L’INTERMÉDIAIRE
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
10 Février
1914
La dernière abbesse de Montmartre (LXVIII,
571) - Marie-Louise de Laval-Montmorency, née le 31
mars 1723, morte sur l'échafaud le 6 août 1794, était la fille aînée de Guy
Claude Roland de Laval Montmorency, maréchal de France, qui avait épousé le 28
juin 1722, Elisabeth Rouvroi de Saint-Simon, nièce de
Saint-Simon, l'auteur des Mémoires.
De ce
mariage naquirent sept enfants, dont quatre moururent en bas âge ou dans un âge
peu avancé. Les survivants furent : Marie-Louise, qui devint abbesse de
Montmartre ; Joseph Pierre, tué à la bataille d'Hastembecke
à l'âge de 28 ans ; et Henriette Louise, mariée, à l'âge de 14 ans le 18 Mars
1747, à Bleikardt Maximilien, comte d'Helmstadt ; cette dernière vivait encore en 1806.
Marie-Louise
de Laval-Montmorency s'était retirée à Franciade
(Saint-Denis) pendant la tourmente révolutionnaire. Ce fut là qu'on vint la
chercher pour la conduire au Tribunal révolutionnaire.
A soixante
et onze ans, la fille du maréchal confessa son Dieu sur l'échafaud de la place
du Trône. Avec André Chénier, Roucher, Créqui,
Montalembert et tant d'autres victime, elle répondit 1e 7 thermidor 1794 au
suprême appel des bourreaux, barbouilleurs de « lois » dont le règne
finissait le lendemain.
La fin des Montmorency, par
Charles de Bonnechose. Extrait du Correspondant du 10 février 1878. -
Consulter le Répertoire général de
l'Histoire de Paris pendant la Révolution, par Tuetay
(Tom I, II, III).
Ce fut elle
qui donna son nom à la rue de Laval, aujourd'hui rue Victor Massé, percée sur
les terres dépendant de l'abbaye.
Les actes de
sa vie privée ne doivent pas avoir été assez variés ni assez importants pour
donner lieu à des monographies ou à des publications spéciales. Ils doivent se
confondre avec les actes de son administration abbatiale, qu'il faudrait
rechercher dans les documents relatifs à cette période de l'histoire de Paris
et de Montmartre. On trouve aux Archives de la Sarthe sous la cote G, 397,
Chambre ecclésiastique du Diocèse du Mans, 1757-1759 : Présentation du
prieuré simple de Saint-Louis desservi dans la chapelle de Rougemont, paroisse
de Saint-Pavin-des-Champs, au nom de Marie-Louise de
Laval Montmorency. Celle-ci devait avoir d'autres attaches au pays du Maine,
dont sa famille était originaire. Son père, Guy Claude Roland de Laval
Montmorency, né au château de Pescheray dans la
paroisse du Breuil au Maine, était seigneur de Vallon, Crénon,
Maigné et Châtons, toutes
ces seigneuries étaient au Maine. Il mourut en 1751 à l'âge de 74 ans, dans son
château de Châtons, situé paroisse de Parigné l'Evêque, où il s'était retiré et qu'il
affectionnait beaucoup. C'est de ce château de Châtons
dont il est question dans l'interrogatoire de Damiens du 9 janvier 1757 ;
Damien, qui fut valet de chambre de la maréchale, accompagna celle-ci dans un
des voyages qu'elle fit de Paris à Châtons, après la
mort de son mari, détail omis par l'abbé Voisin dans son ouvrage Damiens au Maine. Le château et la terre de Châtons
apportés en dot par Henriette Louise au comte d'Helmstadt,
restèrent à celui-ci jusqu'à la Révolution et furent vendus en 1795 comme biens
d'émigrés. Le château et la terre de Vallon qui revinrent
aux enfants de Joseph Pierre après la mort de celui-ci, eurent le même sort.
Enfin, Marie-Madeleine de Saint-Simon, sœur de la maréchale était abbesse du
Pré, au Mans (Bulle de provision de 1730, Chambre ecclésiastique du Diocèse du
Mans, Archives de la Sarthe G. 386).
Il résulte
de ce qui précède que Marie-Louise de Laval de Montmorency, dernière abbesse
de Montmartre, dut avoir de fréquentes relations dans la province du Maine,
mais qui, en raison de leur caractère privé, ne paraissent pas avoir été
connues. L'examen des nombreux documents que j'ai eu l'occasion de consulter sur
cette famille, ne m'a rien appris d'autre que ce que j'ai dit plus haut, sur
l'abbesse de Montmartre. dont les faits et gestes
doivent plutôt, je le répète, être cherchés dans les documents relatifs à
l'abbaye ou à l'histoire ecclésiastique du Diocèse de Paris.
O. D.
***
10 Février
1914
La défense de Montmartre en 1814 (LXIX, 138). - Le document inédit qu'on va lire est une réponse très précise à la question posée. On y trouve raconté dans une pièce officielle, l'héroïsme de deux braves montmartrois dont les noms eussent mérité de survivre.
Ces noms les
a-t-on connus ? cette idée d'un monument qu'avait
eue la municipalité a-t-elle été poussée au-delà du désir exprimé dans cette
lettre.
Sait-on d'autres actes d'héroïsme des braves montmartrois accomplis contre les alliés, en 1814, sur la Bastille ?
Léonce GRASILIER.
Mairie de Montmartre,
16 juin 1814,
L'adjoint au Maire de Montmartre à M. le
Comte Beugnot, Directeur de la Police.
Monsieur le Comte.
Je fus averti il y a
huit jouis, que deux cadavres étaient presqu'entièrement
à découvert sur le penchant de la montagne au nord des sept moulins. Après
m'être assuré du fait, je mandai le gare champêtre
pour obtenir des renseignements et procéder à l'enterrement de ces corps.
J'appris sur ce dernier point, que
déjà ils avaient été mis en terre, mais que l’écoulement continuel des eaux
ayant délayé l'argile qui abonde en cet endroit, ils avaient été entraînés
avec une masse de terre, et étaient restés où nous les voyons. Soit par la
liquidité de ce terrain, soit par la mauvaise odeur, nous eûmes beaucoup de
peine à retirer les cadavres ; cependant y étant parvenus, je les fis déposer
dans une fosse près de là en terre ferme.
Ce que j'ai appris à
cette occasion me met dans le besoin, Monsieur le comte, de vous le communiquer
et de vous exprimer mon désir à cet égard.
Le 30 mars dernier, jour mémorable où
notre commune tomba dans le pouvoir des alliés, on entendit le matin deux
canonniers français, qui étaient venu déjeuner chez le Sr
Debray, marchand de vin, se promettre mutuellement de ne pas se quitter et de
ne pas abandonner leur pièce quoiqu'il arrive.
Ces braves ont été fidèles à leur
engagement, à leur devoir, à leur patrie, Ils sont morts tous deux à leur
poste, et le garde champêtre qui les a enterrés les avait reconnus pour être
ceux qu'il avait vus et entendus le trente au matin. J'ai par moi même vérifié
l'habillement dont ils étaient encore en partie couverts. Si ce fait mérite une
place dans l'histoire de cette mémorable journée, permettez Monsieur le comte,
qu'il soit placé à côté de deux autres qui doivent figurer dans ce grand
tableau.
Je crois que cette réunion suffirait
même pour faire connaître aux générations futures les causes et le caractère de
ce grand événement,
Deux cent cinquante hommes à peu près
faisaient la défense de cette importante position où on avait placé huit
pièces d'artillerie.
A cinq heures et demie du matin, un
grand état major se présente à ma porte, je me rends à sa rencontre, c'est le
roi Joseph et sa suite. Un officier de cette suite me demande d'ouvrir toutes
les portes, je lui réponds que cela ne m'est pas possible, la maison étant en
grande partie occupée par des malades et même des aliénés. « Ne dites pas
cela au roi, réplique l'officier. – Pourquoi ? - C'est que le roi craint
beaucoup d'être où il y a des malades ».
J'étais surchargé d'occupations, et
dans le besoin de pourvoir de vivres cette petite troupe à qui était confiée la
défense de Montmartre ; à une heure et demie environ, un militaire vint me
chercher pour parler à un officier supérieur, j'étais hors de chez moi ;
dés que j’y rentrai, je me rendis à cette demande et je fus conduit au Roi
Joseph qui me demanda quel était le nombre de la garde nationale de la commune.
- Deux cent vingt hommes environ, dont
douze ou quatorze au corps de garde avec huit fusils et deux piques.
Le Roi Joseph m'engageant à rassembler
cette garde pour la mettre en bataille sur la hauteur, je lui dis : « Et des
armes ? » - « N'importe il suffit que l'ennemi les voie, il les
prendra pour des troupes armées, cela aura un bon effet ». Cette proposition
était trop évidemment inexécutable et sans but, je me retirai sans m'en
occuper davantage et laissai le roi armé de sa lunette, froid spectateur de
cette scène, qui se rapprochait de plus en plus.
Peu de temps après un officier suivi
d'un dragon d'ordonnance, me présente une feuille à viser, elle a pour objet de
constater l'instant où cet officier se présente à chaque mairie des communes
environnantes; il m'annonce et me charge d'apprendre aux troupes que
l'Empereur vient d'arriver au bas de la butte Chaumont, tenant l'ennemi par derrière
avec une sorte de colonne. Les horreurs dont on a rempli les journaux de la
part des ennemis, la douleur de les voir prêts à nous envahir, redoublent mon
courage ; je me couvre de mon écharpe et parcoure les différents postes pour
répandre cette nouvelle.
Partout elle excite des
transports ; et des cris d'allégresse et de défense se font entendre.
Je me rends successivement sur les
détachements de la garde nationale de Paris qui occupent les postes des
barrières voisines et partout je trouve des français aussi disposés à défendre
leur pays. Les chapeaux s'élèvent en signe de satisfaction : divers pelotons
marchent en avant, se portent au feu ; je rencontre sur la route Neuve une
colonne de cette troupe, elle me reçoit avec le même empressement et va se
joindre aux tirailleurs.
Ainsi dans cette grande journée,
lorsque les citoyens de la Capitale oublient combien ils sont nécessaires à
leur famille pour la défense de leur ville, pendant que de jeunes soldats se
font tuer plutôt que d'abandonner leur poste, lorsqu'une poignée d'hommes ose
se mesurer avec une armée considérable, ceux par qui et pour qui ces braves
sont dans une aussi pénible position, observent froidement et ne voyent pas même que cette importante position la butte
Montmartre n’est point en état de défense ; pas un chemin n'est couvert, coupé,
barricadé, et c'est d'une maison de malades qu'on peut avoir peur !
Je dois vous dire encore, Monsieur le
Comte, que jusqu'aux habitants de Montmartre tout ici a honoré le caractère
français, plusieurs étaient à servir les pièces des canons, d'autres en
tirailleurs, quand l'ennemi s'est présenté.
Je terminerai ce récit par le but que
je me suis proposé en le commençant.
C'est de vous prier, Monsieur le
Directeur général, de faire les recherches nécessaires pour connaître le nom
des braves canonniers dont nous avons recueilli les cadavres et d'obtenir la
permission de leur élever un monument simple, qui honore leur fidélité et leur
bravoure.
J'ai l'honneur d'être, etc.
L'Adjoint de Montmartre,
PROST.
***
Nous publions en hors texte le portrait du maréchal Moncey, le défenseur de la porte Clichy, qui sera l'objet d'une manifestation patriotique le 30 mars.