesse précédente l'avait vendu pour 100 livres, et Pétronille avait convenu avec les filles de Bernard que cet argent servirait à la réparation d'un four appartenant au couvent « dans la grande rue de la Hanterie ». Sur les revenus de ce four, 7 livres seraient versées, leur vie durant, aux deux moniales et 20 sous à l'église pour son entretien ; après la mort des deux soeurs, les 7 livres de rente reviendraient au vestiaire du couvent.

Dans la seconde charte du même mois, l'abbesse explique qu'elle a donné à Ermesende Campanie, religieuse à Montmartre, 40 sous de rente sur les revenus du four que le couvent possède « dans la grande rue appelée la Hanterie ». Après son décès, 25 sous iront à Adeline de Sévère, autre moniale, et 15 au réfectoire de l'abbaye le jour anniversaire d'Isabelle de Chauvigny. Enfin, après la mort d'Adeline, sa part ira aussi au réfectoire, le jour anniversaire de Pierre de Chauvigny, père d'Isabelle, qui, on l'a vu (page 161), avait fait un don au couvent .

La rue de la Hanterie, dite plus tard de la Tabletterie et de la Cordonnerie, était, à la fin du XIIIe siècle, le prolongement occidental de la rue de la Heaumerie, de l'autre côté de la rue Saint-Denis 6.

 

1.       Arch. nat., L 1030, cartul. A, fol. 23 ro et 22 vo ; Barthélemy, p. 164, 165.

2.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 166.

3.       Arch. nat., L 1030, 4e liasse ; Barthélemy a donné l'acte deux fois, d'après l'original (p. 167) et d'après une copie, faussement datée de 1230 (p. 157), sans s'apercevoir du double emploi.

4.        Dans la Cité, en face de l'hôtel des Ursins ; elle prit plus tard le nom de rue de Perpignan, à cause d'un jeu de paume.

5.       Arch. nat., L 1030, 4e liasse ; Barthélemy, p. 169.

6.       Jaillot, IIIe Quartier, p. 51.


 

 

 

— 165

L'acte de 1239 prouve que, à cette époque, le nom de la Hanterie s'étendait au côté oriental, car c'est de ce côté, devenu plus tard rue de la Heaumerie, qu'était situé Le four en question. En effet, en mai 1247, l'abbesse Agnès constitue à la soeur Marie de la Porte une rente de 22 sous sur le four de la rue de la Heaumerie 1. Le plus ancien bail connu de la maison, où les Dames tenaient leur justice, date de juillet 1295 et, rédigé en français, dit que Guillaume Beauvais, armurier, et Isabelle, sa femme, louent, moyennant 17 livres parisis de cens et rente, une maison « assise en la rue de la Hyaumerie, tenant, d'une part, à la méson Osanne, dite de la Rosière, et, d'aultre part, à la méson Marie Damblainville et à la ruelle des dictes religieuses du four, et par devant à la rue de la Hyaumerie et par derrière au manoir du four qui est aux dictes religieuses 2 ».

On peut se demander, en passant, la signification du mot « la Hanterie », dont on n'a rencontré aucune explication. Peut-être est-il une déformation de Hansterie, séjour des hanstiers, fabricants de hanstes ou lances 3. On inclinerait plutôt à croire qu'il est une forme primitive de Ganterie, « gant » venant d'un germanique Wante (bas latin Wantus), qui a donné, en allemand et en anglais, hand, main .

La rue de la Heaumerie, orientée comme la rue de Rivoli, qui l'a absorbée, présentait du côté nord plusieurs impasses. C'est la plus à l'ouest, voisine de la rue Saint-Denis, qui donnait accès au four, puis au For-aux-Dames, lequel était donc situé à l'emplacement des maga­sins de Pygmalion. Cette dernière dénomination, mot savant, forgé par les scribes et mal compris du populaire, n'apparaîtra que dans les dernières années du XVe siècle .

Dans une troisième charte, d'août 1239, munie de son sceau 6, l'abbesse Pétronille expose que Raoul de Bouvenelle et sa femme avaient donné au couvent 20 sous de rente sur une grange des Marais ; l'ayant vendue à Hémery d'Orléans, ils rachetaient la rente pour 11 livres, dont elle leur donnait quittance. En avril 1240, elle vendit à Pierre de Bouvenelle, pour 50 sous, une rente de 5 sous gagée sur la même ferme .

 

1.       Arch. nat., S 4461, 5e liasse, fol. 22 r°.

2.        Arch. nat., S 4445, 4e liasse ; baux de 1295 à 1712.

3.       Godefroy, Dictionnaire, vo hanstier.

4.       On sait que Gillot cite, vers 1305-1310, une rue de la Ganterie, que ni Mareuse (p. 53) ni Bournon (Additions à Lebeuf, p. 416) n'ont pu identifier.

5.       Voir chapitre II, le For-aux-Dames.

6.       Arch. nat., M 575 et L 1030, 4e liasse ; Barthélemy, p. 171.

7.       Cf. ci-dessus, p. 155, note 2.

8.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 172.


 

 

 

— 166

En novembre 1243, Guillaume de Jouy, seigneur de Trésent, reconnut le droit de justice et de pêche que possédait l'abbaye sur les marais de Trésent (formés par l'Essonnes, au sud de Malesherbes) et lui racheta le droit de pêche pour 60 sous de rente, à payer dans la maison d'Herbauvilliers 1. En décembre 1245, l'Official enregistra les déclarations faites par Jean de Suresnes, Louis de Passy et autres, pour des cens dus à l'abbaye sur des terres situées entre Auteuil et Billancourt ².

 

9e abbesse, Agnès. — Comme l'indiquent les listes de la Gallia Christiana 3 et du Monasticon Benedictinum 4, la seconde antérieure à l'autre et ayant peut-être utilisé des documents aujourd'hui perdus, Agnès est citée dans une charte de mai 1247, par laquelle, ayant reçu 14 livres pour la soeur Marie de la Porte, léguées par son oncle Jean, elle lui constituait 22 sous de rente sur le four de la rue de la Heaumerie . Elle aurait obtenu d'Innocent IV, en 1254, une bulle concernant la réception des religieuses.

En mai 1248, Pierre Apostole déclara une rente de 10 sous, léguée par sa mère à l'abbaye, sur une maison touchant le cimetière Saint­-Landry et qu'il avait transférée sur une autre de la rue Charauri. En février 1254, Aalis la Gaufrère (veuve de Gaufrer) donna une maison à Montmartre, sous réserve d'usufruit 6.

 

10e abbesse, Émeline.— Elle serait citée en 1260 7. En février 1261, Simon et Jean d'Auxerre déclarèrent une rente de 40 sous, donnée par leur père à leur soeur Marguerite, religieuse à Montmartre, et transférée par eux au vestiaire du couvent, rente gagée sur une maison de la rue du Mont-des-Prêtres .

 

11e abbesse, Hélissende. — Elle serait citée entre 1260 et 1270 9. En mai 1264, Pierre Trochart, chevalier, donna plusieurs cens et rentes sur des propriétés situées à Barberie 10.

 

12e abbesse, Mahaut de Fresnoy. — Elle serait citée en 1270 et serait morte en janvier 1280 ; on l'enterra devant l'autel 11.

 

1.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 173.

2.       Arch. nat., L 1030 ; Barthélemy, p. 175, 176.

3.       VII, col. 614 ; Barthélemy, p. 31.

4.       Bibi. nat., ms. lat. 12685, fol. 290 ; Barthélemy, p. 36.

5.       Arch. nat., S 4461, 5e liasse, fol. 22 r°.

6.       Barthélemy, p. 177, 178.

7.       Sur les deux listes, Barthélemy, p. 31, 36.

8.       Arch. nat., cartul. B, fol. 16 vo et 23 ; Barthélemy, p. 179. Il s'agit certainement de la rue des Prouvaires.

9.       Liste de la Gallia, Barthélemy, p. 31.

10.   Arch. nat., LL 1605, cartul. B, fol. 12 vo ; Barthélemy, p. 181.

11.     Les deux listes, Barthélemy, p. 31, 36. Sa pierre tombale, en assez bon état, est conservée dans l'absidiole sud.


 

 

 

— 167

13e abbesse, Alips ou Alix. — Elle serait citée en I280 et serait morte le premier jour de carême 1284 1. En 1281, elle donna quittance à l'Hôtel-Dieu de 100 sols, pour cinq années de cens sur la ferme que l'hôpital possédait au marais du Cordonnier 2. La liste du Monasticon l'appelle « Alips de Don ». Cependant, en avril 1282, Lambert Le Clerc et Valde Le Pescheur déclarèrent le bail du moulin et écluse de Clichy, à eux fait le mois précédent, pour six ans, moyennant 25 muids de blé, par « Alix de Noé », humble abbesse de Montmartre, et les soeurs 3. De 1265 à 1284, une religieuse de l'abbaye, Émeline Reine, acquit quatre rentes sur des maisons de Paris 4. En avril 1282, Raoul de Tircis, prêtre, déclara une maison rue Saint-Martin et, en 1285, Pierre de Queux en déclara une autre rue des Petits-Champs (Saint-Martin), dans la censive du couvent .

 

14e abbesse, Adeline d'Ancilly. — Elle aurait fait, en 1285, une déclaration des biens de l'abbaye 6. En I290, Jean Paon et sa femme vendirent, pour 35 livres, à Pétronille Dasche, religieuse à Montmartre, 60 sous de cens et rente sur une pierre à poisson voisine du Châtelet, la rente devant ensuite faire retour au vestiaire du couvent .

En 1294, le mercredi après la Saint-Martin d'hiver (fêtée le 11 novembre), l'abbesse renonça, moyennant 20 livres, à tous droits de cens sur deux maisons joignantes de la rue Neuve-Saint-Merri, données par Jacques de Forrives, matriculaire de Saint-Merry, à la congrégation de femmes veuves établies « vers la porte du Temple ». Il s'agit certainement des Bonnes Femmes de Sainte-Avoie, fondées en 1283 par Jean Sequence, chevecier de Saint-Merry, dans la rue du Temple, la porte du même nom venant d'être ouverte depuis peu (vers 1285) dans l'enceinte de Philippe Auguste, entre la rue Rambuteau et le passage Sainte-Avoie actuels 9.

 

1.       Les deux listes, Barthélemy, p. 31, 36.

2.       Barthélemy, p. 183. La ferme se trouvait au coin ouest de la rue de la Chaussée-d'Antin et de la place de la Trinité ; Atlas de Sainte-Opportune, feuille XVI.

3.       Arch. nat., S 4440-4441, Ire liasse.

4.       Arch. nat., S 4429, Ire liasse.

5.       Barthélemy, p. 184, 186 ; cf. le paragraphe du For-aux-Dames.

6.       Les deux listes, Barthélemy, p. 31, 36, qui imprime Aucilly.

7.       Arch. nat., S 4448, 4e liasse ; Barthélemy, p. 187.

8.        Arch. nat., LL 1605, cartul. B, fol. 14 vo ; Barthélemy, p. 311 ; Guilhermy, p. 56.

9.       Legrand, Mérn. de la Soc. de l'Hist. de Paris, XX, p. 335.


 

 

 

— 168

15e abbesse, Philippe. — L'abbesse Adeline mourut en 1299 ou 1300, mais fut remplacée dès 1299, au dire des auteurs de la Gallia, par une abbesse, Philippe, de la famille de Clérambault, dont on ne connaît que le nom ¹.

 

Le temporel. — Si l'on résume les données précédentes sur le temporel de l'abbaye à la fin du XIIIe siècle, resté à peu près tel qu'il était à la fin du XIIe, on voit qu'il comprenait : 1° des biens parisiens ; 2° des biens ruraux.

Les biens parisiens comprenaient eux-mêmes :

a)        Le territoire de Montmartre, où l'abbaye possédait tous les droits, jusqu'à la haute justice. Il était à peu près limité : au nord, par les rues Custine, Francœur, Marcadet et Carpeaux ; — à l'ouest, par les rues Ganneron, Cavallotti, Forest et Blanche ; — au sud, par une ligne irrégulière passant par les rues Saint-Lazare, La Rochefoucauld, La Bruyère, Notre-Dame-de-Lorette, Lamartine et Bleue ; — à l'est, par les rues du Faubourg-Poissonnière, Christiani et de Clignancourt. Il était donc constitué par la butte proprement dite et par une annexe méridionale, faite de terres labourables, dont la partie voisine des Porcherons était peut-être l'ancienne « culture Morel » (page 149), dite plus tard la « culture des Dames ».

b)      Des terres en « marais », dont l'abbaye avait la dîme, situées dans la région comprise entre le faubourg Poissonnière, les rues Lamartine, Saint-Lazare, de la Chaussée-d'Antin et la ligne des boulevards, terres qu'elle semble avoir portées, entre le XIIIe et le XVIe siècle, d'une dizaine d'arpents à une soixantaine ou davantage ².

c)      Le territoire dépendant de l'ancien four royal de la rue de la Heaumerie (page 164), où l'abbaye avait les mêmes droits qu'à Montmartre. Au XIIe siècle, le four, comme le moulin, était un attribut de seigneurie. Il impliquait une banalité, dont les feudataires devaient lui apporter leur farine pour la faire cuire, moyennant un droit, qui entraînait tous les autres attachés à la terre : justice, tonlieu, cens, champart, lods et ventes, etc. 3. En donnant le four, Louis VI donnait les droits, ou, comme on disait alors, les coutumes (page 150). La juridiction du four de la Hanterie, puis de la Heaumerie, s'étendait sur un territoire dont il semble que, dès le XIIe siècle, l'abbaye n'avait recueilli que des lambeaux, peut-être à cause d'autres fiefs concédés par Louis VI ou ses prédécesseurs.

 

1.        Barthélemy, p. 31.

2.       Voir le paragraphe la Tour-des-Dames.

3.       Flach, Origines, I, p. 327 et suiv.


 

 

 

— 169

Ces lambeaux comprenaient : la maison de Guerry, devant le Châtelet ; — un pâté de trois maisons au coin des rues de la Heaumerie et Saint-Denis ; — six maisons du côté nord de la rue Neuve-Saint‑Merry ; — une trentaine de maisons du côté oriental de la rue Saint-Martin, depuis la rue des Ménétriers au sud (emplacement de la rue Rambuteau) jusqu'un peu au-delà de l'impasse de Clairvaux, y comprises la cour du Maure et la rue des Petits-Champs-Saint-Martin (rue Brantôme) ; — enfin, une soixantaine de maisons dans l'îlot sis entre la rue de l'Arbre-Sec (côté est), la rue du Château-Fêtu, ou Saint-Honoré (côté sud), et la rue Tirechappe (côté ouest, emplacement de la rue du Pont-Neuf) ; — au total, une centaine d'immeubles ¹.

d)     Des propriétés, cens ou rentes dans d'autres quartiers de Paris, par suite de donations : une échoppe sous la voûte du Châtelet et des pierres à poisson dans le voisinage, des rentes sur le Grand-Pont, rues du Sablon et Charauri dans la Cité, rue de la Ferronnerie, près des Halles.

e)      La rente sur le tonlieu des bouchers et quelques rentes sur le domaine du roi ou de la ville.

Les biens ruraux pouvaient se partager en quatre groupes, correspondant aux quatre points cardinaux.

a)      Au groupe nord, le plus important, appartenaient les biens situés à Auvers-sur-Oise, Chaumontel (près Luzarches), Barberie et environs, Béthisy-Saint-Pierre et Compiègne.

b)      Le groupe ouest comprenait les terres de Clichy, Sèvres, Auteuil, Billancourt, Menus et Rouvray.

c)      Dans le groupe sud étaient placés les biens de Bourg-la-Reine, Vitry, Gentilly, Torfou, Melun et ceux réunis autour de Boissy-le-Repos, à l'est de Malesherbes.

d)     Enfin, le groupe est, le plus mince, était formé par les propriétés de La Chapelle, Bercy, Montreuil, Bagneux, Belleville et Aubervilliers 2. Il se grossit plus tard des propriétés de Roissy-en-Brie et de Collégien.

On verra plus loin les vicissitudes de ce temporel jusqu'à la Révolution.

 

 

III. — L'ABBAYE AU XIVe SIÈCLE

 

16 e abbesse, Ada de Mincy. — Suivant les listes déjà citées, cette nouvelle abbesse apparaît en 1305 3.

 

1.       Voir le paragraphe du For-aux-Dames.

2.       Les baux et déclarations concernant Clichy et La Chapelle sont dans Arch. nat., S 4423 et 4424.

3.       Barthélemy, p. 31, 37.


 

 

 

— 170

En effet, elle enregistra cette année-là le don fait par Jeanne, veuve de Simon le Fruitier, à Jeanne Desgranges, religieuse à Montmartre, d'une rente de 40 sous sur une maison de la rue des Petits-Champs-Saint-Martin ¹. Elle était peut-être déjà en fonctions, quand, en 1304, la chapelle du Martyrium, dite des Saints-Martyrs, subit un accroissement notable.

On a vu (page 159) que, en 1181, Constance, comtesse de Toulouse et de Saint-Gilles, avait fondé une première chapellenie, dotée de 100 sous de rente. Mais, après 120 ans, ce revenu était devenu tout à fait insuffisant. Hermer de Montmartre, écuyer du roi, et sa femme, Catherine, y ajoutèrent une rente de 6 livres, sur une rente de 16 que le roi leur avait donnée. Leurs moyens ne leur permettant pas de fonder une seconde chapellenie, comme ils en avaient l'intention, ils s'adressèrent au roi Philippe le Bel, qui, en octobre 1304, leur donna une rente de 20 livres, à affecter à la fondation. Hermer et sa femme s'engagèrent à construire une maison pour les deux chapelains, et une autre à côté pour eux-mêmes et leur famille, si bon leur semblait, celle-ci devant, plus tard, faire retour à l'abbaye. Ils échangèrent avec les religieuses une pièce de vignes, dite la Carrière, touchant la cuisine du couvent, contre une autre, dite la Goechière, située derrière la chapelle, et ajoutèrent celle-ci à leur donation. En 1305, le vendredi après la Saint-Denis, Guillaume Beaufet, évêque de Paris, confirma la fondation et, en 1306, le mardi après le dimanche de Quasimodo (12 avril), l'abbesse Ada de Mincy fit de même, se réservant de nommer les chapelains sur la présentation d'Hermer et de ses descendants, ou de les choisir elle-même, à défaut de candidats ; se réservant aussi, après la mort du dernier descendant d'Hermer, de disposer des deux maisons construites par eux, si l'abbaye en avait besoin, pour une cause quelconque, notamment pour y établir un prieuré, quitte à donner aux deux chapelains une autre maison voisine de leur cure ².

En 1317, le mardi après l'Ascension, l'Official confirma le legs, fait par Jeanne, veuve de Garnier de Saint-Cloud, à ses deux filles, Édeline et Eule, religieuses à Montmartre, de 10 livres de rente. Après leur mort, 2 livres iraient à l'abbaye, pour son vestiaire, et 8 à Gautier, moine de Gournay, et à Marguerite, moniale d'Yerres ³.

 

17e abbesse, Jeanne de Repenti. — L'abbesse mourut en 1317, le jour de la Saint-Cosme (27 septembre), et fut remplacée par Jeanne de Repenti, citée la même année 4.

 

1.        Arch. nat., S 4461, 12e liasse, fol. 62 v°.

2.       Arch. nat., L 1030, 5e liasse, et LL 1605 ; Guilhermy, p. 128-129 ; Barthélemy, p. 313 à 324.

3.       Barthélemy, p. 326 ; Arch. nat., LL 1605.

4.       Barthélemy, p. 31, 37. La pierre tombale de « Ade de Minci » est dans l'absidiole méridionale.


 

 

 

— 171

En juin 1317, en effet, elle fit bail de la maison du Four-aux-Dames, rue de la Heaumerie, à Étienne le Haubergier et Hyacinthe, sa femme, moyennant 100 livres, plus une rente de 10 livres 10 sols ¹.

En 1308, à la suite d'un pèlerinage du roi Philippe IV et de quelques habitants de Menus à Notre-Dame-de-Boulogne-sur-Mer, célèbre par ses miracles, une confrérie s'était formée dans ce village sous son invocation. En février 1319, le roi Philippe V autorisa les confrères à élever une chapelle à cette Vierge, et, en 1320, le dimanche après l'Ascension, l'abbesse de Montmartre, seigneur du lieu, leur céda cinq arpents dans ce but ². Les pèlerins affluèrent et le nom de Boulogne remplaça bientôt ceux de Menus et de Rouvray.

 

18e abbesse, Jeanne de Valengoujard. — Nommée en 1328 3, elle céda, en 1330, la dîme de 9 arpents au lieu dit « les Marais » à la grande Confrérie de la Madeleine, en la Cité, contre 36 sous de cens . En 1332, le dimanche après la Purification, soit le 8 février 5, elle autorisa les gouverneurs de la Confrérie de Saint-Julien-des-Ménétriers à fonder une chapelle à la place d'une maison leur appartenant rue Palée (aujourd'hui cour du Maure), au coin de la rue Saint-Martin, et amortit le terrain, moyennant 8 livres payables pendant six ans, une rente de 5 livres et la réserve de ses droits de cens et de justice. En 1344, elle loua, pour 10 livres de rente, la voûte sous le Châtelet à Jean Champdavoine et à sa femme 6. En 1345, elle passa un accord avec les maîtres de la Confrérie de Notre-Dame-de-Boulogne au sujet des droits sur les terres à eux cédées .

En juin 1346, le mardi après la Saint-Barnabé, soit le 13 8, elle trancha un différend qui s'était élevé, à propos de leur logement, entre les deux chapelains de la chapelle des Martyrs, Jean du Chemin, de la première fondation, et Guillaume le Boutonnier, de la seconde. Elle décida que la partie nord de la maison, touchant la chapelle, et le premier étage du colombier seraient au premier chapelain, que la partie sud, vers Paris, et le rez-de-chaussée du colombier seraient au second, la cour, la cuisine et la porte d'entrée demeurant communes.

 

1.       Arch. nat., S 4445, 4e liasse ; Chéronnet, p. 74, qui date l'acte, par erreur, de 1319. En 1361, le petit-fils des précédents transféra le bail à Étienne le Bourguignon, maître armurier ; Ibid., p. 8o ; cf. le paragraphe du For-aux-Dames.

2.       Guilhermy, p. 57.

3.        Barthélemy, p. 31, 37.

4.       Chéronnet, p. 76.

5.       Arch. nat., S 4461, 12e liasse, fol. 64 Io ; Guilhermy (p. 58, 59) met l'acte en octobre 1330. La Purification se fête le 2 février, qui, en 1332, tomba un lundi.

6.       Arch. nat., LL 1605 ; Barthélemy, p. 190.

7.       Barthélemy, p. 192.

8.       En 1346, la Saint-Barnabé, qui se fête le 11 juin, tomba un dimanche.


 

 

 

— 172

Le jardin serait partagé comme la maison, la partie nord, le long de la chapelle, étant au premier chapelain et la partie sud à l'autre ¹.

La chapelle de 1304 comprenait une nef à hauteur du sol, régulièrement orientée et longue de 9 toises, avec une crypte au-dessous, chacune ayant leur autel. Après la fondation d'Hermer (page 170), une seconde nef avait été construite au-dessus de la première. L'usage s'établit que les deux premiers autels fussent desservis par le chapelain titulaire de la première fondation et celui de la chapelle supérieure par l'autre. Les orfèvres et affineurs de Paris avaient fondé une Confrérie, dite des Saints-Martyrs, qu'ils prétendaient remonter à 1202, bien avant leur formation en corps de métier (1330). Ils faisaient dire tous les dimanches une messe basse dans la chapelle inférieure et une grand' messe le 19 avril, anniversaire de la dédicace, puis le 22, lendemain de la Saint-Denis ².

Le 19 janvier 1348, Jeanne de Vallengoujart donna reçu de 32 livres 10 sols à Geoffroy le Flamand, receveur général des dettes des Lombards ³. On en aurait encore mention en 1356, d'après la liste du Monasticon 4. Cependant, les registres de la Chambre des Comptes signalent, dès 1354, une autre abbesse, Jeanne de Mortéri, qui était certainement en fonctions en 1358.

 

19e abbesse, Jeanne de Mortéri. — Au milieu du XIVe siècle, les troubles qui ensanglantèrent la capitale et ses environs sévirent certainement à Montmartre, qui était, pour les assaillants, un point d'appui et un poste d'observation. Privées de toute défense, les religieuses durent plus d'une fois se réfugier dans leurs maisons ou dans d'autres couvents de Paris et virent leurs propriétés mises au pillage. En mars 1361, l'antipape Clément VII pria l'abbé de Sainte-Geneviève d'intervenir pour faire rendre leurs biens aux religieuses, sous menace de la censure ecclésiastique pour les détenteurs illégaux. En juin 1364, Charles V accorda à l'abbaye des lettres de sauvegarde, probablement bien impuissantes. En 1365, Urbain V et, en 1373, Grégoire VI excommunièrent les spoliateurs . La répétition de ces mesures prouve leur inanité et montre que le règne de Charles V ne parvint pas à réparer les malheurs que celui de son père avait provoqués et que celui de son fils empira 6.

 

1.       Arch. nat., L 1030, 5e liasse ; Barthélemy, p. 193-195, d'après l'original ; Guilhermy, p. 130, d'après Du Breul, qui n'est pas tout à fait exact.

2.       Registre de la confrérie, Arch. nat., KK 1345.

3.       Barthélemy, p. 195 ; Bibl. nat., coll. Gaignières, 251, fol. 273.

4.       Barthélemy, p. 37.

5.       Chéronnet, p. 79, 80 ; Barthélemy, p. 7, 196.

6.       Barthélemy, p. 197.


 

 

 

— 173

Rares sont les actes de cette époque. Le 23 juin 1362, le garde de la prévôté enregistra la déclaration de Jean Pépin, « escrinier », et de sa femme, locataires de la voûte du Châtelet appartenant à l'abbaye, moyennant une rente de 12 livres. Le 20 octobre 1372, Charles de Navarre, comte d'Évreux, ordonna à son trésorier de faire payer aux religieuses les rentes qu'elles avaient sur des moulins de Pacy­-sur-Eure 1. Les deux listes d'abbesses disent que le dernier acte de Jeanne de Mortéri est de 1371, et Chéronnet, qu'elle est morte en 1373 2. Cependant, le 19 novembre 1376, devant le notaire Boyleau, cinq bourgeois de Paris déclarèrent le bail à eux fait par l'abbaye de 7 arpents de vignes, au lieu dit les Saccalis, moyennant 12 septiers de vin par arpent, et le nom de Jeanne de Mortéri y figure en toutes lettres ³.

 

20e et 21e abbesses, Isabelle de Rieux et Rothberge de Nantilly. —Elle dut être remplacée en 1376 par Isabelle de Rieux 4. La même année, Charles VI fit une neuvaine à l'abbaye pour le rétablissement de sa santé. En 1377, c'est Rothberge de Nantilly qu'on trouverait comme abbesse 5. En tout cas, Isabelle avait repris la crosse avant février 1384, comme on va le voir. On avait donné une garde de gens d'armes au couvent, car, le 16 janvier 1382, la trésorière lui paya 12 sous 4 deniers pour l'empêcher de faire du mal à l'église 6.

Nous avons d'Isabelle de Rieux un intéressant document. C'est sa déclaration au Trésor des biens de l'abbaye, faite le 11 février 1384 . Copie en a été fournie à Jacques Ligier, seigneur de Clignancourt et de Montmartre, en 1585, à propos d'un procès qu'il avait avec l'abbaye, et c'est cette circonstance qui l'a conservée.

Ces biens consistent : 1° à Montmartre, dans l'église et dans les bâtiments conventuels, qui sont exigus et ont besoin de grosses réparations, qu'on ne peut faire à cause des pertes subies « pour le fait des guerres » ; — dans 120 arpents de terre labourable, dont une partie est en friche et sert de garenne au roi ; — dans 5 arpents et demi de vignes, dont une partie sur d'autres censives, auxquelles l'abbaye doit 58 sols 6 deniers de cens. Les revenus de ces terres, qui étaient de 170 livres de rente et 8 livres de menus cens, sont réduits à 100 livres et 4 livres.

 

1.        Barthélemy, p. 198 ; Arch. nat., L 1030.

2.       Chéronnet, p. 80 ; Barthélemy, p. 31, 37.

3.        Trois copies dans Arch. nat., S 4424. Chéronnet le donne comme du temps d'Isabelle de Rieux (p. 81 ; cf. Barthélemy, p. 199, qui déforme les noms).

4.       Barthélemy, p. 31, 38.

5.       Guilhermy, p. 6o.

6.       Chéronnet, p. 82.

7.        Une copie dans Arch. nat., L 1031, et deux dans S 4424 ; Barthélemy, p. 199.


 

 

 

— 174

2° « Aux marais de Paris », un petit hôtel et jardin, devant le moulin à vent 1, pour lesquels l'abbaye doit à la censive de Sainte-Opportune 36 sous 6 deniers et qui rapportent, l'hôtel, 13 livres, et le moulin, 6 livres.

3° Dans la ville de Paris, des rentes réduites de 260 livres à 200, en plusieurs censives, plus 4 livres 2 sols de cens.

4° A « Boulogne-la-Petite lez Saint-Cloud », un hôtel en « petit état », 100 arpents de terre labourable, la majeure partie en friche, et 16 arpents de prés, le tout rapportant jadis 40 livres et aujourd'hui 24.

5° A Bourg-la-Reine, des cens réduits de 28 livres à 20, 80 chapons au lieu de 120, 3 muids et demi d'avoine et « trois queues de vin de pressoir, receus en la grange aux Merciers 2».

6° Près du pont de Charenton, 2 muids de seigle de rente.

7° A Torfou, 13 livres de ferme, au lieu de redevances bien supérieures.

8° A Herbeauvilliers, près de Boissy-le-Repos, village et hôtel seigneurial ont été brûlés ; à côté, à Mainbervilliers, 24 livres de ferme au lieu de 190 livres et 100 chapons.

9° A Vitry et environs, 16 sous de ferme.

10° A Montreuil et Vincennes, 32 sous de ferme.

11° Au Bourget et environs, 8 livres de ferme au lieu de 16.

12° A « Chelles-Saint-Bautour », 10 arpents de prés, rapportant 8 livres.

13° A Chaumontel-les-Nonnains, près Luzarches, un hôtel en partie effondré, 70 arpents de terre arable, 6 de prés, 3 de pâtis, le tout rapportant jadis 30 livres, aujourd'hui 15, qui sont employées à la réparation de l'hôtel.

14° A Auvers-lez-Pontoise, des dîmes, qui donnaient jadis 30 muids de blé et 5 d'avoine, aujourd'hui 4 et 2.

15° Aux Prés-Saint-Gervais et à Pontronville (Belleville), 60 sous de rente.

Il n'est plus question des gros revenus de Barberie, Béthisy et Compiègne, même des redevances plus modestes d'Auteuil ou Billancourt, et il semble bien que les rentes de l'abbaye soient réduites au tiers, sinon au quart de leur valeur primitive.

 

1.        Il ne s'agit pas du moulin dit, au XVIIe siècle, la Tour-des-Dames et qui a donné son nom à une rue ; voir le paragraphe sur la Tour-des-Dames.

2.       Ceci ferait supposer que la Grange-aux-Merciers, voisine de l'actuel entrepôt de Bercy, qui a donné lieu à tant d'hypothèses, était déjà, au XIVe siècle, un dépôt de vins.


 

 

 

— 175

En 1392, le prévôt de Paris avait porté la rente due par les bouchers à l'abbaye (page 156) à 60 livres 17 sous 6 deniers et condamné les premiers à payer, en outre, 20 livres 8 sous 9 deniers d'arrérages dus avant l'ouverture du procès. Sur appel des bouchers, le Parlement confirma le jugement du prévôt le 1er mars 1393 ¹.

La liste du Monasticon signale un compte, rendu en 1395, devant Isabelle de Rieux, « naguère abbesse », et suppose qu'elle avait abdiqué 2; Chéronnet, qui semble avoir vu le compte, fait par Jean Frogier, procureur de l'abbaye, confirme cette abdication ³.

 

 

IV. — L'ABBAYE AU XVe SIÈCLE

 

22e abbesse, Jeanne du Coudray. — Isabelle de Rieux fut remplacée par Jeanne du Coudray, citée pour la première fois en 1398 et pour la dernière en 1426 4. Elle trouvait l'abbaye dans un état lamentable. Un compte rendu de 1403, fait par Guy Salomon, receveur du couvent, montre qu'il ne restait à Montmartre que six religieuses, l'abbesse, la prieure, la sous-prieure, la trésorière et deux moniales, les autres étant réfugiées à Paris .

En 1402, l'abbesse avait loué à Guillaume Le Coq, écorcheur de la Grande Boucherie, les pierres et auvents voisins du Châtelet. Le 23 mai 1408, le roi lui octroya une nouvelle lettre de sauvegarde, aussi vaine que les précédentes et, en 1410 et 1411, on se battit à Montmartre et aux environs6. Le 26 mai 1411, l'abbesse donna reçu au vicomte de Coutances de 58 sous 6 deniers . En 1416, la Grande Boucherie ayant été rasée et ses revenus saisis, à cause du soutien donné par les bouchers à la faction bourguignonne, les religieuses obtinrent du prévôt, le 30 décembre, un arrêt stipulant que leur rente de 60 livres 17 sous 6 deniers et leurs 25 sous de cens seraient payés par le receveur de la Ville, jusqu'à ce que le roi les eût indemnisées autrement. Le 4 mai 1417, le prévôt donna au receveur l'ordre de paiement 8. Mais, en août 1418, le roi, sous la pression du duc de Bourgogne, autorisa les bouchers à reconstruire leurs étaux au même endroit et, dès 1420, les choses étaient remises en l'état ancien.

 

 

1.       Barthélemy, p. 203 ; Arch. nat., LL 16o5.

2.       Barthélemy, p. 38.

3.       Chéronnet, p. 83. Guilhermy s'est trompé (p. 60) en disant que c'est Rothberge qui a abdiqué à cette date.

4.       Barthélemy (p. 38) imprime, par erreur, 1416 ; cf. le même, p. 32, et Guilhermy, p. 64.

5.        Chéronnet, p. 83.

6.       Guilhermy, p. 63.

7.       Barthélemy, p. 205, 206 ; Arch. nat., LL 1605, et Bibl. nat., coll. Gaignières, 251.

8.       Barthélemy, p. 207 ; Arch. nat., LL 1605.


 

 

 

— 176

En avril 1422, la voûte du Châtelet fut louée pour quatre ans, au loyer de 7 livres 4 sols, à Regnault Anzoust, enlumineur. Le 17 octobre 1424, Jean de Blaise, maître des eaux ét forêts, reconnut les droits de l'abbaye sur 40 arpents de la forêt de Rouvray sur lesquels le bois du roi s'était étendu. Le 5 mars 1  426, Girard Le Grand, gainier, passa déclaration d'une échoppe sous le Châtelet, « du costé devers Saint-Lieffroy », louée à l'abbaye, moyennant 8 livres, pendant sa vie, celle de sa femme et celle de son fils aîné ¹.

 

23e abbesse, Simone d'Herville. — Une nouvelle abbesse, Simone d'Herville, ou d'Arville, est citée en 1429 et 1434 ². Le 15 avril 1429, elle loua à Philippe Damien la maison de la rue de la Heaumerie, où était l'auditoire de Montmartre, au bout d'un cul-de-sac « vulgairement appelé la ruelle du Four-aux-Dames de Montmartre³ ». Le 19 juillet 1430, le prévôt Simon Morhier enregistra le bail à vie fait à Henri Mariavale, moyennant 6 livres 8 sous, d'une échoppe sous le Châtelet, voisine de celle de Le Grand. En septembre 1432, le couvent continua aux enfants de Guillaume Le Coq le bail à vie fait à leur père .

 

24e abbesse, Agnès Desjardins. — En 1436, les actes mentionnent comme abbesse Agnès Desjardins, qui fut bénie, le 7 mai 1439, par Jean Raphaël, évêque de Senlis. Les religieuses habitaient alors une maison de la rue de la Heaumerie et les loups rôdaient sur les hauteurs de Montmartre 5. En 1445, logée dans l'hôtel du Plat-d'Étain, rue Saint-Honoré, qui dépendait de sa censive, l'abbesse présenta un état du temporel, indiquant qu'une rente de 35 livres sur le domaine du roi n'était pas payée ; qu'on ne touchait plus rien de Chelles, Chaumontel, Torfou, Compiègne, etc. ; que les revenus du Gâtinais se réduisaient à 26 livres, très irrégulièrement payées ; enfin, que les dîmes ne donnaient qu'un muid de blé, les terres n'étant pas cultivées 6. En 1446, elle vendit des terres et contracta des emprunts pour payer des dettes urgentes et faire les réparations indispensables au cloître et au dortoir. En 1448, elle céda à l'Hôtel-Dieu, moyennant 24 sous de cens, une place vide rue du Sablon. En 1451, elle fit condamner le curé de Montmartre, Anceau Langlois, qui encaissait à son profit les dîmes des terres de sa cure ; mais, le 9 novembre, elle augmenta son traitement et lui fit remise de 28 sous de cens qu'il devait pour 2 arpents de vignes.

 

1.        Barthélemy, p. 210, 211, 212 ; Arch. nat., LL 1605.

2.       Barthélemy, p. 38. Chéronnet (p. 85) met son avènement en 1419.

3.       Arch. nat., S 4445, 4e liasse ; S 4461, 5e liasse, fol. 25 ro-vo ; Chéronnet, p. 85. Cf. le paragraphe sur le For-aux-Dames.

4.       Arch. nat., LL 1605 ; Barthélemy, p. 214.

5.       Barthélemy, p. 38 ; Guilherrny, p. 65.

6.       Chéronnet, p. 86.


 

 

 

— 177

En 1454, elle obtint du prévôt un arrêt ordonnant de payer avant toute autre la rente de 100 sous due à la chapelle des Martyrs sur une maison du Grand-Pont ¹.

Cependant, le choeur et le clocher de l'église du couvent menaçaient ruine et Guillaume Chartier, évêque de Paris, qui les avait fait visiter par des experts et les avait vus lui-même, pressait vivement les religieuses de s'en occuper. Celles-ci, objectant leur misère et les réparations qu'elles avaient faites déjà aux bâtiments conventuels, l'évêque s'était fait présenter l'état de leur temporel et avait dû reconnaître le bien-fondé de leurs observations. Mais, depuis plusieurs années, l'abbaye était en procès avec Jean Bureau et sa femme, acquéreurs de la Grange-aux-Merciers, au sujet d'un droit qu'elle prétendait avoir sur ce domaine et que le nouveau propriétaire contestait. Le 24 août 1460, l'évêque obtint de Jean Bureau qu'il rachetât ce droit, à condition que la somme versée servît à la réfection du clocher, et le 22 octobre suivant l'abbesse et les soeurs ratifièrent l'accord ².

 

25e abbesse, Perrenelle la Harasse. — Agnès, encore citée en 1462, fut remplacée cette année-là ou la suivante par la fille d'un des procureurs de l'abbaye, Perrenelle ou Pétronille la Harasse. Elle trouvait la communauté chargée de lourdes dettes et ne touchant pas ses revenus, beaucoup de ses fermiers étant ruinés, ou profitant de la destruction des archives pour ne pas payer leurs redevances. En 1468, elle dut solliciter l'appui de Louis XI, qui, le 4 février 1469, chargea le prévôt de Paris de nommer un commissaire pour administrer, pendant trois ans, le temporel de l'abbaye ; il ferait trois parts des revenus, l'une consacrée à l'entretien des sœurs, l'autre à la réparation des bâtiments, la troisième au paiement des dettes, sans que les religieuses pussent être inquiétées pour celles-ci 3. Robert d'Estouteville désigna Jean Merlot.

Le 15 octobre 1470, celui-ci fit condamner les bouchers à lui verser 65 livres dues sur la rente de l'abbaye 4. L'abbesse plaida encore contre le duc de Nemours, qui avait usurpé des bois dans le Gâtinais 5, contre les gens du roi, qui contestaient ses droits sur le bois mort de la forêt de Boulogne, — contre le pape Sixte IV lui-même, qui avait fait saisir une terre du couvent pour la dîme destinée à la guerre contre Mahomet,

 

1.       Chéronnet, p. 86, 87 ; Barthélemy, p. 216.

2.       Arch. nat., LL 1605 ; Barthélemy, p. 217 à 220 ; Guilhermy (p. 66) a donné une version inexacte.

3.       Félibien, III, p. 563 ; Chéronnet, p. 90 ; Barthélemy, p. 320.

4.       Barthélemy, p. 223 ; Arch. nat., LL 1605.

5.       Le village d'Auxy était dans la censive du duché de Nemours ; déclarations dans Arch. nat., S 4455, 2e liasse.

 

 

 

— 178

et qui, après avoir excommunié l'abbesse, fut condamné par le Parlement à lui rendre son bien ¹.

Elle mourut en 1477 et fut remplacée, le 9 mai, par Marguerite Langlois ou Langlesche ².

 

 

V. — L'ABBAYE AU XVIe SIÈCLE

 

26e abbesse, Marguerite Langlois. — Le 14 septembre 1481, la nouvelle abbesse attribua l'autel inférieur de la chapelle des Martyrs à Thibaud Quarré, après démission de Guidon Jolivet. Le 28 décembre 1483, elle accorda à la confrérie des orfèvres une clef de la chapelle Saint-Denis-des-Martyrs pour y faire dire leurs messes (page 172). En juillet 1493, elle obtint une bulle d'Alexandre VI, confirmant les privilèges et les biens (non énumérés) de l'abbaye ³.

A ce moment, la situation morale de la communauté était aussi fâcheuse que sa situation matérielle. Les religieuses, qui avaient dû tant de fois fuir le couvent et qui, d'ailleurs, avaient le droit de sortir, n'observaient plus aucune clôture. Les offices étaient irréguliers. En outre, le recrutement était tari. Un état de 1493, vu par Chéronnet, mentionne l'abbesse, cinq soeurs de choeur ou soeurs converses et sept autres religieuses (probablement des novices), en tout treize personnes 4. En 1492, l'évêque Jean Simon rétablit la discipline et commença une réforme, que son successeur Étienne Poncher mena à bonne fin. Les statuts dressés par lui en 1503 et approuvés, en février 1504, par Georges d'Amboise, archevêque de Rouen et légat du Saint-Siège, rappelèrent les moniales à l'observation stricte des règles anciennes et y ajoutèrent deux innovations importantes : l'élection triennale des abbesses et la création d'un visiteur .

 

27e abbesse, Marie Cornu. — Marguerite Langlois mourut le 11 juin 1503, ayant fait faire son service funèbre depuis le 9 6. Elle fut remplacée, le 26, par Marie Cornu, venant de l'abbaye de Fontaines, près Senlis, et dont l'abbatiat dura pendant sept ans 7.

 

1.       Chéronnet, p. 90, 91.

2.        Guilhermy, p. 67 ; Barthélemy, p. 38.

3.       Barthélemy, p. 227, 229, 230 ; Arch. nat., LL 1605.

4.       Chéronnet, p. 93.

5.       Original dans Arch. nat., LL 1606, et deux copies dans L 1031, 1re liasse ; autre copie dans Bibl. nat., ms. fr. 25070. Ces statuts servirent pour Jouarre, Chelles et la Malnoue.

6.        Lazard, Vieux-Montmartre, III, p. 37-41, d'après Arch. nat., H5 4004. La liste du Monasticon la fait mourir le 4 ; cf. Chéronnet, p. 95.

7.       Chéronnet, p. 96 ; Barthélemy, p. 38.


 

 

 

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Son premier soin fut de remercier le receveur de l'abbaye, Garrout, en charge depuis vingt-huit ans, et dont les comptes étaient mal tenus, et de le remplacer par Guillaume Dutertre, qui mit la comptabilité à jour. Le 7 septembre 1507, devant de Larche, Alix Ripaut, veuve Cornu, mère de l'abbesse, fit donation de ses biens au couvent, entre autres la ferme de Collégien-en-Brie¹.

 

28e abbesse, Martine Dumoulin. — En 1510, Marie Cornu fut chargée d'introduire la même réforme à Chelles, puis à Faremoutiers, et fut remplacée, en juin, à Montmartre par Martine du Moulin, qui venait de Chelles. On constate que, à cette époque, il existait, dans la première cour du couvent une communauté de religieux, formée de prêtres et de convers, qui ne semble pas, quoi qu'en disent les Bénédictins, remonter jusqu'à la fondation de l'abbaye 2. Le 27 juillet 1512, devant François Bastonneau, Catherine de Neuville, veuve de Jean Catin, avocat, donna à l'abbesse une maison à Noisy-le-Grand et des îles sur la Marne, pour la profession de sa fille Marie 3. L'élection triennale n'était pas observée, car Martine resta abbesse jusqu'en 1515 et fut alors envoyée à l'abbaye de Jarcy, où elle ne mourut que vingt ans après 4. En 1514, elle avait obtenu de Louis XII des lettres patentes pour la réfection du terrier complet de l'abbaye .

 

29e abbesse, Claude Mahulle. — Élue en 1515, Claude Mahulle obtint de François Ier une nouvelle lettre de sauvegarde et, de Léon X, une bulle confirmant les privilèges du couvent. Celui-ci avait retrouvé son ancienne réputation, puisqu'une religieuse, Catherine Le Cogneux, fut envoyée à l'abbaye de Gergy, pour la réformer 6.

 

30e abbesse, Antoinette Auger. — Claude mourut en 1518 et fut remplacée, le 6 novembre, par Antoinette Auger, abbesse de Gif, depuis 1517. Par ordre du roi du 15 septembre 1522, les détenteurs des biens de l'abbaye furent sommés de nouveau de les déclarer. Le 15 juillet 1524, le roi interdit aux gens de guerre de se loger dans l'abbaye .

 

31e abbesse, Catherine Le Charron. — En 1526, Catherine Le Charron fut élue abbesse et resta en fonctions jusqu'en 1532. A partir de cette époque, les actes de vente ou d'échange des biens du couvent se font nombreux, mais ne présentent pas, en général, grand intérêt.

 

1.        Titres de cette ferme, dans Arch. nat., S 4452, 1re, 5e et 6e liasses.

2.       Guilhermy, p. 69 ; Chéronnet, p. 100.

3.        Arch. nat., S 4457, 1re liasse.

4.       Guilhermy, p. 68.

5.       Celui de Barberie avait été refait en 1512.

6.       Chéronnet, p. 105 ; Barthélemy, p. 39.

7.       Barthélemy, p. 237.


 

 

 

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32e abbesse, Antoinette Auger. — En 1532, Antoinette Auger avait repris les fonctions d'abbesse 1. Le 10 décembre 1533, elle déclara à la Chambre du Trésor les biens de l'abbaye, comprenant 2 :

la terre et seigneurie de Montmartre, avec haute, moyenne et basse justice, l'église et les bâtiments claustraux, 22 arpents et demi de vignes, 76 de terre, un moulin à vent et les cens, rapportant 5 livres 7 sous 9 deniers ;

hors la porte Montmartre, au clos des Ailiers, en la censive de Saint-Magloire, 26 arpents un quartier et demi de marais, rapportant 5 livres 5 sous 6 deniers de rente, au lieu de la dîme de 4 sous par arpent ;

une maison et jardin à Clignancourt, contenant 5 arpents, en la censive de Saint-Denis ;

aux marais de Paris, sous la montagne de Montmartre, au lieu dit le Val-Larroneux, en la censive de Sainte-Opportune, 20 arpents de marais ;

à Paris, les droits juridiques et fonciers sur :

deux maisons, rue de la Heaumerie,

douze maisons, rue de l'Arbre-Sec,

vingt-cinq maisons, rue Saint-Honoré,

dix maisons, rue Tirechappe,

dix maisons, rue Saint-Martin,

onze maisons, rue des Petits-Champs (Saint-Martin),

sept maisons, rue Neuve-Saint-Merri,

deux maisons, rue du Molin (plus tard de la Lanterne) ;

sur la Grande Boucherie, 25 sous de cens et 60 livres 17 sous 6 deniers de rente ;

sur trois pierres à poisson, chacune 4 sous ;

une voûte sous le Châtelet ;

une maison, rue Saint-Sauveur ;

des rentes sur des maisons rue du Sablon, rue de la Bûcherie, rue du Temple, rue Aubry-le-Boucher, rue de la Vieille-Draperie, rue de la Bretonnerie, au coin de la rue du Temple, rue de la Heaumerie, rue Saint-Jean-en-Grève, rue des Petits-Champs, près de la porte Saint-Honoré, rue Saint-Martin, enfin sur le domaine du roi ;

à la Courtille, 4 arpents de vignes ;

à Belleville, 10 arpents 3 quartiers ;

à Colombes, 3 arpents ;

à Arcueil, une maison et des vignes ;

sur la Marne, 5 quartiers de saulsaie ;

 

1.       Cf. deux reçus, des 24 janvier et 1er août 1532, délivrés aux directeurs de la Grande Boucherie, dans Bibl. nat., ms. fr. 11748, fol. 7, 8.

2.       Bibl. nat., ms. fr. 11748, fol. 10-21.

 

 

 

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à Longjumeau, une maison ;

à la Ville-des-Bois, près Montlhéry, deux maisons ;

à Saint-Denis, une maison ;

à Noisy-le-Grand, une maison ;

à Argenteuil, 3 arpents et un demi-quartier de vignes ;

à Collégien, plusieurs maisons et 110 arpents, en la censive des Dames de Faremoutiers ;

à Chelles, 10 arpents de prés ;

à Chaumont-les-Nonnains, un hôtel avec colombier ;

au Bourget, la moitié de la seigneurie, du côté de l'église, rapportant 8 livres 10 sous de cens ;

à Menus, aujourd'hui Notre-Dame-de-Boulogne, la seigneurie et la justice, une maison avec prison, 147 arpents de terre, 40 de bois, 25 de prés et les cens rapportant 29 livres ;

à Bourg-la-Reine, la seigneurie et les cens, rapportant 25 livres 15 sous ;

à Torfou, la seigneurie, avec une maison et les cens, rapportant 11 livres.

Le jour de l'Assomption de l'an 1534, Ignace de Loyola et six compagnons vinrent en pèlerinage à la chapelle des Martyrs ¹. En janvier 1537, les terres de Boulogne furent affermées pour neuf ans, moyennant 60 livres et 4 septiers de navets, celles de Torfou, moyennant 60 livres et 12 chapons, les dîmes d'Auvers, moyennant 4 muids 17 septiers de blé et 30 septiers d'avoine 2. Antoinette mourut en 1539 et fut enterrée dans le choeur ; une partie de sa pierre tombale a été retrouvée et se voit aujourd'hui dans l'absidiole nord.

 

33e abbesse, Jeanne Lelièvre. — En 1540, Jeanne Lelièvre fut élue, mais mourut dès le 30 mars 1541 et fut enterrée près d'Antoinette ³.

 

34e abbesse, Marie Cathin. — 35e abbesse, Marguerite de Havard. — Elle fut remplacée par Marie Cathin, qui céda ses fonctions, avant le 20 mars 1542, à Marguerite de Havard, fille de Jacques, seigneur de Sénantes, près Chartres. L'évêque Jean du Bellay venait de charger les prieurs de Saint-Lazare et de Saint-Victor de remettre en vigueur à Montmartre la stricte observance de la règle, et il est probable que Marie Cathin avait été déposée par eux. Il est probable aussi que Marguerite de Havard ne réussit pas, car, en 1548, elle se retira ou fut reléguée aux Filles-Dieu. Elle mourut le 18 juillet 1552 et fut enterrée dans le choeur de Montmartre .

 

1.        Guilhermy, p. 70.

2.       Chéronnet, p. 108, 109.

3.        Chéronnet, p. 111 ; Guilhermy, p. 70 ; Barthélemy, p. 32, 40.

4.       La version de Guilhermy (p. 71) paraît plus plausible que celle de Chéronnet (p. 112-113) ; cf. Barthélemy, p. 12.


 

 

 

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36e abbesse, Catherine de Clermont. — Le concordat signé entre Léon X et François Ier avait attribué au roi la nomination des abbés et abbesses. Usant de cette prérogative en 1548, Henri II désigna pour Montmartre Catherine de Clermont, fille de son chambellan, Antoine II, vicomte de Clermont, et d'Anne de Poitiers, soeur de Diane. Sa soeur, Marguerite de Clermont, était abbesse de Saint-Pierre de Lyon et son autre soeur, Anne, avait épousé, en 1540, René de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan. Elle inaugurait la lignée des abbesses de haute noblesse, qui allaient se succéder à Montmartre jusqu'à la Révolution ¹.

Elle était alors religieuse dominicaine à Montfleury, près Grenoble. Elle prit l'habit de Saint-Benoît à Saint-Pierre de Reims, fit profession à Montmartre à la fin de 1548 et fut bénie, le 11 août 1549, par François de Dinteville, évêque d'Auxerre.

Le 20 juillet 1551, elle déclara au Châtelet les biens de l'abbaye, qui comprenaient 2 :

A) Paris et environs.

A Montmartre, le logis abbatial, les bâtiments conventuels et le pourpris, 22 arpents et demi de vignes, 76 de terre, un moulin à vent et les cens, rapportant 17 livres 6 sous.

A Clignancourt, une maison et un arpent.

Au Val-Larroneux, censive de Sainte-Opportune, 20 arpents de marais.

A Paris, les droits de justice, cens, lods et ventes sur :

deux maisons dans la rue de la Heaumerie,

douze maisons dans la rue de l'Arbre-Sec,

vingt-cinq maisons dans la rue Saint-Honoré,

dix maisons dans la rue Tirechappe,

neuf maisons dans la rue Saint-Martin,

onze maisons dans la rue des Petits-Champs (Saint-Martin),

sept maisons dans la rue Neuve-Saint-Merri,

deux maisons dans la rue du Molin (plus tard de la Lanterne) ³.

Sur la Grande Boucherie, 25 sous de cens et 60 livres 17 sous 6 deniers de rente.

Sur trois pierres à poisson, chacune 4 sous.

Une voûte sous le Châtelet.

Une maison, dite des Marmousets, rue Saint-Sauveur.

Les rentes comprennent :

24 sous sur une maison à l'Hôtel-Dieu, dans la rue du Sablon, touchant à la Sainte-Chapelle (celle de l'hôpital),

 

1.       Guilhermy, p. 71 ; Chéronnet, p. 113.

2.        Arch. nat., S 4424 ; la déclaration est à peu près identique à celle de 1533.

3.       Ces soixante-dix-huit maisons constituaient le fief du For-aux-Dames.


 

 

 

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32 sous sur une maison rue de la Bûcherie, à l'Hôtel-Dieu,

4 livres 16 sous sur une maison rue du Temple,

11 livres 8 sous sur une maison rue des Étuves,

22 sous 8 deniers sur une maison rue Vieille-Draperie,

50 sous sur une maison rue de la Bretonnerie, au coin de la rue du Temple,

16 livres sur la maison de l'Annonciation, rue de la Heaumerie,

30 sous sur la maison de l'Image-Saint-Nicolas, rue Saint-Jean-en-­Grève,

32 sous sur une maison rue des Petits-Champs, près de la porte Saint-Honoré,

40 sous sur une maison rue Saint-Honoré,

35 livres sur le domaine du roi,

7 sous sur l'hôtel de la Planchette, rue Saint-Martin,

30 sous sur une place rue Saint-Jean-en-Grève, à l'Hôtel-de-Ville.

B) Petite et grande banlieue.

A Argenteuil, 3 arpents et un demi quartier de terre.

A la Courtille, 4 arpents de vignes.

A Belleville, Prés-Saint-Gervais, Pantin, La Villette, 10 arpents 3 quartiers de vignes, rapportant 4 livres 5 sous 11 deniers, actuelle­ment non payés.

A Colombes, 3 arpents de vignes.

A Arcueil, une maison devant l'église, une autre maison et une saulsaie.

A Longjumeau, une maison.

A la Ville-des-Bois, près Montlhéry, deux maisons.

A Saint-Denis, une maison.

A Noisy-le-Grand, une maison et une saulsaie.

A Chelles, 10 arpents de prés.

A Collégien-en-Brie, plusieurs maisons et 110 arpents.

A Chaumontel-les-Nonnains, un hôtel avec chapelle.

Au Bourget, la moitié de la seigneurie.

A Boulogne, la seigneurie, une prison, 127 arpents de terre, 40 de bois, 24 ou 25 de prés.

A Bourg-la-Reine, la seigneurie.

A Torfou, un hôtel seigneurial et des cens.

La même année, l'abbesse négocia avec le domaine royal l'abandon du droit de justice sur les 40 arpents du bois de Boulogne, contre la cession du bois de la Minière, près de Croissy-en-Brie (page 160). En 1555, Mathieu de Longue-Joue, évêque de Soissons, donna au cou­vent une maison et jardin à Montmartre ¹.

Le 3 février 1555, Philibert de Lorme fit marché avec le maçon

 

1.        Chéronnet, p. 114.


 

 

 

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Jean Marchant pour la construction, à l'abbaye de Montmartre, d'un « corps d'hôtel en forme de pavillon », dont il avait fourni les plans, ayant 12 mètres sur 6, comprenant deux celliers en sous-sol, deux pièces en rez-de-chaussée, deux au premier et un grenier, plus une galerie de 24 mètres sur 4. Il doit s'agir du logement de l'abbesse, à l'extrémité de l'aile du cloître touchant l'église ¹.

Au début de 1559, par l'imprudence d'une religieuse, le feu prit au dortoir de l'abbaye, détruisit trente-huit cellules et se communiqua à la sacristie, où il consuma les ornements sacerdotaux, entre autres la chasuble et le missel qui passaient pour avoir servi à la consécration de 1147. Pour aider aux réparations, le roi donna au couvent ce qui restait des bois ayant servi, en 1549, à l'édification de la « salle de Triomphe » au palais des Tournelles, et Philibert de Lorme prépara le plan d'une reconstruction complète du monastère, sous la forme d'un énorme cylindre, de 50 à 60 mètres de diamètre, coiffé d'un dôme. Mais la mort du roi la même année et la disgrâce de l'architecte empêchèrent la réalisation du projet ².

Ce malheur donna lieu à une nouvelle déclaration de biens, faite le 4 octobre 1561, par Catherine de Clermont, qui mit en regard les recettes et les dépenses, celles-ci fortement accrues par la réparation des locaux détruits. L'abbaye comptait à ce moment soixante religieuses, deux confesseurs, un chapelain, un receveur et seize serviteurs, soit, avec l'abbesse, quatre-vingt-une personnes à nourrir ³.

Les biens consistaient dans :

A Montmartre, l'hôtel abbatial et le couvent, « récemment détruit et bruslé, et le reste vieil et caduc » ; son revenu est nul et son entretien une lourde charge ; — 22 arpents de vignes très vieilles, non labourées depuis longtemps et ayant besoin d'être remplacées ; —80 arpents de terre labourable, y compris Saint-Denis et Clichy, rapportant 8 livres de cens ; — les rentes et cens, y compris la Chapelle et Montreuil, donnant 406 livres 13 sols 6 deniers ; — 2 muids de vinaigre, 12 livres .

A Paris, 28 livres 9 sols 3 deniers de cens et rentes sur des maisons ; — 28 livres 10 sols de rente sur la Ville, employés aux appointements des officiers.

Au Bourget, la seigneurie, 10 livres.

 

1.       M. Roy, Mém. de la Soc. de l'Hist. de Paris, XLVII (1920), p. 25-27, et Artistes et monuments de la Renaissance (1928), p. 367-368.

2.       Vieux-Montmartre, n° 8 (1929), p. 190-192.

3.       Arch. nat., S 4424.

4.       Les baux de terres et déclarations de cens pour le terroir de Montmartre, conservés nombreux pour les XIVe et XVe siècles, sont presque nuls pour les XVIe et XVIIe ; Arch. nat., S 4425 et 4426.


 

 

 

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A Chaumontel, un hôtel, ayant besoin de grosses réparations et ne rapportant rien.

A Notre-Dame-de-Boulogne, des terres affermées 95 livres, qui sont employées aux réparations des immeubles.

A Bourg-la-Reine, la seigneurie, 90 livres, le greffe, 25 livres.

A Torfou, les revenus sont affectés aux réparations.

A Herbeauvilliers, Boissy-le-Repos et Auxy, en Gâtinais, 640 livres de revenus, employées en réparations.

Une voûte sous le Châtelet, 15 livres.

Une pierre à poisson, 80 livres.

Une maison, rue des Petits-Champs, 10 livres, une autre, rue Saint-Sauveur, 96 livres, servant en partie aux réparations, une autre à Clignancourt, 27 livres.

Le moulin entre Montmartre et les Porcherons, qui est « rompu », 28 livres.

A Montmartre, une maison touchant l'enclos, 10 livres 10 sols, employés aux réparations.

Aux Marais de Paris, un arpent dans la censive de Sainte-Opportune, 20 livres 8 sous.

Les dîmes de vin de la paroisse de Montmartre, rapportant 30 livres, ne sont pas payées.

A Barberie, les revenus en nature servent à la nourriture de l'abbaye.

A Collégien, des cens et 100 arpents de prés, dont le revenu est absorbé, pour deux ou trois ans, par les réparations.

A Anvers, les dîmes employées à la nourriture des serviteurs du couvent.

A Chelles, 10 arpents, 20 livres.

A Argenteuil, 4 arpents de vignes, 24 livres.

A Noisy-le-Grand, une maison et saulsaie, 10 livres.

Au bois de la Minière, près Croissy-en-Brie, 215 arpents 23 perches, rapportant 200 livres.

A Auteuil, près Saint-Cloud, 22 arpents de prés, ne rapportant rien.

Les dépenses se montent à : boucherie, 1 200 livres ; — poisson, beurre, oeufs, fromages (les religieuses ne mangeant chair que les dimanche, mardi et jeudi), 800 livres ; — chandelles de suif, 100 livres ; — 250 voies de bois, pour huit fours ordinaires, 800 livres ; — vêtements, 300 livres ; — apothicaire, huile, raisins, amandes, etc., 300 livres ; — pour le menu entretien, pour les serviteurs allant aux champs, etc., 300 livres.

Les religieuses doivent, « à cause de l'infortune du feu » qui a brûlé leur dortoir et trente-huit de leurs chambres avec leurs effets, et tous les ornements de l'église : au maçon, qui a refait le dortoir, 518 livres, sur une note de 800 ; — au charpentier, 100 livres ; — au menuisier, 100 livres ; — au couvreur, 400 livres ; — au serrurier, 50 livres ; — au vitrier, 10 livres.


 

 

 

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Elles doivent, en outre, à l'apothicaire, 460 livres, et au boucher, 211 livres.

La balance n'est pas faite, mais, si l'on additionne, on trouve 1 110 livres 10 sous 9 deniers de revenus disponibles pour une dépense de 3 800 livres et l'amortissement de 1 849 livres de dettes. Le tableau est notoirement tendancieux et calculé pour obtenir des secours.

Le 4 janvier 1572, Catherine de Clermont fit aux Trésoriers de France une nouvelle déclaration, qu'il est intéressant de comparer à celle de 1551.

A Montmartre, les terres arables se montent à 80 arpents au lieu de 76. Hors la porte Montmartre, on compte 26 arpents, un quartier et demi au clos aux Alliers et un arpent au Val-Larroneux ¹.

Les maisons du fief du For-aux-Dames sont au nombre de trois, rue de la Heaumerie (au lieu de deux), et de vingt-quatre, rue Saint-Honoré (au lieu de vingt-cinq), le total de soixante-dix-huit restant le même. L'état donne la suite des propriétaires de chaque immeuble.

L'abbaye possède de plus qu'en 1551 :

une pierre à poisson (quatre au lieu de trois),

un jardin rue du Faubourg-Saint-Martin, 13 sous 4 deniers,

une maison à Challeau (Chaillot).

Ses cens sur Paris sont les mêmes ; mais elle touche de plus qu'en 1551, sur ses biens ruraux :

Belleville, les Prés-Saint-Gervais, Pantin et la Villette, 4 livres 5 sous 11 deniers ; — à Colombes, 24 sous ; — à Arcueil, 4 livres ; — à Longjumeau, 20 sous ; — à la Ville-des-Bois, 20 sous ; — à Collégien, 56 sous ; — au Bourget, 8 livres 10 sous ; — à Boulogne, 29 livres ; — Bourg-la-Reine, 25 livres 10 sous ; — à Boulogne, 29 livres ; — à Bourg-la-Reine, 25 livres 12 sous ; — à Torfou, 11 livres.

Ces chiffres dénotent une notable amélioration dans la situation du pays et prouvent les résultats obtenus par la puissante abbesse.

Le 13 janvier 1553, devant Joyeulx, Nicolas Bourgeois racheta 28 livres de rente qu'il devait sur la maison de l'Annonciation, rue de la Heaumerie, pour 43 livres 15 sous de rente sur la Ville. Le 3 septembre suivant, Denise Marrest racheta de même 8 livres de rente sur une autre maison de la même rue pour 10 livres de rente sur les gabelles.

 

1.       Le lieu dit « le Val-Larroneux » existait au XIIIe siècle ; voir une charte de juin 1265 concernant 2 arpents « in Valle Latrocinosa », dans Depoin, Chartes de Saint-Martin, V, p. 65. La vraie étymologie doit être « Vallis ad ranas », le vallon aux grenouilles ; cf. la rue « Chantereine ».

 


 

 

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Les 10 septembre 1554 et 18 septembre 1555, des rentes sur des maisons de la rue Saint-Honoré et de la rue de l'Arbre-Sec furent ainsi remplacées par des rentes sur le sel ¹.

Le 23 juin 1572, devant Mussart, Marie de Champagne, veuve de Nicolas de Quincy, habitant Troyes, donna à l'abbaye 33 livres 6 sous 8 deniers de rente sur les Aides. Le 26 juillet suivant, elle lui donna 400 livres pour la profession de sa fille, Anne de Quincy. Le 23 septembre 1590, devant Charles, elle légua à celle-ci 10 écus, plus 53 livres 10 sous de rente ².

Le 7 octobre 1574, devant Mussart, Marie Chauveau, religieuse à Montmartre, donna à l'abbaye tous ses biens, consistant en deux contrats de 25 livres de rente sur le Clergé, 25 livres sur une maison rue Saint-Germain-l'Auxerrois, 13 livres 18 sous 9 deniers sur les Aides, 300 livres comptant et un billet de 140 livres sur son frère pour être employés en rentes. Le 22 octobre 1590, devant Le Normand, une transaction fut signée avec les héritiers Chauveau, qui versèrent au couvent 43 écus soleil ³.

Par lettres patentes du 11 janvier 1560, le roi Charles IX avait prescrit la confection d'un nouveau terrier 4. Parmi les déclarations qui furent faites, devant Belot, on relève celle du 17 mars 1587, de Pierre Chambiche (ou Chambiges), juré du roi en l'office de maçonnerie, demeurant rue Geoffroy l'Angevin, pour différentes parcelles qu'il possédait du chef de sa femme, Marguerite de Saint-Quentin . Nouveau titre fut plus tard passé par ses deux gendres, Jean Fontaine, maître des oeuvres des bâtiments du roi, et Paul Le Maire, contrôleur à la ferme de la Duché, époux de Suzanne et Anne Chambiche 6.

En mai 1576, Henri III autorisa les habitants de Barberie à fortifier leur village . En 1577, Grégoire XIII permit au roi de prendre 15 000 livres de rente sur les biens ecclésiastiques pour sa lutte contre les protestants et l'abbaye de Montmartre, taxée à 20 écus soleil, dut vendre, le 8 février, un demi-arpent de vignes à la Chapelle .

Par brevet du 29 septembre 1584, le roi donna comme coadjutrice à l'abbesse sa nièce, Élisabeth de Crussol.

 

1.        Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse.

2.       Même source.

3.       Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse.

4.       Table du terrier dans Arch. nat., S 4433.

5.       Sellier a déjà signalé un achat de terre fait en 1597 par Chambiges, Curiosités, p. 215.

6.       Arch. nat., S 4427, 4e liasse.

7.       Barthélemy, p. 239. Le 24 août 1570, il avait donné la même autorisation à ceux de Gonesse ; Arch. nat., S 4458-4459, 4e liasse.

8.       Chéronnet, p. 115-116.


 

 

 

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Mais, quand Catherine de Clermont mourut, le 11 septembre 1589, après quarante ans d'abbatiat, sa nièce, qui n'était encore que novice, renonça à prononcer ses voeux et les religieuses élurent à sa place Claude de Beauvilliers. A ce moment, la communauté était réfugiée à Paris, à cause de la présence de l'armée royale, qui assiégeait la capitale. Les obsèques de l'abbesse eurent cependant lieu à Montmartre, sous la présidence de Louise de Lorraine, abbesse de Chelles.

 

37e abbesse, Claude de Beauvilliers. — La nouvelle abbesse, née le 4 avril 1573 et âgée par conséquent de seize ans, était fille de Claude II de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan, et de Marie Babou de la Bourdaisière, donc petite-nièce de l'abbesse défunte, qui lui avait donné le voile le 1er février 1587. Différents actes passés en son nom prouvent qu'elle avait bien la qualité d'abbesse, mais les troubles l'empêchèrent d'en recevoir le brevet.

Le 20 novembre 1584, René Benoist, curé de Saint-Eustache et lecteur du roi, qui fut plus tard le confesseur de Henri IV, avait donné à l'abbaye 10 écus d'or sol de rente. Le 29 novembre 1589, il transforma cette rente en un don de 120 écus sol, à employer en rentes sur l'État ou la Ville, à condition de dire deux « hautes messes », l'une le 14 novembre, jour de la Saint-René, l'autre le 14 octobre, jour de la Saint-Denis ¹.

En mai 1590, Henri IV, qui avait fait placer deux pièces d'artillerie sur la butte Montmartre ², vint mettre son poste de commandement à l'abbaye pour voir l'attaque de Paris. Les prédicateurs et les pamphlétaires au service de la Ligue ont raconté que le couvent fut transformé en un mauvais lieu et que le roi obtint notamment les faveurs de l'abbesse (âgée alors de dix-sept ans). Sauval s'est fait l'écho de ces bruits, en ne reprochant d'ailleurs à l'abbesse que d'avoir « changé de vie », par suite du refuge à Paris, et en n'incriminant les mœurs que de « quelques religieuses » restées à Montmartre ³. Le roi, obligé de se replier sur Meaux, aurait emmené avec lui Claude de Beauvilliers et lui aurait donné, la même année, l'abbaye de Pont-aux-Dames, pour la dédommager de la destruction de celle de Montmartre.

 

1.        Chéronnet, p. 116 ; Arch. nat., S 4434-4435, 1re liasse.

2.       «  Le samedi 16 juin 1590, ceux du Roy tirèrent à coup perdu sur Paris de deux pièces qu'ils avoient posées sur le mont des Martirs, de Montmartre ; du boulet de l'une desquelles fut blessé le président Rebours, qui en eust la jambe rompue, comme il estoit dans la chambre de M. de Roissy, devisant avec lui. Et pour ce que ledit Rebours estoit tenu pour Roial et Politique, les predicateurs en leurs chaires en faisoient une gosserie et disoient que les coups que tiroient les Roiaux alloient tout à rebours. » L'Estoile, V, p. 27.

3.       L'Estoile, V, p. 84 ; Sauval, I, p. 354 ; Guilhermy, p. 73. Les éditeurs de celui-ci ont estropié le texte de Sauval.


 

 

 

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Toute une littérature, friande d'histoires salées, a exploité ce thème jusqu'à nos jours, en mettant l'aventure au compte de Marie de Beauvilliers, beaucoup plus célèbre que sa soeur aînée ¹.

Suivant la version des Bénédictins, l'abbesse Claude avait été recueillie, par sa grand' mère, Mme d'Aumont 2, et sa cousine, Mme de Sourdis, dans une terre de la famille ; les jeunes religieuses étaient réfugiées à Paris ; seules « les anciennes » étaient restées au couvent, complètement séparées des soldats. Le roi, campé dans le logis abbatial, aurait veillé à la discipline et empêché qu'on ne fît aucun tort au monastère ³.

Guilhermy a admis la première version ; Chéronnet a soutenu énergiquement la seconde. Sans vouloir défendre la vertu du Vert-Galant, la première paraît un pur roman, d'abord parce que les sources contemporaines qui la rapportent sont sans valeur ; ensuite parce qu'une enfant de dix-sept ans, de haute noblesse et de nombreuse famille, avait tous les moyens et toutes les raisons de ne pas rester à Montmartre dans un pareil moment. Le roi, qui préparait déjà sa réconciliation avec l'Église catholique, était trop politique pour provoquer pareil scandale, et Claude de Beauvilliers, nommée abbesse de Pont-aux-Dames en 1590 4, n'aurait pu avoir ce poste si le scandale avait été patent. Enfin, sa famille était honorable et Pierre Forget, son beau-frère, homme pieux et rigide, resta, de 1589 à sa mort le 10 avril 1610, un des conseillers les plus intimes de Henri IV. Qu'il y ait eu des désordres, en 1590, à Montmartre, c'est possible ; mais qu'on ait brodé sur eux à plaisir, c'est certain.

 

38e abbesse, Catherine de Havard. — Les religieuses, reprenant une seconde fois le droit d'élection, — un roi hérétique ne pouvant nommer à l'abbatiat, — choisirent, pour remplacer Claude, Catherine de Havard, nièce de Marguerite, qui avait été abbesse en 1542 (page 181) et, comme elle, de la famille de Sénantes 5. Elle ne put obtenir le brevet après l'abjuration de Henri IV, qui, à l'instigation de son secrétaire Pierre Forget, seigneur de Fresnes, époux d'Anne de Beauvilliers, soeur aînée de Claude, le donna en 1598 à une soeur cadette de celle-ci, Marie de Beauvilliers.

 

1.       C'est Piganiol qui a commencé, édition 1742, II, p. 612.

2.       Françoise Robertet, veuve de Jean Babou de la Bourdaisière et remariée au maréchal Jean VI d'Aumont.

3.       Chéronnet, p. 120-122 ; Barthélemy, p. 40.

4.        Gallia Christiana, VIII, col. 1726.

5.       Les auteurs de la Gallia Christiana commettent une confusion évidente en mettant après elle : « N. de Sénantes » ; Guilhermy, p. 74 ; Barthélemy, p. 33, note.


 

 

 

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VI. — L'ABBAYE AU XVIIe SIÈCLE

 

39e abbesse, Marie de Beauvilliers. — Marie de Beauvilliers, qui fut nommée le 7 février 1598 et gouverna l'abbaye jusqu'en 1657, soit pendant près de soixante ans, fut une des grandes abbesses de Montmartre. Née le 26 avril 1574, elle n'avait pas encore vingt-quatre ans au moment de sa nomination et était religieuse à Beaumont-les-Tours, comme coadjutrice de sa tante, Anne Babou. Chéronnet et Trétaigne 1 ont longuement parlé d'elle et des difficultés qu'elle éprouva au début pour réformer la communauté. Sauval, qui la connaissait personnellement, doit tenir d'elle la tentative d'empoisonnement dont elle aurait été l'objet de la part de soeurs récalcitrantes et que d'autres historiens ont multipliée 2. Il attribue à cet attentat manqué la difficulté pour parler et respirer qu'elle conserva par la suite. Elle s'en remit cependant, puisqu'elle vécut quatre-vingt-trois ans moins cinq jours, et l'on est tenté de voir quelque exagération dans cette apologie. Il est certain, en tout cas, qu'elle manifesta des talents d'administration remarquables, tant pour le spirituel que pour le temporel, puisque deux cent vingt-sept religieuses firent profession entre ses mains, que quarante allèrent réformer d'autres maisons, et puisqu'elle laissa puissante et riche une communauté qu'elle avait trouvée à demi ruinée.

Aidée par Dom Didier de la Court pour le spirituel, par Pierre Forget pour le temporel, l'abbesse mena les deux tâches de front. Dès le 30 mars 1598, elle obtint du roi des lettres patentes pour la réfection du terrier de l'abbaye, grâce à de nouvelles déclarations des détenteurs de ses biens 3. Le 8 février 1599, elle se fit donner d'autres lettres patentes l'autorisant à aliéner des biens du couvent jusqu'à concurrence de ses dettes et des sommes nécessaires aux réparations. Le 11 février 1600, le Parlement homologua ces lettres et permit de vendre pour 3 000 écus, en particulier une maison à Paris et la seigneurie de Bourg-la-Reine. En conséquence, le 1er mai 1600, par acte sous seing privé, elle vendit cette seigneurie au duc de Gesvres, pour 4 500 livres.

 

1.       Chéronnet, p. 124 et suiv. ; Trétaigne, p. 69-122 ; cf. Guilhermy, p. 74 et suiv.

2.       Sauval, I, p. 354 ; Trétaigne, p. 82, 83.

3.        Barthélemy, p. 241, 244 ; déclarations dans Arch. nat., S 4428, 1re et 2e liasses ; terrier S 4496. Les déclarations montrent les ruines accumulées à Montmartre de 1590 à 1595.


 

 

 

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Disons de suite que, en 1664, l'abbesse Françoise-Renée de Lorraine intenta une action contre René Potier, duc de Tresmes, fils du précédent, en restitution de la seigneurie, que Marie de Beauvilliers avait vendue, prétendait-elle, sans consulter la communauté ! Malgré les objections du duc, elle obtint, le 16 décembre 1665, des lettres de rescision et, le 14 mai 1667, remboursa au duc le prix de son achat, ayant repris possession, le 10, de la seigneurie 1. Le 14 septembre 1707, devant Laideguive, Marie Gigault de Bellefonds, ayant encore besoin d'argent, revendit pour la seconde fois la seigneurie de Bourg-la-Reine, moyennant 5 500 livres, à Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine. En 1735, Catherine de la Rochefoucauld engagea des pourparlers pour la rentrée en possession ; mais le duc exigeait un supplément de 500 livres, et l'affaire alla au Parlement. Le duc mourut le 14 mai 1736 et sa veuve, Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé, se montra plus accommodante. Une sentence des requêtes du Palais du 16 octobre 1736 remit l'abbaye en possession contre remboursement des 5 500 livres, qui furent payées le 27, et, le 14 novembre, l'abbesse fut réinstallée dans sa seigneurie ².

Marie de Beauvilliers fut bénie le 7 janvier 1601, par François d'Escoubleau, cardinal de Sourdis, son cousin germain. En août 1609, le roi confirma les privilèges du couvent et l'exempta de tous droits pour le transport à Montmartre des vivres ou effets nécessaires aux religieuses 3. La même année, l'abbesse eut quelques difficultés avec la confrérie des orfèvres au sujet des messes dites dans la chapelle du Martyrium. Trois jugements des 6 avril 1609, 23 avril 1610 et 27 août 1611 réglèrent les droits respectifs des parties 4. En 1610 mourut Pierre Forget, seigneur de Fresnes, conseiller d'État et intendant des Bâtiments, qui légua à l'abbaye 333 livres 6 sous 8 deniers de rente sur la Ville ; la délivrance eut lieu le 4 septembre 1614 5. En 1612, l'évêque Henri de Gondi autorisa les soeurs à quitter le vêtement blanc pour la robe noire, plus austère et surtout moins salissante 6.

En 1611, un événement, qui devait avoir de graves conséquences dans la vie de l'abbaye, se produisit. La chapelle du Martyrium, ou des Saints-Martyrs, dont on a vu les premiers développements (pages 159, 170 et 172), avait partagé, au xve siècle, les vicissitudes du monastère, sans cependant être détruite.

 

1.        Tous ces actes dans Arch. nat., S 4444, 7e liasse.

2.       Même source.

3.       Barthélemy, p. 244-248.

4.       Arch. nat., KK 1345.

5.       Résumé des titres dans Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse ; cahier intitulé : Rentes sur la Ville, le Clergé et autres, notamment celle de M. de Fresnes.

6.       Sauval, I, p. 355 ; Guilhermy, p. 76.


 

 

 

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On a des nominations aux chapellenies faites en 1481 et 1486 par Marguerite Langlois, en 1562, 1566 et 1574 par Catherine de Clermont 1. Mais en 1590, pendant l'attaque de Henri IV, qui avait sa batterie tout près de là, la voûte de la chapelle s'effondra, les murailles se lézardèrent et l'édifice fut abandonné. En 1611, ayant obtenu des dons de la Cour et des quêtes publiques, Marie de Beauvilliers entreprit de le reconstruire, en l'agrandissant, par les soins de Jean Gobelin, maître maçon. On a vu que la chapelle primitive, longue de 9 toises, était régulièrement orientée et tournait son chevet à l'est (page 172). Le 13 juillet, comme on creusait des fondations au-delà de ce chevet, on mit à jour l'entrée d'un escalier de trente-sept marches 2, conduisant à une crypte, longue de 32 pieds, large de 7 à 16, avec une pierre portant une croix gravée, et, sur les murs, des inscriptions à demi effacées 3. On ne douta pas qu'on vînt de mettre au jour le tombeau de saint Denis, et pèlerins et aumônes affluèrent. La chapelle fut reconstruite plus grande et englobée dans l'enceinte de l'abbaye. Le 30 mai 1626, notamment, devant Leroux, celle-ci acheta, pour 1 650 livres, à Henri Cresse et consorts, 2 arpents 3 quartiers tenant au prieuré et au chemin de Montmartre à Paris (rue des Martyrs) .

En 1612, les princesses Catherine et Marguerite d'Orléans, demoiselles de Longueville et d'Estouteville, Anne de Beauvilliers, veuve de Pierre Forget, et l'abbesse sa soeur résolurent de fonder un prieuré à la Ville-l'Évêque, les deux princesses, qui logeaient dans ce quar­tier, désirant avoir près d'elles un couvent, où elles fussent maîtresses. Le 4 août 1612, devant Louis Le Camus, elles acquirent de Marie Le Picart, veuve du maître des requêtes Guillaume Courtin, sieur de la Grange, une grande maison sur le chemin d'Argenteuil (rue de l'Arcade), tenant aux terres de la cure de l'église de la Madeleine. Le 2 avril 1613, devant Le Camus, elles en firent don à l'abbaye de Montmartre, à charge d'y fonder un prieuré et sous réserve du terrain nécessaire à la construction d'un oratoire particulier, donnant sur l'église du couvent. Elles lui donnèrent aussi, sous réserve d'usufruit, la maison où elles habitaient, située en face de la précédente et couvrant 7 à 8 arpents, acquise par elles le 28 avril 1607, devant Libault, de Madeleine Leprestre et autres.

 

1.       Arch. nat., L 1030 ; Guilhermy, p. 131.

2.       Il y en avait, en réalité, cinquante, mais treize étaient ensevelies sous les décombres.

3.       Procès-verbal dans Arch. nat., KK 1345 ; publié par Du Breul, Marrier, Guilhermy (p. 132), Chéronnet (p. 182).

4.       Arch. nat., S 4451, 3e liasse.


 

 

 

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De son côté, Anne de Beauvilliers dota le nouveau prieuré de 1 200 livres de rente, qui seraient éteintes quand ses revenus auraient atteint ce chiffre, grâce aux dots des religieuses ou aux dons des fidèles 1. Le 10 avril suivant, l'évêque Henri de Gondi approuva la fondation. Le prieuré, placé sous l'invocation de Notre-Dame-de-Grâce et surnommé le Petit-Montmartre, reçut une dizaine de religieuses, sous la direction de Marguerite de Veyni d'Arbouze, nommée prieure.

En novembre 1618, Louis XIII confirma les privilèges de l'abbaye et, le 15 février 1623, lui donna des lettres de sauvegarde, l'exemptant du logement des gens de guerre ².

Le 22 janvier 1622, devant Leroux, Nicole Barry, fille majeure, donna à l'abbaye, contre 50 livres de rente viagère et le paiement d'une dette de 200 livres, une maison qu'elle avait fait construire près de la chapelle du Martyrium 3. La même année, Anne de Beauvilliers, dame de Fresnes, pour remplir les intentions de son mari, Pierre Forget, résolut de transformer cette chapelle en prieuré, dépendant de l'abbaye. Par acte du 10 mars 1622, devant Leroux, elle lui transporta les 1 200 livres de rente affectées en 1613 au prieuré de la Ville-l'Évêque, les revenus de celui-ci dépassant de beaucoup ce chiffre, et y ajouta une somme de 27 000 livres, à employer en rentes ou biens-fonds. Le 7 juin suivant, Henri de Gondi, cardinal de Retz, approuva la fondation du prieuré, sous l'invocation des Saints-Martyrs, et réunit à ses biens les rentes des deux anciennes chapellenies. Les 27 000 livres de Mme de Fresnes servirent à acheter 2 700 livres de rente sur les Aides, comme l'abbesse le déclara le 25 juin 1627, devant Leroux .

Disons de suite que, en décembre 1630, Louis XIII y ajouta 300 livres de rente sur le domaine de Paris, pour l'entretien du chapelain, et que, le 31 juillet 1662, devant Mousnier, la reine Anne d'Autriche donna encore au prieuré 800 livres de rente sur son domaine de Calais, pour la fondation d'une messe quotidienne, donation confirmée par Louis XIV en mai 1663 .

Dix religieuses occupèrent, en 1622, le nouveau prieuré, sous la direction de Denise de Murat 6. Mais, le nombre des postulantes augmentant, il fallut agrandir le choeur de la chapelle et construire de nouveaux bâtiments claustraux.

 

1.       Arch. nat., S 4451, 6e liasse ; Barthélemy, p. 248-252. Cf. notre étude sur La Ville-l'Évêque, Bull. de la Soc. du VIIIe arrondissement, 1927, p. 417 et suiv.

2.        Barthélemy, p. 248, 256.

3.       Arch. nat., S 4424.

4.       Arch. nat., L 1031, 4e et 6e liasses ; Barthélemy, p. 252, 256.

5.       Arch. nat., L 1031, 3e liasse ; S 4446, 2e liasse ; Barthélemy, p. 257, 260, 265.

6.       Guilhermy, p. 138-139.

 

 

 

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Le 11 novembre 1632, le devis des travaux fut établi, devant Leroux, et signé par l'abbesse le 17 octobre 1634. Un dôme s'éleva au-dessus de l'ancienne chapelle. En 1639, l'avocat D. H. I., continuateur de Du Breul, écrit : « Les religieuses et abbesse de Montmartre, considérant la grande dévotion des Parisiens au lieu appelé les Martyrs, en ont fait une fort belle église, au même lieu où était l'ancienne chapelle, embellie de belles chapelles très bien parées et d'un grand autel des plus beaux qui se voient 1. » Le 4 février 1642, l'abbesse traita, pour 7 500 livres, avec Jean Blanchard, sculpteur du roi, et Nicolas François, menuisier, pour les travaux à faire à l'autel de la crypte. Le 22 mars, elle acheta à Blaise Chariot, maçon à Auxerre, la pierre de Bailly nécessaire au même autel ².

Elle fit construire, aux abords du prieuré, quelques maisons restant en dehors de la clôture, mais pouvant, sans doute, y être annexées en cas d'extension. Le 18 décembre 1634, elle loua à Louis Leleu, maître boulanger, pour six ans, à 700 livres, une grande maison, bâtie depuis dix ans devant la chapelle des Martyrs, se réservant quelques salles pour y loger ses hôtes les jours de fête ou de professions, et l'écurie pour loger les ouvriers travaillant au prieuré. Le 25 juin 1635, elle loua une maison semblable, pour six ans, moyennant 500 livres, à Nicolas Cupriolive, marchand de vin ³.

Pour solder une part de ces dépenses, l'abbaye aliéna la partie occidentale de son jardin primitif, sur laquelle fut ouverte la place du Tertre 4. On a vu (pages 172, 178) que la confrérie des Orfèvres venait souvent à la chapelle des Martyrs. Le 5 février 1628, devant Marion, elle acquit d'Aubin Guyard, affineur, un terrain de 6 perches, place du Tertre, pour 180 livres, et y fit construire une maison, qui lui servait de lieu de réunion les jours de visite au Martyrium et qu'elle louait le reste de l'année. En tant que propriétaire de cet immeuble, la confrérie était représentée auprès de l'abbesse de Montmartre par « un homme vivant et mouvant », au décès duquel elle devait au couvent un droit de mutation de 100 livres. Pour rendre ce droit aussi peu fréquent que possible, les orfèvres désignaient pour « homme mouvant » un enfant de douze à quinze ans, fils de l'un d'eux. Ils acquittèrent la redevance le 3 mai 1650, devant Leroux, et le 7 mars 1671, devant Sainfray. Cette seconde fois, ils convinrent avec l'abbesse de remplacer « l'homme mouvant » par une rente annuelle de 100 sous et un cens de 4 deniers .

 

1.       Supplément à Du Breul, p. 84.

2.        Étude Pierre Robineau.

3.       Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse.

4.       Voir le paragraphe sur l'Abbaye d'En-Haut.

5.       Arch. nat., KK 1345 et S 4432-4433, 1re liasse.


 

 

 

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Le 17 janvier 1630, la donation, devant Marion, par Charlotte Asselin, fille majeure, d'une somme de 10 000 livres, permit à Marie de Beauvilliers d'acquérir le couvent des Récollets, à Montargis, pour y fonder un prieuré, où elle envoya quatre religieuses, sous la direction de sœur Marie Granger, nommée prieure ¹.

Le 2 juin 1643, voyant les fermes du Gâtinais à demi détruites et désertées par leurs habitants à cause du logement trop fréquent des gens de guerre, Marie de Beauvilliers échangea les terres de Boissy-le-Repos, Herbauvilliers et Mainbervilliers, avec Pierre Huault, marquis de Bussy et de Vère, contre une ferme de 80 arpents, située au Mesnil-Aubry. Mais, en 1657, l'abbesse Françoise-Renée de Lorraine constatait que cette ferme ne rendait que 800 livres, alors que les autres en donnaient 2 000. Le 5 décembre, elle obtint des lettres de rescision, confirmées par un arrêt du 12 octobre 1658 et, en 1659, rentra en possession des biens échangés ².

C'est vers 1645 que le faubourg Poissonnière commença à se construire, dans le terroir dit le Val-Larroneux et maintenant la Nouvelle-France, à cause de l'enseigne d'une guinguette montrant une vue du Canada, que la glorieuse défense de Samuel de Champlain avait mis à la mode depuis 1628. L'abbaye y possédait, depuis des temps très anciens, un terrain de 3 arpents faisant partie du dîmage de Saint-Gervais, dont le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, son voisin jusqu'aux Porcherons, lui contesta la propriété aussitôt que des immeubles s'y élevèrent. Un croquis du XVIIIe siècle 3 montre que ces terrains bordaient la rue du Faubourg-Poissonnière entre la rue de Bellefond au sud et, au nord, une ligne correspondant à l'actuelle rue de Dunkerque, soit entre les nos 107 et 157 (croquis n° 1). Le 22 août 1648, les religieuses adressèrent une requête au Conseil « pour être maintenues en droit de censive et justice sur 3 arpents, au lieu dit le Val-Larroneux, sur le chemin des Poissonniers, où ont été depuis peu basties des maisons, appellées la Nouvelle-France ». L'arrêt du 7 mai 1650 leur donna raison et débouta les chanoines 4. Une liste de 1647, des « Maisons basties de neuf au Val-Larroneux, dit la Nouvelle-France », montre qu'il existait alors, dans la censive des Dames, du côté occidental du chemin des Poissonniers (probablement entre les nos 107 et 137 actuels), neuf petites maisons joignantes. Une dixième fut déclarée le 26 février 1653 .

 

1.        Minutier Marion. Les Bénédictines de Montargis émigrèrent sous la Révolution en Angleterre, où elles existent encore.

2.       Arch. nat., S 4453. 5e liasse ; Terriers dans S 4489, 4492, 4493 et 4494.

3.       Arch. nat., N¹º Seine 734.

4.       Arch. nat., S 4451, 3e liasse.

5.       Arch. nat., S 4445.


 

 

 

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Depuis 1629, les religieuses du prieuré de la Ville-l'Évêque, soutenues par la fondatrice Catherine d'Orléans, avaient engagé une action pour secouer le joug de l'abbaye de Montmartre et se constituer en monastère indépendant. Une transaction, signée le 2 février 1636, n'eut pas de suite, en raison de la mort de Catherine d'Orléans.

 

 

(Croquis no 1.)

 

L'abbesse de Montmartre, qui avait fait de grosses dépenses à la Ville-l'Évêque, réclamait son dû et le Parlement lui donnait raison. Après dix-huit ans de procédure, un accord intervint, et, par acte du 7 mai 1647, devant Leroux, l'abbesse Marie de Beauvilliers accepta la séparation du prieuré. Les dépenses faites à la Ville-l'Évêque s'étaient élevées à 76 549 livres 10 sous 2 deniers. Elle se contenta d'une indemnité de 36 000 livres, les religieuses du prieuré renonçant, de leur côté, à tout droit sur les biens fonciers de leur ancien monastère 1. Ces 36 000 livres furent employées aux travaux du prieuré des Martyrs.

 

1.        Arch. nat., S 4451, 6e liasse ; Guilhermy, p. 77. Voir notre étude sur La Ville-l'Évêque, précitée.


 

 

 

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Enfin, le 27 février 1638, devant Leroux et de Mas, Marie de Beauvilliers avait cédé la seigneurie de Torfou, près d'Étampes, qui ne rapportait que 6o livres, à Charlotte de Balzac, dame de Bassompierre, contre 350 livres de rente et 200 livres en argent comptant pour acheter des ornements à l'église de l'abbaye. Le 3 mars 1639, Hubert Rollet, visiteur de Montmartre, avait approuvé cette transaction, si profitable au monastère ¹.

Dès le 31 mars 1633, Marie de Beauvilliers avait, sur sa demande, reçu comme coadjutrice sa nièce, Henriette-Catherine de Beauvilliers, qui mourut le 15 septembre 1634. Le 22 janvier 1638, elle obtint, pour le même emploi, sa cousine, Césarine-Henriette d'Escoubleau, fille de Charles, marquis de Sourdis, qui mourut aussi, à vingt-deux ans, le 18 janvier 1643. Enfin, le 12 décembre 1644, elle reçut Françoise-Renée de Lorraine, fille de Charles de Lorraine, duc de Guise, et de Henriette-Catherine de Joyeuse, veuve en premières noces de Henri de Bourbon, duc de Montpensier. Élevée à Saint-Pierre de Reims, elle en était abbesse depuis 1637. Elle amena avec elle à Montmartre ses cousines, Marie et Henriette de Lorraine, princesses de Chevreuse, qui y prirent le voile en 1647, avec chacune 40 000 livres de dot 2. Dès lors, Marie de Beauvilliers, qui avait soixante-dix ans, vécut à peu près dans la retraite, présidant les fêtes religieuses et les professions de moniales, mais laissant à sa coadjutrice l'administration du couvent.

Sous la direction de cette femme de très haute naissance, ayant de puissants appuis, appartenant à une famille très riche et douée d'éminentes qualités d'organisatrice, l'abbaye de Montmartre allait atteindre un degré de prospérité matérielle qu'elle n'avait jamais connu. La famille de Guise n'attendit pas qu'elle fût abbesse en titre pour exercer ses bienfaits. Dès 1647, sa mère, la duchesse de Guise, paya les travaux d'une galerie couverte, construite en 1622 et reliant le dortoir du nouveau prieuré des Martyrs à l'église haute, où se faisaient les offices de nuit 3. Longue d'environ 200 toises et grimpant tout droit la pente, en bordure de la rue des Martyrs, par une série d'escaliers, reliés par des paliers inclinés, elle avait coûté 23 000 livres .

 

1.       Arch. nat., S 4457, 3e liasse.

2.       Chéronnet, p. 135-136 ; Guilhermy, p. 78.

3.       Sauval, I, p. 352. En 1639, l'avocat D. H. I. la mentionne dans son supplément à Du Breul (p. 84) : « Du depuis, la Dame de Montmartre a fait faire une longue allée couverte, depuis l'abbaye qui est sur la montagne jusques à cette Église des Martyrs. »

4.       On voit bien sa disposition sur le plan du fief Montmoyen, fait en 1716 par l'ingénieur Claude Duchesne pour le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois (N¹¹ Seine 40) et publié par le Vieux-Montmartre (III, p. 42), ainsi que sur le plan de Verniquet (1791).

 


 

 

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La duchesse donna, en outre, à l'église de superbes ornements et, en 1654, y fit élever un mausolée pour le coeur de son second mari. Sa belle-soeur, la fameuse duchesse de Chevreuse, dont les deux filles du second lit, Marie et Henriette, avaient, comme on l'a vu, accompagné à Montmartre leur cousine, la coadjutrice, paya pour chacune d'elles une pension de 5 000 livres, et, lors de leur prise de voile en 1647, leur donna une dot de 40 000 livres 1. Le frère de l'abbesse, Henri de Lorraine, duc de Guise, légua au couvent, pour doter trois filles pauvres désireuses d'entrer à l'abbaye, une somme de 30 000 livres, qui fut payée en 1657 par sa soeur, Marie de Lorraine, dite Mlle de Guise.

Le 23 mai 1659, celle-ci donna à l'abbaye 1 000 livres de rente pour la reconstruction des murs de l'enceinte et, en 1672, se fit construire dans l'abbaye un logement et un oratoire, dont la maçonnerie fut prisée par Pierre Thévenot, le 26 septembre, la charpenterie et la menuiserie les deux jours suivants 2. Quelques années après, elle donna 25 000 livres pour racheter la rente de 1 000 livres, constituée en 1659. Le 3 août 1682, devant Bouret, elle donna encore 400 livres de rente 3 et, par son testament du 6 février 1690, légua à l'abbaye une somme de 150 000 livres, dont les revenus devaient servir à l'entretien gratuit de vingt jeunes filles pauvres des duchés de Bar et de Lorraine. L'abbesse Françoise-Renée de Lorraine contribua elle-même, de ses deniers, à la réfection du portail, aux réparations des bâtiments et à la décoration de l'église. Aussi, par acte du 25 juin 1672, devant Sainfray, les religieuses mirent-elles tous ces membres de la famille de Guise au nombre de leurs bienfaiteurs, s'engageant à célébrer un service solennel à chacun de leurs anniversaires .

 

40e abbesse, Françoise-Renée de Lorraine. — Marie de Beauvilliers mourut, à près de quatre-vingt-trois ans, le 21 avril 1657, et sa coadjutrice, qui dirigeait la communauté depuis douze ans, en devint abbesse en titre. Elle fut bénie le 24 mai suivant, avec une pompe extraordinaire, par le cardinal Antoine Barberini, archevêque de Reims et grand aumônier de France. Son frère, Henri de Lorraine, lui fit don d'une crosse en vermeil, du poids de 36 marcs (8 kilos 800) .

 

1.       En 1647 et non en 1664, comme le dit, par erreur, l'acte du 25 juin 1672 (Arch. nat., L 1031) et comme le répètent Guilhermy (p. 80) et Barthélemy (p. 267). En effet, dès 1652, Marie de Lorraine mourut et Henriette devint abbesse de Pont-aux-Daines.

2.       Arch. nat., Y 196, fol. 429 vo, et Z¹¹ 317.

3.       Arch. nat., L 1031, 5e liasse; Barthélemy, p. 273.

4.       Arch. nat., L 1031, 5e liasse ; Barthélemy, p. 265-268.

5.       Guilhermy, p. 79 ; Chéronnet, p. 138.

 


 

 

— 199

Le 6 avril 1662, Louis XIV et Charles IV, duc de Lorraine, signèrent à Montmartre le traité qui, après la mort du duc, donnait son pays à la France ¹. Le 31 juillet suivant, Anne d'Autriche donna au prieuré des Martyrs les 800 livres de rente sur Calais, dont on a déjà parlé (page 193). Vers 1665, l'abbesse intenta un procès à Claude Garrot, seigneur de Champroust, ancien receveur des consignations des requêtes du Palais, qui avait acheté une propriété comprenant le terrain de « la Bonne Fontaine » et en avait démoli le bassin pour conduire l'eau dans son réservoir particulier. Cette eau étant bien meilleure que les autres et ne provenant pas d'une source, mais « des pleurs de la montagne, recueillies par trois pierrées artificielles faites dans les terres voisines », Garrot privait les habitants, dont l'abbesse se faisait le défenseur, d'un « ouvrage public », qui leur était indispensable. Un accord intervint, car, le 29 septembre 1669, elle vendit à Garrot toutes les eaux du versant oriental de la butte et, le 28 mai 1671, devant Le Semelier, signa avec lui un nouvel accord pour l'alimentation de l'abbaye et des cultivateurs voisins ².

Elle s'occupa aussi d'étendre la seigneurie du monastère. Le 14 mai 1667, comme on l'a vu (page 191), elle racheta celle de Bourg-la-Reine, qu'on avait dû aliéner en 1660. Le 6 juin 1669, devant Sainfray, elle acquit de Paul de Gondi, cardinal de Retz, abbé de Saint-Denis, moyennant 24 028 livres 15 sols et 1 000 livres de « relief » à chaque changement d'abbesse, la seigneurie de Clignancourt, comprenant : la maison seigneuriale, devenue simple ferme et située au coin nord-est du croisement des rues Marcadet (nos 102-106) et Saint-Denis (du Mont-Cenis), avec colombier, pressoir et jardin couvrant 3 arpents et demi ; — un arpent de vignes au lieu dit le Beaumur, touchant l'enclos de l'abbaye ; — 40 livres de cens sur diverses terres ; — 48 sols de cens sur 7 arpents au lieu dit « le Pressoir Bénédicité » ; — enfin, les droits de justice sur deux fiefs mouvants de la seigneurie, dits les fiefs Turquan et Graville, dont le second était déjà incorporé à elle ³. Cette acquisition étendait la juridiction de l'abbaye, au voisinage de la butte, au nord jusque vers la rue Ordener, à l'est jusque vers la rue Stephenson, et mettait fin aux perpétuels « combats de fiefs », comme on disait alors, que l'enchevêtrement des censives faisait naître.

 

1.        Guilhermy, p. 82.

2.       Arch. nat., S 4436-4437, 2e liasse ; Sellier, Curiosités, p. 68 et suiv.

3.       Arch. nat., S 2245 B et S 4436, 2e liasse. Sellier a consacré aux seigneurs de Clignancourt, dans le Bull. de la Soc. de l'Hist. de Paris (1891, p. 99 et suiv.), puis dans ses Curiosités (1904, p. 191 et suiv.), une très bonne notice que l'on complète et rectifie sur certains points dans le chapitre sur le même sujet.


 

 

 

— 200

En 1674, le roi, désirant supprimer les justices particulières à l'intérieur de Paris, demanda aux détenteurs de fiefs de nouvelles déclarations. Le 24 janvier, l'abbesse déclara à la Chambre du Trésor que le fief du « Fort-aux-Dames » (sic), comprenant haute, moyenne et basse justice, s'étendait sur les propriétés suivantes (cf. pages 180 et 182) :

quatre maisons rue de la Heaumerie,

vingt-trois maisons rue Saint-Martin, y compris celles de l'impasse de Clairvaux et de la cour du Maure,

quatorze maisons rue des Petits-Champs (Saint-Martin),

deux maisons rue des Ménétriers,

cinq maisons rue Neuve-Saint-Méderic,

deux maisons Vieille-Place-aux-Veaux, autrement dite rue de la Lanterne,

les droits sur la Grande Boucherie,

cinq places à vendre trippes et poissons contre le Châtelet,

une banne sous la voûte du Châtelet,

quatorze maisons rue de l'Arbre-Sec,

trente-trois maisons rue Saint-Honoré,

six maisons rue Tirechappe,

24 sous de rente dus par l'Hôtel-Dieu sur une étable rue du Sablon,

30 sous dus par l'Hôtel-de-Ville pour une maison absorbée dans ses constructions ¹.

L'édit royal du mois de février suivant supprima les justices particulières et les réunit au Châtelet. C'était un grave préjudice pour l'abbaye, qui entretenait un bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, un greffier et deux sergents, sans leur faire payer leurs charges, en récompense des services qu'ils lui rendaient dans ses affaires particulières, et pour qui les amendes, confiscations et autres droits judiciaires constituaient un revenu intéressant. En outre, les officiers du Châtelet contestèrent les droits du couvent dans la prévôté de Montmartre et de Clignancourt.

Sur la réclamation de l'abbesse, le roi déclara, par lettres patentes du 14 avril 1676 ², qu'il n'avait supprimé que la juridiction du For-aux-Dames ; qu'il maintenait les droits de l'abbaye sur le territoire de Montmartre et autres lieux hors de Paris ; que le siège de cette juridiction serait transféré de la rue de la Heaumerie en l'auditoire de Montmartre, d'où ressortiraient les appels des prévôtés de Boulogne, Bourg-la-Reine et autres lieux, les appels de la prévôté de Montmartre ressortissant directement du Parlement.

 

1.       Arch. nat., S 4422 et S 4445, 2e liasse ; très inexactement reproduit par Barthélemy, p. 268.

2.       Copie dans Arch. nat., S 4445, 2e liasse.


 

 

 

— 201

Comme dédommagement des droits perdus, il transféra à l'abbaye, dans le domaine de sa juridiction, les droits qu'il avait créés sur les échanges ¹ et la déchargea de la rente de 50 livres, à laquelle elle avait été taxée pour l'entretien des enfants trouvés 2. L'auditoire de Montmartre, ou maison du bailliage, se fixa dans une impasse, dite cour du Pressoir, séparant les communs du cloître (aujourd'hui rue Saint-Éleuthère) ³.

Le 21 juillet 1675, Marguerite d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, nièce de l'abbesse, arriva à Montmartre, où elle devait rester dix-huit ans 4. On construisit à son intention un pavillon spécial, à cheval sur le mur de clôture du prieuré des Martyrs, à l'ouest de celui-ci, avec des communs plus à l'ouest encore et on entoura le tout d'une clôture, qui coupait, à hauteur de l'actuelle rue Antoinette, l'ancien chemin des Martyrs, montant tout droit vers le village de Montmartre 5. En mars 1678, pour dédommager les habitants de la perte de ce chemin, on en ouvrit un nouveau par la sente des Saccalis (aujourd'hui rue de Ravignan), que le roi fit paver sur les fonds du pavé de Paris 6.

Les bâtiments de la vieille abbaye tombaient en ruine et depuis longtemps les religieuses songeaient à transférer le monastère au prieuré. Mais il fallait des agrandissements, qui dépassaient les moyens du couvent. En 1681, le roi promit 50 000 écus et, le 12 août 1681, François de Harlay, archevêque de Paris, permit la réunion du prieuré et de l'abbaye, le transfert des reliques et la démolition des anciens lieux conventuels, sauf le côté du cloître touchant l'église . Les pierres des vieux bâtiments servirent à l'édification des nouveaux.

 

1.       Les échanges d'une terre contre une rente, qui étaient de véritables ventes, n'étaient pas soumis précédemment aux droits de lods et ventes.

2.       Trétaigne, p. 129 à 135 ; Barthélemy, p. 270.

3.       Voir le paragraphe sur l'Abbaye d'En-Haut.

4.       Capon, Vieux-Montmartre, VI, p. 231 et suiv.

5.       Le pavillon était à l'emplacement des nos 96-98 actuels de la rue des Martyrs, qui a repris son ancien tracé. M. Capon (loc. cit., p. 236) s'est trompé en le mettant aux nos 90-92, c'est-à-dire au coin de la rue d'Orsel, d'après le plan du fief Montmoyen (Arch. nat., N¹¹ Seine 40) qui le montre mal. On le voit bien mieux sur le plan de Verniquet. Si le nouveau chemin, en 1678, a tourné à gauche plus bas, c'est pour emprunter la sente des Saccalis, qui s'embranchait là sur la rue des Martyrs.

6.        Arch. nat., S 4424 ; Capon, p. 237-239.

7.       Guilhermy, p. 81 ; Barthélemy, p. 271-273.


 

 

 

— 202

41e abbesse, Marie-Anne de Lorraine-Harcourt. — Françoise de Lorraine mourut à soixante-trois ans, le 4 décembre 1682, quand les travaux venaient de commencer, et fut enterrée dans l'église haute, qui continua à servir de sépulture aux religieuses. Le 26 novembre 1683, le roi nomma abbesse Marie-Anne d'Harcourt, fille de François de Lorraine, comte d'Harcourt et de Rieux, et d'Anne d'Ornano, et âgée de vingt-cinq ans.

Le 8 décembre 1686, les soeurs de l'Abbaye d'En-Haut se réunirent à celles du Prieuré.

Le 19 avril 1687, le roi donna des lettres patentes pour la confection d'un nouveau terrier, qui ne fut commencé qu'en 1696 ¹.

Le 11 mars 1688, devant Sainfray, l'abbesse concéda au curé Gilbert et aux habitants de Montmartre l'ancien « choeur des Dames » (dernière travée de la nef et transept), pour agrandir l'église paroissiale, ne se réservant que l'abside et le clocher. Les habitants donnèrent en échange 7 quartiers de terre au lieu dit les Saccalis. L'abbesse céda aussi, du côté nord de l'église, un coin du verger, pour en faire le cimetière paroissial. Le 22 juillet 1697, elle donna un emplacement à côté pour construire le clocher paroissial et 24 toises de plus pour agrandir le cimetière (aujourd'hui dit du Calvaire), à charge par les habitants de refaire la clôture et de fournir un jour de corvée ou une livre pour l'entretien des chemins publics ou tout autre travail dont l'abbaye aurait besoin ².

Le 21 juin 1693, l'abbesse fit une nouvelle déclaration des biens au Bureau du Clergé.

Les dîmes sur Montmartre et Clignancourt consistaient en 5 ou 6 muids de tous grains et 7 à 8 de vin. Les cens et rentes rapportaient 160 livres ; un arpent au clos des Halliers, 90 livres, plus la dîme ; la maison du Chanoine, sur la grande place de Montmartre, 76 livres ; un moulin à vent sur le haut (la Lancette), 180 livres ; 85 arpents de terre labourable, 425 livres ; la maison seigneuriale de Clignancourt, avec colombier et pressoir banal ; le moulin des Dames, 200 livres ; le cens sur les maisons de Paris, 28 livres, plus les droits de lods et ventes (non spécifiés) ; une rente des Pères de la Doctrine chrétienne, occupant l'hôpital Saint- Julien, 60 livres ; la rente sur la Grande Boucherie, 77 livres ; le For-aux-Dames, rue de la Heaumerie, loué 150 livres ; une maison rue des Petits-Champs, 275 livres ; une boutique au Grand Châtelet, 200 livres ; une pierre à poisson, 36 livres ; les rentes sur le domaine de Paris, 406 livres ; sur l'Hôtel-Dieu, 50 sols ; sur Calais, 800 livres. La seigneurie de Boulogne rapportait 550 livres ; celle de Bourg-la-Reine, 106 livres ; celle de Barberie, 350 livres ; celle du Gâtinais, 1 260 livres ; la terre de Collégien, 700 livres ; les 10 arpents de Chelles, 125 livres ; la terre de Chaumontel, 450 livres ; les revenus du bois de la Minière (180 arpents) et de la terre d'Argenteuil (4 arpents) ne sont pas spécifiés.

 

1.        Arch. nat., S 4434-4435, 4e liasse.

2.       Arch. nat., S 4422, 4424 ; Barthélemy, p. 276, 277 (très incomplet).


 

 

 

— 203

La ville de Compiègne devait une rente de 12 livres et les dîmes d'Auvers rapportaient 750 livres.

Le 9 février 1696, une déclaration additionnelle mentionna : vingt-neuf pensions viagères faites à des soeurs, montant à 10 048 livres, dont un quart mal payé ; les rentes sur les Aides et Gabelles, 2 867 livres, et sur le Clergé, 210 livres ¹.

Marie de Lorraine d'Harcourt mourut le 29 octobre 1699, à qua­rante-deux ans.

 

 

VII. — L'ABBAYE D'EN-HAUT

 

Le clos primitif. — Nous n'avons pour nous renseigner sur la disposition primitive des bâtiments de l'abbaye qu'un plan, très peu exact, des Archives nationales, qui doit dater de la fin du XVIe siècle ou des premières années du XVIIe siècle 2. Il montre le couvent encore réduit au sommet de la butte, c'est-à-dire avant l'extension de l'enclos jusqu'à la chapelle des Martyrs (vers 1612-1615) et la construction de la galerie de jonction entre l'abbaye et le prieuré (1622). Il a été fait dans une circonstance spéciale, car, représentant en noir la majeure partie des bâtiments, il figure en rouge la sacristie méridionale, l'aile orientale du cloître et une partie de l'aile méridionale. Ce sont les constructions atteintes par l'incendie de 1559, qui prit naissance dans le dortoir, au premier étage de l'aile sud, et se propagea jusqu'à la sacristie, où il consuma les ornements sacerdotaux, entre autres la chasuble de saint Bernard et le missel qui passait pour avoir servi à la consécration de 1147 (page 184). Il semble donc avoir été établi en vue de leur réparation ; mais la copie qui nous en reste, d'après le dessin du jardin et du cartouche qui la décore, ne doit pas être antérieure aux premières années de l'abbatiat de Marie de Beauvilliers, entre 1600 et 1610.

Ce plan, dont on trouvera ci-joint le schéma (croquis no 2), est très inexact comme dessin. Il donne à l'abside de l'église Saint-Pierre une forme trapézoïdale qu'elle n'a jamais eue, ne figure pas les deux absidioles adjacentes, ne marque pas la saillie du transept et attribue cinq travées à la nef, au lieu de quatre. Sa comparaison avec le plan de Verniquet (1791) montre que le cloître y est beaucoup trop grand par rapport à l'église, ayant son aile occidentale à l'aplomb de la façade et son aile orientale à l'aplomb de l'avant-choeur, alors que Verniquet les indique respectivement à hauteur de la deuxième travée et du transept.

 

1.        Arch. nat., S 4424.

2.       Arch. nat., N" Seine 736. Il a été publié dans le Vieux-Montmartre (38e fasc., 1900, III, p. 284-285), qui l'indique à tort comme donnant « la partie du Haut » de l'abbaye et comme datant du XVIIIe siècle.


 

 

 

— 204

Or, le vieux cloître ayant été conservé lors des démolitions de la fin du XVIIe siècle, c'est bien lui que représente Verniquet. D'ailleurs, les sondages faits par Sauvageot devant le portail, de 1899 à 1905, lors de sa belle restauration de l'église, la présence, au revers de la façade actuelle, de deux piles du XIIe siècle et d'une partie du mur qui les unissait 1 prouvent que l'église primitive n'a jamais eu que quatre travées.

Par suite de son erreur, l'auteur du plan représente mal le « choeur des Dames », qui n'occupait pas les deux dernières travées de la nef, mais la dernière et le transept, que les religieuses cédèrent, en 1688, aux paroissiens (page 202). Mais il montre que, de chaque côté de l'abside, on avait construit deux sacristies, une au nord pour le curé, l'autre au sud pour le chapelain des Dames, puisque c'est dans celle-ci que furent brûlés, en 1559, les ornements appartenant au couvent. On devait y accéder par des portes percées au fond des absidioles, à moins que les absidioles elles-mêmes ne servissent de sacristies.

Son principal intérêt consiste dans ses références, qui indiquent la répartition des locaux, laquelle n'a pas dû beaucoup varier du XIIe au XVIe siècle. Ces inscriptions, qui utilisent toutes les places libres du papier et empiètent même sur le cartouche, ne sont pas de l'auteur du plan, ni même, pour la plupart, de l'auteur de la copie et ont dû être complétées postérieurement.

On entrait dans l'abbaye par une porte cochère C, située au sud du parvis B, à l'emplacement de l'entrée actuelle du cimetière du Calvaire. On trouvait de suite à gauche une petite porte D, donnant accès au parloir K et, par lui, au cloître L, qu'entouraient sur trois côtés les locaux conventuels. A côté du parloir était la loge du portier S.

Le rez-de-chaussée de l'aile occidentale était consacré aux hôtes. On y trouvait une grande salle, ou salon T, un salon à manger V et une série de chambres II, ou de « bouges » III, avec un « vestibule pour le jardin » IV. Toutes ces pièces ouvraient sur le cloître et sur un corridor intérieur. Cette aile avait été allongée au delà du cloître et, dans sa partie méridionale, avaient été aménagés les services de la cuisine VII, « chopinière » VIII, « dépense » IX, « souliarde » X, latrines XI et réfectoire des domestiques XII.

L'aile méridionale comprenait un grand escalier M, montant au dortoir du premier étage, et le réfectoire R.

 

1.       Voir l'excellent plan d'Albert Mayeux, accompagnant la monographie de M. Deshoulières. Bulletin monumental, 1913, p. 10, et croquis n° 4 ci-joint.

 


 

 

- 205 -

 

(Croquis n° 2)


 

 

 

— 206

L'aile orientale présentait trois pièces, dont une seule est marquée « greniers » XIV, mais dont les deux autres devaient avoir le même office, la salle du Chapitre N et un autre escalier M, permettant de descendre de l'étage supérieur à l'église.

Du premier étage, nous ne connaissons avec certitude qu'un em­placement, celui du dortoir, au-dessus du réfectoire R. Des notes biffées, sur le côté droit du cartouche, mentionnaient les chambres des aumôniers, la bibliothèque, l'infirmerie, d'autres pièces encore. On renonça sans doute à leur donner des références, dans l'impossi­bilité de superposer celles du premier étage à celles du rez-de-chaus­sée. Il n'est pas fait mention du logis de l'abbesse, qui devait se trou­ver dans l'aile orientale, au-dessus du chapitre N, près de l'église.

Les communs formaient deux groupes, l'un à droite de l'entrée, comprenant le pressoir seigneurial EE, les écuries F, la remise G, simple hangar, et les chambres des domestiques H, ouvrant sur les grandes cours E et I (emplacement de la place du Tertre) ; — l'autre au sud de l'enclos, formé par le grenier à blé XV, le bûcher XIX, le lavoir XVIII et la boulangerie XX, près d'une « fontaine » ou d'un puits Q.

Les jardins O entouraient l'abbaye, avec deux petits parterres au sud XVI et à l'ouest P. La partie orientale s'étendait jusqu'au car­refour du chemin des Rosiers (rue du Chevalier-de-la-Barre) et du chemin de Saint-Denis (rue de la Bonne), en face de la fontaine de la Bonne. Le mur oriental devait suivre la partie nord du chemin de Mauregard, s'embranchant sur le chemin des Martyrs, à hauteur de l'actuelle rue Condorcet et desservant les carrières de la région ¹. La partie occidentale des jardins s'étendait le long de la rue Traînée (de Norvins) jusqu'à la place Jean-Baptiste-Clément et, au sud, jusqu'à la partie supérieure du chemin des Martyrs (à peu près à l'emplace­ment de la rue Gabrielle), qui aboutissait au village sur la place J.-B.­-Clément actuelle.

 

L'extension du clos. — Telle devait être l'abbaye au début du XVIIe siècle, semblable, à peu de chose près, à ce qu'elle était au mo­ment de sa fondation. Après la découverte, en 1611, de la crypte, où l'on reconnut le tombeau de saint Denis (page 192), on engloba la chapelle des Martyrs dans l'enclos du couvent. Un mur, partant du coin du grenier à blé XV, au coude du chemin des Martyrs, descendit droit au sud, le long de ce chemin, jusqu'à la chapelle, puis, après l'avoir contournée, remonta au nord-est, le long du chemin de Mauregard, pour rejoindre l'ancien enclos à peu près à l'aplomb de l'aile orientale du cloître.

 

1.        Voir ci-après : les Carrières à plaire.

 


 

 

— 207

Le nouvel enclos prit la forme qu'il a sur le plan de Jouvin de Rochefort (1675) 1. Pour couvrir une partie de ces dépenses, le côté occidental du jardin fut aliéné et la place du Tertre se forma. C'est en 1628, on l'a vu (page 194), que la confrérie des Orfèvres y acheta un terrain et obtint l'autorisation d'y bâtir. On ne trouve pas mention du « tertre » avant le second quart du XVIIe siècle.

La transformation, en 1622, de la chapelle des Martyrs en prieuré (page 193) provoqua, en 1622, la construction de la galerie de la duchesse de Guise (page 197), pour relier le dortoir du nouvel établissement à l'église haute et établir une communication praticable en toute saison. Partant du prieuré, vers le point A (croquis n° 3), la galerie longeait le mur du nouveau clos, du côté oriental du chemin des Martyrs, puis tournait à l'est, presque à angle droit, pour se raccorder, en C-D, avec l'aile occidentale du cloître, prolongée au sud ². Cette galerie se composait d'une série d'escaliers, reliés par des paliers inclinés. Au coude B était une chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-Lorette, où les soeurs s'arrêtaient pour couper l'ascension. Deux croquis des Archives 3 montrent que, au XVIIIe siècle, un ruisseau d'eaux pluviales, descendant de la place J.-B.-Clément, était recueilli, sous cette chapelle, dans une cuve en plomb, d'où une conduite de plomb, longeant la face interne de la galerie, le conduisait à un grand réservoir situé au nord du prieuré.

Un peu au-dessous de la chapelle, avant le tournant du chemin des Martyrs, une porte P barrait ce chemin (croquis n° 3). On l'appelait porte du Palais, à cause du moulin du même nom, le premier au nord-ouest, sur la crête, au-dessus de la place J.-B.-Clément. On la voit bien, ainsi que la galerie, sur le plan du fief Montmoyen, dressé en 1729 par l'architecte Claude Duchesne pour le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, dont les propriétés s'enchevêtraient, entre les Martyrs et les Porcherons, avec celles de l'abbaye .

Au cours du XVIIe siècle, l'aliénation de la partie occidentale du jardin et la suppression des anciens communs, qui en avait été la conséquence, obligèrent de remplacer ceux-ci par un grand bâtiment parallèle à l'aile occidentale du cloître (M du croquis no 3), qu'on raccorda aussi avec la galerie de Guise. Ce bâtiment était séparé du cloître par une rue en impasse dite du Pressoir, à cause du pressoir banal, transporté au milieu du nouveau bâtiment (M du croquis no 3).

 

1.       Voir le croquis no 6.

2.       Le raccord a disparu sur le plan de Verniquet.

3.       Arch. nat., N¹¹ Seine 602 et 736.

4.       Ce plan est en deux parties, cotées Arch. nat., N¹¹ Seine 4 (sud) et N¹¹ Seine 3o (nord). Une fraction de la seconde partie donnant la vue cavalière de l'abbaye a été publiée dans le Vieux-Montmartre (III, p. 42). Le plan est accompagné d'un grand atlas de détails (N¹¹ Seine 8), donnant chaque parcelle.


 

 

 

— 208

Il était terminé en 1674, puisque c'est dans la cour du Pressoir que s'établit l'auditoire de Montmartre, après la suppression du For­-aux-Dames (page 201).

En 1675, on construisit pour Marguerite d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, un pavillon au nord du prieuré des Martyrs, à cheval sur le mur d'enceinte de l'abbaye (N du croquis no 3), avec des communs à l'ouest. L'ensemble de ces constructions barra l'ancien chemin des Martyrs et provoqua, en 1688, l'ouverture d'une nouvelle voie, suivant la sente des Saccalis, pavée aux frais du roi et aboutissant au village, comme l'ancien chemin, à la place J.-B.-Clément. C'est l'actuelle rue de Ravignan (page 201).

Cet événement, suivi, en 1681, du transfert de l'abbaye au prieuré des Martyrs (réalisé le 8 décembre 1686, page 202), fut cause d'une nouvelle extension vers l'ouest de l'enclos du couvent. Les communs de la duchesse de Toscane furent agrandis et formèrent le « Grand commun » F, dont la juridiction spirituelle provoqua, en 1708, un conflit avec le curé du village (ci-après). En 1688, lors de la cession aux paroissiens du « Choeur des Dames » (page 202), les religieuses reçurent en échange 7 quartiers de terre, au lieu dit les Saccalis, et y ajoutèrent l'ancien enclos de la maison de Bel-Air. Le tout forma un vaste jardin E, au nord du « Grand Commun ».

Enfin, de 1690 à 1700, les Dames de Montmartre étendirent leur enclos à l'est, bien au delà du chemin de Mauregard, à la suite des acquisitions et des procès qu'on verra plus loin. Dès lors, l'enceinte de l'abbaye prit la forme qu'elle conserva jusqu'à la Révolution et que montre le plan de Verniquet (croquis no 3).

Si le pourtour de la place du Tertre était construit dès 1650, comme le prouvent les déclarations au Terrier 1, le terrain au sud, dit « Gamache », et le terrain au sud-ouest, dit « la Provence », étaient encore vagues en 1775. Le 3 septembre de cette année-là, devant Prévost, l'abbesse en fit bail à vie, moyennant 40 livres de rente, au sieur La Biche, marchand mercier, y compris la maison de Bel-Air, en bordure de l'ancien chemin des Martyrs. La Biche fit ouvrir un passage, donnant sur ce chemin, et commença des constructions.

 

1.        L'une des principales maisons était, avec celle des Orfèvres (côté occidental), celle du pavillon des Princes, louée le 4 novembre I720, à Pierre Duchef, marchand de vin, qui l'occupait déjà, pour sept ans, moyennant 400 livres, une tourte de six pigeons à la Saint-Denis et vingt douzaines d'échaudés à Pâques. Le 7 juillet 1763, devant Prévost, elle fut louée à J.-B. de Bize, marchand de vin, le loyer en espèces tombant à 250 livres (Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse).


 

 

 

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(Croquis n° 3)

 

 

 

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Le 23 juillet 1778, par acte sous seing privé et du consentement de l'abbesse, il céda son bail, pour vingt-neuf ans, au duc de Montmorency, moyennant 600 livres de rente, payables à lui sa vie durant et, après son décès, s'il se produisait avant l'expiration des vingt-neuf années, aux Dames de Montmartre 1. Le plan de Verniquet semble indiquer que le duc fit construire en cet endroit, au nord de la maison de Bel-Air, une habitation de plaisance ².

 

Le cimetière du Calvaire. — Le premier cimetière paroissial de Montmartre s'étendait, aux temps mérovingiens, tout autour de la chapelle qui a précédé l'église Saint-Pierre du XIIe siècle, puisque, en 1891, on en a retrouvé des tombes devant le portail de celle-ci, à l'entrée de la rue du Mont-Cenis, comme on en avait découvert, en 1875, derrière le chevet ³. Après la construction de l'église, les inhumations se localisèrent en ce dernier endroit et continuèrent jusqu'au XVIe siècle comme le prouvent les débris trouvés dans les fouilles . De Trétaigne dit que ce cimetière est encore cité en 1635, puis que, en 1688, on en établit un nouveau 5 ; mais Barthélemy a donné un acte qui semble reculer cette fondation au 22 juillet 1697 6. C'est Trétaigne qui a raison et la fondation du cimetière dit du Calvaire est bien de 1688, comme le prouve l'acte suivant .

Le 11 mars 1688, devant Sainfray, l'abbesse Marie-Anne de Lorraine et les soeurs passèrent une convention avec le curé Claude Gilbert et Pierre Vallée, marchand de vin, procureur-syndic, représentant les habitants du lieu.

 

1.  Pièces jointes au croquis, Arch. nat., N¹¹ Seine 602.

2.  La maison de Bel-Air, dont on a indiqué l'emplacement sur le croquis de l'abbaye d'après Verniquet, appartenait de longue date aux religieuses, qui l'avaient louée, devant Leroux, le 29 novembre 1641, pour quatre-vingt-dix-neuf ans, moyennant 200 livres de rente et 12 livres de cire blanche, à Antoine Desmartins, lequel s'était chargé de la reconstruire. Son terrain comprenait un arpent 3 quartiers (Arch. nat., S 4425). Le 10 décembre 1661, ce bail fut résilié, moyennant 7 000 livres d'indemnité payées par les Dames. Le 17 novembre 1666, devant Charles, elles relouèrent la propriété de Bel-Air, « vis-à-vis le clos des Dames », couvrant 4 arpents et demi, pour neuf ans, moyennant 200 livres, à Michel Lambert, maitre de la musique de la Chambre du roi (Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse).

3.  Ch. Sellier, Curiosités..., p. 168, 169.

4.         Longperrier, Bull. de la Soc. de l' Hist. de Paris, 1875, p. 77.

5.   Montmartre et Clignancourt, p. 211.

6.   Cartulaire, p. 277. Il résume l'acte de 1688 sans parler du cimetière.

7.  Arch. nat., S 4422, dossier de la Cure et Fabrique.


 

 

 

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Les premières délaissaient à la fabrique et aux habitants, à titre d'usufruit, les deux arcades (travées) de l'église abbatiale, « où elles faisaient ci-devant leur chœur », ainsi que les deux collatéraux, pour agrandir l'église paroissiale, suivant le plan annexé à la minute 1. Elles en gardaient d'ailleurs la nue propriété et se réservaient de les reprendre, en rendant les terres reçues en échange. Les habitants pourraient faire abattre le mur auquel était adossé le principal autel de l'église paroissiale, à charge de le rétablir si les Dames reprenaient leur choeur. Celles-ci se réservaient aussi la propriété du clocher, mais autorisaient les habitants à en construire un autre, au-dessus du collatéral de gauche, pour y mettre trois cloches. Les frais d'entretien de la partie cédée resteraient à la charge des religieuses, mais elles se réservaient la concession des bancs devenus disponibles ; elles se réservaient encore le droit de messe à certaines fêtes et les offrandes recueillies ces jours-là. En reconnaissance, les habitants donnaient à l'abbaye 7 quartiers de terre, au lieu dit les Saccalis, faisant partie de 7 arpents aliénés par l’abbaye, trois cents ans auparavant, à un sieur Jourdain de Nanteuil, à charge de les planter de vignes et de leur fournir quatre-vingt-seize pintes de vin de mère goutte par arpent. Les Dames rendraient ce terrain si elles reprenaient les deux arcades. Elles abandonnaient également aux habitants un terrain au coin de leur verger, pour en faire le cimetière paroissial, à charge pour la fabrique de faire le mur de clôture (cf. page 202).

Le 22 juillet 1697, devant Sainfray, l'abbesse et ses soeurs autorisèrent le curé et les habitants à construire leur clocher sur une place du clos qu'elles leur abandonnaient, à condition que ce clocher restât deux pieds au-dessous de celui de Saint-Pierre. La population étant passée à 1 800 communiants, elles cédaient aussi une nouvelle parcelle de 24 toises pour agrandir le cimetière, à charge pour les habitants de refaire la clôture et de leur fournir un jour de corvée par habitant ou une livre d'amende, pour l'entretien des chemins publics ou tout autre travail dont l'abbaye aurait besoin. A l'acte était joint un devis du nouveau clocher ².

On sait que l'église Saint-Pierre se compose d'une nef de quatre travées, flanquée de bas côtés simples, d'un transept peu saillant ³, enfin d'une abside, encadrée de deux absidioles et précédée d'une partie droite, ou avant-choeur (croquis no 4). Construite d'abord, au XIIe siècle, comme église abbatiale, on a dû lui donner de bonne heure le rôle d'église paroissiale, en en affectant une partie au culte des habitants de la butte. Les différences de construction qui existent entre la dernière travée de la nef A et les trois autres, et plusieurs plans anciens de l'abbaye 4 montrent que la partie réservée à la paroisse

 

1.        Cette minute de l'étude Pierre Robineau est aujourd'hui aux Archives.

2.       Arch. nat., S 4422 et 4424.

3.       La saillie du côté sud a disparu dans les réfections du XIXe siècle.

4.        Voir notamment celui reproduit dans le Vieux-Montmartre, III, p. 284-285.


 

 

 

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était formée par les trois premières travées de la nef, B à D ¹. Un mur MN séparait cette partie de celle réservée aux religieuses. Le « choeur des Dames », comme le montre le croquis, occupait la partie centrale de la travée A du transept 2. C'est cette partie, plus les deux bas côtés, que les religieuses abandonnèrent en 1688 au curé et à la fabrique, jusqu'à la ligne PQ, ne se réservant que l'abside E-F, où étaient enterrées leurs abbesses et qui comprenait le clocher, emblème de leur souveraineté. A cette époque, en effet, elles jouissaient pour elles seules de l'église du monastère d'En-Bas et n'avaient plus besoin de Saint-Pierre que pour quelques solennités particulières.

L'acte de 1688 a donc un double intérêt, puisqu'il fixe la date de fondation du cimetière dit du Calvaire, sur le côté nord de l'église, et qu'il révèle un agrandissement de l'église paroissiale non encore signalé ³.

 

Les carrières à plâtre. — Dans ses Curiosités historiques du Vieux-Montmartre (1904), le regretté Charles Sellier a consacré aux carrières de la Butte et aux accidents qu'elles provoquaient un très intéressant article, et il a été souvent question de ces carrières dans les bulletins du Vieux-Montmartre. En 1903, notamment (44e fascicule, IV, p. 104 et suiv.), M. Gaston Capon a donné une plainte de l'abbesse de Montmartre (alors Marie-Anne de Lorraine) contre un sieur Bertrand, transmise par Pontchartrain à La Reynie le 17 avril 1692 et le procès-verbal de la visite des carrières faite, quatre-vingt-six ans plus tard, le 5 août 1778, par le juge criminel, le voyer et l'arpenteur du bailliage . En 1921 (80e fasc., nouvelle série, no p. 39 et suiv.), M. J. Mauzin a résumé les délibérations du conseil municipal sur la question, de 1800 à 1860, date de la fermeture des carrières. Il a reproduit en appendice, d'après les notes de Parent de Rosan, le récit d'accidents survenus aux XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier l'histoire d'un conflit entre l'abbesse et un sieur Jacques Penel, exploitant une carrière le long du chemin de Mauregard (1675-1679).

Il existe aux Archives, dans les affaires soumises au Conseil 6, un dossier qui montre que l'affaire Bertrand était la suite de l'affaire Penel et qui est surtout curieux par le singulier jour qu'il jette sur la manière dont on rendait la justice en l'an de grâce 1694.

 

1.        Sauvageot, Causerie sur Saint-Pierre, Vieux-Montmartre, III, p. 279.

2.       Chéronnet (p. 218), Trétaigne (p. 171) et Sellier (p. 15I) ont confondu ce choeur avec l'abside.

3.       Sauf par Trétaigne (p. 139) et Barthélemy (p. 277), mais très inexactement.

4.       Arch. nat., 01 36, fol. 104 v°.

5.       Arch. nat., Z2 2461.

6.       Arch. nat., V 379.


 

 

 

— 213

On rappellera en deux mots que le gisement de Montmartre était divisé, par les anciens exploitants, en haute masse, dans la partie

 

 
 supérieure de la butte, présentant 52 pieds (16m60) de gypse, — pierre franche, présentant 14 pieds (4m60) de gypse, séparée de la masse précédente par une couche de 12 pieds (3m80) de marne, —

 

 

(Croquis n° 4.)

 

 

 

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enfin, basse carrière, présentant 14 pieds de gypse (4m60), en six bancs discontinus et située, non dans la butte même, mais dans la plaine au nord, au-dessous du chemin de Monceau à Clignancourt ¹. Sur la butte, la haute masse était surtout exploitée, soit à ciel ouvert, ou en venue, comme on disait alors 2, ce qui était sans grand danger pour les voisins, — soit en souterrain, ou en cavage, l'entrée dans les couches se faisant par puits ou par bouches 3. C'est ce second mode d'exploitation qui causait tous les malheurs ; car, la masse de gypse n'étant pas compacte, mais disposée en bancs, séparés par de minces couches de marne, les infiltrations provoquaient parfois l’effondrement des piliers de soutènement ménagés dans les galeries. On tentait d'y parer en faisant donner aux exploitants, par le voyer, des alignements, enregistrés au greffe, qu'ils s'engageaient à ne pas dépasser.

En 1675, un sieur Jacques Penel exploitait une carrière située au chemin de Mauregard, derrière l'enclos de l'abbaye. Des éboulements s'étant produits, il déclara qu'ils étaient dus aux écoulements d'eau. Le juge criminel et le voyer visitèrent sa carrière, imputèrent les éboulis, qui obstruaient le chemin, à ses fouilles et, le 10 décembre, lui défendirent de les continuer, en lui infligeant 300 livres d'amende. Penel fit reconstruire le mur bordant le chemin, qui s'effondra trois semaines après. En novembre 1677 un nouvel éboulement entraîna le reste du chemin et, le 26 février 1679, le mur de clôture des religieuses tomba à son tour dans la carrière, sur une longueur de 11 toises. Le 24 octobre, Penel fut condamné à rétablir le chemin, à combler les escavations, à refaire le mur des Dames, à payer 100 livres d'amende, les frais du procès et des dommages et intérêts à l'abbaye et aux habitants pour la privation du chemin .

Le dossier Bertrand nous apprend que Penel, jugeant sans doute que la remise des lieux en état serait par trop onéreuse et d'ailleurs peu durable, préféra conclure avec l'abbaye une convention, par laquelle il lui abandonnait son terrain, et lui payait 4 500 livres ; moyennant quoi, on le déchargeait de toute responsabilité dans les dommages futurs, qui pourraient se produire au même endroit.

En 1691, un sieur Gaspard Bertrand, marchand bourgeois, exploitait une carrière voisine de l'ancien chantier de Penel. Un éboulement s'y produisit aussi, entraînant le chemin de Mauregard et 13 toises du mur de l'abbaye. Les Dames lui firent défense de continuer ses travaux et lui réclamèrent 12 000 livres de dommages.

 

1.        Ch. Sellier, loc. cit., p. 18.

2.       Voir le procès-verbal publié par Capon.

3.       Ch. Sellier, loc. cit., p. 24, note I.

4.       Mauzin, loc. cit., p. 64, 65.


 

 

 

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Comme son prédécesseur, Bertrand déclara que l'accident était dû, non à ses fouilles, mais aux écoulements d'eau, entraînant les terres ; que les religieuses, après leur prise de possession de la propriété Penel, avaient besoin de ses terres pour arrondir leur clos ; qu'il leur en avait offert lui-même une partie, mais qu'elles avaient refusé ; qu'on lui réclamait indûment une indemnité de 12 000 livres pour une réparation qui en coûterait tout au plus 500. Il répondit donc par une demande reconventionnelle en 10 240 livres de dommages pour interruption de ses travaux, ses carrières étant son seul bien. Par jugement du Châtelet du 21 juin 1692, les Dames de Montmartre furent déboutées de leur plainte et condamnées aux dépens.

Mais, entre-temps, l'abbesse Marie-Anne de Lorraine d'Harcourt, sentant sa cause peu sûre, s'était adressée directement au roi. Fille de François de Lorraine, comte d'Harcourt et de Rieux, et d'Anne d'Ornano, elle avait reçu en 1683, à vingt-cinq ans, l'abbaye de Montmartre, où elle était élevée depuis l'âge de quatre ans. Son père était le troisième fils de Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf, et de Catherine-Henriette, fille légitimée de Henri IV et de la belle Gabrielle. Elle était alliée aux plus grandes familles et avait de puissants protecteurs. Le malheureux Bertrand allait s'en apercevoir.

Le 17 avril 1692, le secrétaire d'État, Pontchartrain, écrivit au lieutenant général de police, La Reynie, une lettre, que M. Capon a déjà publiée 1, mais qu'il faut relire si l'on veut comprendre la suite de l'affaire. « Le Roy, qui, comme vous scavez, donne une protection particulière à l'abbaye de Montmartre, a esté informé que les carriers qui travaillent au plastre aux environs causent un dommage considérable à la closture de cette maison, particulièrement le nommé Bertrand, et comme Sa Majesté est bien aise d'épargner à Madame de Montmartre le procez qu'elle seroit obligée de poursuivre, Sa Majesté m'ordonne de vous escrire de prendre connaissance des contestations qui peuvent estre entre eux, de tâcher de les régler à l'amiable et, en cas que ledit Bertrand se trouve déraisonnable, de me faire scavoir ² l'estat de la chose et le remède qu'on y pourvoit aporter par l'authorité de Sa Majesté. » Sans attendre le résultat de l'enquête, un arrêt du Conseil du 20 juin 1692 (veille du jugement du Châtelet) interdit à Bertrand de continuer ses travaux et au Châtelet de s'occuper de la question.

La Reynie nomma comme expert Michel de Meseretz l'aîné 3, qui, après avoir prêté serment, visita les lieux le samedi 4 octobre 1692.

 

1.       Capon, loc. cit., p. 105 ; Arch. nat., O¹ 36, fol. 104 v°.

2.       M. Capon a imprimé, par erreur : « De ne point scavoir... »

3.       Il appartenait à une famille de charpentiers et d'entrepreneurs, dont on retrouve le nom dans tous les grands travaux depuis le début du XVIIe siècle.


 

 

 

— 216

Son rapport fut entièrement favorable à Bertrand, l'accident ne pouvant être imputé, suivant lui, qu'aux fouilles antérieures de Penel et aux infiltrations des eaux de pluie. Le procureur des Dames répondit, en incriminant la probité de l'expert, en renouvelant ses arguments antérieurs et en accusant de plus Bertrand d'avoir changé l'alignement qui lui avait été fixé. Bertrand répliqua à son tour que l'expert était parfaitement honnête, et qu'il l'était moins de lui réclamer 12 000 livres pour une réparation de 500 ; il renouvela sa demande reconventionnelle et exhiba un alignement du voyer du 10 novembre 1682, auquel il s'était strictement conformé.

Mais le procureur de l'abbaye déclara que ce document était faux, que le greffe du bailliage, dont Bertrand pouvait consulter les archives, ne renfermait aucune trace de ce procès-verbal et que les signatures des deux habitants de Montmartre qui l'authentiquaient n'avaient aucune autorité.

Bien que cet alignement, vrai ou faux, fût tout à fait en dehors de la question, du moment que l'expert avait conclu que l'éboulement ne provenait pas des fouilles, et bien que l'abbaye fût incapable de produire l'autre alignement qu'elle accusait Bertrand d'avoir violé, La Reynie, qui avait su lire comme il fallait la lettre de Pontchartrain, saisit la balle au bond. Le 30 septembre 1694, dans un long rapport, il fit l'historique du débat et conclut que le faux alignement produit par Bertrand prouvait sa mauvaise foi, qu'il était bien responsable de l'accident et, en outre, coupable d'avoir continué ses travaux malgré la défense du roi, lequel avait consacré de grosses sommes à la réfection des murs de l'abbaye. Il estimait donc que Bertrand devait être condamné à remettre les lieux en leur état primitif ; mais, comme la chose serait par trop coûteuse et d'ailleurs impossible, comme il était désormais indispensable de déplacer les murs de l'enclos pour qu'ils pussent tenir, Bertrand devait abandonner à l'abbaye 3 arpents estimés 600 livres, payer 1 500 livres de dommages et renoncer définitivement à ses travaux.

Le 23 octobre suivant, le Conseil rendit un arrêt conforme à ces conclusions 1. Bertrand y fit opposition ; mais un nouvel arrêt du ler février 1695 le débouta. Penel et lui durent méditer la fable du pot de terre, du sieur de La Fontaine.

D'autres actes montrent à l'évidence que cette mainmise sur les terrains en question était la conséquence d'un plan prémédité d'extension, suite lui-même de la translation, en 1681, de l'abbaye d'En­-Haut au prieuré d'En-Bas. On consentait à acheter les parcelles ; mais, quand les propriétaires ne voulaient pas vendre, on s'arrangeait pour les leur prendre.

 

1.        Copie dans Arch. nat., S 4424.


 

 

 

— 217

Ainsi, le 19 février 1689, devant Sainfray, Jacques Belhomme avait vendu au couvent, pour 200 livres, 3 quartiers, déjà fouillés, au lieu dit Mauregard, tenant d'un bout « au vieux chemin ruiné dudit Mauregard ». Le 1er octobre 1691, devant Sainfray, Guillaume Boucher et sa femme lui cédaient, pour 1 400 livres, 3 arpents un tiers au lieu dit Beauregard et le pressoir Bénédicité, tenant à l'abbaye et à Bertrand. Le 18 juillet 1694, Philippe Rouy lui vendit, pour 1 610 livres, un demi-arpent, tenant « au chemin qui conduit de la pointe des Martyrs aux carrières ». L'abbaye l'avait vendu, le 10 décembre 1661, à Jacques Dalibert, et celui-ci à Rouy, le 28 janvier 1663. Sur requête de l'abbesse, il avait été condamné à le restituer par sentence du 17 juillet 1669 et avait mis vingt-cinq ans à s'exécuter.

Le 6 juillet 1695, devant Henri Venant, tabellion de la prévôté de Montmartre, les héritiers de Nicolas Bailly cédèrent, pour 47 livres 10 sous, 9 perches et demie, au lieu dit Mauregard, tenant à Bertrand. Le 20 juillet, Guillaume Penel et sa femme cédèrent, pour 28 livres 6 sous 8 deniers, 5 perches deux tiers, tenant aussi à Bertrand. Le 26 juillet, les héritiers Bourdin cédèrent, pour 6 livres 13 sous 4 deniers, une perche un tiers, tenant aux Dames au lieu de Bertrand. Le 29 juillet, les héritiers Lecuit cédèrent, pour 22 livres 10 sous, 4 perches et demie, tenant à Penel et à Bertrand. Le 19 août, Morice et sa femme cédèrent, pour 17 livres 10 sous, 3 perches et demie, tenant aux Dames, au lieu de Bertrand ¹.

On comprend dès lors pourquoi les Dames avaient été si dures pour Bertrand.

Où étaient donc le chemin de Mauregard et les carrières de Penel, Bertrand et autres ?

Dès le 15 juillet 1597, l'aveu rendu par Jacques II Ligier à l'abbé de Saint-Denis pour ses terres de Clignancourt et Montmartre mentionne « le grand chemin de Mauregard, qui conduit de Montmartre à Paris ² ». De 1644 à 1668, de nombreux actes concernent la carrière de Mauregard, en la censive de Clignancourt, tenant au chemin de Montmartre à Paris, et dont le nom devient Beauregard au XVIIIe siècle ³. En 1767, l'arpenteur Pierre Lesourd dit du chemin de Mauregard : « On prétend qu'anciennement il conduisait de Paris à Montmartre, mais que, Mme de Lorraine et les abbesses suivantes ayant augmenté leur clos et donné un terrain plus sinueux pour y faire passer, par une pente plus douce, le chemin de Paris à Montmartre, tel qu'on le voit aujourd'hui, le chemin a cessé d'être public.

 

1.        Tous ces actes dans Arch. nat., S 4424.

2.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse.

3.       Arch. nat., S 4439, 8e liasse.


 

 

 

— 218

Son entrée est dans la rue des Martyrs, au commencement de la rue de la Tour-d'Auvergne ; mais il finit à la porte Jaune, au clos des Dames, et ne sert que pour y déverser les immondices des Porcherons dans quelqu'une des pièces voisines 1. »

 

 

(Croquis n° 5.)

 

Si l'on se reporte, en effet, au plan de Jouvin de Rochefort (1675), à celui du fief Montmoyen (1716) 2, à celui de Roussel (1730), et surtout à un croquis des archives de l'abbaye, qui donne les terrains de Bertrand et semble avoir été établi à l'occasion des litiges racontés ci-dessus ³, on constate que, au XVIIe siècle, un peu au nord de la rue de la Tour-d'Auvergne, au croisement des rues actuelles Victor-Massé et Condorcet, la rue des Martyrs, obliquant au nord, détachait dans sa direction primitive un embranchement, formant avec elle ce qu'on appelait « la pointe des Martyrs » (A du croquis n° 6). Tandis que la rue des Martyrs montait tout droit, le long du côté occidental du clos des Dames et de la galerie couverte, construite aux frais de Mme de Guise, l'embranchement suivait le côté oriental du même clos, en décrivant un double coude et en allant se perdre dans la rue des Rosiers, au coin de la fontaine de la Bonne. Cet embranchement était le chemin de Mauregard.

 

1.       Arch. nat., Z 8514 ; Mauzin, loc. cit., p. 64, note 3.

2.        Arch. nat., N" Seine 30, partiellement publié dans le Vieux-Mont­martre, III, p. 42.

3.       Arch. nat., N" Seine 376 (croquis no 5).


 

 

 

— 219

A la suite des arrêts des 23 octobre 1694 et ler février 1695 (page 216) l'arpentage des 3 arpents que Bertrand devait abandonner aux Dames eut lieu le 7 mars 1695. Un croquis joint à l'acte montre le point où s'était ouverte la « braische ¹ », en M du croquis ci-joint, en avant de l'actuelle église du Sacré-Coeur.

 

 

(Croquis n° 6.)

 

Le plan de Jouvin (1675) marque bien « les Plastrières » de Penel et de Bertrand, en face de l'angle rentrant formé par le clos primitif. Les plans de Roussel (1730) et de Verniquet (1791) montrent les terrains acquis ou conquis par l'abbaye sur les exploitants (partie hachurée du croquis no 6), qui doublèrent presque l'étendue du clos et dégagèrent l'ancien prieuré des Martyrs, devenu le couvent principal. Le plan de Vemiquet mentionne « la porte Jaune », dont parle Lesourd (B du croquis n° 6), et laisse apercevoir, à l'intérieur du clos, la trace de l'ancien chemin.

 

1.       Arch. nat., Z" 428 (croquis no 7).


 

 

 

— 220

Le plan de Roussel figure encore, au centre du clos étendu, l'ancienne carrière de Bertrand. Enfin, les plans de Vivien (1828) et de Jacoubet (1836) dessinent toujours la « pointe des Martyrs », mais appellent l'embranchement « rue de Beauregard », seconde dénomination du vieux chemin. Son tracé est encore marqué (1929) par la rue Lallier et la Cité des Bains.

 

 

(Croquis no 7.)

 

Ajoutons que, le 29 mars 1762, devant Géraud, Mmes Séjourné et Lechanteur vendirent à Antoine Gaullet, maréchal, un arpent de terre « en face de la porte Jaune de l'enclos des Dames de Montmartre, tenant au chemin qui conduit à la maison de l'Aveugle ¹ ». Cette dernière maison était donc située, non à l'emplacement du Château-Rouge, comme l'indique le plan de Carles ², mais à l'entrée de la rue de Clignancourt, côté impair.

 

1.       Arch. nat., S 4474, fol. 32 v°.

2.       Cf. Sellier, p. 290


 

 

 

— 221

C'est l'immeuble, figuré sur le plan de Verniquet, que Carles appelle « maison du Commandeur ». Le 12 mars 1776, devant Trudon de Roissy, Jean-François Gillain vendit à Pierre-Joseph Christophe, architecte, une maison au bas de la butte « dite l'Aveugle », faisant face au chemin de Clignancourt, plus un arpent de terre vis-à-vis de la maison et cinq au Pressoir-Bénédicité. Il la tenait de son père, qui l'avait acquise d'André d'Avey, devant Delambon, le 29 avril 1724 1. Ce second renseigne­ment confirme le premier.

 

 

VIII. — L'ABBAYE AU XVIIIe SIÈCLE

 

42e abbesse, Marie de Bellefonds. — Le 24 décembre 1699, le roi donna le brevet d'abbesse à Marie-Éléonore Gigault de Bellefonds, alors prieure de Sainte-Marie-des-Anges, près Rouen 2. Née en 1658, elle était fille de Bernardin Gigault, marquis et maréchal de Bellefonds, mort en 1694, et de Madeleine Fouquet de Chalain. Elle devait ce poste à l'amitié du roi pour son père ; mais elle était pauvre et sa mère avait obtenu de conserver un appartement au château de Vincennes, dont son mari avait été gouverneur et où elle vivait très retirée 3. C'est pendant son gouvernement qu'apparaît pour la première fois le sceau de l'abbaye .

Le 13 mai 1701, devant Dionis, Marie de Villers, veuve de Louis Hinard, entrepreneur des tapisseries de la manufacture de Beauvais, qui avait eu quatre filles religieuses à Montmartre, donna à l'abbaye 200 livres de rente sur les Aides et Gabelles . Le 12 mai 1704, le roi donna des lettres patentes pour la confection d'un nouveau terrier 6; mais il ne fut entrepris qu'en 1719, après de nouvelles lettres patentes de 1718 (ci-après). A ce moment, l'abbaye avait des dettes et, malgré un secours de 24 000 livres sur les fonds des loteries 7, l'abbesse dut, pour les payer, aliéner des biens, notamment, comme on l'a vu (page 191), la seigneurie de Bourg-la-Reine, vendue au duc du Maine, châtelain de Sceaux, pour 5 500 livres .

Le 20 novembre 1708, devant de Mahault, Marie Gigault de Bellefonds signa une transaction avec le curé Pierre Thévenin au sujet des sacrements à administrer aux habitants du « grand commun de la duchesse de Toscane » (cf. page 208).

 

1.       Arch. nat., S 4476, fol. 143 v°.

2.       Brevet dans Arch. nat., L 1031, 9e liasse.

3.       Saint-Simon (éd. Boislisle), I, p. 131 ; III, p. 211 ; XVIII, p. 119.

4.       Vieux-Montmartre, IV, p. 118.

5.       Barthélemy, p. 280.

6.       Barthélemy, p. 282 ; copie dans Arch. nat., S 4445, 2e liasse.

7.       Chéronnet, p. 148.

8.       Chéronnet a cru à tort qu'il s'agissait de Clignancourt (p. 147).


 

 

 

— 222

Le curé reconnut que ces domestiques n'étaient pas ses paroissiens, mais dépendaient de l'aumônier du couvent et se désista de ses droits. En compensation, l'abbesse lui attribua une rente de 5 livres ¹.

 

43e abbesse, Marguerite de Rochechouart. — Marie de Bellefonds mourut le 28 août 1717 et fut remplacée, le 13 septembre, par Marguerite de Rochechouart de Montpipeau, alors prieure de Fontevrault 2. Elle était très instruite, sachant le latin et le grec. Les travaux de l'abbaye d'En-Bas, notamment ceux du logis abbatial, n'étaient pas encore terminés et l'abbesse dut habiter quelque temps aux Filles-Dieu. Pour amortir les dettes du monastère, elle obtint 10 000 livres de l'archevêque de Paris. Lors de l'apogée du « système » de Law, elle reçut de la duchesse d'Orléans dix actions de la Banque, qui donnèrent 39 000 livres, dont 33 000 furent consacrées aux dettes. Mais, presque aussitôt, la débâcle du système (1720) et le remboursement des rentes à un taux désastreux (1727) réduisirent la communauté à un tel dénuement, que l'abbesse dut s'adresser au roi, qui accorda une pension de 12 000 livres sur les loteries ³.

Le 4 juin 1720, devant de Mahault, elle signa une nouvelle transaction avec le curé J.-B. Lucas et les marguilliers, comme suite à celles du 11 mars 1688 (page 210) et du 20 novembre 1708 (page 211), au sujet de la suppression de messes et du service de la chapelle de Clignancourt .

En 1721, le chemin des Porcherons à Clignancourt, ou chemin de Bouqueval, fut aligné et baptisé rue de Rochechouart, en même temps que la rue transversale dite de Bellefond.

Le 7 avril 1722, un arrêt du Conseil ordonna la démolition de la voûte du Châtelet appartenant aux religieuses, avec quatre autres boutiques, pour agrandir la prison. Le 18 décembre 1723, le roi accorda 200 livres de rente en compensation .

 

44e abbesse, Louise de la Tour d'Auvergne. — L'abbesse mourut le 22 octobre 1727 et fut remplacée, en novembre, par Louise-Émilie de la Tour d'Auvergne, fille de Frédéric-Maurice, comte de la Tour d'Auvergne, et de Henriette-Françoise de Hohenzollern. Elle avait soixante ans et était depuis vingt ans abbesse de Villers-Cotterets.

 

1.       Arch. nat., S 4422. Ce « grand commun » s'étendait, à l'ouest de l'ancien clos, entre la rue des Martyrs primitive, coupée en 1688 et la nouvelle voie (rue de Ravignan).

2.       Brevet dans Arch. nat., L 1031, 9e liasse.

3.       Guilhermy, p. 83 ; Chéronnet, p. 150-152.

4.       Arch. nat., S 4422.

5.       Barthélemy, p. 284.


 

 

 

— 223

On a vu (page 198) que, par testament du 6 février 1690, Mlle de Guise avait laissé au couvent une somme de 150 000 livres, dont le revenu devait servir à l'entretien gratuit de vingt jeunes filles pauvres des duchés de Bar et de Lorraine. La famille n'avait jamais payé le legs, mais servait les dix douzièmes de l'intérêt, soit 6 250 livres. En 1731, le renchérissement de la vie rendant cette somme tout à fait insuffisante, l'abbesse obtint du roi, par lettres du mois de décembre, que le nombre des pensionnaires fût réduit de vingt à douze ¹.

Dès février 1735, une attaque de paralysie l'obligea à abdiquer et elle se retira au prieuré du Cherche-Midi, où elle mourut le 1er juin 1737.

 

45e abbesse, Catherine de la Rochefoucauld. — En mars 1735, le roi nomma à sa place Catherine de la Rochefoucauld de Cousage, fille de François de la Rochefoucauld, comte de Cousage, et de Louise de Saint-Martial. Elle était alors abbesse de Saint-Jean-Baptiste de Buxo, près Orléans.

Le 17 septembre 1738, devant Sainfray, elle acquit de Jean Chevenot et Alexandre Boucher, moyennant 28 000 livres, la ferme de la Masure, ou de la Neuville, au terroir de Clichy, comprenant 100 arpents de terre. Les vendeurs l'avaient eux-mêmes achetée, le 13 novembre 1725, devant Capet, moyennant 16 500 livres, de Marguerite-Thérèse Bautru, veuve de Nicolas Bautru, marquis de Vaubrun, et dame de Clichy, habitant à Paris, à l'hôtel d'Estrées, rue de Grenelle-Saint-Germain. Les soeurs payèrent 16 000 livres comptant et constituèrent, pour les 12 000 restantes, une rente de 600 livres, qui ne fut rachetée que le 2 octobre 1773, devant Menjaud, après procès².

Le 23 novembre 1742, devant Prévost, l'abbesse échangea avec Gaspard Grimod de la Reynière, fermier général et seigneur de Clichy, demeurant rue Vivienne, 3 arpents de terre, dits le Chantier de Paradis, faisant partie de la ferme précédente et touchant au parc du château de Clichy, propriété de la Reynière, contre deux pièces de terre, situées à Clichy, au lieu dit la Côte, l'une de 2 arpents et demi, l'autre de 3 quartiers ³.

En 1745 furent alignées la rue de la Rochefoucauld, la rue de Cousage (aujourd'hui de la Tour-des-Dames) et, probablement, la rue de la Tour-d'Auvergne.

 

1.       Barthélemy, p. 288.

2.       Arch. nat., S 4440-4441, 3e et 4e liasses.

3.       Arch. nat., S 4440-4441, 1re liasse. Ce carton renferme les actes concernant Clichy et Monceau et une partie de ceux de Boulogne.


 

 

 

— 224

Le 21 novembre 1747, devant Touvenot, l'abbesse signa avec le curé une convention, stipulant que le « gros » (revenu) de la cure, fixé jadis en nature à 2 muids de vin, 18 septiers de blé, 9 d'orge et 9 d'avoine, et converti par l'abbesse Gigault de Bellefonds, le 26 juin 1713, en une rente de 400 livres, serait porté à 405 livres, plus les 5 livres stipulées le 20 novembre 1708 ¹.

Le 25 juin 1718, Marguerite de Rochechouart avait obtenu des lettres patentes pour la confection d'un nouveau terrier (cf. page 221), et la sentence du Châtelet du 26 août suivant avait désigné le notaire de Mahault pour recevoir les déclarations. Les opérations avaient commencé le 25 avril 1719 et se prolongèrent jusqu'en 1760. Sainfray succéda à de Mahault en 1728 et Prévost le jeune à Sainfray en 1741 ². On groupera ici quelques déclarations intéressantes, recueillies soit dans ce terrier, soit dans les registres d'ensaisinements.

Le 27 mai 1717, devant Baudin, Nicolas d'Orbay, architecte du roi, acquit, pour 7 500 livres, une maison rue des Rosiers (rue du Chevalier-de-la-Barre) . On sait que d'Orbay était un des bons artistes de son temps, dont le père avait construit notamment la salle de la Comédie-Française, rue des Fossés-Saint-Germain.

Le 27 juin 1719, devant Buirette, Pierre de la Tour, sieur des Essarts, contrôleur général de la Monnaie, acheta, pour 8 000 livres, de Paul Flotte, ancien capitoul de Toulouse, la maison dite « du Palais ». Ainsi nommée du moulin du Palais, le plus voisin au nord, sur la crête, elle était située à l'ouest de l'actuelle place J.-B.-Clément.

Le 20 février 1740, Pierre Genest, postillon du duc de Saint-Simon, demeurant dans l'hôtel de celui-ci, rue Saint-Dominique 6, déclara une maison, en haut de Montmartre, en face de l'église, qu'il possédait du chef de sa femme, Élisabeth Bressin, héritière de sa mère, Élise Petit, elle-même héritière de son père .

Le 28 juillet 1750, Charles-François Gaillard de La Bouexière, fermier général, demeurant place Louis-le-Grand, déclara être propriétaire de 7 arpents 86 perches un tiers 19 pieds, aux lieux dits « les Portes-Blanches », « les Grands-Champs » et « Grattepaille » ; il en avait acquis la majeure partie, le 30 décembre 1747, devant Fortier, d'Alexandre-Jean Le Riche de La Pouplinière, fermier général, qui lui-même avait acheté les terrains de 1732 à 1744 ;

 

1.       Arch. nat., S 4422.

2.       Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse, et S 4434-4435, 5e liasse.

3.       On en trouvera d'autres aux chapitres suivants.

4.        Arch. nat., S 4472, fol. 66 v°.

5.       Arch. nat., S 4472. fol. 91 v°.

6.       C'est le no 218 du boulevard Saint-Germain ; voir notre étude sur le Noviciat des Jacobins, dans les Procès-verbaux de la Commission du Vieux-Paris, 1930.

7.        Arch. nat., S 4434-4435, 5e liasse, Registre de 1738-1748, fol. 107.


 

 

 

— 225

il y avait ajouté 9 perches et demie, par contrat du 13 mai 1750, devant Sauvaige, et devait, pour le tout, à l'abbaye, une dîme de 47 boisseaux un quart d'avoine, payable en espèces au cours du jour 1. Le 18 août 1757, La Bouexière déclara encore une pièce de 3 quartiers, faisant partie d'un arpent et demi, dont le surplus était sur la censive de Saint-Denis, acquis le 6 novembre 1750, devant Sauvaige, de Marie Penel, veuve Le Comte, héritière de son père, Jacques Penel ².

Le noyau de la propriété en question avait été constitué par une grande maison ouvrant rue des Portes-Blanches, avec un clos de 3 arpents et demi 6 perches, que Jean-Joseph-Alexandre Le Riche de la Pouplinière (bien connu par ses aventures conjugales) avait acquise, le 2 juillet 1732, devant Fortier, de Françoise-Claude Le Poitevin, femme séparée quant aux biens de François Bachelier. Elle avait fait construire la maison sur le terrain acheté par elle, le 30 avril 1726, de Marin Cordroy, jardinier, et de Marie Baudin, sa femme 3. La Pouplinière avait beaucoup augmenté la propriété, et, quand il l'avait vendue à La Bouexière, le 30 décembre 1747, elle s'étendait sur 18 arpents, tant dans la censive de Montmartre que dans celle de Saint-Denis (fief de la Panneterie) et du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, réuni au chapitre de Notre-Dame (fief Montmoyen) .

Charles-François Gaillard de la Bouexière, fermier général, était le fils aîné de Jean-Baptiste, aussi fermier général, avec lequel on l'a constamment confondu et qui ne mourut qu'en 1759 5. Son frère cadet, Jean-Baptiste Gaillard de Beaumanoir, fut un grand spéculateur de terrain 6. Un autre frère, Gaillard de Gagny, mourut peu après leur père ; un quatrième était abbé. Enfin leur soeur avait épousé Jean-Hyacinthe Hocquart, aussi fermier général 7. En 1757, 1758, 1763 et 1764, Charles-François Gaillard fit encore de nombreux achats de terrains 8, portant la propriété à 32 arpents un quart 6 perches 6 toises 1 pied (environ 11 hectares),

 

1.       Arch. nat., S 4434-4435, 5e liasse, Registre de 1750 ; S 4473, fol. 177.

2.       Arch. nat., S 4434-4435, cahier G, fol. I v°.

3.       Ensaisinements dans Arch. nat., S 241, nos 517 et 538.

4.       Ensaisinement dans S 241, no 594. Pour les divisions féodales, voir le paragraphe sur la Petite-Maison du duc de Richelieu.

5.       Le partage de sa succession fut fait, devant Laideguive, le 15 mai 1760. Pour la confusion, cf. Capon, Vieux-Montmartre, IV, p. 26.

6.        Voir nos études sur les Petites Cordelières et sur l'Hôtel d' Abrantès (Bull. des Soc. des VII° et VIIIe arrondissements).

7.       Voir notre étude sur la Place de Vendôme (Procès-verbaux de la Commission du Vieux-Paris, 1927).

8.       Ensaisinements dans Arch. nat., S 4474, fol. 2 v°, 3 ro, 7 vo, 8 r°, 46 r°, 78 vo, 79 r°-v°, 80 r°-v°, 85 r°.


 

 

 

— 226

et faisant élever au centre, par Carpentier, le charmant pavillon dont les seuls vestiges sont à Carnavalet 1. Il mourut en 1774 et sa « folie », adjugée à son neveu le président Hocquart, fut vendue par lui en 1775 à l'architecte Le Foullon. Celui-ci en lotit la moitié méridionale et, après divers propriétaires, le reste échut, en 1806, au comte Greffulhe, dont les héritiers revendirent, en 1826, aux organisateurs du troisième Tivoli ².

Le 29 octobre 1751, devant Gervais, Pierre-Jean-François de la Porte, intendant du Dauphiné, vendit pour 12 600 livres, à François Mahé de la Bourdonnais, une maison rue Saint-Lazare, tenant à l'est à la rue de la Rochefoucauld, à l'ouest au sieur Aubé, au nord à la rue de Cousage (rue de la Tour-des-Dames) ; le vendeur en avait hérité de Louis-Charles de la Porte de Montval, son oncle, qui l'avait acquise, le 1er avril 1749, devant Gervais, de Louis Douet de Saint-Germain, lequel l'avait achetée, le 11 mars 1746, de Berger de Recy ³. Louis de la Porte y avait ajouté un jardin d'un arpent et demi, acheté à Berger de Recy, qui possédait le tout par adjudication du 18 mars 1739, sur la succession de Jacques Boulay, à Guillaume Daspremont, lequel en avait passé déclaration à Recy, le 25, devant Doyen .

On sait que La Bourdonnais, rappelé en France en 1748, avait été mis à la Bastille sous une accusation de concussion et venait seulement d'en sortir, après s'être justifié. Il mourut en 1755 et sa propriété, qui correspondait aux nos 54-56 de la rue Saint-Lazare, fut acquise par le notaire Jean-Baptiste-Claude Patu, qui en passa déclaration, le 9 décembre 1755, devant Armet, à Jean-Claude Goupy, marchand mercier. Celui-ci y fit construire plusieurs immeubles et, le 14 décembre 1762, devant Arouet, revendit l'un d'eux, portant le n° 11 des limites de Paris (no 56 actuel), moyennant 27 000 livres, à Anne-Marie Danton de Vaugirault, veuve de Toussaint Noblet, greffier en chef de la cour des Comptes .

Le 11 août 1773, devant Duprez, elle le revendit au même prix à Louis-Antoine de Bougainville, brigadier des armées, qui le déclara le 21 juin 17746.

 

1.        Plan dans Arch. nat., S 2271, et Vieux-Montmartre, III, p. 316 ; V. p. 39.

2.       Voir le paragraphe sur la Petite-Maison du duc de Richelieu.

3.       Voir le paragraphe sur la Tour-des-Dames.

4.       Arch. nat., S 4473, fol. 222 r°.

5.       Arch. nat., S 4474, fol. 45 r°.

6.       Arch. nat., S 4476, fol. 78 ro, et S 237.


 

 

 

— 227

Il s'agit du célèbre navigateur qui, après son voyage autour du monde, était rentré pour quelques années dans l'armée de terre ¹. La maison à l'ouest, acquise de Goupy par un sieur de Vimont, avait été revendue par le fils de celui-ci, le 19 juin 1770, devant Clos, à Antoine-Toussaint Noblet. Le 11 novembre 1773, devant Duprez, il la revendit à Germain-Jean-François de Bougainville de Merville, capitaine d'infanterie, cousin du précédent ².

Le 27 août 1757, François-Alexandre de Garsault, chirurgien, déclara une maison à porte cochère sur le Tertre, tenant d'un bout au cul-de-sac Traînée, de l'autre à la maison des Orfèvres 3, qui était donc située du côté occidental de la place (cf. page 194).

Le 8 janvier 1757, Jean-Baptiste Pigalle, sculpteur, déclara être propriétaire : 1o d'un terrain acquis le 16 juin 1756, devant Théresse, pour 4 600 livres, de Pierre-Denis Ménissier, maçon, qui le tenait de la veuve Darbel, celle-ci, en 1747, de Charles Sentier et celui-ci de Berger de Récy, lequel avait été adjudicataire au Châtelet, le 18 mars 1739, de 4 arpents 3 quartiers sur la succession de Jacques Boulay (cf. page 226) ; — 2° d'un autre terrain de 1 000 toises, acquis, le 2 juin 1756, devant Théresse, pour 8 000 livres, de Berger de Récy. Le tout formait 2 arpents, sur lesquels il avait fait construire une maison et un grand atelier, tenant à la rue Saint-Lazare et à la rue de Cousage, par devant à la rue Blanche .

Pigalle appartenait, comme on sait, à une famille de cultivateurs de la Chapelle, dont le nom revient souvent, du XVIe au XVIIIe siècle, dans les archives de l'abbaye. Il y avait même, au XVIe siècle, entre Clignancourt et la Chapelle, un lieu dit « les Noyers Pigalle 5 ».

Le 26 juillet 1777, devant Bro, Pigalle acheta au sieur Mutel, pour 50 000 livres, une grande propriété ouvrant à la fois rue Saint-Lazare (nos 44 à 50) et rue de la Rochefoucauld (nos 4 à 12), dont il passa déclaration au chapitre de Notre-Dame le 14 janvier 1778 6 et où il mourut le 21 août 1785 7. Le 29 janvier 1787, devant Lefèvre, sa veuve, Marie-Victoire Pigalle, qui était aussi sa nièce, la revendit, pour 60 000 livres, à Jacques Valleteau de la Roque, maître honoraire à la Chambre des Comptes 8, qui la céda, le 23 juin 1789, devant Péan de Saint-Gilles, pour 50 000 livres, à Armand de la Porte, maître des requêtes, et à Charlotte-Louise de Cotte, sa femme, demeurant rue de Bourbon ;

 

1.        Il mourut le 31 août 1811, passage des Petits-Pères.

2.       Arch. nat., S 4476, fol. 14 r° et 85 r°.

3.       Arch. nat., S 4434-4435, cahier G, fol. 2 v°.

4.       Arch. nat., S 4432-4433, cahier de 1737, fol. 2 r°-v° ; cf. S 4473, fol. 248 r°-v°.

5.       Arch. nat., S 4495, terrier de 1545, fol. 77 r°.

6.       Arch. nat., S 237 ; c'est le lot 36 du fief Montmoyen (1729).

7.       L'histoire en a été faite par M. Coyecque, Bull. de la Soc. de l'Hist. de Paris, 1914, p. 36 et suiv. On ne revient sur la question que pour citer les cotes d'archives qu'il ne semble pas avoir connues.

8.        Arch. nat., S 542, ensaisinement du 15 février 1787.


 

 

 

— 228

elle tenait alors, au nord, « à une rue nouvellement agrandie, appelée ci-devant la ruelle Saint-Georges 1 ».

Le 14 février 1757, Pierre-Antoine-Marie Ruggieri, artificier du roi, demeurant rue Montorgueil, déclara une grande maison rue Saint-Lazare, sur un terrain en forme de T, avec longue allée d'accès ; il l'avait acquise le 24 décembre 1753, devant Plastrier, pour 4 700 livres, de Françoise Tixerand, veuve de Pierre-Claude Forget, qui l'avait achetée aux héritiers de Martin Courtin ². Elle correspon­dait aux lots 46, 88 et 89 du fief Montmoyen et à l'actuel n° 18, comme l'indique le plan de Maire (1808).

Le 28 février 1757, Jean-Denis Dupré, « l'un des douze académiciens du roi pour la danse », déclara une maison rue Royale, avec seconde entrée sur la rue des Martyrs, acquise par lui, le 29 juillet 1750, de Marie Dalbert, héritière de son père ³.

Le 20 mars 1757, Jean-Baptiste-Maximilien Titon, seigneur de Menneville, conseiller au Parlement, déclara une grande maison de la rue Poissonnière, occupée par lui, qu'il avait acquise, le 29 août 1749, devant Deshayes, pour 30 000 livres, dont 13 000 pour le mobilier, de Louis Phelipeaux, comte de Saint-Florentin . Celui-ci la tenait par déclaration du 11 juillet 1740, devant Marchand, de l'architecte Jacques Hardouin-Mansart, qui l'avait acquise le même jour, pour 12 000 livres, de Louis Lagoille, seigneur de Courtagnon. Celui-ci en avait été adjudicataire, au même prix, le 11 juin 1734, sur Alexandre-Vincent Duprat, son débiteur, dont la mère, Marie-Charlotte Scorion, épouse de Jean-Joseph Duprat de Lespinasse, avait acheté la maison, le 20 septembre 1719, devant Lemaignan, pour 25 000 livres, de Laurent Danet, lieutenant de la Fauconnerie du roi. Danet l'avait fait bâtir sur cinq maisons acquises de Louise de Beauchamp et Titon en avait ajouté une sixième, adjugée sur Jacques Lalonde, le 6 juillet 1752, au sieur Advenier, qui lui en avait passé déclaration .

Cette maison, qui portait le n° 9 des limites de Paris, avait été déclarée précédemment par Mme Duprat le 22 juillet 1723 et par Mansart le 19 juillet 1740.

 

1.       Arch. nat., S 542, ensaisinement du 9 septembre 1789.

2.       Arch. nat., S 4432-4433, cahier de 1757, fol. 8 ro ; S 4473, fol. 239 v° ; S 241, ensaisinement no 617.

3.       Arch. nat., S 4432-4433, cahier de 1757, fol. 9 v°.

4.        Ensaisinement dans Arch. nat., S 241, n° 599.

5.       Arch. nat., S 4432-4433, cahier de 1757, fol. 18 ro, complété par S 4472, fol. 126 ro, et S 4473, fol. 11 ro et 200 r°.


 

 

 

— 229

Elle se trouvait à la fois sur les censives de Montmartre, du chapitre de Notre-Dame et des religieux de Saint-Lazare, et la vente à Mansart avait nécessité une ventilation du ter­rain entre les trois suzerains ¹.

Où était située cette propriété Titon ? On a donné plus haut (page 196), un croquis du XVIIIe siècle montrant l'ensemble du dîmage de Saint-Gervais, entre la rue des Martyrs et la rue du Faubourg-Poissonnière (croquis n° 1). Vers 1750, la moitié orientale de ce dîmage, entre la rue de Rochechouart et la rue du Faubourg, la rue de Bellefond et la rue Pétrelle, était occupée, en majeure partie, par la petite maison du comte de Charolais, dont M. Capon a fait l'his­torique 2.

 

(Croquis n° 8.)

 

Il en a publié un plan, dont la réduction photographique a rendu les inscriptions à peu près illisibles et dont on donne ci-contre un schéma (croquis no 8), d'après l'original des Archives 3. Le car­touche du haut porte : « Plan d'une maison avec ses dépendances, provenant de la succession de S. A. S. Monseigneur le comte de Charolais, située à la Nouvelle-France. Fait et levé par Gillet le jeune, architecte, demeurant rue du Faubourg-Saint-Martin, le 15 janvier 1764. »

 

1.       Arch. nat., S 238-239, 2e liasse.

2.       Vieux-Montmartre, VII (1923), p. 121-180.

3.       Arch. nat., S 240.


 

 

 

— 230

Ce Gillet n'était qu'un médiocre géomètre. Il trace la rue de Rochechouart à peu près parallèle à la rue du Faubourg-Poissonnière et la rue de Bellefond parallèle à la rue Neuve (rue Pétrelle actuelle), ce qui est faux. Il donne à ce carré trop de largeur pour sa hauteur. En tout cas, il montre que la propriété de Charolais ne touchait la rue du Faubourg-Poissonnière qu'au voisinage de la rue Pétrelle. Au sud, jusqu'à la rue de Bellefond, s'étageaient des maisons particulières, parmi lesquelles, au centre du pâté, une très grande, formant profonde échancrure dans la propriété du prince et ayant une issue sur la rue de Bellefond. Un autre croquis de 1729, accompagné d'une liste de propriétaires, dans le même carton, indique, pour cette maison : « M. du Prat. » On a ajouté postérieurement : « De Courtagnon, puis Titon. » C'est donc la maison qui nous intéresse (partie ombrée du croquis no 8). L'actuel n° 121 de la rue du Faubourg-Poissonnière doit en être un reste et elle s'étendait jusqu'à l'emplacement de la rue de Maubeuge, comme le montre le croquis, où l'on a figuré les nouvelles voies.

Le 23 février I770, devant Collet, Jean-Baptiste-Pierre-Maximilien Titon de Villotron, héritier de son père, revendit la maison, pour 32 200 livres, à Jeanne Camus de Pontcarré, veuve de Louis-Christophe de la Rochefoucauld, marquis d'Urfé ¹. Par testament du 2 avril 1774, déposé chez Chavet le 14 novembre 1775, celle-ci la laissa à son petit-fils, Achille-François, marquis du Châtelet, qui la vendit, le 13 octobre 1785, devant Chavet, moyennant 66 000 livres, à Charles-Antoine Degonne, procureur général honoraire à la Cour des Monnaies, pour l'usufruit, et à Charles-Nicolas Duclos-Dufresnoy, notaire, rue Vivienne, pour la nue propriété ².

Le 1er mars 1760, par acte sous seing privé, déposé chez Quinquet, le 9 mai suivant, le marquis de Liré vendit, pour 54 800 livres, à Charles- Joachim Rouault, marquis de Gamaches, une maison rue Saint-Lazare, entre la barrière Blanche et celle de la Rochefoucauld. Par acte du 28 mai 1761, devant Bioche, le prix fut réduit à 45 000 livres en principal ³.

 

1.        Arch. nat., S 4476, fol. 9 vo. En 1783, Titon de Villotron se rendit acquéreur, dans la même rue, du joli hôtel Louis XVI, encore existant au no 58, dont M. P. Jarry a raconté l'histoire (Vieux hôtels de Paris, fasc. 4). On voit qu'il y eut deux hôtels Titon rue du Faubourg-Poissonnière.

2.       Arch. nat., S 542, ensaisinement du 15 octobre 1785.

3.       Arch. nat., S 4474, fol. 21 v°.


 

 

 

— 231

Le 29 novembre 1769, devant Mornet, le marquis de Gamaches, qui avait fait reconstruire la maison, la revendit, pour 130 000 livres, à Louis-Claude Dupin de Francueil, receveur des finances à Metz, qui l'occupait déjà comme locataire 1. Cette superbe propriété, qui devint hôtel de Valentinois, était située à l'emplacement du no 60.

Le 11 avril 1766, devant Jourdain, un sieur Montaban et sa femme vendirent, pour 33 000 livres, à Antoinette Véronèse, fille majeure, une maison rue Royale (Pigalle), qu'ils tenaient par partage du 13 septembre 1747 de la succession du sieur Jacques Boucher, dont la femme en avait hérité du sieur Bailly, son père 2. L'acte a été biffé sur le registre des ensaisinements, la maison étant sur la censive du chapitre de Saint-Germain, c'est-à-dire sur le fief Montmoyen 3. Le 26 novembre 1767, devant Quatremère, le sieur Lefèvre et sa femme vendirent, pour 11 300 livres, à Camille-Jacquette-Antoinette Véronèse, fille majeure, une maison de la rue de la Tour-des-Dames, dite de la Rochefoucauld, tenant à droite (au nord) à la dame Rubantel, à gauche au sieur Philibert, par derrière aux héritiers Boucher. Elle appartenait à Lefèvre du chef de sa première femme, qui l'avait ac­quise avec son premier mari, Neyrand, le 6 février 1753, devant Fortier, de Maximilien, comte de Watteville, lequel avait acheté le terrain, sous le nom de Pierre Ligné, les 18 et 22 juin 1750, devant Chéruel, de Charles Bourgeois et autres .

M. Mauzin a consacré à l'actrice Camille Véronèse une excellente étude, où il montre que, en 1759, elle habitait rue Blanche 5. Il a cru à tort qu'elle y était morte, ce que M. Capon a déjà rectifié, en produisant l'acte d'achat de la maison de la rue Pigalle, mais non celui de la maison de la rue de la Rochefoucauld 6. Il met la première « à droite en montant avant d'arriver au croisement de la rue de la Rochefoucauld 7 » ; mais il semble qu'elle était située bien avant ce croisement.

En effet, vers la rue Pigalle, les anciens terrains de Jacques Boucher s'étendaient du no 16 actuel jusque vers les nos 30 ou 34 ; après, jusqu'au croisement, venaient ceux de Robert Aubry (plan du fief Montmoyen). Vers la rue de la Rochefoucauld, la maison du banquier Philibert correspondait au no 19 actuel 8 et les terrains de Watteville aux nos 21-25.

 

1.       Arch. nat., S 4476, fol. 1 v°.

2.       Arch. nat., S 4475, fol. 49 ro ; contrat dans Z² 2460, avec plan.

3.       Les ensaisinements du chapitre, de 1759 à 1782, manquent.

4.       Arch. nat., S 4475, fol. 84 r°.

5.       Vieux-Montmartre, fasc. 7 (1888), p. 10.

6.       G. Capon, les Petites maisons galantes, p. 70-71 ; copié, avec de nombreuses fautes, par Hervé-Piraux, les Temples d'amour, p. 55-56.

7.       Hervé-Piraux la met au croisement même.

8.       Voir le paragraphe sur la Tour-des-Dames.


 

 

 

— 232

En revendant l'emplacement des nos 21-23 à Neyrand, Watteville garda celui du n° 25, pour y construire une très jolie maison, où il mourut le 10 mai 1779¹. La seconde acquisition de Camille Véronèse (nos 21-23) faisant le prolongement oriental de la première, celle-ci doit correspondre au no 18 actuel de la rue Pigalle, tout près de la maison du peintre Drouais (no 14), la dernière située, de ce côté, sur la censive de Montmartre 2. En 1767, l'actrice fit reconstruire cette maison et c'est là qu'elle mourut, le 20 juillet 1768, à trente-trois ans ³.

Parmi les maisons appartenant à l'abbaye, il en est une dont le nom revient assez souvent dans les actes, c'est celle dite « de la Brière ». Elle était située au lieu dit les Saccalis, qui apparaît dès 1376 et qu'on peut localiser à l'ouest de l'abbaye d'En-Bas. On a vu que la rue de Ravignan avait utilisé l'ancienne « sente des Saccalis » (page 201), nom identique à celui de la rue Sacalie (aujourd'hui Zacharie) du quartier de l'Université, et qui désignait un égout, ou « un trou punais ». La maison avait été bâtie par Charles Gouin, maître chirurgien, sur des terrains acquis de 1647 à 1650 . Le 20 mai 1706, devant Touvenot, ses héritiers la vendirent, pour 4 000 livres, à François Montbrun, marchand drapier, qui la céda pour 12 000, le 12 juin 1716, devant Renard, à Michel Champion, sieur de la Touche, substitut du procureur à la Cour des Aides ; la maison et le jardin, couvrant 4 arpents, tenaient aux terres des Dames et à un moulin, d'un bout, vers Paris, au chemin de l'abbaye à Clichy (emplacement du boulevard), d'autre bout, par devant, au chemin montant au moulin 5.

Le 13 mai I720, devant Bapteste, Champion revendit, pour 40 000 livres en billets de banque, à Guillaume Labeur, qui en passa déclaration, le 12 juin, devant Dutartre, à Pierre-Christophe Tessier, notaire. Le 18 juin 1723, devant Hargenvilliers, celui-ci revendit pour 10 000 livres en espèces à Simon La Brière, maître plombier, fontainier de la Ville, qui revendit, le 18 septembre 1732, devant Gervais, pour 16 000 livres, à Jean Bardeau de Fontenay, et celui-ci, le 17 mai 1738, aux Dames de Montmartre.

 

1.       Capon, Petites maisons, p. 78-79 ; copié, avec des fautes, par Hervé­-Piraux, Folies d'amour, p. 41-44. Par acte de licitation du 2 mars 1780, devant Collas de Marimon, la maison de Watteville passa à sa sœur Anne, épouse du baron de Stain, qui, par testament du 3 avril suivant, la légua à son fils Charles-Léopold, comte de Stain de Watteville, lequel la vendit, le 17 mai 1782, devant Rouen, pour 88 000 livres, à Jean Jauberthon, médecin inoculateur du roi, qui la déclara le 8 juillet suivant ; Arch. nat., S 237 et S 541, p. I.

2.       Voir le paragraphe sur la Tour-des-Dames.

3.       Scellés et inventaire dans Arch. nat., Zº 2452 ; Capon, p. 71.

4.        Arch. nat., S 4432-4433, 1re liasse ; S 4481, fol. 440.

5.       Arch. nat., S 4472, fol. 58 v°.


 

 

 

— 233

La maison est alors dite rue Royale (Houdon) 1. Le 29 août 1772 et le 9 août 1776, des transactions intervinrent entre l'abbaye et les carriers Richard au sujet de fouilles poussées trop près de la maison ².

 

46e abbesse, Louise de Montmorency-Laval. — Catherine de la Rochefoucauld mourut le 9 septembre 1760, ayant gouverné vingt-cinq ans l'abbaye 3, et fut remplacée, le 14 décembre, par Marie-Louise de Montmorency-Laval, religieuse du prieuré de Saint-Julien-du-Pré, au Mans 4. Née le 31 mars 1723 et âgée de trente-sept ans, elle était fille de Guy-Claude-Roland de Montmorency, comte, puis duc de Laval, maréchal de France, et de Marie-Élisabeth de Rouvroy-Saint-Simon .

En 1763, elle fournit un état intéressant de la situation financière de l'abbaye 6 :

 

I. — Les revenus étaient les suivants :

 

A Montmartre :                                               

Grosses dîmes......................................................       900 l.

Dîmes vertes, à 40 sous l'arpent..............................       300

Sept muids de vin, à 20 livres................................       140

Cens, rentes et corvées..........................................       200

Un arpent de marais, au clos des Alliers..................       200

86 à 87 arpents de terre, dont les soeurs font valoir 28                728

6 arpents de luzerne.............................................       180

Affermage du reste................................................       1 096

Ferme de Clignancourt..........................................       450

Un quartier de terre rue Royale (Pigalle)...................       40

Bail de la Tour-des-Dames à M. de Saint-Germain.....       150

Bail de la maison de la Brière.................................       200

Moulin de la Lancette............................................       350

Une maison sur le tertre........................................       250

 

 

                                                                    

1.       Arch. nat., S 4431, 2e liasse, et S 4424.           

2.       Arch. nat., S 4434-4435, 2e liasse.

3.       Sa pierre tombale est conservée dans l'absidiole nord.

4.       Brevet dans Arch. nat., L 1031, 9e liasse.

5.       Voir l'excellent livre de Mlle H. M. Delsart, la Dernière abbesse de Montmartre.

6.       Arch. nat., L 1031, 11e liasse ; Guilhermy, p. 87 ; Barthélemy, p. 291-303, sans référence.


 

 

 

— 234

Dans la cour extérieure de l'abbaye,

       trois appartements loués.................................       665

Dans l'ancienne abbaye, dix logements....................       562

Dans l'intérieur, Mlle de Penthièvre..........................       1 500

Deux petites rentes...............................................       23

Lods et ventes......................................................       1 800

 

A Paris :

Une maison rue de la Heaumerie............................       300

Une maison rue des Petits-Champs-Saint‑Martin......       650

Une échoppe au Grand Châtelet.............................       100

Rente des Pères de la Doctrine...............................       77 l. 13 s.

Un arpent de marais, au clos des Alliers..................       60

Cens sur cent maisons dans divers quartiers............       60

Lods et ventes......................................................       700

 

Terres :

Ferme de Barberie.................................................       4 300

Lods et ventes......................................................       180

Fermes du Gâtinais...............................................       1 900

Lods et ventes......................................................       40

Un marais............................................................       70

Ferme de Boulogne................................................       900

Greffe..................................................................       60

Rente sur une maison...........................................       181 l. 6 s. 6 d.

Lods et ventes......................................................       1 300

Cens à Bourg-la-Reine...........................................       50

Prison.................................................................       150

Lods et ventes......................................................       130

Ferme de Collégien...............................................       950

Ferme de Chaumontel-les-Nonnains........................       600

Ferme de Clichy (acquise en 1728)..........................       900

Rentes à Clichy....................................................       305

Dîmes d’Auvers.....................................................       1 200

Prés de Chelles....................................................       150

Rente au Mesnil-Aubry..........................................       27

Rentes à Argenteuil...............................................       80 l. 13 s.

120 arpents de bois à Roissy (la Minière).................       1 500

Rentes sur le domaine de Paris..............................       606 l. 10 s.

Rentes sur le domaine de Calais.............................       800

Rentes sur Compiègne 1.........................................       12 l. 10 s.

 

1.       « Dont on ne connaît pas l'origine », dit l'état. Tous les titres de cette rente sont dans Arch. nat., S 4419 ; ils vont de 1206 à 1734 ; cf. ci-dessus, p. 32.   


 

 

 

— 235

Rentes sur les Aides et Gabelles.............................       2 554 l. 5 s.

Rentes sur les Tailles............................................       39 l. 12 s.

Rentes sur le Clergé..............................................       63

Legs de Mlle de Guise pour douze religieuses.............       6 250

Legs de Mlle de Guise pour une messe......................       400

Pensions à six religieuses.....................................       1453 l. 6s. 8d.

Seize pensionnaires 1............................................       6 250

                                             Total ²....................       45084l. 6s. 2d.

 

II. — Les charges étaient :

 

Luminaire et ornements.........................................       900 l.

« Gros » du curé et du vicaire..................................       730

Décimes de l'abbaye et de son chapelain..................       2 180

Nourriture de quarante-huit religieuses, à 500 l........       24 000

Nourriture de trois ecclésiastiques,

       un intendant et un chirurgien.........................       2 500

Dîner au conseil de l'abbaye (chaque mois)................       800

Nourriture de dix-sept domestiques, à 350 l.............       5 950

Six chevaux, à 30 s. par jour..................................       3 285

Harnais et voitures................................................       952

Couvertures..........................................................       1 800

Bois et chauffage..................................................       3 500

Réparations aux vitres...........................................       240

1 200 livres de chandelle......................................       700

Frais de justice.....................................................       1 000

Messes de fondation..............................................       700

Prédicateurs.........................................................       100

Entretien de l'orgue...............................................       70

Aumônes.............................................................       800

Seize minots de sel aux officiers des gabelles...........       275

Culture des terres.................................................       650

Confesseur, intendant, chirurgien, sacristain..........       1 766

Domestiques et servantes.......................................       1 571

Rente pour 12 000 l. dues sur la ferme de Clichy......       600

..........................................................................       55 069 l.

Réparations, année commune.................................       12 606 l. 9 s.

 

                                             Total......................       67 675 l. 9 s.

 

1.       Le prix de la pension variait entre 350 et 400 livres.

2.       Il y a, dans le compte, une erreur d'une livre.


 

 

 

— 236

III. — Les dettes étaient :

 

Aux ouvriers pour réparations................................       50 147 l. 11 s.

Frais du terrier.....................................................       3 000

Divers fournisseurs...............................................       19 000

Gens de service....................................................       3 437

                                         Total..........................       75 584 l. 11 s.

Il était dû à l'abbaye, pour legs non payés ou

              pensions arriérées..................................       43 697l.6s. 4d.

 

 

La situation n'était certes pas brillante, puisque les charges annuelles, réparations comprises, dépassaient les recettes de 22 600 livres, soit moitié de celles-ci, et que le couvent devait 75 600 livres, contre une recette très aléatoire de 43 700 livres. Mais le tableau devait être poussé au noir pour attendrir le roi, qui, en 1768, accorda 30 000 livres, payables en cinq ans. En 1782, on eut encore de lui 20 000 livres, payables en dix ans. Mais, le 14 octobre 1788, un incendie à l'église Saint-Pierre causa de nouveaux dégâts ¹. En 1786, lors de la construction de l'enceinte des Fermiers-Géné­raux, l'abbesse obtint qu'on fît décrire à celle-ci un angle rentrant au sud de la Butte (boulevards de Clichy et de Rochechouart), pour ne pas diminuer sa censive et pour soustraire les habitants du vil­lage aux droits d'entrée.

La déclaration des biens, faite au début de I790, en exécution du décret du 13 novembre 1789, est très différente de la précédente et doit être plus exacte 2. Après un résumé, assez fantaisiste, de l'his­toire du couvent, elle donne comme biens :

A Montmartre, le clos de 37 arpents.

Les cens et rentes.................................................       250 l.

Les lods et ventes.................................................       10084l. 18s. 9d.

La location des bâtiments extérieurs (dont un

            de 1 072 l. à la comtesse de Choiseul).........       2 296

Quatre maisons....................................................       1 600

Le moulin à vent...................................................       400

22 arpents et demi de terres, loués.........................       675

Autres, à Clichy, Saint-Ouen, La Chapelle...............       94

Fermes de Montmartre et Clignancourt

             (67 arpents et demi).................................       4 500

Rentes foncières...................................................       290

 

1.       Delsart, p. 19, 22.

2.       Arch. nat., S 4419 et D XIX ; arch. Seine, H2, car. 539.


 

 

 

— 237

A Paris, seigneurie du For-aux-Dames, sur cent maisons. 9 885

Une maison rue des Petits-Champs.........................       600

Une échoppe au Châtelet.......................................       80

Un marais rue d'Enfer (rue Bleue)...........................       250

Rente sur la Boucherie..........................................       77 l. 13 s.

Rente sur les Pères de la Doctrine chrétienne..........       60

         En province :

Terres de Barberie................................................       6 422 l. 10 s.

Terres du Gâtinais................................................       2 510

Terres de Boulogne...............................................       5 122 l. 1 s. 4 d.

Terres d'Auteuil (12 arpents)..................................       800

Terres de Bourg-la-Reine.......................................       749

Bois à Roissy-en-Brie............................................       5 000

Ferme à Chaumontel.............................................       700

Ferme à Clichy.....................................................       1 455

Dîmes d'Auvers.....................................................       1 500

Prés à Chelles......................................................       148

Rentes sur le domaine...........................................       606 l. 10 s.

Rentes sur Calais..................................................       800

Rentes sur Compiègne...........................................       12 l. 10 s.

Rentes sur les Aides et Gabelles.............................       2 856 l. 17 s.

Legs de Guise : 150 000 l., pour douze reli­gieuses,

     somme dont la famille paie dix dou­zièmes des

      intérêts, plus 400 l. de rente pour une messe.....       6 650

Diverses rentes....................................................       183

Avec quelques autres recettes, le total se montait à....       66713l. 10s. 1d.

Les charges étaient de...........................................       28758l. 9s. 9d.

                                          Il restait....................       37955l. 3s. 4d.

pour l'entretien de cinquante-deux religieuses, dont trente et une de choeur, vingt et une converses, trois novices, deux postulantes et vingt-trois autres personnes (confesseurs, intendant, sacristain, domestiques), en tout : quatre-vingts habitants.

L'état du mobilier mentionne cinquante-neuf cellules, comprenant chacune un lit à colonnes, avec housse de serge brune, une paillasse, deux couvertures de laine, deux bas d'armoire en forme d'oratoire, une table, une chaise de paille et une cassette de bois blanc. L'ameublement de l'abbesse n'était pas beaucoup plus somptueux. La bibliothèque comptait trois cents volumes dépareillés et en mauvais état ¹.

 

1.       Un catalogne détaillé (Arsenal, ms. 5276) donne 1 813 volumes, dont 136 manuscrits ; il doit faire état de la bibliothèque particulière de l'ab­besse, la déclaration ne parlant que de celle des religieuses ; cf. Delsart, p. 26 et suiv.


 

 

 

— 238

Il était dû au couvent : 52 514 livres 4 sous 11 deniers, mais ses dettes s'élèvent à 140 299 livres 13 sous 3 deniers, dont 78 681 livres 13 sous pour les travaux ou réparations.

Barthélemy a publié, d'après les archives de l'Hôtel-de-Ville (carton 1270), un état d'octobre 1790, où les recettes ne sont plus que de : 42 728 livres 16 sous 6 deniers et les charges de 13 960 livres 13 sous 6 deniers 1, et une liste des religieuses, où, après la sortie de sept d'entre elles au début de 1790, leur nombre s'élève encore, en dé­cembre, à vingt-huit dames de choeur et dix-huit converses ². Il est impossible de concilier ces chiffres, comme de juger la valeur respective de ces différents documents, dont certains ont dû être rédigés à la hâte ou dans un but tendancieux. Il est probable que la déclaration officielle est la plus proche de la vérité.

L'abbaye fut évacuée le dimanche 19 août 1792. Le 23 juillet 1794 (5 thermidor an II), la dernière abbesse de Montmartre monta sur l'échafaud. Elle avait soixante et onze ans ³.

Conclusion. — Le tableau qui précède résume à peu près l'essentiel de ce qu'on sait de certain sur l'abbaye de Montmartre, sa dotation initiale, le nombre et les noms de ses abbesses, ses revenus aux diverses époques et l'étendue exacte de sa censive. Il montre que le rôle urbain du monastère ne fut pas comparable à celui des abbayes Saint-Germain et Sainte-Geneviève, du Temple et même de l'abbaye Saint-Antoine. Jusqu'à la Révolution, Montmartre resta un couvent de banlieue et ne fut même pas englobé dans un faubourg. Son domaine parisien du For-aux-Dames était fixé dès l'origine et ce ne fut que dans les quartiers des Porcherons et de la Nouvelle-France que l'abbaye put participer tardivement au développement de la Cité. Les noms des rues de la Rochefoucauld, de la Tour-des-Dames, de la Tour-d'Auvergne, de Laval, de Rochechouart, de Bellefond, rappellent cette participation.

Maurice DUMOLIN.

(A suivre.)

 

 

1.       Barthélemy, p. 304.

2.        Barthélemy, p. 306 ; cf. Delsart, p. 51 à 56.

3.       Guilhermy l'appelle la 43e abbesse et en cite cependant 45. On voit, d'après notre liste, qu'on en connaît 46. — Le plan de lotissement de l'abbaye en 1792 est dans Arch. nat., Q2 125.


 

 

 

— 244

 

II

VARIÉTÉS

NOTES SUR L'ABBAYE DE MONTMARTRE

 

 

CHAPITRE II

LE DOMAINE URBAIN

 

 

Les possessions de l'abbaye de Montmartre à l'intérieur de la ville de Paris ne comprenaient à l'origine que le fief du « For-aux-Dames », faisant partie de sa dotation initiale. Il se composait de 80 à 100 immeubles, formant plusieurs îlots, sur lesquels elle avait tous les droits seigneuriaux, y compris la complète justice (cf. pages 168, 182). Plus tard, les terrains du Val-Larroneux et des Porcherons, dont elle n'avait que la dîme (page 168), furent englobés dans la cité grandissante et étendirent beaucoup le domaine urbain du couvent. Il y a imprimé sa marque par les noms d'abbesses donnés aux nouvelles rues, alors que son souvenir a entièrement disparu dans la partie de ce domaine où il était jadis tout-puissant.

On se bornera, dans le présent chapitre, à quelques données précises sur le fief du For-aux-Dames, laissé à peu près dans l'oubli par les vieux historiens de l'abbaye, et à quelques compléments aux indications déjà fournies sur les terrains des Porcherons et de la Nouvelle-France à propos du terrier de 1719 (page 224 et suiv.).

 

I. - LE FOR-AUX-DAMES

 

L'origine.— On a vu, dans l'histoire générale de l'abbaye (page 150), que Louis VI lui avait donné, en 1134, un four, situé à Paris et lui appartenant, avec toutes ses « coutumes », c'est-à-dire ses droits féodaux, et deux chartes de 1239, de l'abbesse Pétronille, placent ce four rue de la Hanterie (page 164), nom qui devint, en 1247, rue de la Heaumerie (page 165).

Cette rue était un tronçon de la voie importante conduisant de la place de Grève au marché des Champeaux ou des Halles (fondé avant 1135), et portant, de l'est à l'ouest, vers la fin du XIIIe siècle, les différents noms de : rue Jean-de-l'Épine, rue Jean-Pain-Mollet, rue des Écrivains (à hauteur de Saint-Jacques-la-Boucherie),


 

 

 

— 245

rue de la Heaumerie (entre les rues de la Vieille-Monnaie et Saint-Denis), rue de la Hanterie (puis de la Tabletterie), enfin rue des Fourreurs, à son aboutissement dans la rue des Déchargeurs, non loin de la rue de la Ferronnerie 1. Les chartes de 1239 précitées prouvent que, primitivement, le nom de « la Hanterie », — sans doute forme ancienne de « la Ganterie 2 », — s'étendait à tout l'intervalle compris entre la rue de la Vieille-Monnaie et la place Sainte-Opportune.

Dans la rue de la Heaumerie, — représentée aujourd'hui par le tronçon de la rue de Rivoli bordant les magasins de Pygmalion, — ouvraient du côté nord plusieurs impasses, dont la plus à l'ouest, voisine de la rue Saint-Denis, donnait accès au four des Dames. Au XIIe siècle, le four, comme le moulin, était un attribut de seigneurie, impliquant une banalité (on disait : four banal, ou four bannier), dont les feudataires devaient lui apporter leur farine 3. L'abbaye Saint-Germain avait le sien, dont la rue du Four rappelle le souvenir. L'évêché avait aussi le sien, qui a donné naissance à la juridiction du For-l'Évêque, tout comme le four de Montmartre a créé celle du For-aux-Dames .

Lebeuf 5, à peu près suivi par Bournon 6, s'est donc trompé en niant qu'il y eût un four à l'origine de la juridiction du For-l'Évêque, tandis que Cocheris 7 et Tanon 8 ont raison d'affirmer le contraire. Seulement Cocheris a tort de croire qu'il s'agissait d'un four « où les évêques faisaient cuire le pain pour leur maison », car ce n'était pas un four particulier, et seul le conseiller Tanon a vu la question sous son vrai jour. Par suite, l'interrogation que s'adresse Bournon : « Ce nom vient-il d'un four que les évêques auraient possédé autrefois dans ce lieu, ou a-t-il toujours désigné le siège de la juridiction épiscopale ? » est mal posée. Car si le nom ne vient pas du four, la juridiction en vient.

Le nom de For-l'Évêque (ou For-aux-Dames) ne peut être l'altération populaire, comme le croyait Guilhermy 9, du nom de l'ancien Four, d'abord parce que les règles de la phonétique s'y opposent, ensuite parce que les documents prouvent le contraire.

 

1.       On est surpris de voir M. Halphen (Paris sous les premiers Capétiens, p. 90) déclarer que l'emplacement de la rue de la Hanterie est « incertain ».

2.       Cf. chapitre I, p. 165.

3.       Marion, Dictionnaire des Institutions, vo Banalité.

4.       Cf. Funck-Brentano, la Bastille des comédiens, p. 15-18.

5.       Édition de 1754, I, p. 60.

6.       Additions à Lebeuf, p. 13.

7.       Édition de Lebeuf, I, p. 177.

8.       Histoire des justices, p. 170.

9.       Guilhermy, p. 90. Ce qui rend son opinion tout à fait étrange, c'est qu'il écrit Fort (avec un t) et le fait dériver de Furnum.


 

 

 

— 246

Dans toutes les chartes latines du XIIe au XIVe siècle, on ne trouve que les termes Furnus Episcopi, ou Furnus Dominarum. Dans les vieilles traductions ou dans les chartes en français des XIVe et XVe siècles, le scribe dit toujours « le Four de l'Évêque », « le Four-aux-Nonnains de Montmartre », comme font Guillebert de Mets 1 et même Mathurin Régnier, un siècle plus tard ². Quand, à l'extrême fin du XVe siècle ou au début du XVIe ³, apparaît le nouveau terme, il se montre, neuf fois sur dix, sous la forme Fort, avec un t, comme s'il s'agissait d'une forteresse. C'est, semble-t-il, la preuve manifeste que les clercs de notaire ou les scribes de bailliage ne l'ont pas compris ; qu'il est la traduction savante, par les humanistes de la Renaissance, du terme Forum Episcopi (ou Dominarum), jamais employé dans les vieilles chartes de l'Ile-de-France 4. A cette époque, où le vieux four avait disparu, mais où sa juridiction subsistait, on a cru que « Four-l'Évêque » était un contresens et on lui a forgé de toutes pièces une étymologie. Seul le peuple est resté dans le vrai, en faisant du mot « four », jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le synonyme de « prison ».

 

Le territoire. — Dès 1134, à l'époque de sa donation à l'abbaye de Montmartre, la « banalité » du four de la Heaumerie avait dû être très entamée par des donations antérieures, car le territoire qui en restait était des plus morcelés. Il s'étendait, comme on l'a vu 5, sur une centaine d'immeubles, disséminés devant le Châtelet (maison de Guerry), — au coin des rues de la Heaumerie et Saint-Denis, — du côté nord de la rue Neuve-Saint-Merry, — du côté oriental de la rue Saint-Martin, entre la rue des Jongleurs et l'impasse de Clairvaux, — enfin dans l'îlot compris entre les rues de l'Arbre-Sec, Saint-Honoré et Tirechappe 6.

 

1.       Paris et ses historiens, p. 197.

2.       Édition Jannet, Sat. V, p. 52.

3.       L'époque se vérifie aisément sur le registre coté aujourd'hui S 4461 des archives de Montmartre, qui donne des extraits (traduits) de tous les titres de rente sur les maisons de Paris ; 5e liasse, rue de la Heaumerie. Il date du début du XVIIe siècle et traduit quelquefois « Fort ». La confrontation avec l'original prouve qu'il y a « Furnus ».

4.       Dans le sud-ouest, les « fors » privilégiés existent dès le XIIIe siècle ; cf. Flach, Origines de l'ancienne France, II, p. 206, 208, noté.

5.       Chapitre I, p. 168.

6.       C'est peut-être cet écart qui a fait confondre par Trétaigne (p. 127), le For-aux-Dames de la rue de la Heaumerie avec la Croix-du-Trahoir !


 

 

 

— 247

Nous avons, de ces maisons, un certain nombre de listes, qui s'échelonnent de 1551 à 1790, et où leur nombre varie de 78 en 1551 et 1572, — à 93 en 1647, — 103 en 1674, — 107 en 1727, — 100 en 1763 et 1790 1. Bien entendu, l'étendue de la censive ne bouge pas. L'augmentation du nombre des immeubles est due soit au lotissement d'anciens jardins, soit à la séparation, entre propriétaires différents, de maisons ayant plusieurs corps de logis. La diminution minime constatée à la fin du XVIIIe siècle doit provenir soit de regroupements inverses, soit de la suppression, en 1674, du droit de justice et du rachat des cens et rentes de plusieurs immeubles.

D'ailleurs, le manque d'uniformité de ces listes rend illusoire la comparaison de leurs chiffres. Ainsi, les maisons de la Nouvelle-France figurent sur les listes de 1727 et non sur les autres. En 1689, l'ouverture de la rue du Roule enlève à l'abbaye cinq maisons de la rue Saint-Honoré, mais lui en donne neuf dans la nouvelle voie ; or, les cinq maisons détruites figurent encore, pour mémoire, dans la liste de 1727. Compte tenu de ces rectifications, le chiffre des immeubles relevant de la censive du For-aux-Dames est très voisin de la centaine indiquée, sans détail, dans les déclarations de 1763 et 1790.

Énumérer tous les propriétaires fournis par ces listes serait sans intérêt, la plupart étant de petits bourgeois, dont on ne connaît que les noms. On se bornera donc, en se basant sur les listes de 1551, 1647 et 1727, les plus détaillées 2, à préciser l'emplacement et la désignation de chaque immeuble, en ajoutant quelques renseignements sur les plus notables ³.

 

Rue de la Heaumerie. — Au coin des rues de la Heaumerie et Saint-Denis, l'abbaye possédait un pâté de quatre petites maisons, traversé par l'impasse du For-aux-Dames. Le plus ancien plan, à grande échelle, qu'on en possède, fait par l'ingénieur Desmaisons, est daté sur la couverture de 1766, mais doit être de la seconde moitié du XVIIe siècle, comme on le verra plus loin .

(Croquis n°9.)

 

1.        Chapitre I, p. 182, 186, 200, 234, 237, et Arch. nat., S 4445.

2.       Arch. nat., S 4445, 1re liasse.

3.       On numérote les immeubles anciens en chiffres romains, réservant les chiffres arabes pour la correspondance actuelle et pour les numéros du Terrier du roi (entre parenthèses).

4.       Arch. nat., N¹¹¹ Seine 449 (croquis no 9).


 

 

 

— 248

Le plan terrier de l'archevêché, de 1786, dont la censive enveloppait le pâté, en donne un aspect plus réduit 1. Le premier de ces deux plans (croquis n° 9) permet de se faire une idée de l'état ancien.

 

 

(Croquis n° 10)

 

I. — Maison de l'Annonciation-Notre-Dame, ayant remplacé (avant 1475) les anciennes maisons du Heaume-Couronné et de l’Image-Notre-Dame et faisant le coin de la rue Saint-Denis. Le 22 juin 1475, son propriétaire, Nicolas Joly, bonnetier, est condamné à payer aux Dames 6 livres de rente qu'il leur doit 2. Le 13 janvier 1553, Nicolas Bourgeois, marchand pelletier, rachète 28 livres de rente qu'il doit aux Dames par 43 livres 15 sous de rente sur la Ville ³. La maison tient alors, vers la rue Saint-Denis au Donjon (B du croquis) et au Faucon (C), vers la rue de la Heaumerie au Chapeau-Royal et, par derrière, « à une petite ruelle appelée le Fort-aux-Dames ». En 1647, le propriétaire est Nicolas Chuppin, maître tabletier (on sait que la rue de la Tabletterie est en face). La maison passe ensuite à Jean Muteau, à sa fille Geneviève, épouse Brochant (1687), à son fils Philippe Brochant, maître des Comptes, qui la vend, le 9 juin 1730, devant Doyen, en même temps que la maison suivante, à Guillaume-Joseph Lhomme, quartenier .

Lhomme achète peu après la maison du For-aux-Dames, puis, en 1743, la maison de l'Image-Saint-Nicolas (cf. ci-après). L'ancienne maison de l'Annonciation prend l'enseigne de l'Homme-Armé. Le 20 septembre 1764, devant Baron, Lhomme revend le tout, pour 69 500 livres, à Pierre-Léonard Lesourd, marchand de vin 5.

 

1.       Publié par Brette, 1906, feuille XXXII (croquis no 10).

2.       Arch. nat., S 4461, 5e liasse, fol. 25 v°.

3.       Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse, et S 4461, 5e liasse, fol. 25 v°.

4.       Arch. nat., S 4445, 1re liasse.

5.       Arch. nat., S 4474, fol. 83 r°.


 

 

 

— 249

Celui-ci acquiert, vers la rue Saint-Denis, la maison voisine (B du croquis), à l'enseigne des Trois-Maures, puis des Armes-de-France, la fait rebâtir en la réunissant à l'Homme-Armé, achète aussi, derrière l'îlot, un passage dépendant de la censive de l'archevêché (D du croquis) et revend le tout, le 19 mai 1773, devant Menjaud, à Pierre-Nicolas Taillebot, marchand mercier ; le prix est de 97 000 livres, dont 82 400 pour la partie située sur la censive de Montmartre 1. Taillebot est encore propriétaire en 1786.

 

II. — Maison du Chapeau-Royal, formant enclave au sud de la précédente, contre l'impasse. Elle ne figure pas sur le plan de Desmaisons, mais se voit sur celui de 1786. Dès 1553, elle appartient à Nicolas Bourgeois et suit, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le sort de la maison précédente.

 

III. — Maison du Four, puis du For-aux-Dames, formant à l'origine deux corps de logis, ou « louages », un petit en bordure de la rue, un plus grand derrière, auquel on accède par l'impasse, avec, au fond de celle-ci, l'ancien four, transformé en « auditoire » ou « plaidoyer ». On a déjà cité les chartes de 1239 et 1247 la concernant et le premier bail, fait en juillet 1295, moyennant 17 livres, à Guillaume Beauvais, armurier, et à sa femme 2. On possède d'autres baux assez nombreux, s'échelonnant jusqu'en 1712 ³. On en citera quelques-uns, parmi les plus anciens, comme preuves de ce qu'on a dit (page 246) sur l'étymologie de l'enseigne.

En juin 1317, les deux corps de logis sont loués par l'abbesse Jeanne de Repenti à Étienne Le Hautbergier, haubergier de son métier (fabricant de hauberts, ou cottes de mailles), « avec la ruelle par laquelle on va aux plaids de ladite maison, appelée vulgairement le Four de Montmartre », moyennant 10 livres 10 sols de rente, « à la charge que les religieuses ou leurs officiers tiendront à toujours, paisiblement et sans contredit, leurs plaids en la maison, en la manière accoutumée, et y auront lieu convenable et suffisant à tenir lesd. plaids ; — item, un lieu pour prison suffisante ; — item, il y aura un four à cuire pain, tel et en telle part de lad. maison qu'il plaira au preneur 4 ».

En février 1361, le petit-fils du précédent, Étienne Le Hautbergier, fils de Jacques, vend à Étienne Le Bourguignon, armurier, et à Philippe de Cornille, haubergier, « la maison dite le Four-aux-Nonnains de Montmartre », tenant à une autre, qui fut aussi à son grand-père et qui est hors du présent contrat, « en laquelle maison les Dames ont leur cour pour tenir leurs plaids », une prison et un four, « que le preneur pourra faire grand ou petit à sa volonté » (ce n'est déjà plus qu'un symbole) ; le prix est de « neuf vingts francs d'or, au coing du roi ».

 

1.        Arch. nat., S 4476, fol. 73 r° à 74 r°.

2.       Cf. chapitre I, p. 164-165.

3.       Arch. nat., S 4445, 4e liasse ; S 4461, 5e liasse, fol. 22 et suiv.

4.       Arch. nat., S 4461, 5e liasse, fol. 22 vo. Plus loin, 8e liasse, fol. 38 ro, le même acte est faussement daté de 1319, ce qui a induit Chéronnet en erreur ; cf. chapitre I, p. 171, note I.


 

 

 

— 250

La maison passe ensuite à Alain Dronis et, le 11 octobre 1420, Laurent de Millon, qui le cautionne, est condamné à payer à l'abbaye 10 livres 10 sols de rente pour la maison « assise au Four-aux-Dames ». Le 3 janvier 1421, la maison « sise en la rue du Four-aux-Dames », saisie sur Alain Dronis, est adjugée à l'abbaye par décret du Châtelet. Le 15 avril 1429, devant Guillaume Poret, elle la loue, moyennant 4 livres de rente, à Philippe Damien ; la maison, qui mesure 5 toises 2 pieds un quart de long sur 3 toises 4 pieds de large, est « dans une ruelle sans issue, vulgairement appelée la ruelle du Four­-aux-Dames de Montmartre » ; une pièce y sert de « plaidoyer » ou de « parloir » ; le preneur devra souffrir l'exercice de la justice des Dames. Une note jointe à l'acte indique que Nicolas Bourgeois a racheté la rente de cette maison, comme de celle de l'Annonciation, en 1553.

Le 15 juin 1482, titre nouvel d'une partie de la maison du Four­-aux-Dames est passé par Philippe de Hubert, armurier. Le 26 avril 1497, titre nouvel est passé par François Le Vielz, armurier, de la maison qu'il a acquise de Philippe de Hubert et Guillemette, sa femme, « contre la ruelle dite la rue du Fort-aux-Dames 1 ». Le 18 décembre 1505, l'abbaye est taxée pour sa maison de la rue de la Heaumerie, contenant deux corps de logis, appelée le Fort-aux-Dames ². Le 16 avril 1506, Étienne Bourdet, voyer de Montmartre, donne les alignements aux propriétaires de la maison du Four-aux-Dames, qui veulent la faire reconstruire. Le 20 janvier 1524, titre nouvel est passé par Jean de Boutigny et consorts pour une partie de la maison dite le Fort-aux-Dames. Le 22 janvier 1531, Philebert Angrain déclare la maison dite du Fort-aux-Dames, qui fut jadis à Philippe Damien, dont il est héritier, et où se trouve le plaidoyer des Dames. Dès lors, il n'est plus question que du Fort, le four ayant entièrement disparu, même comme symbole.

Vers 1590, Catherine Angrain, épouse Bourgeois, fille du précédent, vend le corps de logis du fond de l'impasse, contenant le tribunal, à Claude Révérend, marchand bourgeois, qui approprie l'auditoire à son usage. Les Dames réclament aussitôt et, sur son refus de le rendre, obtiennent, le 27 juin 1591, une sentence des requêtes du Palais le condamnant à leur restituer « le bas édifice, vulgairement appelé le plaidoyer, où se tiennent de tout temps les plaids et justice, contenant 11 pieds de long, 6 de large et 8 de haut³ ». Le 19 septembre 1592, un second jugement confirme le premier et, le 1er février 1602, une « descente » de justice a lieu dans la maison.

 

1.            Arch. nat., S 4461, 6e liasse, fol. 31 r°-v°.

2.            Arch. nat., S 4461, 5e liasse, fol. 27 r°.

3.            Arch. nat., S 4461, 6e liasse, fol. 32 r°-v°.

 


 

 

— 251

Claude Révérend est mort dans l'intervalle et ses héritiers se sont retournés contre Jean Bourgeois et consorts, héritiers de Catherine Angrain, qui a vendu à Révérend. Pour en finir, le 27 juillet 1604, devant Leroux, Jean Bourgeois et consorts vendent à l'abbaye « le petit corps d'hôtel, lors en ruines », sis au bout de la ruelle du Fort-aux-Dames, avec la maison de l'Image-Saint-Nicolas, moyennant 420 livres, et la décharge donnée aux héritiers Révérend des dépens du procès ¹.

Le corps de logis, reconstruit en 1607, est loué en 1647, pour 170 livres, à l'huissier Cottel, qui doit l'acheter peu après, à l'exception de la petite salle du tribunal, comme le prouvent les annotations figurant au plan des Archives. En 1660, par arrêts des 14 avril et 14 juin, le Parlement ordonne de réparer la prison, jugée malsaine et incommode 2. En 1674, la justice des Dames est supprimée dans Paris et l'auditoire est transféré à Montmartre. La maison, d'abord louée, est acquise, vers 1730, par Lhomme, de qui elle passe à Lesourd et Taillebot (ci-dessus).

 

IV. — Maison de l'Image-Saint-Nicolas, formant, semble-t-il, le corps de devant de la maison précédente et acquise par les Dames en 1604 (ci-dessus). En 1647, elle appartient aux héritiers des sieurs Morin et Boucher. Le 29 juillet 1743, devant Alleaume, Antoine Girard, capitaine aux gardes suisses, la vend pour 14 000 livres à Guillaume-Joseph Lhomme³.

En 1786, l'impasse est devenue un couloir couvert et les quatre maisons se réduisent à deux, plus un petit terrain détaché, provenant peut-être d'un échange, auquel on accède par l'ancienne impasse D, dépendant de l'archevêché (voir le croquis). Le tout appartient au sieur Taillebot.

 

Rue Neuve-Saint-Merry. — C'est la rue Saint-Merry actuelle. L'îlot relevant de la censive de Montmartre est englobé dans celle de Saint-Merry .

 

I. — Maison de la Coquille, puis des Deux-Boules, faisant le coin de la rue Saint-Martin et appartenant, en 1647, à Simon Benoist, ancien changeur du roi. Le 10 avril 1710, devant Demahault, les frères Linnard des Brières la vendent à Carpentier, dont le fils Jacques Carpentier de la Fosse, maître des Comptes, la revend, le 30 septembre

 

1.      Arch. nat., S 4461, 7e liasse, fol. 34 v° à 35 v° ; S 4445, 2e liasse.

2.      Félibien, V, p. 167, 169 ; Trétaigne, p. 127.

3.      Arch. nat., S 4473, fol. 70.

4.      Terrier du roi, Arch. nat., Q¹ 1099 ¹ºB, fol. 161, 168, nos 69 à 72 (croquis n° 11).


 

 

 

— 252

1751, devant Desmures, à Guillaume Constant, premier valet de chambre du duc de Penthièvre, qui la déclare le 29 avril 1762 ¹. No 48 actuel.

 

 

(Croquis no 11.)

 

 

II. — Maison appartenant, en 1647, à Chevalier, conseiller au Parlement. M. de Liancourt (1705). No 48.

III et IV. — Maisons appartenant, en 1647, à Pierre Cordelier et à J.-B. Forme, banquier, et vendues avec la suivante à Jabach. M. de la Brosse (1705). No 46.

 

1.    Arch. nat., S 4434-4435, 5e liasse, Terrier de 1738, p. 249


 

 

 

 

 
— 253

V.    — Maison à J.-B. Forme, banquier (1647), dite jadis la Grande-Salle-d'Angleterre. Le 16 octobre 1659, devant Lemoyne, Forme la vend, avec les deux précédentes, pour 104 000 livres, au fameux banquier et collectionneur Éverhard Jabach 1, qui les remplace par un seul immeuble, qu'il lègue à sa veuve. Vendu à vie au président Remigeau-Montoire et à sa femme Marie Formenin, il revient, après le décès de celle-ci, à François-Antoine Jabach, qui le revend, avec la maison suivante, pour 77 500 livres, le 9 décembre 1756, devant Laideguive, à Jean Girost, tabletier ². Nos 44-42.

 

VI.       — Maison du Mortier-d'Or, à Jean Charles, tapissier (1647), puis à Pierre Bourlon et consorts, qui la vendent, pour 6 000 livres, le 31 juillet 1669, devant Gallois, à Éverhard Jabach 3. En 1756, son héritier la vend, avec la précédente, à Jean Girost. Nos 44-42.

 

Rue du Moulin, ou du Molin. — C'est le nom primitif de la rue de la Lanterne, ou Vieille-Place-aux-Veaux.

Deux petites maisons sans intérêt.

 

Rue Saint-Martin. — Les maisons de la rue Saint-Martin relevant de Montmartre, situées du côté oriental, sont englobées dans la censive de Saint-Martin-des-Champs. Elles commencent un peu au nord de l'impasse de Clairvaux et finissent au sud un peu avant la rue des Jongleurs, puis des Ménétriers, à l'emplacement de la rue Rambu­teau .

 

 

I.    — Maison du Cerf-Volant, tenant au nord à l'hôtel de Salus, propriété des Minimes de Vincennes ; la maison appartient au sieur Billonnois (1647), puis à ses héritiers (1705 et 1727). No 182.

 

II.      — Maison de l'Écu-de-Bretagne, faisant le coin nord du cul-de-sac de Clairvaux, appartenant aux héritiers de Roch Hurtel (1647), puis au sieur Lejeune, tapissier (1705) et au sieur Leroy (1727). No 180.

 

III.       — Partie postérieure de la maison précédente, donnant sur le cul-de-sac et appartenant au notaire Nicolas Ménard (1647) 5, puis à ses héritiers.

 

IV.    — Maison du Moulinet, donnant sur le cul-de-sac et appartenant à Augustin Trois-OEufs (1647). M. Drouet, qui loue au sr Boutonnier (1705).

 

1.       Arch. nat., S 4469, fol. 92 v°.

2.       Arch. nat., S 4473, fol. 251 v°.

3.       Arch. nat., S 4470, fol. 7 r°.

4.       Terrier du roi, Arch. nat., Q¹ 1099¹ºA, fol. 34, 39 (croquis no 11).

5.       Il exerça de 1645 à 1675, succédant à son père Claude ; le répertoire de Thomas lui donne le même prénom.


 

 

 

— 254

V. — Maison du Croissant et grande maison de la Croix-de-Fer, ouvrant au fond du cul-de-sac, avec issue sur la « cour aux Mores » et, par les jardins, sur la rue Beaubourg. En novembre 1244, Étienne (de Lexington), abbé de Clairvaux, passa déclaration de la maison qu'il avait récemment acquise, avec l'autorisation de l'abbesse de Montmartre, de Jean de Beauvais et Isabelle Bouteille, sa femme, et pour laquelle il devait 4 sous 5 deniers de chef cens1. Ayant obtenu du pape, en 1246, l'autorisation de faire suivre à ses mômes les cours de l'Université, Étienne fonda, sur la rive gauche, le collège des Bernardins, que Clairvaux dut vendre, en 1320, à Cîteaux, sa maison mère, pour payer ses dettes. L'année suivante, elle revendit aussi sa maison du quartier Saint-Martin à l'abbaye de Reigny, près de Vermenton, au diocèse d'Auxerre. Cette maison était alors située non au fond d'un cul-de-sac, mais en bordure d'une rue, dite « Petite-Troussevache », traversant de la rue Saint-Martin à la rue Beaubourg, et dont le cul-de-sac Bertaud est le reste oriental.

En 1321, les moines de Reigny passèrent déclaration de leur achat à l'abbesse Jeanne de Repenti, qui amortit à 100 livres les droits de lods et ventes dus par Clairvaux. En 1369, pour finir un procès pendant avec Montmartre, Jean de Mailly, abbé de Reigny, prit à cens quatre places vides, autrefois bâties, situées dans la rue Palée ou Saint-Julien (aujourd'hui cour du Maure). En 1433, les moines de­Reigny passèrent nouvelle déclaration à l'abbesse Simonne de Herville ².

Vers 1450, ils obtinrent de relier leurs immeubles de la petite ruelle Troussevache à ceux de la rue Palée, en transformant la première en double impasse, dont la partie occidentale conserva le nom de Clairvaux et dont la fraction orientale devint le cul-de-sac Bertaud. Le 3 mars 1634, ils vendirent 100 toises de leur jardin, en bordure de la rue Beaubourg, où le sieur Henin, conseiller au Grand Conseil, fit construire une maison. Le 31 janvier 1691 eut lieu la visite de la maison de la Croix-de-Fer, louée aux Messageries de Strasbourg ³.

En 1696, leur propriété comprenait, outre la maison de la Croix-de-Fer, sept maisons adjacentes (voir ci-après), dont trois donnant sur la cour du Maure. Le 6 juin 1696, cette propriété fut partagée entre la mense de l'abbé et celle des moines.

 

1.        Arch. nat., S 4461, 11e liasse, fol. 57 r°-v°.

2.       Arch. nat., S 4446-4447, 7e liasse ; S 4461, 10e liasse, fol. 54 v°, et 11e liasse, fol. 57 v°, 58 v°.

3.       Arch. nat., ZI J 405.


 

 

 

— 255

L'abbé reçut la partie nord, comprenant la maison de la Croix-de-Fer et trois autres, et s'étendant, derrière le Cerf-Volant et l'Écu-de-Bretagne, jusqu'à l'hôtel de Salus, sur la censive de Saint-Martin-des-Champs. Suivant déclaration du 10 février 1705, l'une des maisons de l'abbé, la plus au nord, était louée à la marquise de Nancré 1, qui était Marie-Thérèse de Montmorency-Logny. L'abbaye de Reigny vendit la propriété en 1788 ².

 

VI.    — Maison à Pierre Cordier, procureur (1647), puis à l'abbaye de Reigny (1696). No 178.

 

VII.       — Maison de la Rose-Blanche, puis de Saint-Cosme et Saint-Damien, à Richard Doublet (1647), puis à l'abbaye de Reigny (1696). No 176. Le passage de la Réunion, ainsi baptisé de la section révolutionnaire de ce nom, a été ouvert en 1790 sur l'emplacement de cette maison, qui en faisait cinq en 1705 (nos 62 à 66 du Terrier du roi). Nos 176, 174, 172.

 

VIII.     — Maison faisant le coin nord de l'ancienne rue Palée, appartenant aux héritiers de Marie Chambon (1647), puis à M. du Chastelier (1705) et à l'abbaye de Reigny (1726). No 170.

La cour du Maure est l'ancienne rue Palée (XIVe siècle), puis Saint-Julien (XVe), puis du More (1606). L'abbaye de Montmartre y avait le cens sur deux maisons, appartenant, en 1647, l'une à Michel Roussel, avocat, l'autre aux héritiers de Robert Boitte, et toutes deux, en 1696, à l'abbaye de Reigny. Emplacement du no 170.

 

IX.       — Église et hospice Saint-Julien, fondés en 1332, sur l'emplacement d'une maison appartenant à la confrérie des Ménétriers, et amortis, le 8 février, par l'abbesse Jeanne de Valengoujard, moyennant 8 livres payables pendant six ans et une rente de 5 livres, plus les droits de cens et de justice 3. Les 6 février 1408 et 13 décembre 1492, des sentences du prévôt condamnèrent la confrérie à payer les rentes et cens dus, et, le 2 mai 1544, ses gouverneurs déclarèrent encore la propriété 4. En 1649, elle passa aux Pères de la Doctrine chrétienne, qui acquirent, les 22 février 1655 et 29 janvier 1661, deux maisons situées derrière et constituèrent à l'abbaye de Montmartre, pour ses droits de lods et ventes, les 12 janvier 1658 et 19 mai 1661, deux contrats de 30 livres de rente chacun . Emplacement du no 168. En 1705, la maison touchant l'église au sud appartenait aux vingt-quatre joueurs de violon du roi, héritiers des Ménétriers (partie du no 166).

 

1.       Arch. nat., S 4445, 1re liasse, et S 4446-4447, 7e liasse.

2.       Plan et description, en 1790, de la maison de la Croix-de-Fer, qui couvre 434 toises et est estimée 109 797 livres, dans Arch. nat., Q¹ 121, dossier 18 ; plans et estimations des trois maisons de la rue Saint-Martin au sud de la précédente (anciens nos 118 à 120), même carton, dossier 19.

3.        Cf. chapitre I, p. 171 ; Du Breul, p. 990 ; Piganiol, III, p. 468 ; Jaillot, Xe Quartier, p. 49 ; Cocheris, édition Lebeuf, II, p. 253 ; Bournon, Additions, p. 140 ; Vidal, la Chapelle Saint-Julien (1878).

4.       Arch. nat., S 4461, 12e liasse, fol. 64 v°, 65 r°, 66 r°.

5.       Arch. nat., S 4450, 6e liasse.


 

 

 

— 256

X.      — Maison aux héritiers de Guillaume de Caen, correcteur aux Comptes (1647), puis à l'enseigne du Cheval-Pie, et appartenant au marquis de Cheurié (1705), puis à M. de Bernage, prévôt des marchands (1727). No 166.

 

XI.       — Maison faisant le coin nord de la rue des Petits-Champs-Saint-Martin, aux héritiers de François Prudhomme (1647), puis aux religieux de Saint-Julien (1727). No 164.

 

XII.       — Maison du Faucheur, faisant l'autre coin de la rue des Petits-Champs, aux héritiers de Jean Le Vasseur (1647), à Bernard Dognière, sieur de Gilly (1656), qui la vend, le 28 janvier 1684, devant Vallet, à Jean Richer, architecte des bâtiments du roi ¹. Elle passe à Mme Amelin, puis au sieur Chuppin (1727). No 162.

 

XIII.— Maison de l'Homme-Sauvage, à M. Salonnier, conseiller au Trésor (1647). M. de Vaucorbeil (1705). C'est la belle maison, reconstruite au XVIIIe siècle, qui porte le no 160.

 

XIV.— Maison de la Cloche-Blanche, aux héritiers Bothier-Landry (1647), englobée dans la précédente. No 160.

 

XV.     — Maison de la Croix-Blanche, appartenant à Dreux Amelot de Chaillou, maître des requêtes (1647). Par partage, devant Louvet, du 13 janvier 1657, elle passe à son fils Jean-Baptiste Amelot de Bisseuil, qui la donne, le 18 janvier 1688, à sa fille Marguerite-Françoise, épouse de Charles Bourgoin, marquis de Faulin. Celle-ci la déclare le 21 mars 1703 2 et figure toujours sur la liste de 1727. No 158.

 

XVI.— Autre moitié de la maison précédente, appartenant aux héritiers de Melchissédec Garnier, avocat (1647), puis à Martin, maître des Comptes (1727). No 156.

 

Rue des Petits-Champs. — C'est aujourd'hui la rue Brantôme, qui a gardé son ancien aspect. La censive de l'abbaye s'étendait sur cinq maisons du côté nord et autant du côté sud ³.

 

Côté nord. 1. — Maison sans désignation, dont Marie Leydet, veuve de Gilles Durant, lieutenant général des eaux et forêts, s'est rendue adjudicataire, le 26 janvier 1611, sur la succession de Claude Mathé. Le 11 décembre 1625, devant Hauldesens, elle l'échange avec Jacques de Flécelles, trésorier des ponts et chaussées, qui la lègue à son fils Philippe.

 

1.        Arch. nat., S 4470, fol. 141 r°.

2.       Arch. nat., S 4446-4447, 7e liasse.

3.       Terrier du roi, Arch. nat., Q¹1099,10B fol. 118 (croquis n° 11).


 

 

 

— 257

Celui-ci figure sur la liste de 1647 et la déclare le 2 août 1673 1. Isaac Cherré, maître des Comptes, est propriétaire d'une partie de la maison, donnée à Marguerite de Flécelles, sa femme, par sa mère Marguerite Lambert, veuve de Jacques de Flécelles, par son contrat de mariage, devant Raymond, du 12 juin 1652. M. Lambert (1705). En 1727, le tout appartient aux Pères de Saint-Julien. No 16.

 

II.           — Maison sans désignation, à Claude Le Roux, conseiller au Parlement (1647), à M. Admiral, seigneur de Louptière (1705), puis aux Pères (1727). No 16.

 

III.         — Maison à Delaborde, huissier au Châtelet (1647), puis aux Pères (1705). No 14.

 

IV.         — Maison à Doussin, huissier au Parlement (1647), puis aux Pères (1705). No 12.

 

V.           — Maison à Guillaume Le Comte (1647), à M. de Viallard (1705), puis aux Pères (1727). No 10.

 

Côté sud. VI. — Maison aux héritiers de Jean Pellerin, sieur de Menestrel (1647), à Mme de Longecourt (1705), puis aux héritiers Parisot (1727). No 17.

 

VII.— Maison à Marguerite Sainctot, veuve de Jacques de Creil (1647), puis à Mme de Longecourt, à M. Chéret (1705) et à Mme de la Savonnière (1727). No 15.

 

VIII.— Maison appartenant à l'abbaye de Montmartre et louée au président Larcher pour 350 livres (1647) 2. No 13.

 

IX.         — Maison à Charlotte Célérier, veuve de Jean Lambert (1647), puis à Delarue (1705) et à Léperon (1727). N° 11.

 

X.           — Maison à Claude Colombel, avocat au Parlement (1647), puis à Neret, greffier (1705 et 1727). No 9.

 

Rue des Ménétriers. — Ancienne rue des Jongleurs (1235). L'abbaye y possède deux maisons, à l'emplacement du no 54 de la rue Rambuteau ³.

 

I. — Maison de l'Image-Saint-Jean, au sieur Bouteroue, procureur au Parlement (1647), puis à Michel Tetard, payeur des gages (1727).

 

1.        Arch. nat., S 4446-4447, 4e liasse.

2.       En 1790, elle est louée 660 livres et estimée 11 566 livres ; Arch. nat.. Q² 121, dossier I, avec plan.

3.       Terrier du roi, Arch. nat., Q1 1099 10 B, fol. 121.

 

 

 

— 258

II. — Maison de l'Image-Saint-Julien, aux religieuses de Port-Royal (1647 et 1727).

 

Rue de l'Arbre-Sec. — Entre les rues de l'Arbre-Sec, Saint-Honoré et Tirechappe, la parcelle relevant de la censive de Montmartre est bornée : au nord et à l'ouest par la censive de l'évêché, au sud par la censive de l’évêché et les fiefs du Roule et Tirechappe, à l’est par l’évêché (croquis n°12) ¹.

 

 

(Croquis n° 12.)

 

Les maisons de la rue de l'Arbre-Sec sont énumérées du sud au nord, comme dans les listes anciennes (croquis no 13).

 

1.        Il existe aux Archives (N2 Seine 213) un plan muet de cette partie du fief, figurant douze maisons rue de l'Arbre-Sec (non comprise celle du coin), dix-huit rue Saint-Honoré avant la rue du Roule, neuf entre celle-ci et la rue Tirechappe et deux à l'est de celle-ci. Terrier du roi, Arch. nat., Ql 1099-4, fol. 17 et 24-25, nos 63 à 76.


 

 

 

— 259

I. — Maison du Dauphin, faisant le commencement de la justice de l’abbaye du côté de la rue de Béthisy et tenant au sud, au XVIe siècle, à la « Cave de Ponthieu », faisant le coin de la rue précitée. Elle appartient alors (vers 1580) au sieur Lobigeois, auditeur aux Comptes, puis à ses héritiers, qui la vendent à Jean Oudeau, contrôleur de la maison de la feue reine mère (Catherine de Médicis).

 

(Croquis n° 13.)

 

Le 28 novembre 1607, elle est déclarée par sa veuve, Marie Le Prévost, puis, le 19 janvier 1612, par Jean Gaboury, tapissier, qui l'a acquise de la précédente 1.

 

1.       Arch. nat., S 4461, I 7e liasse, fol. 125 vo, 126 r°, et listes des maisons reliées à la suite.


 

 

 

— 260

Le 21 juin 1621, elle appartient à ses neveux, Jean Gaboury, aussi tapissier du roi, Marie Delaunay, veuve Fiburier, et Jean-Pierre Chubéré, veuf de Marie Fiburier 1. Après partage, Jean Gaboury reçoit le corps de bâtiment sur le derrière (cf. ci-après) et les enfants de Chubéré celui sur le devant.

Ce dernier appartient en 1647 à Rémond Maignan, puis à un sieur Noblet. En 1703, il est revenu, par décret, à Jean-Pierre Chubéré, secrétaire du roi, propriétaire aussi du bâtiment du fond par son mariage avec Anne-Marie Février, fille de Guillaume (ci-après) ². Par partage du 1er octobre 1762, devant Dupont, entre ses héritiers, l'immeuble échoit à Février de la Bellonnière. Sur licitation entre les héritiers de celui-ci, le bâtiment du devant est adjugé, par sentence des requêtes de l'Hôtel du 19 mai 1772, moyennant 24 200 livres, à Guillaume Mondron 3. Emplacement du n° 44 et de la rue de Rivoli.

 

II.           — Partie postérieure de la maison précédente, vendue, vers 1638, par les héritiers de Jean II Gaboury à Jean Thiriot, architecte des bâtiments du roi, — le maître maçon et l'entrepreneur de toutes les constructions de Richelieu, — qui la revend, le 5 mai 1639, devant de la Croix, pour 22 000 livres, à Jacques Le Mercier, architecte des bâtiments du roi, — le constructeur du Palais-Cardinal et de l'Oratoire, — et à Marguerite Platrier, sa femme 4. Le Mercier meurt en 1654 et, le 18 décembre 1670, devant Néra, son fils, François Le Mercier, sieur de Marigny, mousquetaire de la garde du roi, revend la moitié de la maison, pour 17 000 livres, à Guillaume Février, sieur de la Bellonnière, ancien contrôleur de la maison de Madame, duchesse d'Orléans ; Février a déjà acquis l'autre moitié de Françoise Guerry, veuve du notaire Claude Platrier, héritier de la femme de Le Mercier . Sa fille Anne-Marie épouse Jean-Pierre Chubéré, qui réunit la totalité de la maison et dont les héritiers la possèdent jusqu'en 1772 (ci-dessus).

 

III.         — Maison à Pierre Billard (vers 1580), à Thomas Le Clerc, intendant des finances, puis à sa veuve et à ses enfants. Par décret des requêtes du Palais du 13 mai 1643, elle est adjugée sur eux à Guillaume Le Brun, trésorier du grand sceau 6, dont les héritiers l'échangent, le 26 février 1701, devant Boucher, contre des rentes, avec Jean Delaleu, échevin, qui la déclare le 28 février 1703 7. Le 27 février 1717, devant Dutartre, ses héritiers la vendent, pour 125 000 livres, à Jacques du Moulin, médecin. No 46.

 

1.        Arch. nat., S 4450, 2e liasse.

2.       Arch. nat., S 4484, et Q1 10994, fol. 24, no 63.

3.       Arch. nat., S 4476, fol. 53 r°.

4.        Arch. nat., S 4468, fol. 163 vo. Cf. la Construction du Val-de-Grace, Bulletin 1930, p. 115-116.

5.       Arch. nat., S 4469, fol. 237 v°.

6.       Arch. nat., S 4469, fol. 10 r°.

7.       Arch. nat., S 4450, 2e liasse et Q1 10994, fol. 24, no 64.


 

 

 

— 261

IV.     — Maison de l'Image-Saint-Jacques, puis de l'Orangerie-Royale, à Pierre Dutot, notaire (en exercice de 1559 à 1581), puis à ses enfants, dont les tuteurs la vendent à François de Jordis, orfèvre, et celui-ci à la veuve de Hugues Chapelain, mousquetaire à la première compagnie. Elle passe à son fils Jean Chapelain, notaire (mort en 1645), puis à sa veuve, Jeanne Langlier (1647 et 1675), enfin à son fils Hugues Chapelain (1703) et à Jean-Louis Chapelain (1727). No 48.

 

V.       — Maison des Quatre-Fils-Aymon, puis de la Duchesse-de-Bourgogne, appartenant à Claude Bazin, médecin (vers 1580), puis à ses héritiers, qui vendent la partie postérieure à Étienne d'Audemare, contrôleur de la maison de la duchesse de Guise, lequel la cède au notaire Jean Chapelain (1621). En 1647, les deux parties sont réunies par l'orfèvre Le Mercier. Le 14 août 1673, la maison est déclarée par Denis Langlois, contrôleur des décimes de Normandie, donataire de N. Le Mercier, sa mère, veuve d'Étienne Langlois, — Antoine Le Mercier, huissier du roi, — Pierre Bellant, cirier de la Grande Chancellerie, et Marie Le Mercier, — Françoise Vizée, veuve de Claude Le Mercier 1. En 1703, elle est à René et Pierre-François Langlois, fils de Denis, et, le 27 février 1727, Pierre-François vend sa moitié à Gérard Livres ². No 50.

 

VI.         — Maison à Nicole Malon (vers 1580), puis à ses héritiers. Le 30 août 1583, devant Parque, Claude Malon, conseiller au Parlement, en vend un quart à Élisabeth Le Riche, veuve de Jean Boullanger, qui en possède déjà la moitié et qui achète le dernier quart, le 9 août 1584, devant Maheu, à Arnoul Boucher, seigneur d'Orsay, premier président au Grand Conseil, et à Élisabeth Malon, sa femme ³. Après 1602, l'immeuble passe à son fils Jean Boullanger, qui vend à Noël Mesnier. En 1647, il est à la veuve de celui-ci, Anne Gautray, qui le cède à Marie-Madeleine Devaux, épouse de Nicolas-François Damas, marquis d'Anlézy. Devenu veuf, celui-ci le déclare en 1703, au nom de ses enfants ; la maison est en face de la rue Bailleul. On verra la suite ci-après.

 

VII.    — Maison du Croissant, puis des Deux-Croissants, à Claude Rivière, marchand de vin, à sa veuve, à son fils (1647), à Émon, de même profession. Le 25 octobre 1660, devant Le Fouin, elle est acquise par François Bernoin, premier barbier du roi 4,

 

1.        Arch. nat., S 4450, 2e liasse.

2.       Arch. nat., S 4472, fol. 149 r°.

3.       Arch. nat., S 4461, 17e liasse.

4.       Arch. nat., S 4469, fol. 97 r°.


 

 

 

— 262

passe à son gendre Pierre Petit et à sa fille Marie-Anne Bernoin et porte en 1703 l'enseigne de l'Hermitage ¹. Le 30 mai 1712, devant Le Maignen, Pierre Petit et sa femme vendent à André Eynaud, qui, le 26 août 1715, devant Moultrot, acquiert la maison précédente, pour 20 000 livres, du tuteur des enfants mineurs du marquis d'Anlézy ². Sur l'ensemble des deux immeubles, Eynaud fait construire la belle maison Louis XV, avec un superbe balcon, qu'on peut encore admirer au no 52. Elle lui est délaissée par ses enfants, après le décès de sa femme, suivant acte, devant Le Maignen, du 12 juin 1717. Elle passe à son fils André, secrétaire du roi, dont le fils Louis Eynaud, correcteur aux Comptes, agissant comme procureur de son père, la vend, le 7 mars 1776, devant Dehérin, moyennant 120 000 livres, à François Monnot, notaire au Châtelet ³, et à Denise Dumoulin, sa femme . Elle a été louée et a appartenu ensuite à la famille de l'échevin Trudon. No 52.

 

VIII.— Maison de la Rose-Rouge, puis de la Ville-d'Alençon, à Jean Boullanger (après 1602), à Charles Bernard, lecteur du roi, à ses héritiers (1647), qui vendent, le 25 janvier 1666, devant Moufle, pour 44 000 livres, à Guillaume Billion, écuyer du roi 5. Elle passe à sa fille Claude, épouse de Claude David, premier chirurgien du roi. En 1703 elle est à Claude Billion, veuve David, et à ses deux filles, Marie-Louise David, épouse de Jacques de Troyes, et Marie-Catherine, qui épouse peu après François Baraton de Villeneuve, receveur des finances à Bourges. Par partage du 4 septembre 1710, elle échoit au second ménage, qui la déclare le 18 mars 1721 6. No 54.

 

IX.         — Maison de l'Image-Saint-Jean, puis du Grand-Vizir, à Jean Marcourreau (vers 1580), à ses héritiers (1602), à Jean Lhuillier, à sa veuve, Françoise Morin. Par décret du Châtelet du 31 mai 1679, elle est adjugée, pour 18 550 livres, à Savinien Rifles, premier commis de Louvois, puis de Chamillart , qui la possède encore en 1727. NO 56.

 

X.  — Maison du Heaume, de l'Écu-d'Alençon et de Notre-Dame-de-Lorette, à Richard Lerbacher (1580), à Louis Bourgeois, à Orson Leschauguette, à sa veuve, à l'orfèvre Jalon (1647), à Pierre Capitaine, à Jacques Viguier (1703, 1727). No 58.

La partie postérieure appartient à Jean Pèlerin, à Germain Le Charron, notaire, à son fils, à la veuve de celui-ci, Madeleine Sauvat, qui vend à Claude Aubry, épicier ; celui-ci la déclare le 23 octobre 1608 et la vend à l'orfèvre Jalon, seul propriétaire en 1647.

 

1.       Arch. nat., S 4484.

2.       Arch. nat., S 4472, fol. 49 r°.

3.       En exercice de 1772 au 7 juillet 1801.

4.       Arch. nat., S 4476, fol. 143 r°.

5.       Arch. nat., S 4469, fol. 146 v°.

6.        Arch. nat., S 4484 et S 4434-4435, 2e liasse.

7.       Arch. nat., S 4470, fol. 105 v°.


 

 

 

— 263

XI.         — Maison de la Rose-Blanche, puis du Nom-de-Jésus et de la Ville-du-Mans, à Pierre de Saint-Étienne, à Charles Le Tellier, à de Creil, conseiller au Grand Conseil (1647), à Lormier, à sa veuve Catherine Cabat (1703), à Le Gendre (1727). N° 60.

 

XII.— Maison de la Fleur-de-Lis, puis de Saint-Charlemagne, à Jean et Pierre Harelle, puis au second seul, qui la partage entre ses gendres Frison et Dupuis ; elle passe à Joseph Caillou, à Jean Yvonnet, à ses héritiers (1647) et est acquise, avant 1673, par Charles-François de Creil, conseiller au Parlement, qui la laisse à sa fille Élisabeth, épouse séparée de biens de Jean-Baptiste Amelot, président à la Cour des monnaies, et à son neveu Augustin Le Roux (1703). M. d'Audebert (1727). N° 62.

 

XIII.— Maison du Perroquet, à Lefèvre, à sa fille Marie et à ses nièces, les demoiselles Casaubon (1703), au sieur Bouillette (1727). N° 64.

 

XIV.— Maison du Héron, à Nicolas Brayer, à Charles Loiseau, conseiller au Parlement (1703), à la veuve Lucas (1727). N° 66.

 

 

Rue Saint-Honoré. — Jusque vers 1450, tous les titres l'appellent rue du Chasteau-Festu (de Castello-Festuce), puis « rue Saint-Honoré, dicte Chasteau-Festu ¹ ». Toute la partie de la rue en la censive de Montmartre (côté sud) a conservé son aspect ancien ².

 

I. — Maison des Trois-Mords-de-Bride, puis de la Place-Royale, faisant le coin de la rue de l'Arbre-Sec, à Nicolas Croiset, receveur des tailles à Nogent (1647), dont les héritiers vendent, le 31 août 1672, devant Lemoyne, pour 24 400 livres, à Nicolas Brayer, médecin ³. Acquise aussi par François Bernoin, barbier du roi, elle est vendue par ses héritiers, les 27 juillet 1699, 9 et 15 janvier 1700, devant Doyen, à Jean Nau, qui la déclare le 18 avril 1703 4, et figure encore sur la liste de 1727. N° 109.

 

1.       Arch. nat., S 4449, Ire liasse ; Terrier, QI 1099³.

2.       On trouve dans les vieux titres (Arch. nat., S 4449) une vente de 1377, par Guillaume Gupperel, marchand de chevaux, et sa femme à Guillaume Bunot, de trois maisons « assises oultre la porte Saint-Honoré », dont une devant l'église de ce nom « faisant le coin d'une ruelle dite la Court Ourry », et de terres « oultre la Bastide Saint-Honoré » (porte de Charles V), « entre icelle et le Roule ». On voit que le nom de « Cour Orry », encore existant au temps de Richelieu, remonte haut.

3.       Arch. nat., S 4469, fol. 231 r°.

4.        Arch. nat. S 4449, 2e liasse. Le Terrier l'appelle Hénault, bonnetier.


 

 

 

— 264

II.           — Maison de Madame-la-Dauphine, aux héritiers de Jean Moullaud (1647), puis à Chapuzeau (1705 et 1727). No 107.

 

III.         — Maison de l'Image-Saint-Michel, à Antoine Pijault, procureur (1647), réunie avant 1705 à la suivante. No 105.

 

IV.         — Maison de l' Écu-d'Alençon, à Robert Dominois, boulanger (1647), puis à Jean Saulnier (1727). No 105.

 

 

V.           — Maison de l’M-Couronnée, puis de la Renommée, à Guillaume Piron (1647), puis à Lebert (1727). No 105.

 

VI.         — Maison du Roi-d'Espagne, à Adam Havet (1647), puis à Nisseron (1705 et 1727). No 103.

 

VII.— Maison de la Grosse-Patenostre, à Nicolas Jayet (1647), à Antoine de Meaux, sieur de Vallière, à Nicolas Delaunay, directeur de la Monnaie (1687 et 1705), au sieur Cotte (1727). No 101.

 

VIII.     — Maison du Petit-Paradis, puis de la Bonne-Foy, à Camille Roger, garde des cabinets de la Reine (1647), puis à ses héritiers (1705 et 1727). No 99.

 

IX.         — Maison de la Croix-d'Or, puis du Frères-Jacques, à Jean Morin, orfèvre (1647), à sa veuve, Cécile Hadancourt, qui la déclare le 26 juillet 1673 ; son mari l'a acquise des héritiers Leclerc, par trois contrats des 2 juillet 1643 et 10 juillet 1645, devant de Beauvais, et du 27 juillet 1646, devant Plastrier. Le 21 décembre 1697, devant Plastrier, elle la vend à Louis Damoraison, intendant du Hainault, dont la veuve, Françoise Collot. la déclare le 5 novembre 1705 ; elle tient alors d'un côté à la veuve Roger, de l'autre à Félix 1. La maison passe à son fils Louis-Timoléon Damoraison, qui la vend à Pierre Moreau de Séchelles, lequel la donne à son fils François et celui-ci à son frère Jean. Le 1er avril 1733, ce Jean Moreau de Séchelles la donne à sa fille Marie-Hélène, à l'occasion de son mariage avec René Hérault, seigneur de Fontaine-l'Abbé. Mme Hérault, devenue veuve, vend la maison, le 27 avril 1754, devant Garceran, pour 63 000 livres, à François Audinet ; elle est dite en face de la rue du Four 2. N° 97.

Il s'agit de la grand' mère de Marie-Jean Hérault de Seychelles, guillotiné en 1794.

 

X.           — Maison de l'Étoile-Couronnée, puis de la Coste-Rostie, à. Jean Grandcerf et Jean Le Vacher (1647), à Marie Croiset, épouse Cossart, et autres, qui la vendent, le 27 janvier 1683, pour 24 500 livres, à Charles-François Félix, premier chirurgien du roi ³; à Lebas du Plessis (1727) ; adjugée par sentence des requêtes de l'Hôtel du 6 avril 1753, pour 55 100 livres, à Marie Quantin, veuve de Louis Lebas de Girangy ; elle est en face de la rue du Four ¹. Réunie depuis à la précédente. No 97.

 

1.       Arch. nat., S 4449, 2e liasse, et S 4484.

2.       Arch. nat., S 4473, fol. 237 r°.

3.       Arch. nat., S 4470, fol. 137 r°.


 

 

 

— 265

XI.         — Maison du Bourdon-Saint-Jacques, puis du Bourdon-d'Or, à Marie Huidelaine de Lislefort (1647), puis à M. Vittard (1705) et à M. de Clerambourg (1727). No 95.

 

XII.— Maison de l'Écrevisse, puis de la Tête-d'Argent, à Geneviève de Bourdeaux, veuve de Martin de Laune, correcteur aux Comptes (1647), puis à M. Chenard (1705) et à Louise Chenard (1727). C'est un démembrement de la maison suivante. No 93.

 

XIII.— Grande maison du Plat-d'Étain, qui a servi d'abri aux Dames de Montmartre, en temps de troubles, notamment en 1445 ². Le 24 avril 1471, devant Denis Chevalier, un accord, mettant fin à un long procès sur les rentes dues par l'immeuble, est conclu entre Simon Le Doulx, proviseur du collège des Prémontrés, représentant l'abbaye du même nom, Pierre Favereau, avocat au Châtelet, représentant les héritiers de Jean de Ribemont, ancien propriétaire de la maison, et Pétronille de Harasse, abbesse de Montmartre. L'acte montre que, en 1467, le roi Louis XI a donné un privilège aux bourgeois sur les maisons vides et abandonnées 3. Celle-ci passe à un sieur Pierre de Bourdeaux, puis (avant 1599) à Martin de Laune, correcteur aux Comptes, époux de Geneviève de Bourdeaux, à sa veuve (avant 1647) et à la famille Lemaire (avant 1672), enfin à Chenard (1705). No 91.

 

XIV.     — Maison du Chdteau-de-Vincennes, puis du Cerf-Volant, démembrée aussi de la précédente. En 1647, elle appartient à Jean Sauzion, secrétaire de la Chambre du roi, à cause de Madeleine de Bourdeaux, sa femme ; de Bellavoine, payeur des rentes (1705). NO 89.

 

XV.— Maison du sieur de la Balle (1705), démembrée de la suivante. No 87.

 

XVI.— Maison du Moulinet, puis de la Reine-d'Angleterre, à Martin Lemaire (1647), puis à ses héritiers (1705 et 1727). No 87.

 

XVII. — Maison du Soleil-d'Or, puis de Madame-la-duchesse-de-Bourgogne, à Macaire, drapier (1647), puis à Langlois (1705) et à Mignonneau (1727). No 85.

 

XVIII. — Maison du Cheval-Noir, à Nicolas Louvet (1647). M. de Laistre (1705). No 83.

 

1.        Arch. nat., S 4472, fol. 166 r°.

2.       Cf. chapitre I, p. 176.

3.       Arch. nat., S 4449, 1re liasse.


 

 

 

— 266

XVIII bis. — Maison de la Rose-Rouge, puis de la Providence, aux héritiers de Le Tellier, maître des Comptes (1647). No 81.

 

XVIII ter. — Autre moitié de la maison précédente, à Pierre Legrand, secrétaire du roi (1647). No 81.

 

XIX.— Maison de la Levrette (1414), puis de la Levrette-Blanche et du Saint-Esprit, à Thibault du Plessis (1647). Mme Pelle (1705). No 79.

 

XX.       — Autre moitié de la même maison, à Jean Laboury, avocat au Conseil privé (1647). No 79.

 

XXI.— Maison de l'Image-Saint-Jacques, puis de la Ville-de-Lyon, à Barbe de Voulges, veuve Robert (1647), puis à Guillaume Coutant, qui vend à la Ville, pour 28 000 livres, devant Taboué, le 29 juillet 1689 ¹.

 

XXII. — Maison de l'Image-Notre-Dame, à Catherine Huault, veuve de Claude de Bragelonne (1647), puis à Charles Rousset, marquis d'Alembon (1687).

 

XXIII.     — Maison du Boeuf-Couronné, à Jean Marot (1647).

 

XXIV. — Maison de l'Ange-et-le-Serpent, à Claude Chantereau, Élisabeth et Anne Beaucousin (1647), puis à leurs héritiers (1687). No 77.

 

XXV.   — Maison des Deux-Anges, puis de Mgr-le-Dauphin, à Louis Habert, procureur au Châtelet (1647). No 75.

Ces cinq dernières maisons furent détruites en 1689 par l'ouverture de la rue du Roule (cf. ci-après). La quatrième (no XXIV) devint la maison de la Toison-d'Or, au sieur Bouret (1705) ; la cinquième (no XXV) la maison du Grand-Dauphin, au sieur de Lacoste, curé de l'Hôtel-Dieu (1705).

 

XXVI. — Maison du Lion-d'Or, puis du Prince-de-Conti, à Élisabeth Marlot, veuve de Thierry Charpentier, au lieu de M. Charpentier, président à Metz (1647), puis ses héritiers (1705 et 1727). No 73 (voir ci-après).

 

XXVII.                       — Maison de la Cage, puis du Château-de-Versailles et de la Reine-d'Espagne, à Duval, tapissier (1647). En 1686, elle est adjugée sur sa succession à Léon Pajot, seigneur d'Onsembray, contrôleur général des postes (1703 et 1727). No 71 ; elle a gardé son fronton.

 

XXVIII.                     — Maison du Chasteau-Festu, puis de la Courette et du Grand-Louis, à François Dufour, secrétaire du roi (1647). M. Coutard, contrôleur de la chancellerie (1705). No 69.

 

1.        Arch. nat., S 4470, fol. 214 v°.


 

 

 

— 267

XXIX. — Maison de l'Espinette, puis du Chasteau-de-Milan et du .Marteau-d'Or, aux héritiers de Jean Roullier (1647). Le sr Masson, drapier (1705). Réunie au XVIIIe siècle à la suivante. No 67.

 

XXX. — Maison des Ardents, puis de l'Étoile-d'Or, aux marguilliers des Saints-Innocents (1647 et 1727). No 67.

 

XXXI. — Maison de l'Image-Notre-Dame, puis du Duc-de-Savoie, aux héritiers de Philippe Contenot, notaire (1647). Veuve Ferret (1705). No 65.

 

XXXII.  — Maison de la Ville-de-Beauvais, faisant le coin occidental de la rue Tirechappe, à Catherine Beauchesne, veuve Depoix (1647), puis au sr Noblet (1705) et à de Messac (1747). No 63.

 

XXXIII.                     — Maison des Quatre-Vents, à la veuve Robert (1705).

 

XXXIV.                     — Maison du Point-du-Jour, puis du Grand-Monarque, faisant la fin de la justice de Montmartre, à Claude Nivert, drapier (1647), puis au sr Cousinet (1705) et à Robert, greffier en chef de la Cour des aides (1727).

Ces deux dernières maisons sont à l'emplacement de la rue du Pont-Neuf.

 

Rue Tirechappe. — La bonne orthographe est Tirechape. Citée en 1233, elle devait son nom au fief qu'elle traversait, et celui-ci à un particulier ¹.

 

I.             — Maison de la veuve Robert (cf. n° XXXIII).

 

II.           — Maison de Claude Nivert, drapier (1647), ayant un corps de logis de ce côté (cf. n° XXXIV).

 

III.         — Maison à Pierre Corbilly et consorts (1647), puis à de Seigny, prêtre (1705).

 

IV et V. — Deux maisons à Corbilly (1647), réduites à une en 1705.

 

VI. — Maison du Croissant-d'Or, à Jacques Porcher (1647), confondue avec la précédente avant 1705. Emplacement des n°8 29 à 25 de la rue du Pont-Neuf.

Du côté occidental de la rue :

 

VII et VIII.— Deux maisons à Louis Houy (1647), puis à Mlle Duguay et au sr Noblet, secrétaire du roi (1705), enfin aux héritiers Marrois (1727).

 

1.        Terrier, Arch. nat., Q¹ 10993, fol. 104.


 

 

 

— 268

Rue du Roule. — On a vu (cf. le croquis n° 12) que le fief du Roule bordait au sud la censive de Montmartre. Il semble avoir été formé au début du XIVe siècle par le riche bourgeois Geoffroy Coquatrix et, après de nombreux propriétaires, était passé au président Nicolas Chevalier, puis à la famille de Longueil 1. En 1689, il était la propriété, comme le fief voisin de Béthisy, du président Jean de Longueil, marquis de Maisons, qui obtint de le lotir en perçant une rue faisant communiquer les rues de la Monnaie et des Prouvaires. Cette rue fut ouverte en 1689-1690, détruisant cinq maisons de la rue Saint-Honoré relevant du fief du For-aux-Dames, que la Ville ou le président Longueil achetèrent et qu'ils revendirent aux entrepreneurs de la rue, l'architecte Jean-Baptiste Predot et son associé Jean Perrault. Par sentence du Châtelet du 24 novembre 1694, rendue entre Jean de Longueil et les Dames de Montmartre, les limites des deux fiefs du Roule et du For-aux-Dames furent de nouveau fixées le 11 décembre suivant 2. Ce bornage laissa dans la censive de l'abbaye deux des nouveaux immeubles de la rue du Roule du côté oriental (nos 22 et 20 actuels) et cinq du côté occidental (nos 23 à 15). Elle trouvait donc aussi son avantage à la percée.

Ainsi, le 15 septembre 1696, devant Clément, André Le Nostre, contrôleur général des bâtiments et jardins du roi, demeurant aux Tuileries, achète à J.-B. Predot, pour 18 000 livres, une maison de la rue du Roule, tenant à celles de Jean Tristan, peintre, et de la veuve Pellé 3. C'est le no 21 actuel, encore intact, qui appartient en 1705 à la veuve de Le Nostre (mort en 1700) et porte l'enseigne de la Princesse-de-Savoie. La maison du peintre Tristan, à l'enseigne de la Jonquille-Royale, est le 19 4. Le 29 juin 1740, Catherine Dièvre, femme de Charles Chifandelle des Barres, marchand bourgeois, déclare une maison faisant le coin des rues Saint-Honoré et du Roule, à l'enseigne de la Toison-d'Or, que son mari et elle ont acquise, le 25 du même mois, devant Bellanger, de Louis-Henri Véron, ancien échevin. Celui-ci l'avait héritée de sa mère, veuve de Jean Véron, drapier, qui l'avait achetée, avec la maison voisine sur la rue du Roule, le 16 juin 1708, devant Goudin, des héritiers de Jean-Baptiste Prédot. Celui-ci les avait fait bâtir sur partie de l'emplacement du Boeuf-Couronné (cf. n° XXIII), à lui vendu, le 26 mars 1689, devant de Beauvais, par Jean de Longueil, marquis de Maisons 5. C'est le no 77 de la rue Saint-Honoré (cf. page 266).

 

1.       Voir notre étude sur le Fiel du Roule, Bull. de la Soc. de l'Hist. de Paris, 1930, p. 76 et suiv.

2.       Arch. nat., S 4445, 1re liasse.

3.       Arch. nat., S 4471, fol. 48.

4.       Arch. nat., Q1 10993, fol. 100.

5.        Arch. nat., S 4434-4435, 5e liasse, Terrier de 1738, p. 141.


 

 

 

— 269

Le 11 octobre 1757, Jean-Pierre Rivière, pour les trois quarts, et Jean Annillion, seigneur d'Épinay, pour l'autre quart, déclarent une maison de la rue Saint-Honoré, à l'enseigne de la Duchesse-d'Orléans ¹, qui doit être l'ancienne maison du Saint-Esprit (no 79, page 266).

 

En résumé, si cette esquisse de la censive du For-aux-Dames ne présente pas un très grand intérêt, quant aux propriétaires des immeubles, elle fixe les limites d'une juridiction dont on ne connaissait jusqu'ici que le nom et à laquelle on attribuait parfois une énorme étendue ; — elle précise l'emplacement du four primitif, centre de cette juridiction ; — enfin, elle constitue une contribution modeste à l'histoire, à peine ébauchée, du Paris féodal.

 

II. — LA TOUR-DES-DAMES

 

Les origines. — Les plus anciens titres de l'abbaye ne parlent pas de ce moulin, — car on sait que notre tour, dont une rue a gardé le nom, en était un. En 1134, dans l'acte de fondation de Louis VI, dit le Gros, figure bien un moulin, mais il est à Clichy, sur la Seine, et c'est un moulin à eau 2. En 1171, sa fille Constance, femme de Raymond VI, comte de Toulouse et de Saint-Gilles, y ajouta un second moulin, au même endroit, qu'elle avait acquis de Clémence, abbesse d'Hierres, et que celle-ci avait eu en don de Baudoin le Flamand 3. Mais, aux XIIe et XIIIe siècles, et pendant la majeure partie du XIVe, il n'est pas question d'un moulin à vent appartenant à l'abbaye à la place qui nous intéresse, ni même ailleurs.

La première mention qu'on ait d'un moulin de ce genre est celle qui figure dans la déclaration des biens du couvent donnée à la Chambre du Trésor par l'abbesse Isabelle de Rieux le 11 février 1384 4. Elle déclare, « aux marais de Paris » un petit hôtel et jardin, « devant le moulin à vent », pour lesquels l'abbaye doit au chapitre de Sainte-Opportune 36 sous 6 deniers de sens, et qui rapportent, l'hôtel 13 livres, le moulin 6 livres par an. Louis VII le Jeune avait ajouté beaucoup à la donation de son père, entre autres choses 11 arpents de prés, dits « les Marais », qui figurent dans la bulle de confirmation du pape Eugène III, le 7 juin 1147 5. L'abbaye avait dû étendre cette terre par des dons et des acquisitions, car on la trouve propriétaire, au début du XVe siècle, de la dîme de vastes terrains s'étendant jusqu'aux fossés de la Ville.

 

1.       Même source.

2.       Arch. nat., copies dans L 1030 et 1031, et S 163 ; Lasteyrie, Cartulaire de Paris, n° 255 ; cf. chapitre p. 150.

3.       Arch. nat., L 1030 et S 4440-.4441, 1re liasse ; Lasteyrie, Cartulaire de Paris, no 497 ; cf. chapitre I, p. 158.

4.       Arch. nat., L 1031 et S 4424 (deux copies) ; cf. Sellier, p. 114, et chapitre I, p. 174.

5.       Arch. nat., LL 1605 ; Félibien, III, p. 62. Cf. chapitre I p. 155.


 

 

 

— 270

Ainsi, le 1er juillet 1422, elle intenta un procès au chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois au sujet de 36 arpents, faisant partie de 60 dont elle avait le dîmage et situés entre le Petit-Hôtel-Dieu 1, le chemin du Val-Larroneux (rue du Faubourg-Poissonnière), le chemin qui va du clos Saint-Ladre aux Porcherons (rues Bleue, Lamartine et Saint-Lazare) et les fossés de la Ville et des égouts. Suivant transaction du 24 mai 1431, le chapitre reconnut que l'abbaye avait droit à la dîme sur 32 de ces 36 arpents, dont Nicolas Olivier, mesureur juré du roi, fixa le bornage. Celui-ci commençait « à une borne joignante de la voirie de la porte Saint-Denis (butte Bonne-Nouvelle), en allant tout du long du chemin de la Marée (faubourg Poissonnière), jusques au ponceau des Filles-Dieu (coin des rues Richer et des Petites-Écuries), en allant au long des aigoux de Paris (rue Richer), en continuant iceux aigoux jusques au chemin de Montmartre qui passe par devant le Petit-Hôtel-Dieu (rue du Faubourg-Montmartre), lequel est du nombre des dits 32 arpents, et d'iceluy chemin de Montmartre, en venant par devant iceluy Petit-Hôtel-Dieu, au long de dix arpents appartenant à la confrérie des Bourgeois et Bourgeoises de Paris, c'est assavoir au long dud. chemin de Montmartre, près de la porte percée 2, lesquels dix arpents sont du dismage des défendeurs, aboutissant à une pièce de deux arpents à Pierre Aluart et une à Jacques Lemire, en laquelle pièce (il y) a une borne de pierre faisant le coin de la voirie de devers Montmartre, laquelle demeure aussi du dismage desd. défendeurs 3 ».

Le même jour, 24 mai 1431, une seconde transaction intervint entre les mêmes, au sujet de 4 arpents sur 8 occupés au Clos-des-Alliers par le Petit-Hôtel-Dieu, en la censive de Sainte-Opportune .

Le « Clos-des-Alliers » ou « Clos-aux-Halliers », dont il est question dans ce bornage, était un terroir, jadis propriété d'une famille Allier, compris entre l'enceinte de Charles V (rue de Cléry), le chemin des Poissonniers à l'est, le chemin de Montmartre à l'ouest et l'égout (rue Richer) au nord. Il fut coupé en son milieu par le boulevard Poissonnière.

 

1.        Cette dépendance de l'Hôtel-Dieu, qui était probablement, à l'origine, une maison d'isolement pour les contagieux, puis devint une ferme, était située à l'angle sud-est de la rue du Faubourg-Montmartre et de la rue Richer, s'étendant jusqu'aux rues de Trévise et Bergère actuelles.

2.       Il s'agit de la porte Montmartre de l'enceinte de Charles V (coin de la rue d'Aboukir), murée en 1408 et rouverte en 1425, six ans avant la présente transaction.

3.       Arch. nat., S 4434-4435, 2e liasse.

4.       Arch. nat., S 4429, 2e liasse.


 

 

 

— 271

Au XVIIIe siècle, la partie nord du boulevard relevait seule de Montmartre, comme le montre un plan (fort mal fait) de 1728 (croquis n° 14) 1.

 

 

(Croquis n° 14.)

 

 

 

La partie méridionale, sur laquelle avait été construit le cinquième bastion de l'enceinte de Louis XIII, relevait de la confrérie de Saint-Fiacre ².

 

1.       Arch. nat., N¹¹¹ Seine 724. Cf. Vieux-Montmartre, VI, p. 164, note (article de M. Prod'homme sur l’Hôtel des Menus-Plaisirs).

2.       Cf. Dumolin, Études de topographie, II, p. 133.


 

 

 

— 272

Le 6 mars 1438, devant Pierre Quatrelivres, Jean Chappon, sergent à cheval du guet de nuit et mesureur de grain, vendit pour 20 livres à Vincent Thuault deux pièces de terre situées hors la porte Mont­martre, consistant : I° en un arpent de marais au Clos-des-Alliers, près du chemin du Val-Larroneux, tenant d'un bout aux égouts, en la censive de Saint-Magloire, et devant 3 sols 9 deniers de dîme à l'abbaye de Montmartre ; 2° en une pièce touchant à la précédente et au chemin du Val-Larroneux, devant 10 sols de rente à Saint-Ladre et une dîme à Montmartre que le vendeur disait ignorer ¹.

Cette région des « Marais » était formée par l'ancien bras nord de la Seine, allant de Bercy à Chaillot, et remplacé par un égout, dont les rues des Marais, des Petites-Écuries, Richer et de Provence jalonnent l'ancien tracé. La majeure partie des terrains était dans la censive du chapitre de Sainte-Opportune, à qui Louis II les avait donnés vers 878 et que Louis VII avait autorisé, en 1154, à les mettre en culture ². L'abbaye de Montmartre n'avait, comme on l'a vu, que la dîme de certaines parcelles, dîme, qu'elle remplaça, au cours des XIVe, XVe et XVIe siècles, par des rentes ³. Au contraire, à l'emplacement du moulin qui nous occupe, elle était sur sa censive, bien qu'entourée de toutes parts par le fief Montmoyen du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Cet îlot, peut-être l'ancienne « culture Morel » de la donation de 1133 4, était dénommé, au XVIIe siècle, « la Culture-des-Dames ». En 1717, ayant à fournir au Trésor leurs titres de propriété, elles se contentèrent, pour le moulin de la Tour, du dernier bail, fait le 30 mai précédent à Pierre Langlois, avec cette note : « Les Dames religieuses ne rapportent point de titre de propriété de cette maison, parce que la terre sur laquelle est bastie cette maison ou moulin est un bien dépendant du titre de leur dotation 

De tout ce qui précède, il résulte que le moulin à vent cité en 1384, « aux marais de Paris », sur la censive de Sainte-Opportune, n'est certainement pas le moulin de la Tour, comme certains l'ont cru. Celui-là devait être situé quelque part entre la Chaussée-d'Antin et le square Montholon, où les vieux plans en montrent plusieurs. Quant au nôtre, nous ignorons la date de sa fondation, qui remonte peut-être aussi au XIVe siècle, plus probablement à la fin du XVe, étant donné le silence des archives avant 1517.

 

1.       Arch. nat., S 4434-4435, 1re liasse.

2.       Jaillot, IIIe Quartier, p. 38 ; Mentienne, Fief de la Grange-Batelière, p. 14 ; Luchaire, Actes de Louis VII, p. 200.

3.       En 1376, condamnation de Jean Yvard, dit de Metz, à 22 sous de rente, au lieu de la dîme, pour 2 arpents du Clos-des-Alliers (Arch. nat., S 4429, 2e liasse). Le 27 mai 1508, jugement contre l'Hôtel-Dieu, le condamnant à 16 sous de rente, pour 4 arpents du Clos-des-Alliers, où est le Petit-Hôtel-Dieu (S 4430). Le 13 juillet 1552, condamnation de Geoffroy Granger à 15 sous de rente, au lieu de la dîme, pour 3 arpents 3 quartiers du Clos-des-Alliers (S 4431, 1re liasse).

4.       Cf. chapitre I, p. 149.

5.        Arch. nat., L 1030, liasse 5 ; Inventaire des titres fournis en 1717.


 

 

 

— 273

Son emplacement était un centre de cultures, donc d'approvisionnement facile, et les Dames voulurent sans doute avoir un moulin à elles, moins éloigné que ceux de Clichy, pour moudre les grains récoltés ou achetés dans la région.

On s'étonne cependant qu'elles l'aient placé dans un fond et si loin de leur grenier de Montmartre, quand les bons endroits au sommet de la butte ne leur manquaient pas. Sans doute, ce fond était un couloir, entre la butte Montmartre et la butte Bonne-Nouvelle, où devait souffler un courant d'air, et d'autres moulins se trouvaient dans le voisinage, l'un, par exemple, près de la Grange-Batelière (moulin de la Planche), un autre près de la porte Montmartre, sur le talus des Fossés-Jaunes. Néanmoins, ce qui prouve que le site était médiocre, c'est que, au xviie siècle, les dames substituèrent à ce moulin, pour l'usage du couvent, celui des Lancettes ou de la Lancette, construit à la pointe orientale de la butte, près de la fontaine de la Bonne, à deux pas de l'abbaye. Ce qui le prouve aussi, c'est que, pour ne perdre aucun souffle et marquer en même temps le moulin seigneurial, on dut construire celui des Porcherons en pierre, en lui donnant une silhouette et, sans doute, une hauteur inusitées : « Un moulin en forme de tour », disent les actes. D'où le surnom « la Tour-des-Dames », qui lui fut donné.

 

Les locations. — Comme on l'a indiqué plus haut, les archives de l'abbaye n'en parlent pas avant le XVIe siècle. Mais, à partir de 1517, et surtout de 1585, une série de baux permettent de suivre sa croissance et son déclin jusqu'au milieu du XVIIIe siècle ¹.

Le 8 octobre 1517, devant Delarche, un bail de 9 ans fut fait, moyennant 30 livres, à Jean Desmond, meunier. Mais les guerres civiles durent bientôt interrompre l'exploitation, car la déclaration du 4 octobre 1561 mentionne que « le moulin entre Montmartre et les Porcherons » est « rompu » ².

Le 22 octobre 1585, devant Lafrongne, un nouveau bail de 6 ans est fait, moyennant 16 écus deux tiers, à Marin Guynard, habitant alors sur la butte le moulin du Palais. Il fera moudre le grain des Dames, en le prenant à leur grenier et en y rapportant la farine, et devra fournir 15 boisseaux de farine pour 12 de grain. Dans le bail sont compris trois quartiers de terre autour du moulin.

La série des baux continue, dès lors, presque sans interruption.

Le 7 juin 1594, devant Leroux, bail pour 6 ans, au même, au même prix.

Le 4 juillet 1600, bail pour 6 ans, au même, moyennant 25 écus.

Le 18 juillet 1605, bail pour 6 ans, à Pierre Foupé, à 150 livres.

Le 14 février 1614, bail pour 6 ans, à Thomas Boucher et Eustache, son fils, à 150 livres ; ils ne devront plus rendre qu'un setier de farine pour un de blé.

Le 28 avril 1617, suite du bail précédent à Jean Auvray et Charlotte Boucher.

Le 7 mars 1618, bail pour 3 ans, à Nicolas Henrard, qui paie 300 livres, mais ne moud plus gratuitement pour le couvent.

Le 26 mars 1621, bail pour 6 ans, après décès d'Henrard, à Jean Guignard, alors au moulin de la Planche, près la Grange-Batelière, à 330 livres.

 

1.       Arch. nat. S 4432-4433, 2e liasse, et S 4425.

2.       Cf. chapitre I, p. 185.

 

 

 

— 274

Le 23 mars 1627, bail pour 6 ans, à François Hanyart ; le loyer est réduit à 75 livres, mais la terre autour du moulin est supprimée et la mouture pour l'abbaye rétablie.

Le 7 mars 1633, bail pour 6 ans, à Denis Guignard, à 240 livres.

Le 18 octobre 1636, bail pour 6 ans, à Philippe Hurard, au même prix.

Le 17 août 1638, bail pour 6 ans, à Nicolas Chevallier, au même prix. Le bénéfice ne doit pas être brillant, car les locataires résilient leurs baux avant terme.

Le 7 janvier 1647, bail pour 6 ans, à Jean de Bauche, moyennant 300 livres, payables d'avance par quartier.

Le 2 juillet 1650, Jean Dole, qui a épousé la veuve du précédent, transporte le bail à Jean Hély.

Le 2 janvier 1659, bail pour 6 ans, à Étienne Martin, moyennant 250 livres et des clauses très simplifiées.

Le 10 novembre 1664, bail pour 6 ans, à Hugues Gaudin, à 300 livres.

Le 8 février 1674, bail pour 6 ans, au même, à 240 livres.

Le 28 mars 1675, il le cède à Philippe Denisart.

Le 27 avril 1679, bail pour 3 ans, à Nicolas Gilbert, à 200 livres.

Le 2 juillet 1682, bail pour 3 ans, au même, à 180 livres,

Le 7 septembre 1687, bail pour 6 ans, à Jean Leclerc, au même prix.

Le 23 novembre de la même année, bail pour 6 ans, à Claude Lagache, au même prix.

Le 5 avril 1689, bail pour 3 ans, à Isaac Cabry, à 200 livres.

Le 24 juin 1692, bail pour 6 ans, à Claude Lagache, à 210 livres.

Le 12 octobre 1696, bail pour 3 ans, à Louis Delamotte, à 200 livres.

Le 9 avril 1697, une prisée, commencée le 4, à la demande de Delamotte, évalua le moulin à 1 037 livres 3 sols 4 deniers et constata que ses rouages et sa maçonnerie étaient en piteux état. Des réparations furent faites, car, le 15 mars 1715, devant de Mahault, le moulin fut loué pour 3 ans à Pierre Laurent, moyennant 100 livres, et une note inscrite sur l'acte mentionne qu'il fut reloué, le 30 mai 1717, pour 6 ans, à Pierre Langlois, moyennant 120 livres ¹.

 

1.       Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse.

 

 

 

— 275

Mais il devait être alors tout à fait sur ses fins et on jugea sans doute impossible de le remettre à neuf, en un endroit que les nouvelles constructions commençaient à envahir. Le 21 février 1734, les religieuses louèrent à Nicolas Bazot, jardinier, moyennant 100 livres, le demi-arpent de terre tenant à la Tour-des-Dames et, le 19 avril suivant, elles louèrent à Arnoult Dameras, « pigeonnier », moyennant 60 livres, « un colombier dit la Tour-des-Dames », avec le morceau de terre qui l'entourait ¹.

 

Le lotissement. — A ce moment intervint dans le quartier un personnage, qui y fit de nombreux achats de terrains. Il s'appelait Louis Douet, seigneur de Saint-Germain, le Chambon, Vichy, Beauregard, Charmeil et autres lieux, et était, avec M. de Tréfontaine, directeur de l'Opéra, poste qu'ils durent abandonner en 1749 à cause du désordre de leur gestion. Il avait épousé la fille de Gédéon Godet, orfèvre de la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois et fort riche. Son frère, qui se faisait appeler Douet de Vichy, était conseiller à la cinquième chambre des Enquêtes.

Le 12 décembre 1742, devant Robineau, Douet de Saint-Germain avait fait acheter par sa belle-mère, Mme veuve Godet, sous le nom de Jean-Pierre Colbeau, une maison de la rue des Portes-Blanches, portant le n° 2 des limites de Paris et correspondant au lot n° 10 du plan du fief Montmoyen en 1729 2, au n° 9 actuel de la rue Blanche. Les vendeurs étaient Paterne Saunié et Marie-Anne Filleux, sa femme, héritière de Jean Filleux, son père, dont le père, François-Ignace Filleux de Roncière, avait acquis le terrain en 1719 ³.

Le 15 novembre 1743, devant François Prévost, Douet prit à bail emphytéotique pour 99 ans, de l'abbesse Catherine de la Rochefoucauld de Cousage, une petite maison avec jardin tenant à la Tour-des-Dames, à la rue Saint-George (rue de la Tour-des-Dames) et à la rue descendant dans la rue Saint-Lazare (rue de la Rochefoucauld), plus « un colombier en forme de tour dit la Tour-des-Dames », le tout pour 150 livres de rente. Il s'engageait à entretenir sur le terrain concédé 100 arbres fruitiers et 600 pieds de vigne, qui s'y trouvaient . C'est le lot 34 du fiet Montmoyen et le n° 2 actuel de la rue de la Tour­des-Dames.

Le 4 mars 1745, devant Robineau, Douet acquit encore 2 arpents et demi non loin du moulin de la Tour 5, correspondant au lot 94 du fief et aux nos 14-18 actuels de la rue de la Rochefoucauld.

 

1.      Arch. nat., S 4432-4433, 4e liasse.

2.      Arch. nat., N2 Seine 4 et N4 Seine 8.

3.      Arch. nat., S 241, ensaisinement no 565.

4.      Arch. nat., S 4425 et S 241, ensaisinement no 604.

5.      Arch. nat., S 241, ensaisinement n° 576.


 

 

 

— 276

Le 10 novembre suivant, il acheta à Guillaume Mézières un terrain de 37 perches, derrière le précédent (lot 93), qu'il revendit, le 23 août 1758, au comte Maximilien de Watteville ¹ ; nos 57-59, rue Taitbout. Le 21 mars 1748, il acquit encore du même Mézières un terrain d'un demi-arpent derrière le précédent (lot 92). Le 11 mars 1746, devant Doyen, il acquit de Pierre Berger de Recy, conseiller au Parlement, pour 6 000 livres, une maison rue Saint-Lazare, près de la barrière Blanche, à l'emplacement du no 56 actuel ². Le 12 janvier 1747, par sentence de la prévôté de Montmartre, il se fit encore adjuger, moyennant 3 322 livres, un terrain de 531 toises le long de la ruelle de la Tour-des-Dames 3 ; nos 4 et 6 actuels. Mais, à cette époque, il était déjà propriétaire du terrain à l'ouest, faisant l'angle de la rue de la Tour-des-Dames et de la rue Pigalle, et, pas plus que M. Capon, nous n'avons pu découvrir la date de cet achat .

La rue Pigalle actuelle, qui portait encore, en 1751, le nom de chemin du Désert (à cause d'un lieu dit) ou de chemin de la Cochonnerie 5, fut alors alignée sous le nom de rue Royale. Le terrain qui la bordait à l'est, du no 6 au n° 14 actuels, mesurant sept quartiers (lot 32 du fief Montmoyen), appartenait, dès la fin du XVIIe siècle, à Claude Charles, clerc tonsuré, qui en avait fait donation, le 28 avril 1704, à son parent Jean Lemaistre, maître jardinier, lequel le lotit. L'emplacement du no 2 actuel fut vendu par lui à Douet de Saint-Germain, mais, comme on vient de le dire, ni les archives de Montmartre, ni celles du chapitre de Notre-Dame ne mentionnent l'acte. De 1747 à 1752, Douet fit construire sur ce terrain une « petite mai­son 6 », dont le jardin, grâce à ses autres acquisitions, s'étendait jusqu'à la rue de la Rochefoucauld. Il ne semble pas l'avoir habitée, car on en connaît les locataires .

Les 300 toises de la parcelle voisine (no 6 actuel, il n'y a pas de n° 4) furent vendues par Lemaistre à un sieur Regnier, qui fit bâtir et transmit la maison à sa fille Marie, épouse séparée de biens du sieur Cazaubon.

 

1.         Arch. nat., S 241, ensaisinements nos 605, 6o6 et 632.

2.         Arch. nat., S 4473, p. 110. Là s'élevèrent plus tard les maisons de La Bourdonnais et de Bougainville ; cf. chapitre I, p. 226-227.

3.         Arch. nat., S 4473, p. 144.

4.         G. Capon, Petites maisons galantes, p. 61-62 ; la Rue Pigalle, Vieux-Montmartre, IV, p. 246 et suiv. M. Capon l'appelle à tort « Donel de Saint-Germain ».

5.         Arch. nat., Z3 2458.

6.         Arch. nat., Z2 2458 et 2460. Nous avons cru à tort (Vieux-Montmartre 1925, p. 341) qu'elle s'étendait du 2 au 8.

7.         Capon, Vieux-Montmartre, IV, p. 246 et suiv.


 

 

 

— 277

Le 26 octobre 1751, devant Hazon, elle la vendit pour 11 000 livres à Claude Philibert, banquier genevois, demeurant rue Saint-Pierre (rue Paul-Lelong )1. L'année suivante, celui-ci étendit sa propriété jusqu'à la rue de la Rochefoucauld. Le 4 août 1752, devant Hazon, il acquit, pour 674 livres, un tiers d'arpent à Charlotte Venant, veuve de Gilbert Coutard. Le 4 septembre, Louise Langlois, veuve de Jean Rousselet, lui vendit, pour 600 livres, un quartier et demi. Enfin, le ri septembre, il acquit de Maximilien-Emmanuel, comte de Watteville, pour 200 livres, une parcelle de 56 toises en bordure de la rue de la Rochefoucauld, pour avoir issue sur celle-ci2. Sur l'ensemble de ces trois lots, il fit construire un hôtel, entouré de jardins, ayant sa façade au sud et ouvrant à la fois rue de la Rochefoucauld (no 19) et rue de Cousage (no 6, rue de la Tour-des-Dames) par une longue allée traversant le terrain de Saint-Germain.

Philibert déclara ses deux maisons au terrier de Montmartre le 5 janvier 1757. Celle de la rue Royale tenait d'un côté à Douai (sic) de Saint-Germain, de l'autre au sieur de la Cude. Celle de la rue de la Rochefoucauld tenait à la Tour-des-Dames. Le tout devait 17 sols 6 deniers de cens et rente³.

Les deux maisons de Philibert passèrent à sa veuve, qui se remaria au marquis de Matharel et les revendit, en 1790, au baron Louis Hersant-Destouches. C'est le fils de ce dernier, Guillaume Hersant-Des­touches, qui revendit en 1818 au ménage Valton le no 6 de la rue Royale, lequel n'a jamais fait partie de la propriété Ragondet de la Cude .

Celle-ci, acquise de Jean Lemaistre le 14 novembre 1747 (et non 1757), comprenait 470 toises, sur lesquelles furent construites deux maisons, tenant d'un côté au sieur Philibert (no 6), de l'autre au sieur Dorlan (no 14); et correspondant aux nos 8 à 12 actuels. M. Capon en a fait l'histoire. Ragondet en passa déclaration le 12 septembre 1753, en même temps que de quatre autres maisons rue des Martyrs .

Les 200 toises du n° 14 actuel furent vendues par Jean Lemaistre, le 21 mai 1737, devant Billeheu, à Pierre Dorlan 6, officier du duc d'Orléans, qui fit construire et revendit la maison, le 27 avril 1747, à Hubert Drouais, peintre du roi, qui en passa déclaration le 5 février 1757 ;

 

1.       Arch. nat., S 4473, fol. 221 v°. La maison de Philibert figure bien dans l'état des petites maisons de 1752 ; Arsenal, arch. de la Bastille, 10252 ; Capon, Petites maisons, p. 68. Capon s'est trompé en croyant que le terrain de Saint-Germain était mitoyen de celui de Ragondet de la Cude ; Vieux-Montmartre, IV, p. 246 et suiv.

2.       Arch. nat., S 4473, fol. 226 vo, 227 vo, 228 r°.

3.       Arch. nat., S 4432-4433 Cahiers des déclarations de 1757, devant Prévost, fol. I ro et v°.

4.       Sur les locataires, cf. Capon, Petites maisons galantes, p. 65 et 67.

5.       Arch. nat., S 4434-4435, cahier B, fol. 11 vo et 12 r°.

6.       Les actes disent aussi Dorlans et Dorléans.


 

 

 

— 278

elle tenait alors d'un côté au sieur de la Cude (no 12), de l'autre au sieur Le Coeur (no 16) 1. Ce Drouais, portraitiste distingué, reçu à l’Académie le 29 novembre 1730, était le père du célèbre François-Hubert, reçu à la même Académie, à trente et un ans, le 25 novembre 1758, et devant qui posèrent le roi, Mme de Pompadour et toute la cour de France. Drouais père, qui logeait rue des Orties, loua sa maison des Porcherons à des filles entretenues, Mlles Dumesnil, Petit et La Neuville. Le 15 février 1762, devant Desmeure, lui et sa femme, Marguerite Lusurier, la revendirent, pour 6 000 livres, à Marie-Jeanne Gerbault, qui la céda, le 24 avril suivant, devant Desmeure, à Marie-Catherine Leroux, épouse séparée de biens de Louis Souday ².

On peut ajouter que le no 16 avait été aussi construit par Pierre Dorlan, officier du duc d'Orléans, sur un terrain de 23 perches, acquis le 2 mai 1713, devant Marchand, de Claude Bailly et sa femme. Le 20 janvier 1730, il passa déclaration de l'immeuble, qui tenait alors au sud à Lemaistre, au nord à Regnier, sculpteur du roi 3. Suivant partage du 19 décembre 1736, cet immeuble, dit la Maison-Blanche, fut adjugé à Paul-Isidore Le Coeur, commissaire aux parties casuelles, et à Madeleine Dorlan, sa femme 4, qu'on a vus encore figurer, en 1757, comme voisins de Drouais. Quant au no 18, tenant au nord à Dorlan, René Regnier, sculpteur du roi, et sa femme l'avaient acquis, le 23 avril 1722, devant Marchand, de Louise Guérin, veuve de Laurent Jupin, et autres, et en passèrent déclaration les 20 juillet 1722 et 4 août 1730 .

En face, le no 17 actuel (lot 26 du fief Montmoyen) est à l'emplacement de l'immeuble dit la Maison-Rouge, construit par Pierre Dorlan, « maître serrurier de feu Monsieur frère du roi » (le même qu'on a rencontré au 14 et au 16), sur un terrain de 6 perches, acquis, le 16 octobre 1721, devant Bapteste, de François Leleu, « maître à danser », et de sa femme, qui le tenaient, le 30 avril 1719, devant Lecourt, de Guillaume Mézières, jardinier. Son fils, Pierre Dorlan, aussi maître serrurier, le vendit, le 27 novembre 1752, à Jean-Gaspard Genève, négociant, et à sa femme, qui le revendirent, le 17 septembre 1754, devant de Savigny, pour 8 500 livres, au comédien Charles-François Racot de Grandval 6.

 

1.        Arch. nat., S 4432-4433, déclarations de 1757, fol. 5 v° ; cf. Capon, Petites maisons, p. 65.

2.       Arch. nat., S 4474, fol. 3o r° et 33 v°.

3.       Arch. nat., S 237.

4.       Arch. nat., S 241, ensaisinement n° 610.

5.       Arch. nat., S 237.

6.       Arch. nat., S 241, ensaisinement no 617 ; cf. J. Mauzin, Vieux-Montmartre, VII, p. 7.


 

 

 

— 279

A côté, le n° 19 (lot 27 du fief) faisait aussi partie du terrain de Mézières, vendu en 1719 à François Leleu et sa femme, qui cédèrent la parcelle, couvrant un demi-quartier, le 22 novembre 1724, devant Lecourt, à Jean-Louis Molière, marchand de toile, lequel construisit la maison et en passa déclaration le 28 novembre 1729 1. Sa veuve, Anne Sézille, la laissa à son neveu, Jean-Hyacinthe Vion, dont les héritiers la vendirent, le 12 août 1786, devant Aleaume, pour 10 500 livres, à François-Joseph Bellanger, premier architecte du comte d'Artois, demeurant rue du Sentier ; elle tenait alors, au sud, à Grandval, au nord, à la comtesse de Bernis ².

A côté, le square La Bruyère (lots 28, 124 et 125) est à l'emplacement d'une grande maison vendue, le 10 décembre 1783, par la veuve de Théodore de la Croix, directeur des fermes, pour 80 000 livres, au comte de Bernis et à sa femme ³.

Plus haut, jusqu'à l'actuelle rue Chaptal, s'étendait un vaste terrain de 2 260 toises, borné à l'ouest par la rue Blanche, acquis par Hubert Vassal, fermier général, vers 1780, et adjugé sur sa succession, pour 20 000 livres, par sentence du Châtelet du 15 septembre 1787, à son fils Jean-André Vassal, receveur des finances à Riom, déjà propriétaire du terrain au sud ; au nord, la propriété tenait à la ruelle que la fabrique de Saint-Roch avait fait pratiquer pour arriver au cimetière de la paroisse, établi en 1782 vers l'emplacement du no 59 et supprimé en 1798 . Jean Vassal fit élever, vers l'emplacement de la rue La Bruyère, un grand hôtel qu'indique le plan de Maire (1808).

Enfin, plus haut encore, du côté pair, au no 66 actuel de la rue de la Rochefoucauld, alors assimilée, dans cette partie, à la rue Pigalle, s'élevait l'hôtel, encore existant, construit par l'architecte Pierre Rousseau, sur une parcelle de 43 perches 13 pieds 6 pouces, acquise, le 30 septembre 1776, devant Lambot, de Marguerite Bertault, veuve de Vincent Raget, et autres, et augmentée de 225 toises, acquises, le 21 octobre suivant, devant Lambot, de Pierre Devaux. Rousseau passa déclaration de son terrain le 31 octobre 1776 et revendit l'hôtel, le 21 janvier 1789, devant Péan de Saint-Gilles, pour 50 000 livres, à Auguste de Mauperché, conseiller-clerc en la Grand' Chambre du Parlement 5. L'histoire en a été faite par notre confrère Paul Jarry 6 et on se borne à citer les cotes d'archives qu'il n'a pas connues .

 

1.       Arch. nat., S 237.

2.       Arch. nat., S 542, ensaisinement du 12 septembre 1786.

3.       Arch. nat., S 541.

4.       Arch. nat., S 542, ensaisinement du 15 octobre 1787.

5.       Arch. nat., S 237 et S 542, ensaisinement du 6 février 1789.

6.       Vieux-Montmartre, VI (fasc. 73), p. 75 et suiv.

7.       On ne parle pas de la maison de Mlle Dumesnil, rue Blanche, M. Mauzin ayant traité à fond le sujet ; Vieux-Montmartre, VII (fasc. 85), p. 1 et suiv.

 


 

 

— 280

La fin de la Tour. — Au moment du bail emphytéotique fait à Douet de Saint-Germain, l'actuelle rue de la Rochefoucauld était une ruelle « descendant dans la rue Saint-Lazare » et dite quelquefois « ruelle du Moulin-de-la-Tour ». La rue de la Tour-des-Dames était une autre ruelle, dite Saint-Georges, du nom de son prolongement oriental, qui aboutissait aussi, par un retour d'équerre, dans la rue Saint-Lazare. C'est seulement en 1745 que Pierre Berger de Recy, gros propriétaire dans cette dernière rue 1, s'entendit avec l'abbesse Catherine de la Rochefoucauld de Cousage pour aligner les deux ruelles et leur donner les noms officiels de rue de la Rochefoucauld pour la première et rue de Cousage pour la seconde. Cette dernière dénomination fut peu appliquée. Les actes et les plans appellent notre rue ruelle Baudin (à cause d'une famille de propriétaires du côté oriental), ruelle Saint-Germain (à cause de Douet), rue Bougainville (à cause de la maison du marin) 2, rue du Désert (plan de Verniquet), mais surtout rue de la Tour-des-Dames, nom qu'on appliquait aussi, par erreur, à la rue de la Rochefoucauld (plan de Jaillot).

Au n° 19 de cette dernière rue existe encore l'hôtel construit entre 1752 et 1756 par le banquier genevois Claude Philibert (page 277). Le 9 avril 1766, il signa son contrat de mariage, devant Hazon, avec Marie-Madeleine-Geneviève Delaviers, fille majeure, habitant déjà dans l'hôtel, construit probablement pour elle, les futurs époux se faisant don mutuel de leurs biens 3. Devenue veuve, Mme Philibert se remaria avec le marquis Armand de Matharel et, le 27 novembre 1790, devant Duclos du Fresnoy, revendit la propriété au baron Alexandre-Louis Hersant-Destouches et à Claudine-Maximilienne Louchier, sa femme.

Dès le 5 août 1782, devant Duclos du Fresnoy, ce Destouches avait acheté, pour 60 000 livres, le terrain faisant le coin de la rue de la Rochefoucauld et de l'ancienne ruelle Saint-Georges (ne 2, rue de la Tour-des-Dames) à Claude Turlin et à Élisabeth Courier, sa femme, qui, le 9 décembre 1780, avaient acquis de Douet de Saint-Germain la suite de son bail emphytéotique. En 1790, Destouches acheta aussi la « petite maison » de Douet (no 2, rue Royale). Enfin, en 1792, le terrain de la Tour, baillé par l'abbaye à Douet, ayant été saisi comme bien national, Destouches se le fit adjuger le 30 juin, sous le nom du sieur Grenard.

 

 

1.      Cf. p. 276 et chapitre I, p. 226, 227.

2.      Cf. chapitre I, p. 226.

3.      Cf. Dumolin, la Fin de la Tour-des-Dames, Vieux-Montmartre, avril 1925, p. 342 et suiv. On a rectifié ici différents noms estropiés dans les titres de propriété des immeubles.


 

 

 

— 281

Destouches perdit sa femme en mai 1795 et mourut lui-même le 1er octobre, laissant pour seul héritier son fils Alexandre-Étienne-Guillaume, préfet de Seine-et-Oise, sous la Restauration. En 1820, celui-ci se décida à lotir la propriété. Le 18 décembre, devant Riant, il vendit, pour 16 000 francs, à Jean-Augustin Lapeyrière, receveur général des finances de la Seine, 2 313 mètres de terrain, correspondant aux nos 2 à 6 actuels de la rue de la Tour-des-Dames. Le même jour, devant Riant, il vendit à M. Constantin 806 mètres, correspondant aux nos 15 et 17 de la rue de la Rochefoucauld et, le 25 octobre 1822, à Mme veuve Constantin, mère du précédent, pour 33 000 francs, le no 19, alors n° 7.

Mme Constantin se reconstitua une sortie sur la rue de la Tour-des­Dames en rachetant à Lapeyrière, le 15 novembre 1822, devant Fourchy, 258 mètres de terrain, représentant l'allée du n° 6 actuel, et, les 18 et 20 mai 1830, devant Clausse, revendit le tout pour 200 000 francs à Mme veuve Roch. En juillet 1834, celle-ci loua l'hôtel à Mlle Duchesnois, qui, obligée de vendre sa jolie maison du n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames 1, mourut dans sa nouvelle habitation le 8 janvier 1835. En 1847, Mme Roch fit bail aux tuteurs de Mme de Lavalette, veuve de l'ancien ministre des Postes de l'Empereur, laquelle, après avoir sauvé son mari en 1815, avait perdu la raison ².

A la mort de Mme Roch, en 1848, sa fille Nina, vicomtesse de Forestier, recueillit l'immeuble et le vendit, le 15 mars 1854, pour 205 000 francs, à Joséphine de Lavalette, veuve du baron de Forget, qui habitait avec sa mère. Celle-ci mourut dans la maison le 18 juin 1855. Elle habitait au rez-de-chaussée, dans l'ancienne salle à manger de l'hôtel, encore existante.

La baronne de Forget mourut en 1886 et ses héritiers vendirent l'année suivante au comte Ambroise-Théodore d'Étampes, dont les héritiers ont revendu, en 1923, à la Compagnie des forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, déjà propriétaire des nos 2 et 4, rue de la Tour-des-Dames, 15 et 17, rue de la Rochefoucauld ³.

 

1.       Sur cette maison, cf. Paul Jarry, Vieux-Montmartre, avril 1925, p. 277-290.

2.       Cf. Dumolin, l'Évasion de Lavalette, Bull. de la Soc. du VIIe Arrondissement, IV (1923), p. 135 et suiv.

3.       Cf. notre étude précitée, Vieux-Montmartre, 1925, p. 346-348.


 

 

 

— 282

III. — LA « PETITE MAISON » DU DUC DE RICHELIEU
RUE DE CLICHY

 

Dans le journal le Temps du 14 septembre 1926, M. Georges Montorgueil a consacré au centenaire du quartier de l'Europe un très intéressant article. Il y rappelait, en particulier, que le second Tivoli fut établi « au 34 de la rue de Clichy (il aurait dû dire à l'ancien 34), dans un pavillon qui avait appartenu au duc de Richelieu » et où fut plus tard édifiée la première église de la Trinité, suivant ainsi la version donnée par M. G. Capon dans son étude sur les Tivolis ¹.

Dans le numéros du 18 septembre parut une note rectificative, envoyée de Royan par le regretté Edgar Mareuse, où il était dit : « Quant au deuxième Tivoli (1810-1812), il fut tout à fait éphémère ; il était beaucoup plus haut que Gaston Capon ne l'a placé ; il a été, en effet, trompé par les changements de numérotage. Sur l'atlas de Maire de 1813, les jardins Richelieu sont dessinés avec soin ; ils étaient situés entre l'emplacement actuel de la rue Moncey et de la rue Nouvelle, aujourd'hui rue du Cardinal-Mercier... Quant à l'église de la Trinité, ce n'était pas la première, mais la seconde. La première était presque à l'angle sud-est de la rue de Calais et de la rue de Vintimille, et avait été ouverte au culte vers 1845, au moment du lotissement des terrains du troisième Tivoli ; elle a disparu il y a vingt-cinq ans environ. L'église actuelle, qui date de 1867, est donc la troisième. »

Trois jours après, dans une lettre du 21 septembre à M. Perrot, président du « Vieux-Montmartre », Mareuse lui annonçait une communication sur ce sujet. Il précisait que le deuxième Tivoli était l'ancien 34 de la rue de Clichy, qui devait correspondre au 36 ou 38 actuel, ce qu'il tâcherait de fixer par les titres de propriété, s'il pouvait les obtenir ; — que la première église de la Trinité était au 21 de la rue de Calais et la seconde « vers le 14 actuel de la rue de Clichy », ce qu'il indiquerait exactement dans sa communication.

Nous ne devions malheureusement pas l'entendre, puisque, parti le 1er octobre, en automobile, de Royan, la mort le surprenait brutalement, le 5 au matin, à Poitiers. On voudrait donc élucider à sa place le petit problème de la maison du duc de Richelieu, celui des églises de la Trinité n'offrant aucune difficulté. Mais il importe de dire de suite que Mareuse s'est complètement trompé dans sa rectification. Écrivant de Royan, loin de sa belle bibliothèque, il n'a pas relu Capon et s'en est tenu au plan de Maire, qui l'a induit en erreur. Capon ne s'est aucunement laissé prendre à la discordance des numérotages ancien et moderne. D'après l'ordre de police du 13 juillet 1811 cité par lui, il est certain que l'entrée et la sortie du second Tivoli se faisaient par les anciens nos 34 et 36, et il est non moins certain, d'après le plan de Jacoubet, invoqué par Capon, que ces anciens numéros ont été remplacés par l'actuel Casino de Paris. En les mettant « beaucoup plus haut », Mareuse n'a pas réfléchi que, la création de la place de la Trinité ayant supprimé six maisons de la rue de Clichy du côté pair, l'ancien 34 correspond à un chiffre beaucoup plus bas dans l'échelle actuelle, non au 38, mais au 18.

 

1.        Vieux-Montmartre, IV, p. 17 et 23.


 

 

 

— 283

Les jardins de Richelieu n'ont jamais été où il les met, entre la rue Moncey et la rue Nouvelle ; ils n'ont fait qu'y pousser une pointe et très tardivement, comme on va le montrer.

 

Premières églises de la Trinité. — Réglons d'abord la question des premières églises de la Trinité, pour lesquelles les indications de Mareuse sont très exactes. La première, commencée en 1849 et inaugurée le 29 mai 185o, peu après le lotissement du troisième Tivoli, reste de la « folie » La Bouexière ¹, existait encore il y a vingt ans au n° 21 de la rue de Calais et figure toujours, par inadvertance, sur certains plans actuels, bien qu'elle ait été remplacée, vers 1905, par une maison de rapport. La seconde, édifiée par décret du 2 septembre 1851 et inaugurée le 9 novembre 1852, était en face et un peu au sud de la rue de Tivoli, aujourd'hui rue d'Athènes, à l'emplacement du no 12 actuel de la rue de Clichy (ancien 30 de Jacoubet), comme le montrent tous les plans de l'époque, notamment celui du IXe arrondissement dans le Nouveau Paris de Labédollière (1860). C'était un édifice en bois peint, portant au tympan de son portail une peinture sur lave de Devers, imitant la mosaïque et représentant le Christ entre les symboles des évangélistes. Elle a disparu en 1868.

 

Divisions féodales. — L'emplacement de la « petite maison » du duc de Richelieu peut être fixé tout aussi sûrement d'après les documents d'archives.

Le chemin des Porcherons à Clichy montait jadis la côte en serpentant un peu et coupait l'actuel boulevard des Batignolles à la hauteur de la rue Biot, qui en est un ancien tronçon. Il fut rectifié vers 1730, suivant son tracé actuel. A l'emplacement des rues des Dames et Ganneron était un chemin, dit des Trois-Coins ou des Quignons, à cause de lieux dits du voisinage 2, ou « chemin des Porcherons à Clignancourt », ce qui est inexact, ou « chemin de Monceaux à la Hutte-aux-Gardes », ce qui était plus vrai 3. A son croisement avec le vieux chemin de Clichy (coin des rues Biot et des Dames) était plantée la croix de Montmoyen, qui avait sans doute donné son nom au grand fief voisin du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, réuni en 1740 au chapitre de Notre-Dame (croquis n° 15).

Le côté oriental du chemin de Clichy et le côté méridional du che‑

 

1.      Cf. chapitre I, p. 224-226.

2.      Voir la « montrée » de 1665 dans le chapitre sur Clignancourt.

3.      Le chemin de la Cure (lieu dit) aux Martyrs, indiqué sur le croquis, est représenté par les rues Tourlaque et Durantin. Cf. le plan de Deharme (1763).


 

 

 

— 284

Le côté oriental du chemin de Clichy et le côté méridional du chemin des Trois-Coins étaient bordés, sur une faible largeur, par un fief de l'abbaye de Saint-Denis, dit de la Panneterie ou du Pannetier, comme relevant de ce dignitaire du monastère 1. A l'est, ce fief touchait aux censives de Montmartre et de Saint-Germain-l'Auxerrois, à l'ouest aux terres du seigneur de Clichy. Le 6 novembre 1705, un premier bornage avait été fait par les abbayes de Saint-Denis et de Montmartre pour préciser leurs juridictions respectives. A la suite de la rectification de la rue de Clichy, deux nouveaux bornages furent arrêtés, le 28 mars 1733 entre l'abbaye de Saint-Denis et le chapitre de Saint-Germain, les 11-26 septembre 1749 entre la même abbaye et Gaspard Grimod de la Reynière, seigneur de Clichy2. Par la convention de 1733, l'abbaye céda au chapitre la partie méridionale de la rue de Clichy, qu'elle s'était d'abord attlibuée. Par celle de 1749, elle céda à Clichy, contre une autre parcelle, le triangle compris entre l'ancien chemin de Clichy, son nouveau tracé et le chemin des Trois-Coins.

Dans l'intervalle, le 12 février 1726, Gilles Dumontier, voyer de Saint-Denis, avait dressé un plan du fief du Pannetier, qu'il compléta ultérieurement et dont il fit des extraits pour les bornages de 1733 et 17492. Ces différents dessins indiquent l'hôtel de Richelieu, qui se trouvait à cheval sur les censives de Saint-Denis et de Saint-Germain, et, du côté occidental, la maison Brochet, où le nouveau tracé du chemin de Clichy se confondait avec l'ancien. On a groupé sur le croquis no 15 les différents renseignements qu'ils fournissent et qui intéressent aussi la grande propriété de La Bouexière, beaucoup plus étendue, avec ses 32 arpents un quart (environ 11 hectares), qu'on ne l'a cru jusqu'ici .

 

1.        Un autre fief du même nom se trouvait à Chaillot.

2.       La seigneurie de Clichy appartenait, vers 1720, à Marguerite-Thérèse Bautru, héritière de son grand-père maternel Macé Bertrand de la Bazinière et veuve de son cousin Nicolas Bautru, marquis de Vaubrun (cf. chapitre I, p. 223), qui mourut le 31 mars 1726. Son fils Nicolas-Guillaume, abbé de Vaubrun, en avait vendu la nue propriété, le 15 mars 1728, à Louis-Antoine Rouillé de Roissy, conseiller au Parlement, qui avait revendu, pour 240 000 livres, le 2 mai 1740, à Grimod de la Reynière. En 1755, la seigneurie passa à sa veuve, Marie-Madeleine Mazade, bientôt remariée au marquis de la Ferrière, puis, en 1773, à sa fille Louise, épouse de Marc-Antoine, comte de Lévis, enfin, en 1777, à sa petite-fille, Antoinette-Madeleine de Lévis, qui épousa son cousin Guy-Henri, marquis de Lévis, et revendit la seigneurie, en 1787, à la fabrique de Saint-Philippe-du-Roule ; cf. abbé Narbey, Hist. de Clichy.

3.       Arch. nat., S 2271 ; autre croquis du bornage de 1733, avec le procès-verbal, dans S 238-239.

4.       Cf., par exemple, Capon, loc. cit., p. 26.


 

 

 

— 285

(Croquis n°15)

 

 

 

— 286

Première maison Richelieu. — On sait que Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis, duc de Fronsac, puis duc de Richelieu, était né le 13 mars 1696 et devait mourir, à quatre-vingt-douze ans, le 8 août 1788. Le 12 février 1711, n'ayant pas encore quinze ans, il avait épousé Anne-Catherine de Noailles, fille du premier lit de la troisième femme de son père, qui en avait vingt et dont il se soucia peu. Aussi bien doué pour la figure que pour l'esprit, il devint « la coqueluche de la cour », dit Saint-Simon, et, livré à lui-même, « fit force sottises », qui obligèrent son père, trois mois après son mariage, à demander sa mise à la Bastille, où il resta plus d'un an. Entré aux mousquetaires en 1712, blessé à Fribourg en 1713, membre de l'Académie française en 1720, il renoua connaissance, à deux reprises, avec la Bastille, fut envoyé comme ambassadeur à Vienne en 1724 et nommé brigadier des armées en 1734, commandant en Languedoc en 1738, lieutenant général en 1744. En 1746, il fut renvoyé comme ambassadeur à Dresde. Promu maréchal de France en 1748, il commanda l'expédition de Minorque en 1756 et l'armée d'Allemagne en 1757, où il se discrédita par les rapines qu'il commit et laissa com­mettre. Sa carrière militaire était dès lors terminée et il vécut davantage à Paris, partageant son temps entre les intrigues de cour et les intrigues de boudoir. Veuf en 1716 de sa première femme, il s'était remarié, en 1734, avec Mlle de Guise, qu'il perdit en 1740, et convola une troisième fois, en 1780, à quatre-vingt-quatre ans, avec la jeune veuve d'un lieutenant général, M. de Booth. De son second mariage, il avait eu un fils, Louis-Antoine-Sophie, duc de Fronsac, né en 1736, marié en 1764 à Mlle de Hautefort, puis en 1776 à Mlle de Galliffet, et une fille, née en 1740, mariée en 1756 à Casimir, comte d'Egmont-Pignatelli et morte sans enfants en 1773. En 1774, l'avènement de Louis XVI et la froideur du nouveau roi lui avaient montré que son rôle de courtisan était aussi fini. Il mourut en 1788 dans son hôtel de la rue d'Antin, qu'il avait acquis en 1757 et fait remanier par Chevautet.

Ce qui a provoqué l'erreur de Mareuse, c'est que Richelieu eut deux domiciles aux Porcherons. Vers 1730-1732, il loua dans la rue de Clichy une maison toute construite et paraît l'avoir conservée comme locataire jusqu'en 1776. A partir de 1746, il acquit, en bordure de la rue Blanche et au nord de la maison précédente, un vaste jardin, qu'il ne put relier à la rue de Clichy qu'en 1776, lors du lotissement de la « folie » La Bouexière, et sur lequel il fit construire alors une nouvelle maison. C'est la première que vise Capon en parlant du deuxième Tivoli ; c'est la seconde qu'envisage Mareuse en invoquant le plan de Maire.

 


 

 

— 287

La première « petite maison » de Richelieu est très facile à identifier. En effet, elle est coupée presque en son milieu par la ligne ab, marquée en rouge sur le bornage de 1733, séparant le fief de la Panneterie du fief Montmoyen. Le même plan indique que le point a était à 140 toises (273 mètres) du coin de la rue Saint-Lazare. Si l'on reporte cette distance sur un plan actuel, en rétablissant l'ancien tracé de la rue Saint-Lazare, coupant obliquement la place de la Trinité, on constate que cette ligne ab sépare le no 22 actuel du n° 24.

(Croquis n° 16.)

 

La maison de Richelieu porte le n° 20 sur le plan d'ensemble du fief Montmoyen de 1729, dont le grand atlas en donne un plan détaillé ¹. D'après l'échelle, les longueurs y sont évaluées en perches de Paris, qui mesuraient 18 pieds, ou 3 toises. La maison formait un trapèze, ayant 21 perches 4/6 ou 65 toises (126m75) de façade 2 sur la rue de Clichy (dont 70 mètres environ au nord de la ligne ab et 57 mètres environ au sud), sur 33 toises de profondeur moyenne, soit 2 150 toises carrées, dont 152 pour les bâtiments et 1 998 pour le jardin. Les bâtiments, qui occupaient le tiers nord de la parcelle, comprenaient une cour, flanquée à droite du logement du portier, à gauche des communs et, au fond, le pavillon d'habitation, ayant environ 10 toises sur 5. Au sud, le jardin formait deux terrasses successives, en contre-bas, à cause de la déclivité du sol. En 1729, la maison tenait : au nord au sieur Péricard (lot 15), à l'est à Péricard (lot 15) et à Charlier (lot 12), au sud au sieur Gilbert, marchand de fer (lot 21), dont la maison portait l'enseigne du Bon-Laboureur (croquis no 16).

 

1.        Arch. nat., N2 Seine 4 et N4 Seine 8 (croquis n° 16).

2.       Le sommier des rentes nationales, de 1790, lui donne 70 toises 2 pieds 2 pouces de façade, soit 137m20 ; Arch. nat., Q2 200, fol. 112-115.


 

 

 

— 288

De tout ce qui précède, il résulte que le premier logis de Richelieu, ayant son mur méridional à 113 toises 9 pouces (220m6o) du coin de la rue Saint-Lazare et une façade de 65 toises (126m75), puis de 70 toises 2 pieds 2 pouces (137m20) quand le passage du lot 15 lui fut réuni, occupait l'emplacement des nos 16 à 38 actuels, anciens nos 36 à 46 de Jacoubet, et engloba ensuite le n° 40.

Le duc occupait cette maison avant 1733, puisqu'elle figure sous son nom sur le plan de bornage de cette époque 1. Il n'en était que locataire ou usufruitier, puisqu'on ne trouve aucune déclaration de lui, tandis qu'on a celles des divers propriétaires de l'immeuble.

Le 26 octobre 1717, devant Masson, les héritiers d'un sieur Baudin, cultivateur, vendirent le terrain des lots 15 et 20 aux héritiers Gillain, qui firent construire sur le lot 15 une maison bordant la rue Blanche et revendirent le tout, le 5 décembre 1719, devant Buirette, à Pierre Péricard, trésorier de France à Paris. Celui-ci garda pour lui la maison du lot 15 2, en se ménageant une allée aboutissant rue de Clichy, et revendit le lot 20, le 23 avril 1723, devant Péan, à Renée-Françoise Feydeau, agissant pour son mari, Jacques Papillon de la Grange, seigneur de Fonspertuis, capitaine des chasses du duc d'Orléans.

Papillon fit bâtir la petite maison décrite plus haut, puis fit faillite ³ et, le 18 janvier 1731, les commissaires royaux préposés à sa liquidation judiciaire adjugèrent l'immeuble, pour 25 000 livres, à Simon Moufle, secrétaire du roi, receveur général des finances à Amiens, — un des nombreux descendants des Moufle de la Tuilerie , — qui en passa déclaration au terrier de Saint-Germain le 27 juin 1738. C'est sans doute lui qui la loua, ou en vendit l'usufruit, en 1731 ou 1732, au duc de Richelieu.

Le 3 août 1742, devant Daoust, il la vendit à Barthélemy de Vougny de Boquestan, ancien capitaine de cavalerie au régiment de Brissac, qui la revendit moins d'un an après, le 2 avril 1743, devant Sauvaige, à Robert Jannel, avocat, contrôleur général des Postes, qui en passa nouvelle déclaration au terrier de Notre-Dame (ex-terrier de Saint-Germain-l'Auxerrois) le 14 juin 1743 ;

 

En 1724-1725, il louait au sieur Charpentier, dans la rue Cadet (no 16 actuel), l'ancienne maison occupée par le prince de Monaco ; Arch. nat., Q¹ 1099-1166.

Sa veuve, Madeleine Coutet, tutrice de ses deux filles mineures, la déclara à nouveau le 11 juillet 1744 ; Arch. nat., S 237.

3.            Arch. nat., V7 400. Le premier jugement pris contre lui par ses créanciers est du 10 avril 1717 ; l'affaire durait encore en 1764. En 1763, son fils Papillon de Fonspertuis, fermier général, fit faillite à son tour. Ils étaient cousins de Papillon de la Ferté, intendant des Menus-Plaisirs.

4.            Voir le chapitre sur Clignancourt.


 

 

 

— 289

elle couvrait alors 2 030 toises 6 pieds, dont 1 316 toises 2 pieds sur le fief de la Panneterie, et tenait au nord à la famille Péricard (lot 15), à l'est à la même (lot 15) et à Filleux de Roncière (lot 12), au sud à Lamarre (lot 21) ¹. Jannel renouvela sa déclaration au terrier de Saint-Denis le 17 mai 1758 2. Le 16 février 1757, devant Sauvaige, il avait acquis du fils de Filleux de Roncière le lot n° 12, puis, le 7 décembre 1758, acheta des filles de Pierre Péricard le lot n° 15 ³.

En 1790, le sommier des rentes nationales indique la maison comme appartenant aux héritiers Rigoley d'Ogny. Elle est parfaitement identifiée par sa superficie de 2 030 toises 6 pieds, par sa position à cheval sur les censives de Saint-Denis (1 316 toises 2 pieds) et de Notre-Dame (714 toises 4 pieds) et par la déclaration de Jannel du 14 juin 1743, rappelée en marge ; on lui donne 70 toises 2 pieds 2 pouces de façade, soit 137m20 4. Le dernier propriétaire était Claude Rigoley, baron d'Ogny, né à Dijon en 1725, intendant général des Postes et époux d'Élisabeth d'Alencé. Sa fille Marie avait épousé en janvier 1775 Jean-Anaclet, comte de Bassompierre, maître de camp du régiment de Picardie, et sa petite-fille Élisabeth-Pauline de Bassompierre fut baptisée, en décembre 1775, dans sa « maison de campagne » de la rue de Clichy .

A cette date, Richelieu devait encore occuper l'ancienne maison Jannel, puisqu'il ne fit bâtir l'autre qu'en 1776-1777 (ci-après). Mais le sommier montre que d'Ogny était aussi propriétaire d'une maison du côté occidental de la rue, sur la censive de Clichy, juste en face de la précédente et touchant au nord les jardins Boutin. Cette maison, qui avait 21 toises 2 pieds 2 pouces de façade, occupait l'emplacement du no 25 actuel 6. C'est là, certainement, qu'il habitait d'abord. En 1779, comme on le verra, il avait remplacé Richelieu. En 1790, la maison appartenait à son fils Claude-François, ancien officier aux dragons de Jarnac, et à son petit-fils Claude-Élisabeth, né en 1767 et capitaine en 1786 au régiment de Picardie. Le plan de Maire de 1808 l'indique encore sous le nom d'hôtel d'Ogny. Le sommier de 1790 montre qu'ils possédaient aussi, du côté occidental de la rue Blanche, les anciens lots 12 et 15, acquis par Jannel .

 

1.        Arch. nat., S 237 et S 241, ensaisinements nos 472, 554, 566 et 567.

2.       Arch. nat., S 2271, terrier, p. 30 et suiv.

3.       Arch. nat., S 241, ensaisinements nos 627 et 636. Il semble que ce « Filleux de Roncière » soit le même personnage que Fillion de Roncière, fils de Jeanne de Vertillac, dite « la Fillion », la célèbre entremetteuse, propriétaire aussi du terrain en face, qu'il vendit à Mlle Dumesnil. Capon, Vieux-Montmartre, IV, p. 321, et Mauzin, Ibid., VII, p. I. Ci-dessus, p. 275.

4.        Arch. nat., Q2 200, fol. 112-115.

5.       Registres de la paroisse, cités par l'abbé Narbey, Hist. de Clichy, p. 203.

6.       Arch. nat., Q2 198, fol. 222-226.

7.       Arch. nat., Q2 200, fol. 99 et suiv.

 


 

 

— 290

Deuxième maison Richelieu. — Passons à la seconde maison de Richelieu. C'est en 1746 que, à l'imitation d'Alexandre Le Riche de la Pouplinière 1, le duc avait commencé de nombreux achats pour se créer une propriété dans le quartier. Le 17 mars 1746, devant Demay, il acquit une maison de la rue Blanche de Jacques Vattebaux, maître vannier, et sa femme, qui l'avaient achetée, le 9 août 1723, devant Bapteste, des frères Florentin, qui la tenaient, le 20 mai 1772, devant Bapteste, du sieur Jean Gillain, qui l'avait fait bâtir sur partie de 2 arpents et demi, acquis, le 8 février 1721, devant Goudin, de l'architecte Pierre Nativelle et de sa femme, lesquels les avaient achetés, le 15 décembre 1719, devant Goudin, des héritiers de Thomas Bailly. C'est le lot 18 probablement et le n° 45 actuel ².

Le même jour, 17 mars 1746, devant Dutartre, Richelieu acquit trois autres maisons de la rue Blanche, avec deux jardins derrière, du curateur à la succession vacante de J.-B.-Gilles Brulay, procureur au Châtelet, qui les avait eues, les 8 mai et 25 août 1730, devant Touvenot, de Martin Cordroy et de Marie Baudin. Lot n° 16 (nos 39-41).

Le 5 avril 1746, devant Lechanteur, il acquit 10 toises de terre et une maison rue Blanche, de Pierre Dujardin, serrurier, dont les prédécesseurs n'offrent pas d'intérêt. Partie du lot 17 parallèle au lot 18 (n° 43).

Le 29 juillet 1746, devant Prevost le Jeune, il acquit de Noëlle-Marie Rubantelle l'usufruit d'un jardin potager, entre les rues de Clichy et Blanche, mesurant 29 toises de long sur 10, dont Martin Germain, maître sellier, lui vendit la nue propriété le 3 août suivant, devant Gervais ; il le tenait, partie par achat de Pierre Bourgeois, partie par échange avec Le Riche de la Pouplinière. Portion du lot 17 entre le lot 18 et le lot 15.

Le 26 août 1746, devant Prévost, Richelieu acquit encore du comte Maximilien de Watteville, propriétaire de plusieurs terrains rues Pigalle et la Rochefoucauld 8, l'usufruit d'une maison avec jardin rue de la Barrière-Blanche, près de la « Grande-Pinte » 4, lieu dit « les Portes-Blanches », mesurant 10 toises 1 pied et demi de large sur 29 toises de long.

 

1.       Ses achats datent de 1732-1744 ; cf. chapitre I, p. 225.

2.       La correspondance est indiquée sur la déclaration de Richelieu du 28 décembre 1779 ; Arch. nat., S 237. Ensaisinements dans S 241, nos 583, 584, 585, 588.

3.       Voir chapitre I, p. 231-232, et chapitre II, p. 277.

4.       La « Grande-Pinte » est le lot n° 2, ancien cabaret de Jacques Magny, adjugé à sa veuve, Élisabeth Davignon, le 28 juin 1724, et vendu par ses enfants le 22 décembre 1772, devant Giraudeau, à Jean Ramponeaux et à Barbe Georges, sa femme, qui le déclarèrent le 30 janvier 1773 ; Arch. nat., S 237.


 

 

 

— 291

Il en acheta la nue propriété, moitié le 23 mars 1751, devant Delaleu, des créanciers de Claude Hugault, marchand de fer, moitié le 4 juin 1753, devant Demay, de Mme Charpentier et consorts. Les vendeurs l'avaient achetée en commun, le 16 juillet 1737, devant Bapteste, de Martin Germain, maître sellier. La concordance est omise dans la déclaration de 1779 et les actes d'achat ne figurent pas dans les ensaisinements conservés. Mais il paraît évident, d'après l'identité des dimensions et du propriétaire initial, le sellier Germain, qu'il s'agit d'une seconde bande du lot 17, parallèle à la rue Blanche.

Le 7 décembre 1746, permission avait été donnée à La Pouplinière d'aligner la rue Blanche le long de son jardin, jusqu'à celui du sieur de Roncière (lot no 12). Le 25 juin 1747, la même permission fut donnée à Richelieu pour la partie de la rue comprise entre le pignon de sa maison (lot no 18) et celle de Roncière (lot no 12) ¹.

Ces achats ne constituaient qu'un embryon de domaine, les terrains acquis ne communiquant que par la partie méridionale (lot 15) avec la maison occupée comme locataire par Richelieu. Faute de fonds, de loisirs ou de suite dans les idées, les choses en restèrent là pendant trente ans. Comme je l'ai déjà dit (pages 286 et 289), le maréchal dut conserver durant cette période l'ancienne maison de Papillon, de Moufle et de Jannel, puisque les scènes que les rapports de police placent en 1765, 1766 et 1771 n'ont pu se passer que là 2 et puisque, en 1772, les registres de la paroisse de Clichy mentionnent l'inhumation d'Apolline Le Sueur, « concierge chez M. le maréchal duc de Richelieu, rue de Clichy 3 ». Ce n'est qu'en 1775 que l'occasion se présenta pour celui-ci de réaliser enfin son projet.

Du côté nord, les jardins achetés par lui (lots 16, 17 et 18) et l'ancienne allée de la maison Péricard (lot 15), — qui, depuis l'achat de ce lot par Jannel, avait dû être supprimée et réunie à la maison de Richelieu 4, - touchaient à la grande propriété commencée, de 1732 à 1744, par Le Riche de la Pouplinière, agrandie et aménagée, de 1747 à 1764, par Charles-François Gaillard de la Bouexière 5. Au sud, cette propriété se terminait en hache, descendant plus bas le long de la rue de Clichy que le long de la rue Blanche, où le jardin de Richelieu y faisait enclave. On le voit sur le plan qui est aux Archives et dont le « Vieux-Montmartre » possède la gravure, deux fois reproduite dans son Bulletin 6.

 

1.       Arch. nat., Z2 2385.

2.       Piton, Paris sous Louis XV, II, p. 209 ; III, p. 74, 93, 309.

3.       Abbé Narbey, Hist. de Clichy, p. 201. La maison est figurée, avec ses trois terrasses, sur le plan de Deharme (1763).

4.       Ceci résulte des tenants qui figurent dans les actes cités plus loin.

5.       Voir chapitre I, p. 224-225.

6.       Arch. nat., S 2271 ; Vieux-Montmartre, III, p. 316, et V, p. 39.


 

 

 

— 292

Charles-François Gaillard mourut en 1774 1 et, par sentence de licitation du Châtelet du 30 novembre, rendue entre ses héritiers, la propriété fut adjugée à son neveu, Jean-Hyacinthe-Emmanuel Hocquart, seigneur de Montfermeil, président au Parlement ². Le 15 avril 1775, devant Chavet, celui-ci la vendit à Guillaume-Élie Le Foullon, architecte juré expert, entrepreneur de bâtiments, et à Marie-Constance Cucu d'Hérouville, sa femme, moyennant 186 700 livres de principal, non compris les meubles et le pot-de-vin, cette somme étant payée 36 700 livres comptant et le solde en une rente de 7 500 livres. Une ventilation faite pour le paiement des droits de lods et ventes et con­servée, avec plan annexé, dans les archives du chapitre de Notre‑Dame, fixe à 55 700 livres la part correspondant à la censive de Saint-Denis (9 arpents trois quarts), à 118 800 livres celle de Montmartre (17 arpents et demi 24 perches) et à 12 200 livres celle du Chapitre (4 arpents 1 perche), la propriété couvrant au total 32 arpents un quart 6 perches 6 toises 1 pieds ³.

(Croquis n° 57).

 

Le Foullon la lotit et, le 13 août 1776, devant Dumoulin, vendit à Richelieu un terrain de 972 toises 1 pied 8 pouces, d'un seul tenant, dont 596 toises 3 pieds 3 pouces du côté de la rue Blanche et 375 toises 4 pieds 5 pouces du côté de la rue de Clichy.

 

1.            Le partage de sa succession ne fut fait, devant Rendu, que le 30 juillet 1776.

2.            Il était fils de Jean-Hyacinthe Hocquart, fermier général, et de Marie-Anne Gaillard (voir notre étude sur les Propriétaires de la place Vendôme, Procès-verbaux de la Commission du Vieux-Paris, 1927). Il habitait une belle propriété, avec grand jardin, faisant l'angle oriental de la Chaussée-d'Antin et de la rue Saint-Lazare. Il épousa en secondes noces, le 22 février 1778, sa cousine Catherine-Eugénie Gaillard de Beaumanoir et mourut en émigration, laissant cette veuve et une fille unique, Adélaïde-Jeanne Hocquart, qui furent remises, en 1799, en possession de ses biens.

3.            Arch. nat., S 240 ; le croquis est assez inexact (ci-joint, no 17).


 

 

 

— 293

Sur ce total, 772 toises 4 pouces étaient sur la censive de Notre-Dame et le reste sur celle de Saint-Denis. Le tout provenait de la propriété La Bouexière, dite « le Petit-Château », sise au bout de la rue du Coq et chemin de Clichy. Un plan des archives de Saint-Denis donnant le lotissement de la propriété La Bouexière ¹ montre qu'il doit s'agir du lot C (voir le croquis n° 15).

Par autre contrat du 16 octobre 1776, devant Dumoulin, le maréchal acheta encore à Le Foullon un grand terrain de 3 894 toises 2 pieds 10 pouces, dont 2 061 toises dans la censive du Chapitre et le reste dans celle de Montmartre, à prendre sur l'ancien parc de La Bouexière, du côté de la rue Blanche. La suite prouve que la vente comprend les lots A et B et une partie du lot E (croquis n° 18).

(Croquis n° 18)

 

Sur l'ensemble de ces terrains, le maréchal fit construire une jolie habitation et aménager un vaste parc, et, le 28 décembre 1779, devant Péron, passa déclaration au Chapitre de Notre-Dame de la partie de la propriété située sur le fief Montmoyen. La maison est dite tenir, au nord à un jardin ayant constitué jadis le parc de La Bouexière, au sud à la maison occupée par le baron d'Oigny, qui n'est autre que l'an­cienne maison de Richelieu (p. 289).

La seconde maison de Richelieu avait son entrée principale sur la rue Blanche, mais possédait aussi une issue sur la rue de Clichy, où elle prit en 1800, comme on verra plus loin, le no 18. Les actes et plans précités n'indiquent pas où était cette issue. Elle se trouvait, croit-on, dans la partie sud du lot D, vendu par Le Foullon au sieur Lardant, vers l'emplacement des nos 42 et 44 actuels.

Richelieu mourut le 8 août 1788 et, le 5 juin 1789, devant Quatre-mère, ses héritiers revendirent la propriété, pour 120 000 livres de principal, à Jean Arthur, négociant, et Suzanne-Caroline Dejean, sa femme, Jean-Jacques Arthur, leur fils, aussi négociant, et René Grenard, marchand mercier.

 

1.       Arch. nat., S 1271 ; il est basé sur le précédent.


 

 

 

— 294

L'acte, ensaisiné le 26 juin au Chapitre de Notre-Dame ¹, fournit quelques renseignements sur la seconde maison du maréchal. Elle se composait d'un pavillon d'habitation, précédé d'une cour, avec logement de concierge et de jardinier, et suivi d'un grand jardin ; la cour était close, sur la rue de Clichy, d'un mur avec porte cochère, servant d'entrée. A côté était une basse-cour, renfermant un autre logement de concierge, des remises et écuries. Le pavillon d'habitation était un édifice isolé, de forme octogonale, placé devant le mur de la terrasse et au bout de l'allée tracée à droite de celle-ci. Il était flanqué de deux ailes, réunies par une face en pan coupé, et comprenait un étage souterrain, un rez-de-chaussée, un premier étage, « dans partie duquel il y a des entresols », et un second étage, couvert en terrasse, avec balustrade. Dans la partie méridionale du jardin était un bâtiment appelé « l'Hermitage », percé de cinq croisées de face et élevé d'un rez-de-chaussée et d'un étage.

Devant le pavillon principal s'ouvrait une double rangée d'arbres, « avec charmilles d'appui », divisant le jardin en deux parties ; derrière l'Hermitage, une allée de tilleuls conduisait à une « salle », plantée des mêmes arbres, et à « une figuerie, placée dans l'enclave formée par le retour du mur mitoyen et du mur de face sur la rue Blanche, du costé de Paris ». Au nord de la terrasse était la seconde partie du jardin, consistant en un quinconce s'étendant sur toute la longueur de la terrasse, avec, au bout, un compartiment de basse charmille, le surplus étant divisé, par deux allées tournantes, en diverses salles de verdure, décorées de statues, vases, gaines et autres ornements en terre cuite ou en pierre. Ces frondaisons cachaient un réservoir, recevant les eaux d'une pompe en cuivre, avec balancier et manivelle de fer et tuyaux de plomb. Tous les murs du jardin étaient garnis d'arbres, de palissades, d'espaliers et de treillages avec ceps de vigne. Sur les 120 000 livres du prix de vente, 10 000 correspondaient aux terrains sur la censive de Saint-Denis, 28 000 à ceux de Montmartre et 82 000 à ceux du Chapitre de Notre-Dame.

Quelques mois après, Jean-Jacques Arthur, le fils, riche fabricant de papiers peints de la rue Louis-le-Grand, devenait un fougueux révolutionnaire et un membre influent de la section des Piques. Le 10 août 1792, à l'attaque des Tuileries, il se rendit à jamais fameux en dévorant le coeur d'un Suisse qu'il avait assassiné. Membre de la Commune, c'est lui qui, en 1793, fit arrêter le ministre Clavière et provoqua son suicide. Arrêté lui-même après la chute de Robespierre, il fut guillotiné, à trente-quatre ans, le 12 thermidor an II (30 juillet 1794) ².

 

1.       Arch. nat., S 542.

2.        Arch. nat., W 434, dossier 978 ; Campardon, Tribunal révolutionnaire, I, p. 429, 552.


 

 

 

— 295

La maison de la rue de Clichy, dont il était copropriétaire, fut confisquée et adjugée comme bien national à un sieur Dejean, qui devait être le beau-frère d'Arthur père. Celui-ci y habitait encore en ventôse an VIII, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Elle portait alors le no 18 et le surnom de « Pavillon-de-Richelieu ». Le 18 floréal an V (7 mai 1797), Marie-Suzanne Arthur, épouse de Louis-Julien Gohin et fille de l'ancien condamné, obtint la restitution des biens de son père et, en ventôse an IX (février 1801), fit opposition à l'enlèvement des glaces du pavillon Richelieu, quand on voulut les vendre au profit du Trésor ¹.

A ce moment, la maison était occupée par la belle Mme Hamelin, et c'est là que fut arrêté, en 1802, son amant, le colonel Fournier, accusé de conspiration².

Le sommier de 1790 place le terrain de « M. Grenard » immédiatement au nord de celui de M. Rigoley d'Ogny (cf. page 289) et lui donne 66 toises 4 pieds 7 pouces de façade sur la rue de Clichy (130 mètres), ce qui correspond aux nos 44 à 48 actuels et prouve que, peu après leur achat aux héritiers Richelieu, Arthur et Grenard avaient dû acheter à Lardant tout le terrain D (cf. page 293). En 1811, les renseignements donnés par M. Capon sur le deuxième Tivoli établissent nettement que le sieur Baneux, organisateur du spectacle, s'était rendu aussi acquéreur ou locataire de la propriété d'Ogny (anciens lots 12, 15 et 20), au moins de la partie donnant sur la rue de Clichy (lot 20), et avait ouvert par là une communication avec les jardins de la seconde propriété Richelieu ³.

 

Les voisins. — Voilà ce que semblent apprendre les archives sur les petites maisons du maréchal rue de Clichy. Elles fournissent aussi quelques renseignements intéressants sur les maisons voisines.

Par acte d'août 1777, ensaisiné le 26 4, Le Foullon vendit au sieur François-Alexandre Gély une parcelle de 480 toises 2 pieds 3 pouces, dont 103 toises 3 pieds sur la censive de Notre-Dame et le reste sur celle de Saint-Denis. Gély y fit construire une maison entre cour et jardin, qu'il revendit, le 29 novembre 1780, devant Collas de Marimon, pour 34 000 livres, à Jacques Chechin de Beaurepaire, bourgeois, dont l'achat fut ensaisiné le 2 décembre suivant 5. Le plan précité des archives de Saint-Denis indique comme vendu au sieur Gély le lot E, correspondant au no 50 actuel, dont la vieille porte du XVIIIe siècle a survécu.

 

1.        Arch. Seine, Dom., cartons 415, dossier 5229.

2.       Gilbert Augustin-Thierry, l'Affaire Donnadieu, Rev. des Deux Mondes, 1908, p. 45 et 554.

3.       Capon, loc. cit., p. 18.

4.       Arch. nat., S 2487, table ; la page correspondante, 145, manque.

5.       Arch. nat., S 2487, p. 168.


 

 

 

— 296

Le 11 novembre 1778, devant Laroche, Le Foullon vendit une autre parcelle de 411 toises, dont 10 toises 3 pieds de face sur la rue et 39 toises 3 pieds 10 pouces de profondeur moyenne, au sieur Philippe-Marie-Nicolas Perrard, qui la revendit le 3 février 1781, devant Laroche, pour 10 000 livres, à Pierre-Antoine Duret, peintre du roi, demeurant rue du Faubourg-Montmartre. La longueur de façade sur rue était à prendre « à partir du mur mitoyen du sieur Gély » 1. Cette parcelle, tout entière sur le fief de Saint-Denis, ne figure pas sur le plan de lotissement et doit correspondre à la partie du lot D voisine de E (no 48 actuel) ².

Le 12 avril 1779, devant Dehérain, Le Foullon vendit une grande parcelle, ayant 17 toises de face sur la rue et couvrant 2 072 toises 4 pieds 8 pouces, dont 465 toises sur la censive de Notre-Dame et le reste sur Montmartre et Saint-Denis, à Gaspard-Louis Rouillé d'Orfeuil, maître des requêtes, intendant des villes frontières de Champagne, et à Anne-Charlotte Bernard de Montigny, sa femme, qui la déclarèrent le 25 juin au terrier de Notre-Dame ³. Elle est dite tenir, d'une part au sieur Gély et au maréchal de Richelieu, de l'autre au sieur Le Foullon. Elle correspond, d'après le plan de Saint-Denis, au lot F et aux nos 54, 54 bis et 56 actuels, ainsi qu'à une partie de la rue Nouvelle. Rouillé y fit construire un grand hôtel, qui fut loué en 1790 à l'Anglais Crawfurd, l'ami de la baronne de Korff, et qui, acheté par l'État en 1826, devint la prison pour dettes, dite de Clichy .

En 1780, Le Foullon vendit encore trois autres parcelles, au nord de la précédente, aux sieurs Pasquier père et fils et Moinery 5 ; elles correspondent aux lots G, H, I et aux nos 56 bis, 58 et 60 ; elles sont représentées sur le plan du troisième Tivoli, y faisant enclave, le lot Moinery (ou I) ayant, comme on le verra, plus de 20 toises de face 6.

 

1.       Arch. nat., S 2487, p. 169. La page du premier ensaisinement, 155, manque ; mais la date de l'achat est donnée par le second, qui est du 18 février 1781.

2.       Duret était le frère du sculpteur François-Joseph Duret, auteur du fronton de Saint-Philippe-du-Roule, l'oncle du sculpteur Francisque-Joseph Duret (1804-1865), auteur de la fontaine Saint-Michel et de très nombreuses oeuvres parisiennes.

3.       Arch. nat., S 237 ; l'ensaisinement à Saint-Denis (S 2487, p. 159) manque.

4.       Cf. Vuaflart, Mélanges Le Senne, p. 298.

5.       Arch. nat., S 2487, p. 164 et 165, qui manquent.

6.       Capon, loc. cit., p. 32-33.


 

 

 

— 297

Le sommier de 1790 confirme à peu près ces identifications, avec cependant une petite discordance qu'il est assez difficile de résoudre 1. Au nord du terrain de Grenard, ancienne propriété Richelieu (cf. page 293), il met un terrain à Mme veuve de Verville, ayant 10 toises 5 pieds 2 pouces de façade, puis, au nord, la parcelle de Rouillé d'Orfeuil, parfaitement identifiée par sa superficie et la déclaration du 25 juin 1779 rappelées en marge. Si la maison de Mme de Verville est l'ancienne maison de Gély (no 50), comme ses dimensions le font croire, il faut supposer que la parcelle de Duret, mitoyenne de celle de Gély (page 296), a été ensuite absorbée dans les achats d'Arthur et Grenard (page 293).

Au nord de la parcelle Rouillé, entre celle-ci et les terrains demeurés aux héritiers de Le Foullon, le sommier en met bien trois : l'une de 14 toises 5 pieds 9 pouces de face à M. de la Roque (ancien lot G de Pasquier fils), la seconde de 9 toises 4 pieds 8 pouces à M. Pasquier père (lot H), la troisième de 20 toises 2 pieds 10 pouces à M. Moinery (lot I).

Le Foullon paraît avoir arrêté ses lotissements au no 60 actuel. Il garda entière, faute peut-être d'acquéreurs, la partie septentrionale de l'ancienne folie La Bouexière, comprenant le joli pavillon construit par Carpentier, que ses héritiers revendirent, pour 73 500 livres, le 8 germinal an III (28 mars 1795), à James Monroë, ambassadeur des États-Unis, et à Elisa Kortingh, sa femme, — que ceux-ci cédèrent, en l'an VII (1799), à Henriette Kingtley, épouse non commune en biens de Jacques Mathis, et que celle-ci revendit, pour 100 000 francs, le 1er avril 1806, devant Chodron, à Jean-Henri-Lucien Greffulhe, fils aîné, le futur comte Greffulhe 2. C'est la propriété ainsi réduite qui figure sur les plans de Verniquet (1791) et de Maire (1808, 1813), et qui devint, en 1826, le troisième Tivoli, dont M. Capon a reproduit le plan ³. Elle formait à peine la moitié du « Petit-Château » du fermier général.

Disons, enfin, quelques mots de la partie méridionale de la rue, toujours du même côté. On a vu que, en 1729, la première maison de Richelieu tenait au sud à celle du sieur Gilbert, marchand de fer, à l'enseigne du Bon-Laboureur (page 287), en 1743 à celle du sieur Lamarre (page 289). En I790, ce lot, n° 21 du fief Montmoyen, qui mesurait 47 toises 1 pied 5 pouces de face, avait formé quatre maisons.

 

1.       Arch. nat., Q2 200, fol. 114-115.

2.       Arch. Seine, Dom., carton 507, dossier 947.

3.       Capon, loc. cit., p. 32-33.


 

 

 

— 298

La plus au nord (n° 12 actuel), ayant 11 toises 5 pieds de face, appartenait à François-Louis, baron d'Escherny, chambellan du roi de Prusse, à qui elle avait été adjugée, par sentence du Châtelet du 2 août 1780, sur les héritiers de Guillaume Gilbert, et qui l'avait déclarée le 15 décembre suivant I. C'est là que s'éleva plus tard la seconde église de la Trinité (cf. page 283). La maison suivante (n° 10), ayant 12 toises 4 pieds de face, était la propriété de Mme Gilbert, veuve de Guillaume Gilbert, marchand de fer, qui l'avait déclarée le 29 juin 1769 et qui lui-même était fils du Gilbert de 1729. La suivante (emplacement de la rue de la Trinité), mesurant 11 toises 2 pieds 9 pouces de face, appartenait à M. Thomas Robec, qui l'avait déclarée le 2 août 1775. Enfin la suivante (n° 8), de 11 toises 1 pied 8 pouces de face, appartenait à Mme de la Marre, dont la belle-mère, Claude-Jeanne Gilbert, veuve de Jacques de la Marre, l'avait déclarée le 30 septembre 1738.

Au sud du précédent, le lot 22, qui mesurait près de 60 toises de face, avait formé, en 1790, huit immeubles, savoir : deux maisons au ménage Robec, ayant 15 toises 4 pieds de face (nos 6 et 4), déclarées aussi en 1775 ; — une maison à M. de Paulians, de 13 toises 3 pieds 4 pouces de face (no 2) ; — une à M. de Vismes, de 4 toises 4 pieds ; —une encore à M. Robec, de 6 toises 5 pieds 10 pouces ; — enfin, trois à Jean Ramponeaux, le propriétaire de la Grande-Pinte 2, de 18 toises 5 pieds 8 pouces de face.

Enfin, au sud du lot 22, le lot no 1, faisant l'angle de la rue Saint-Lazare et ayant 6 toises 6 pouces de face sur la rue de Clichy, appartenait à M. Besallet. C'était le cabaret de la Belle-Chopine, rival malheureux de son voisin la Grande-Pinte, qui appartenait en 1729 à Le Tellier, puis à sa veuve, remariée à Claude Millin, qui avait vendu, le 10 juillet 1744, à Jean Magny³.

Ces six dernières maisons, dont une avait abrité, en 1805, Mme Hugo et ses enfants 4, ont été supprimées par le square de la Trinité, qui a ainsi amputé le côté pair de la rue de Clichy de 36 toises 4 pieds, ou 71m50.

 

 

 

CHAPITRE III

CLIGNANCOURT

SES SEIGNEURS ET SES PRINCIPAUX HABITANTS

 

 

Charles Sellier a consacré aux Seigneurs de Clignancourt un des meilleurs chapitres de ses Curiosités du Vieux-Montmartre, où il a cité à peu près tous les documents connus sur la question 5.  

 

1.       Arch. nat., S 237.

2.       Cf. ci-dessus, p. 290, note 4.

3.       Arch. nat., S 241, ensaisinement no 573.

4.       Ed. Biré, V. Hugo avant 1830, I, p. 47.

5.        Curiosités, p. 191-271.


 

 

 

— 299

Mais il ne semble pas qu'il les ait présentés avec une clarté suffisante et on se perd un peu, à première et même à seconde lecture, dans la hiérarchie des fiefs de Clignancourt, de Turquan et de Pommereux, comme dans les différentes « maisons seigneuriales » qui en auraient dépendu. On se propose donc de fixer plus nettement les grandes lignes du sujet et d'ajouter quelques renseignements, d'après les déclarations et les cueillerets, sur les habitants les plus notables du village ¹.

 

La terre de Clignancourt. — La donation de Louis VI à l'abbaye de Montmartre ne comportait, dans la région nord de Paris, que la butte elle-même et une petite annexe de champs cultivés au sud, peut-être l'ancienne « culture Morel », plus tard la « culture des Dames ». Au nord et à l'est, les terres relevaient de l'abbaye de Saint-Denis et faisaient partie de sa dotation initiale, comme le prouve la charte de confirmation du 25 janvier 1008 2. Au nord, juste au pied de la butte, se trouvait le hameau de Clignancourt (on écrivait jadis Clignencourt), formé autour de la maison de campagne (cortis) de quelque chef franc ³.

Dès le XIIe siècle, et peut-être avant, l'abbaye de Saint-Denis donna en fiefs les terres dépendant du village, c'est-à-dire qu'elle déléguait, moyennant finances, à des particuliers, le droit de toucher à sa place les taxes féodales attachées au sol sur un territoire stipulé au contrat. Le prix de ces petits fiefs étant fonction de leur revenu, leur achat était un placement comme un autre, qui procurait en outre aux roturiers se portant acquéreurs la satisfaction d'accoler à leur nom un titre nobiliaire. L'abbé de Saint-Denis se réservait les droits de justice et le possesseur du fief lui devait un aveu à chaque changement de feudataire ou de suzerain. Ces petits fiefs pouvaient eux-mêmes donner naissance à des arrière-fiefs, généralement par mariages, un seigneur faisant figurer dans la dot de sa fille, avec l'assentiment de son suzerain, une fraction de ses droits féodaux, à prendre sur des parcelles déterminées. Ces quelques indications étaient indispensables pour comprendre ce qui va se passer à Clignancourt.

 

Le fief Harent. — Chose rare, on peut suivre, dans les archives de Saint-Denis et de Montmartre, la suite presque ininterrompue des possesseurs d'un de ces fiefs, du XIIe au XVIIIe siècle. Chacun d'eux s'intitule, bien entendu, « seigneur de Clignancourt », quoiqu'il ne le soit qu'en partie.

 

1.       On laissera de côté les maisons de la Boule-d'Or (112, rue Marcadet), Labat (71, même rue) et du Château-Rouge (rue Ramey), dont Sellier a fait l'historique, loc. cit., p. 273, 287 et 297.

2.       Lasteyrie, p. 107 ; Sellier, p. 192.

3.       Le premier terme est obscur ; le nom est seul de son espèce en France ; Bournon, Additions à Lebeuf, p. 534.


 

 

 

— 300

Le premier qu'on trouve ainsi qualifié est Adam Harent (avant 1197), qui a pour suzerain Hugues le Loup (Hugo Lupus), personnage notable de l'époque, appartenant à la famille des Bouteillers de Senlis et qu'on rencontre dans un grand nombre d'actes. Il s'agit donc d'un arrière-fief, qui d'ailleurs s'étend très loin, non seulement sur le territoire de Clignancourt, mais sur ceux de la Villette, de Belleville et jusqu'au faubourg Saint-Antoine. Harent 1 a pour successeur son fils, prénommé aussi Adam (avant 1232), et celui-ci son fils Jean (après 1260). Mais, à la mort de ce dernier (1287), un important changement se produit. D'abord, les Bouteillers de Senlis revendent leurs droits sur le fief Harent, mouvant de leur seigneurie de Villepinte, à l'abbé de Saint-Denis, de qui le fief Harent relève désormais directement. Ensuite, ce fief est démembré. Une moitié, héritée par Isabelle Harent, épouse de Thomas de Nesle, est vendue par elle à Jacques Gentien, d'une grande famille bourgeoise (1287), de qui elle passe à Geoffroy Cocatrix (avant 1321), qui donne son nom à cette moitié. Son dernier titulaire, Edme Privé de Chavigny, la cédera en 1686 à l'Hôpital général ². Elle ne nous intéresse pas, car elle ne comprend pas le domaine de Clignancourt.

L'autre moitié du fief, y compris ce dernier domaine, passe, en 1287, à Gauthier de Clignancourt, cousin germain du père de Jean Harent, et est cédée par sa veuve Agnès, en 1315, à Guyot de Verdelo, qui en fait directement l'aveu à l'abbé de Saint-Denis, le mercredi suivant la deuxième quinzaine de Pâques. En 1315, Pâques tombant le 30 mars, cette date est le 30 avril ³.

 

1.       Sur lui et sa famille, cf. Des Cilleuls, Mém. de la Soc. de l'Hist. de Paris, XXII, p. 30 et suiv.

2.       Des Cilleuls, Domaine de la Ville, p. 89-90 ; Parloir aux Bourgeois, p. 31-32 ; Sellier, p. 199, note 2, qui attribue à tort la part de Verdelo à Cocatrix. Le 6 septembre 1601, la Chambre du Trésor rendit un arrêt, déboutant le fermier du domaine royal de ses prétentions sur le fief Cocatrix, ou Harenc, appartenant alors à Nicolas Privé, secrétaire de M. le Prince. Il se compose de 200 maisons et de 115 arpents, en neuf pièces, au faubourg Saint-Antoine et dans le voisinage de la Bastille, dont l'arrêt fixe les limites. Jeanne de Viste, dame du Fresne, en a fait l'aveu à l'abbé de Saint-Denis le 3 janvier 1536. Le 3 août 1584, il appartenait à Renée Baillet, veuve de Jean de Thou et tutrice de ses enfants mineurs (Arch, nat., Q1 109939).

3.       Arch. nat., S 2245B ; Sellier, p. 200.


 

 

 

— 301

Mais il n'est pas le seul à se partager les terres de l'endroit. En effet, le mercredi après Pâques fleuries 1316 (soit le 7 avril), Isabelle, dame de Fontaine-Archière, veuve de Philippe de Nanteuil, seigneur de Mérencourt, revend à l'abbaye de Saint-Denis, moyennant 300 livres, les terres situées à Clignancourt et Montmartre qu'elle tenait en fief de celle-ci, savoir : une maison à Clignancourt, avec colombier et un arpent de vignes, tenant au chemin qui va de Clignancourt à Montmartre (rue du Mont-Cenis) et à la maison de feu Jean Harent, plus 6 arpents de terre en deux pièces, au voisinage de la même maison Harent 1. Le dimanche de Quasimodo de la même année (soit le 18 avril), devant les notaires Richard de la Balle et Nicolas de Gisors, Guillaume de Châteauvillain, sire de Boissy-sur-Morin, vend à l'abbaye de Saint-Denis, moyennant 408 livres, un manoir à Clignancourt et diverses terres qu'il a eues par échange d'Émard de Ver et qui relèvent de la « dame de Clignancourt 2 », laquelle doit être Isabelle de Fontaine-Archière.

D'autres actes semblables doivent nous manquer. Ils montrent que, quand l'abbaye est en fonds, elle rachète ses anciennes concessions féodales pour profiter de la plus-value des terres, ou « croît de cens ». On en verra plus loin un autre exemple.

Après Guyot de Verdelo, il semble bien que la partie de l'ancien fief Harent qui nous occupe passe à Adam Paon, bourgeois et échevin, puis à Benoît d'Aubigny, à son neveu Jean (1340), qui vend à Girard de la Chapelle, qui lègue à sa nièce Jeanne de Fontenay, qui doit vendre à Jean Cosson et celui-ci à Jean. Turquan, lieutenant criminel à la prévôté de Paris. Le fief prend dès lors le nom de fief Turquan, mais il ne faut pas oublier que c'est une fraction du fief Harent.

 

Le fief Turquan. — En 1406, il échoit à un cousin, appelé aussi Jean Turquan, dont le second aveu, du 26 novembre 1426, montre que le domaine s'étend jusqu'au Val-Larroneux (faubourg Poissonnière, déjà cité en 1265), la Villette, Poitronville (Belleville), Baffer (Basfroi) et la bastide Saint-Antoine ³. Il le lègue à son cousin Pierre Turquan, mineur, dont le père Jean, procureur général au Châtelet, rend l'aveu en son nom le 1er octobre 1433.

 

Le fief Le Maçon. — A ce moment apparaît un arrière-fief, dépendant du précédent, dont Jean Le Maçon l'aîné, orfèvre, fait l'aveu à Jean Turquan le 5 mars 1435.

 

1.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse, original ; Sellier, p. 200.

2.       Arch. nat., S 4436-4437, 2e liasse, vidimus du 27 septembre 1343 ; acte non cité par Sellier.

3.       Arch. nat., 2245B et Q1 1042. Sur le « Val Larroneux », cf. chapitre I, p. 186, note.


 

 

 

— 302

Cet arrière-fief a appartenu jadis à Laurent Boucquier, à Jean de Compiègne père et fils, à Guillaume de Saint-Yon, à Nicolas et Jean Marcel, bouchers, héritiers de la femme du précédent, enfin à Augustin Ysebarre, qui l'a vendu à Le Maçon 1. Il consiste en un hôtel à Clignancourt, avec un jardin couvrant 3 quartiers et demi, un arpent de vignes et un revenu de 40 sous de menus cens sur différentes terres 2. Cet arrière-fief tire vraisemblablement son origine du démembrement qui a suivi, en 1387, la mort de Jean Harent. Le 19 octobre 1443, devant Guillaume Hemonnet, Guillaume Le Maçon, changeur, avoue de nouveau ce fief, comme donataire de son frère Jean, héritier lui-même de Jean l'aîné, leur père ³.

Le 16 février 1479, les Dames de Montmartre achètent au changeur Pierre Hiver, moyennant 100 sols de rente, une maison avec colombier et 2 arpents de vignes, située à Clignancourt, « devant l'orme dudit lieu », et tenant à Jean Le Maçon et au chemin de Clignancourt à Montmartre . Sellier juge cette description identique à celle de la maison vendue, en 1316, par Isabelle de Fontaine-Archière à l'abbaye de Saint-Denis (page 301). C'est loin d'être évident. Si les deux maisons ont un colombier et bordent la rue du Mont-Cenis, la première a un jardin d'un arpent, la seconde de deux, et rien n'indique que la maison mitoyenne de Jean Le Maçon soit la même que celle de Jean Harent. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la maison d'Hiver, se trouvant devant l'orme du lieu, symbole de la justice seigneuriale, est au centre du village, c'est-à-dire au croisement des rues du Mont-Cenis et Marcadet, sans qu'on puisse préciser à quel angle, mais certainement au voisinage de la maison seigneuriale dudit lieu, qui est distincte de la précédente.

En 1465, 1476 et 1514, Pierre Turquan renouvelle l'aveu de son fief, qui a toujours la même étendue. En 1518, ce fief appartient à ses deux gendres, Étienne Destas et François de Larche, puis, en 1523, au second seul, notaire au Châtelet, par suite de partage avec ses cohéritiers.

En 1543, l'arrière-fief Le Maçon appartient par moitié à Guillaume de Pommereux, maître des Comptes, époux de Marie Le Maçon, fille de Guillaume, et à son fils Jean, avocat au Parlement 5. Le fief est dit désormais de Pommereux.

 

La seigneurie de Clignancourt. — La famille Ligier. — Tous les seigneurs de Clignancourt qu'on vient d'énumérer (sauf peut-être la dame de Fontaine-Archière) n'avaient droit à ce titre qu'en partie et par procuration.

 

1.        Saint-Yon et Ysebare sont aussi des noms de bouchers de l'époque.

2.       Arch. nat., S 4436-4437. Le carton S 4439 renferme un vieux registre d'ensaisinements du fief de Jean Le Maçon en 1427.

3.       Arch. nat., S 4436-4437 et QI 1042.

4.       Arch. nat., S 4436 ; Sellier, p. 207-208.

5.       Arch. nat., S 4436, 1re liasse, et Q1 1076. Le carton S 4439 renferme un autre registre des ensaisinements de 1533 à 1544.


 

 

 

— 303

Le vrai seigneur du lieu restait l'abbé de Saint-Denis, qui conservait le droit de justice, l'hôtel seigneurial, avec sa geôle et son pressoir banal, et un important domaine non aliéné en fief. Le 6 octobre 1565, on le voit affermer les revenus fonciers de ce domaine, y compris l'hôtel seigneurial, moyennant 120 livres par an, à Pierre de Rue, boulanger, qui, le 11 juin 1567, cède le reste de son bail à Pierre Trochereau, laboureur.

Mais, en 1568, le roi Charles IX obtient du pape que le clergé aliène des domaines jusqu'à concurrence de 50 000 écus d'or de rente, pour l'aider dans sa lutte contre les protestants. L'abbaye de Saint-Denis, taxée pour sa part à 300 écus soleil de rente, met en vente, entre autres biens, la seigneurie de Clignancourt. Les enchères, commencées le 3 avril 1569, aboutissent le 13 mai à l'adjudication à Jacques Ligier (ou Liger), bourgeois, moyennant 2880 livres, représentant 120 livres de rente, et 5 % de frais. La cession comprend les droits de justice, haute, moyenne et basse, la maison seigneuriale et tous les revenus fonciers des terres affermées en 1565 à de Rue 1. Cette fois (la première depuis 1315 au moins), Jacques Ligier est bien seigneur de Clignancourt et c'est à lui que les titulaires du fief Turquan devront foi et hommage.

Jacques Ligier, qui habite rue Saint-Jacques, contre la chapelle Saint-Yves, est trésorier du cardinal Charles de Bourbon, un des trois délégués du pape pour l'application de la taxe sur le clergé, ce qui explique son intervention. Il s'intitule désormais « seigneur de Clignancourt et de Montmartre en partie ». Le 3 mars 1579, il obtient de Pierre de Gondi, évêque de Paris, l'autorisation de faire construire une chapelle, près de sa maison seigneuriale, en l'honneur de la sainte Trinité, et d'y faire dire une messe basse tous les jours par la curé de Montmartre, de qui cette chapelle dépendra, ou par un prêtre agréé par celui-ci, sans que cette fondation dispense les habitants de Clignancourt d'assister les dimanches et jours de fête à l'office paroissial ². C'est l'emplacement du n° 67 actuel de la rue du Mont-Cenis.

Jacques Ier Ligier meurt en 1581 et le fief passe à sa veuve, Marie Buhot, commune en biens avec lui. Le 28 juillet 1579, son mari en a affermé les revenus fonciers, pour neuf ans, moyennant 46 écus sol deux tiers, ou 140 livres, et quatre douzaines de pigeons, à Pierre Trochereau, précédemment fermier de l'abbé de Saint-Denis (ci-dessus).

 

1.       Arc. nat., S 4436-4437, 2e liasse.

2.        Arch. nat., S 4436-4437, 3e liasse. En 1615, Henri de Gondi autorisa à y dire la grand' messe le dimanche en hiver, les habitants de Clignancourt ne pouvant aller à Montmartre par le mauvais temps. Lebeuf (I, p. 457) n'est pas exact.


 

 

 

— 304

Le 10 août 1584, Marie Buhot reloue, au même prix, à Nicolas Moreau, sergent au bailliage du Palais ¹.

Le 5 mars 1585, Jacques II Ligier, secrétaire du roi, fils aîné de Jacques Ier, tant en son nom qu'au nom de sa mère et de ses frères et soeurs, fait l'aveu de son fief au cardinal de Guise, abbé de Saint-Denis. Ce fief comprend : le logis seigneurial, formé de deux grands corps d'hôtel, colombier, pressoir et 2 arpents de vignes, le tout couvrant 3 arpents et demi, un autre arpent de vignes au lieu dit le Beaumur, touchant l'abbaye de Montmartre, enfin 40 livres de cens et rente sur différentes terres, parmi lesquelles 48 sols de rente sur 7 arpents situés à Montmartre, au lieu dit le Pressoir-Bénédicité 2. De cette seigneurie dépendent les deux fiefs Turquan et Pommereux, maintenant réunis ; ils appartiennent : le fief Turquan, deux tiers à Nicolas de Larche, ci-devant conseiller au Parlement, fils de François (page 302), et un tiers à Germain Fallaize, auditeur aux Comptes, petit-fils dudit François par sa mère Claude de Larche, — le fief Pommereux, neuf dixièmes à Germain Fallaize et un dixième à Jean Doujat, époux de Jacqueline Fallaize ³.

En effet, par un acte du 27 janvier 1558, devant Jean Donsac, qui nous manque et que confirmera une sentence de la Chambre des requêtes du 9 janvier 1586, l'arrière-fief Pommereux est sorti de cette famille et a été réuni au fief Turquan, appartenant à François de Larche. Lors du partage de la succession de celui-ci, son fils Nicolas a reçu les deux tiers du fief Turquan, son petit-fils Germain Fallaize l'autre tiers et l'ancien fief Pommereux, dont il a, ultérieurement, cédé un dixième à son gendre Doujat.

Les terres de Ligier et de Fallaize sont enchevêtrées et tous deux sont en procès pour des questions de censive. Pour y mettre fin, ils signent, le 13 février 1586, devant Jacques Chappelain et Philippe Lamyral, une convention, par laquelle Germain Fallaize vend à Jacques II Ligier l'ancien fief Le Maçon, puis Pommereux, moyennant 33 écus un tiers 4. Le 19 février, devant Belot, Jacques II Ligier rend hommage à sa mère Marie Buhot pour ce fief 5, à qui il donne le nom de Graville, une de ses terres de Normandie.

Le 27 décembre 1594, devant Belot, Marie Buhot afferme les terres de Clignancourt, pour six ans, moyennant 30 écus d'or sol, à Michel Bourdin, laboureur 6. 

 

1.       Arch. nat., S 4436-4437, 4e liasse.

2.       Ce lieu dit était à peu près à l'emplacement du collège Rollin.

3.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse. En réalité, Jean Doujat, notaire au Châtelet, semble être mort en 1583.

4.        Arch. nat., S 4436-4437, 2e liasse.

5.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse.

6.       Arch. nat., S 4436-4437, 4e liasse.


 

 

 

— 305

Elle meurt le 10 mai 1597 et, le 15 juillet suivant, Jacques II Ligier renouvelle son aveu à Louis de Lorraine, abbé de Saint-Denis. Le fief Turquan appartient maintenant deux tiers à François II de Larche, fils de Nicolas, et un tiers à Germain Fallaize ¹. Le 1er mars 1600, devant Belot, Jacques II Ligier renouvelle son bail à Michel Bourdin, pour six ans, moyennant 50 écus sol et toujours quatre douzaines de pigeons ².

Jusqu'ici les Ligier n'ont jamais habité Clignancourt, n'y ayant que la maison seigneuriale, qu'ils afferment. Suivant Trétaigne, — qui dit avoir eu sous les yeux les titres de propriété, à lui communiqués par « M. le vicomte de Romanet », l'un des possesseurs de 1861, — Jacques II ferait alors sa résidence d'une propriété acquise de l'abbesse de Montmartre, Marie de Beauvilliers, et qui se trouverait à l'emplacement du n° 103 de la rue Marcadet (angle sud-ouest du croisement), où se voit encore la tour du colombier ³.

Sellier, qui reproduit l'indication de Trétaigne, met le manoir à l'emplacement du n° 101 de la rue Marcadet, « à l'angle sud-est de celle-ci et de la rue du Mont-Cenis, vis-à-vis une tourelle d'ancien colombier, formant encoignure au n° 103 », en n'enregistrant cette mention « que sous bénéfice d'inventaire » et sans dire pourquoi il la modifie quant au numéro 4. Plus loin, mettant toujours le manoir Ligier au n° 101, il indique que le père du vicomte, le sieur François-Constantin Romanet, avait acquis la maison de la veuve Cottin peu avant février 1808 5. On peut préciser que l'ancienne propriétaire s'appelait Marie-Catherine Mézières, habitant la Chapelle, veuve et héritière de Jean-Pierre Cottin, cultivateur, à cause de leur communauté de biens, et que Romanet, demeurant à Vierzon, avait été nommé adjudicataire à l'audience des criées du tribunal de la Seine du 8 juillet 1807 pour 29408 fr. 72, frais compris. L'acte avait été enregistré le 15 juillet au IVe arrondissement 6.

Trétaigne n'a pu inventer la filiation Ligier-Romanet, qu'il a dû trouver dans les titres. Les tenant du propriétaire, il n'a pu davantage se tromper sur l'emplacement de la maison Romanet, laquelle était bien au n° 101, non au 103. En effet, par décret du 1er mars 1813, François-Constantin Romanet, qui exploitait des carrières à plâtre,

 

1.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse.

2.        Arch. nat., S 4436-4437, 4e liasse.

3.       Trétaigne, p. 235-236.

4.       Curiosités, p. 228-229.

5.       Ibid., p. 270.

6.       Arch. Seine, Q14 56, et Enregistrement, registre 3609. Cottin a acquis de nombreuses propriétés à Clignancourt et Montmartre les 22 novembre 1770, 27 octobre 1771, 28 avril et 31 juillet 1772, et en 1774 (Arch. nat., S 4476, fol. 20 ro, 37 v°, 5o v°, 56 v°, 89 r°, ce dernier feuillet a été coupé). Notre maison n'y figure pas ; malheureusement, les ensaisinements de la période précédente (1756 à 1770) manquent et ceux plus anciens (Arch. nat., S 4475, de 1740 à 1756) ne parlent pas de lui.

 


 

 

— 306

obtint l'autorisation de construire deux fours à chaux dans sa propriété et le plan joint à l'acte (croquis n° 19) montre qu'elle remplissait le coin sud-est du carrefour 1. D'ailleurs, des actes qu'on verra plus loin prouvent que, au XVIIe siècle, les Brisard, héritiers des Ligier, et au XVIIIe les Neyret, acquéreurs des Brisard, étaient propriétaires de ce même coin. On verra également plus loin les différents propriétaires du coin sud-ouest, ancienne « Porcelainerie de Monsieur », de 1792 à 1818, où Romanet ne figure pas. Enfin, le plan manuscrit de restitution de l'ancien Montmartre, exécuté par Carles de 1848 à 1858, sous les propres auspices de Trétaigne, place bien au coin sud-est « l'ancien château seigneurial » de Clignancourt, identifié alors avec le manoir Ligier ².

(Croquis n° 19)

 

Si donc, dans son livre, Trétaigne a indiqué le n° 103, c'est par un lapsus, une faute d'impression ou un changement de numérotage ; c'est bien au n° 101 actuel qu'il voyait le manoir Ligier et qu'on doit vraisemblablement le placer.

Il est probable que cette maison est celle que les Dames de Montmartre avaient acquise en 1479 du changeur Hiver et dont le signalement, devant l'orme du lieu, touchant la rue du Mont-Cenis, correspond bien à l'emplacement du n° 101 (page 302). Mais cette habitation particulière de Ligier reste complètement distincte de l'ancienne « maison seigneuriale » de Clignancourt (qui était aux nos 104-106, comme on le verra plus loin), passée à l'état de simple ferme et louée avec les terrains ³.

 

1.       Arch. nat., A F IV 739.

2.       Bibl. nat., Cartes, Inv. gén. 201.

3.       Sellier les a confondues, p. 251, 253, 270. Voir le croquis n° 20.


 

 

 

— 307

Jacques II meurt le 20 octobre 1620, sans postérité, et son fief passe à sa soeur Marguerite, veuve de Charles Brisard, conseiller au Parlement, qui en fait l'aveu à Louis de Lorraine, cardinal de Guise, abbé de Saint-Denis, le 12 juin 1621, devant de Saint-Vaast ¹.

(Croquis n° 20.)

 

Le 13 octobre 1639, devant de Saint-Vaast, l'aveu est renouvelé par son fils, Julien Brisard, abbé de Saint-Prix, à Saint-Quentin en Vermandois, à l'abbé Henri de Lorraine. A ce moment, le fief Turquan appartient à Jacques Doujat, fils de Jean Doujat, qu'on a vu propriétaire en 1585, par sa femme Jacqueline Fallaize, du dixième du fief Pommereux (page 304). Jacques Doujat a hérité du tiers du fief Turquan, appartenant à son grand-père Germain Fallaize, et a hérité ou a acquis le reste des ayants droit de François II de Larche.

 

1.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse.


 

 

 

— 308

Il a fait l'aveu de son fief dès le 1er juin 1636 ¹. Le 6 février 1643, Julien Brisard renouvelle l'aveu du sien à Armand de Bourbon, prince de Conti, abbé commendataire de Saint-Denis ².

Le 17 septembre 1653, devant de Saint-Vaast, l'abbé Julien Brisard fait donation de sa seigneurie à son neveu Claude Brisard, conseiller au Parlement, qui en prend possession, par acte notarié fait par de Saint-Vaast, le 10 juin 1655 ³, et qui en renouvelle l'aveu au cardinal Mazarin, abbé de Saint-Denis, le 16 novembre 1660 ; le fief Turquan est toujours à Jacques Doujat 4. Dès le 23 mars 1659, Brisard a affermé l'hôtel seigneurial et les terres, pour six ans et six dépouilles (récoltes), à Barthélemy Bardon, laboureur, moyennant 179 livres 10 sols, un coq et deux paires de chapons .

Mais, en 1664, Paul de Gondi, cardinal de Retz, qui a succédé au cardinal Mazarin, veut profiter de la plus plus-value des terres pour rentrer en possession de la seigneurie de Clignancourt et intente à Claude Brisard une action en « retrait féodal ».

Avant de rendre son jugement, le Conseil décide qu'une « montrée au doigt et à l'œil » des terres réclamées par l'abbé de Saint-Denis sera faite contradictoirement devant Claude Mareil, seigneur de Bouqueval, doyen du Grand Conseil. Elle dure du 26 août an 26 septembre 1665 et son procès-verbal remplit un gros registre in-folio 6. Ce document montre que la maison seigneuriale de Clignancourt, située à l'angle nord-est des rues du Mont-Cenis et Marcadet a son entrée principale sur la première (n° 62) ; sur la seconde donnent le pressoir, la prison, l'auditoire et la grange, alors méconnaissables. La maison particulière des Brisard touche la précédente à l'est (G du croquis n° 20). Quant au terroir, le procureur de l'abbé, partant de la Croix-Moreau, au coin des rues de Clignancourt et Marcadet, promène les enquêteurs à la Nouvelle-France, par la rue du Foubourg-Poissonnière, et à la Croix-Cadet (coin des rues Lamartine et Cadet), revient vers l'ouest, le long de l'égout, par la chapelle Notre-Dame-de-Lo­rette et la Croix-des-Porcherons (coin des rues Saint-Lazare et des Martyrs), jusqu'au chemin de Clichy, remonte au nord par ce chemin jusqu'à la Croix-de-Montmoyen (coin des rues Biot et des Dames), puis tourne au nord-est par le chemin des Trois-Coins ou des Quignons (rues des Dames et Ganneron) pour aboutir vers les Grandes-Carrières. Chemin faisant, il montre une suite de bornes, qu'il dit séparer la seigneurie de Clignancourt de celles de Saint-Lazare, Sainte-Opportune, Saint-Germain-l'Auxerrois, Montmartre et Clichy.

 

1.       Arch. nat., Q¹ 1078.

2.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse.

3.       Arch. nat., S. 4436-4437, 2e liasse.

4.       Arch. nat., S 4436-4437, 1re liasse.

5.       Arch. nat., S 4436-4437, 4e liasse.

6.       Arch. nat., S 4460.

7.       Voir chapitre II, p. 283.


 

 

 

— 309

Mais le procureur de Brisard conteste ses dires, attribuant aux arrière-fiefs Turquan et Graville une bonne partie des terres désignées. Le doyen Mareil ne peut que leur donner acte de leurs déclarations respectives. On a l'impression nette que, à cette époque, faute de bornages précis et entretenus, le vieux morcellement féodal est devenu à peu près lettre morte.

Daniel Hallé, maître peintre, dont un ancêtre présumé, Claude Halle, a possédé, au XVIe siècle, un fief à Clignancourt 1, est nommé par jugement pour faire le plan des terrains et la description de l'état des bâtiments, et remet ses rapports les 25 septembre 1665 et 6 août 1666. Le 30 septembre 1666, un arrêt du Grand Conseil prononce le retour à Gondi des droits et biens aliénés en 1569, dont la valeur est liquidée à 11 868 livres 15 sols, savoir 3 868 livres 15 sols de principal, 7 500 livres pour les augmentations et améliorations et 500 livres pour la recherche des eaux et fonds de terre. Mais de cette somme est à déduire celle de 1 894 livres pour procès-verbaux et frais d'expertise, mis à la charge de Brisard. Le 28 septembre 1668, Étienne de la Fons, seigneur de Ranty, chambellan de Gondi, dépose les fonds chez le notaire Levesque et Brisard en donne reçu le 5 octobre ².

 

L'abbaye de Montmartre. — Le 6 juin 1669, devant Sainfray, le même Étienne de la Fons vend à l'abbesse de Montmartre, Françoise-Renée de Lorraine, la seigneurie de Clignancourt moyennant 11 528 livres 15 sols payés à Brisard (chiffre qui ne concorde pas avec ceux des actes précédents), 1 500 livres pour les faux frais et une soulte de 11 000 livres, dont 1 000 destinées à la décoration de l'église de Saint-Denis et 10 000 au paiement de la seigneurie d'Auvers-sur-Oise, dont Gondi a opéré aussi le retrait féodal. En outre, à chaque mutation d'abbesse, le monastère paiera à Saint-Denis un droit de « relief » de 1 000 livres. L'acte explique longuement que Gondi a accepté ces propositions parce qu'elles étaient inespérées, ce qui se comprend de reste ³.

Le retrait de 1666 a laissé Claude Brisard en possession du fief de Graville, jadis Pommereux et Le Maçon, acquis par Jacques II Ligier en 1586 (page 304), du manoir particulier acquis par celui-ci des Dames de Montmartre (page 305) 4, d'un second manoir particulier construit par Brisard à l'est de la maison seigneuriale de Clignancourt (cf. page 308), enfin des terres relevant du fief Turquan, que Jacques II avait ajoutées à sa seigneurie primitive de Clignancourt.

 

1.        Sellier, p. 212.

2.       Arch. nat., S 4436-4437, 2e liasse.

3.       Arch. nat., S 4436, 2e liasse, et S 2245 B.

4.       Sellier l'a confondu (p. 251 et 253) avec la vieille maison seigneuriale de Clignancourt, louée à Trochereau, Moreau et Bardon, qui, elle, était comprise dans le retrait féodal et qui se trouvait au no 104 (Ibid., p. 255).


 

 

 

— 310

Le 6 mars 1700, devant de Clersin, le partage de sa succession entre ses trois fils donne ces biens à l'aîné, Claude-Charles Brisard, lieutenant de grenadiers aux Gardes-Françaises, qui les revend, le 17 mars 1702, devant Dionis, moyennant 10 000 livres, à Jacques Devaux, procureur aux Comptes, lequel en passe de suite déclaration à Charlotte Neyret et celle-ci à son frère, Antoine Neyret. La cession comprend : une maison à porte cochère, « ci-devant la maison seigneuriale », située à Clignancourt, « grande rue dudit lieu, qui conduit de Clichy à la Chapelle » (c'est le manoir Brisard, n° 100, rue Marcadet), tenant aux Dames de Montmartre (à cause d'un jardin de 2 arpents dont on reparlera), — la chapelle de la Trinité, avec l'entretien du chapelain, à raison de 200 livres par an, et un jardin de 15 perches, — les droits et terres appartenant au fief de Graville (y compris probablement le manoir Ligier, 101, rue Marcadet), — enfin, 61 arpents 65 perches, en 81 pièces, à Montmartre, Clignancourt, la Chapelle, Saint-Denis, Saint-Ouen, Clichy et autres terroirs relevant du fief Turquan ¹.

Antoine Neyret, conseiller au Parlement, appartient à une bonne famille de robe. De son mariage avec Marguerite Boussingault, il a un fils, François, aussi conseiller au Parlement et commissaire aux requêtes du Palais, et deux filles, l'une, Marie-Anne, mariée à Nicolas Petit de Villeneuve, président à la cour des Aides, l'autre, Marguerite, mariée à Alexandre-Guillaume de la Vieuville, secrétaire des commandements de la Dauphine.

Le 11 janvier 1705, devant de Mahault, les Dames de Montmartre louent, pour six ans, à Guillaume Legrand, laboureur, et sa femme, moyennant 500 livres, douze douzaines de pigeons et deux chapons, la maison seigneuriale de Clignancourt (acquise, en 1669, avec la seigneurie) et 22 arpents de terres en dépendant. Ce bail sera renouvelé le 2 juillet 1709, pour six ans, au même, — le 26 juillet 1757, à Jacques Rocher, pour 340 livres seulement, — le 11 novembre 1790, à Edme Bouret, pour 1 027 livres 10 sols, les bâtiments venant d'être reconstruits. Devenue bien national, cette ferme sera adjugée le 13 novembre 1792, pour 31 000 livres, à Edme Basset, plâtrier, et un plan de l'époque 2 montre bien qu'elle était située à l'angle nord-est des rues Marcadet et du Mont-Cenis, c'est-à-dire à l'emplacement des actuels nos 104-106, rue Marcadet (page 306).

 

1.       Arch. nat., S 4436-4437, 2e liasse.

2.        Bibl. nat., Estampes, Va 325, Paris-Montmartre ; croquis n° 21 ci-joint.


 

 

 

— 311

Là était l'antique maison seigneuriale et la rue Hermel, ouverte sur son emplacement, s'est appelée jusqu'en 1863, au nord de la rue Marcadet, rue du Manoir.

Revenons à 1705. Après son achat de 1702 à Brisard (page 310), Antoine Neyret a fait l'aveu de son fief de Graville, le 1er décembre 1703, à sa suzeraine, l'abbesse de Montmartre. Mais celle-ci a « blâmé cet aveu », jugeant les titres des mouvances insuffisants, et a déclaré qu'une partie des parcelles appartenait en propre à la seigneurie de Clignancourt, leurs possesseurs lui payant le cens et les droits de lods et ventes depuis 1669.

(Croquis n° 21.)

 

Neyret lui a fait un procès (dit « combat de fief »), produisant ses titres et réclamant 8 000 livres de dommages pour les contrats indûment ensaisinés par l'abbaye depuis 1669. Sur la vue de ces pièces, l'abbesse a reconnu le bien-fondé des droits de Neyret, sauf sur une dizaine de parcelles, mais a déclaré n'avoir indûment perçu que 4 000 livres de droits. Pour mettre fin au litige, une transaction est signée, devant de Mahault, le 26 mars 1705, par laquelle Neyret vend à l'abbaye l'arrière-fief de Graville et tous les droits y afférant, — la chapelle de la Trinité et son jardin de 15 perches, — enfin une pièce de 61 perches touchant à ce jardin, le tout évalué 1 000 livres. En échange, les Dames lui cèdent un jardin de 2 arpents, touchant celui de Neyret et dépendant de la maison seigneuriale de Clignancourt, acquise en 1669. Elles se chargeront de la rente de 200 livres au chapelain de la Trinité, moyennant quoi Neyret les tient quittes des 4 000 livres indûment perçues.


 

 

 

— 312

Bien entendu, Neyret leur devra le cens pour la maison et les autres terres, relevant du fief Turquan, acquises en 1702 ¹.

Le 20 décembre 1740, François Neyret, seigneur de Pin-Courgain, et sa soeur Marie-Anne, veuve de Nicolas Petit de Villeneuve, président à la Cour des aides, héritiers d'Antoine Neyret, leur père, et de Charlotte Neyret, leur tante, passent déclaration au terrier de l'abbaye de 45 arpents 92 perches, représentant les terres en question ².

L'abbaye restera propriétaire de la seigneurie de Clignancourt et du fief de Graville jusqu'à la Révolution, réunissant la justice de Clignancourt au bailliage de Montmartre.

Quant au fief Turquan, dit maintenant la Fosse-Turquan 3, que nous avons laissé entre les mains de Jacques Doujat (page 307), il est passé à sa mort, en 1666, à sa fille Françoise, épouse de Jean Scarron, seigneur de Mandiné, qui l'a vendu, le 2 juin 1666, devant Guichard, aux frères Louis, Simon et Benjamin Moufle, descendants des Turquan, dont le premier est procureur aux Comptes et les deux autres notaires au Châtelet. Ils en ont fait hommage, le 8 août suivant, à leur suzerain, Claude Brisard. Suivant leur aveu du 26 avril 1669, le fief s'étend sur 49 arpents 29 perches à Montmartre et Clignancourt, et sur 109 arpents 46 perches et demie à Belleville, la Courtille, le Baffroy et autres terroirs, en tout sur 158 arpents 75 perches et de­mie 4. Suivant un autre aveu du 13 mars 1705, il appartient alors à Benjamin Moufle, sieur de Bourneville, colonel d'infanterie au service du roi d'Angleterre Jacques II, héritier de son père Benjamin, le notaire, qui en a réuni la totalité 5. Un Moufle, avocat au Parlement, est encore propriétaire du fief en 1730 et 1754 6. Puis on trouve, en 1760, un sieur Pothouin, aussi avocat, dont la veuve vend le fief, en 1786, à Jean-Marie-Eusèbe Braconnière de Salverte, administrateur des domaines du roi, qui le possède toujours en 1792 .

 

Les principaux habitants. — Le cueilleret de 1645 8 montre que,

 

1.       Arch. nat., S 4436-4437, 2e liasse.

2.       Arch. nat., S 4434-4435, Terrier de 1738, p. 163.

3.       Sur l'origine de ce nom, cf. Sellier, p. 266.

4.        Arch., Q1 1078 et Ql 109944; Sellier, p. 262 et suiv.

5.       Arch. nat., S 54.

6.        Arch. nat., Q¹ 1079¹.

7.       Arch. nat., S 54, et Sellier. Le 11 mars 1786, il signe une transaction avec le chapitre de Notre-Dame au sujet d'une terre contestée entre son fief du Grand-Marché et celui de la Fosse-Turquan, « par lui acquis depuis peu de la dame Pothouin » (Arch. nat., Q1 1078). Le « combat de fief » a été commencé le 14 juillet 1772 par Pothouin (Arch. nat., S 54).

8.       Première épreuve, donnant les dates des déclarations, dans Arch. nat., S 4497 ; mise au net dans S 4481.


 

 

 

— 313

dès la première moitié du XVIIe siècle, Clignancourt a cessé d'être un simple village de cultivateurs 1, pour devenir un lieu de villégiature à l'usage de la bonne bourgeoisie. Il montre aussi que les principales propriétés sont groupées au centre du hameau, vers le croisement des rues Marcadet et du Mont-Cenis, non loin des manoirs seigneuriaux de Clignancourt (A du croquis n° 20), de la famille Ligier (B) et de la famille Brisard (G).

Ainsi, le 6 août 1645, Madeleine Péan, veuve de Simon Plastrier, sieur de la Croix, déclare être propriétaire d'une maison et jardin, couvrant trois arpents, tenant d'un côté au chemin de Clignancourt à Paris (rue Ramey), d'autre au sieur de Nieslé, d'un bout par devant au chemin de Clignancourt à la Chapelle (rue Marcadet) et par derrière au sieur Dalibert. Elle lui est échue par partage de la succession de son père, Louis Péan, sieur de la Coullardière 2. Cette propriété doit se trouver vers l'emplacement du n° 95 actuel de la rue Marcadet (H du croquis). Madeleine Péan est parente, probablement belle-soeur, du notaire Claude Plastrier et fort riche. Entre 1637 et 1640, son mari a fait construire les nos 1 à 5 de la rue de Beaune, la première maison faisant le coin du quai (no 27, quai Voltaire) 3. Sa fille épousera Guillaume d'Hauterive, seigneur de Villesecq ; ses petites-filles se marieront avec Eustache, marquis de Saint-Simon, et Nicolas de Bragelongne, trésorier de France à Paris.

Entre 1645 et 1667, Jacques Roussel, notaire au Châtelet (1617-1656), puis son fils Gilles sont propriétaires d'une maison et jardin, au carrefour de Clignancourt, tenant d'un côté à la veuve de Michel Bourdin, d'autre au chemin de Clignancourt à Montmartre (rue du Mont-Cenis), d'un bout, par haut, au seigneur de Clignancourt (qui est alors l'abbé Julien Brisard) et par devant sur le carrefour (peut-être R du croquis) .

Péronne du Montier, veuve de Pierre de la Planche, possède, au voisinage du village, une grande maison, dite « Rapines », couvrant 7 arpents, tenant au chemin de Clignancourt à Saint-Ouen (rue du Poteau), par derrière au chemin de Clignancourt à Saint-Denis (prolongement nord de la rue du Mont-Cenis) et aux terres du seigneur du lieu ; son mari l'a acquise de Jean Le Riche. Elle possède, en outre, 25 à 30 arpents de terre en de nombreuses pièces 6.

 

1.       Comme le faisait voir le terrier de 1545, Arch. nat., S 4495.

2.       Arch. nat., S 4481, fol. 13, et S 4497, fol. 20 r°.

3.       Voir nos Études de topographie parisienne, I, p. 305.

4.       Arch. nat., S 4481, fol. 19, et S 4497, fol. 24 v°.

5.       Arch. nat., S 4481, fol. 68, et S 4497, fol. 73 ro. Le plan de Carles met le lieu dit « les Rapines » au nord de Clignancourt, vers la rue du Simplon actuelle.


 

 

 

— 314

Michel de la Serré, porte-chaire et garçon ordinaire de la Chambre de la reine, veuf de Louise de la Planche, déclare une grande maison, au carrefour de Clignancourt, devant l'orme, tenant d'un côté à la chapelle seigneuriale ; il la possède par décret du Châtelet sur Jean du Moulin. Il a aussi de nombreuses terres 1. Sa maison est à l'emplacement du no 65, rue du Mont-Cenis.

Martin Prieur, notaire au Châtelet (1632-1652), possède aussi une maison au carrefour, devant la fontaine, couvrant 2 arpents et demi, tenant d'un côté à Contesse 2 et à la ruelle de la Procession (rue de la Bonne), d'autre au chemin de Clignancourt à Montmartre (rue du Mont-Cenis), d'un bout à Le Roux, aussi notaire, et par devant sur la grande rue ; il en est propriétaire pour moitié à cause de Marie Baraguer, sa femme, héritière de son père Rolin Baraguer, marchand libraire, et pour l'autre moitié par achat de Jacques Baraguer, son beau-frère. En 1647, la maison est achetée à sa veuve par Jean de Gomont, avocat 3. Il semble qu'elle devait se trouver vers le coin sud-est du carrefour (M du croquis).

Louis de Nieslé, secrétaire ordinaire de la Chambre du roi, est propriétaire d'une maison, couvrant 2 arpents, située dans la rue conduisant à la Chapelle, tenant d'un côté et d'un bout à Mme de la Croix (page 313), d'autre au sieur Midorge. La propriété était un ancien jardin appartenant à Nicolas du Clos, adjugé sur lui à Louis Courtin et retiré par Nieslé par droit de retrait lignager 4. C'est l'emplacement approximatif du no 97, rue Marcadet (J du croquis). Ce Nieslé était beau-frère de Gilles Boileau, époux d'Anne de Nieslé, qui avait une villa en face de la sienne et qui fut le père du satirique .

Gilles Boileau, commis au greffe du Parlement, déclare, le 5 novembre 1645, une maison située dans la Grande-Rue, tenant d'un côté au seigneur du lieu, d'autre aux héritiers Brice, par derrière au chemin de la Chapelle à Saint-Ouen (rue Ordener). Il l'a acquise en 1639 des héritiers Lefebvre, ses cousins, et sa famille en paiera le cens jusqu'en 1663 6. Elle doit être vers l'emplacement du no 98, rue Marcadet, en face de celle de son beau-frère Nieslé (K du croquis).

 

1.       Arch. nat., S 4481, fol. 76, et S 4497, fol. 82 ro. Son beau-frère, Michel Cappet, chef de l'échansonnerie du roi, époux de Péronne de la Planche, en a d'autres à côté (S 4497, fol. 87 ro), ainsi que Pierre de la Planche, maréchal des logis de la Petite-Écurie (Ibid., fol. 88 v°).

2.       Il s'agit de Thomas Contesse, marchand-mercier ; Arch. nat., S 4497, fol. 191 r°.

3.       Arch. nat., S 4481, fol. 102, 420 et 426.

4.        Arch. nat., S 4481, fol. 148, et S 4497, fol. 152 v°.

5.       Sellier, Curiosités, p. 240, note 2. Son frère Nicolas était propriétaire rue Bergère ; Vieux-Montmartre, VI, p. 164 et suiv.

6.       Arch. nat., S 4481, fol. 165, et S 4497, fol. 169 v°.


 

 

 

— 315

Guillaume Le Roux, notaire au Châtelet, possède une maison entre Montmartre et Clignancourt, au lieu dit « la Grosse-Pierre », tenant d'un côté au chemin de Montmartre à Clignancourt, d'autre aux terres de Brisard, par devant à la ruelle de la Bonne-Fontaine (rue de la Bonne), par bas au chemin de la Tuilerie à ladite Bonne-Fontaine. Elle lui est échue, avec des terrains de culture, par le partage de la succession de son père, Pierre Le Roux, aussi notaire 1. La propriété doit se trouver dans la région N du croquis. Les Le Roux, qui habitent à Paris à la pointe Sainte-Eustache, sont les notaires de l'abbaye de Montmartre et leur minutier, comme celui de Sainfray, leur successeur, renferme de nombreux renseignements sur l'histoire du couvent au XVIIe siècle ².

Jacques Dalibert, contrôleur des finances du duc d'Orléans, demeurant rue des Vieux-Augustins (rue Hérold), est détenteur d'une grande maison, ouvrant sur la grande rue et couvrant 7 arpents, tenant par derrière au chemin de Dessous-les-Murs (?). Il la tient du chef de sa femme, Étiennette Charpentier, à qui elle a été donnée en dot par Jean Charpentier et Étiennette Marais, ses père et mère. Il en paie le cens de 1631 à 1658 3. Elle doit se trouver dans la région P ou N du croquis. Dalibert est un gros brasseur d'affaires, familier de Richelieu, qui a participé, avec Le Barbier, au lotissement de l'enceinte de Charles V et à la formation du quartier du Palais-Cardinal .

François Mansart possède quelques quartiers de terre à la Chapelle et Jean Androuet du Cerceau un arpent à Montmartre, au lieu dit « les Trois-Coins 5 ». Ce dernier est le fils de Baptiste, le petit-fils de Jacques Ier, l'auteur des hôtels de Sully et de Bretonvilliers, des portes Montmartre et Richelieu de l'enceinte de Louis XIII. Sa déclaration des terrains de Montmartre, le 15 mai 1649, est la dernière mention qu'on ait de lui 6.

Au XVIIIe siècle, Clignancourt conserve cette population d'agriculteurs, panachée de bourgeois paisibles, gens d'affaires ou gens de robe. Il aura cependant une fille d'opéra, mais une fille sérieuse et qui n'est guère connue que par son mari. Le 2 octobre 1764, devant Le Pot d'Auteuil, Jean-Nicolas Baujon de Seilhan, trésorier et payeur des gages de la chambre des Comptes, vend pour 15 000 livres à Françoise-Suzanne Foulquier, « pensionnaire du roi », femme non commune en biens de Charles-Antoine Bertinazzi, officier du roi, une maison située à Clignancourt, rue Marcadet, et couvrant 3 arpents avec le jardin.

 

1.        Arch. nat., S 4481, fol. 354.

2.       Le minutier ancien de l'étude Pierre Robineau est déposé, depuis 1930, aux Archives nationales.

3.       Arch. nat., S 4481, fol. 367.

4.       Voir nos Études de topographie parisienne, II, p. 320.

5.        Arch. nat., S 4481, fol. 239 et 393 ; S 4497, fol. 244 v°, 415 r°.

6.       H. de Geymuller, les Du Cerceau, p. 272.


 

 

 

— 316

Il l'a acquise le 10 novembre 1761, devant Horque de Cerville, pour 7 500 livres, de Luc Langlois, coutelier privilégié 1. En remontant dans les cueillerets, on constate que Luc Langlois l'a acquise, le 13 novembre 1759, devant Lecointre, d'un sieur Audace, qui la tenait, le 10 novembre 1750, devant Demay, d'un sieur Jean Corval, qui l'avait eue, le 30 juin 1739, devant Demay, d'un sieur Denis-Bernard Samson, marchand fripier. Celui-ci en avait été adjudicataire, pour 8 150 livres, le 5 juillet 1727, sur les héritiers de Gabriel-Paul Boucher, lequel en avait hérité de son père, Pierre Boucher, marchand mercier privilégié suivant la Cour, qui l'avait achetée, le 29 décembre 1697, devant Robillard, des héritiers de Jean Bidus, contrôleur des Guerres, lequel l'avait déclarée le 17 décembre 1696, comme adjudicataire des biens de Michel Gellée 2. La propriété couvrait alors 7 arpents environ et tenait d'une part à Mme Brisard, de l'autre à M. Fleury, par derrière à Dalibert 3. Là s'arrête la filiation directe. Mais on reconnaît aisément la maison dans celle déclarée le 2 novembre 1645 par Pierre Midorge, bourgeois, donnant sur la rue de Clignancourt à la Chapelle, couvrant aussi 7 arpents, appelée « le Clos-Badaire » à cause d'un propriétaire antérieur et tenant d'un côté au seigneur de Clignancourt (Julien Brisard), de l'autre à Louis de Nieslé (page 314), par derrière à Dalibert .

La maison de Nieslé étant aux environs du n° 97 de la rue Marcadet, celle-ci doit se trouver à l'emplacement du n° 99 et ses tenants prouvent que la famille Brisard possédait le n° 101, faisant le coin sud-est du carrefour, comme on l'a déjà mentionné (page 306).

Charles-Antoine Bertinazzi, dit Carlin, était né à Turin le 2 décembre 1710, avait quitté la carrière militaire pour le théâtre et avait été appelé en 1741, par les acteurs de la Comédie italienne, à Paris, où il avait eu de suite le plus grand succès dans le rôle d'Arlequin. Il avait été naturalisé en 1745. Le 14 juin 1760, il avait épousé à Saint-Eustache sa camarade Françoise-Suzanne Foulquier, fille d'un musicien de la Comédie et née à Nantes le 28 mai 1740. Il avait donc trente ans de plus qu'elle. Elle dansait dans les ballets et jouait sans grand talent les rôles de soubrette. On lui prête une intrigue, en 1763, avec l'ambassadeur de Hollande.

 

1.        Arch. nat., S 4474, fol. 85 v°.

2.       Ce Michel Gellée, plâtrier, avait une autre propriété à Clignancourt, également adjugée à Bidus, et qui devint l'hôtel Labat (71, rue Marcadet) ; cf. Sellier, p. 298 et suiv.

3.       Arch. nat., S 4474, fol. 26 v° ; S 4472, fol. 194 r° ; S 4498, fol, 381 r° et 101 v°.

4.       Arch. nat., S 4497, fol. 151 r°.


 

 

 

— 317

Elle reçut sa retraite dès 1769, tandis que son mari joua jusqu'en 1783. Il mourut le 6 septembre de cette année-là, dans sa maison de la rue des Petits-Champs, et fut enterré à Saint-Roch.

C'était un parfait honnête homme, ami d'enfance du pape Clément XIV et intime de d'Alembert, lequel se chargea de la pension d'une de ses filles, qui était aveugle. Bertinazzi a fourni, dit-on, à son ami Goldoni le type du Bourru bienfaisant. De son mariage étaient nés de nombreux enfants, dont un fils et trois filles survécurent à leur père. Quant à sa femme, elle avait, dès le 28 septembre 1774, devant Lafresnaye, revendu sa maison de Clignancourt, pour 15 000 livres, à Pierre Bonhomme, bourgeois 1. Après son veuvage, le 7 juillet 1787, devant Duclos-Dufresnoy, elle céda pour 30 000 livres à Jeanne-Marie-Bernard Mercier, fille majeure, le bail emphytéotique d'une maison de la Chaussée-d'Antin, acquis par elle, devant Chavet, le 21 avril 1776, de l'architecte Brongniart ; cette maison tenait par derrière à l'hôtel de Montesson 2. Elle émigra en 1793 et on ignore la date de sa mort ³.

Enfin, il est une autre propriété de Clignancourt dont les actes parlent souvent, dont le nom a été accolé à celui de personnages notoires et dont l'histoire se rattache à celle d'une des seigneuries du lieu. C'est la maison de la Tuilerie, située entre Montmartre et Clignancourt, du côté occidental de la rue du Mont-Cenis, à l'emplacement du carrefour des rues Caulaincourt et Francoeur.

 

La Tuilerie. — Cette maison remplaçait une ancienne tuilerie et appartenait, vers 1580, à Jean Doujat, notaire au Châtelet, gendre de Germain Fallaize (page 304). Mort vers 1583, il a laissé un fils, Jacques, propriétaire avant 1636 du fief Turquan (page 307), et une fille, Geneviève, mariée à Simon Ier Moufle, notaire au Châtelet .

En 1645, Jacques Doujat, secrétaire du roi, est propriétaire du tiers d'une maison et jardin, couvrant 2 arpents, dont les deux autres tiers appartiennent à Louis Moufle et à Marie Guillebon, veuve de Philippe Mouillard. Elle est située au lieu dit la Tuilerie, entre Montmartre et Clignancourt, tient d'une part à Moufle, d'autre à la veuve Mouillard, par derrière à la ruelle des Saulsayes (rue des Saules), par devant à la rue tendant de Montmartre à Clignancourt (rue du Mont-Cenis). Cette part lui vient de la succession de feu Jean Doujat, notaire, son père 5. C'est la parcelle D du croquis n° 20.

 

1.       Arch. nat., S 4476, fol. 105 v°.

2.        Arch. nat., S 1246, p. 397.

3.       Campardon, la Troupe italienne, I, p. 42-60.

4.       Celui-ci a exercé de 1604 à 1638.

5.       Arch nat., S 4481, fol. 331.


 

 

 

— 318

Jacques Doujat est aussi propriétaire, au sud du lot précédent, d'un grand terrain (E du croquis), qu'il laissera en 1666, avec le fief Turquan, à sa fille Françoise, épouse de Jean Scarron, seigneur de Mandiné (page 312).

En même temps que Jacques Doujat, Louis Ier Moufle, procureur aux Comptes et secrétaire du prince de Condé, déclare le second tiers de la Tuilerie, qu'il détient par sentence de licitation du Châtelet du 30 mai 1646, rendue entre lui, son père Simon Ier Moufle, ci-devant notaire (il a résilié en 1638), et ses frères Simon II, Léon et Benjamin Moufle ¹.

Enfin, Marie Guillebon, veuve de Philippe Mouillard, marchand drapier, déclare le troisième tiers de la Tuilerie, qu'elle tient de Louis Moufle ; mais elle a augmenté ce tiers d'un arpent et demi, acquis du seigneur de Clignancourt et de Jean Bourdin. Sa propriété tient au nors aux terres de Brisard, mais s'étendra par la suite jusqu'à la rue Marcadet (C du croquis) ².

Le 2 juin 1666, devant Guichard, les trois frères Louis Ier, Simon II et Benjamin Moufle (Léon a dû mourir dans l'intervalle) achètent aux Scarron, héritiers de Jacques Doujat, le fief Turquan (page 312). Le même jour, Simon II et Anne Guillemot, sa femme, achètent aux Scarron, en leur propre nom, la propriété située au sud de la Tuilerie (E du croquis).

En 1669, le territoire de Clignancourt entre dans la censive de l'abbaye de Montmartre (page 309) et, en 1698, de nouvelles déclarations au terrier de celle-ci nous font connaître, pour la Tuilerie, une autre couche de propriétaires.

Le 20 juillet 1698, Jacques Moufle, trésorier général des ponts et chaussées, déclare une maison et jardin, dite la Tuilerie, tenant d'une part à Simon III Moufle, notaire et ancien échevin 3, ayant les droits de Louis Moufle, son père, qui avait ceux de Simon Ier Moufle et Geneviève Doujat, d'autre part à une ruelle conduisant à la grosse pierre de la fontaine du Buc (rue Saint-Vincent), par derrière à la ruelle des Saussaies, par devant au chemin de Montmartre à Clignancourt (E du croquis). Il la déclare en son nom et au nom de ses cohéritiers dans la succession d'Anne Guillemot, sa mère, veuve de Simon II, qui l'avait acquise de Jean Scarron et Françoise Doujat, devant Guichard, le 2 juin 1666 ; Françoise Doujat était héritière de Jacques, son père, héritier lui-même de Jean. Dans la déclaration est compris le tiers d'une maison et de deux arpents de terre,

 

1.        Arch. nat., S 4481, fol. 332. Simon II, successeur de son père en 1638, fut notaire jusqu'au 9 janvier 1672. Benjamin acheta en 1647 la charge de Mathieu Soudée et exerça jusqu'au 19 décembre 1690. Il fut notaire de Mme de Sévigné et eut pour successeur son neveu Louis II (1679-1690).

2.       Arch. nat., S 4481, fol. 333.

3.       Il exerce du 21 novembre 1664 au 31 mars 1706.


 

 

 

— 319

dont les deux autres tiers appartiennent à Simon III Moufle et au sieur Alexandre (D du croquis) ¹.

Le 19 mai 1698, Simon III Moufle déclare le tiers de la maison mitoyenne en termes beaucoup plus succincts. Elle est située au lieu dit la Tuilerie, tient à Jacques Moufle et à Alexandre, par derrière à la ruelle des Saussaies, par devant à Alexandre encore, « ayant la sortie de la porte sur le carrefour de la Tuilerie 2 ».

Enfin, le 21 juin 1698, Claude-François Alexandre, premier commis du ministre Barbezieux, et Catherine Héron, sa femme, déclarent être propriétaires, du chef de celle-ci (petite-fille de Mme Mouillard), d'une maison entre Montmartre et Clignancourt, tenant d'une part (à l'est) au sieur Brisard, au chemin de Montmartre à Clignancourt (rue du Mont-Cenis) et aux ayants cause de Jean Bourdin, d'autre à la ruelle des Saussaies, d'un bout par haut au sieur Moufle (Simon III) et au carrefour de la Tuilerie, d'autre par bas au chemin de Clignancourt 3. Il semble bien que ce dernier chemin soit la rue Marcadet et qu'Alexandre soit propriétaire de la majeure partie du lot C du croquis.

Le plan de Roussel, en 1730, montre cette grande propriété, remplissant presque tout le terrain compris entre les rues actuelles Marcadet, du Mont-Cenis, Saint-Vincent et des Saules, et rejoignant obliquement la rue du Mont-Cenis derrière la maison Roussel. Il montre également sa division en trois lots.

On n'a pas retrouvé, dans les registres d'ensaisinement de l'abbaye 4, où les identifications sont souvent malaisées, la suite des propriétaires du lot E. On sait seulement, par les tenants du lot D, qu'il est encore en 1720 à un Moufle, en 1745 à un sieur Loutre, en 1765 à un sieur Chappé. On est mieux renseigné sur les lots D et C.

Lot D. — Le 27 mai 1708, devant Durand, Simon III Moufle cède sa propriété, dont il s'est rendu adjudicataire par sentence de licitation du 31 décembre 1697, rendue entre lui et ses frères, Louis II et Barthélemy 5, à son fils Jean-Baptiste, époux de Catherine Rocheron, qui la revend, le 1er juin suivant, devant Durand, à Charles-Louis Normand, conseiller au Parlement.

 

1.        Arch. nat., S 4434-4435, 4e liasse, Terrier de 1696, fol. 169 r°.

2.       Arch. nat., S 4434-4435, 4e liasse, Terrier de 1696, fol. 163 r°.

3.       Ibid., fol. 168 v°.

4.       Arch. nat., S 4466 à 4476 ; les années 1699 à 1710 manquent.

5.       Arch. nat., S 4472, fol. 108 r°. Ce dernier frère de Simon III, Barthélemy Moufle, qui s'intitule dans tous les actes « Moufle de la Tuilerie », fera une fortune énorme. Le 15 décembre 1725, il achète pour 600 000 livres la charge de trésorier général de la Marine, qu'il revendra, en 1743, pour 800 000 livres, à son frère Louis II, sieur de Gerville. Le 4 juillet 1733, il acquiert, pour 140 000 livres, l'hôtel portant le n° 16 de la place Vendôme, marie sa fille, en 1745, au marquis de la Saône et meurt en 1753 (voir notre étude sur la Place Vendôme). Il est propriétaire à Boulogne d'une grande maison, rue de la Procession, tenant à la place du Parchamp, près de l'Église, et couvrant environ 5 arpents, qu'il revend, le 6 avril 1739, devant Bapteste, à Claude-Nicolas Morel de Vindé, conseiller au Grand Conseil, et que celui-ci déclare le 3 juillet 1740 (Arch. nat., S 4442, 3e liasse). Cette maison passera à Mlle Coupée, puis à Joseph Thurin, suisse du duc d'Orléans, qui la vendra, le 20 août 1760, devant Marchand, pour 24 000 livres, à Françoise-Renée de Carbonel de Canisy, marquise de Ponderoy, veuve du comte de Forcalquier (Arch. nat., S 4474, fol. 16 r°).

 

 

 

— 320

Le 19 août 1710, devant Roussel, ses deux enfants, Élisabeth-Françoise et Alexandre-Roland Normand, la revendent, pour 3 000 livres, à Sébastien de Saint-Julien, orfèvre ; elle tient toujours à Jacques Moufle et à Alexandre¹. Le 16 février 1720, devant Bapteste, Saint-Julien revend pour 16 000 livres (on est en plein agiotage) à Louis Roland, sieur d'Aubreuil, qui revend, le 28 août, devant Ballot, au même prix, à Eustache-Georges Le Prince, agissant pour Angélique d'Albret.

Le 12 septembre 1722, devant Pillon, celle-ci cède la maison, pour 12 000 livres, à François de la Bos-Dupré, qui en passe déclaration à Jean Bonnaire, maître boucher, dont le fils revend, en novembre 1745, devant Le Cours, pour 3 500 livres seulement, à Claude-Joseph Halbou ; elle tient alors à Richer (au nord) et à Loutre ². Saisie sur Halbou, marchand mercier, et sa femme, elle est adjugée, par sentence des requêtes du Palais du 4 juillet 1758, moyennant 6 100 livres, à Jean-Julien Langlois, procureur de la capitainerie de la Varenne du Louvre, qui la revend le 12 juin 1765, devant Prignot de Beauregard, pour 8 000 livres, à André-Joseph Tack ; elle tient alors au comte de Jaucourt (au nord) et au sieur Chappé ³.

 

Lot C. — Après la mort d'Alexandre, premier commis de Louvois, puis de Barbezieux, cette propriété revient à sa veuve, Catherine Héron, qui la tient moitié du chef de ses père et mère, moitié par achat de son mari à ses cohéritiers. Le 21 juin 1714, devant Mesnil, elle et ses enfants la vendent, pour 7 000 livres, et comme couvrant 6 arpents, à Thomas-Florent Croquet, qui achète de nombreuses terres aux environs 4.

 

1.        Arch. nat., S 4472, fol. 5 v°.

2.       Arch. nat., S 4472, fol. 107 v°, 137 v°, 161 v° ; S 4473, fol. 102 ; S 4475, fol. 102 r°.

3.       Arch. nat., S 4474, fol. 12 v° ; S 4475, fol. 16 v°.

4.       4 Arch. nat., S 4472, fol. 36 v° et suiv.


 

 

 

— 321

Suivant partage du 10 mai 1730, devant Blanchard, la propriété échoit à sa veuve, Claude Tournay, qui la déclare le 22 mars 1739 1 et la vend, le 30 juin 1740, devant Delafosse, pour 10 000 livres, à Nicolas Richer, procureur au Parlement. Celui-ci la déclare à son tour le 13 août 1753 ² et la revend, le 24 avril 1760, devant Maquer, pour 9 400 livres et 700 livres de pot-de-vin, à Pierre-Armand, comte de Jaucourt ³, qui augmente le jardin de 234 perches, acquises, le 31 mai 1765, devant Vivien, de Charlotte Neyret, petite-fille d'Antoine Neyret (cf. page 312).

La mort de Pierre-Armand de Jaucourt fait passer la maison à son frère Jacques-Anne, qui la vend, le 13 décembre 1772, devant Raince, pour 22 000 livres, à François-Antoine Ruby, marchand fripier .

 

Les maisons Brisard et Ligier. — Quant au manoir particulier de Brisard (G du croquis), acquis en 1702 par Antoine Neyret (cf. page 310), il a été vendu par celui-ci et par Marguerite Boussingault, son épouse, le 7 juin 1710, devant Perrichon, y compris le jardin de 2 arpents acquis en 1705 des Dames de Montmartre (page 315), à François Dupin, ancien syndic des rentes, et à sa femme, moyennant 6 000 livres. Le 1er décembre 1719, devant de Mahault, au beau temps de l'agiotage, les Dupin le revendent, pour 25 000 livres, à Antoine de la Gombaude, bourgeois, plus tard fermier général, et à Jeanne Camaret, sa femme ; la propriété est dite couvrir 3 arpents 7 perches. Le 1er décembre 1740, devant Daoust, Jeanne Camaret, devenue veuve, revend, pour 7 000 livres seulement, à Pierre Fleury, caissier de l'extraordinaire des Guerres, et à Anne-Marguerite Guérin, sa femme .

On n'a pas relevé d'autres mutations. C'est sur l'emplacement de cette maison qu'a été ouverte, vers 1858, la rue du Manoir, ainsi nommée de la maison seigneuriale de Clignancourt (page 311) et devenue en 1863 rue Hermel, à cause d'un propriétaire, lors de son alignement et de son prolongement 6.

 

La porcelainerie. — Dans tout ce qui précède, il n'a été question qu'une fois du coin sud-ouest du carrefour (n° 103 actuel), qu'on a cru pouvoir identifier avec la maison du notaire Roussel, en 1645 (page 313), et qui dut être bâti très anciennement en raison de sa situation privilégiée. Cette ancienneté résulte aussi de la tourelle de colombier qu'on y voit encore et qui paraît antérieure au XVIIe siècle.

 

1.       Arch. nat., S 4434-4435, 5e liasse, Terrier de 1738, p. 22.

2.       Ibid., cahier B, fol. 3 r°, et S 4473, p. 13.

3.       Arch. nat., S 4474, fol. 21 v°.

4.       Arch. nat., S 4439, 5e liasse, et S 4476, fol. 70 v°.

5.       Arch. nat., S 4472, fol. 96 r°, et S 4473, fol. 22 r°.

6.       Sellier, p. 270.

 


 

 

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Elle prouve qu'il y avait là un logis important, se donnant, lui aussi, des airs de seigneurie. La maison de Roussel est dite tenir d'un côté à Michel Bourdin (vers S du croquis) et par haut au seigneur de Clignancourt (T du croquis).

On trouve, en effet, dans le cueilleret du fief Turquan, commencé en 1586, une déclaration de Jean Bourdin, maître apothicaire, et d'Antoine Dupuis, valet de garde-robe de la reine Marguerite, pour une maison couvrant 1 arpent et demi, acquise par eux des héritiers Bourdin, devant Contesse, le 16 juillet 1613, et tenant d'une part au chemin de Clignancourt à Montmartre (rue du Mont-Cenis), d'autre part et d'un bout par haut au seigneur de Clignancourt, d'autre bout par bas au carrefour dudit lieu 1. Cette maison a bien l'air de correspondre à celle de Roussel. On a vu, en 1645, Marie Guillebon, propriétaire du tiers nord de la Tuilerie (vers C du croquis), s'étendre vers la rue Marcadet par des achats au seigneur de Clignancourt et à Jean Bourdin (page 318), et, en 1765, son successeur de Jaucourt s'étendre aussi par un achat à Charlotte Neyret, petite-fille d'Antoine, acquéreur des Brisard (page 321).

Au début du XVIIIe siècle, l'ancienne maison Roussel doit appartenir à Léon Glasser, marchand de vin, et à Geneviève Paysan, sa femme. En effet, le 30 décembre 1751, devant Deruelle, Pierre-François Barré, prêtre, vend, pour 7 000 livres, à Anne Jacquin, veuve de Thomas Barré, marchand boucher, une maison sise à Clignancourt, « sur la place du carrefour, faisant encoignure sur la ruelle qui conduit à Montmartre », comprenant des bâtiments, bergerie et jardin, le tout couvrant 2 arpents ; elle lui est échue, par partage, devant Gillet, du 28 avril 1739, sur la succession de son père, Antoine Barré, qui l'avait acquise, le 6 mars 1707, de Léon Glasser, marchand de vin, et de Geneviève Paysan, sa femme ².

Le 12 mai 1767, devant Clos, Arme Jacquin, veuve de Thomas Barré, revend, pour 7 000 livres, la maison précédente, décrite de la même manière, à son gendre Pierre Deruelle, architecte ; l'ayant acquise, le 30 décembre 1751, devant Deruelle, de Pierre-François Barré, elle l'a vendue, le 20 avril 1758, devant Deruelle, à Philippe Le Reboulet ; mais elle est rentrée en possession par sentence du Châtelet du 27 janvier 1767, résiliant la vente précédente, sans doute pour défaut de paiement ³.

 

 

1.       Arch. nat., S 4479, fol. 277.

2.       Arch. nat., S 4473, fol. 222 v°.

3.       Arch. nat., S 4475, fol. 75 v°. Cité sans références par M. Mauzin ; Vieux-Montmartre, 1922, p. 79, note.


 

 

 

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Or, cette maison n'est autre que la « Porcelainerie de Monsieur », établie là, en 1771, et peut-être avant, par Pierre Deruelle, qui agrandit son usine en acquérant, le 8 août 1775, devant Amoult, du sieur Baldoureaux, marchand de vin, et de Geneviève Lécuyer, sa femme, moyennant 5 000 livres, une maison sise à Clignancourt, dans la Grande-Rue 1, maison qui doit correspondre au n° 105 de la rue Marcadet.

Trétaigne prétend que la porcelainerie de Clignancourt, qui n'a fermé définitivement qu'en 1803, se trouvait à l'emplacement de l'immeuble portant, de son temps, le n° 35 de la rue Saint-Denis ², que Sellier identifie avec le n° 53 de la rue du Mont-Cenis 3, dont M. Mauzin a raconté l'histoire en remontant jusqu'à la veuve Barré . Mais aucun n'a dit nettement que le clos de la porcelainerie occupait tout le coin sud-ouest du carrefour et que, si l'entrée principale du dernier lot important qui en restait, après morcellement, se trouvait au n° 53 de la rue du Mont-Cenis, elle ne devait pas être là précédemment, ce point correspondant à l'extrémité méridionale du clos. Il semble qu'elle se trouvait au 61 actuel. Vendue par Deruelle à son gendre Moitte le 28 juillet 1792, la propriété passa, le 5 fructidor an VIII, au sieur Caillois, le 22 floréal an XI au sieur Robit et le 26 juillet 1808 au sieur Bertrand, qui, en 1816, vendit la maison d'angle, portant la tourelle, au sieur Componet, puis le reste, le 14 août 1818, au sieur Douillon. Ce dernier revendit ce reste, le 9 octobre 1828, à Mme Tardieu, dont les héritiers le possédaient encore lors de sa disparition, vers 1895.

Parmi les habitants de Clignancourt, on n'a rencontré qu'un nom de grand seigneur, celui de Louis-Augustin de Canouville, comte de Raffetot, qui a acquis avant 1720 une toute petite maison rue Marcadet, laquelle entrera plus tard dans la formation de l'hôtel de Trétaigne (emplacement du n° 112) 5. Poursuivi par les Dames de Montmartre pour le paiement des droits de lods et ventes, se montant à 600 livres, il cède la maison, le 18 juillet 1722, à son fils Charles-Louis-Joseph-Alexandre, marquis de Raffetot, qui, le 16 février 1725, verse un acompte de 300 livres à l'abbesse Marguerite de Rochechouart ², mais voit la maison saisie et adjugée au Châtelet, le 3 mars suivant, pour 5 000 livres, au boucher Jean Chévenot.

 

1.       Arch. nat., S 4476, fol. 135 r°.

2.       Trétaigne, p. 234-235.

3.       Curiosités, p. 312-313.

4.       Vieux-Montmartre, 1922, p. 77 et suiv.

5.       Sellier, p. 277.

6.       Copie du reçu en notre possession.


 

 

 

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Il faut, enfin, mentionner pour mémoire le contrôleur des Guerres Jean Bidus (1694), le capitaine Jean-Baptiste de Beaucousin, de la garde du prince de Conti (1752), le chirurgien Pierre Brasdor (1782), prédécesseurs de la famille Labat au 71 de la rue Marcadet, dont Sellier a raconté l'histoire et que Brasdor fit augmenter ¹.

 

Conclusion. — En résumé, la seigneurie de Clignancourt doit être nettement distinguée des fiefs qui en dépendaient. Restée à l'abbaye de Saint-Denis jusqu'en 1569, passée alors à Jacques Ligier, puis à ses descendants, récupérée en 1666 par l'abbaye de Saint-Denis et vendue en 1669 à l'abbaye de Montmartre, elle est demeurée à celle-ci jusqu'à la Révolution. Le fief Harent, Turquan ou de la Fosse-Turquan, l'arrière-fief Le Maçon, Pommereux ou Graville sont des entités féodales fort différentes de la précédente, ne comportant pas de pouvoirs de justice, mais seulement des droits fonciers, s'acquérant comme de simples propriétés rurales et changeant fréquemment de titulaires. Les qualités dont se parent ceux-ci, à une époque où tout le monde veut se donner des airs de noblesse, ne doivent pas faire illusion et entraîner leur assimilation aux vrais suzerains du terroir.

Les maisons seigneuriales des petits potentats du lieu se groupent au centre du village, autour du croisement des rues Marcadet et du Mont-Cenis. Le manoir du seigneur justicier de Clignancourt, remplaçant probablement l'antique villa mérovingienne qui a donné son nom au site, est au coin nord-est. A côté est la maison des Brisard. Le manoir de Jacques II Ligier, peut-être ancienne maison d'Isabelle de Fontaine-Archière (pages 301 et 302) est au coin sud-est. En face est la maison des Doujat, peut-être d'abord des Turquan, dite, au XVIIe siècle, la Tuilerie. L'angle nord-ouest est occupé par une petite place, toujours existante, où s'érige l'orme seigneurial, mentionné au XVe siècle et figurant encore sur un plan du XVIIIe. Possédant un colombier, un pressoir banal et, le cas échéant, une geôle, ces maisons sont, à l'origine, le tribunal du seigneur et la recette où il perçoit le cens. Dès le XVIe siècle, ce ne sont plus que des fermes ou des demeures d'agrément.

Autour d'elles, ou sur leurs emplacements, s'édifient, au XVIIe siècle, les habitations de bourgeois aisés, les Plastrier et les Boileau, les la Planche et les Nieslé, le financier Dalibert, le capitaine Beaucousin, le chirurgien Brasdor, les notaires Roussel, Prieur, Le Roux, l'innombrable dynastie des Moufle, — tous gens que leurs affaires retiennent à Paris et qui viennent goûter la paix des champs, le dimanche au printemps, plus longuement en été, à une heure de carrosse de la capitale, comme ils iraient aujourd'hui passer leur week's end en automobile à Deauville ou au Touquet.

 

1.        Sellier, p. 298 et suiv. Plans et élévation de la maison Brasdor, Arch, nat., N3 Seine 1172.


 

 

 

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Gens paisibles et sachant compter, moins attirés par les cimes de la colline de Montmartre, — encombrée par son abbaye, creusée par ses carrières et inaccessible aux lourds véhicules du temps, — que par cette plaine tranquille et verdoyante, où la rêverie reste au ras du sol et où les cultures paient l'entretien de la villa.

Clignancourt garde cette physionomie pendant tout le XVIIIe siècle et le premier quart du XIXe, jusqu'à ce que le flot envahissant de la grande ville, ayant escaladé la butte, vienne à son tour le submerger.

 

Maurice DUMOLIN.

 

 


Vieux Montmartre