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Société d'Histoire et d'Archéologie
des
XVIIIe et IXe
Arrondissements
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Fascicule N° 5. – Avril 1925.
(N° 84 DE LA
COLLECTION)
PARIS
22 – RUE
TOURLAQUE – 22
AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
Emile LE SENNE, Francis et Martial LESTRADE, Georges LIEGEARD, Joseph MULLER, Ernest RENZ.
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La maison de
Melle Mars, côté du jardin… 281
Le boudoir
de Melle Duchesnois… 285
Plan des
maisons appt à la Soc. de Châtillon-Commentry… 345
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Les réunions du Vieux Montmartre
ont lieu régulièrement le 1er Vendredi de chaque mois, à 8 h. et
demie du soir, au siège social, 22, rue Tourlaque.
Cotisation
annuelle : 15 francs.
***
Adresser le communications, suivant
leur objet, à :
MM. Victor
PERROT, Président, 21, rue Drouot.
Paul JARRY, Secrétaire général, 62, rue Blanche.
CHABRIEZ, Trésorier, 16, rue Seveste.
- 277 -
Au n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames, dans ce coin de Paris qui fut, au début du XIXe siècle, le rendez-vous des gloires du Théâtre-Français, où Talma et Mlle Mars vinrent habiter (1), se voit un gracieux petit hôtel dont la façade arrondie en tour creuse, est précédée, sur la rue, d'un mur bahut avec grille. Cette jolie bonbonnière, qui semble bien avoir été faite pour abriter la vie légère de quelque belle artiste, est classée ordinairement parmi les maisons de style empire, à cause de sa décoration, bien qu'elle ne soit pas, en réalité, antérieure à l'an née 1820.
C'est à
cette date, les titres de propriété en font foi, que Jean-Joseph Lapeyrière la
fit construire sur une partie des dépendances de l'hôtel de Valentinois qu'il
venait d'acquérir et de diviser en plusieurs lots. Cet hôtel de Valentinois
s'étendait entre
Le futur
hôtel de Valentinois avait appartenu précédemment à M. de Gamaches, qui, le 29
septembre
Le 23
juillet 1772, Francueil vendait, à son tour, devant Me Delaleu, à
Marguerite-Zénobie-Emerancienne de Capon, épouse de Jean-Joseph Croux,
négociant à Bordeaux. Cette
(1) Notre collègue Mauzin a consacré une étude sur Mlle
Dumesnil et Grandval, qui, à la fin du XVIIIe siècle,
résidèrent, non loin, rue Blanche et rue Pigalle.
- 278 -
dame Croux, séparée de son mari
quant aux biens, cédait sa propriété le 13 avril 1777, devant Me
Garnier Deschesnes, au sieur André-Pierre Haudry, dont les créanciers, d'accord
avec lui, mirent de nouveau les biens en vente le 10 juillet 1782. La vente eut
lieu à la barre du Parlement de Paris, et sous le couvert du Procureur à la
cour, Busèle, le duc et la duchesse de Valentinois s'en rendirent acquéreurs.
Les nouveaux
propriétaires de l'hôtel, Honoré-Aimé-Charles-Maurice Grimaldi, duc de
Valentinois (1), et
Louise-Félicité-Victorine d'Aumont, son épouse, chargèrent l'architecte Ledoux
de son aménagement.
L'hôtel de Valentinois, écrivait Thiery en 1787, vient d'être aussi restauré par M. le Doux, qui a ajouté au fonds un péristyle de quatre pilastres toscans, d'une très grande proportion : une aile, construite sur le côté, attend une disposition générale à laquelle sera assujetie la porte d'entrée. Les jardins, d'environ cinq arpens, sont dans le genre anglais.
Honoré
Grimaldi, d'abord duc de Valentinois, puis prince de Monaco, dit Honoré IV,
était né le 17
Quant au duc de Valentinois, il aurait eu un fils naturel, Jean-Marie Hervagault, qui aurait pris le nom d'un tailleur de
(1) Cf. Intermédiaire des chercheurs et curieux, XLVI. 1902, p. 585, et Reverend, Titres, anobl. et pairies de la Restauration, I. 72.
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Saint-Lô, auquel le duc aurait fait
épouser sa maîtresse. Or cet Hervagault aurait pris au Temple la place du
dauphin (1).
Le divorce de 1793 laissa Honoré Grimaldi seul propriétaire de l'hôtel de Valentinois. Dès le 16 juin 1795 - 27 floréal an III - le duc mettait en vente son hôtel et ses dépendances qui furent adjugés, à l'audience des criées du Tribunal Civil de la Seine, à Pierre-Laurent Hainguerlot.
Ce
Pierre-Laurent Hainguerlot, qui vint habiter l'hôtel, n'était autre que « ce
misérable Hainguerlot » comme l'appelait Napoléon, et au sujet duquel il
écrivait à Jérôme : « C'est un homme très habile, mais de gibet, et dont le
domicile n'est qu'aux galères. » Originaire de Caen, où un Bertrand Hainguerlot
était, en 1740, contrôleur général de Normandie, Pierre-Laurent devint banquier
à Paris, puis conseiller général d'Indre-et-Loire (2). Il avait épousé Marguerite-Augustine Perrot, dont le
frère avait une réputation d'original.
Madame de
Genlis la trouvait remplie d'esprit et jugeait sa conversation « aussi piquante
qu'animée ». Un fils, James-
(1) G. Lenôtre : Le roi Louis XVII et l'énigme du Temple; et R. Le Conte : Louis XVII et les faux dauphins, Paris
1924.
(2)
L'Intermédiaire XLIX, 1904, p. 614, conteste, à juste titre, la date de
1777 donnée par Reverend pour la naissance de Pierre-Laurent. Reverend indique
également la femme de Pierre-Laurent sous le nom de M.-A. Faucon.
(3) Hry d'Almeras : La
vie à Paris sous le Consulat et l'Empire, et J. Turquan : Le monde et le demi-monde sous le Consulat
et l'Empire.
(4) Musson mourut écrasé par un timon de voiture
« sous la porte cochère de l'Hôtel des Hainguerlot, où on l'attendait pour
quelque farce mirifique ». Henri Malo : Une muse et sa mère, Paris 1924.
- 280 -
Georges, né en 1795, fut créé baron
sous
Napoléon
qui, décidément, ne pouvait souffrir le ménage Hainguerlot, écrivait le 12
novembre 1807 à Fouché, en lui demandant un rapport « sur les mesures à prendre
pour éloigner ces intrigants ». Bien plus, il faisait défense à Elisa de
conserver directement, et même indirectement toute intelligence avec le
banquier. Il allait même, s'il n'était pas obéi, jusqu'à menacer Elisa de faire
arrêter le personnage et de l'enfermer dans un château-fort (1) !
Le 12 août
1797 - 25 thermidor an V - devant Me Gibert, Pierre-Laurent Hainguerlot (2) revendait l'ensemble de l'hôtel et des dépendances à
un négociant du Havre, nommé Jacques Ducheval.
Le 23
octobre 1804, 1er brumaire an XIII, moyennant un prix principal de
276.000 francs, le baron de La Doucette, Jean-Charles-François, se rendait
acquéreur de
Ce
Lapeyrière morcela l'hôtel de Valentinois et le divisa en plusieurs lots. Sur
un terrain en dépendant, il fit construire la maison que, deux ans plus tard, le
14 août 1822, devant Me Glatigny, il revendait à Catherine Joseph
Raffin, dite Duchesnois, sociétaire du Théâtre-Français (3). Mlle Duches-
(1) Léon Lecestre. Lettres inédites de Napoléon Ier.
Plon in 8, 1897. I. 123.
(2) Il mourut à Paris le 16 avril 1841.
(3) Coté sur le plan bâtiment n° 3, deuxième division.
« La dite maison appartenait à M. Lapeyrière, comme l'ayant fait
construire sur un terrain dépendant de l'hôtel Valentinois, situé à Paris rue
Saint-Lazare n° 56 ». (Acte de Vente 1920).
- 281 -
La maison de Mlle MARS, côté jardin (vers 1830)
d’après un dessin de R. DELTON
On aperçoit à gauche la maison de Mlle DUCHESNOIS
et celle d’HORACE VERNET
La vasque de marbre provenait de la
Malmaison et fut donnée par l’Empereur à Mlle MARS
Coll. Chardon
- 282 -
nois, sur les 52.000 francs de prix
principal auxquels l'immeuble lui fut vendu, paya comptant une somme de 22.000
francs, et se libéra du surplus par quittances des 7 février 1823 et 28 janvier
1828.
Voici donc
Mademoiselle Duchesnois, propriétaire de l'hôtel du n° 3 de la rue de la
Tour-des-Dames, avec entrée, par l'avenue donnant sur
Il n'est pas
nécessaire de se répandre en détails biographiques sur Mlle Duchesnois ; ces détails
sont connus (3). Catherine
Raffin (4) était née le 5 juin 1777 à
Saint-Saulves, près de Valenciennes, où son père était aubergiste et marchand
de chevaux, au hameau du Marquis, sur la route de Mons. D'abord femme de
chambre à Valenciennes, puis demoiselle de comptoir, elle parvint à jouer dans
une troupe d'amateurs, et malgré l'opposition de sa famille, s'en fut à Paris
pour faire du théâtre. A force de volonté, elle arriva à s'imposer et grâce à
la protection de Mme de Montesson et de Legouvé, débuta,
(1) Aujourd'hui 56.
(2) Bâtiment n° 5, maison d'Horace Vernet.
(3) Sur Mlle Duchesnois, on consultera Un Hiver à Paris sous le Consulat, d'après
les lettres de J. F. Reichardt, Plon 1896 in-8. « Sa voix, flexible et pleine
de charme, écrit-il, rend, avec le même bonheur, le gracieux et le
pathétique ; sa déclamation est parfaite... son geste est marqué d'un
véritable cachet artistique. » Stendhal la trouvait bien moins laide qu'il ne
se l'était figurée. (cf. Journal, passim).
(4) L'acte de naissance publié par de Manne (Troupe de Talma) orthographie
Rafuin ; l'acte de décès, conservé aux Archives de la Seine, porte Raffin.
- 283 -
par ordre, à la Comédie le 4 juillet
1802, dans le rôle de Phèdre. Mais bientôt, elle eut à lutter contre le succès
naissant de Mlle Georges, d'autant plus que, sous le rapport de la
beauté plastique, elle pouvait mal rivaliser avec la nouvelle venue. Sa
physionomie, dit un ouvrage du temps, « était douce, intéressante et remplie
de candeur », encore que certains lui aient fait une réputation de bêtise (1). Mais Mlle Georges avait une majesté, une
régularité de traits, une noblesse de formes qui s'imposaient à la scène comme
à
Quand elle
quitta le 14 de la rue de Rivoli pour s'établir rue de la Tour-des-Dames, dans
l'hôtel qu'elle venait d'acheter, Mlle Duchesnois se plut à embellir
sa nouvelle demeure dans le style qui avait sa prédilection. De tous ces
embellissements, il ne reste qu'un boudoir polychrome, devenu chambre à
coucher, au premier étage, et où le décor se ressent un peu de la lourdeur de l'époque
Restauration, où il fut exécuté. Que de charmants souvenirs ce boudoir de la
comédienne n'évoque-t-il pas ? C'était le temps de sa splendeur, bien que
sa santé, ébranlée par sa lutte contre Mlle Georges, la tint, à
diverses reprises, éloignée de
(1) « J'ai enfin déjeuné avec Mlle
Duchesnois, écrivait Mme de Beaumont, j'en ai été enchanté à la
lettre ; il m'est impossible de pardonner à ceux qui la trouvent bête...»
Citée dans les Mémoires du chancelier
Pasquier. Plon in-8, 1893. I. 207-208.
(2) Louis-François-Auguste de Rohan-Chabot, prince de
Léon, ordonné prêtre en 1822. Il était entré dans les ordres après la mort de
sa femme, Armandine de Serent, brûlée vive en 1815, comme elle s'apprêtait pour
un dîner chez le duc d'Orléans. Il devint archevêque de Besançon et pair de
France. cf. notre notice sur
- 284 -
ne pouvant être beau, était
riche ». Victor Hugo, reçu par Mlle Duchesnois, fut mené par
elle dans le boudoir où se tenait une autre actrice, Mlle Leverd. A
ce dîner, où Sophie Gay avait été conviée également, le poète fut placé entre Mlle
Duchesnois et Mlle Leverd, toutes deux largement décolletées, et la
journée, « qui avait commencé par un déjeuner entre deux curés, finissait par
un dîner entre deux actrices » (1).
On a vu que
M. de Gouvion Saint-Cyr s'était rendu acquéreur du lot voisin, appartenant
aussi à Lapeyrière. M. de Gouvion Saint-Cyr avait, à son tour, cédé ses droits
à Mlle Mars (2), pour
l'immeuble situé à l'angle des rues de la Tour-des-Dames et de La
Rochefoucauld, et qui avait, lui aussi, son entrée par
Dans cette
maison de la rue de La Rochefoucauld, Mlle Mars sera victime d'un
guet-apens. Le 12 juin
(1) V. Hugo
raconté. Ed. Hetzel II. pp. 259 et suiv.
(2) Anne-Françoise-Hippolyte Salvetat, appelée Boutet,
du nom de son père. cf. De Manne, Troupe
de Voltaire, et la note rectificative à l'acte de naissance.
(3) Le Moniteur,
13 juin 1838.
- 285 -
Le boudoir de Mlle DUCHESNOIS
(état actuel)
d’après le Style Empire, édition Contet
- 286 -
un ancien domestique de Mlle
Mars, nommé Garcin, congédié quatre ans plus tôt, condamné pour bigamie, et qui
fit des aveux complets. Il déclara avoir voulu voler l'actrice, sans avoir eu
l'intention de la tuer, bien que l'on eut trouvé un couteau de cuisine dissimulé
sous la housse d'un meuble. Garcin, pour opérer ce vol qu'il avait longuement
prémédité durant son séjour en prison, avait dû traverser la chambre à coucher
de Mlle Mars, qui, fort heureusement, ne s'était point réveillée.
Garcin, à l'affût depuis deux jours à la porte de
Mais il faut
revenir à Mlle Duchesnois et à son hôtel. La maladie faisait son œuvre,
et avec elle, la gêne était venue. Mlle Duchesnois avait dû
abandonner la rue de la Tour-desDames, pour se retirer au N° 7 de la rue de La
Rochefoucauld (1) -
aujourd'hui 19 - dans une maison qui, en 1847, devait recevoir Mme
de Lavalette, veuve infortunée de l'ancien ministre des postes, et dont la
raison était demeurée fort ébranlée depuis l'évasion mouvementée de son mari (2). Dans cette maison de la rue de La Rochefoucauld
s'éteignit Mlle Duchesnois, le 8 janvier 1835, après avoir reçu
l'assistance de l'archevêque de Paris, plus heureuse, à cette heure suprême,
que Talma, son voisin, dont la famille avait écarté le prélat accouru à son
chevet. Le décès fut déclaré à la mairie du 2e arrondissement
(aujourd'hui IXe) :
(1) L'acte du 31 juillet 1834 porte : « demt
à Paris rue de la Tour-des-Dames n° 3 » mais en marge se lit la correction : «
ci-devant, actuellement rue de La Rochefoucauld n° 7. » (Etude Lejeune, succr
de Fourchy).
(2) Cf. Comte Henry d'Ideville. La comtesse de Lavalette. Champion 1886. Nous avons pu établir le
changement de numéro par l'examen comparatif des divers Bottins, où un
locataire, le lieutenant général Le Pays de Bourjoly, indiqué, en 1847 et 48,
au n° 7 de la rue de La Rochefoucauld est porté, l'année suivante, au n° 19.
- 287 -
Du jeudi
huit janvier mil huit cent trente-cinq, une heure de relevée. Acte de décès de
Catherine-Josèphe (sic) Raffin, dite
Duchesnois, artiste dramatique, âgée de cinquante-six ans (1), née à
Saint-Saulves (Nord), décédée ce matin à quatre heures et demie, en son
domicile, rue La Rochefoucauld n° 7, célibataire. Les témoins sont
Charles-Louis-Joseph Robin, négociant, âgé de vingt-cinq ans, demeurant rue des
Jeûneurs n° 1 bis, gendre (2), et Etienne Lemoine, épicier, âgé de trente et un
ans, demeurant rue Neuve Saint-Roch n° 16, lesquels ont signé avec nous
Sylvain-Charles-Théodore Mongalay, adjoint au maire du 2e arrt
de Paris.
Les obsèques eurent lieu le 10 janvier, avec un convoi de 3e classe, et le corps fut présenté à l'église Notre-Dame de Lorette. Sur le registre de la paroisse, pour l'année 1835, on peut lire encore :
N° 12. Le
samedi 10 janvier
Un camarade
de la défunte, Lafon, prononça un discours dont le ton forma contraste avec
ceux des autres orateurs, où la politique était intervenue, on ne sait trop
pour quelle raison.
Dès le 12
février 1834, un an avant sa mort, le Moniteur
annonçait que Mlle Duchesnois, retirée sans aucune fortune -
elle avait fait ses adieux définitifs au public en 1833 - cherchait à vendre,
rue de la Tour-des-Dames, cette maison qui, pendant plusieurs années, « avait
été le rendez-vous des gens de lettres. » Le mardi 4 mars, l'hôtel devait être
mis en vente à la Chambre des notaires. Opération différée, ou improductive,
car le 31 juillet 1834, moyennant le prix principal de 55.000 francs, devant Mes
Fourchy et Thifaine. Mlle Duchesnois vendait l'hôtel de la rue de la
Tour-des-Dames à GervaisGaspard-Philippe Gozzoli, propriétaire, demeurant à
Paris, rue de Sèvres, n° 159, et Pierre-Cécile-Jeanne Batissier, sa femme. Si
l'on se rappelle que Mlle Duchesnois avait payé à
(1) En réalité cinquante-huit.
(2) Mlle Duchesnois avait eu une fille et
deux fils.
- 288 -
Lapeyrière 52.000 francs, on se rendra
compte qu'avec tous les aménagements apportés par elle, et l'intérêt de la
somme, l'affaire n'était point brillante.
Vingt ans
plus tard une autre actrice, plus connue par son amitié pour Théophile Gautier,
et son intimité avec Chasseriau, Alice Ozy, vint habiter, comme locataire,
l'hôtel de
Le 10 février 1835, les Gozzoli vendirent à Séraphin Van Caneghem, ancien consul de Hollande à Canton, qui constitua l'hôtel en dot à sa fille adoptive, Constance-Manlius Van Caneghem, le 4 août de la même année, lors de son mariage avec Hervé-Marie-Ernest Carbonnel, marquis de Canisy.
Les époux se
séparèrent bientôt de corps et de biens, et la marquise de Canisy, qui habitait
au n° 26 de
Après la
mort de la princesse, née Zénaïde-Françoise Clary, survenue, à
Boissy-Saint-Léger le 27 avril 1884, un partage eut lieu, le 1er mai
1885, et la propriété resta indivise entre les enfants et leur père,
Napoléon-Alexandre-Louis-Joseph Berthier, prince de Wagram. Celui-ci étant
décédé, rue de Balzac, 21, le 9 février
(1) Contrat passé par Mes Rousse et
Huillier, notaires à Paris. Le prince de Wagram se rendit également acquéreur de
la propriété sise rue de La Rochefoucauld, n° 5. Cette dernière passa ensuite à
la Cie des chemins de fer de l'Ouest algérien, qui en revendit elle-même une
partie à Etienne-Joseph Jarry, le 9 janvier 1886. Tous ces terrains dépendaient
du ci-devant hôtel de Valentinois.
- 289 -
Le docteur Berlioz s'était plû à entretenir et à ménager suivant les exigences de la vie moderne, le nid où s'était réfugiée l'une de nos plus grandes tragédiennes. Le nid s'était développé ; ce n'était déjà plus la bonbonnière où Victor Hugo était venu dîner un soir en aimable compagnie, car il avait été surélevé d'un étage, et ce fut une élégante et confortable demeure qu'il céda le 28 février 1920, à M. et Mme Chabonat, les accueillants propriétaires d'aujourd'hui (1).
L'hôtel possède toujours ses deux entrées : l'une au
n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames ; l'autre au n° 56 de
Du côté du
jardin, il compte un étage de plus, le rez-de-chaussée de la rue de la
Tour-des-Dames, devenant le premier. A l'époque d'origine, les deux ailes sur
la rue de la Tour, anciennes écuries devenues petit salon et cuisine,
(1) Nous les
remercions tout particulièrement de la bonne grâce avec laquelle ils nous ont
permis de consulter leurs archives et se sont fait notre guide dans cette
résidence dont ils savent apprécier tous les charmes.
- 290 -
n'existaient pas ; sur le
jardin, la façade, de beaucoup la plus intéressante, s'arrêtait au second
pilastre. Le boudoir polychrome de la Duchesnois a été conservé, comme on l'a
dit ; mais il ne reste plus rien de l'alcôve tendue d'étoffes, où le
cortège de l'hyménée déroulait, dans un autre coin du logis, sa frise
évocatrice.
La petite rampe d'escalier d'un joli style, paraît dater de l'époque où l'hôtel fut surélevé, car elle se continue jusqu'au dernier étage.
Tel qu'il
est, petit joyau enchâssé dans le grand Paris, tombé en des mains pieuses qui
en assurent la sauvegarde, l'hôtel construit par Lapeyrière, et où la
Duchesnois a laissé sa double empreinte de femme et d'artiste, continue
d'évoquer, en ce coin calme et discret, la figure de ces grands acteurs, adulés
du public, qui vinrent, il y a cent ans, chercher loin des applaudissements et
des caprices de la foule, un peu de repos et d'oubli des grandeurs.
Paul JARRY.
- 291 -
Les Chevaliers du noble jeu de l'Arc
de Montmartre et de Saint-Sébastien
Si l'emploi de l'arc comme arme de chasse ou de combat remonte à la plus haute antiquité, l'origine du jeu, avec ses prix et ses honneurs, est moins bien établie. Certain auteur appelle à son aide toute l'antiquité ; d'autres citent ce passage du cinquième chant de l'Enéide où sont décrits les jeux et les sacrifices célébrés par les Troyens à la mémoire d'Anchise et notamment le jeu du tir à la flèche dont les prix sont disputés par quatre vaillants guerriers ; mais, la plupart des critiques, refusant tout crédit à légende, prétendent que le jeu ne fut en faveur qu'au XIVe siècle et basent leur opinion sur de nombreuses ordonnances des rois de France, et entre autres celle du 3 avril 1369 (1) par laquelle Charles V invitait ses sujets à s'exercer au tir de l'arc et de l'arbalète, à organiser des fêtes, instituer des prix pour les plus habiles, ou bien encore celle de janvier 1390 (2)
(1) « Défendons les
geux de dez, de tables, de palme, de quilles, de palets, de soutes, de billes
et tous aultres telz geux qui ne chéent point à exercer ne habileter nos diz
subgez à fait et usage d'armes à la deffense de nostre Royaume sur paine de
quarante sols parisis à appliquier à Nous de chascun et pour chascune fois
qu'il y encherra et voulons et ordonnons que nos diz subgez prennent et
entendent à prendre leurs geux et esbatement à eux exercer et habileter en fait
de traict d'arc ou d'arbalestre ès biaux lieux et places convenables à ce ès
villes et terrouoirs et facent leurs dons aux mieulx traians en leurs festes et
joies pour ce... ».
(2) « ... Les confrairies du noble et plaisant jeu de l'arbaleste ont été de grande ancienneté... Pour eschever le vice de mauvaise convoitise avons ordonné que les diz confrère ne pourront jouer au dict jeu par or, argent ou autre chose profitable les uns contre les aultres sous peine d'estre mis pour chascune foiz en un cep portatif... mais pour mieux et plus amoureusement continuer le dict jeu pourront jouer au vin pourvu que partout un jour naturel un des diz confrère ne sera tenus de paier que une pinte de vin avant disner et une autre pinte après disner... leur octroyons qu'ils puissent donner et donnent tant et telz joyaux aux joueurs qui y vendront soient en nostre dicte ville ou extranges... ».
- 292 -
défendant de jouer de l'argent, mais
permettant « pour mieux et plus amoureusement continuer le dict jeu », de jouer
du vin à condition que le perdant n'ait à payer qu'une pinte avant dîner et une
autre pinte après dîner. Sur un pareil sujet, toutes les hypothèses sont
permises et les recherches qu'elles ont provoquées offrent toujours un intérêt.
Mais s'éloignerait-on de la vérité en disant que l'origine du jeu dut se
confondre avec celle de l'arme ; les jeux ont de tous temps excité les passions
humaines, et il serait bien étonnant que les premiers tireurs, l'arme en mains,
n'eussent pas tenté de mesurer leur force et leur adresse et de s'assurer un
titre qui flattait leur vanité. D'ailleurs, avant le XIVe siècle et
principalement dans les villes qui prirent part au mouvement communal, on
retrouve la trace de ces compagnies ou confréries dont les chefs s'attribuaient
déjà les dignités de roi et connétable. Félibien assure que la confrérie de
l'arc de Paris existait en 885 ; dans une ordonnance de 1411, il est rappelé
que Saint Louis accorda quelques privilèges aux sergents de la garnison de
Carcassonne qui « s'exerçaient, sous forme de jeu, à tirer de l'arbalestre »
et, la même année, dans les lettres d'établissement de la compagnie des
arbalétriers de Paris, on lit « qu'en icelle ville de tout tems ait eu
confrairie d'arbalestriers de gens d'estat et mesnagiers qui se sont entremis
du traict et exercite de l'arbalestre ». En tous cas, c'est sous Charles VI que
paraissent s'être organisées presque militairement ces sortes de corporations
bourgeoises qui facilitèrent du reste le recrutement des milices pour la garde
des villes (1). Tandis que
les arbalétriers invoquaient le patronage de Saint Georges, les compagnies de
l'arc se mirent sous la protection de « sire Dieu et à sa louange, de
(1) Une sentence du
Bureau de la Ville de Paris en 1658 rappelle que « les bandes ou
compagnies d'archers et d'arbalestriers furent tirées des confrairies composées
de bourgeois ».
- 293 -
compagnies qui s'établirent par la
suite se recommandent de cette fondation dans leurs statuts ou leurs requêtes (1).
L'étymologie
des mots papegault, papegai, papegeai qui désignent l'oiseau servant de cible est
aussi incertaine. Pappa gallo, d'après
les uns ou, solution plus facile, origine inconnue disent les autres.
Cependant, dans une chronique du Magasin
pittoresque, un auteur anonyme
estime que ces dénominations dérivant de plusieurs langues et plus ou moins
déformées doivent être traduites par le mot
perroquet, ce qui expliquerait pourquoi l'oiseau de bois ou de carton était
généralement peint en vert, le bec et les pattes en rouge et il semble bien que
cette opinion soit la seule à retenir (2).
A
Montmartre, on paraît peu fixé sur le nom de l'oiseau appelé indifféremment le geai, le papegay ou le papigot. Le
tir avait lieu tous les ans le deuxième dimanche de carême sur une place près
des moulins ou dans la cour extérieure de l'abbaye ; par la suite, cette fête
fut reportée au premier dimanche de mai et se tint aussi aux Porcherons.
Suivant une vieille coutume, le seigneur du lieu choisi pour ce tournoi
bourgeois devait donner un prix à celui des tireurs qui, ayant abattu l'oiseau,
prenait pour une année le titre de roi du
jeu (3). Le seigneur à Montmartre
était l'abbesse et son prix consistait, avec la remise des rubans ordinaires,
en une tasse d'argent d'une valeur de 25 à
Aucun
document ne permet de déterminer l'époque à laquelle le prix de Madame fut mis
au concours ; le plus ancien remonte à
(1) On peut consulter à ce sujet de nombreux ouvrages
parmi lesquels je ne citerai que : V. Touque, Recherches historiques sur les corporations des archers, des
arbalétriers et des arquebusiers ; Delaunay, Etude sur les anciennes compagnies d'archers ; comte A. de Bertier,
V. Cordier et Guglielmini, Le tir à l'arc,
où toutes ces questions ont été étudiées et remarquablement exposées. Une
bibliographie intéressante a été publiée dans le dernier.
(2) Année 1842.
(3) Ce titre était reconnu par des ordonnances royales
; en 1488, Charles VIII, confirmant les privilèges accordés par ses
prédécesseurs à la confrérie des archers de Nevers, leur permettait de
« s'assembler une foiz l'an et tirer le papegay et d'icelluy qui l'abattra
sera repputé et appelé toute l'année roy de tous les archers, lesquels lui
obéiront et seront tenus de lui obéir comme leur maistre et principal
archer ».
- 294 -
1618, mais il n'est pas douteux
qu'on tirait le papegai bien avant cette date ainsi qu'en témoigne ce passage
d'une requête du procureur fiscal en 1631 où il est dit « que de tous teins et
ancienneté le deuxième dimanche de caresme il est accoutumé de tirer au
papeguay avec l'arcq » (1). Un
procès-verbal de ces réunions annuelles devait être dressé au greffe de la
prévôté ; mais de nombreuses lacunes laissent supposer que cette formalité
n'était pas toujours remplie. Le premier procès-verbal est daté de 1618.
Du dimanche
18e jour de mars est comparu Charles Toussaint demeurant à
Montmartre lequel a abatu le geay et promis de le représenter dedans ung an au
jour qu'il a accoutumé lequel présente pour caution Henry Tillant.
Le 7 mars
1621, c'est encore Toussaint qui abat l'oiseau ; le 22 février 1622, le
prix revient à un habitant de La Chapelle, Maximilien Huis et caution est
donnée par Cosson, demeurant à Montmartre (2). En 1631, Claude Vincent, le roi de l'année précédente,
obtient la permission de tirer le papegai le dimanche 16 mars, après vêpres ;
l'oiseau n'ayant pas été abattu, la réunion fut reportée au dimanche suivant
où, dit le procureur fiscal, « il serait arrivé de grandes insolences s'estant
les arbalestriers entrebattus des uns aux autres, jusqu'à éfusion de sang,
jurant et blasphémant le saint nom de Dieu et de quoy l'un des sergents de la
prévôté aurait dressé son procès-verbal » (3). Ce ne sera pas la dernière fois que le procureur fiscal
devra requérir contre les turbulents archers.
On retrouve
encore deux rois du jeu, en 1664, René Bonet, demeurant à Clignancourt, et en
1665, Thomas Bailly, fils du procureur Gentien Bailly et caution donnée
« par son mestre Barthélemy Bardon qui fait la soumission ordinaire »
(4). Puis, une autre interruption se
produit dans la tenue de ces procès-
(1) Arch. Nat. Z2 2401.
(2) Ibid. Z2
2391.
(3) Ibid. Z2 2401.
(4) Ibid. Z2 2393.
- 295 -
verbaux qui n'apparaissent qu'en
1694 et sont alors, enregistrés régulièrement jusqu'en 1708 par le tabellion
Henry Venant, moyennant un droit de cinq sols. Voici pour cette période les
rois du jeu.
26 mars 1694, Nicolas Bonneuil, jardinier de Madame de Montmartre. Le
prix de l'année précédente est rapporté par Pierre Bour au nom du défunt son
fils Claude.
6 mars 1695,
Louis Lefebvre, jardinier à La Villette.
2 mars 1696,
Gaultier, manouvrier, à Mousseaux.
10 mars
1697, Vignon dit Fleury, jardinier.
18 mars
1698, Antoine Mayeux, à Mousseaux.
25 mars
1699, Étienne Le Mestre, aux Porcherons.
14 mars
1700, Nicolas Nottre, chaussier à La Chapelle.
25 mars
1701, Pierre Gomain, jardinier à Paris, faubourg Saint-Honoré.
25 mars
1702, Antoine Farigault, jardinier à Paris.
18 mars
1703, Jean Gruny, voiturier à La Chapelle.
5 mars 1704,
Pierre Massé.
21 mars
1705, Fauvet, garde moulin à Montmartre.
Je transcris
les trois derniers procès-verbaux un peu plus détaillés.
14 mars 1706, Je soussigné Jean François-Isidore
Covin, bourgeois de Paris, demeurant faubourg Saint-Honoré, reconnais avoir
aujourd'huy abattu le prix et papegay de la seigneurie de Montmartre et promis
le représenter avec une tasse d'argent de la valleur de
10 avril 1707. Jay soussigné Pierre Bourdin,
carrier, demeurant au dit Montmartre reconnais avoir ce jour abattu le papigaut
du prix de Mme de Montmartre que Isidore Covin a rendu le deuxième dimanche de
caresme dernier lequel papigot jay promis de représenter le 2e dimanche de
caresme de l'année prochaine 1708 avecque une tasse d'argent de valleur de
18 mars 1708, aujourd'huy dimanche moy Clémens Venant, garde des
plaisirs du Roy, demeurant à Montmartre, recognais avoir abattu à
- 296 -
la
flèche le papigot et prix seigneurial de ce lieu que je promet de représenter
avec une tasse d'argent de valleur de
Jusqu'à
cette époque, aucune organisation n'a groupé les gens de Montmartre et des
villages ou quartiers environnants qui viennent tirer le prix seigneurial. S'ils
prennent la qualité de chevalier de l'arc, ils n'ont point de jardin, pas de
règlement et, à défaut d'uniforme, leur costume devait avoir quelque analogie
avec celui des archers de Paris dont le chef, en 1714, signalait « la
variété et même la malpropreté d'un grand nombre d'yceux » (2). Ce concours était probablement ouvert sous certaines
conditions à tous ceux qui voulaient disputer le prix au roi de l'année
précédente et c'est sans doute la raison pour laquelle un habitant de
Montmartre répondait des engagements pris par le vainqueur.
Après 1709,
le prix de Madame est supprimé, le tir du papegai interdit et les archers
récalcitrants sont exposés à des poursuites et des amendes. Ces fêtes
attiraient beaucoup de monde à Montmartre, public bruyant et querelleur se
mêlant volontiers aux disputes fréquentes qui s'élevaient entre les concurrents
et peut-être des troubles, des accidents furent-ils la cause de cette mesure
rigoureuse. Mais le jeu avait trop d'attraits pour les amateurs qui ne tinrent
aucun compte des sentences prévôtales. Le 11 avril 1719, le procureur fiscal,
Étienne Bosné, demandait au lieutenant général du bailliage Louis Fauvret, de
se rendre aux Porcherons où
(1) Arch. Nat.
Z2 2462.
(2)
Hay, Recueil des chartes, créations...
des colonels, capitaines... des compagnies d'archers, d'arbalétriers et
d'arquebusiers de la ville de Paris.
- 297 -
Plusieurs
particuliers vassaux de Mme l'abbesse se sont ingérez le jour d'hyer
vers 5 heures après midi de faire tirer publiquement un jeu qu'ils appellent le
papigot sans permission... et alors qu'il n'appartient qu'à ma dite Dame, haute
justicière des terres et seigneurie de Montmartre, Nouvelle France et Turquam
d'accorder le privilège de festes publiques.
Et le
greffier continuait ainsi :
A l'instant nous nous sommes transporté sur et
proche la voirie des Porcherons où nous avons trouvé une perche d'environ
Ce qui n'empêcha pas Harant et un de
ses confrères Tranger d'être condamnés le 19 avril suivant à
Pour varier leurs plaisirs, les bons montmartrois se mirent à tirer l'oie. Un réquisitoire du procureur fiscal Boucher, en date du 28 décembre 1738, donnera l'idée de ce que pouvait être ce jeu barbare très usité dans les campagnes et non sans dangers pour les spectateurs :
Remontre que festes et dimanches durant le service divin, tant sur une place de Montmartre aux environs des moulins que dans les Porcherons, nombre considérable, tant de gens de la paroisse qu'étrangers de toute sorte d'âge et différentes qualités suspectes comme soldats de garde française et suisse, domestiques, vagabonds et gens sans aveu, se sont depuis plusieurs années permis sans aucune permission de faire planter des potots à lequel il atache une oye dont il serve de gros bâtons jettés à force de bras pour l'abastre et qu'il appelle le jeu de tirer l'oye ; que les inventeurs de ce jeu exigent deux sols de chacun de ceux qui veulent être admis, et comme cette sorte de jeu net non seulement othorisé du seigneur du lieu, que même cela cause et empêche plusieurs personnes d'aller au service divin et occasionne un libertinage considérable, juremens horribles et batteries qui si font continuellement et souvent des accidens mortels aux passants et aux spectateurs... à ces causes requiert que deffenses seront faites à toutes personnes... de plus à l'avenir planter ou faire planter dans notre juridiction aucun poteau à l'effet d'y jouer au jeu d'oye.
(1) Arch. Nat.
Z2 2385.
- 298 -
Répondant à ces conclusions, le prévôt, le 16 janvier suivant, défendait :
De plus
fournir et exposer d'oye sur aucune place du ressort de la prévoté pour les
tirer avec aucun instrument de quelque nature que ce soit et conséquemment
d'admettre pour y tirer qui que ce soit sans argent ou avec argent à peine de
C'est vers
1748 qu'un nommé Jean Vignol, marchand coutelier de Mgr le Dauphin, demeurant à
Paris, rue Saint-Honoré devant l'Oratoire, et ses deux fils Blaise et
Guillaume, aussi couteliers, le premier rue du Mail, et le second, chez son
père, créèrent aux Porcherons, une compagnie d'arc qui ne comptait en sus des
fondateurs que dix membres, les nommés Gendarme, jardinier du Roy, Doucet,
menuisier, Sanson fils, jardinier, Cardot, éperonnier, Savoir, jardinier,
Malœuvre, éperonnier, Revel, marchand de vins, Vion, maçon, Duvoir, éperonnier,
et Monneceaux, jardinier (2). Pour
installer la Compagnie, Vignol sous-louait rue Saint-Lazare une partie de la
maison où pendait pour enseigne l'Epée de
bois et dont un corps de logis était occupé par le pâtissier Le Trotteur.
Cette maison ou du moins la partie louée par Vignol est ainsi décrite dans un
procèsverbal verbal d'état de lieux dressé le 22 septembre 1749 par le procureur
fiscal Nicolas Damien, en présence de Jean Vignol, de Le Trotteur, de Gabriel
Gendarme, demeurant à Paris, rue Louis-le-Grand qui était alors roi du jeu, et
d'une darne Jeanne Breton, veuve de Jacques Alexandre Le Goupil, sculpteur
ordinaire du Roi (3),
représentant le propriétaire, un sieur Varignon, écuyer maréchal-des-logis de
la maison du Roi.
(1) Arch. Nat. Z2 2385-2417.
(2) Arch. Nat. Z2 2417.
(3) Cet artiste, qui se fit surtout remarquer comme
sculpteur sur bois, exécuta divers travaux dans les appartements du château de
Versailles. D'après Jal, il habitait
rue de Clichy, lorsqu'il épousa, en 1735, Jeanne Breton.
- 299 -
La principale entrée est sur
La Compagnie
du noble jeu de l'arc de Montmartre était fondée et s'associait aussitôt à la
confrérie de Saint-Sébastien de Paris. D'après les règlements généraux des
compagnies d'arc, les nouveaux chevaliers devaient se faire inscrire à la
confrérie de la ville la plus proche ou à l'abbaye de Saint-Médard-lès-Soissons
dont l'abbé était reconnu grand maître et souverain juge de toutes les
confréries de Saint-Sébastien du royaume ils versaient à un receveur spécial
choisi parmi les chevaliers une cotisation « qui ne pouvait être employée à
d'autre usage que pour le service et le culte divin, la décoration et
l'entretien de la chapelle de Saint-Sébastien » (2). En même temps, la Compagnie se mettait sous la protection du
bailliage et obtenait la permission de tirer le papegai. La première réunion
eût lieu
(1) Arch. Nat.
Z2 2463.
(2) Lorsqu'au IXe siècle, les reliques de
saint Sébastien furent envoyées de Rome au monastère de Saint-Médard, la garde en
aurait été confiée aux archers du faubourg de Saint-Wast qui se groupèrent en
une sorte d'association confraternelle. Telle serait, d'après la tradition,
l'origine de cette confrérie que le clergé encouragea et à laquelle adhérèrent
peu à peu toutes les compagnies d'arc du Royaume.
- 300 -
au mois de mars 1749 au haut de
Montmartre devant un grand nombre de spectateurs qui tenaient sans doute
rigueur aux officiers de justice de les avoir si longtemps privés de cette
fête, car dès que ceux-ci parurent sur le champ de tir, ils furent accueillis,
dit le procureur fiscal, « par les huées et les injures de plusieurs
particuliers à eux inconnus et qu'ils n'ont pu distinguer dans la grande
multitude de personnes qui s'y étaient assemblées ». Aussi, le prévôt, «
reconnaissant qu'il était nécessaire de réprimer de tels abus pour les suites
fâcheuses qu'ils peuvent avoir, défendait à tous particuliers d'insulter le
procureur fiscal et autres officiers dans l'exercice de leurs fonctions à peine
de
A peine la Compagnie est-elle constituée que la discorde va diviser ses membres dont l'humeur belliqueuse provoque de continuelles contestations, des chicanes, des querelles donnant lieu à d'interminables procès qui n'ont d'autre intérêt que de pouvoir suivre la Compagnie dans sa bonne ou sa mauvaise fortune. A la suite d'altercations avec Gendarme, le roi du jeu, Vignol se retire de la Compagnie, ferme les portes du local et ne consent à remettre les clés que contre remboursement des dépenses qu'il a faites pour l'aménagement des salles et du jardin, le paiement des loyers et le prix du drapeau, du bâton royal, des croix, des rubans. L'affaire est soumise le 30 avril 1751 au procureur fiscal qui, après avoir obtenu de Gendarme l'assurance que ces dettes seraient acquittées, procède à l'ouverture des coffres et des armoires où étaient déposés différents objets à l'usage des chevaliers dont ceux-ci reprennent possession.
Un bâton
garny de cuivre argenté et par un bout d'une fleur de lix avec son étui en
toile verte, deux registres couverts en parchemin intitulés A la gloire de Dieu, des exemplaires
d'ordonnances concernant le jeu d'arc, deux espontons, la tringle à dresser
l'oyseau, un bâton de bois de Chine orné d'une plaque de cuivre argenté, un
bâton verny servant à porter l'oyseau avec trois guirlandes de fer, des arcs,
des carquois, des flèches, des plastrons, des broches... (2).
(1) Arch. Nat.
Z2 2397.
(2) Arch. Nat.
Z2 2463.
- 301 -
Privée de l'aide des Vignol, car les fils avaient épousé la querelle de leur père, la Compagnie était menacée dans son existence même ; elle ne pouvait tenir les engagements souscrits et encore bien moins calmer l'impatience du propriétaire. Mais Vignol n'usa pas de rigueur envers la Compagnie qu'il avait fondée, et après bien des atermoiements, des tentatives infructueuses de réconciliation, on se fit des concessions de part et d'autre et la paix fut enfin rétablie en 1755. La Compagnie reconnaissait solennellement par une inscription sur le registre des délibérations les dettes contractées à l'égard de Vignol, fixait les modalités de paiement, et celui-ci était réintégré dans son grade de capitaine connétable. Réconciliés et pour éviter de nouveaux conflits, Gendarme et Vignol résolurent de soumettre les chevaliers à des statuts qui imposeraient une discipline sévère, régleraient toutes les questions intéressant la Compagnie et d'en appeler au besoin à la juridiction du bailliage. A cet effet, le 28 mars 1756, les officiers et chevaliers du noble jeu de l'arc et confrérie de Saint-Sébastien pour la ville de Paris et Montmartre, Gendarme, Jean Vignol, Tilmant, Maillard, Blaise Vignol, Caron, Doison père, Doison fils, Carbonnier, Malœuvre, Aubert, Raimont Didier, Boyer, Cravaz, Jardin, Desmouchets et Guilbert se réunirent dans la salle et jardin de leur jeu rue Saint-Lazare dont le nouveau propriétaire, un sieur Tilmant, marchand de levure de bière, s'était associé à la Compagnie.
Comme
préambule aux statuts, le secrétaire-greffier écrivait sur le registre des
délibération :
A été représenté par M. Gendarme, roy actuel de la compagnie, et par M. Jean Vignol, capitaine d'ycelle, que pour rendre leur compagnie plus durable et plus solide, remédier aux abus qui se sont glissés lors et depuis leur établissement au dit lieu et prévoir ceux qui pourraient se glisser par la suite, il serait à propos de délibérer tous ensemble et à convenir de statuts et règlements entre eux tirés des statuts et règlemens généraux des compagnies de pareil jeu et confrairie dans le royaume, des usages particuliers de la leur et eu égard au lieu de leur établissement, lesquels statuts et règlemens aucun d'eux ne pourrait enfreindre.
Sauf
quelques articles relatifs aux obligations imposées par l'abbaye et le
bailliage, ces statuts sont en effet copiés, avec
- 302 -
plus ou moins d'ordre, sur les règlements édictés en 1733 par Renault de Pomponne, abbé de Saint-Médard-lès-Soissons, pour toutes les compagnies du noble jeu de l'arc et confréries de Saint-Sébastien. Malgré leur longueur, il y a 47 articles, c'est un document curieux par les renseignements qu'il donne sur l'organisation de la Compagnie et sur les usages adoptés dans l'exercice du tir.
Art. 1er.
- La Compagnie sera composée d'un Roy, première personne du jeu, de la confrairie
et du jardin du dit jeu ; de quatre officiers en chef scavoir, un capitaine
connétable, un major, un capitaine. lieutenant, un enseigne ; de quatre
officiers subalternes scavoir, un receveur, un procureur, un greffier et un
sergent et de chevaliers (1).
Article 2. -
Aucun ne sera reçu qu'il ne soit de la religion catholique, apostolique et
romaine et de bonnes vie et mœurs, (2) qu'il ne
prête serment en mains du Roy et du capitaine connétable d'exécuter et se
conformer en tout aux présents statuts et règlemens dont on luy fera lecture et
immédiatement après la réception de chevalier, il se fera enregistrer de la
confrairie de Saint-Sébastien.
Art. 3. -
Celuy qui aura abbatu l'oyseau sera reconnu pour Roy de la Compagnie (3) ; le Roy aura soin que le capitaine et autres
officiers veillent à l'exécution des présents statuts et qu'aucun chevalier ne
s'en dispense ; il donnera sa voix le premier dans les assemblées tenues pour
affaires de la Compagnie et sy les voix se trouvent égalles, il pourra décider
après avoir reçu l'avis des officiers en chef ; les peines et amendes
prononcées par la Compagnie contre les chevaliers pourront être modérées par le
Roy et le capitaine ensemble et non séparément.
Art. 4. - Le
capitaine sera chargé de la discipline sur les autres Officiers et chevaliers
lesquels seront tenus de luy obéir en tout ce qu'il leur commandera et
deffendra conformément aux présents statuts, et en l'absence du Roy et du
capitaine, le même pouvoir sera dévolu aux autres officiers en chef selon leur
rang soit pour la réception, soit pour la discipline et commandement des
chevaliers.
Art. 5. – Le
receveur de la Compagnie tiendra registre de la recette et de la dépense qui
regardera seulement la Compagnie et entretien du jardin ; il ne pourra néanmoins
dépenser
(1) Le grade de major n'était pas reconnu par les
règlements généraux.
(2) Dans certaines
compagnies, nul ne pouvait être reçu chevalier s'il n'était marié ou âgé de 25
ans.
(3) Le roi du jeu jouissait de privilèges concédés par des ordonnances royales ; il était tenu « franc quicte et exempt de toutes tailles, aides, subsides, de guet et garde porte et aultres subvencions quelconques... ».
- 303 -
en donner avis à la Compagnie et son
agrément à toute dépense au-dessous de cette somme sera abandonné à sa sage
conduite ; il rendra ses comptes tous les ans le jour que la Compagnie décidera
l'oyseau abbatu dans une assemblée généralle dans laquelle seront invités par
billets tous les officiers et chevaliers.
Art. 6. - Lorsqu'il y aura lieu de prononcer quelques peines ou amendes
contre officiers ou chevaliers pour contravention aux présents statuts,
généralement dans tous les différents entre les officiers et chevaliers, et en
tout ce qui concerne la discipline et affaires intéressantes pour la Compagnie,
le procureur en fera rapport à toute la Compagnie assemblée laquelle en
décidera après avoir entendu les raisons de part et d'autre et fautte
d'exécution des décisions de la Compagnie de subir les peines et payer les
amendes prononcées, il en sera jugé en dernier ressort par MM. les juges de la
prévôté de Montmartre sans procédure sur les conclusions de M. le Procureur
fiscal de la dite prévôté. MM. les Juges de la dite prévôté seront suppliés
d'aggréer cette connaissance de leurs causes. Les officiers ou chevaliers en
contravention seront assignés au plus prochain jour d'audience à la requête de
M. le Procureur fiscal pour répondre à ses conclusions ; s'ils ont moyens
valables à proposer, ils pourront comparaître ou par procureur en la dite
prévôté à leurs frais ; les couts des assignations, sentences et affichages
seront remboursés par les contrevenants et se prendront par provision sur les
amendes de la Compagnie ; les assignations et significations seront
données au jeu de la Compagnie au domicile du concierge que
Art. 7. - Le
greffier portera exactement sur un registre qui restera entre ses mains tous
les actes, décisions et délibérations concernant la Compagnie, en donnera les
expéditions nécessaires ; les sentences, titres et pièces concernant la
Compagnie resteront enfermés dans un coffre à trois clefs dont le Roy en aura
une, le capitaine connétable l'autre et le dit greffier la troisième ; le dit
greffier sera dépositaire du sceau et du joyau de la Compagnie pour les
représenter quand besoin sera ; le dit greffier recueillera les voix dans les
assemblés accompagné du controlleur que la Compagnie luy nommera pour cette
fonction.
Art. 8. - En
telle occasion que ce soit, tous les chevaliers tiendront chacun leur rang de
réception après les officiers ; ils porteront honneur et respect au Roy et à
tous les officiers à qui ils obéiront en tout ce qui sera commandé ou deffendu
suivant les présents statuts et les usages particuliers de la Compagnie s'il y
en a d'aprouvé par les supérieurs.
Art. 9. Le sergent
exercera sa charge en faisant ranger en ordre la Compagnie quand il sera besoin
de marcher en cérémonies ; la Compagnie sera tenue de luy obéir dans cette
fonction.
Art. 10. -
Lorsque quelqu'un désirera se présenter pour être reçu chevalier, il sera
obligé de fréquenter le jardin et la Compagnie autant de
- 304 -
temps que le Roy et les officiers le
jugeront à propos ; il sera présenté à la Compagnie par un chevalier ; sa
réception sera indiquée par billets portés par le concierge chez tous les officiers
et chevaliers ; il payera le prix fixé par acte fait sur le livre de la
délibération ; les fils de chevalier ne payeront que la moitié du prix fixé ;
l'acte de réception de chaque nouveau chevalier sera inscrit sur le registre
et signé des officiers et chevaliers en plus grand nombre que faire se pourra.
Art. 11. - Le dernier dimanche du mois d'avril de chaque année, le Roy
provoquera assemblée généralle de tous les officiers et chevaliers en la salle
du jardin à l'issue des vespres à l'effet de prendre jour pour tirer l'oyseau
qui se tire ordinairement le premier dimanche de may. Les officiers et
chevaliers seront tenus de s'assembler en la salle du jardin aux jours et
heures qui leur seront indiqués pour tirer l'oyseau l'épée au côté, la croix de
chevalier à la boutonnière et en habit d'ordonnance de la Compagnie et nul ne
pourra se dispenser sans cause légitime qu'il exposera à la Compagnie
d'accompagner le drapeau depuis le jardin et de marcher en bon ordre jusqu'à
l'endroit destiné pour tirer l'oyseau à peine de
Art. 12. -
Aucun ne sera admis à tirer l'oyseau qu'il n'ait entièrement payé entre les
mains du receveur de la Compagnie avant qu'elle se mette en marche les amendes
ou autres frais et générallement tout ce qu'il pourra être redevable à la
Compagnie.
Art. 13. -
Le présent que chaque officier et chevalier fera au Roy en cette occasion
appellé cy devant joyau du Roy sera de la somme de 24 sols et sera payé entre
les mains du receveur de la Compagnie par tous les officiers et chevaliers
avant le départ de la Compagnie pour aller tirer l'oyseau et aussitôt qu'il
sera abbattu, le receveur remettra cette somme entre les mains du nouveau Roy
avec les marques d'honneur ordinaires qui sont la croix de Roy et le bâton
royal (1).
Art. 14. -
L'oyseau sera tiré dans l'ordre suivant
: le Roy tirera le premier et après luy les officiers en chef et
subalternes suivant leurs rangs, les chevaliers tireront ensuite suivant le
rang que le sort leur aura donné sans pouvoir le changer à peine de nullité du
coup ; à cet effet, les chevaliers tireront suivant leur réception ; on
disposera et on
(1) Le présent destiné au roi, le joyau, était le prix
offert par le seigneur ou les organisateurs du concours ; objet d'une certaine
valeur, et quelques compagnies en possédaient d'une grande richesse ; il fut
parfois remplacé par un don en argent. D'ailleurs chaque pays reconnaissait
cette royauté suivant ses usages et ses coutumes. Dans les Flandres, le
vainqueur était reconduit solennellement jusqu'à sa demeure devant laquelle on plantait
un mai. Certains statuts contiennent
même le compliment qui devait être récité et la réponse du roi. Dans les
statuts d'une confrérie établie dans le Valois, en 1529, se trouve ce charmant dict à donner à boire recueilli par M.
Blavignac pour son ouvrage sur les Enseignes
d'hôtelleries et de cabarets.
Et
de Saint Sébastien le martir
Honneur
et chevalerie
Veulx
maintenir toute ma vie
Du
jeu de l'arc qui est si gent,
Qui
point ne veulx de tricherie.
A
vous archier sans villenie
Ung
service je vous donray.
Car
gaigné l'avez sans reproche
Ou
près du blanc et de la broche.
A
ce joly jeu sans envye
Tenez,
bevez, je vous en prye.
Et
le roi répondait :
Gentil galland de franc couraige
Je reçois vostre hommaige,
Je bois à vous, à votre amie
Et à toute la compagnie.
- 305 -
tirera les flèches avant que la
Compagnie se mette en marche pour aller tirer l'oyseau ; le greffier en
dressera un rolle sur lequel il appellera chaque chevalier au premier coup
seulement.
Art. 15. - Lorsque l'oyseau sera abbattu, la Compagnie se retirera dans
le même ordre qu'elle sera venue en la salle du jeu où tous officiers et
chevaliers seront tenus de délivrer entre les mains du receveur chacun la somme
de
Art. 16. -
L'oyseau sera fait de bois et de la forme en usage dans chaque compagnie ; il
sera posé sur deux pattes de bois avec deffense absolue d'y mettre aucun fer ny
laiton qui puisse porter préjudice à l'abat de l'oyseau ; celuy qui le mettera
en bas sera reconnu Roy de la Compagnie (1).
Art. 17. -
S'il arrive qu'un officier ou chevalier de la Compagnie abbatte l'oyseau trois
années de suitte, il sera déclaré et reconnu pour
(1) Les chevaliers de Montmartre n'ont pas cru
devoir déterminer les conditions imposées par les règlements généraux pour que
le coup soit valable ; « il ne suffira » pas d'abattre la tête, les ailes, ou
la queue pour être roi, il faut abattre le corps entier en le frappant avec
- 306 -
Empereur dans la Compagnie et il
aura pendant sa. vie le premier pas et la première voix en tout et partout
avant le Roy et les autres chevaliers.
Art. 18. - L'officier ou chevalier qui n'aura pas pu tirer l'oyseau et
qui se présentera pour tirer au prix dit Roy et autres sera obligé de payer sa
part du présent et de frais de l'oyseau sans quoy il sera déclaré déchu.
Art. 19. -
Le Roy présentera son prix à la Compagnie le dimanche suivant que l'oyseau aura
été abbattu ; les officiers en chef et subalternes présenteront le leur chacun
suivant leur rang les dimanches suivants et ne pourront s'en dispenser ; les
prix du Roy et des officiers seront tirés sur douze haltes, les prix des
chevaliers sur dix ; on commencera à tirer les prix à 4 heures précises de
relevée du jour de ceux du Roy jusqu'au dernier dimanche de juillet, les autres
seront tirés à 3 heures précises de relevée ; les chevaliers rendront leur prix
chacun à leur tour comme ils seront admis au tirage de l'oyseau ; aucun
officier ny chevalier ne pourront se dispenser de tenir leurs cartes prettes
pour le jour de leur prix ; il est deffendu de mettre sur aucunes cartes aucune
figure déshonnête ou qui puisse donner occasion de parler ou de penser mal (1).
Art. 20. -
Les prix seront gagnés à la maîtresse broche qui sera de fer et tous les coups
seront rapportés d'un bout à l'autre ; il n'y aura qu'un seul noir et qu'un
cordon ou deux à chaque cartes qui sera un cercle égal de toute la largeur de
la carte à un pouce près de chaque côté laissé en dehors ; tous les prix seront
gagnés en dedans du cordon et non en dehors.
Art. 21.
Chaque chevalier ne pourra gagner qu'un prix et entre les coups égaux le dessus
gagnera le dessous, le dessous la droite et la droite la gauche.
Art. 22. -
S'il arrive qu'après un bon coup fait un autre tire dans le même trou sans
qu'on puisse remarquer aucune inégalité, le premier coup sera préféré, ce qui
s'observera dans toutes sortes de prix sans distinction.
Art. 23. -
Celuy qui fera un coup favorable prendra l'échantillon du pied de la broche au
pied de la flèche faisant toujours poser l'échantillon de toutes parts contre
la carte ; les échantillons seront levés par deux chevaliers désintéressés qui
garderont la moitié des dits échantillons fendus en deux et donneront l'autre à
ceux qui auront fait le coup pour être rejoints ensemble et représenter à la
fin des prix s'il en est besoin.
Art. 24. -
Aucun officier ny chevalier ne tirera aucun prix ny même en partie qu'il n'ait
arc et flèches écornés ou férés par les deux bouts à moins qu'il n'en ait
obtenu la permission du Roy et du capitaine ou de deux officiers, sinon les
coups seront nuls.
(1) Dans certaines compagnies, les cartes des officiers en chef devaient être ornées de « quelques peintures honnêtes », mais aucune figure n'était tolérée sur les cartes des simples chevaliers.
- 307 -
Art. 25. - Aucun officier ny chevalier ne pourra tirer qu'il n'ait la
tête couverte d'un chapot, bonnet ou perruque, ne pourra tirer en chemise ou
tout à fait déboutonné à peine de nullité de coup.
Art. 26. -
Aucun officier ny chevalier ne tirera qu'il ne dise à chaque coup avant le
départ de sa flèche le mot garre d'une
voix intelligible, fautte de quoy son coup sera nul et sera responsable de tout
ce qui pourrait s'en suivre s'il blessait quelqu'un.
Art. 27.
Aucun officier ou chevalier ne passera le pas marqué par terre à peine de
perdre son coup ; tous les coups dont les flèches toucheront les garde buttes,
arbres, charpentes ou en terre avant que d'arriver au but quand mesme qu'à la
faveur de quelque frottement ils iraient à la broche tel qu'il puisse arriver
seront déclarés nuls.
Art. 28. -
Tout officier ou chevalier estant en tour pour tirer dont l'arc, la corde ou la
flèche viendra à casser ou dont la flèche viendra à tomber par une fausse
décoche, son coup sera réputé tiré.
Art. 29. -
Aucun ne tirera avec l'arc de son confraire sans permission des officiers et
tous seront obligés de marquer leurs flèches pour les reconnaître ; sy
quelqu'un tire avec l'arc de son confraire, son coup sera déclaré nul.
Art. 30. -
Deffenses à tous officiers et chevaliers ou autres de jouer à tel jeu que ce
soit dans la salle et jardin les jours de Noël, Pasques, Pentecôte, Assomption
et Toussaints à peine de vingt sols d'amende contre les officiers et dix sols
contre les chevaliers.
Art. 31. -
Celuy qui jurera par le saint nom de Dieu pour la première fois payera trente
sols d'amende, la deuxième fois trois livres et la troisième sera chassé de la
Compagnie sans y pouvoir jamais rentrer.
Art. 32. -
Deffenses à tous officiers, chevaliers et autres personnes estant au jardin de
proférer aucunes injures ny parolles grossières par B, F, D, et de chanter
aucunes chansons déshonnêtes à peine de deux sols d'amende dont l'officier ou
chevalier sera responsable pour amy qu'il amènera lequel amy on fera au dit cas
sortir du jeu (1).
Art. 33. -
Il ne sera fait aucun bruit par, les officiers et chevaliers sous les buts
lorsqu'on tirera le prix ou en partie et le tireur ne sera pas interrompu ;
tous seront obligés de garder le silence à peine de deux sols d'amende.
Art. 34. -
Pareilles deffenses sous mêsmes peines à tous officiers et chevaliers de donner
des sobriquets et de tourner au ridicule aucun de la Compagnie lorsqu'on tirera
au prix ou en partie.
(1) Cette bonne tenue, recommandée aux chevaliers, inspirait même les rédacteurs de certains statuts qui voulaient éviter l'emploi de termes grossiers. A Senlis, les chevaliers promettaient de ne dire sur homme ni sur femme « mot qui soit deshonneste dessouls la ceinture ».
- 308 -
Art. 35. - Deffense à tous sans distinction de boire au jardin avec excès
et de s'y présenter en pareil état à peine de six sols d'amende.
Art. 36. - Le Roy, capitaine, lieutenant et autres officiers auront seuls le pouvoir de faire assembler la Compagnie ; aucun officier et chevalier ne se dispenseront sans cause légitime d'assister aux assemblées convoquées ; il ne s'y fera aucune délibération qu'il n'y ait au moins un des quatre chefs ou le plus ancien chevalier à la teste, de deux tiers de la Compagnie et chacun pour éviter la confusion ne parlera qu'à son rang de réception.
Art. 37. -
Un officier ou chevalier qui ira demeurer dans un autre lieu sera toujours
regardé comme officier ou chevalier en remplissant les fonctions de sa charge
quand il faudra et payant sa part des frais de la Compagnie ainsy que les autres
jusqu'à démission.
Art. 38. -
Aucun officier ny chevalier ne sera en même temps de deux jeux d'arc et en cas
de prix généraux, provinciaux ou autres assemblées comme défi, il sera obligé
de se joindre à la Compagnie du lieu de sa résidence ordinaire.
Art. 39. -
L'officier ou chevalier qui renoncera à la Compagnie sera obligé de le faire
par acte en forme sur le registre qu'il signera et payera vingt sols pour la
renonciation.
Art. 40. -
Le dimanche ou feste qui précèdera de huit jours au moins la feste de
Saint-Sébastien, il y aura dans la salle du jardin de la Compagnie avant ou
après les vespres une assemblée généralle de tous les officiers et chevaliers
convoqués à l'ordinaire à laquelle tous sans exception seront obligés de se
trouver à peine de vingt sols d'amende s'il n'y a cause légitime qu'il faudra
prouver ou faire prouver à la Compagnie pour délibérer tous ensemble sur
l'ordre qu'on tiendra pour la solennité de la feste de ce saint patron en ce
qui regarde la Compagnie seulement.
Art. 41. -
Chaque confrère payera pour la Compagnie la somme de vingts sols pour chaque
année entre les mains du receveur de la confrairie ; le receveur de la
Compagnie ne pourra l'être en mesme temps de la confrairie ; celuy de la
Compagnie sera élu par les seuls chevaliers, au lieu que celuyy de
la confrairie le sera par les confraires chevaliers ou non chevaliers ; il ne
sera que pour un an et aura avec luy un controlleur élu de manière qu'il sera
reçu en l'année suivante ; il tiendra registre de la recette et dépenses lequel
registre restera entre les mains du controlleur ; il rendra ses comptes
tous les ans le lendemain ou le dimanche suivant de la feste de
Saint-Sébastien.
Art. 42. -
La Compagnie estant mandée à quelque prix général ou provincial, le Roy et le
capitaine connétable feront assembler la Compagnie et luy communiqueront le
mandat pour délibérer à la pluralité des voix si on marchera ou non et faire
réponse à la Compagnie qui aura fait l'invitation ; lorsque la Compagnie aura
décidé d'y marcher, aucun des officiers et chevaliers qui la composent ne
pourra s'en dispenser et ceux
- 309 -
Brevet de Chevalier de Saint-Sébastien
Coll. Perrot
- 310 -
qui n'y iront pas mesure pour cause
légitime payeront trois livres pour ayder aux frais de la Compagnie.
Art. 43. - Sera nommé et choisy annuellement à la pluralité des voix un
des anciens chevaliers du jeu pour entre prévost de
Art. 44. -
Deffense à tous officiers et chevaliers de s'emporter de colore l'un contre
l'autre rompant arc, flèches ou autres choses semblables à peine pour la
première fois de quarante sols d'amende payables entre les mains du trésorier
receveur, de laquelle amende il entrera en la boete du jeu vingt-cinq sols et
les autres quinze sols seront distribués à la prudence du capitaine aux pauvres
honteux de la paroisse.
Art. 45. -
Toute la compagnie, officiers et chevaliers seront tenus d'assister en
ordonnance et en corps avec leurs instruments par l'invitation de M. le
Procureur fiscal en la prévosté de Montmartre à la procession de Saint-Denys à
l'abbaye royale de Montmartre qui se fait tous les sept ans le premier du mois
de may ou autre jour au commencement du dit mois que Mme l'Abbesse indique,
sous peine de quarante sols d'amende mesure pour cause légitime d'absence. M.
le Procureur fiscal pourra aussy requérir l'assistance et marche de la
Compagnie en ordonnance et en corps avec instruments dans le cas de Te Deum,
feux de joye et cérémonies publiques.
Art. 46. -
Tous les officiers subalternes et chevaliers de la Compagnie seront obligés de
prester la main aux officiers en chef tant pour l'exécution des présents
statuts et des usages approuvés et enregistrés au greffe de la Compagnie que
pour les jugements qui interviendront contre ceux des confraires qui voudraient
faire les mutains et les révoltés en quelques circonstances et conjectures que
ce puisse estre et en conséquence du serment qu'ils ont presté ou presteront à
leur réception sous peine contre chaque contrevenant de dix sols d'amende pour
la première fois, de vingt sols pour la seconde fois et d'entre retranché de la
Compagnie pour la troisième fois.
Art. 47. - Lorsqu'il décédera un officier ou chevalier de la Compagnie, les dits officiers et chevaliers seront tenus de luy faire dire un service le lendemain de la Saint-Sébastien ; ils seront tous obligés d'y assister en ordonnance sous peine de vingt sols d'amende.
La sentence
d'homologation signée du lieutenant général du bailliage de La Pommeraye fut
publiée le 2 avril 1756, affichée dans la salle de jeu, dans l'étendue de la
prévôté, et un exemplaire devait être remis à chacun des officiers et
chevaliers (1).
(1)
Arch. Nat. Z2 2459.
- 311 -
Il est
question dans ces statuts du drapeau et de l'uniforme de
(1) Chéronnet. Histoire
de Montmartre.
- 312 -
Donné à nos vingt arquebusiers (1) pour avoir assisté avec
notre clergé à la réception du chef de Saint-Denis, pour leur diné,
A la
maréchaussée de Saint-Denis qui ont gardé la grande porte de la cour depuis 7
heures du matin jusqu'à l'entrée de la procession par gratification n'y étant
pas obligée, MM. les bénédictins de Saint-Denis devant les nourrir ce qu'ils
ont refusé cette année,
Au maître
d'hôtel, M. Leclerc pour avoir réglé et servi le diné à nostre clergé au nombre
de 17 et aux officiers de la justice,
Aux deux
cuisiniers qui ont travaillé le dîné,
Aux laveuses
de vaisselle,
Aux
domestiques du P. Prieur de Saint-Denis qui ont apporté deux grands pâtés de
poisson pour Madame et la dépositaire qui ont été distribués à la communauté,
1 douzaine
et demie de poulets à 30 sols pièce,
1 quartier
d'agneau au pourpiquet, 1 macaroni, 2 noix de veau, 4 filets, 8 saucissons, 2
pigeons, 1 levreau, 3 pièces de garniture, 12 oreilles d'agneau,
12 douzaines
d'échaudés, 18 biscuits,
12 pains de
beurre frais pour la table,
Salades,
champignons, cresson,
Citrons,
oranges, bouquets,
Enchois,
capres, capelle,
1 alose, 3
diables, écrevisses,
Crème,
En imposant des statuts, les chefs de la Compagnie pouvaient espérer que leur application même bienveillante améliorerait les rapports entre les chevaliers et que toutes difficultés seraient à jamais écartées. Ils se trompaient étrangement ; les discussions recommencent, s'éternisent et l'histoire de cette Compagnie pourrait se résumer dans l'exposé de ses procès toujours suscités par la méchante humeur de ses membres ou les exigences du propriétaire. En 1762, Claude Vignol, le père était mort, violemment attaqué dans sa réputation et son honneur, donne sa démission de capitaine connétable, poursuit la Compagnie en diffamation et exige le paiement des dettes reconnues par
(1) Il s'agit là des chevaliers de l'arc. Une compagnie
d'arquebusiers ne s'établit à Montmartre qu'en 1777, empruntant d'ailleurs ses
éléments à la Compagnie de l'arc ; cette confusion se produit fréquemment et
tient peut-être aux salves de mousqueterie tirées par les chevaliers dans les
fêtes publiques.
(2) Coll. Parent de Rosan. Comptes de la dépositaire.
- 313 -
la délibération de
Une entente avec le propriétaire dut certainement
intervenir, car l'arrêt d'expulsion ne fut pas exécuté et les chevaliers
continuèrent leurs exercices dans le jardin de
En 1776,
sans doute à la suite de nouvelles querelles, car aucun document n'en indique
les causes, la Compagnie est complètement désorganisée et la plupart de ses
membres vont fonder un autre établissement près de l'Hôpital général. Les
quelques chevaliers restés fidèles au clocher de Montmartre se groupèrent
autour de deux de leurs confrères, Henry Ranté, marchand bijoutier à Paris, et
un nommé Sénéchal qui tentèrent de reconstituer la Compagnie.
Jaloux de vivre sous la protection dont vous avez toujours honoré leur Compagnie, écrivaient-ils dans leur requête au bailli, les suppliants ont refusé de suivre leurs confrères dans leur retraite et demandent
(1)
Arch. Nat. Z2 2386.
- 314 -
qu'il vous plaise leur donner permission d'établir dans l'étendue du territoire une nouvelle Compagnie sous la désignation des chevaliers du jeu de l'arc de Montmartre.
La demande
était accueillie le 2 octobre 1776 et le prévôt imposait aux chevaliers
l'obligation de se conformer aux statuts approuvés par le bailliage en 1756 (1). L'union ne régna pas davantage dans cette Compagnie
et une nouvelle affaire qui eut encore son, dénouement en 1781 à l'audience du
bailliage permettra de juger une fois de plus du caractère peu sociable des
chevaliers. Un marchand de vins nommé Guyot, adressait une requête au bailli en
vue « de faire cesser le jeu de l'arc comme nuisible au voisinage, des
personnes pouvant être blessées même tuées par les flèches qui passaient par
dessus les murs ». La vérité est que ce voisin, voulant louer les locaux
et le jardin occupés par la Compagnie pour y établir son cabaret, avait imaginé
cette petite histoire d'accord avec le propriétaire qui espérait ainsi qu'une
sentence du bailliage précipiterait le départ des chevaliers peu pressés de
quitter les lieux malgré le congé qu'ils avaient reçu. Le lieutenant général du
bailliage se rendait le 20 juin au jardin de la Compagnie pour entendre les
parties et informer. Le propriétaire Tilmant, assisté de son procureur Acart,
expose :
Que si la Compagnie était florissante et nombreuse à l'époque où il
passa bail le 31 juillet 1776, elle fut par la suite composée de sujets assez
peu honnêtes pour mériter non seulement des réprimandes du corps mais encore
leur destitution et leur exclusion ; que des dissentiments se sont élevés entre
plusieurs membres et les ont déterminé de se retirer et que lui même très
mécontent du deffaut d'ordre pour ne pas dire plus a jugé à propos de se
retirer… de sorte que la Compagnie n'existe plus ; que si les buttes paraissent
en état de dégradation, il faut l'imputer au deffaut d'entretien de la
Compagnie ; et que ne pouvant obtenir le paiement des loyers, il avait, par
exploit du 17 mars précédent, donné congé judiciaire...
Le procureur
de la Compagnie, Gilles-Michel Lecomte, riposte énergiquement :
(1) Arch. Nat.
Z2 2461-2467.
- 315 -
Que le dire de Tilmant est injurieux et que pour lui répondre il suffit
de lui rappeler que les officiers et chevaliers ont eu pour lui les attentions
et les déférences les plus marquées jusqu'à faire célébrer une messe et chanter
Te Deum lors de sa convalescence où les officiers et chevaliers ont assisté en
corps ; que d'ailleurs il n'est pas vrai que Tilmant se soit retiré puisqu'il
est encore major ; que la Compagnie existe toujours se composant encore de huit
membres et que lui seul en abattant les buttes et gardes du jeu est la cause du
départ de sept autres membres ; que la plainte du voisin Guyot est d'un
ridicule qui révolte puisque depuis un an les comparants n'ont pas tiré une
flèche dans le jardin et n'ont donc pu blesser personne ; que d'ailleurs il est
singulier que depuis 36 ans que ce jeu existe dans la maison, le sieur Guyot
soit le premier qui ait rendu plainte et qu'au surplus, il est impossible
qu'une flèche puisse avoir passé par dessus les murs du jardin de Guyot qui se
trouve protégé par une rangée d'arbres formant une espèce de barricade qu'il
serait impossible de franchir...
Les deux
procureurs, rivalisant d'ardeur, auraient plaidé la cause à fond si le
lieutenant général qui n'avait pas à connaître de ces faits n'eût tempéré leur
zèle en rappelant le but de la visite ; et aussitôt, il constatait que le
jardin n'était composé que :
D'une allée et deux contre-allées d'environ 25
toises de longueur sur 6 toises de largeur ; qu'il y avait des réparations à
faire aux buttes et gardes du jeu à l'extrémité du jardin et que celles de
l'entrée entièrement détruites ne pouvaient être rétablies qu'en faisant élever
un mur d'environ
Puis il se
faisait représenter le registre de la Compagnie et relevait les noms des huit
membres tant officiers que chevaliers les sieurs Desroches, Tilmant, Ranté,
Sénéchal, Hubert, Dewick, Langle et Marchand (1).
Comme conclusion, la Compagnie était obligée de
quitter le jardin de
(1) Arch. Nat. Z2 2461.
- 316 -
la Varenne des Thuilleries en 1778 (1). En réalité, cette Compagnie était formée des éléments
qui composaient celle de l'arc et dirigée par les mêmes chefs ; seule,
l'institution du nouveau jeu de l'arquebuse avait nécessité ces autorisations.
L'histoire des chevaliers de l'arquebuse se confond donc avec celle des
chevaliers de l'arc et, pour suivre l'exemple de leurs aînés, ils ne manqueront
pas de provoquer de nouveaux procès dont l'un, sans intérêt d'ailleurs et qui
dura plus d'un an, eût pour origine le refus opposé par Ranté à l'admission
d'un homme qu'il considérait « de la dernière classe », un sieur ToussaintNoizeux,
brigadier des maréchaussées et l'un des guichetiers de la prison du Grand
Châtelet (2).
C'est dans
ce jardin de la rue des Martyrs qui avait également une issue rue de la
Tour-d'Auvergne que se réunirent les nouveaux membres recrutés par Ranté. Une
sentence du 27 août 1783 autorisait la Compagnie « sous le bon plaisir de
la Cour à continuer l'exercice du jeu d'arc... et M. Henry Ranté et Pierre
Marchand, greffier et dépositaire des lettres et registres pourront admettre et
recevoir ceux qui se présenteront et leur délivrer tous brevets nécessaires... (3) ». Cette nouvelle Compagnie semble avoir joui d'une
prospérité que les précédentes n'ont pas connue. Elle s'organisa en deux
sections, une de grenadiers, l'autre de chasseurs, innovation qui fut apportée
dans la composition du corps de l'arc de Paris par son colonel, le duc de
Montmorency-Luxembourg En 1789, on ne comptait que 13 hommes y compris les
officiers dans chacune des deux sections de grenadiers et de chasseurs de la
Compagnie de l'arc de Paris ; il y a tout lieu de supposer que le nombre
des archers de Montmartre était encore plus restreint et qu'il y avait
certainement plus d'officiers que de chevaliers. C'est à cette époque qu'il
fut remis à chacun des membres un brevet de chevalier du corps de l'ordre de
Saint-Sébastien
(1)
Arch. Nat. Z2 2425.
(2)
Ibid. Z2 2388-2420-2425.
(3)
Ibid. Z2 2388.
- 317 -
dont notre Président, M. Victor
Perrot, possède un exemplaire qu'il veut bien nous communiquer (1).
Au début de
la Révolution, la Compagnie se mit à la disposition des officiers municipaux
et s'affilia à la garde nationale ; un curieux état des cartouches et de la Poudre délivrées depuis le 14 juillet à
l'Hôtel de Ville de Paris par l'abbé Lefèvre atteste son rôle actif dans le
mouvement populaire : « 14 juillet, délivré 5 barils de poudre pour les
Porcherons ; 31 juillet, délivré sur l'ordre de M. d'Estany 75 cartouches au sr
Ranté, commandant la compagnie de l'arc » (2). Un des derniers actes de la municipalité intra muros, elle
était dissoute le 22 juin 1790, fut de reconnaître par ce certificat les
services qu'avait rendus la Compagnie :
Nous
soussignés, maire, officiers municipaux et procureur syndic de la commune
certifions à tous qu'il appartiendra que la Compagnie de l'arc établie depuis l'année
1748 sur ce territoire s'est montrée dès le 13 juillet dernier avec le plus
grand patriotisme et que depuis cette époque elle s'est affiliée à notre garde
nationale où elle a fait le service avec tout le zèle et l'exactitude possibles
de manière à nous être fort utile dans toutes les circonstances ; en
conséquence, nous avons délivré à MM. de l'arc le présent certificat comme un
acte de notre justice et de notre reconnaissance pour leur servir et valoir
comme de raison. Fait à l'hôtel de la mairie, 16 juin 1790, de la Roque, maire,
Peyrou, Richard, L. Compain, Buteux, officiers municipaux, Lecomte, procureur
syndic, Garnotel, secrétaire greffier » (3).
Le décret de l'Assemblée Nationale du 12 juin 1790 aux termes duquel « tous les corps particuliers de milice bourgeoise, d'arquebusiers et autres étaient tenus de s'incorporer dans la garde nationale », mit fin à l'existence de la Compagnie de l'arc de Montmartre. Le 21 juin, elle était admise devant les représentants de la Commune de Paris et le chevalier Durand présentait ainsi ses confrères :
(1) Un autre brevet du 24 avril 1785, au nom de
Ange-Auguste Château, natif de Paris et revêtu des mêmes signatures de Ranté et
Marchand est inséré dans Recherches
historiques sur les corporations des archers... de V. Fouque.
(2) Du 13 juillet au 8 août, l'abbé Lefèvre délivre à
l'Hôtel-de-Ville
(3) Coll. Parent de Rosan, et de Trétaigne : Montmartre et Clignancourt.
- 318 -
... Nous ne regrettons pas l'existence
et les prérogatives d'un corps établi par lettres patentes de Charles VI et
confirmées par tous les rois puisque l'Assemblée Nationale nous a mis à la
portée de partager avec nos frères et nos braves citoyens l'uniforme de
A son tour, l'abbé Barbey,
prêtre, licencié ès lois, chanoine du Saint-Sépulcre de Paris et aumônier des
chevaliers de l'arc établis en la juridiction de Montmartre, prend la parole:
Vous voyez avec quel
empressement nos chevaliers et confrères de Saint-Sébastien vont faire le
sacrifice de leurs anciennes prérogatives de première milice française en se
rangeant sous les étendards de la liberté et de l'union pour la défense
générale de la Nation... en ce moment où tous nos chevaliers participent à la
gloire d'être unis de cœur, d'esprit, d'amitié et d'uniforme à ces héros
immortels par qui nous sommes devenus libres et avec qui nous pourrons à
l'ombre de leurs lauriers goûter la douceur d'une paix inaltérable... (2).
Le Président Thuriot
ne pouvait faire autrement que de féliciter les chevaliers « qui avaient des
droits ineffaçables à la reconnaissance de la Commune » et promettait « qu'il
serait expédié à chacun d'eux un certificat honorable de leurs services depuis
la Révolution » ; quant au port de la médaille de Saint-Sébastien, l'examen de
la question était ajourné. La Compagnie se rendait ensuite à Notre-Dame
accompagnée d'une députation de douze représentants (3). Le cortège est reçu par le doyen du chapitre qui dut subir une nouvelle
allocution de l'abbé Barbey dont il suffira de reproduire le début :
(1) Discours prononcé à MM. les représentants de la Commune par M. Durand, secrétaire des chevaliers de l'arc.
(2) Discours prononcé à la Commune de Paris par M. Barbey, aumônier des chevaliers de l'arc établis en la juridiction de Montmartre en 1748 et faisant le service militaire avec la commune depuis le 13 juillet 1789.
(3) Sig. Lacroix. Actes de la Commune.
- 319 -
C'est aux pieds des autels, c'est dans le temple du Dieu des armées que
nous venons déposer ce drapeau désormais inutile pour un peuple qui ne veut
plus combattre les ennemis que l'olivier à la main…
Le
lendemain, le district de Notre-Dame faisait suspendre le drapeau aux voûtes de
l'église et rédigeait ce procès-verbal :
Nous
soussigné Etienne Guyot de Sainte-Hélène, ancien avocat au Parlement, président
du district de Notre-Dame, certifions que aujourd'hui 9 heures du matin en
exécution du décret du 12 juin dernier et des ordres de la municipalité, nous
nous sommes transporté au Trésor de l'église Notre-Dame où ayant trouvé le
sieur abbé Mortier, trésorier de la dite église et en cette qualité dépositaire
du drapeau et du guidon que MM. de l'arc de Montmartre lui ont présentés et déposés
pour être placés aux voûtes de l'église Notre-Dame et y demeurer consacrés à la
paix, à l'union, à la concorde, l'avons requis de nous représenter les dits
drapeau et guidon auquel il a satisfait. De suite, par un des serviteurs de
l'église nous avons fait monter et placer aux voûtes celui-ci au-dessous du
drapeau de différentes couleurs de la municipalité de Montmartre intra-muros
supprimée du côté de l'Épître et celui-là du côté de l'Évangile au-dessous du
drapeau blanc de la même municipalité. Signé, Guyot de Sainte-Hélène,
président, Mortier, Hauguel, secrétaire-greffier (1).
La carrière
mouvementée de cette Compagnie devait évidemment se terminer devant la
juridiction de Montmartre. Le 16 octobre 1790, à la requête du principal
locataire, un maître maçon nommé Hareux et sur les conclusions de son procureur
Gilles Michel Lecomte, un arrêt d'expulsion était rendu contre ses chefs, les
sieurs Labartique et Carré « associés sous-locataires d'une partie de
maison et jardin, faute par eux d'avoir satisfait à la sommation qui leur a été
faite aujourd'hui à midi de partir et vider les lieux en exécution du congé
qu'ils avaient accepté par la sentence du 4 août dernier » (2). Le jugement le plus exact qu'on ait porté sur cette
Compagnie dont nous connaissons plutôt les mauvais jours, est inscrit sur le
rôle des impositions des ci-devant privilégiés établi pour Montmartre intra en
1790. En marge de l'article 260 où figure pour
(1) Arch. Nat. C. 128 et Bulletin du Vieux Montmartre, fasc. 4
(nouvelle série). Montmartre pendant la
Révolution.
(2) Arch. Nat. Z2 2428.
- 320 -
retour de la rue des Martyrs, se
trouve cette annotation qui devait laisser peu d'espoir au collecteur de recouvrer
la somme : « Cet ordre de chevaliers ne présente qu'une division entr'eux
sitôt la Révolution » (1). On aurait même pu dire depuis sa fondation.
Au
commencement du XIXe siècle, des compagnies d'arc se reconstituèrent
dans le nord de la France, dans les anciennes provinces d'Artois, de Picardie,
de Champagne et de l'Isle de France. A Montmartre, deux compagnies furent
créées, celle de Clignancourt et celle de Montmartre. La première, qui doit
être la plus ancienne et avait son jardin au haut de
(1) Arch. de
(2) Eug. Le Senne. Le
Poirier sans pareil. Bulletin du Vieux
Montmartre, fasc. 35, et P. Jarry. Bulletin de
- 321 -
taine, Picard père, lieutenant,
Gromet ; sous-lieutenant, Gilet ; procureur, Périeux ; trésorier, Thuillier ;
greffier, Lalande ; Brabant, Pringnet, Berteaux, Métayer, Nicolas François,
tous les cinq chevaliers et fondateurs. Ces nouveaux chevaliers ne firent en somme
que reconstituer l'ancienne compagnie qui s'était établie aux Porcherons en
1748 ; elle conserve le même titre, se soumet encore aux statuts et règlements
de 1733, et ce qui donne toute créance à cette opinion, c'est que parmi les
fondateurs on retrouve les Gromet, Picard, Thuillier, Finot, Brabant, Berteaux,
Lalande, ce dernier commandant la garde nationale en 89 et la plupart anciens
notables de la commune qui, s'ils n'ont point fait partie de la compagnie, en
ont certainement connu les membres et suivi leurs jeux et exercices.
Le jardin du
Poirier sans pareil devint donc le
siège de la Compagnie ; chaque année, pour proclamer le roi on tirait l'oiseau
et les chevaliers ainsi que la municipalité organisèrent des concours auxquels
étaient invités les confrères d'autres compagnies. Les prix à cette époque
consistaient en une écuelle à sauce, un couvert, un gobelet, une timbale ou
bien une pipe. Les chevaliers répondaient en grand nombre à l'appel de leurs
confrères ; le 4 octobre 1812, 14 Compagnies devaient tirer le prix de l'arc de
Montmartre, les Compagnies de Château-Landon, du passage du Désir, de
Clignancourt, de Vaugirard, de Belleville, de la Chopinette, de Pantin, de
Saint-Maur, de Vincennes, de Fontenay-sous-Bois, de Montreuil-sous-Bois, de Lagny,
de Nogent, de Thorigny.
Les
confréries de Saint-Sébastien ont disparu, mais, aujourd'hui encore, il est
d'usage dans les Compagnies de fêter le patron des archers et d'offrir, à cette
occasion, un prix qui se tire le dimanche précédant ou suivant le 20 janvier.
Cette institution revêtit longtemps un caractère religieux. Le 27 juillet 1823,
sur l'invitation des marguilliers, la Compagnie se rendait en armes à l'église
paroissiale de Montmartre pour inaugurer l'image de Saint-Sébastien, et à la
date du 25 janvier 1826, on lit sur le registre des procès-verbaux :
- 322 -
La Compagnie du noble jeu de l'arc de la
commune de Montmartre s'est transportée à l'église Saint-Pierre de Montmartre
pour fêter Saint Sébastien, son saint patron et recevoir la bénédiction d'un
drapeau donné à la Compagnie par le capitaine Bidot, en présence de M. le Maire
et d'après sa permission ainsi que de son adjoint, M. le Curé et son clergé,
MM. les marguilliers et les notables de la commune.
A la suite
d'éboulements qui se produisirent à
Partie de mon terrain sis sur le territoire de Montmartre rue Capron, 5, séparé au nord par un treillage, à l'est par le mur d'enceinte du cimetière Montmartre, au sud par une palissade en planches et à l'ouest par une butte adossée au terrain du sieur Hébert ; et dans le dit terrain existe une salle couverte en chaume de toute la largeur du terrain et dans le milieu adossée contre la butte parallèle à celle servant de clôture à la propriété du sieur Hébert ; les contre-allées plantées d'arbres et garnies par parties de ceps de vigne..., et ce moyennant un loyer annuel de 250 francs.
L'annexion
de la commune de Montmartre à Paris fut la cause d'une scission dans
- 323 -
émigrait à Clichy, cité
Jouffroy-Renault,
Félicitons aussi les membres de cette Compagnie et son capitaine d'avoir su conserver les procès-verbaux des réunions tenues depuis 1811 par leurs aînés. C'est chose rare en France de retrouver dans les archives d'une société, et combien peu en possèdent, tous les actes qui ont constitué son existence pendant des siècles ; on en rencontre çà et là, éparpillés, souvent incomplets, et par suite obscurs et leur examen accroît souvent la difficulté de les classer et d'en tirer un renseignement utile. Il semble bien toutefois que la persévérante curiosité des chercheurs, tout
- 324 -
d'abord jugée indiscrète ou gênante,
ait fini par éveiller l'attention de ceux qui ont la garde de ces souvenirs du
passé et par triompher de l'indifférence trop longtemps témoignée à l'égard de
leur conservation.
J. MAUZIN.
- 325 -
et le
Quartier de la Goutte d'Or
C'est
Saint-Louis qui, en 1263, fit construire deux Halles (1) affectées à la vente du poisson de mer, pour faciliter
l'exercice du droit de prise ; l'une était réservée à la vente de la
marée, l'autre, la Harengerie, servait à emmagasiner le poisson de mer sec,
fumé ou salé qui était apporté à Paris par
Il est à
remarquer que seul le poisson de mer avait le droit d'entrée aux Halles comme
marchandise comestible, tous les autres locaux servaient à la vente d'objets de
luxe, de toilette, d'habillement, etc. Les lettres patentes du 13 octobre 1368,
qui désignent les marchandises dont l'apport est obligatoire aux Halles, ne
mentionnent que les produits industriels, à l'exception des grains et du
poisson de mer. (3).
(1) Les Anciennes
Halles de Paris - par Léon Biollay. Mém. Se H de P. T. 3. voir
aussi le Livre des Métiers, Du Camp.
(2) Mém. de
(3) Ordonnances T. V.
p. 197.
- 326 -
En 1410 (1), une partie des Halles au poisson de mer fut agrandie
par la construction d'un vaste grenier, ces bâtiments ne subirent pas de
modifications essentielles jusqu'au 23 février 1786, date à laquelle un arrêt
du Conseil en prescrivit la démolition, qui n'eut pas lieu de suite. La
reconstruction n'en fut faite qu'en 1822, ces nouveaux locaux ne vécurent pas
le temps de leurs prédécesseurs, ils furent démolis pour permettre la
reconstruction générale des Halles sur un plan nouveau. Depuis le 28 décembre
1857 le marché au poisson occupe le pavillon n° 9, c'est, à quelque chose près,
l'emplacement primitif des Halles de Saint-Louis, qui se trouvaient, proche du
Pilori, à gauche de la rue de la Fromagerie en venant de
La rue des Poissonniers et la rue de la Chapelle. - Il est
de toute évidence que les marchands venant de la Manche arrivaient aux Halles
par
Ceci dit,
pour montrer que notre rue des Poissonniers est fort ancienne, beaucoup plus
que la rue de
(1) Le poisson d'eau douce se vendait aux bouticles et pierres à poisson placées
près du Châtelet, pour la rive droite, et près du Petit-Pont pour la rive
gauche.
Les principaux poissons de mer fumés étaient les
harengs, les saumons, les annoncelles ou maquereaux ; en raison des
guerres continuelles il était difficile d'avoir du poisson de mer frais, aussi
le fumait-on.
(2) Cet endroit à Saint-Denis s'appelle de nos jours :
Rue des Poissonniers.
(3) Topographie des Saints. Paris 1703 : Saint-Denys.
- 327 -
Montmartre, à une date que nous
croyons pouvoir placer (1) entre l'an
290 et l'an 300 ; le premier monument élevé sur son tombeau à Saint-Denis le
fut par Sainte-Geneviève à la fin du Ve siècle, ce n'est qu'en 630
que Dagobert (2) restaura et
enrichit (au détriment de Saint-Germain
des Prés) l'abbaye de Saint-Denis qui devint depuis le Monastère Royal par
excellence et le lieu de sépulture des Rois de France. C'est de ce moment que
doit dater le chemin pavé de Monseigneur
Saint-Denys. Cette opinion est généralement admise aujourd'hui par tous les
érudits qui ont étudié la question, de plus on est obligé de reconnaître que
toutes les invasions venues par le cours du fleuve ont eu Montmartre pour
premier objectif, parce que cette colline commandait la capitale.
Il est
certain que la nouvelle route eut plus de renommée, grâce surtout à l'appui
royal et à la célébrité de l'abbaye. En 1400, elle formait une des branches de
la Croisée de la Ville (3). Cette croisée était l'ensemble de quatre routes qui, du
centre de Paris, se dirigeaient vers les quatre points cardinaux. La route du
Nord, celle qui nous intéresse, partait du carrefour des Saints-Innocents,
suivait
(1) En se rapportant
à la Vie de Saint-Saintin, son disciple qui vivait encore en l'an 346.
(2) Dagobert dans un
diplôme de 629 avait concédé à l'abbaye le droit d'établir un marché qui durait
tout le mois d'octobre ; les marchandises arrivaient presque toujours par
la Seine.
(3) Les travaux
publics de Paris au Moyen-âge par Frédéric Lecaron.
- 328-
Mais revenons à notre rue des Poissonniers, moins glorieuse, mais plus laborieuse.
La rue des Poissonniers. - Comme
nous l’avons dit, il est très probable que notre rue faisait partie du chemin
créé par les Gaulois, chemin dont les Romains firent une véritable voie de
pénétration vers le Nord.
En l'an 50 (1) de notre ère, les routes organiques de la Gaule
étaient terminées ; il avait fallu un siècle (2) aux Romains pour mener à bien cet ouvrage dont le véritable
organisateur fut Agrippa (3). L'empereur
Claude fut réellement le grand organisateur des voies qui civilisent. N'est-ce
pas là, la caractéristique de notre route, qui évitant l'ascension de
Montmartre, puis par deux fois le passage du fleuve dont les rives étaient
souvent inondées, impraticables et marécageuses, devenait la voie qui civilise
en enfonçant, après avoir dépassé Saint-Denis, ses tentacules de différents
côtés ? Notre voie mettait Lutèce en communication avec les Provinces
Maritimes et Beauvais, un peu à droite avec Amiens, Senlis et les Provinces
Belges.
Les routes
sont, disait en 1622, le vieil historien des routes romaines, le rémois Nicolas
Bergier, comme les nerfs, veines et
artères de notre pays ; ce sont elles aussi qui servirent utilement
aux premiers évêques chrétiens qui évangélisèrent
En dehors de
la rue de la Chapelle, il est une autre voie concurrente qui intéresse elle
aussi notre secteur archéologique et qui a été signalée pour la première fois
par M. Jollois (4), ingénieur
en chef de la Ville de Paris. D'après ce chercheur qui se basait sur la
découverte faite en 1836 d'un cimetière gallo-romain entre
(1) Routes
romaines et routes de France par Camille Jullian.
(2) Jules César
soumit la Gaule, ans 58-50 avant notre ère.
(3) Général romain,
gendre et ministre d'Auguste (63-12 avant J.-C.).
(4) Mém. sur les Antiquités romaines et gallo-romaines
de Paris (dans les Mém. de l'Acad. des Inscrip. 2e série T. I 1843).
Cette voie pourrait être une variante de la route de Paris à Rouen et à
Beauvais par Pontoise et Petromantalum. Cette dernière localité est encore à
identifier.
- 329 -
romaine vers Rouen et Beauvais
quittait Paris, immédiatement vers l'ouest ; elle devait, partie du Grand-Pont, aujourd'hui le Pont au Change,
passer sur l'emplacement de l'église Saint-Eustache et à peu de distance de
On s'est
longtemps demandé quel était, au XIVe siècle, l'itinéraire de la procession
de Notre-Dame et si la rue des Poissonniers fut témoin de ces grandes
manifestations religieuses. M. Ernest Roussel a savamment répondu à cette
question (1) et nous ne saurions faire
mieux que de reproduire les lignes qu'il a consacrées à ce sujet : Quel était, au XIVe siècle,
l'itinéraire de la procession de Notre-Dame ? Les Pontificaux nous ont appris
qu'elle se rendait d'abord au cimetière des Champeaux, qui était alors hors de
la ville (près des Halles). Prenait-elle
ensuite le chemin pavé de Paris à Saint-Denis ou le chemin des Poissonniers ?
Un procès en 1334, devant le Parlement, nous apprend que la procession
s'arrêtait à
(1) Ernest Roussel. Le
bénédiction du Lendit au XIVe siècle. B. S. H. de P., T. 24.
1897, p. 70.
- 330 -
Deux chemins conduisaient de Paris et de la Chapelle
vers le Lendit et Saint-Denis ; l'un, le plus ancien, était le chemin des
Poissonniers ou de la marée, l'autre, le chemin pavé ou la chaussée de Paris à
Saint-Denis, dont la route nationale de Paris à Calais a suivi le parcours. Le
chemin des Poissonniers est plus voisin de Montmartre que le chemin pavé, et la
désignation de chemin de Paris à Saint-Denis, qui passe sous Montmartre, nous
semble mieux lui convenir (1). Du reste, dans les documents du XIVe siècle,
le chemin pavé de Paris à Saint-Denis est généralement appelé la chaussée ou le
chemin pavé.
En nous reportant à la carte de
Nous ne saurions trop recommander au lecteur de suivre la topographie de ce lieu sur l'admirable gravure reproduite ici-même et communiquée par notre dévoué président.
Il en résulte, continue M. Roussel, que la procession
suivait (en 1334) le chemin de la Chapelle au Lendit sous Montmartre,
c'est-à-dire, selon toute vraisemblance, le chemin des Poissonniers…
Le carrefour du chemin des Poissonniers et du chemin de
Clignancourt se trouve bien à la limite méridionale dû territoire abbatial...
Toutefois, on peut invoquer à l'appui du passage de
(1) Par les notes extraites du Censier de S. Merri, que
nous donnons plus loin, nous voyons que le chemin sous Montmartre était déjà
signalé en 1307 comme étant celui passant au Val Larroneux.
(2) Bull. Société H. de P., T. 23. 1896. Séance du 12
mai.
- 331 -
Croix Panchée. Or,
La Foire du Lendit, supprimée en 1429, fut rétablie
en 1444, mais non plus dans
Ces
poissonniers, qui donnèrent le nom à la rue, venaient de la Manche, ils
arrivaient, nous dit un auteur (2) du XVIe
siècle, de la mer de Normandie, de Dieppe
et des côtes voisines… Les pêcheurs de la mer apportent (le poisson) à Paris
sur de certains petits chevaux qui, habitués à ce voyage, trottent toujours
sans jamais se reposer et dont le trot continu égale le galop de la Poste.
Plus tard, ce moyen assez rapide qui mettait Paris à moins de quatorze heures de Dieppe fut remplacé par des carrioles à deux roues, qui, dans un délai de temps relativement égal apportaient beaucoup plus de marchandises. Les poissonniers allaient en groupe, ayant à se défendre des voleurs, des pillards et des soldats ennemis. Rappelons qu'aux abords de Paris, sous Montmartre, une partie du trajet qu'ils avaient à effectuer s'appelait le Val Larroneux.
La rue des
Poissonniers conduisait aux cinq moulins de la Goutte-d'Or situés à
l'emplacement du passage Léon (3) ;
(1) M. Roussel ajoute (note 4, p. 74) un renseignement
précieux pour l'histoire religieuse de Montmartre : « au lendit l'évêque
fait le sermon » (manus. latin B. N. 962). La description renferme un
passage assez embarrassant : il y est dit que la bénédiction est faite au
peuple le second mercredi de juin, maintenant à Montmartre (nunc vero in monte martyrum).
(2) Relation du
siège de Paris en 1590 par Fillippo Pigafetta.
(3) Ce passage, voie privée, est encore curieusement
éclairé le soir par des lampes à pétrole et il n'y a rien de plus pittoresque,
au matin, que de voir une bonne vieille juchée sur une échelle, en train de «
faire » ses quinquets.
- 332 -
notre rue est intimement liée à
l’histoire de ces moulins qui virent tant de combats héroïques, entre autres :
celui du 3 septembre 1429 avec Jeanne-d'Arc (1), celui du 11 novembre 1567 avec le capitaine Guerry (2).
C'est ce dernier combat qui est représenté sur la gravure ci-contre. Notre président, M. Victor Perrot, a trouvé ce document remarquable et l'a déjà commenté dans une notice curieuse devenue fort rare et intitulée « Le premier Canard parisien » ; nous devons sa reproduction à son extrême obligeance.
Voici,
comment un auteur du temps signale cette bataille : Le mercredi premier jour d'octobre 1567 ensuivant, iceulx (les
perturbateurs du repoz public, aultrement nommez Huguenoz) plains de rage et
furie, estantz dolantz d'avoir failly à leur entreprise, qui estoit de prendre
le roy et le tuer, et puis s'emparer du royaume, comme depuis l'on a bien
aperçeu, vindrant près de Paris, du costé de
Le jeudy 2e jour d'octobre ensuivant, iceulx
(les rebelles et conjurateurs et ennemys de Dieu, du roy et du repos public,
iceulx forcenez et enragez et insatiables du sang royal et humain) surprirent
la ville de Sainct-Denis où Condé
établit son poste de commandement et d'où il prépara la bataille, qui est
décrite ainsi dans le manuscrit : Le
lundy loi jour du dict mois de novembre 1567 fut la bataille donnée, tant du
costé du roy, que du costé du prince de Condé, ennemy de Dieu et dit roy entre
Paris et Sainct-Denis : Le récit est beaucoup plus long, mais n'intéresse
pas cette notice ; il y a de fort beaux détails sur la mort et les obsèques du
Connétable Anne de Montmorency, qui fut mortellement blessé au cours de
l'action (3).
(1) Marche de
Jeanne-d'Arc sur Paris, par M. l'abbé Couget. Sem. Rel. de Paris. 1923.
(2) Curiosités de
Montmartre : Les Moulins à Vent par Ch. Sellier.
(3) Journal de François Grin, relig. de Saint-Victor de
Paris. 1554-1570. B. N. f. fr. 24993.
Voir aussi H. Univ. de de Thou. T. II, p. 254. Liv.
XLII.
Voir aussi Agrippa
d'Aubigné, signalé par M. V. Perrot dans sa notice.
- 333 -
Portrait véritable de la bataille
donnée entre Paris et Saint-Denis, le 10 novembre 1567,
d’après une gravure sur bois publiée chez
Lemaistre à Lyon (1570).
Coll. Perrot
- 334 -
Le 30 mars 1814, à la bataille de Paris, alors que
le combat venait de cesser, les troupes silésiennes de
Le 23 mai
1871, les Versaillais cernèrent Montmartre a une heure de l'après-midi, ils en
étaient maîtres et le drapeau tricolore flottait sur
La rue des Poissonniers menait au cimetière Marcadet, aujourd'hui disparu et qui se trouvait à l'emplacement de l'ancienne impasse d'Oran, où sont les écoles de la Ville de Paris, 43, rue des Poissonniers.
Il y avait,
à la fin du XVIIIe siècle, début du XIXe, entre la rue de
la Goutte-d'Or, le boulevard Barbès et le 2 de la rue des Poissonniers une
Nitrière artificielle qui fournit beaucoup de salpêtre à la Régie des Poudres (2).
A cette époque, la rue des Poissonniers servait de limite à l'Est, entre les rues actuelles de Doudeauville et de Christian,
(1) Archives
familiales : des loustics montmartrois attablés devant le comptoir du débit ne
pouvaient s'empêcher de critiquer les trous faits par les balles, appellation
qui dite ironiquement pouvait se comprendre de différentes façons ; c'est
pourquoi le propriétaire fit enlever et remplacer le témoin glorieux qui
donnait sujet à des plaisanteries d'un goût douteux.
(2) Guide des
Amateurs, de Thiéry. T. I cf. plan de Verniquet.
- 335 -
au parc du Château-Rouge. Les
bâtiments de cette grosse villa se trouvaient à l'emplacement actuel des nos
48, 50 de
Actuellement, les ateliers et la gare des
marchandises des chemins de fer du Nord, occupent une grande partie, côté pair,
de la rue des Poissonniers, depuis
Différentes appellations de la route de Paris à
Saint-Denis. - La première appellation connue est celle de chemin des Parisii, si nous
reconnaissons que notre route fut l'ancienne voie romaine.
Au moyen
âge, c'est le cheminet de l'Ile
(Saint-Denis) à Paris ou de Seine à Paris. Dans Paris, proche des Halles,
ce sont : la rue et
(1) Plan de 1512-1547, dit plan de la Tapisserie.
- 336 -
ville et de retrouver notre route des Poissonniers ou de la Marée (1).
Depuis 1552
(plan de Truschet)
Sur le plan
de Jouvin (1672), la rue des Poissonneurs devient la rue des Poissonniers
suivie de
Le plan de
Roussel (1731) indique
Le plan de
Verniquet (1791) indique le mur d'enceinte des fermiers généraux ; on voit à
l'emplacement du Métropolitain, boulevard Barbés,
(1) Plan de 1649-1652 de Jean Boisseau.
(2) Avant l'appellation de Nouvelle France, le Val Larroneux s'étendait jusque sous
Montmartre, c'est-à-dire jusqu'à la rue des Poissonniers ; comme son nom l'indique
il était fréquenté par les détrousseurs ou larrons. Si, sur le plan, il sert de
dénomination à une rue, il n'en est pas moins vrai, qu'il servait aussi à
désigner toute une portion de territoire qui s'étendait entre les chemins de
Clignancourt et les Poissonniers ; l'abbé de Saint-Denis y percevait des
cens, ainsi du reste que le Chapitre de Saint-Merry de Paris. Sur le Cartulaire
et Censier de Saint-Merry publié par L. Cadier sur une copie faite par C.
Couderc d'après le ms. 907. fonds Reine Christine. B. du Vatican, nous en
trouvons mention : « An de grâce M° CCC° et VII au moys de Marz ».
« F. (fol. 24). Deszouz Montmartre : Ce est le fons
d'un arpent de terre que Richart des Polies tient des Chanoines de S. Merri.
ajognant du chemi que vient de Paris et c'en va à Seint-Denis par le voie du
Vau Larronos, et de quatre arpens et demi de terre, seans au desus du dit
arpent un poeu, les quiex mestre Galerent le Breton achète de Odinet Arrode,
aveques autres sis arpens et demi que sont, en une pièce, que terre que
plastrière ; des quiexz XI arpens sont les cinc en le censive Mesire Adam
Arenc et le autre arpent et demi en le censive Nostre-Dame de Paris, et les
autres quatre arpens et demi sont en le censive des ditz chanoines de
Seint-Merri.
Richard des Polies,
le mercier, pour un arpent de terre, seant ou Vau Larronous, desouz Montmartre,
tenant du bout au dit chemin que va de Paris à Seint-Denis du Vau Larronois et
par desus, d'un cousté à le terre que feut sire Guillaume Bordo et par desoutz,
devers les marays à le terre Jehan Poislaysne.
Mestre Gualaarent le Breto (modo Estienne de Monteigne
et Juliane sa feme, nièce du dit feu Galeran) pour quatre arpens et demi de
terre et de plastrière seans, en une pièce, desouz Montmartre aveques autres VI
arpens et demi (suit le détail déjà porté
plus haut, regardant les censiers, mais il est donné en plus, les détails qui
suivent) tenans les X arpens en une pièce, à le voie que c'en va de Paris à
Seint-Denis, desouz le vicgne Sainte-Katherine, d'un cousté, tout au lonc, et
du bot, devers la chapelle, ou chemin que c'en descent de la plastrière vers
les marays, de cousté le mur Saint-Ladre, et par dessa, devers les marais
tenans à le quarrière et à le terre, que feut Agnès, le fame feu Raoul de
Mafliers dont Mesire Adam Aranc prent de fons de terre III s. IIII d. et
Nostre-Dame XII d. et Seint-Merri, chascun an, pour sa partie III s. p. et
inscit doit chascun arpent VIII. d. p. »
- 337 -
Révolution, chemin conduisant à la Franciade, nom nouveau donné à Saint-Denis.
Les fortifications actuelles, qui datent de 1840, marquent l'extrémité de la rue actuelle des Poissonniers (porte des Poissonniers) qui, à cet endroit, franchit sur un pont la ligne du chemin de fer de ceinture et le boulevard Ney. Le 14 janvier de cette année 1924, nous avons vu des ouvriers Kabyles donner les premiers coups de pioche pour démolir les fortifications entre la porte des Poissonniers et le chemin de fer du Nord.
En 1845,
Le nivellement ancien de la rue des Poissonniers fut
fait par ordonnance royale du 9 août 1826, entre le boulevard Barbès et
(1) Document : Me Douce.
- 338 -
L'alignement ancien date de l'ordonnance royale du 9
août 1826, entre le boulevard Barbès et
Sa largeur est de onze mètres soixante-quinze et sa longueur totale d'un kilomètre quatre cent vingt mètres.
Ajoutons,
pour terminer, que la rue des Poissonniers sert de limite entre la paroisse de
Notre-Dame de Clignancourt (quartier
Clignancourt), et la paroisse de Saint-Bernard (quartier de la Goutte-d'Or), dont les églises furent respectivement
inaugurées en 1863 et 1861.
Robert MATHIEU.
- 339 -
La
Fin de la Tour-des-Dames
Les aspects du Paris d'autrefois sont soumis à de si
rapides changements par l'effet des nécessités modernes, qu'il faut profiter
de toutes les occasions pour en fixer l'histoire sommaire. On est à peu près
sûr, dans les moindres coins, d'évoquer des souvenirs intéressants. C'est une
bonne fortune de ce genre qui nous permet d'écrire le présent article. Une
grande Société métallurgique s'est rendue acquéreur, dans ces dernières
années, des immeubles portant les numéros 2 et 4 de la rue de la
Tour-des-Dames, 15, 17 et 19 de la rue de La Rochefoucauld, c'est-à-dire des
Si l'on en
juge d'après le plan de Roussel (1730), le terrain bordant tout le côté nord de
l'actuelle rue de la Tour-des-Dames et s'étendant, en profondeur, jusqu'au N° 8
de
La rue des Portes-Blanches, puis de la Croix-Blanche (rue Blanche) commençait à se border de « petites maisons », entourées de jardins. Mais le chemin du Désert, des Dames, ou de la Cochonnerie, future rue Royale (vers 1770) et future rue Pigalle (en 1803), n'était pas encore bâti, pas plus que la rue dite alors ruelle du Moulin de la Tour (aujourd'hui rue de Ia Rochefoucauld), dont la partie méridionale ne devait être alignée qu'en 1745.
(1) Nous prions la
Compagnie des Forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, et en
particulier M. Aguillon, de trouver ici l'expression de notre vive gratitude.
- 340 -
Quant à notre rue de la Tour-des-Dames, elle n'avait
pas encore de dénomination ; le plan montre qu'elle se prolongeait à l'est de
la ruelle du Moulin de la Tour, pour aboutir, par un retour d'équerre, dans
Notre rue de
la Tour-des-Dames s'appela encore ruelle Baudin (1733, jusqu'en 1772, plan de
Jaillot), ruelle Saint-Georges (1768 jusqu'en 1787) , rue Bougainville (1789),
rue du Désert (1791, plan de Verniquet). Le nom de Baudin lui venait d'une
famille, propriétaire d'un grand clos qui la bordait au nord (emplacement des
14 à 18 de la rue de La Rochefoucauld), à laquelle appartint Nicolas Baudin,
navigateur et botaniste, mort en 1803, et l'amiral Baudin (1784-1854). Celui de
Saint-Georges lui venait de la rue de même nom, avec laquelle elle
communiquait. Celui de Bougainville, de l'hôtel du grand marin, N° 1, rue de la
Tour-des-Dames et 56, rue Saint-Lazare, hôtel qui devint celui de Mlle Mars.
Enfin, les actes consultés par nous montrent que, vers 1750, on l'appelait communément
ruelle Saint-Germain, à cause de Douet de Saint-Germain, qui, le 15 novembre
1743, devant le notaire Prévost, avait pris à bail des Dames de Montmartre leur
enclos du Moulin de la Tour.
Il est probable que, dès 1745, en même temps que Pierre de Ressye réalisait ses projets de voirie, l'abbesse de Montmartre lotit l'enclos, réduisant le bail de Saint-Germain à un petit ter-
(1) Coyecque, Bulletin
de la Soc. de l'Hist. de Paris, 1914, p. 41, 44,
- 341 -
rain qu'elle conservait autour de
son moulin. Douet de Saint-Germain semble avoir acheté toute la partie
occidentale sur laquelle il se fit bâtir une « petite maison », à
l'emplacement des
La rue portée sur ce plan comme rue de la
Tour-des-Dames devint la rue de la Rochefoucauld ; la première partie de
L'emplacement du Moulin de la Tour est
indiqué.
Nos 2 à 8 de
- 342 -
N° 19, rue de La Rochefoucauld. - L'hôtel encore existant fut bâti, vers
1753-1754, par un sieur Claude Philibert, banquier, originaire de Lyon, sur un
terrain provenant de trois acquisitions, faites devant Me. Hazon,
l'une du 4 août 1752 à Marie Venant, veuve de Gilbert Contard, l'autre du 4
septembre 1752 à Louise Langlois, veuve de Jean Rousselet, la troisième du 11
septembre 1752 à M. de Valleville. Le terrain ainsi constitué formait hache,
donnant à la fois sur la rue de La Rochefoucauld et la rue de
Au moment de ses achats de
terrain, Philibert était déjà propriétaire d'une maison rue Royale (Pigalle),
tenant à celle de Douet de Saint-Germain (à moins que ce ne soit celle-là même
dont Saint-Germain n'était peut-être que locataire). Le 9 avril 1766, il signa
son contrat de mariage, devant Hazon, avec Marie-Madeleine-Geneviève Delaviers,
fille majeure, qui déclara avoir l'autorisation de son père, bourgeois
d'Abbeville (1).
Comme le domicile du futur est indiqué rue Royale et celui de la future rue de
La Rochefoucauld, on est tenté de croire que Philibert ne faisait qu'épouser sa
maîtresse, pour laquelle il avait fait construire l'hôtel qui nous occupe. Par
le contrat, établi sous le régime de la communauté, les futurs époux se
faisaient don mutuel de tous leurs biens, en faveur du dernier survivant.
Devenue veuve, Mme
Philibert se remaria avec le marquis Armand de Matharel et, le 27 novembre
1790, devant Duclos du Fresnoy, revendit la propriété au baron Alexandre-Louis
Hersant-Destouches et à Claudine-Maximilienne Louchier, sa femme.
Dès le 5 août 1782,
devant Duclos du Fresnoy, ce baron Destouches avait acheté à Claude Turlin et à
Élisabeth Courier, sa femme, moyennant
(1)
Etude de Me Charpentier.
- 343 -
l'ancienne « petite maison » de
Douet de Saint-Germain, portant alors le N° 2 de
Destouches
perdit sa femme en floréal an III, (l'inventaire est du 1er
prairial, 20 mai 1795), et mourut lui-même en frimaire an IV (inventaire du 11,
2 octobre 1795), laissant pour unique héritier son fils,
Alexandre-Étienne-Guillaume Hersant-Destouches, gentilhomme honoraire de la
Chambre du Roi, préfet de Seine-et-Oise sous
Le même
jour, devant Fourchy et Riant, il cédait à M. Constantin, fils de Guillaume
Constantin et d'Émilie Didot,
Mme
Constantin se reconstitua une sortie sur la rue de la Tour-des-Dames en
rachetant à Jean Lapeyrière, le 15 novembre 1822, devant Le Roy et Fourchy,
moyennant 4.080 francs,
- 344 -
de terrain représentés par l'allée
actuelle portant le N° 6. Le 26 juin 1829, devant Clausse, elle céda à son fils
et sa bru,
Les 18 et 20
mai 1830, devant Clausse, Mme Constantin revendait pour 200.000
francs en principal la propriété qui lui en avait coûté 37.000 huit ans plus
tôt, à Mme veuve Roch, qui en resta détentrice jusqu'à sa mort le 19
octobre
A la mort de
Mme Roch, en 1848, sa fille, Nina Roch, vicomtesse de Forestier,
recueillit l'immeuble, qui lui fut adjugé, après licitation, pour la somme de
110.200 francs. Moins de six ans après, elle le mettait en vente et, le 15 mars
1854, Joséphine de Lavalette, veuve du baron François de Forget, qui habitait
avec sa mère, était déclarée adjudicataire, moyennant 205.000 francs en
principal. C'est donc chez sa fille, c'est-à-dire chez elle, que l'héroïne du
drame de 1815, qui y avait laissé sa raison, s'éteignit doucement le 18 juin
1855. Elle logeait au rez-de-chaussée, dans l'ancienne salle à manger de
l'hôtel, encore existante (1). En 1848,
le prince Louis-Napoléon, cousin des Lavalette, avait logé plusieurs fois dans
l'hôtel de
La baronne
de Forget, après avoir perdu ses deux fils, mourut le 23 octobre 1886. Par testament
du 1er juillet de la même année, elle instituait sa légataire
universelle Marie de Crésolles, épouse de Charles Le Normand de Lourmel,
vicomte de Hourmelin, qui, le 14 juin 1887, devant Segond, vendait l'hôtel pour
400.100 francs
(1) Dans sa notice sur Mme de Lavalette. (Champion, 1886), le comte d'Ideville s'est
trompé en croyant que l'hôtel avait été acquis dès 1847. Il a donné la
description de l'ameublement à cette époque.
- 345 -
Etat actuel des maisons appartenant à la société de
Châtillon-Commentry.
- 346
-
eu principal au comte Ambroise-Théodore d'Étampes, déjà propriétaire du N° 12 rue Pigalle. Celui-ci mourut dans ce dernier domicile le 23 mai 1889 et l'hôtel de la rue de La Rochefoucauld resta indivis entre ses héritiers, qui étaient ses cousins. Mis en vente sur licitation, en 1902, à cause de mineurs, il fut adjugé le 29 novembre, pour 370.100 francs, au comte Jean-Marie d'Etampes, qui l'a revendu le 18 décembre 1923, devant Me Champetier de Ribes, aux possesseurs actuels.
Nos 15, 17, rue de La Rochefoucauld. -
L'immeuble portant ces deux numéros fut bâti vers 1821 par M. Constantin fils
sur le terrain de
N° 2, rue de la Tour-des-Dames. - On a
déjà vu l'historique du terrain jusqu'à sa revente par le baron Destouches, le
18 décembre 1820, au sieur Jean Lapeyrière (cf. p. 343). Le 21 août 1822,
devant Le Roy, Lapeyrière revendit la fraction qui nous occupe, moyennant
25.000 francs, aux frères Henri et Théodore Vandevelde, qui rasèrent la vieille
tour du moulin encore existante et commencèrent la construction d'un hôtel,
destiné, prétend Lefeuve, au prince Paul de Wurtemberg (1). Le bâtiment n'était pas achevé, qu'ils le
revendirent, le 27 novembre 1823, devant Breton et
(1)
Lefeuve, Ed. 1875, t. II, p. 502.
- 347 -
Le Roy, moyennant 87.468 francs, à
Claude Bailliot, pair de France, et à Anne Foncier, sa femme, qui terminèrent l'hôtel.
Bailliot y mourut le 15 décembre 1836, laissant pour seule héritière, sa fille,
Mme de Béhague, qui, suivant acte de partage du 28 janvier 1837,
reçu par Poignant, abandonna la maison à sa mère. Celle-ci la revendit, le 17
mars 1838 devant Chatelain ; moyennant 200.000 francs, à M. Pierre de
Lestapis, qui y mourut le 27
N° 4, rue de la Tour-des-Dames. - Les 20
et 22 juin 1822, Jean-Joseph-Pierre-Augustin Lapeyrière revendit cette parcelle
de terrain, devant Trubert et Fourchez, moyennant 16.100 francs,
Henri-Marie-Antoine-François-de-Paule Clouet, receveur particulier des finances
du IIe arrondissement. Au total, en moins de deux ans, Lapeyrière
avait tiré 45.180 francs du terrain qu'il avait payé 16.000 francs, le 18
décembre 1820, au baron Destouches. C'était une belle opération et l'on doit
souhaiter que ce receveur général des finances de la Seine ait aussi bien géré
celles du département que les siennes. Henri Clouet fit construire l'hôtel,
encore existant, qu'il revendit, le 10 mars 1826, devant Riant et Trubert,
moyennant 147.500 francs, à Étienne-Armand-Napoléon de Cambacérès, fils de
l'ancien Consul et Archichancelier, et à Napoléonie-Adèle Davout-d'Eckmühl, son
épouse, domiciliés rue Saint-Dominique-Saint-Germain, N° 119, c'est-à-dire dans
l'hôtel (emplacement du N° 39) où le maréchal Davout était mort en 1823.
Le ménage Cambacérès devait être gêné dans ses affaires, car, le 10 juillet 1838, devant Cahouet, il revendait l'hôtel à perte, moyennant 130.000 francs, à François-Julien, dit Jules Talabot,
- 348 -
colonel de la 2e Légion
de
M. Errequeta
mourut en 1878, laissant à sa veuve quatre enfants, dont trois mineurs, et
l'hôtel, mis en vente sur licitation, fut adjugé le 5 juin 1878, moyennant
400.050 francs, à M. et Mme Lambert. Cette dernière, née Hortense
David, devint veuve et ne mourut que le 22 mars 1916. Son fils et sa bru
revendirent la maison, le 9 octobre suivant, à la Compagnie de
Châtillon-Commentry.
M. DUMOLIN.
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Iconographe Parisien
1855-1924
Le samedi soir 22 février 1924, un coup de téléphone de mon collègue Heintz m'apprenait que notre ami Paul Blondel était mort la veille, des suites d'une opération pratiquée dans une maison de santé de la rive gauche, et qu'on l'enterrait le lendemain à la première heure, au cimetière de Bagneux.
Personne de son entourage n'ayant été prévenu, et trop tard pour le faire, nous étions trois : H. Heintz, Ch. Trouillard et moi, à suivre son pauvre corbillard. Il neigeait, et dans le silence de cette vaste et triste nécropole blanche, il nous semblait que Blondel était à nos côtés, et nous disait : « Il faut vraiment avoir du temps à perdre pour venir par une matinée pareille m'accompagner dans cette banlieue éloignée ; est-ce que ça valait la peine d'un tel dérangement ? »
Certes oui,
il en valait la peine ; car l'émotion fut grande dans les milieux
parisiens à la nouvelle de sa mort, et surtout lorsqu'on connut les pénibles
circonstances de ses derniers moments et son enterrement dans une terre
étrangère.
Une souscription
faite par le « Vieux Montmartre », pour le retirer de la fosse commune et
lui donner une sépulture durable dans le cimetière Saint-Vincent, fut
rapidement couverte, et le 26 avril 1924, par une belle matinée de printemps,
nombreux furent, cette fois, les Parisiens, amis et admirateurs, qui
accompagnèrent Blondel dans le coin pittoresque du « Vieux Montmartre », où il
repose maintenant. Au pied d'un grand tilleul, une dalle de pierre porte cette
inscription :
A PAUL
BLONDEL
Iconographe Parisien
1855-1924
" LE VIEUX MONTMARTRE "
- 350 -
« Si je
prends la parole, ai-je dit devant cette tombe, ce n'est pas pour faire un
discours. Blondel n'aimait pas les bavards, et je tiens à conserver son estime.
Acta sed non verba, telle a été la
règle de toute sa vie qui fut non seulement un acte mais une belle action
accomplie simplement, sans bruit.
C'est aussi
simplement et sans bruit que, dans un geste touchant et spontané, vous, ses
amis du Vieux Paris et «Vieux-Montmartre », avez tenu à apporter à cet honnête
homme, à ce grand Parisien, l'hommage de votre reconnaissance et de votre
admiration.
Ce n'est donc pas un dernier adieu que je veux lui adresser, puisque, grâce à vous, il est revenu bien définitivement parmi nous dans ce Montmartre qu'il affectionnait particulièrement, à côté duquel il est né, près duquel il a vécu.
C'est une
mission très douce qu'il me reste à remplir : Arrivé au terme de sa dernière
promenade à travers ce Paris auquel il a consacré sa vie et ses modestes
ressources, Blondel, impatient de prendre un repos bien gagné après une absence
de deux mois - la plus longue qu'il ait jamais faite en dehors des
fortifications - Blondel m'a prié d'être son interprète auprès de vous en vous
adressant ce simple mot qui ira droit à votre cœur de Parisiens : Merci ! ! ! »
Paul Blondel
(1) naquit aux Batignolles, 105, rue de
la Condamine, le 4 octobre 1855. Sa vie fut très simple : « pas d'histoires
» sauf celle de Paris, pourrait-on dire ! Il fut donc un homme heureux.
Son existence,
il la partagea entre ses occupations d'employé de banque qu'il remplit avec
conscience pendant cinquante ans, et sa passion d'iconographe parisien.
C'est avec
ses seuls appointements qu'il parvint à assurer et son pain quotidien et la
réunion de son importante collection, dans son appartement du 30 de
(1) On ne possède aucune photographie de Blondel sauf
celle prise dans un groupe au pied du Moulin de la Galette, le 29 mars 1914, et
qui figure dans le Bulletin du Vieux
Montmartre ; fascicule 79, page 208.
- 351 -
Rien de plus curieux que le logis de ce vieux garçon dans un ancien hôtel, construit à l'époque romantique : Le rez-de-chaussée qu'il occupait, donnait autrefois sur un jardin s'étendant jusqu'à la rue, remplacé aujourd'hui par un immeuble de rapport. Ce rez-de-chaussée comprenait trois pièces qui n'en faisaient qu'une par suite de la suppression des portes.
La première pièce d'entrée était
La deuxième, l'ancien salon de l'hôtel, était le Cabinet des Estampes où, jusqu'au plafond, s'étageaient des cartons contenant sa collection parisienne rangée par quartiers. Une haute échelle roulante permettait de les atteindre.
La troisième
était son atelier : une grande table en occupait le centre. C'était là qu'il
fabriquait ses cartons ; coupait ses feuilles collait ses estampes. Au
fond, un divan, qui lui servait de lit.
Sur les murs, des tableaux et des estampes sur Paris.
Le tout respirait l'ordre et la propreté.
Blondel
vivait là très retiré, absorbé dans son travail.
Ayant réussi
à lui faire accepter le 27 avril
« Mon
ami Paul Blondel est un phénomène unique en son genre.
Voyez plutôt
:
Depuis plus
de trente ans, seul, désintéressé, sans bruit, comme Bonnardot dont il s'honore
d'être le fidèle disciple, avec un but déterminé et des ressources aussi
modestes que sa personne, il a réuni plus de 80.000 images sur Paris, toutes
rangées et cataloguées ! ! !
N'est-ce pas
admirable et quelle somme de travail représente cette magnifique collection ?
Car Blondel
qui, en dehors de ses occupations journalières, tient de sa faveur le titre de
conservateur de son musée, à pris, chose curieuse, son rôle au sérieux. Et
encore il cumule ! Il est en même temps son concierge, son garçon de bureau,
son secrétaire, son archiviste-bibliothécaire ! Et ce n'est pas tout : il est
- 352 -
son fournisseur, son relieur, son
entoileur, son restaurateur, son colleur, son fabricant de cartons ! ! !
Joignez à cela qu'il possède toutes les qualités d'un érudit et d'un artiste,
qu'il sait apprécier à sa juste valeur le côté documentaire et artistique d'une
pièce, et vous comprendrez alors pourquoi il n'a pas encore trouvé le temps
d'aller se faire couronner par l'Académie Française !
S'il traverse le Pont des Arts, c'est pour faire des promenades iconographiques dans les cartons des bouquinistes des quais ou pour identifier sur place un document quelconque.
Un jour
qu'il revenait d'une chasse fructueuse, le carnet rempli de belles pièces, je
le rencontrai et l'aidai à remonter son butin chez lui.
De ce qu'il
était enchanté de ses trouvailles, j'en profitai pour lui arracher quelques
confidences et lui demander comment cet amour funeste s'était emparé de lui. Il
m'avoua que dès son plus jeune âge une vocation irrésistible l'entraînait vers
le Vieux-Papier. Avait-il la joie de posséder un sou, vite il courait acheter
un sucre d'orge, mais c'était pour avoir le morceau de papier ou d'image qui
l'entourait !
Aussi
suis-je heureux de l'occasion présente pour lui dire publiquement quelle
admiration jalouse j'ai pour son œuvre, et en quelle affectueuse estime je
tiens son caractère ».
D'autre
part, au lendemain de cette mort qui nous affectait, M. Henri Malo, l'érudit
conservateur de
M. Blondel
est mort. Qui ça, M. Blondel ? La Renommée n'a pas embouché sa glorieuse
trompette pour annoncer cet événement au monde, sans doute parce que le monde a
d'autres soucis. Et pourtant.
M. Blondel se présentait sous l'aspect d'un petit vieux, plutôt maigre, le cheveu rare, le teint légèrement jaune, le dos légèrement voûté, le vêtement incolore, la parole effacée, mais le sourire doux et bon, le front pur et, dans l'œil délicieusement bleu, ce regard rayonnant de jeunesse et de clartés intérieures qui illumine la physionomie des êtres brûlant d'un idéal, lorsque cet idéal ne consiste ni à gagner de l'argent, ni à faire de la politique.
M. Blondel,
Parisien de Paris, avait la passion de sa ville natale. Il consacra sa vie à
l'iconographie parisienne ; il réunit une extraordinaire collection de
documents, méthodiquement classés par arrondissements ;
- 353 -
il constitua ainsi une mine d'une
richesse inouïe à laquelle de nombreux chercheurs sont allés demander le
renseignement dont ils avaient besoin.
Cette collection rare, M. Blondel ne l'avait pas formée à coups de
banknotes : il ne disposait guère de ces papiers prestigieux. Il passa
trente-cinq ans comme employé dans une maison de coulisse. Mais tout l'argent
dont il disposait s'en allait en achats d'estampes parisiennes. Il disait à un
ami :
- Je viens encore de faire une folie... mais je n'ai pas pu résister... C'était un lot qui manquait à ma collection. J'en serai quitte pour me mettre au pain et au lait pendant huit jours.
On comprend
que M. Blondel ne montrât pas un physique épanoui de graisse et enluminé de
vives couleurs.
Il vient de
mourir à soixante-dix ans, des suites d'une opération qui absorba, et au delà,
ses disponibilités. Ce n'était pas un débrouillard dans la vie, et il se montrait
fort discret auprès de son entourage. Ses restes ont été portés à la fosse
commune. Des amis s'occupent pieusement de leur donner une sépulture
convenable.
Mais ses
dispositions étaient soigneusement prises en ce qui concerne sa collection :
elle entre à
J'entends murmurer :
- M. Blondel
fut bien naïf...
L'abnégation,
le dévouement ne sont, en effet, pas monnaie courante par ce temps de vie
chère.
Sait-on,
cependant, quelles joies profondes peut donner un sacrifice obscur comme
celui-là ? M. Blondel l'a consenti pour enrichir le trésor intellectuel et
artistique de
Quand même,
un tel exemple est émouvant et empreint d'une réelle grandeur : la grandeur
morale.
Au culte du
« Vieux Paris », Blondel en joignait un autre celui qu'il avait voué
à Balzac. N'était-il pas lui-même un personnage de
Si Blondel
ne s'est pas inquiété de savoir ce que deviendrait sa dépouille, par contre, il
avait pris des dispositions pour assurer la conservation de son œuvre, et ce,
depuis longues années, ne
- 354 -
voulant pas attendre, disait-il, le
moment où, les facultés faiblissant, vous devenez incapables de décision.
Au département des Estampes de
Si, sur des
plaques de marbre, la Ville de Paris conserve à l'Hôtel de Ville, les noms de
ses prévôts des marchands et de ses présidents du Conseil municipal qui font
partie de son Histoire ; à Carnavalet, le nom des bienfaiteurs qui, par des
dons, ont augmenté son patrimoine artistique et historique, la Ville de Paris,
dis-je, s'honorerait en conservant de la même manière, à Saint-Fargeau par
exemple, les noms de ses enfants, historiographes ou iconographes qui, comme
Blondel, n'ont vécu que pour Elle !
Victor PERROT.
- 355 -
" LE VIEUX MONTMARTRE "
LISTE DES MEMBRES
Présidents d'Honneur :
MM.
KLEINMANN, Mairie, place Jules-Joffrin (XVIIIe).
Le Maire du IXe, Mairie,
rue Drouot (IXe).
Présidents Honoraires :
MM.
WIGGISHOFF.
SELLIER.
CLEMENCEAU, 8, rue Franklin (XVIe).
CORTAILLOD, 27, rue Clignancourt
(XVIIIe).
LE SENNE (Eug.), 73, boulevard
Haussmann (VIIIe).
MAUZIN, 44, rue Lemercier (XVIIe).
Secrétaires Généraux Honoraires :
MM.
GAIGNETTE.
GILLET Lucien, 20, avenue de la
Motte-Piquet (VIIe).
DELCOURT, 70, rue Victor-Hugo, Bois-Colombes (Seine).
Morts pour la France :
Membres du Comité :
MM. ALBO.
ARTUS.
BILLARD G.
BURGEVIN.
CAPON.
CHABRIEZ.
R. COUTELIER.
de CRAUZAT.
DEGLESNE.
DUFAY Pierre.
DUMOLIN.
GERSHON L.
GRASILIER.
HEINTZ.
JARRY Paul.
Mme KOSMANN-SICHEL.
MM. LENSEIGNE.
MAREUSE.
MATHIEU.
MONTORGUEIL.
de la NEZIERE.
PAGÈS.
PERROT.
PINEAU.
PIRAUD.
PITOT.
PRO'DHOMME J. G.
TROUILLARD.
VARENNE.
Les Présidents et Secrétaires Généraux Honoraires.
- 356 -
Membres du Bureau :
Président : MM. Victor PERROT.
1er
Vice-Président : P. DUFAY.
2e
Vice-Président : M. DUMOLIN.
Secrétaire Général : P. JARRY.
Secrétaire Adjoint : Ch. TROUILLARD.
Archiviste : R. MATHIEU.
Trésorier : CHABRIEZ.
Sociétés Correspondantes :
Société de
l'Histoire de Paris et Ile de France, 8, rue des Petits-Champs (IIe).
La Cité,
Société Historique et Archéologique, place Baudoyer (IVe).
Comité d'Etudes
Historiques et Archéologiques de la « Montagne Sainte-Geneviève » (Ve-XIIIe-XIVe),
Mairie du Panthéon (Ve).
Société
Historique du VIe arrondt de Paris, 78, rue Bonaparte (VIe).
Société
d'Histoire et d'Archéologie du VIIe arrondt, à la Mairie,
116, rue de Grenelle.
Société
d'Histoire et d'Archéologie (VIIIe et XVIIe), à la
Mairie, 11, rue d'Anjou.
Société
Historique et Archéologique d'Auteuil et de Passy, Mairie du XVIe,
avenue Henri-Martin.
Bibliothèque
du Conseil Municipal de Paris, Hôtel de Ville (IVe).
Bibliothèque
d'Art et d'Archéologie, 11, rue Berryer (VIIIe).
Le
Touring-Club de France, 65, av. de la Grande-Armée (XVIIe).
Le Mercure
de France, 26, rue de Condé (VIe).
L'Intermédiaire
des Chercheurs et des Curieux, 31bis, rue Victor-Massé
(IXe).
Membres Correspondants :
MM.
GRASILIER, 80, rue Taitbout (
LAMBEAU, 17, rue des Lions-Saint-Paul
(IVe).
Marcel POETE, 22, rue des
Fossés-Saint-Jacques (Ve).
L'ADMINISTRATEUR de la BIBLIOTHÈQUE de
l'ARSENAL, rue de Sully (IVe).
Le CONSERVATEUR de
Le CONSERVATEUR de
- 357 -
Le SECRÉTAIRE de la COMMISSION du
VIEUX PARIS, Hôtel-de-Ville (IVe).
Les ARCHIVES de la SEINE, 30, quai
Henri-IV (IVe).
FLOBERT Paul, Président de la Société
le « Vieux-Papier », 51, rue Pergolèse (XVIe).
PEPIN, Secrétaire général du
« Centre de Paris », 44, rue de Lévis (XVIIe).
L'ESPRIT, 30, avenue d'Orléans (XIVe).
BOISSON Marius, 12, quai d'Orléans (IVe).
Membres Perpétuels :
MM. Le MINISTRE de l'INSTRUCTION PUBLIQUE.
LE SENNE Émile.
BLONDEL Paul.
BERTAUT René, 66, rue de la
Rochefoucauld (IXe).
CHAPOT, 66, rue de Rennes (VIe).
DUMOLIN Maurice, 16, avenue
Pierre-de-Serbie (XVIe).
FEGDAL Charles, 6, rue du Louvre (Ier).
GERSHON, 3, rue Rodier (IXe).
GROSWALD, 39, rue de Maubeuge (IXe).
HYDE James, 67, boulevard Lannes (XVIe).
JARRY Paul, 62, rue Blanche (IXe).
PERROT Victor, 21, rue Drouot (IXe).
PITOT, 64, rue des Martyrs (IXe).
Mme PITOT, 64, rue des Martyrs (IXe).
MM.
SIEFERT, 91, avenue Kléber (XVIe).
TERNOIS, 110, rue Ordener (XVIIIe).
Membres Actifs :
MM.
ALBO, 14, rue Froissard (IIIe).
ALIGAND (d'), 61, avenue Victor-Hugo
(XVIe).
ARTUS, 2, avenue Trudaine (IXe).
ARNETTE, 49 bis, avenue
Victor-Emmanuel (VIIIe).
BARGALLO, 94, rue Jean-Jaurès (XIXe).
BARRET, 7, rue Saint-Vincent (XVIIIe).
BAUBY Fernand (Notaire), 33, rue de La
Chapelle (XVIIIe).
BAYART Emile, 38, rue de Clignancourt.
BERTAUT André, 64, rue de la
Rochefoucauld (IXe).
BERTHET, 2, rue Ramey (XVIIIe).
BIBLIOTHÈQUE HISTORIQUE de
BILLARD, 11, rue Trétaigne (XVIIIe).
- 358 -
BORDEREL, 52, rue Letort (XVIIIe).
BOURDAT PARMENIE, 102 rue Lepic (XVIIIe).
BRAUN, 12, avenue Emile-Zola, Parc
Saint-Maur (Seine).
BRUNSCHVICG André, 40, rue Condorcet
(IXe).
BURGEVIN, 106, rue de Miromesnil
(VIIIIe).
CAEN Pierre, 96 bis, rue Beaubourg
(IIIe).
CAPON Gaston, 91, rue des Martyrs
(XVIIIe).
CARETTE Georges, 6, rue
Édouard-Detaille (XVIIe).
CHABASSOL, 35, rue des Saules (XVIIIe).
CHABRIEZ Léon, 16, rue Seveste (XVIIIe).
CHARPENTIER Octave, 4 et 6, rue Bezout
(XIVe).
COHL Émile, 48, rue des Abbesses
(XVIIIe).
CORTAILLOD Ch., 27, rue de
Clignancourt (XVIIIe).
COUTELLIER André, 52, boulevard
Richard-Lenoir (XIe).
COUTELLIER René, 52, boulevard
Richard-Lenoir (XIe).
CRAUZAT (de), 177, boulevard Malesherbes
(XVIIe).
CURTET Albert, 11, rue Polonceau
(XVIIIe).
DEBRAY, 1, rue Girardon (XVIIIe).
DEGLESNE Léo, 11, rue d'Orchampt
(XVIIIe).
DEIZEIX Léon, 14, rue Froissart (IIIe).
DELATRE Eugène, 87, rue Lepic (XVIIIe).
DELCOURT, 70, rue Victor-Hugo, Bois-Colombes
(Seine).
DELPEY Philippe, 183, cours du Médoc,
Bordeaux (Gironde).
DESCLERS, 16, avenue Rachel (XVIIIe).
DEVAISSIER Achille, 36, rue
Marc-Seguin (XVIIIe).
DUFAY, 16, avenue Trudaine (IXe).
DUMORTIER, 4, place
Constantin-Pecqueur (XVIIIe).
DUVAUX (Abbé), Curé de Saint-Jean, 21,
rue des Abbesses (XVIIIe).
FALAIZE, 36, rue de la Tour-d'Auvergne
(IXe).
FELIX, 16, rue Ramey (XVIIIe).
Mme FLANDRE Juliette LERMINA, 16, rue
Lentonnet (IXe).
M. FLANDRE Georges, artiste-dramatique, 16, rue
Lentonnet (IXe).
Mme FONTBONNE (Jeanne), 9, rue des Saules
(XVIIIe).
MM.
FRANCHELLI, 20, rue Saint-Georges (IXe).
FREMONT, 25, rue du Simplon (XVIIIe).
FRION, 19, rue de Médicis (VIe).
GILLET Lucien, 20, avenue de la
Motte-Picquet (VIIe).
GIRARD, 28, place des Vosges (IIIe).
- 359 -
HARTMANN Georges, 2, avenue de la Liberté, Charenton (Seine).
HAUSER, 54, Faubourg de Lignac,
Saint-Gaultier (Indre).
HEINTZ, 60, rue de la Chaussée-d'Antin
(IXe).
HEROS Jean, 3, rue d'Orchampt (XVIIIe).
HULOT Pierre, 9, quai de la Seine,
Saint-Ouen (Seine).
ICHAC, 179, boulevard Pereire (XVIIe).
JOYEUX-FIOUFF, 14, rue de Vichy (XVe).
KERCHNER, 7, rue Chauzel (IXe).
KESSELER (Abbé), 21, rue des Abbesses
(XVIIIe).
Mme KOSMANN-SICHEL, 49, avenue Trudaine
(IXe).
MM.
KOSMANN Arthur, 49, avenue Trudaine (IXe).
LAPEYRE Lucien, 3, rue Cauchois (XVIIIe).
LAREGLE (de) Jacques, 64, rue de
Clignancourt (XVIIIe).
LATTRE (de) Henry, 16, rue
Alphonse-de-Neuville (XVIIIe).
LAZARE, 49, rue Rochechouart (IXe).
LELARGE, 47 bis, rue d'Orsel (XVIIIe).
LEMERCIER Eug., 21, rue Lepic (XVIIIe).
LEMOINE Achille, 4, rue Chaptal (IXe).
LE MONNIER, 18, avenue Rachel (XVIIIe).
LENSEIGNE Henri, 22, rue Tocqueville
(XVIIe).
LE SENNE Eugène, 73, boulevard
Haussmann (VIIIe).
LÉVÉILLE André, 18, rue Magenta (Xe).
LOUTIL (Abbé), 3, rue Viète (XVIIe).
MANGIN Georges (Dr), 49,
rue La Bruyère (IXe).
MAREUSE, 81, boulevard Haussmann (VIIIe).
MATHIEU, 42, rue Clignancourt (XVIIIe).
MAUZIN Jules, 44, rue Lemercier (XVIIe).
MERCIER, 248, rue de Rivoli (Ier).
MIALET Raoul, 2, rue de Brosse (IVe).
MICHARD, 7 et 9, rue Saint-Vincent
(XVIIIe).
MIGUET, 1, boulevard Henri-IV (IVe).
MONTORGUEIL (Georges), 31bis, rue
Victor-Massé (IXe).
MURET Paul, 68, boulevard Rochechouart
(XVIIIe).
NEZIERE (de la), 4, rue de l'Abreuvoir
(XVIIIe).
OLIVIER Eugène (Dr), 116,
rue de Rennes (VIe).
PAILLET Joannès, 102, rue Lepic (XVIIIe).
PAGÈS Victor, 87, avenue de Villiers
(XVIIe).
PAQUOT, 18, avenue Saint-Ouen (XVIIIe).
PATUREAU (Abbé), curé de Saint-Pierre,
34, rue Lamarck.
PEDRETTI, 42, rue Lamarck (XVIIIe).
PERRIER Edmond, 17 bis, boulevard
Rochechouart (IXe).
- 360 -
PIGALLE Jean, 3, rue de Cérisoles
(VIIIe).
PINEAU, 13, boulevard des Batignolles
(VIIIIe).
PIRAUD, 17, rue de la Rochefoucauld
(IXe).
PIROLA, 110, rue Lafayette (Xe).
POTHION, avocat, 33, rue de Moscou
(VIIIe).
POURQUET Ch.-Hri, statuaire, 22, rue
Tourlaque (XVIIIe).
PRINVAULT, 147, rue de Javel (XVe).
PROD'HOMME, 9, rue Lauriston (XVIe).
QUIEDEVILLE, 1, rue d'Argenson (VIIIe).
QUEDRUE, 4, rue Houdon (XVIIIe).
ROBERT, 3, rue La Vieuville (XVIIIe).
Mmes ROUSSEAU, 7, rue Garreau (XVIIIe).
RUDIER, 45, rue de Saintonge (IIIe).
MM.
SAINTE FARE GARNOT, 10, rue Georges-Berger (XVIIe).
SOCIÉTÉ DES PARISIENS DE PARIS, 60,
quai des Orfèvres (Ier).
SOULTZENER, 5, rue Duperré (IXe).
Mme SOULTZENER, 5, rue Duperré (IXe).
MM.
TROUILLARD Charles, 59 bis, rue du Mont-Cenis (XVIIIe).
TUMBEUF, 10, avenue Malvesin, à
Becon-les-Bruyères.
TURTAN Rémy, 8, rue de la Martinique
(XVIIIe).
TUPET Ferdinand (Abbé), 21, rue des
Abbesses (XVIIIe).
TUPET Louis, 15, rue Germain-Pilon
(XVIIIe).
VARENNE Jean, 50, rue de Maistre
(XVIIIe).
VASSIAS, 81, rue Lamarck (XVIIIe).
Mme VAUX (Baronne de), hôtel Kléber,
7, rue de Belloy (XVIe).
MM. VERGE, 64, rue d'Orsel (XVIIIe).
VIGOUREUX Charles, 9, rue Fourcade (XVe).
M.
VIMONT Maurice (Dr), 40, rue Chardon-Lagache
(XVIe).
Mme VORIOT (Vve), 23, rue Clignancourt
(XVIIIe).
MM. WARNOD, 60, rue Caulaincourt (XVIIIe).
WILLETTE, 28, rue Lacroix (XVIIe).
BIBLIOGRAPHIE
HENRI MALO. - La gloire du Vicomte de Launay (1 vol.
Émile PAUL).
Continuant
sur Madame de Girardin ses études commencées par Une Muse et sa Mère déjà publié chez le même éditeur, M. Henri
Malo, le savant bibliothécaire de
La joie fait peur et un vaudeville qui lui
succède : le Chapeau d un horloger, mettent
tour à tour, dans ces pages, une note d'émotion et de gaîté. Enfin, c'est la
maladie et la mort qui surprend en plein rayonnement « cette première
muse » qui selon le mot de Janin sur sa tombe « apparut à nos regards
à la naissante aurore de la nouvelle poésie. »
Tout cela écrit avec beaucoup d'entrain, semé d'anecdotes, dans un style vif, alerte, étincelant, où l'on retrouve tout l'esprit qui animait les conversations dans le salon du Vicomte de Launay.
HENRI MALO. - La grande guerre des Corsaires
(1702-1715). - Les derniers corsaires
(1715-1815) (2 vol. Émile PAUL).
Voici les
deux derniers volumes de ce travail gigantesque sur les Corsaires de Dunkerque,
qui coûta à M. Malo, plus de dix années de travail et de patientes recherches.
Monument digne des héros de la mer, dont ces livres retracent l'histoire, et
que la ville de Dunkerque a tenu à encourager de façon toute particulière. La
guerre de la succession d'Espagne, avec le baron de Pointis, successeur de
Jean-Bart, le Chevalier de Saint-Pol, Forbin, Tourouvre, les galères, les misères
du temps, sans oublier les gens de mer, ces modestes mais précieux
collaborateurs des grands capitaines, la guerre de la succession d'Autriche,
les affaires d'Ecosse, la course, la guerre de sept ans, avec Pierre Jean-Bart
et François Thurot, la guerre d'Amérique, la Révolution, l'Empire et les
derniers Corsaires ;
puis « la poussière s'accumule
sur la paperasse qui jaunit dans les greniers des greffes » et le temps
fait son œuvre d'oubli et de légende. Il faut savoir gré à M. Malo d’avoir
secoué cette poussière des archives et d'avoir fait revivre ces énergiques et
mâles figures brunies par l'embrun, Répondant à l'appel de leur historien,
elles reviennent conter un peu de leurs exploits, en ces pays si documentés qui
les évoquent, mieux que le Vicomte de Launay n'aurait sû le faire autour de son
guéridon mystérieux.
MARIUS BOISSON. - Charles Gille.
Dans la
collection des Clochers de France, notre
confrère Marius Boisson, consacre une excellente plaquette à Charles Gille, ou le
chansonnier pendu, qui vécut de 1820 à
PIERRE DUFAY. - Table de l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux.
La deuxième
table de l'Intermédiaire impatiemment attendue par les chercheurs et les
érudits, vient de paraître. L'ancien bibliothécaire de Blois Pierre Dufay,
vice-président du Vieux Montmartre, et
dont nos collègues connaissent les travaux, l'a dressée avec un
désintéressement et une conscience auxquels on ne saurait trop rendre hommage.
Les années 1897 à 1920 de l'intéressante publication, à laquelle notre confrère
Georges Montorgueil consacre tous ses soins, sont analysées, dépouillées avec
un soin et un souci constant de répondre aux moindres recherches et aux plus
minutieuses investigations « dictionnaire et encyclopédie », comme le
dit justement la préface, où l'ordre alphabétique, que vient renforcer, un
classement méthodique, admirablement conçu, permettra de retrouver sans peine
les questions posées qu'il est bien rare de ne pas voir élucider en trois ou
quatre réponses.
M. SERVAL. - Une amie de Balzac, Mme MARBOUTY (1 vol.
Emile PAUL).
M. Serval dédie l'éminent balzacien Marcel Bouteron
cette étude, élégamment présentée, sur cette amie énigmatique du grand
romancier qui avait fait sa connaissance dans un dîner, où elle fut invitée à
la prière de Jules Sandeau, et chercha à « magnétiser » son hôte.
Vêtue en homme, et sous le nom de Marcel, elle fit avec Balzac le voyage de
Turin, dont elle a laisse une relation, sous forme d'une lettre apocryphe qui
lui aurait été adressée par son compagnon, et se trouve aujourd'hui à
Chantilly, dans
Paul JARRY.
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IMP.
LEFEBVRE-DUCROCQ, LILLE