Cimetière de Montmartre
Ce fut vers 1798 que l'administration municipale de Paris, dans le but de remplacer le cimetière établi depuis peu dans la plaine de Clichy et qui avait succédé à celui de Saint-Roch, fermé depuis quelque temps, fit ouvrir le nouveau cimetière, dit aujourd'hui cimetière Montmartre ou cimetière du Nord. Situé près des anciennes barrières Blanche et Montmartre, au delà des boulevards extérieurs, à l'extrémité des rues Blanche, Bleue, Fontaine, Clichy, il est établi sur remplacement d'une vaste et ancienne carrière à plâtre, d'où le nom de Grandes-Carrières sous lequel cet emplacement fut désigné jusqu'au jour de sa nouvelle destination. Transformé en cimetière, le terrain prit à l'origine le nom de Champ du repos : il était destiné aux inhumations des cinq premiers arrondissements de la capitale. Mais le Champ du repos était loin, à son inauguration, d'atteindre sa superficie actuelle, qui s'élève à 10 hectares environ, grâce à des acquisitions successives de terrains voisins. Le cimetière Montmartre, aujourd'hui fermé à son tour, hormis aux morts dont la famille possède un caveau mortuaire, est divisé en deux grandes parties séparées par un mur. Dans l'une, dont le terrain assez accidenté présente de petites éminences, se trouvent les tombes dont les terrains sont concédés à perpétuité ; dans la Seconde, moins ancienne, et dont le terrain est plat, on voit d'un côté le lieu de sépulture des juifs, entouré d'une enceinte particulière, de l'autre les concessions temporaires et les fosses communes. Dans l'une et l'autre des deux grandes parties du cimetière existent, dans le sens de la longueur, trois allées, et cinq dans celui de la largeur. Les carrés ainsi formés s'appellent divisions. Il n'y a pas, dans le premier, d'allée secondaire bien indiquée, la forme et la grandeur des monuments s'opposant à l'établissement de ces sentiers réguliers. Dans le second, au contraire, chaque division est sillonnée de petits sentiers, et comme les tombes sont généralement adossées les unes aux autres, les sentiers servent pour deux rangs de tombes. Ces rangs se nomment lignes et les lignes sont numérotées. Dans chaque ligne, les tombes sont aussi numérotées, de sorte que, pour chercher une tombe, il faut connaître : 1° le cimetière dans lequel elle se trouve ; 2° la division ; 3° la ligne ; 4° le numéro d'ordre.
Au milieu de l'allée faisant face à la grande porte d'entrée se trouve une haute croix de pierre, qu'on appelle simplement la Croix.
Nous citerons, parmi les notabilités qui reposent dans le cimetière Montmartre, les noms suivants : maréchal de Ségur, amiral Baudin, général Comte de Girardin, baron de Menneval, général Cavaignac, Armand Marrast, Bineau, Récamier, Nourrit, Kalkbrenner, Paul Delaroche, Alfred et Tony Johannot, Adolphe Adam, Delessert, Villemain, etc., et une des sépultures porte cette inscription : « Ici est déposé le cœur du maréchal Lannes, duc de Montebello. » Les tombeaux les plus remarquables sont ceux de Henri Murger, de Godefroi Cavaignac, de Charlotte de Montmorency-Luxembourg, de Ruggieri, artificier du roi, de Dupin, Binder, Léon Gozlan, Christophe Coquerel, de Polignac, de la famille Véron, d'Horace Vernet, le tombeau du représentant Baudin, etc. Citons encore les tombeaux d'Halévy et celui de la famille Millaud, dans le cimetière des juifs.
(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1876)