L’INTERMÉDIAIRE

DES CHERCHEURS ET CURIEUX

 

10 Janvier 1929

 

 

 

La belle Gabrielle et le « Château-Rouge » à Clignancourt. - L'em­placement sur lequel s'élèvent actuellement, dans la rue de Clignancourt, les immeubles portant les numéros 42 à 54 et situés entre les rues Doudeauville et Poulet, était occupé auparavant par un édifice qui s'appelait le Château-Rouge. Cet édifice, qui appartenait, au début du XIXe siècle, à un particulier, a été pendant cette période le théâtre de certains événements historiques intéressants. Ainsi, il a servi, dans la matinée du 30 mars 1814, de poste d'observation au roi Joseph et à son état-major. En 1845, il devint un bal public, et ce fut dans ses jardins qu'eut lieu le 9 juillet 1847, le premier de ces banquets réformistes d'où devait sortir la révolution du 24 février 1848 ; enfin c'est dans ses locaux que, le 18 mars 1871, furent enfermés un instant par les fédérés de la Commune le général Lecomte et ses officiers. Le Château-Rouge fut démoli en 1882 ; une place et une station du métro, situées l'une et l'autre sur le boulevard Barbès, rappel­lent chacune, par leur dénomination, le souvenir de l'établissement chorégraphique disparu.

D'après la plupart des historiographes de Paris, le Château-Rouge ne serait rien autre qu'une antique maison de plaisance, entourée d'un parc, que le roi Henri IV avait fait bâtir pour Gabrielle d'Estrées et qu’on appelait le Petit Château, ou le Château-Rouge à cause de la couleur des briques qui avaient servi à sa construc­tion. Mais le Guide du marquis de Rochegude n'attribue pas au Château-Rouge une origine aussi ancienne, et dit seule­ment qu'il fut édifié en 1789 par un sieur Christophe. Bien que ce point d'histoire parisienne n'offre plus qu'un intérêt rétrospectif, je désirerais savoir s’il a existé au même endroit deux maisons différentes ayant successivement porté la même appellation de Château-Rouge, ou si le bal public a été installé dans les bâtiments, demeurés intacts, du séjour de la belle favorite dont il aurait pris le nom.

 

G. P. M.

 

 

 

La Belle Gabrielle et le « Château-Rouge » à Clignancourt (XCII, 620). - ­Parmi les maisons disparues du Vieux Montmartre qui ont quelque droit à l'his­toire, aucune n'a été aussi populaire ni plus regrettée que le Château Rouge. Rien n'a manqué à sa bruyante renom­mée, pas même la légende obligatoire qui s'impose à toute célébrité. La légende, en effet, prétend abriter là les premiers ins­tants des royales amours de Gabrielle d'Estrées. Malheureusement, on n'a pu rencontrer jusqu'à présent le moindre document pouvant justifier cette aimable pré­tention, soit dans les récits ou les mémoires du temps, soit autre part. Jusque vers la fin du XVIIIe siècle, les anciens plans de Paris et de la banlieue, ceux de Roussel en 1731, de Jaillot en 1775, n'indiquent aucune habitation à l'emplacement du Château Rouge. Ce dernier n'apparaît réellement, pour la première fois, que sur le plan de Verniquet, lequel date comme on sait de 1791.

Il y est représenté en plan géométral, avec de tels détails, qu'on petit aisément se faire une idée assez exacte de son étendue et de son importance, aussi bien que de la superbe disposition de son parc et de son jardin.

Les dessins en élévation qu'on a con­servés de cette intéressante demeure, nous représentent la façade construite en bri­ques avec des chaînes d'angle en pierre de taille, et comme le ton des briques y est dominant, de là, très certainement vient l'origine de sa dénomination de « Château Rouge ».

Ce n'est qu'en 1789 que nous voyons apparaître, le premier propriétaire, le sieur Christophe, au sujet d'une perquisi­tion faite de l'ordre du Marquis de La Salle par M. Fournier, capitaine com­mandant du poste de la rue Coq Héron à Clignancourt, dans la maison du dit sieur Christophe pour y chercher les grains et farines qu'on soupçonne y être emmaga­sinées. On ne trouva rien, parait-il, aussi voyons nous le « citoyen Christophe » jouir encore de sa propriété en 1793.

Les divers avatars que subit le Château Rouge, jusqu'à la disparition complète en 1882, sont racontés avec force détails très intéressants dans un article de Ch. Sellier, paru il y a une trentaine d'an­nées au vieux Montmartre, et où j'ai pris les quelques détails cités plus haut.

Ce qu'il importait d'établir, c'est que le séjour de la Belle Gabrielle à l'empla­cement du Château Rouge est une légende qu'il faut ajouter à celles qui lui ont attribué comme résidences royales divers pavillons et rendez-vous de chasse situés sur la Butte.

 

GEORGES BILLARD.

 

 

 

Vieux Montmartre