BULLETIN
DIRIGE PAR
EUGÈNE
LEFÈVRE-PONTALIS
SOUS LES
AUSPICES
DE LA
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82, rue Bonaparte 54,
rue Demolombe
1913
L'EGLISE
SAINT-PIERRE DE MONTMARTRE
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Dissimulée modestement au pied de l'imposante masse blanche de la basilique du Sacré-Cœur, l'humble église Saint-Pierre de Montmartre passe inaperçue des visiteurs ou des pèlerins. Elle mérite cependant de retenir longuement l'attention des archéologues, ne serait-ce que parce qu’elle est la plus ancienne des églises de l'Ile-de-France dont les ogives portent une date certaine.
Le dédain
dont elle a été l'objet tient sans doute aux vicissitudes étranges qui ont
accompagné sa longue existence : tour à tour prieuré bénédictin, abbaye de
religieuses, église paroissiale, piédestal d'un appareil de télégraphie
aérienne, elle était devenue, en 1814, un four à pain pour les armées russes.
Elle fut consacrée par Eugène III, visitée par saint Bernard et Pierre le
Vénérable, et elle recueillit les premiers vœux des fondateurs de l'ordre des
Jésuites ; mais, dans le dernier siècle, son état de délabrement était
tel, qu'en 1850 Prosper Mérimée et Abadie déclaraient à la Commission des
Monuments historiques qu'il était impossible de la sauver de la ruine.
Cependant,
il y a treize ans, M. l'architecte Sauvageot, avec
une conscience et une perspicacité auxquelles on ne saurait trop rendre
hommage, entreprit de lui restituer son état primitif, et, aujourd'hui, elle
est peut-être la plus intéressante des églises de Paris.
Mais quel a été le point de départ de la restauration dernière ? Comment fut conçu le plan primitif ? Ce plan a-t-il subi des remaniements ou des repentirs ? A-t-il été suivi scrupuleusement par l'architecte moderne ? Telles sont les questions que se pose celui qui cherche à entrer dans les détails de sa construction.
Il nous a
été possible de résoudre plusieurs de ces problèmes et de formuler, pour les
autres, des hypothèses que nous croyons admissibles, grâce aux notes, imprimées
ou manuscrites, laissées par M. Sauvageot, et aux
photographies qu'il a prises avant de commencer ses travaux (1), grâce encore à l'obligeance de M. l'architecte
Savary, qui fut son collaborateur et qui a bien voulu nous dévoiler les pensées
de son maître. Nous avons enfin consulté avec fruit les archives des Monuments
historiques et de la Seine, où nous avons trouvé de nombreux documents (2).
(1) Ces photographies sont aujourd'hui la propriété de
notre confrère M. André Ventre, soit gendre, qui a eu la complaisance de les
mettre à notre disposition.
(2) Nous devons
remercier tout particulièrement M. E. Lefèvre-Pontalis,
qui nous a accompagné dans une de nos visites et nous a fait part de ses
réflexions ; M. Albert Mayeux, qui a illustré
cette étude ; M. l'abbé Patureau, curé de
Saint-Pierre de Montmartre, qui nous a ouvert ses archives particulières, et M.
Lucien Lazard, membre de la Commission du Vieux
Montmartre, bibliothécaire aux Archives de la Seine, qui nous a guidé dans nos
recherches.
Les sources, manuscrites ou imprimées, auxquelles nous
avons puisé, sont les suivantes : Archives
des Monuments historiques ; dossiers de l'église Saint-Pierre de
Montmartre ; - Archives de la Seine :
cartons V2 D1 et M. 77 (Administration communale,
Montmartre) ; Id., collection
Lazare, n° 94 ; - Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres (Bulletin), t. XLI, 1897, communication de
M. L. Delisle ; - Antiquaires de France
(Bulletin de la Société), 1898, p. 161 et 162, communication de M.
Lucas ; - E. de Barthélemy :
Recueil des chartes de l'abbaye royale de Montmartre ; - A. Boinet : Les édifices
religieux de Paris ; - F. Bournon : Rectifications et additions à l'histoire de
la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf ;
- D. Chéronnet : Histoire
de Montmartre, Paris, 1843 ; - Frédegaire : Chronique, n° 23 ; - D. Félibien : Hist. de Paris, t. III, p. 63
; - De Guilhermy : Bibl. nat., nouv. acq., fonds fr. ms. n° 6117, fos
61 à 109 (ce manuscrit a été publié en partie dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2e
série, t. I, 1843, p. 178) ; - L. Lazard : Les colonnes du temple, dans le Vieux Montmartre, Janvier 1896 ; -
Alexandre Lenoir : Architecture
monastique, 2-3, p. 440 ; - Alexandre-Albert
Lenoir : Statistique monumentale de Paris
depuis les Romains ; - Abbé Lebeuf : Histoire de la ville et du diocèse de Paris,
t. I, p. 440 (réédition de 1883); - Liber
miraculorum, S. Dionysii,
I, II, XXXVII, dans Mabillon : Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, III, 2, p. 359) ; - Millet : Notice sur l'église Saint-Pierre de
Montmartre, dans l'Encyclopédie
d'architecture, 6e année, 2e série, 1877 ; - A. Narjoux : l'Eglise
Saint-Pierre de Montmartre, Paris, 1898 ; - Sauvageot
: Rapport sur les fouilles antiques à
Saint-Pierre de Montmartre, présenté par M. l'architecte Vaudremer
le 28 mai 1898, publié dans le Vieux
Paris, 1898, fasc. 3, p. 25 et 26 ; - Sauvageot
: Communication, rapportée dans le Vieux Montmartre, t. II, p. 277, année
1898; - Sauvageot : Rapport du 7 juin 1901 sur la pierre tombale de la reine Adélaïde,
suivi du rapport de M. Ch. Sellier sur le mènes sujet, publié dans le Vieux Paris, 1901, p. 108 et 109 ; -
Ch. Seillier : L'église
Saint-Pierre de Montmartre, dans le
Bulletin de la Soc. des Amis parisiens,
1888 ; - G. Villain : Rapport sur la restauration de l'église Saint-Pierre de Montmartre,
présenté au Conseil municipal de Paris le 7 Juillet 1899.
On a dit
qu'il existait autrefois, sur le versant occidental de la colline de
Montmartre, un temple dédié à Mars, dont les ruines m'auraient été anéanties
qu'en 1618, à la suite d'un ouragan.
Si cette
assertion a rencontre des contradicteurs, il semble cependant certain que des
constructions païennes avaient été érigées dans cette région, et que, plus
tard, deux édifices chrétiens furent élevés. L'un était une chapelle bâtie sur
la rampe du midi et consacrée aux SS. Martyrs ; elle a été détruite en
1790. L'autre occupait l'emplacement de l'église actuelle de Saint-Pierre : c'était une
basilique (3),
à l'origine sous le vocable de saint Denis, dont l'existence au milieu du IXe
siècle est constatée par l'auteur du Liber
miraculorum S. Dionysii, qui rapporte un détail de sa construction destiné
à nous renseigner sur la façon dont étaient parfois conçus ces plafonds qui
ont, pendant longtemps, remplacé les voûtes dans les églises primitives :
celui-ci consistait en un clayonnage d'osier (peut-être revêtu de plâtre ?)
établi entre les poutres. En effet, la charpente de la basilique ayant été
atteinte par un incendie, l'ouvrier qui la réparait se laissa choir à travers
le plafond et ne fut retenu miraculeusement que par le bout d'une claie qui le
maintint suspendu (4). L'édifice était encore debout en 1116, puisqu'il faisait alors
l'objet d'une donation consentie par Gauthier Payen et sa femme Hodierne en
faveur des moines de Saint-Martin-des-Champs. L'acte mentionne son autel et sa
nef, mais il ne nous donne pas d'autres détails sur son plan et sur son
architecture. Cependant il est vraisemblable, comme nous l'expliquerons plus
loin, qu'on dut emprunter à l'église primitive plusieurs débris, comme les
colonnes galbées et les chapiteaux de marbre qu'on voit encore dans le monument
que nous allons étudier.
(3) M. Enlart conteste l'existence de cette basilique en avançant qu'aucune substruction n'a pu être trouvée sous l'emplacement de l'église actuelle. - Enlart : Manuel d'archéologie française, t. I, p. 115, note 1.
M. Sauvageot a en effet déclaré qu'il avait fouillé en vain le long des murs, mais il ajoute qu'il n'a pas pu faire fouiller partout.
(4) « Instanti etiam anno cum ecclesiae qua est in locum qui olim (ut perhibent) Montis Martis, nunc felici mutatione Montis Martyrum dicitur, opifices consumptam sites contignationem deponcrent vimincaque via per intercapedines trabium facta corum quidam desuper ambularet ; una corum fracta in terram delapsa est : opificem simul deposuisset nisi (ut credimus) clarissimorum favore martyrum prominentem de viminco instrumento sudem quod multo minoris quam ipse pondere erat apprehendisset. »
Les pièces
d’archives ne nous apportent aucune indication sur les travaux qui furent faits
à la fin du XIIe siècle. Nous verrons par l'étude du monument qu'ils
durent cependant être importants. Mais nous savons qu'en 1323
l'édifice était dans un état de délabrement lamentable. L'abbesse, Isabelle de
Rieux, le déclare : « Il nous faut moult réparations, dit-elle, mais nous
n'avons pas d'aisement pour ce que nous avons moult
perdu de notre revenu par le fait des guerres ». Ces réparations se firent
longtemps attendre, puisqu'en 1463 le chœur et le clocher menaçaient ruine, si
bien que l'évêque de Paris, Chartier, après avoir fait examiner l'édifice par
des hommes compétents, donna l'ordre à l'abbesse, Agnès du Jardin,
d'entreprendre des travaux sous peine d'encourir les censures
ecclésiastiques. Après de longues hésitations, elle dut s'exécuter et fit
remonter la charpente, la couverture et le clocher. La restauration des voûtes
dut suivre de près. En 1559, un violent incendie aurait détruit une partie des
bas-côtés.
(5) Mabillon : Annales
Benedict., t. VI, p. 417 et 701 ; Dom Chéronnet :
Hist. de Montmartre, Paris, 1843. Ce dernier auteur admet deux
consécrations successives de l'église Saint-Pierre, mais il confond l'une avec
la cérémonie que le Pape célébra dans la chapelle des SS. Martyrs, aux Calendes
de juin 1147. Mabillon cependant établit clairement la distinction qu'il faut
faire.
Sous le règne de Louis XVI, de grandes réparations furent exécutées : reprise de l'extérieur de la façade, reconstruction du mur gouttereau du bas-côté nord, sauf la partie comprise dans la première travée, construction d'une sacristie. Mais, le 24 mai 1794, les bâtiments conventuels ayant été vendus par la municipalité de Mont-Marat, le sanctuaire, désaffecté, fut surmonté d'une tour au haut de laquelle Chappe installa son premier appareil de télégraphie aérienne.
La nef, cependant, séparée du chœur par un mur léger, avait été rendue au culte en 1803, ce qui n'empêcha pas l'armée des alliés, cantonnée à Montmartre en 1814, d'établir des fours à pain dans l'absidiole septentrionale.
Néanmoins,
pour pouvoir continuer le service paroissial, de grosses réparations étaient
nécessaires. En 1834, le Conseil municipal, sur le rapport de M. l'architecte Haudebourt, décidait la reconstruction du mur latéral sud,
opération qui ne dut être terminée qu'en 1845 et qui fut accompagnée de la
reprise totale des deux croisillons, dont le développement fut diminué de 0m90
de chaque côté ; ce travail était complété par la réfection du croisillon
sud, achevé en 1874, dans un style que rien n'autorisait (6). Enfin, après un premier projet présenté en 1877 par
M. Millet, inspecteur général des édifices diocésains, et qui n'eut pas de suite,
c'est à M. Sauvageot que fut confiée la réparation
d'ensemble exécutée entre 1900 et 1905.
(6) C'est vers cette
époque que fut construite, vis-à-vis la première travée du collatéral nord,
une chapelle, dite des Fonts, qui a été démolie, et aussi que des colonnes
neuves furent appliquées contre les faces méridionales des troisième et
quatrième piles de la nef et de l'arc triomphal du côté sud. Le contrefort qui
flanque le doubleau de l'absidiole méridionale est contemporain de ces travaux.
***

Dans son étal actuel l'édifice présente le plan suivant : une nef divisée en quatre travées et flanquée de deux bas-côtés : un transept qui ne fait presque pas saillie à l'extérieur, et sur lequel s'ouvrent deux absidioles en cul-de-four ; une abside, pentagonale à l'intérieur et en hémicycle à l'extérieur, précédée d'une partie droite. Le clocher est placé à l'est du croisillon nord.

Au milieu
des fortunes diverses qu'a subies cette église, pourtant assez
homogène, il est difficile de retrouver, sinon les différentes étapes de sa
construction, tout au moins les modifications qui y furent apportées au cours
des travaux.
Néanmoins,
on peut dire que les absidioles en sont les parties les plus anciennes. Elles
étaient toutes les deux presque complètement ruinées en 1843, et Dom Chéronnet raconte qu’à cette époque il n'en restait que des
pans de mur. Aujourd'hui, grâce aux travaux de M. Sauvageot,
qui a su conserver de nombreux témoins, il est facile de se rendre compte de
l'état primitif de celle du nord. Elle se compose d'un cul-de-four et d'une
partie droite séparés par un large doubleau en tiers-point au profil
rectangulaire, avec arêtes abattues. Le cul-de-four est construit en matériaux
irréguliers, mais appareillés à l'aide de larges joints et reliés par des
chaînages de pierres plates : il est éclairé par deux fenêtres. La partie
droite est couverte d'une voûte d'arêtes, rattachée aux murs latéraux par des
formerets reposant sur une des colonnes de la pile du transept et sur un des
ressauts de celle qui reçoit le doubleau séparatif. Cette dernière est
dépourvue de chapiteau, mais elle est surmontée d'un tailloir très fruste
composé d'une bande et d'un biseau. Malgré son caractère archaïque, aucun
décrochement dans la liaison des murs n'autorise à dire que cette absidiole ait
appartenu à l'église concédée en 1116 au prieur de Saint-Martin-des-Champs, et
il faut plutôt conclure que c'est par elle que fut commencé l'édifice consacré
en 1147.
L'absidiole
du sud a été conçue suivant les mêmes données, mais avec une recherche plus
grande et qui dénote une époque légèrement postérieure : les formerets reposent
sur des colonnes engagées refaites, mais dont il reste des morceaux primitifs.
M. de Guilhermy a vu leurs chapiteaux anciens, qui
étaient « à palmes reliées aux angles par des cordons de perles ».

C'est à la même date qu'il faut attribuer l'avant-chœur voûté sur quatre branches d'ogives convergeant vers une petite clef à feuillages et garnies de trois gros boudins de section inégale, profil qui se retrouve sous le porche de l'église abbatiale de Saint-Denis, à peu près contemporain. Le doubleau intermédiaire de l'abside a reçu la même mouluration, il est en tiers-point et repose sur deux colonnes et deux chapiteaux antiques, mais dont les tailloirs romans sont formés, l'un d'une bande et d'un cavet, l'autre d'une bande, d'une baguette mal dégagée entre deux rangs de petites perles et d'un petit cavet. Les bases sont également romanes, elles se composent d'une scotie entre deux tores et sont ornées de griffes à éperons, du type de celles de Saint-Georges de Boscherville, ou à têtes, comme celles de Château-Landon. Les murs latéraux sont décorés de deux hautes arcatures dont les formerets s'appuient sur les chapiteaux à palmettes, à feuillages et à fruits d'arum de colonnes romanes. M. de Guilhermy, d'accord avec le plan publié par Alexandre Lenoir, rapporte qu'il existait, entre l'abside et les absidioles, une communication rappelant les chœurs bénédictins : l'examen attentif des murs écarte toute supposition de ce genre. On découvre, sur les piles qui soutiennent l'arc triomphal, des marques de tâcherons comme nous en retrouverons sur les colonnes des premières travées de la nef.

Il est
probable que l'abside était voûtée en cul-de-four nu comme les absidioles, car
aucun arrachement sur le doubleau qui la délimite ne révèle l'existence des
nervures qui l'auraient décoré, mais elle fut totalement reconstruite à une
époque postérieure, et les traces de la reprise sont encore visibles. Le
chevet, bâti sur un plan pentagonal, est voûté de six branches d'ogives réunies
autour d'une clé en forme de croix pattée. Ces nervures, moulurées d'une gorge
entre deux tores, reposent sur six colonnettes très élégantes dont le tailloir,
fait d'un listel, d'un grain d'orge orné de petites dents de scie, d’un cavet
et d'une baguette, se termine par des décrochements latéraux où s'appuient deux
autres colonnettes de même style, qui reçoivent les formerets toriques de trois
fenêtres en arc brisé (7) et de deux
arcatures ayant le même tracé. Les chapiteaux sont ornés de feuillages qui se
recourbent en volutes, faisant déjà pressentir des crochets, et les bases,
présentant un petit tore souligné d'un filet, une scotie et un gros tore
aplati, reposent sur un socle décoré de griffes végétales. Les compartiments de
la voûte sont recouverts de plâtre. Nous croyons pouvoir placer cette
reconstruction à l'extrême fin du XIIe siècle.
(7) M. Sauvageot avait relevé des traces de peinture autour de ces
fenêtres. Voir les photographies de la collection Ventre.

Le transept est fortement accusé à l’intérieur de l'édifice par la hauteur et la largeur des arcades en tiers-point qui donnent accès dans les croisillons. Mais il ne faut pas oublier que M. Sauvageot en a retrouvé le mur de fond primitif à 0m90 plus loin. Dans les fondations qu'il a relevées, il a constaté des murs hourdés en moellons de chaux sous l'emplacement du pignon nord, et de même nature que les fondations de l'absidiole septentrionale. Au contraire, les substructions du pignon sud étaient hourdées en plâtre comme celles de l'abside. C'est une nouvelle preuve que les travaux ont commencé par l'absidiole septentrionale.

Le carré en
a été très modifié : les parties les plus anciennes sont les piles,
contemporaines de l'avant-chœur. Elles forment un
massif cruciforme à demi engagé dans les murs des absidioles et flanqué de huit
colonnes, savoir : au nord-est, deux sur la face occidentale, recevant l'arcade
du croisillon et son formeret. deux dans les angles
de la face septentrionale, destinées au double rouleau de l'arcade et au
formeret de l'absidiole, quatre du côté du midi, sur lesquelles retombent
l'ogive du carré, l'arc triomphal, le formeret supérieur et l'ogive de l'avant-chœur. La même disposition se retrouve sur la pile du
sud-est. Il faut noter que ces colonnes sont placées sans symétrie, et qu'elles
s'élèvent avec maladresse. Ajoutons que la voûte du carré a été refaite au XVe
siècle : ses branches d'ogives, aux formes prismatiques, convergent autour
d'une clé formée d'un écu « de France moderne », cantonné de six
fleurs de lis, et pénètrent dans les colonnes primitives, qui ont été
dépouillées de leurs chapiteaux, tandis que les colonnes voisines ont conservé
les leurs, plus ou moins restaurés, et dont l'un d'eux, refait en plâtre, présente
cependant un assemblage de muffles déjà signalés par
de M. Guilhermy.

Quel était l'aspect primitif de cette voûte ? Certains archéologues ont pu penser que le carré aurait été autrefois surmonté du clocher qui menaçait ruine en 1460, et que l'on errait alors établi dans le croisillon nord. Les vastes dimensions de ce carré et les dispositions des piles ne nous permettent pas d'envisager cette hypothèse, et nous pensons qu'il y avait là des voûtes d'ogives semblables à celles de la travée du chœur.

Le croisillon nord, complètement reconstruit sur les anciennes fondations, est défiguré par un contrefort de la souche du clocher latéral, qui fait saillie à l'intérieur. Il est recouvert de voûtes d'arêtes, dont les amorces primitives ont été relevées par la photographie, et qui sont limitées par des formerets appuyés sur des colonnes aux chapiteaux ornés de volutes et de palmettes et surmontés de tailloirs composés d'une bande, d'un filet, d'un cavet et d'un tore.
Le
croisillon sud, entièrement refait en 1874 sur les plans de M. Millet, a été
voûté d'ogives sans que rien autorise l'emploi de ce système : son
développement septentrional a même été arrêté à 0m90 en dedans des
limites primitives, reconnues plus tard par des fouilles.
La nef
aurait reçu ses voûtes d'ogives après l'incendie de 1559, suivant M. Sauvageot : nous ne saurions approuver cette date, qui
ne semble pas s'adapter au profil des nervures ni au style des clés (8), et nous la plaçons à la fin du XVe siècle.
(8) L'une porte un
écu de... au chevron de... accompagné de trois chardons et timbré d'une crosse.
Malgré nos recherches, il nous a été impossible de l'identifier. M. Ch. Sellier
attribue ces armes à Catherine de Charron, qui fut abbesse de 1526 à 1583.
Cette hypothèse n'est pas admissible, car d'après d'Hozier et Riestap, la famille de Charron ou de Charran,
à Paris, portait de... au chevron de... accompagné d'étoiles, d'une roue ou
d'un croissant.
Quoi qu'il en soit, la nef comprend quatre larges travées qui, comme tout le vaisseau central de l'église, ont subi un bouclement considérable, et dont la plus ancienne, contemporaine de l'avant-chœur, est celle qui touche le transept. Elle présente, en élévation, quatre piles cruciformes cantonnées de douze colonnes placées d'une façon irrégulière : cinq sur la face intérieure ont eu leurs chapiteaux rasés au moment de la reconstruction de la voûte. trois d'entre elles reçoivent en pénétration les ogives et les doubleaux, les deux autres, intermédiaires, dont l'utilité ne se fait plus sentir, ont été remontées jusqu'au voûtain dans lequel elles se perdent ; de chaque côté du massif, deux colonnes, de section inégale, sont engagées dans le ressaut, et une troisième, à demi noyée dans la maçonnerie, est placée dans l'angle rentrant pour soutenir les formerets et les deux rouleaux des grandes arcades brisées aux arêtes abattues ; enfin une seule colonne est engagée sous le collatéral dont elle reçoit le doubleau. Au-dessous d'un bandeau mouluré s'ouvre une tribune, - aujourd'hui bouchée, - subdivisée en deux baies légèrement brisées, reliées par un large massif rectangulaire qui domine une fenêtre de même forme, ornée d'un tore reposant sur deux colonnettes dont les tailloirs se prolongent en cordon.
Les trois
autres travées ont reçu des modifications qui, au premier abord, pourraient
sembler dues à une reprise, mais en réalité, sont presque de la même époque,
car nous y retrouvons des marques de tâcherons comparables à celles des piles
de l'arc triomphal, un style des chapiteaux uniforme et cet étrange procédé qui
consiste à noyer dans le plein du mur le sommet des colonnes soutenant les
formerets. Les piles sont montées sur un plan cruciforme régulier, et elles
sont flanquées de quatre colonnes engagées avec symétrie sur les dosserets et
de quatre autres placées dans les angles rentrants ; elles reçoivent les
ogives et les doubleaux de la nef, les doubleaux des bas-côtés, le ressaut des
grandes arcades et, ensemble, sur le même point d'appui, les formerets et les
grandes arcades elles-mêmes : en effet, par une disposition plus
ingénieuse qu'artistique, que nous retrouvons à Notre-Dame d'Estampes (9), et qui n'a d'autre but que d'établir l'harmonie,
cette colonne latérale, très homogène, est pourvue d'un double chapiteau, celui
du bas n'étant en réalité qu'une console en encorbellement, sur lequel sont
assises les arcades. Notons que celles-ci sont en tiers-point et qu’elles sont
plus élevées que les suivantes, ce qui élève également le bandeau supérieur d'une mouluration
différente.
(9) Cf. E. Lefèvre-Pontalis :
Les campagnes de construction de
Notre-Dame d'Étampes, dans les Conférences
des Sociétés savantes de Seine-et-Oise,
1909, p. 210.

Les tribunes ont une double
ouverture architravée, séparée par une pile rectangulaire dont il reste de bons
témoins, et subdivisée par deux colonnettes jumelles placées
perpendiculairement à l'axe de la nef. Leurs chapiteaux sont ornés de
feuillages, dont l'extrémité se recourbe en volutes, et accusent une époque
plus jeune que ceux des parties basses, indication confirmée par le profil des
bases et le style des fûts, tantôt ronds, tantôt polygonaux (10). Enfin
l'éclairage est assuré par de larges fenêtres en tiers-point qui viennent
pénétrer dans le sommet du formeret. Notons enfin qu'au revers de la façade
chaque support a reçu une colonne antique réemployée comme les piles de l'avant-chœur.
(10) Beaucoup de ces
fûts sont neufs, mais ils répondent à la description donnée par M. de Guilhermy, qui en a vu de nombreux spécimens.
L'examen assez complexe de cette nef soulève des problèmes et a donné lieu à plusieurs explications.
Écartons
d'abord une hypothèse que rien ne justifie : M. Millet, ému par la
maladresse apparente de cette construction et intrigué par le tracé des
arcades, qu'il juge modernes (?), a voulu soutenir que, dans leur état
primitif, celles-ci étaient recoupées par une colonne faible qui servait
également à soutenir la division en deux des travées des collatéraux. Aucune
preuve ne permet d'approuver ce système.
Cependant,
il est bien certain que si la quatrième travée est différente des autres, nous
avons vu que certains détails leur sont communs, et le style de sa fenêtre
haute ne nous permet pas de conclure à une reprise postérieure, mais cependant,
sa construction même prouve qu'elle n'était pas prévue lorsque furent élevées
les deux arcades qui ajouraient la tribune. Ne voit-on pas les claveaux de
leurs sommiers entamés de la façon la plus dangereuse, par les piédroits de
cette baie ? Notre confrère M. Mayeux, qui a bien
voulu mettre à notre disposition pour cette étude, non seulement son talent de
dessinateur, mais aussi son expérience d'architecte, pense que le projet
primitif ne comportait pas de tribunes ; les deux baies en tiers-point,
séparées par la grosse pile rectangulaire, auraient simplement été les fenêtres
hautes, et le collatéral aurait été couvert d'un toit très plat qui ne
dépassait pas leur niveau inférieur. On se serait aperçu promptement des
inconvénients de cette toiture, et le maître de l'œuvre aurait aussitôt relevé
l'inclinaison en lui donnant la disposition qui a subsisté, mais qui amena la nécessité d'assurer l'éclairage par l'ouverture de la
fenêtre supérieure.

D'ailleurs,
cette séduisante hypothèse semble se vérifier par l'examen du revers de la
pile, qui paraît avoir été destiné à demeurer et l'extérieur, et par des
décrochements dans le mur, qui éveillent l'idée de contreforts. Enfin nous
aurions ainsi l'explication du changement de procédé dans l'élévation des trois
premières travées où l'architecte s'appliqua à suivre le parti qu'il venait
d'adopter, tout en y apportant des améliorations qui ne parvinrent jamais à
donner aux tribunes une dimension normale.
Quoi qu'il
en soit, ces travaux durent être exécutés sans qu'il y ait eu
interruption dans l'entreprise et, s'ils pouvaient être achevés dans
la dernière travée et amorcés dans les parties basses des autres, ils n’y
étaient pas terminés lors de la consécration de 1147. On dut alors recouvrir
cette travée d'un plafond provisoire, usage dont M. E. Lefèvre-Pontalis
a reconnu la pratique fréquente, et l'achèvement ne se poursuivit qu'après
cette date, comme le prouve le style des premières tribunes.
Mais que
faut-il penser des voûtes primitives ? D'abord, y avait-il des voûtes dans
la nef ? Certains archéologues l'ont nié. Nous ne pouvons nous arrêter à
cette pensée si nous examinons la position élevée qu’occupent
la fenêtre de la quatrième travée et les trois colonnes engagées sur le ressaut
intérieur de la pile destinées, sans aucun doute, à recevoir les trois gros tores d'un doubleau
semblable à celui de l'avant-choeur. Cependant d'autres, moins affirmatifs, ont
prétendu avec M. Millet qu'à peine construites, les voûtes se seraient
écroulées et qu'aussitôt on y substitua un plafond plus élevé que l'extrados
des voûtes du XVe siècle. Ils appuient cette théorie sur l'existence
de faux-joints peints et relevés par eux dans les combles, au-dessous de la
charpente.
Sans aller
aussi loin, M. Sauvageot, qui, par des sondages
opérés en 1898, a découvert les amorces des parties hautes de la nef primitive,
pense que, dans la deuxième moitié du XIIe siècle, les contreforts
extérieurs, en porte-à-faux sur les doubleaux des bas-côtés, n'étaient pas
suffisants pour maintenir la poussée, d'où nécessité d'un démontage de la
calotte pour éviter l'effondrement. C'est à la suite de cette opération,
poursuit l'éminent architecte, que furent refaites complètement les trois
premières travées, et il ajoute que l'examen de la charpente montre des parties
remontant au XIIe siècle, et qui sont composées de chevrons portant
fermes, avec, au droit de chaque chevron, des entraits au travers desquels
aurait été cloué un plafond (11).
(11) L'attribution d'une partie de la charpente au XIIe
siècle nous semble très osée. Les documents écrits que nous avons parcourus
témoignent de nombreuses et successives réparations à cette partie de la
construction, qui n'autorisent pas à faire état de son aspect actuel et
expliquent certaines différences de niveau dans ses diverses parties.
Si les raisons que nous avons exposées plus haut, et en particulier les observations de M. Mayeux, ne nous permettent pas d'adopter cette théorie dans tous ses détails, nous admettons bien volontiers qu'à un moment donné les voûtes cédèrent ou furent sur le point de céder, et qu'il fallut leur substituer un aménagement de fortune.
Les
bas-côtés ont été très restaurés : de toutes les fenêtres qui les éclairent,
celle de la première travée septentrionale, restée primitive, a seule conservé
des témoins ; elle est en plein cintre et sans ornements.
Le long des
murs goutterots, des colonnes, dans le collatéral
sud, et des pilastres, dans celui du nord, soutiennent, la retombée extérieure
des voûtes d'arêtes construites au commencement du siècle par M. Sauvageot, qui n'a pas pu laisser de morceaux primitifs,
mais a pris des vues photographiques très instructives. En était-il ainsi à
l'origine de la construction ? Malgré les doubleaux, qui ont quelques rares
fragments anciens, on en pourrait douter tout d'abord. En effet, les voûtes
d'arêtes sont rares dans les églises romanes de l'Ile-de-France. Puis, l'examen
des tribunes, recouvertes d'un toit en appentis, ne permet pas de trouver,
au-dessus de l'extrados des voûtes, une hauteur suffisante pour donner accès au
public, et il faut en conclure que celles-ci n'étaient pas destinées aux
fidèles. Enfin. M. de Guilhermy rapporte qu'en 1843
« les collatéraux sont couverts d'un simple plafond et paraissent n'avoir
jamais été voûtés de pierre », et Dom Chéronnet
croit qu'ils étaient voûtés d'ogives.
Néanmoins, ces objections ne sont qu'apparentes. D'abord, si les voûtes
d'arêtes sont rares dans l'Ile-de-France, elles n'y sont pas absolument
inconnues, on peut citer celles des églises de Champeaux, de Voulton
(Seine-et-Marne), du déambulatoire de Poissy et de Saint-Martin-des-Champs, à
Paris, de la crypte de Saint-Denis : M. E. Lefèvre-Pontalis a bien voulu
nous signaler celles de Saint-Valérien de Châteaudun. En outre, si les tribunes
ne pouvaient pas loger les assistants, tout au moins étaient-elles de nature à
servir à un autre usage, car nous lisons dans Alexandre Lenoir :
« L'abbaye de Montmartre a fourni récemment la preuve qu'on établissait
aussi le charnier sous la couverture des bas-côtés de l'église. » Cette
destination se trouve confirmée par une feuillure intérieure, encore visible
dans les baies, qui prouve que celles-ci étaient fermées par des portes, et la
mention de cet ossuaire appelle assez naturellement l'idée d'une voûte de
pierres.
Enfin, nous
avons eu la bonne fortune de trouver un rapport présenté au Conseil municipal
de la commune de Montmartre, le 29 décembre 1834, par l'architecte Haudebourt, qui constate qu'au droit « de la retombée de la première voûte d'arêtes
il s'est effectué un assez fort tassement » par suite de l'état de délabrement
du mur latéral du midi aux abords de la façade.
Nous pensons
que ce rapport doit être considéré comme concluant et la question nous paraît
résolue, malgré de Guilhermy et la créance qu'il faut
attacher d'ordinaire à ses observations.
***
Nous ne nous
étendrons pas longuement sur la
décoration intérieure de cette église. Lenoir a donné une description très
détaillée et très complète de ses chapiteaux à laquelle nous renvoyons, nous
bornant ici à quelques observations de détail.

(12) Ces colonnes
furent l'objet d'une proposition de vente de la part de la fabrique en faveur
du comte de Choiseul-Gouffier, qui, en 1808,
prétendait les acquérir pour 800 francs. L'intervention de Chappe, craignant
pour la solidité de son télégraphe, fit échouer ce projet, dont M. Lucien Lazard a raconté les péripéties.

Quant aux
chapiteaux romans, ils revêtent des ornements divers : les uns sont
franchement inspirés de l'antique : la finesse de leurs palmettes les fait
classer parmi les plus élégants de l'église ; d'autres sont décorés de
feuilles plus grossières, et quelques-uns n’ont été qu'épannelés ; enfin
plusieurs sont ornés d'animaux
et de personnages. Parmi ces derniers, l'un d'eux, au nord, en face de
la sacristie, représente une scène bizarre : un homme à tête de porc, vêtu
d'une tunique courte, serrée par une ceinture, est monté à califourchon sur un
bouc, mais il fait face à la croupe et sa main tient la queue de l'animal,
tandis que ses pieds reposent sur une sorte d'escabeau ou d'étrier. On a voulu
voir dans cette image une allusion à des scènes de sorcellerie. C'est aller
chercher bien loin la pensée de l'artiste, qui n'a sans doute songé qu'à la
représentation de la luxure, suivant une interprétation que nous retrouvons
encore au XIVe siècle au croisillon sud de la cathédrale d'Auxerre (13).
(13) Enlart : La sculpture des portails de la cathédrale
d'Auxerre, du XIIIe à la fin du XIVe siècle, dans le Congrès d'archéologie d'Avallon, 1907,
p. 624.

Les
tailloirs sont variés : nous en avons déjà décrit quelques-uns ;
ajoutons que sur les pilastres des absidioles nous trouvons le type le plus
primitif, qui consiste en un listel et un biseau ; dans la partie droite
du chœur, le biseau est remplacé par un cavet, et ce profil persiste ailleurs,
mais souvent rehaussé de filets et de baguettes, sans qu'il soit possible
d'expliquer ces modifications par un changement de date dans la construction.
Il faut plutôt conclure à un travail souvent fait après coup.

La même observation s'adresse aux bases de la nef dont la plupart ont été refaites, mais dont les autres sont en général moulurées d'un petit tore, parfois souligné d'un grain d’orge, d'une scotie peu profonde et d'un tore aplati, parfois accompagné de griffes végétales.

L'extérieur de l'édifice défie presque toute étude archéologique en raison de la réfection dont il a été l'objet. Disons seulement que le chevet en hémicycle, moins retouché, repose sur un soubassement composé de cinq glacis superposés, et qu'il est soutenu par de puissants contreforts également à glacis multiples qui ont été repris à diverses époques, dispositions destinées à parer à la déclivité et au peu de solidité du terrain. On voit, au-dessus du mur de la nef, une intéressante corniche dont la tablette, ornée de pointes de diamant, repose sur des modillons frustes, à l'exception de deux ou trois masques grimaçants. Le clocher latéral a été reconstruit sur les fondations anciennes.

La façade
est l'œuvre du XVIIIe siècle, qui n'a laissé subsister que quelques
débris de dents de scie, de pointes de diamant et de palmettes. Peut-être
avait-elle déjà été modifiée au XIIIe siècle, car on y découvre la
trace de baies gothiques.

Enfin le mobilier de cette église vient de faire l'objet d'une récente étude donnée par notre confrère M. Amédée Boinet, et à laquelle nous renvoyons, en nous bornant à mentionner les restes d'un carrelage émaillé en vert et jaune représentant des tours et des fleurs de lis, une belle cuve baptismale en pierre datée de 1537, et plusieurs tombes, dont la plus intéressante est celle attribuée à la reine Adélaïde : elle est de plant trapézoïdal et porte encore des marques d'incrustation.
De ce qui précède, il résulte que l'église Saint-Pierre de Montmartre est un monument homogène et qui fut construit sans interruption au cours des travaux.
Commencée
vers 1133 par l'absidiole nord, elle était en 1147 assez avancée pour que le
pape Eugène III puisse procéder à sa consécration. Cependant, à cette époque,
l'achèvement des parties hautes n'était pas complet, principalement dans les
trois premières tracées, et celles-ci ne furent terminées que quelques années
après, travail qui fut suivi, à la fin du XIIe siècle, par la
réfection totale de l'abside. Nous avons vu que les voûtes de la nef furent
reprises à une époque très postérieure.
F. DESHOULIÈRES.
Copie du Rapport de M. Haudebourt, architecte du
gouvernement, demeurant rue de La Rochefoucauld, n° 19, à Paris, désigné par le
Conseil municipal de la commune de Montmartre à l'effet de procéder à la visite
de l'église de la dite commune et donner son avis sur les réparations
strictement indispensables à la conservation de cet édifice.
Je me suis rendu sur les lieux le dimanche 28 courant, où étant, j'ai reconnu :
1° Que le mur latéral du côté du midi présente sur tous les points des dégradations telles que de promptes réparations sont indispensables pour prévenir la chute de cet antique monument et les malheurs qui pourraient en résulter ;
2° Que les
contreforts qui servaient d'épaulement sont détruits par la vétusté et par
suite de la démolition d'un bâtiment anciennement annexé à l'église, d'où il
résulte que la poussée des voûtes, en chassant le mur, leur fait éprouver les
déchirements signalés ci-dessus ;
4° Enfin,
qu'au droit de la retombée de la première voûte d'arêtes, il s'est
effectué un assez fort tassement ;
Considérant,
d'une part, que la reconstruction du dit mur offrirait de grandes difficultés,
et de l'autre, qu'il entraînerait la commune à de grandes dépenses, j'ai
cherché quels seraient les moyens qu’on pourrait employer pour conserver cet
édifice et prévenir les accidents ;
En
conséquence, je propose :
1° De
rétablir en bonne maçonnerie les contreforts détruits ;
2° de
construire un nouveau contrefort à l'angle du bâtiment ;
3° de relier
cet angle avec la façade à l'aide de chaînes et d'ancres ;
4° de faire
des relancées dans les parties les plus défectueuses du mur ;
5° de
faire le rejointement de toute cette façade de
mortier de chaux et de sable.
J'estime
qu'au moyen de ces réparations indispensables la durée du bâtiment sera assurée
pour une longue suite d'années.
Fait et clos
à Paris le 29 décembre 1834.
Signé : HAUDEBOURT.
Pour copie conforme :
Signé : VÉRON.
(Cachet de la Mairie.)