Georges Benjamin CLEMENCEAU
médecin et homme politique français
(85.Mouilleron-en-Pareds, 28 septembre 1841-Paris, 24 novembre 1929)
Il vint à Paris pour y faire ses études médicales et se lia avec la jeunesse républicaine des écoles. Il collabora même à quelques journaux éphémères publiés dans le quartier Latin ; poursuivi par la police impériale, il fut même, durant quelque temps, privé de ses inscriptions. Il partit alors pour l'Amérique, où il séjourna quelque temps, puis il vint reprendre le cours de ses études. Il fut reçu docteur par la Faculté de Paris avec une thèse où il exposait les idées philosophiques les plus avancées.
Vers 1870, M. Clemenceau s'établit comme médecin à Montmartre, où il devint très rapidement populaire. Au lendemain de la révolution du 4 septembre, il fut nommé maire du XVIIIe arrondissement par le gouvernement de la Défense nationale, puis, un mois plus tard, membre de la commission de l'enseignement communal. En qualité de maire, il prescrivit, par une circulaire en date du octobre, l'enseignement laïc dans son arrondissement. Après l'affaire du 3l octobre, il donna sa démission ; mais, aux élections municipales du 5 novembre, il fut nommé maire par 9,400 voix. Au 8 février 1871, il obtint 95,000 voix et fut élu représentant du département de la Seine. Il siégea à l'extrême gauche. Le 18 mars 1871, M. Clemenceau se trouvait à la mairie du XVIIIe arrondissement quand on vint lui apprendre que les généraux Clément Thomas et Lecomte avaient été fusillés ; il se rendit en toute hâte rue des Rosiers et ne put que constater la mort de ces victimes de la guerre civile. Quand parurent devant le conseil de guerre (novembre 187l) les individus accusés d’avoir fusillé les deux généraux, M. Clemenceau fut cité comme témoin ; mais, par une tactique qui se reproduisit plusieurs fois depuis, l'acte d'accusation était rédigé de façon à laisser entendre que l'élu du XVIIIe arrondissement était responsable de la mort des deux généraux. M. Clemenceau demanda qu'on le mît au banc des accusés, afin que la lumière se fît complète sur sa conduite en cette circonstance, et il ne put l'obtenir.
Il résulta d'ailleurs des débats que, le 18 mars, M. Clemenceau, naguère si populaire, avait perdu toute influence sur ses administrés, que la tentative faite le matin même contre l'artillerie de Montmartre avait surexcités au dernier point.
M. Clemenceau prit une part très active aux démarches faites pour éviter la collision entre les gardes nationaux parisiens et les troupes de Versailles. Le 20 mars, il signait, avec la plupart des députés et des maires, une déclaration aux Parisiens, déclaration dans laquelle il était dit que, « pour sauver Paris et la République en écartant toute cause de collision, » les députés allaient demander à l'Assemblée de voter deux mesures qui devaient donner satisfaction aux voeux légitimes de la population parisienne. Ces mesures consistaient en l'élection d'un conseil municipal parisien par le suffrage universel et en la nomination par les gardes de tous les chefs de la garde nationale. Le jour où paraissait cette déclaration, M. Clemenceau déposait sur le bureau de l'Assemblée un projet de loi portant qu'il serait procédé dans le plus bref délai à l'élection des membres du conseil municipal de Paris, composé de 80 membres, lequel choisirait dans son sein un membre qui exercerait les fonctions de maire. Cette proposition fut accueillie par des murmures ; le lendemain, M. Clemenceau revenait sur son projet et déclarait que, si on pouvait annoncer l'élection immédiate du conseil municipal de Paris au nom du gouvernement légal, tout rentrerait immédiatement dans l'ordre. Il ajoutait « que sa conviction profonde était que le rejet de sa proposition conduirait la France aux abîmes. » M. Clemenceau voyait juste ; les événements ne l'ont que trop bien démontré ; mais la Chambre ne voulut rien entendre et vota l'ordre du jour pur et simple. C'était donner à la poignée d'inconnus qui détenait le pouvoir à Paris une arme dont elle allait se servir pour soulever la capitale contre le gouvernement légal.
Le 23 mars, M. Clemenceau fut expulsé de sa mairie par les ordres du Comité central. Il protesta contre cet abus de pouvoir et déchira que, s'il n'avait point fait appel à la force pour se maintenir à son poste, c'était simplement pour éviter l'effusion du sang.
Le 25 mars, les députés présents à Paris et plusieurs maires signèrent une affiche dans laquelle ils invitaient leurs concitoyens à prendre part aux élections faites sur convocation du Comité central. Cette démarche, bien qu'elle impliquât indirectement la reconnaissance d'un pouvoir insurrectionnel, était peut-être la seule chance de salut qui restât ; car, en prenant part à l'élection, la fraction républicaine qui échappait à l'influence du Comité pouvait paralyser les efforts faits par lui pour accaparer le pouvoir.
Malheureusement, les conseils donnés par les maires et députés de Paris ne furent pas suivis, et les candidats du Comité furent élus à peu près partout. M. Clemenceau, qui, au 5 novembre 1871, obtenait 9,400 voix dans le XVIIIe, en recueillit à peine 700, tant étaient grandes et l'indifférence des uns et la désaffection des autres pour tout ce qui, de près ou de loin, touchait à un gouvernement qu'on accusait de tendre à une restauration monarchique.
Le 27 mars, M. Clemenceau donna sa démission de député. Dans la lettre qu'il adressait à ce propos à M. Grévy, il disait : « Dans la conviction profonde où je suis de ne pouvoir plus même essayer d'être utile au pays en continuant à siéger au sein de l'Assemblée nationale, je vous adresse ma démission. »
Au mois de juillet 1871, M. Clemenceau fut nommé membre du conseil municipal pour le quartier Clignancourt (XVIIIe arrondissement) avec 1,652 voix. Aux élections municipales de novembre 1874, les électeurs furent bien plus nombreux, et M. Clemenceau obtint 5,980 voix. Il fut nommé secrétaire du conseil, puis vice-président au mois de mai et enfin président le 29 novembre. En prenant possession du fauteuil, M. Clemenceau prononça une allocution qui fut très remarquée et dans laquelle il fit un grand éloge de la capitale, « ce laboratoire immense où viennent aboutir et séjourner toutes les idées françaises pour se répandre de la sur tout le territoire, par ceux-là mêmes qui étaient venus les apporter à Paris et les y mettre en harmonie avec le génie de la France... »
Au conseil municipal, M. Clemenceau siégeait à l'extrême gauche ; il a signé l'adresse en faveur de la candidature Barodet et la protestation contre les tentatives de restauration monarchique. Aux élections du 20 février 1876, l'ancien président du conseil municipal de Paris fut élu député, à une grande majorité, dans le XVIIIe arrondissement. M. Clemenceau se présentait comme candidat radical et acceptait le programme dont les termes avaient été arrêtés par les grandes réunions républicaines de Paris. Ce programme comprenait : l'amnistie, l'abolition de la peine de mort, la suppression de l'état de siège, l'intégrité du suffrage universel, la rentrée des pouvoirs publics à Paris, la liberté de réunion et d'association, l'instruction primaire gratuite, obligatoire et laïque, la révision de l’assiette des impôts, le service militaire obligatoire pour tous, l'élection des maires par les conseils municipaux, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, etc.
(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1er supplément, 1878)
Elu député dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le 20 février 1876, par 15.204 voix, il prit part, au mois de mai suivant, a la discussion des propositions d'amnistie des individus compromis dans l'insurrection de 1871, vota pour l'amnistie pleine et entière avec 49 autres députés, et devint, à partir de ce moment, le chef reconnu de la fraction la plus avancée de la Chambre. Au 16 mai 1877, M. Clemenceau consentit à s'effacer derrière Gambetta, qui fut l'âme de la résistance au coup d'Etat de MM. de Broglie et de Fourtou et il accepta le mot d'ordre donné au parti de réélire les 363. Aux élections du 18 octobre suivant, il fut renommé député dans le même arrondissement par 18.820 voix. Lorsque la Chambre se réunit après la défaite de la coalition réactionnaire, il fit partie du comité des Dix-huit, chargé de parer aux éventualités dans le cas d'une nouvelle dissolution ou d'un coup de force. Après la démission du maréchal de Mac-Mahon, remplacé à la présidence de la République par M. Grévy, M. Clemenceau soutint avec une grande énergie la proposition d'amnistie plénière présentée de nouveau par l'extrême gauche (février 1879) ; au mois de mars, il demanda la mise en accusation des ministres du Seize-Mai et, en juin, il se prononça pour la validation de Blanqui, élu député a Bordeaux bien qu'inéligible. Au mois d'août 1880, le leader de l'extrême gauche, parlant devant ses électeurs, accusait la Chambre de 1877 d'avoir laissé en souffrance toutes les réformes promises ; il plaisantait cette politique des résultats qui ne devait aboutir, suivant lui, qu'à un avortement éclatant, et déclarait qu'on n'obtiendrait rien du Parlement tant qu on n'aurait point révisé la Constitution, supprimé le gênât et la présidence de la République. Au mois de mai 1880, il prit la défense de quelques révolutionnaires qui avaient organisé une manifestation au cimetière du Père-Lachaise à l'occasion de l'anniversaire de la Semaine sanglante. Il protestait contre les ordres que le préfet de police, M. Andrieux, avait donnés en vue d'empêcher tout désordre et il interpellait, à ce sujet, le cabinet qui fut soutenu par une énorme majorité. M. Clemenceau, bien qu'il eût pris la défense des manifestants, n'en resta pas moins suspect aux partisans de la Commune. La rupture était depuis longtemps complète entre le député de Montmartre et M. Gambetta. La « Justice », organe radical, fondé et dirigé, par M. Clemenceau, ne ménageait point le président de la Chambre ; mais son directeur s'était, jusqu'au mois d'octobre 1880, à peu près abstenu de prendre directement à partie le chef reconnu de la majorité républicaine. Au mois d'octobre, dans un discours prononcé à Marseille, il sortait de cette réserve et accusait formellement M. Gambetta d'exercer un pouvoir dictatorial et d'imposer ses volontés au cabinet.
Durant la période électorale qui précéda les élections générales du 21 août 1881, M. Clemenceau accentuait son évolution vers les partis extrêmes. Il acceptait du comité radical du XVIIIe arrondissement de Paris un programme dont voici les points principaux : révision de la constitution, suppression du Sénat et de la présidence de la République, ratification de la constitution par le peuple, séparation de l'Eglise et de l'Etat, suppression du budget des Cultes, retour à la nation des biens dits de main-morte, droit de l'enfant à l'instruction intégrale. M. Clemenceau réclamait encore une magistrature élective et temporaire, l'autonomie communale, la suppression des octrois et des taxes de consommation, un impôt progressif sur le capital ou sur le revenu, sur les mutations par succession, l'intervention de la loi pour fixer la durée du travail à la journée, l'organisation du crédit au travail, etc.
Dans la lettre qu'il adressait à son comité pour lui notifier son acceptation, on lisait : « Qu'est-ce que notre programme, sinon l'énoncé sommaire des réformes par lesquelles le parti républicain s'est toujours proposé de détruire le principe monarchique, si vivace dans nos institutions, afin de préparer la grande transformation sociale qui sera le couronnement de la Révolution française ; » et il terminait sa lettre par ces mots : « Vive la République démocratique et sociale ! » Par l'adoption de ce programme, M. Clemenceau s'était placé aux confins de l'extrême gauche. Bon nombre de républicains avancés se montrèrent peu disposés à suivre le député de Montmartre. MM. Floquet, Lockroy et Allain-Targé, qu'on ne pouvait soupçonner de modérantisme, résolurent de constituer entre l'union républicaine et l'extrême gauche un groupe nouveau. Les concessions de M. Clemenceau au parti socialiste révolutionnaire eurent donc pour premier résultat de scinder l'ancienne extrême gauche. 88 membres de la Chambre nouvellement élue suivirent MM. Floquet et Lockroy. La gauche radicale était fondée. Aux élections du 2l août 1881, M. Clemenceau fut élu député dans la 1re circonscription du XVIIIe arrondissement de Paris par 11.436 voix, dans la seconde par 5.958, et au scrutin de ballottage du 4 septembre député d'Arles par 7.977. Il opta pour la 2e circonscription de Montmartre.
Dès la rentrée du Parlement, M. Clemenceau essaya d'infliger un échec à M. Gambetta, qui avait manifesté le désir d'être nommé président provisoire. Le député de Montmartre, autant qu'il était en lui, contraignit M. Gambetta à prendre le pouvoir (15 novembre 1881). Partisan d'une révision intégrale, il ne pouvait accepter le projet présenté par le nouveau ministère, à la chute duquel il prit une part active (26 janvier 1882).
Le ministère Freycinet-Goblet était à peine formé que M. Clemenceau l'interpellait sur l'envoi de troupes dans le bassin houiller du Gard. Au mois de juillet, il intervint dans la discussion sur les affaires d'Egypte, se prononça pour la politique de non-intervention, contre les crédits demandés par M. de Freycinet pour l'armement de la flotte et entraîna la majorité républicaine à voter contre le cabinet, qui tomba.
Au mois de janvier 1883, au cours de la discussion sur la réforme de la magistrature, M. Clemenceau demanda, sans succès, l'élection des magistrats. Au mois de mars, le leader de l'extrême gauche interpella le cabinet Ferry sur la révision de la constitution. Au cours de cette interpellation, répondant à M. Jules Ferry qui réclamait pour le pays le repos dont le monde des affaires et du travail a besoin, M. Clemenceau disait : « Il n'y a pas de repos pour les peuples libres. Le repos, c'est une idée monarchique. Le peuple, comme tous les organismes vivants, ne connaît pas le repos... Si la démocratie française est mûre pour le self-government, elle ne connaîtra plus le repos, la paix du silence ; elle connaîtra l'agitation publique des pays libres, les manifestations qui s'accomplissent sous la loi, dans l'intérêt de tous, du Parlement et du peuple lui-même. » Après s'être montré l'adversaire décidé de la loi présentée par M. Waldeck-Rousseau et portant relégation des récidivistes, le chef de l'extrême gauche, commença en octobre 1883, l'ardente campagne que, pendant plus de dix-huit mois, il devait mener contre le cabinet Ferry, à propos du Tonkin et de la politique coloniale.
Partisan, selon son expression, de la « politique des mains nettes », adversaire de toute expansion coloniale, il a exposé ses idées, notamment dans le discours qu'il a prononcé à la Chambre le 31 octobre 1883. A la nouvelle de la retraite de Lang-Son, M. Clemenceau attaqua avec une extrême violence le ministère Ferry, qui, abandonné par la majorité, donna sa démission (30 mars 1885). Dès que le cabinet Brisson fut constitué, il essaya d'obtenir de lui qu'il désavouât la politique coloniale du précédent ministère ; mais M. Brisson déclara qu'il « n'était ni pour la politique d'abandon, ni pour la politique d'aventures, mais pour la politique de conservation nationale ».
A la veille des élections législatives du 4 octobre 1885, M. Clemenceau, qui avait annoncé que l'ancienne majorité ne reparaîtrait pas à la Chambre, n'épargna rien pour obtenir ce résultat. Il attaqua ou fit attaquer avec une grande violence les républicains qui avaient suivi la politique ferryste et leur suscita des concurrents partout où il le put.
Le 4 octobre, une partie des députés qui avaient jusqu'au 30 mars appuyé le cabinet Ferry étaient exclus de la nouvelle Chambre. Les fractions avancées gagnaient quelques voix, mais la coalition réactionnaire rentrait en masse à la Chambre et la République perdait plus de 100 sièges.
Ce coup de massue fit réfléchir M. Clemenceau, qui prêcha l'union au second tour. Lui-même avait échoué au premier tour dans le Puy-de-Dôme, le Var et la Seine. Au scrutin de ballottage du 18 octobre, il fut élu député dans la Seine par 284,844 voix, dans le Var par 34,060 voix et il opta pour ce dernier département. Dès l'ouverture de la session, il se prononça contre la demande, faite par le ministère Brisson, de crédits pour le Tonkin et Madagascar. Le cabinet n'ayant eu qu'une majorité douteuse se retira et M. de Freycinet fut chargé de constituer le nouveau ministère (7 janvier 1886). Le général Boulanger entra dans la combinaison nouvelle, sur la demande du chef de l'ancien groupe d'extrême gauche. Le nouveau ministère, bien qu'il comptât quelques membres radicaux, ne devait point trouver grâce auprès de M. Clemenceau qui, dès le mois de mars l'attaquait avec énergie ; et, le 11 décembre, le cabinet Freycinet tombait sur la question des sous-préfets. M. Clemenceau compta, durant cette nouvelle crise, au nombre des députés qui voulurent porter à la tête des affaires M. Floquet, alors président de la Chambre. Le cabinet Goblet, constitué au mois de décembre 1886, ayant cru devoir, dans les premiers jours de mars 1887, faire appel au concours des modérés, M. Clemenceau commença contre lui une campagne qui, le 18 mai, aboutissait à la retraite de M. Goblet. Quelques jours plus tard, se constituait, sous la présidence de M. Rouvier, un ministère que M. Clemenceau accusa dès sa formation de pactiser avec la droite, le chef de ce ministère ayant déclaré ne vouloir point mener les républicains à l'assaut des monarchistes. Des événements, qui sont racontés ailleurs, ayant amené la retraite de M. Grévy, il fallut pourvoir à l'élection d'un nouveau président de la République. M. Clemenceau combattit activement la candidature de M. Jules Ferry, au profit de M. Floquet d'abord, puis de M. de Freycinet. Celui-ci n'ayant point obtenu au premier tour les voix opportunistes, M. Clemenceau engagea ses amis à voter pour M. Carnot, qui fut élu. Le premier ministère du nouveau président, constitué par M. Tirard, fut dès sa naissance combattu par M. Clemenceau qui, avec l'appoint de la droite, le renversa au commencement d'avril 1888. M. Floquet, alors président de la Chambre, ayant accepté le pouvoir, M. Clemenceau, pour la première fois, se déclara ministériel. Cet homme politique, vers la même date, rompait ouvertement avec le général Boulanger, qui, mis à la retraite par le cabinet Tirard, laissait commencer sur son nom une campagne plébiscitaire (avril 1888).
Les adversaires de M. Clemenceau, orateur nerveux et d'un réel talent, lui reprochent de s'être surtout borné dans sa carrière politique, déjà longue, à faire la critique violente et passionnée, en dépit d'une apparente froideur, de la politique non radicale.
(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)
En 1898, il prit une part très active à la campagne en faveur de la révision du procès Dreyfus et il publia, par la suite, plusieurs volumes incisifs sur la question. Quittant le journal « la Justice » (1900), il fonda et rédigea seul, jusqu'en 1902, un curieux petit journal intitulé le Bloc. A propos de ce mot, qui depuis a fait fortune dans le monde politique, il convient de rappeler que c'est le 29 janvier 1891, à propos de l'interdiction du drame de Sardou, Thermidor, que Clemenceau déclara à la tribune de la Chambre « que la Révolution est un bloc dont on ne peut rien détacher, rien rejeter ». En 1902, il était élu sénateur du Var, et, en 1903, il prenait la direction de l'Aurore. Au Sénat, il combattit Waldeck-Rousseau, lorsque cet homme d'Etat voulut s'opposer à l'application trop rigoureuse de la loi des associations aux congrégations religieuses, et il mena une vive campagne en faveur de la séparation des Eglises et de l'Etat, bien que le projet déposé par le cabinet Combes fût loin de le satisfaire. Il est devenu, en mai 1906, ministre de l'intérieur dans le cabinet Sarrien, et président du conseil au mois d'octobre de la même année. Citons, parmi ses plus récentes publications : Au pied du Sinaï (1898) ; les Plus forts (1898) ; l'Iniquité (1899) ; Vers la séparation (1899) ; Contre la justice (1900) ; Au fil des jours (1900) ; Des juges (1900) ; Justice militaire (1901) ; le Voile du bonheur (1901) ; les Embuscades de la vie (1903) ; la Honte (1903) ; Figures de Vendée (1903).
(Supplément du Nouveau Larousse Illustré, 1906)