RETOUR

 

 

 

Le Vieux Montmartre

 

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Société d'Histoire et d'Archéologie

des

XVIIIe et IXe Arrondissements

 

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NOUVELLE SÉRIE

 

Fascicule N° 5. – Avril 1925.

 

(N° 84 DE LA COLLECTION)

 

Fig. 1

 

PARIS

22 – RUE TOURLAQUE – 22

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ

 

 

 

MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ MORTS AU CHAMP D'HONNEUR

 

Emile LE SENNE, Francis et Martial LESTRADE, Georges LIEGEARD, Joseph MULLER, Ernest RENZ.

 

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SOMMAIRE

 

PAUL JARRY. - L'hôtel de la Duchesnois…                                             277

J. MAUZIN. -        Les Chevaliers de l'Arc…                                            291

R. MATHIEU. -     La Rue des Poissonniers…                                          325

M. DUMOLIN. -   La fin de la Tour-des-Dames…                                   339

V. PERROT. -        Paul Blondel, iconographe parisien…                           349

                               Listes des membres du « Vieux Montmartre »…          355

 

ILLUSTRATIONS

 

La maison de Melle Mars, côté du jardin…                                                  281

Le boudoir de Melle Duchesnois…                                                              285

Brevet de chevalier de Saint-Sébastien…                                                   309

Portrait de la bataille de Saint-Denis…                                                       333

Plan de la Tour-des-Dames…                                                                    341

Plan des maisons appt à la Soc. de Châtillon-Commentry…                        345

 

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Les réunions du Vieux Montmartre ont lieu régulièrement le 1er Vendredi de chaque mois, à 8 h. et demie du soir, au siège social, 22, rue Tourlaque.

Cotisation annuelle : 15 francs.

 

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Adresser le communications, suivant leur objet, à :

MM. Victor PERROT, Président, 21, rue Drouot.

          Paul JARRY, Secrétaire général, 62, rue Blanche.

          CHABRIEZ, Trésorier, 16, rue Seveste.

 

 

 

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L'Hôtel de la Duchesnois

 

 

Au n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames, dans ce coin de Paris qui fut, au début du XIXe siècle, le rendez-vous des gloires du Théâtre-Français, où Talma et Mlle Mars vinrent habiter (1), se voit un gracieux petit hôtel dont la façade arrondie en tour creuse, est précédée, sur la rue, d'un mur bahut avec grille. Cette jolie bonbonnière, qui semble bien avoir été faite pour abriter la vie légère de quelque belle artiste, est classée ordinairement parmi les maisons de style empire, à cause de sa décoration, bien qu'elle ne soit pas, en réalité, antérieure à l'an née 1820.

C'est à cette date, les titres de propriété en font foi, que Jean-Joseph Lapeyrière la fit construire sur une partie des dépendances de l'hôtel de Valentinois qu'il venait d'acquérir et de diviser en plusieurs lots. Cet hôtel de Valentinois s'étendait entre la rue Saint-Lazare, où il avait son entrée au N° 77 (numérotation de 1797), les rues de La Rochefoucauld, et de la Tour-des-Dames, dont le nom rappelle l'ancien moulin de la Tour, propriété des Dames de Montmartre, en ce lieu voisin des Porcherons. Aussi, ne doit-on point s'étonner de voir l'abbesse de Montmartre intervenir, pour ensaisinement, au cours des premières transactions.

Le futur hôtel de Valentinois avait appartenu précédemment à M. de Gamaches, qui, le 29 septembre 1771, l'avait vendu à Louis-Claude Dupin de Francueil, suivant contrat passé devant Me Moinet, notaire à Paris, insinué à Monceaux le 13 octobre et ensaisiné par l'abbesse de Montmartre le 3 du même mois.

Le 23 juillet 1772, Francueil vendait, à son tour, devant Me Delaleu, à Marguerite-Zénobie-Emerancienne de Capon, épouse de Jean-Joseph Croux, négociant à Bordeaux. Cette

 

(1) Notre collègue Mauzin a consacré une étude sur Mlle Dumesnil et Grandval, qui, à la fin du XVIIIe siècle, résidèrent, non loin, rue Blanche et rue Pigalle.

 

 

 

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dame Croux, séparée de son mari quant aux biens, cédait sa propriété le 13 avril 1777, devant Me Garnier Deschesnes, au sieur André-Pierre Haudry, dont les créanciers, d'accord avec lui, mirent de nouveau les biens en vente le 10 juillet 1782. La vente eut lieu à la barre du Parlement de Paris, et sous le couvert du Procureur à la cour, Busèle, le duc et la duchesse de Valentinois s'en rendirent acquéreurs.

Les nouveaux propriétaires de l'hôtel, Honoré-Aimé-Charles-Maurice Grimaldi, duc de Valentinois (1), et Louise-Félicité-Victorine d'Aumont, son épouse, chargèrent l'architecte Ledoux de son aménagement.

L'hôtel de Valentinois, écrivait Thiery en 1787, vient d'être aussi restauré par M. le Doux, qui a ajouté au fonds un péristyle de quatre pilastres toscans, d'une très grande proportion : une aile, construite sur le côté, attend une disposition générale à laquelle sera assujetie la porte d'entrée. Les jardins, d'environ cinq arpens, sont dans le genre anglais.

Honoré Grimaldi, d'abord duc de Valentinois, puis prince de Monaco, dit Honoré IV, était né le 17 mai 1758. Il avait, le 14 juin 1777, épousé Louise-Félicité d'Aumont, alors dans ses dix-huit printemps. Celle-ci était fille de Louis-Marie-Guy, duc d'Aumont, et de Louise-Jeanne de Durfort-Duras (1). Elle était aussi belle que de mœurs faciles. Aussi mit-elle à profit les avantages que lui apportait la Révolution, pour divor­cer en 1793 ; d'autant plus qu'elle avait vu, à cette date, la principauté de son mari rattachée à la République française, et comprenait toute la vanité de son titre. Après diverses maternités, plus naturelles que légales, elle se remaria en 1801 à François Tiraud des Arcis, pour divorcer à nouveau en 1803. Elle mourut en 1826.

Quant au duc de Valentinois, il aurait eu un fils naturel, Jean-Marie Hervagault, qui aurait pris le nom d'un tailleur de

 

(1) Cf. Intermédiaire des chercheurs et curieux, XLVI. 1902, p. 585, et Reverend, Titres, anobl. et pairies de la Restauration, I. 72.

 

 

 

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Saint-Lô, auquel le duc aurait fait épouser sa maîtresse. Or cet Hervagault aurait pris au Temple la place du dauphin (1).

Le divorce de 1793 laissa Honoré Grimaldi seul propriétaire de l'hôtel de Valentinois. Dès le 16 juin 1795 - 27 floréal an III - le duc mettait en vente son hôtel et ses dépendances qui furent adjugés, à l'audience des criées du Tribunal Civil de la Seine, à Pierre-Laurent Hainguerlot.

Ce Pierre-Laurent Hainguerlot, qui vint habiter l'hôtel, n'était autre que « ce misérable Hainguerlot » comme l'appe­lait Napoléon, et au sujet duquel il écrivait à Jérôme : « C'est un homme très habile, mais de gibet, et dont le domicile n'est qu'aux galères. » Originaire de Caen, où un Bertrand Hainguerlot était, en 1740, contrôleur général de Normandie, Pierre-Laurent devint banquier à Paris, puis conseiller général d'Indre-et-Loire (2). Il avait épousé Marguerite-Augustine Perrot, dont le frère avait une réputation d'original. La belle Madame Hainguerlot, qui se piquait de littérature et que le chevalier de Boufflers nommait avec emphase « la dixième muse (3) », brillait à la promenade de Longchamp, et dans les salons du chimiste Seguin. Elle rivalisa de beauté et d'élégance avec Madame Tallien, donna des bals pour lesquels on s'estimait fort heureux d'obtenir un « billet d'escalier » et des dîners qu'alimentait la verve du mystificateur Musson (4). Parfois les bals se terminaient par une tombola, où chaque numéro avait son lot, et comme tous les lots étaient composés de bijoux, on se pressait chez Madame Hainguerlot !

Madame de Genlis la trouvait remplie d'esprit et jugeait sa conversation « aussi piquante qu'animée ». Un fils, James-

 

(1) G. Lenôtre : Le roi Louis XVII et l'énigme du Temple; et R. Le Conte : Louis XVII et les faux dauphins, Paris 1924.

(2) L'Intermédiaire XLIX, 1904, p. 614, conteste, à juste titre, la date de 1777 donnée par Reverend pour la naissance de Pierre-Laurent. Reverend indique également la femme de Pierre-Laurent sous le nom de M.-A. Faucon.

(3) Hry d'Almeras : La vie à Paris sous le Consulat et l'Empire, et J. Turquan : Le monde et le demi-monde sous le Consulat et l'Empire.

(4) Musson mourut écrasé par un timon de voiture « sous la porte cochère de l'Hôtel des Hainguerlot, où on l'attendait pour quelque farce mirifique ». Henri Malo : Une muse et sa mère, Paris 1924.

 

 

 

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Georges, né en 1795, fut créé baron sous la Restauration. Une fille de Pierre Hainguerlot, Rose-Auguste-Emilie-Pamela, mariée à Alphée Bourdon de Vatry, devint propriétaire du château de Chaalis, légué depuis par Mme Edouard André à l'Institut de France.

Napoléon qui, décidément, ne pouvait souffrir le ménage Hainguerlot, écrivait le 12 novembre 1807 à Fouché, en lui demandant un rapport « sur les mesures à prendre pour éloigner ces intrigants ». Bien plus, il faisait défense à Elisa de conserver directement, et même indirectement toute intelligence avec le banquier. Il allait même, s'il n'était pas obéi, jusqu'à menacer Elisa de faire arrêter le personnage et de l'enfermer dans un château-fort (1) !

 

Le 12 août 1797 - 25 thermidor an V - devant Me Gibert, Pierre-Laurent Hainguerlot (2) revendait l'ensemble de l'hôtel et des dépendances à un négociant du Havre, nommé Jacques Ducheval.

Le 23 octobre 1804, 1er brumaire an XIII, moyennant un prix principal de 276.000 francs, le baron de La Doucette, Jean-Charles-François, se rendait acquéreur de la totalité. Les 17 et 18 mai 1820, suivant contrat passé devant Me Fourchy, et pour le prix principal de 300.000 francs, le baron de La Doucette et Suzanne-Charlotte Gobert, son épouse, revendaient à Jean-Joseph-Pierre-Auguste Lapeyrière, receveur général du département de la Seine, demeurant à Paris, rue du faubourg Saint-Honoré 29.

Ce Lapeyrière morcela l'hôtel de Valentinois et le divisa en plusieurs lots. Sur un terrain en dépendant, il fit construire la maison que, deux ans plus tard, le 14 août 1822, devant Me Glatigny, il revendait à Catherine Joseph Raffin, dite Duchesnois, sociétaire du Théâtre-Français (3). Mlle Duches-

 

(1) Léon Lecestre. Lettres inédites de Napoléon Ier. Plon in 8, 1897. I. 123.

(2) Il mourut à Paris le 16 avril 1841.

(3) Coté sur le plan bâtiment n° 3, deuxième division. « La dite maison appartenait à M. Lapeyrière, comme l'ayant fait construire sur un terrain dépendant de l'hôtel Valentinois, situé à Paris rue Saint-Lazare n° 56 ». (Acte de Vente 1920).

 

 

 

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Fig. 2

 

La maison de Mlle MARS, côté jardin (vers 1830)

d’après un dessin de R. DELTON

On aperçoit à gauche la maison de Mlle DUCHESNOIS et celle d’HORACE VERNET

La vasque de marbre provenait de la Malmaison et fut donnée par l’Empereur à Mlle MARS

Coll. Chardon

 

 

 

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nois, sur les 52.000 francs de prix principal auxquels l'immeuble lui fut vendu, paya comptant une somme de 22.000 francs, et se libéra du surplus par quittances des 7 février 1823 et 28 janvier 1828.

Voici donc Mademoiselle Duchesnois, propriétaire de l'hôtel du n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames, avec entrée, par l'avenue donnant sur la rue Saint-Lazare et commune aux immeubles voisins (1). Cette avenue, aux termes du contrat du 14 août 1822, devait être fermée sur la dite rue Saint-Lazare par une porte cochère établie par les soins de M. Lapeyrière, qui s'engageait également à ne pas surélever les bâtiments existants sur la troisième division (2). Lapeyrière cédait une autre partie des terrains à M. de Gouvion Saint-Cyr, que l'on verra vendre à Mlle Mars le bâtiment n° I, c'est-à-dire la maison d'angle de la rue de la Tour-des-Dames et de la rue de La Rochefoucauld. Là également, une clause interdisait toute sur-élévation. Mlle Duchesnois était donc garantie de ne pas voir son charmant hôtel menacé par d'énormes bâtisses.

 

Il n'est pas nécessaire de se répandre en détails biographiques sur Mlle Duchesnois ; ces détails sont connus (3). Catherine Raffin (4) était née le 5 juin 1777 à Saint-Saulves, près de Valenciennes, où son père était aubergiste et marchand de chevaux, au hameau du Marquis, sur la route de Mons. D'abord femme de chambre à Valenciennes, puis demoiselle de comptoir, elle parvint à jouer dans une troupe d'amateurs, et malgré l'opposition de sa famille, s'en fut à Paris pour faire du théâtre. A force de volonté, elle arriva à s'imposer et grâce à la protection de Mme de Montesson et de Legouvé, débuta,

 

(1) Aujourd'hui 56.

(2) Bâtiment n° 5, maison d'Horace Vernet.

(3) Sur Mlle Duchesnois, on consultera Un Hiver à Paris sous le Consulat, d'après les lettres de J. F. Reichardt, Plon 1896 in-8. « Sa voix, flexible et pleine de charme, écrit-il, rend, avec le même bonheur, le gracieux et le pathétique ; sa déclamation est parfaite... son geste est marqué d'un véritable cachet artistique. » Stendhal la trouvait bien moins laide qu'il ne se l'était figurée. (cf. Journal, passim).

(4) L'acte de naissance publié par de Manne (Troupe de Talma) orthographie Rafuin ; l'acte de décès, conservé aux Archives de la Seine, porte Raffin.

 

 

 

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par ordre, à la Comédie le 4 juillet 1802, dans le rôle de Phèdre. Mais bientôt, elle eut à lutter contre le succès naissant de Mlle Georges, d'autant plus que, sous le rapport de la beauté plastique, elle pouvait mal rivaliser avec la nouvelle venue. Sa physionomie, dit un ouvrage du temps, « était douce, intéres­sante et remplie de candeur », encore que certains lui aient fait une réputation de bêtise (1). Mais Mlle Georges avait une majesté, une régularité de traits, une noblesse de formes qui s'imposaient à la scène comme à la ville. L'intervention du ministre Chaptal et de Joséphine mit d'accord les partisans des deux antagonistes, en les faisant admettre l'une et l'autre, et en dressant, pour leur emploi, une démarcation très nette. L'artiste fut reçue sociétaire le 22 février 1804.

Quand elle quitta le 14 de la rue de Rivoli pour s'établir rue de la Tour-des-Dames, dans l'hôtel qu'elle venait d'acheter, Mlle Duchesnois se plut à embellir sa nouvelle demeure dans le style qui avait sa prédilection. De tous ces embellissements, il ne reste qu'un boudoir polychrome, devenu chambre à coucher, au premier étage, et où le décor se ressent un peu de la lourdeur de l'époque Restauration, où il fut exécuté. Que de charmants souvenirs ce boudoir de la comédienne n'évoque-t-il pas ? C'était le temps de sa splendeur, bien que sa santé, ébranlée par sa lutte contre Mlle Georges, la tint, à diverses reprises, éloignée de la scène. A la fin de 1822, ou au début de 1823, Victor Hugo qui venait de terminer Han d'Islande, et avait déjeuné, le matin, à l'Abbaye au Bois, entre l'abbé Frayssinous et l'abbé duc de Rohan (2), vint avec son ami Soumet, frapper le soir à la petite maison de la rue de la Tour-des-Dames. « Un escalier tournant, éclairé d'une lampe d'albâtre, les conduisit à un appartement dont l'ameublement empire,

 

(1) « J'ai enfin déjeuné avec Mlle Duchesnois, écrivait Mme de Beaumont, j'en ai été enchanté à la lettre ; il m'est impossible de pardonner à ceux qui la trouvent bête...» Citée dans les Mémoires du chancelier Pasquier. Plon in-8, 1893. I. 207-208.

(2) Louis-François-Auguste de Rohan-Chabot, prince de Léon, ordonné prêtre en 1822. Il était entré dans les ordres après la mort de sa femme, Armandine de Serent, brûlée vive en 1815, comme elle s'apprêtait pour un dîner chez le duc d'Orléans. Il devint archevêque de Besançon et pair de France. cf. notre notice sur La Roche Guyon. Anciens Châteaux de France, 6e Série, Ed. Contet.

 

 

 

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ne pouvant être beau, était riche ». Victor Hugo, reçu par Mlle Duchesnois, fut mené par elle dans le boudoir où se tenait une autre actrice, Mlle Leverd. A ce dîner, où Sophie Gay avait été conviée également, le poète fut placé entre Mlle Duchesnois et Mlle Leverd, toutes deux largement décol­letées, et la journée, « qui avait commencé par un déjeuner entre deux curés, finissait par un dîner entre deux actrices » (1).

 

On a vu que M. de Gouvion Saint-Cyr s'était rendu acquéreur du lot voisin, appartenant aussi à Lapeyrière. M. de Gouvion Saint-Cyr avait, à son tour, cédé ses droits à Mlle Mars (2), pour l'immeuble situé à l'angle des rues de la Tour-des-Dames et de La Rochefoucauld, et qui avait, lui aussi, son entrée par la rue Saint-Lazare. C'est à ce titre que Mlle Mars intervint dans un acte sous seing privé, le 24 novembre 1825, à propos de contestations survenues entre elle et Mlle Duchesnois, ces deux artistes ayant, l'une et l'autre, contrevenu aux servitudes stipulées dans les actes de vente. Chacune y mit du sien, pour vivre en paix. Mlle Mars renonçait à exiger la suppression de la terrasse établie sur le mur de clôture qui séparait les deux propriétés et avait été surélevé par Mlle Duchesnois. Réciproquement Mlle Duchesnois consentait au maintien d'un kiosque et de constructions édifiés par Mlle Mars sur le dit mur, ainsi qu'à celui des jours pris par sa voisine sur la cour de sa maison.

Dans cette maison de la rue de La Rochefoucauld, Mlle Mars sera victime d'un guet-apens. Le 12 juin 1838, l'actrice indis­posée, n'était point sortie. La camériste, en entrant vers huit heures du soir dans la chambre de sa maîtresse, s'aperçut que la glace d'une armoire, où étaient enfermés les bijoux, avait été brisée. La police, prévenue, releva des traces de pesées, et, dans un petit caveau attenant à la salle de bains, découvrit un homme blotti sous un appentis obscur (3). C'était

 

(1) V. Hugo raconté. Ed. Hetzel II. pp. 259 et suiv.

(2) Anne-Françoise-Hippolyte Salvetat, appelée Boutet, du nom de son père. cf. De Manne, Troupe de Voltaire, et la note rectificative à l'acte de naissance.

(3) Le Moniteur, 13 juin 1838.

 

 

 

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Fig. 3

 

Le boudoir de Mlle DUCHESNOIS

(état actuel)

d’après le Style Empire, édition Contet

 

 

 

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un ancien domestique de Mlle Mars, nommé Garcin, congédié quatre ans plus tôt, condamné pour bigamie, et qui fit des aveux complets. Il déclara avoir voulu voler l'actrice, sans avoir eu l'intention de la tuer, bien que l'on eut trouvé un couteau de cuisine dissimulé sous la housse d'un meuble. Garcin, pour opérer ce vol qu'il avait longuement prémédité durant son séjour en prison, avait dû traverser la chambre à coucher de Mlle Mars, qui, fort heureusement, ne s'était point réveillée. Garcin, à l'affût depuis deux jours à la porte de la rue Saint-Lazare, s'était glissé entre les roues, sous la caisse de la voiture, alors que Mlle Mars revenait du théâtre, où elle avait créé le personnage de Madame de Lignerolles. Il se reconnut, d'autre part, comme l'instigateur d'un vol de diadème en brillants, dérobé à Mlle Mars, quelque temps auparavant, par deux complices dont il donna les noms et qui furent appréhendés.

 

Mais il faut revenir à Mlle Duchesnois et à son hôtel. La maladie faisait son œuvre, et avec elle, la gêne était venue. Mlle Duchesnois avait dû abandonner la rue de la Tour-des­Dames, pour se retirer au N° 7 de la rue de La Rochefoucauld (1) - aujourd'hui 19 - dans une maison qui, en 1847, devait recevoir Mme de Lavalette, veuve infortunée de l'ancien ministre des postes, et dont la raison était demeurée fort ébranlée depuis l'évasion mouvementée de son mari (2). Dans cette maison de la rue de La Rochefoucauld s'éteignit Mlle Duchesnois, le 8 janvier 1835, après avoir reçu l'assistance de l'archevêque de Paris, plus heureuse, à cette heure suprême, que Talma, son voisin, dont la famille avait écarté le prélat accouru à son chevet. Le décès fut déclaré à la mairie du 2e arrondissement (aujourd'hui IXe) :

 

(1) L'acte du 31 juillet 1834 porte : « demt à Paris rue de la Tour-des-Dames n° 3 » mais en marge se lit la correction : « ci-devant, actuellement rue de La Rochefoucauld n° 7. » (Etude Lejeune, succr de Fourchy).

(2) Cf. Comte Henry d'Ideville. La comtesse de Lavalette. Champion 1886. Nous avons pu établir le changement de numéro par l'examen comparatif des divers Bottins, où un locataire, le lieutenant général Le Pays de Bourjoly, indiqué, en 1847 et 48, au n° 7 de la rue de La Rochefoucauld est porté, l'année suivante, au n° 19.

 

 

 

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Du jeudi huit janvier mil huit cent trente-cinq, une heure de relevée. Acte de décès de Catherine-Josèphe (sic) Raffin, dite Duchesnois, artiste dramatique, âgée de cinquante-six ans (1), née à Saint-Saulves (Nord), décédée ce matin à quatre heures et demie, en son domicile, rue La Rochefoucauld n° 7, célibataire. Les témoins sont Charles-Louis-Joseph Robin, négociant, âgé de vingt-cinq ans, demeurant rue des Jeûneurs n° 1 bis, gendre (2), et Etienne Lemoine, épicier, âgé de trente et un ans, demeurant rue Neuve Saint-Roch n° 16, lesquels ont signé avec nous Sylvain-Charles-Théodore Mongalay, adjoint au maire du 2e arrt de Paris.

Les obsèques eurent lieu le 10 janvier, avec un convoi de 3e classe, et le corps fut présenté à l'église Notre-Dame de Lorette. Sur le registre de la paroisse, pour l'année 1835, on peut lire encore :

N° 12. Le samedi 10 janvier 1835 a été présenté en cette église le corps de Catherine-Josèphe Raffin, dite Duchesnois, décédée le 8 de ce mois, rue de La Rochefoucauld n° 7, âgée de 56 ans (sic). Furent témoins : M. Charles-Louis Robin, dt rue des Jeûneurs n° 1 bis et M. Louis-Auguste Favier, dt rue de la Paix n° 19.

Un camarade de la défunte, Lafon, prononça un discours dont le ton forma contraste avec ceux des autres orateurs, où la politique était intervenue, on ne sait trop pour quelle raison.

Dès le 12 février 1834, un an avant sa mort, le Moniteur annonçait que Mlle Duchesnois, retirée sans aucune fortune - elle avait fait ses adieux définitifs au public en 1833 - cher­chait à vendre, rue de la Tour-des-Dames, cette maison qui, pendant plusieurs années, « avait été le rendez-vous des gens de lettres. » Le mardi 4 mars, l'hôtel devait être mis en vente à la Chambre des notaires. Opération différée, ou improduc­tive, car le 31 juillet 1834, moyennant le prix principal de 55.000 francs, devant Mes Fourchy et Thifaine. Mlle Duchesnois vendait l'hôtel de la rue de la Tour-des-Dames à Gervais­Gaspard-Philippe Gozzoli, propriétaire, demeurant à Paris, rue de Sèvres, n° 159, et Pierre-Cécile-Jeanne Batissier, sa femme. Si l'on se rappelle que Mlle Duchesnois avait payé à

 

(1) En réalité cinquante-huit.

(2) Mlle Duchesnois avait eu une fille et deux fils.

 

 

 

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Lapeyrière 52.000 francs, on se rendra compte qu'avec tous les aménagements apportés par elle, et l'intérêt de la somme, l'affaire n'était point brillante.

Vingt ans plus tard une autre actrice, plus connue par son amitié pour Théophile Gautier, et son intimité avec Chasseriau, Alice Ozy, vint habiter, comme locataire, l'hôtel de la Duchesnois. Mais pour peu de temps, car « Mme Ozy, rentière », ne figure au n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames, sur l'Almanach Bottin, que pour la seule année 1855.

 

Le 10 février 1835, les Gozzoli vendirent à Séraphin Van Caneghem, ancien consul de Hollande à Canton, qui constitua l'hôtel en dot à sa fille adoptive, Constance-Manlius Van Caneghem, le 4 août de la même année, lors de son mariage avec Hervé-Marie-Ernest Carbonnel, marquis de Canisy.

Les époux se séparèrent bientôt de corps et de biens, et la marquise de Canisy, qui habitait au n° 26 de la place Saint-Georges, vendit l'hôtel de la rue de la Tour-des-Dames, le 23 mars 1844, moyennant 84.500 francs, à la princesse de Wagram (1).

Après la mort de la princesse, née Zénaïde-Françoise Clary, survenue, à Boissy-Saint-Léger le 27 avril 1884, un partage eut lieu, le 1er mai 1885, et la propriété resta indivise entre les enfants et leur père, Napoléon-Alexandre-Louis-Joseph Berthier, prince de Wagram. Celui-ci étant décédé, rue de Balzac, 21, le 9 février 1887, l'hôtel de Mlle Duchesnois, échut en propre, aux termes d'un contrat d'attribution en date des 25, 27 et 30 juin suivants, à la princesse Anna-Caroline­Alexandrine-Napoléon Murat, fille du prince et de la princesse de Wagram, épouse du comte Agénor-Marie-Adam Goluchowski, ministre des affaires étrangères d'Autriche.

 

(1) Contrat passé par Mes Rousse et Huillier, notaires à Paris. Le prince de Wagram se rendit également acquéreur de la propriété sise rue de La Rochefoucauld, n° 5. Cette dernière passa ensuite à la Cie des chemins de fer de l'Ouest algérien, qui en revendit elle-même une partie à Etienne-Joseph Jarry, le 9 janvier 1886. Tous ces terrains dépendaient du ci-devant hôtel de Valentinois.

 

 

 

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La comtesse Goluchowska, qui résidait à Vienne, vendit l'hôtel de la rue de la Tour-des-Dames, le 28 février 1896, moyennant un prix principal de 115.000 francs, au docteur et à Madame Berlioz. Après la mort de sa femme, le docteur Berlioz, par acte du 31 août 1918 et par suite d'arrangements de famille, reçut l'hôtel en pleine propriété.

Le docteur Berlioz s'était plû à entretenir et à ménager suivant les exigences de la vie moderne, le nid où s'était réfugiée l'une de nos plus grandes tragédiennes. Le nid s'était développé ; ce n'était déjà plus la bonbonnière où Victor Hugo était venu dîner un soir en aimable compagnie, car il avait été surélevé d'un étage, et ce fut une élégante et confortable demeure qu'il céda le 28 février 1920, à M. et Mme Chabonat, les accueillants propriétaires d'aujourd'hui (1).

L'hôtel possède toujours ses deux entrées : l'une au n° 3 de la rue de la Tour-des-Dames ; l'autre au n° 56 de la rue Saint-Lazare, à l'extrémité de l'avenue commune aux immeubles voisins. Il consiste, dit le dernier acte de vente « en un bâtiment double en profondeur, élevé sur caves, d'un rez-de-chaussée et de trois étages avec greniers au-dessus. Deux cours..., terrasse (de) laquelle on a vue sur plusieurs jardins... Le jardin, du côté du midi, a une entrée sur l'avenue qui conduit à la rue Saint-Lazare... L'emplacement occupé par le dit hôtel et ses dépendances est de forme irrégulière et d'une contenance superficielle d'environ 337 mètres 34. L'hôtel tient : du nord à la rue de la Tour-des-Dames ; du midi aux ayants-droit Colleau ; de l'est à la Compagnie du chemin de fer de l'Ouest-Algérien et de l'ouest à M. de Saint-Maurice ; et, par hâche, à l'avenue ».

Du côté du jardin, il compte un étage de plus, le rez-de-chaussée de la rue de la Tour-des-Dames, devenant le premier. A l'époque d'origine, les deux ailes sur la rue de la Tour, anciennes écuries devenues petit salon et cuisine,

 

(1) Nous les remercions tout particulièrement de la bonne grâce avec laquelle ils nous ont permis de consulter leurs archives et se sont fait notre guide dans cette résidence dont ils savent apprécier tous les charmes.

 

 

 

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n'existaient pas ; sur le jardin, la façade, de beaucoup la plus intéressante, s'arrêtait au second pilastre. Le boudoir polychrome de la Duchesnois a été conservé, comme on l'a dit ; mais il ne reste plus rien de l'alcôve tendue d'étoffes, où le cortège de l'hyménée déroulait, dans un autre coin du logis, sa frise évocatrice.

La petite rampe d'escalier d'un joli style, paraît dater de l'époque où l'hôtel fut surélevé, car elle se continue jusqu'au dernier étage.

Tel qu'il est, petit joyau enchâssé dans le grand Paris, tombé en des mains pieuses qui en assurent la sauvegarde, l'hôtel construit par Lapeyrière, et où la Duchesnois a laissé sa double empreinte de femme et d'artiste, continue d'évoquer, en ce coin calme et discret, la figure de ces grands acteurs, adulés du public, qui vinrent, il y a cent ans, chercher loin des applaudissements et des caprices de la foule, un peu de repos et d'oubli des grandeurs.

 

Paul JARRY.

 

 

Fig. 4

 

 

 

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Les Chevaliers du noble jeu de l'Arc

de Montmartre et de Saint-Sébastien

 

 

Si l'emploi de l'arc comme arme de chasse ou de combat remonte à la plus haute antiquité, l'origine du jeu, avec ses prix et ses honneurs, est moins bien établie. Certain auteur appelle à son aide toute l'antiquité ; d'autres citent ce passage du cin­quième chant de l'Enéide où sont décrits les jeux et les sacrifices célébrés par les Troyens à la mémoire d'Anchise et notamment le jeu du tir à la flèche dont les prix sont disputés par quatre vaillants guerriers ; mais, la plupart des critiques, refusant tout crédit à légende, prétendent que le jeu ne fut en faveur qu'au XIVe siècle et basent leur opinion sur de nombreuses ordonnances des rois de France, et entre autres celle du 3 avril 1369 (1) par laquelle Charles V invitait ses sujets à s'exercer au tir de l'arc et de l'arbalète, à organiser des fêtes, instituer des prix pour les plus habiles, ou bien encore celle de janvier 1390 (2)

 

(1) « Défendons les geux de dez, de tables, de palme, de quilles, de palets, de soutes, de billes et tous aultres telz geux qui ne chéent point à exercer ne habileter nos diz subgez à fait et usage d'armes à la deffense de nostre Royaume sur paine de quarante sols parisis à appliquier à Nous de chascun et pour chascune fois qu'il y encherra et voulons et ordonnons que nos diz subgez prennent et entendent à prendre leurs geux et esbatement à eux exercer et habileter en fait de traict d'arc ou d'arbalestre ès biaux lieux et places convenables à ce ès villes et terrouoirs et facent leurs dons aux mieulx traians en leurs festes et joies pour ce... ».

(2) « ... Les confrairies du noble et plaisant jeu de l'arbaleste ont été de grande ancienneté... Pour eschever le vice de mauvaise convoitise avons ordonné que les diz confrère ne pourront jouer au dict jeu par or, argent ou autre chose profitable les uns contre les aultres sous peine d'estre mis pour chascune foiz en un cep portatif... mais pour mieux et plus amoureusement continuer le dict jeu pourront jouer au vin pourvu que partout un jour naturel un des diz confrère ne sera tenus de paier que une pinte de vin avant disner et une autre pinte après disner... leur octroyons qu'ils puissent donner et donnent tant et telz joyaux aux joueurs qui y vendront soient en nostre dicte ville ou extranges... ».

 

 

 

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défendant de jouer de l'argent, mais permettant « pour mieux et plus amoureusement continuer le dict jeu », de jouer du vin à condition que le perdant n'ait à payer qu'une pinte avant dîner et une autre pinte après dîner. Sur un pareil sujet, toutes les hypo­thèses sont permises et les recherches qu'elles ont provoquées offrent toujours un intérêt. Mais s'éloignerait-on de la vérité en disant que l'origine du jeu dut se confondre avec celle de l'arme ; les jeux ont de tous temps excité les passions humaines, et il serait bien étonnant que les premiers tireurs, l'arme en mains, n'eussent pas tenté de mesurer leur force et leur adresse et de s'assurer un titre qui flattait leur vanité. D'ailleurs, avant le XIVe siècle et principalement dans les villes qui prirent part au mouvement communal, on retrouve la trace de ces compagnies ou confréries dont les chefs s'attribuaient déjà les dignités de roi et connétable. Félibien assure que la confrérie de l'arc de Paris existait en 885 ; dans une ordonnance de 1411, il est rappelé que Saint Louis accorda quelques privilèges aux sergents de la garnison de Carcassonne qui « s'exerçaient, sous forme de jeu, à tirer de l'arbalestre » et, la même année, dans les lettres d'établis­sement de la compagnie des arbalétriers de Paris, on lit « qu'en icelle ville de tout tems ait eu confrairie d'arbalestriers de gens d'estat et mesnagiers qui se sont entremis du traict et exercite de l'arbalestre ». En tous cas, c'est sous Charles VI que paraissent s'être organisées presque militairement ces sortes de corporations bourgeoises qui facilitèrent du reste le recrutement des milices pour la garde des villes (1). Tandis que les arbalétriers invoquaient le patronage de Saint Georges, les compagnies de l'arc se mirent sous la protection de « sire Dieu et à sa louange, de la benoite Vierge Marie, de Monseigneur Saint Sébastien et de toute la célestial court et compaignie de Paradis », et presque toutes les

 

(1) Une sentence du Bureau de la Ville de Paris en 1658 rappelle que « les bandes ou compagnies d'archers et d'arbalestriers furent tirées des confrairies composées de bourgeois ».

 

 

 

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compagnies qui s'établirent par la suite se recommandent de cette fondation dans leurs statuts ou leurs requêtes (1).

L'étymologie des mots papegault, papegai, papegeai qui désignent l'oiseau servant de cible est aussi incertaine. Pappa gallo, d'après les uns ou, solution plus facile, origine inconnue disent les autres. Cependant, dans une chronique du Magasin pittoresque, un auteur anonyme estime que ces dénominations dérivant de plusieurs langues et plus ou moins déformées doivent être traduites par le mot perroquet, ce qui expliquerait pourquoi l'oiseau de bois ou de carton était généralement peint en vert, le bec et les pattes en rouge et il semble bien que cette opinion soit la seule à retenir (2).

A Montmartre, on paraît peu fixé sur le nom de l'oiseau appelé indifféremment le geai, le papegay ou le papigot. Le tir avait lieu tous les ans le deuxième dimanche de carême sur une place près des moulins ou dans la cour extérieure de l'abbaye ; par la suite, cette fête fut reportée au premier dimanche de mai et se tint aussi aux Porcherons. Suivant une vieille coutume, le seigneur du lieu choisi pour ce tournoi bourgeois devait donner un prix à celui des tireurs qui, ayant abattu l'oiseau, prenait pour une année le titre de roi du jeu (3). Le seigneur à Montmartre était l'abbesse et son prix consistait, avec la remise des rubans ordinaires, en une tasse d'argent d'une valeur de 25 à 29 livres que le vainqueur s'engageait à représenter l'année suivante.

Aucun document ne permet de déterminer l'époque à laquelle le prix de Madame fut mis au concours ; le plus ancien remonte à

 

(1) On peut consulter à ce sujet de nombreux ouvrages parmi lesquels je ne citerai que : V. Touque, Recherches historiques sur les corporations des archers, des arbalétriers et des arquebusiers ; Delaunay, Etude sur les anciennes compagnies d'archers ; comte A. de Bertier, V. Cordier et Guglielmini, Le tir à l'arc, où toutes ces questions ont été étudiées et remarquablement exposées. Une biblio­graphie intéressante a été publiée dans le dernier.

(2) Année 1842.

(3) Ce titre était reconnu par des ordonnances royales ; en 1488, Charles VIII, confirmant les privilèges accordés par ses prédécesseurs à la confrérie des archers de Nevers, leur permettait de « s'assembler une foiz l'an et tirer le papegay et d'icelluy qui l'abattra sera repputé et appelé toute l'année roy de tous les archers, lesquels lui obéiront et seront tenus de lui obéir comme leur maistre et principal archer ».

 

 

 

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1618, mais il n'est pas douteux qu'on tirait le papegai bien avant cette date ainsi qu'en témoigne ce passage d'une requête du procureur fiscal en 1631 où il est dit « que de tous teins et ancienneté le deuxième dimanche de caresme il est accoutumé de tirer au papeguay avec l'arcq » (1). Un procès-verbal de ces réunions annuelles devait être dressé au greffe de la prévôté ; mais de nombreuses lacunes laissent supposer que cette formalité n'était pas toujours remplie. Le premier procès-verbal est daté de 1618.

 

Du dimanche 18e jour de mars est comparu Charles Toussaint demeurant à Montmartre lequel a abatu le geay et promis de le représenter dedans ung an au jour qu'il a accoutumé lequel présente pour caution Henry Tillant.

 

Le 7 mars 1621, c'est encore Toussaint qui abat l'oiseau ; le 22 février 1622, le prix revient à un habitant de La Chapelle, Maximilien Huis et caution est donnée par Cosson, demeurant à Montmartre (2). En 1631, Claude Vincent, le roi de l'année précédente, obtient la permission de tirer le papegai le dimanche 16 mars, après vêpres ; l'oiseau n'ayant pas été abattu, la réunion fut reportée au dimanche suivant où, dit le procureur fiscal, « il serait arrivé de grandes insolences s'estant les arbalestriers entrebattus des uns aux autres, jusqu'à éfusion de sang, jurant et blasphémant le saint nom de Dieu et de quoy l'un des sergents de la prévôté aurait dressé son procès-verbal » (3). Ce ne sera pas la dernière fois que le procureur fiscal devra requérir contre les turbulents archers.

On retrouve encore deux rois du jeu, en 1664, René Bonet, demeurant à Clignancourt, et en 1665, Thomas Bailly, fils du procureur Gentien Bailly et caution donnée « par son mestre Barthélemy Bardon qui fait la soumission ordinaire » (4). Puis, une autre interruption se produit dans la tenue de ces procès-

 

(1) Arch. Nat. Z2 2401.

(2) Ibid. Z2 2391.

(3) Ibid. Z2 2401.

(4) Ibid. Z2 2393.

 

 

 

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verbaux qui n'apparaissent qu'en 1694 et sont alors, enregistrés régulièrement jusqu'en 1708 par le tabellion Henry Venant, moyennant un droit de cinq sols. Voici pour cette période les rois du jeu.

 

26 mars 1694, Nicolas Bonneuil, jardinier de Madame de Montmartre. Le prix de l'année précédente est rapporté par Pierre Bour au nom du défunt son fils Claude.

6 mars 1695, Louis Lefebvre, jardinier à La Villette.

2 mars 1696, Gaultier, manouvrier, à Mousseaux.

10 mars 1697, Vignon dit Fleury, jardinier.

18 mars 1698, Antoine Mayeux, à Mousseaux.

25 mars 1699, Étienne Le Mestre, aux Porcherons.

14 mars 1700, Nicolas Nottre, chaussier à La Chapelle.

25 mars 1701, Pierre Gomain, jardinier à Paris, faubourg Saint-Honoré.

25 mars 1702, Antoine Farigault, jardinier à Paris.

18 mars 1703, Jean Gruny, voiturier à La Chapelle.

5 mars 1704, Pierre Massé.

21 mars 1705, Fauvet, garde moulin à Montmartre.

 

Je transcris les trois derniers procès-verbaux un peu plus détaillés.

 

14 mars 1706, Je soussigné Jean François-Isidore Covin, bourgeois de Paris, demeurant faubourg Saint-Honoré, reconnais avoir aujourd'huy abattu le prix et papegay de la seigneurie de Montmartre et promis le représenter avec une tasse d'argent de la valleur de 28 livres le deuxième dimanche de caresme de l'an prochain 1707 à l'office des vespres et moy Marcel Venant, demeurant au dit Montmartre me rend pleine caution du dit Covin de représenter le dit papegay le deuxième dimanche de caresme avec une tasse d'argent du prix susdit à son deffaut. Covin, Venant.

 

10 avril 1707. Jay soussigné Pierre Bourdin, carrier, demeurant au dit Montmartre reconnais avoir ce jour abattu le papigaut du prix de Mme de Montmartre que Isidore Covin a rendu le deuxième dimanche de caresme dernier lequel papigot jay promis de représenter le 2e dimanche de caresme de l'année prochaine 1708 avecque une tasse d'argent de valleur de 28 livres et à l'instant Jacques Tillon, vigneron demeurant à Montmartre donne pleine caution au dit Bourdin au défaut du dit Bourdin de rendre et représenter la dite tasse jay promis m'obliger par ce présent de représenter le dit papigot et tasse, de quoy avons signé Covin, Bourdin, Jacques Tillon.

 

18 mars 1708, aujourd'huy dimanche moy Clémens Venant, garde des plaisirs du Roy, demeurant à Montmartre, recognais avoir abattu à

 

 

 

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la flèche le papigot et prix seigneurial de ce lieu que je promet de représenter avec une tasse d'argent de valleur de 28 livres le deuxième dimanche de caresme de l'année prochaine 1709 faute le remboursement du prix de la dite tasse en la manière ordinaire lequel papigot a été rendu par Pierre Bourdin. Moy dict Bourdin je recognais avoir été bien abattu et au défaut par le dit Clément Venant de la rendre l'année prochaine le dimanche de caresme Moy Marcel Venant me rend sa caution et à son deffaut promet représenter le dit papigot et tasse du prix susdit à la charge de la répétition comme dit et en témoin de quoy nous sus dit Clément Venant, Marcel Venant et Pierre Bourdin avons signé (1).

 

Jusqu'à cette époque, aucune organisation n'a groupé les gens de Montmartre et des villages ou quartiers environnants qui viennent tirer le prix seigneurial. S'ils prennent la qualité de chevalier de l'arc, ils n'ont point de jardin, pas de règlement et, à défaut d'uniforme, leur costume devait avoir quelque analogie avec celui des archers de Paris dont le chef, en 1714, signalait « la variété et même la malpropreté d'un grand nombre d'yceux » (2). Ce concours était probablement ouvert sous cer­taines conditions à tous ceux qui voulaient disputer le prix au roi de l'année précédente et c'est sans doute la raison pour laquelle un habitant de Montmartre répondait des engagements pris par le vainqueur.

Après 1709, le prix de Madame est supprimé, le tir du papegai interdit et les archers récalcitrants sont exposés à des poursuites et des amendes. Ces fêtes attiraient beaucoup de monde à Mont­martre, public bruyant et querelleur se mêlant volontiers aux disputes fréquentes qui s'élevaient entre les concurrents et peut-être des troubles, des accidents furent-ils la cause de cette mesure rigoureuse. Mais le jeu avait trop d'attraits pour les amateurs qui ne tinrent aucun compte des sentences prévôtales. Le 11 avril 1719, le procureur fiscal, Étienne Bosné, demandait au lieutenant général du bailliage Louis Fauvret, de se rendre aux Porcherons où

 

(1) Arch. Nat. Z2 2462.

(2) Hay, Recueil des chartes, créations... des colonels, capitaines... des compagnies d'archers, d'arbalétriers et d'arquebusiers de la ville de Paris.

 

 

 

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Plusieurs particuliers vassaux de Mme l'abbesse se sont ingérez le jour d'hyer vers 5 heures après midi de faire tirer publiquement un jeu qu'ils appellent le papigot sans permission... et alors qu'il n'appartient qu'à ma dite Dame, haute justicière des terres et seigneurie de Montmartre, Nouvelle France et Turquam d'accorder le privilège de festes publiques.

 

Et le greffier continuait ainsi :

 

A l'instant nous nous sommes transporté sur et proche la voirie des Porcherons où nous avons trouvé une perche d'environ 30 pieds de hault à laquelle tenait le papigot et plusieurs tireurs de prix... et le nommé Harant, jardinier, se disant le roy du prix a dit qu'il n'avait pas besoin de permission ; pourquoy avons ordonné à Chanu, notre huissier, d'abattre la perche..., mais le dit Harant serait monté sur le toit de la maison contigue, aurait détaché le dit papigot et nous l'aurait remis...

 

Ce qui n'empêcha pas Harant et un de ses confrères Tranger d'être condamnés le 19 avril suivant à 5 livres d'amende, et la sentence portait « deffense à tous habitants de ce bailliage de faire aucuns jeux ni festes publiques sans permission de Mme de Montmartre... et la représentation ou oiseau du papigot.... sera brisée et enlevée (1) ».

Pour varier leurs plaisirs, les bons montmartrois se mirent à tirer l'oie. Un réquisitoire du procureur fiscal Boucher, en date du 28 décembre 1738, donnera l'idée de ce que pouvait être ce jeu barbare très usité dans les campagnes et non sans dangers pour les spectateurs :

 

Remontre que festes et dimanches durant le service divin, tant sur une place de Montmartre aux environs des moulins que dans les Porcherons, nombre considérable, tant de gens de la paroisse qu'étrangers de toute sorte d'âge et différentes qualités suspectes comme soldats de garde française et suisse, domestiques, vagabonds et gens sans aveu, se sont depuis plusieurs années permis sans aucune permission de faire planter des potots à lequel il atache une oye dont il serve de gros bâtons jettés à force de bras pour l'abastre et qu'il appelle le jeu de tirer l'oye ; que les inventeurs de ce jeu exigent deux sols de chacun de ceux qui veulent être admis, et comme cette sorte de jeu net non seulement othorisé du seigneur du lieu, que même cela cause et empêche plusieurs personnes d'aller au service divin et occasionne un libertinage considérable, juremens horribles et batteries qui si font continuellement et souvent des accidens mortels aux passants et aux spectateurs... à ces causes requiert que deffenses seront faites à toutes personnes... de plus à l'avenir planter ou faire planter dans notre juridiction aucun poteau à l'effet d'y jouer au jeu d'oye.

 

(1) Arch. Nat. Z2 2385.

 

 

 

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Répondant à ces conclusions, le prévôt, le 16 janvier suivant, défendait :

 

De plus fournir et exposer d'oye sur aucune place du ressort de la prévoté pour les tirer avec aucun instrument de quelque nature que ce soit et conséquemment d'admettre pour y tirer qui que ce soit sans argent ou avec argent à peine de 30 livres d'amende contre ceux qui auront fourni et exposé l'oye et de 10 livres contre chacun de ceux qui se présenteront pour y tirer, les dites amendes payables par emprisonnement de leurs personnes et en cas de récidive sera procédé contre eux extraordinairement (1).

 

C'est vers 1748 qu'un nommé Jean Vignol, marchand coutelier de Mgr le Dauphin, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré devant l'Oratoire, et ses deux fils Blaise et Guillaume, aussi couteliers, le premier rue du Mail, et le second, chez son père, créèrent aux Porcherons, une compagnie d'arc qui ne comptait en sus des fondateurs que dix membres, les nommés Gendarme, jardinier du Roy, Doucet, menuisier, Sanson fils, jardinier, Cardot, éperonnier, Savoir, jardinier, Malœuvre, éperonnier, Revel, marchand de vins, Vion, maçon, Duvoir, éperonnier, et Monneceaux, jardinier (2). Pour installer la Compagnie, Vignol sous-louait rue Saint-Lazare une partie de la maison où pendait pour enseigne l'Epée de bois et dont un corps de logis était occupé par le pâtissier Le Trotteur. Cette maison ou du moins la partie louée par Vignol est ainsi décrite dans un procès­verbal verbal d'état de lieux dressé le 22 septembre 1749 par le pro­cureur fiscal Nicolas Damien, en présence de Jean Vignol, de Le Trotteur, de Gabriel Gendarme, demeurant à Paris, rue Louis-le-Grand qui était alors roi du jeu, et d'une darne Jeanne Breton, veuve de Jacques Alexandre Le Goupil, sculpteur ordinaire du Roi (3), représentant le propriétaire, un sieur Varignon, écuyer maréchal-des-logis de la maison du Roi.

 

(1) Arch. Nat. Z2 2385-2417.

(2) Arch. Nat. Z2 2417.

(3) Cet artiste, qui se fit surtout remarquer comme sculpteur sur bois, exécuta divers travaux dans les appartements du château de Versailles. D'après Jal, il habitait rue de Clichy, lorsqu'il épousa, en 1735, Jeanne Breton.

 

 

 

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La principale entrée est sur la rue Saint-Lazare par une porte chartière au milieu de deux. corps de logis ; la baie servant d'entrée est une grande porte de bois de chêne à deux battans... A l'entrée de l'allée où cette porte conduit est une marche de pierre de la largeur de cette allée ainsi que la cour de la maison qui est ensuite et pavée de petits pavés de grès... Dans la cour, à main droite, petite salle au rez-de-chaussée et deux autres petites salles, passage où est un puits commun. Dans une salle à côté dont la porte est de chêne et construite par Vignol et sa compagnie au lieu d'une porte en sapin en mauvais état..., à la fenêtre, il ne reste que quatre carreaux de verre qui nous ont paru n'avoir point été lavés depuis longtemps. De cette salle par un petit escalier de onze marches de pierre nouvellement construites par le sieur Vignol et sa compagnie, on monte à la terrasse ou jardin ; à gauche, une rampe de fer construite par Vignol. La terrasse est du côté de la cour fermée par un mur de plâtre et moellon et à côté et par devant sont deux espèces de petits murs de terre glaise et de chaume pour recevoir les flèches qui se tirent dans le jeu du sieur Vignol et consorts ; et à l'autre extrémité de la terrasse sont deux petits murs semblables ; elle est de chaque côté plantée d'environ dix noiers en forme d'avenue et de dix-huit arbres de différentes sortes. Au milieu, la grande allée sablée garnie de chaque côté de plate bandes ainsi que le long des deux murs. Estant cette terrasse et les enjolivements qui y sont construits aux frais de Vignol et sa compagnie (1).

 

La Compagnie du noble jeu de l'arc de Montmartre était fondée et s'associait aussitôt à la confrérie de Saint-Sébastien de Paris. D'après les règlements généraux des compagnies d'arc, les nouveaux chevaliers devaient se faire inscrire à la confrérie de la ville la plus proche ou à l'abbaye de Saint-Médard-lès-Soissons dont l'abbé était reconnu grand maître et souverain juge de toutes les confréries de Saint-Sébastien du royaume ils versaient à un receveur spécial choisi parmi les chevaliers une cotisation « qui ne pouvait être employée à d'autre usage que pour le service et le culte divin, la décoration et l'entretien de la chapelle de Saint-Sébastien » (2). En même temps, la Compagnie se mettait sous la protection du bailliage et obtenait la permission de tirer le papegai. La première réunion eût lieu

 

(1) Arch. Nat. Z2 2463.

(2) Lorsqu'au IXe siècle, les reliques de saint Sébastien furent envoyées de Rome au monastère de Saint-Médard, la garde en aurait été confiée aux archers du faubourg de Saint-Wast qui se groupèrent en une sorte d'association confraternelle. Telle serait, d'après la tradition, l'origine de cette confrérie que le clergé encou­ragea et à laquelle adhérèrent peu à peu toutes les compagnies d'arc du Royaume.

 

 

 

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au mois de mars 1749 au haut de Montmartre devant un grand nombre de spectateurs qui tenaient sans doute rigueur aux officiers de justice de les avoir si longtemps privés de cette fête, car dès que ceux-ci parurent sur le champ de tir, ils furent accueillis, dit le procureur fiscal, « par les huées et les injures de plusieurs particuliers à eux inconnus et qu'ils n'ont pu dis­tinguer dans la grande multitude de personnes qui s'y étaient assemblées ». Aussi, le prévôt, « reconnaissant qu'il était néces­saire de réprimer de tels abus pour les suites fâcheuses qu'ils peuvent avoir, défendait à tous particuliers d'insulter le procureur fiscal et autres officiers dans l'exercice de leurs fonctions à peine de 30 livres d'amende » (1).

A peine la Compagnie est-elle constituée que la discorde va diviser ses membres dont l'humeur belliqueuse provoque de continuelles contestations, des chicanes, des querelles donnant lieu à d'interminables procès qui n'ont d'autre intérêt que de pouvoir suivre la Compagnie dans sa bonne ou sa mauvaise fortune. A la suite d'altercations avec Gendarme, le roi du jeu, Vignol se retire de la Compagnie, ferme les portes du local et ne consent à remettre les clés que contre remboursement des dépenses qu'il a faites pour l'aménagement des salles et du jardin, le paiement des loyers et le prix du drapeau, du bâton royal, des croix, des rubans. L'affaire est soumise le 30 avril 1751 au procureur fiscal qui, après avoir obtenu de Gen­darme l'assurance que ces dettes seraient acquittées, procède à l'ouverture des coffres et des armoires où étaient déposés différents objets à l'usage des chevaliers dont ceux-ci reprennent possession.

 

Un bâton garny de cuivre argenté et par un bout d'une fleur de lix avec son étui en toile verte, deux registres couverts en parchemin intitulés A la gloire de Dieu, des exemplaires d'ordonnances concernant le jeu d'arc, deux espontons, la tringle à dresser l'oyseau, un bâton de bois de Chine orné d'une plaque de cuivre argenté, un bâton verny servant à porter l'oyseau avec trois guirlandes de fer, des arcs, des carquois, des flèches, des plastrons, des broches... (2).

 

(1) Arch. Nat. Z2 2397.

(2) Arch. Nat. Z2 2463.

 

 

 

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Privée de l'aide des Vignol, car les fils avaient épousé la querelle de leur père, la Compagnie était menacée dans son existence même ; elle ne pouvait tenir les engagements souscrits et encore bien moins calmer l'impatience du propriétaire. Mais Vignol n'usa pas de rigueur envers la Compagnie qu'il avait fondée, et après bien des atermoiements, des tentatives infructueuses de réconciliation, on se fit des concessions de part et d'autre et la paix fut enfin rétablie en 1755. La Compagnie reconnaissait solennellement par une inscription sur le registre des délibéra­tions les dettes contractées à l'égard de Vignol, fixait les modalités de paiement, et celui-ci était réintégré dans son grade de capi­taine connétable. Réconciliés et pour éviter de nouveaux con­flits, Gendarme et Vignol résolurent de soumettre les chevaliers à des statuts qui imposeraient une discipline sévère, régleraient toutes les questions intéressant la Compagnie et d'en appeler au besoin à la juridiction du bailliage. A cet effet, le 28 mars 1756, les officiers et chevaliers du noble jeu de l'arc et confrérie de Saint-Sébastien pour la ville de Paris et Montmartre, Gendarme, Jean Vignol, Tilmant, Maillard, Blaise Vignol, Caron, Doison père, Doison fils, Carbonnier, Malœuvre, Aubert, Raimont Didier, Boyer, Cravaz, Jardin, Desmouchets et Guilbert se réunirent dans la salle et jardin de leur jeu rue Saint-Lazare dont le nouveau propriétaire, un sieur Tilmant, marchand de levure de bière, s'était associé à la Compagnie.

Comme préambule aux statuts, le secrétaire-greffier écrivait sur le registre des délibération :

 

A été représenté par M. Gendarme, roy actuel de la compagnie, et par M. Jean Vignol, capitaine d'ycelle, que pour rendre leur compagnie plus durable et plus solide, remédier aux abus qui se sont glissés lors et depuis leur établissement au dit lieu et prévoir ceux qui pourraient se glisser par la suite, il serait à propos de délibérer tous ensemble et à convenir de statuts et règlements entre eux tirés des statuts et règlemens généraux des compagnies de pareil jeu et confrairie dans le royaume, des usages particuliers de la leur et eu égard au lieu de leur établissement, lesquels statuts et règlemens aucun d'eux ne pourrait enfreindre.

 

Sauf quelques articles relatifs aux obligations imposées par l'abbaye et le bailliage, ces statuts sont en effet copiés, avec

 

 

 

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plus ou moins d'ordre, sur les règlements édictés en 1733 par Renault de Pomponne, abbé de Saint-Médard-lès-Soissons, pour toutes les compagnies du noble jeu de l'arc et confréries de Saint-Sébastien. Malgré leur longueur, il y a 47 articles, c'est un document curieux par les renseignements qu'il donne sur l'organisation de la Compagnie et sur les usages adoptés dans l'exercice du tir.

 

Art. 1er. - La Compagnie sera composée d'un Roy, première personne du jeu, de la confrairie et du jardin du dit jeu ; de quatre officiers en chef scavoir, un capitaine connétable, un major, un capitaine. lieutenant, un enseigne ; de quatre officiers subalternes scavoir, un receveur, un procureur, un greffier et un sergent et de chevaliers (1).

 

Article 2. - Aucun ne sera reçu qu'il ne soit de la religion catholique, apostolique et romaine et de bonnes vie et mœurs, (2) qu'il ne prête serment en mains du Roy et du capitaine connétable d'exécuter et se conformer en tout aux présents statuts et règlemens dont on luy fera lecture et immédiatement après la réception de chevalier, il se fera enregistrer de la confrairie de Saint-Sébastien.

 

Art. 3. - Celuy qui aura abbatu l'oyseau sera reconnu pour Roy de la Compagnie (3) ; le Roy aura soin que le capitaine et autres officiers veillent à l'exécution des présents statuts et qu'aucun chevalier ne s'en dispense ; il donnera sa voix le premier dans les assemblées tenues pour affaires de la Compagnie et sy les voix se trouvent égalles, il pourra décider après avoir reçu l'avis des officiers en chef ; les peines et amendes prononcées par la Compagnie contre les chevaliers pourront être modérées par le Roy et le capitaine ensemble et non séparément.

 

Art. 4. - Le capitaine sera chargé de la discipline sur les autres Officiers et chevaliers lesquels seront tenus de luy obéir en tout ce qu'il leur commandera et deffendra conformément aux présents statuts, et en l'absence du Roy et du capitaine, le même pouvoir sera dévolu aux autres officiers en chef selon leur rang soit pour la réception, soit pour la discipline et com­mandement des chevaliers.

 

Art. 5. – Le receveur de la Compagnie tiendra registre de la recette et de la dépense qui regardera seulement la Compagnie et entretien du jardin ; il ne pourra néanmoins dépenser 10 livres en un seul article sans

 

(1) Le grade de major n'était pas reconnu par les règlements généraux.

(2) Dans certaines compagnies, nul ne pouvait être reçu chevalier s'il n'était marié ou âgé de 25 ans.

(3) Le roi du jeu jouissait de privilèges concédés par des ordonnances royales ; il était tenu « franc quicte et exempt de toutes tailles, aides, subsides, de guet et garde porte et aultres subvencions quelconques... ».

 

 

 

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en donner avis à la Compagnie et son agrément à toute dépense au-dessous de cette somme sera abandonné à sa sage conduite ; il rendra ses comptes tous les ans le jour que la Compagnie décidera l'oyseau abbatu dans une assemblée généralle dans laquelle seront invités par billets tous les officiers et chevaliers.

 

Art. 6. - Lorsqu'il y aura lieu de prononcer quelques peines ou amendes contre officiers ou chevaliers pour contravention aux présents statuts, généralement dans tous les différents entre les officiers et che­valiers, et en tout ce qui concerne la discipline et affaires intéressantes pour la Compagnie, le procureur en fera rapport à toute la Compagnie assemblée laquelle en décidera après avoir entendu les raisons de part et d'autre et fautte d'exécution des décisions de la Compagnie de subir les peines et payer les amendes prononcées, il en sera jugé en dernier ressort par MM. les juges de la prévôté de Montmartre sans procédure sur les conclusions de M. le Procureur fiscal de la dite prévôté. MM. les Juges de la dite prévôté seront suppliés d'aggréer cette connaissance de leurs causes. Les officiers ou chevaliers en contravention seront assignés au plus pro­chain jour d'audience à la requête de M. le Procureur fiscal pour répondre à ses conclusions ; s'ils ont moyens valables à proposer, ils pourront com­paraître ou par procureur en la dite prévôté à leurs frais ; les couts des assignations, sentences et affichages seront remboursés par les contrevenants et se prendront par provision sur les amendes de la Compagnie ; les assignations et significations seront données au jeu de la Compagnie au domicile du concierge que la dite Compagnie élit pour ce irrévocablement ; consentans que tous officiers et chevaliers soient joints et participants au droit des baux du jardin salle et maison en dépendant.

 

Art. 7. - Le greffier portera exactement sur un registre qui restera entre ses mains tous les actes, décisions et délibérations concernant la Compagnie, en donnera les expéditions nécessaires ; les sentences, titres et pièces concernant la Compagnie resteront enfermés dans un coffre à trois clefs dont le Roy en aura une, le capitaine connétable l'autre et le dit greffier la troisième ; le dit greffier sera dépositaire du sceau et du joyau de la Compagnie pour les représenter quand besoin sera ; le dit greffier recueillera les voix dans les assemblés accompagné du controlleur que la Compagnie luy nommera pour cette fonction.

 

Art. 8. - En telle occasion que ce soit, tous les chevaliers tiendront chacun leur rang de réception après les officiers ; ils porteront honneur et respect au Roy et à tous les officiers à qui ils obéiront en tout ce qui sera commandé ou deffendu suivant les présents statuts et les usages particuliers de la Compagnie s'il y en a d'aprouvé par les supérieurs.

 

Art. 9. Le sergent exercera sa charge en faisant ranger en ordre la Compagnie quand il sera besoin de marcher en cérémonies ; la Compagnie sera tenue de luy obéir dans cette fonction.

 

Art. 10. - Lorsque quelqu'un désirera se présenter pour être reçu chevalier, il sera obligé de fréquenter le jardin et la Compagnie autant de

 

 

 

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temps que le Roy et les officiers le jugeront à propos ; il sera présenté à la Compagnie par un chevalier ; sa réception sera indiquée par billets portés par le concierge chez tous les officiers et chevaliers ; il payera le prix fixé par acte fait sur le livre de la délibération ; les fils de chevalier ne payeront que la moitié du prix fixé ; l'acte de réception de chaque nouveau che­valier sera inscrit sur le registre et signé des officiers et chevaliers en plus grand nombre que faire se pourra.

 

Art. 11. - Le dernier dimanche du mois d'avril de chaque année, le Roy provoquera assemblée généralle de tous les officiers et chevaliers en la salle du jardin à l'issue des vespres à l'effet de prendre jour pour tirer l'oyseau qui se tire ordinairement le premier dimanche de may. Les officiers et chevaliers seront tenus de s'assembler en la salle du jardin aux jours et heures qui leur seront indiqués pour tirer l'oyseau l'épée au côté, la croix de chevalier à la boutonnière et en habit d'ordonnance de la Com­pagnie et nul ne pourra se dispenser sans cause légitime qu'il exposera à la Compagnie d'accompagner le drapeau depuis le jardin et de marcher en bon ordre jusqu'à l'endroit destiné pour tirer l'oyseau à peine de 3 livres d'amende pour les officiers et de trente sols pour les chevaliers ; tous officiers et chevaliers ne pourront être redevables à la Compagnie plus de trois mois pour chaque année sinon ils seront exclus du jeu et de la Compagnie.

 

Art. 12. - Aucun ne sera admis à tirer l'oyseau qu'il n'ait entièrement payé entre les mains du receveur de la Compagnie avant qu'elle se mette en marche les amendes ou autres frais et générallement tout ce qu'il pourra être redevable à la Compagnie.

 

Art. 13. - Le présent que chaque officier et chevalier fera au Roy en cette occasion appellé cy devant joyau du Roy sera de la somme de 24 sols et sera payé entre les mains du receveur de la Compagnie par tous les officiers et chevaliers avant le départ de la Compagnie pour aller tirer l'oyseau et aussitôt qu'il sera abbattu, le receveur remettra cette somme entre les mains du nouveau Roy avec les marques d'honneur ordinaires qui sont la croix de Roy et le bâton royal (1).

 

Art. 14. - L'oyseau sera tiré dans l'ordre suivant  : le Roy tirera le premier et après luy les officiers en chef et subalternes suivant leurs rangs, les chevaliers tireront ensuite suivant le rang que le sort leur aura donné sans pouvoir le changer à peine de nullité du coup ; à cet effet, les chevaliers tireront suivant leur réception ; on disposera et on

 

(1) Le présent destiné au roi, le joyau, était le prix offert par le seigneur ou les organisateurs du concours ; objet d'une certaine valeur, et quelques compagnies en possédaient d'une grande richesse ; il fut parfois remplacé par un don en argent. D'ailleurs chaque pays reconnaissait cette royauté suivant ses usages et ses coutumes. Dans les Flandres, le vainqueur était reconduit solennellement jusqu'à sa demeure devant laquelle on plantait un mai. Certains statuts contiennent même le compliment qui devait être récité et la réponse du roi. Dans les statuts d'une confrérie établie dans le Valois, en 1529, se trouve ce charmant dict à donner à boire recueilli par M. Blavignac pour son ouvrage sur les Enseignes d'hôtelleries et de cabarets.

                                En l'honneur de Dieu et Saint Moris

                                Et de Saint Sébastien le martir

                                Honneur et chevalerie

                                Veulx maintenir toute ma vie

                                Du jeu de l'arc qui est si gent,

                                Qui point ne veulx de tricherie.

                                A vous archier sans villenie

                                Ung service je vous donray.

                                Car gaigné l'avez sans reproche

                                Ou près du blanc et de la broche.

                                A ce joly jeu sans envye

                                Tenez, bevez, je vous en prye.

Et le roi répondait :

Gentil galland de franc couraige

Je reçois vostre hommaige,

Je bois à vous, à votre amie

Et à toute la compagnie.   

 

 

 

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tirera les flèches avant que la Compagnie se mette en marche pour aller tirer l'oyseau ; le greffier en dressera un rolle sur lequel il appellera chaque chevalier au premier coup seulement.

 

Art. 15. - Lorsque l'oyseau sera abbattu, la Compagnie se retirera dans le même ordre qu'elle sera venue en la salle du jeu où tous officiers et chevaliers seront tenus de délivrer entre les mains du receveur chacun la somme de 4 livres 10 sols ou la valleur en trois jettons d'argent qui composeront leur prix qu'ils doivent rendre après le prix du Roy chacun à leur tour de dimanche en dimanche ; pour faciliter la Compagnie, il y aura quinze jours pour payer cette somme à commencer du jour que l'oyseau sera abbattu fautte de quoy ils ne pourront tirer dans aucun prix que dans celui du Roy.

 

Art. 16. - L'oyseau sera fait de bois et de la forme en usage dans chaque compagnie ; il sera posé sur deux pattes de bois avec deffense absolue d'y mettre aucun fer ny laiton qui puisse porter préjudice à l'abat de l'oyseau ; celuy qui le mettera en bas sera reconnu Roy de la Compagnie (1).

 

Art. 17. - S'il arrive qu'un officier ou chevalier de la Compagnie abbatte l'oyseau trois années de suitte, il sera déclaré et reconnu pour

 

(1) Les chevaliers de Montmartre n'ont pas cru devoir déterminer les conditions imposées par les règlements généraux pour que le coup soit valable ; « il ne suffira » pas d'abattre la tête, les ailes, ou la queue pour être roi, il faut abattre le corps entier en le frappant avec la flèche. Celui qui abat l'oiseau par ébranlement de la perche sur laquelle il sera posé et qu'il aurait frappée, ne serait pas roi et il faudrait remettre l'oiseau ; mais celui qui le jettera à bas en le frappant à la tête, au col ou à l'aile ou à la queue sera déclaré et nommé roi de la compagnie ».

 

 

 

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Empereur dans la Compagnie et il aura pendant sa. vie le premier pas et la première voix en tout et partout avant le Roy et les autres chevaliers.

 

Art. 18. - L'officier ou chevalier qui n'aura pas pu tirer l'oyseau et qui se présentera pour tirer au prix dit Roy et autres sera obligé de payer sa part du présent et de frais de l'oyseau sans quoy il sera déclaré déchu.

 

Art. 19. - Le Roy présentera son prix à la Compagnie le dimanche suivant que l'oyseau aura été abbattu ; les officiers en chef et subalternes présenteront le leur chacun suivant leur rang les dimanches suivants et ne pourront s'en dispenser ; les prix du Roy et des officiers seront tirés sur douze haltes, les prix des chevaliers sur dix ; on commencera à tirer les prix à 4 heures précises de relevée du jour de ceux du Roy jusqu'au dernier dimanche de juillet, les autres seront tirés à 3 heures précises de relevée ; les chevaliers rendront leur prix chacun à leur tour comme ils seront admis au tirage de l'oyseau ; aucun officier ny chevalier ne pourront se dispenser de tenir leurs cartes prettes pour le jour de leur prix ; il est deffendu de mettre sur aucunes cartes aucune figure déshon­nête ou qui puisse donner occasion de parler ou de penser mal (1).

 

Art. 20. - Les prix seront gagnés à la maîtresse broche qui sera de fer et tous les coups seront rapportés d'un bout à l'autre ; il n'y aura qu'un seul noir et qu'un cordon ou deux à chaque cartes qui sera un cercle égal de toute la largeur de la carte à un pouce près de chaque côté laissé en dehors ; tous les prix seront gagnés en dedans du cordon et non en dehors.

 

Art. 21. Chaque chevalier ne pourra gagner qu'un prix et entre les coups égaux le dessus gagnera le dessous, le dessous la droite et la droite la gauche.

 

Art. 22. - S'il arrive qu'après un bon coup fait un autre tire dans le même trou sans qu'on puisse remarquer aucune inégalité, le premier coup sera préféré, ce qui s'observera dans toutes sortes de prix sans dis­tinction.

 

Art. 23. - Celuy qui fera un coup favorable prendra l'échantillon du pied de la broche au pied de la flèche faisant toujours poser l'échan­tillon de toutes parts contre la carte ; les échantillons seront levés par deux chevaliers désintéressés qui garderont la moitié des dits échantillons fendus en deux et donneront l'autre à ceux qui auront fait le coup pour être rejoints ensemble et représenter à la fin des prix s'il en est besoin.

 

Art. 24. - Aucun officier ny chevalier ne tirera aucun prix ny même en partie qu'il n'ait arc et flèches écornés ou férés par les deux bouts à moins qu'il n'en ait obtenu la permission du Roy et du capitaine ou de deux officiers, sinon les coups seront nuls.

 

(1) Dans certaines compagnies, les cartes des officiers en chef devaient être ornées de « quelques peintures honnêtes », mais aucune figure n'était tolérée sur les cartes des simples chevaliers.

 

 

 

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Art. 25. - Aucun officier ny chevalier ne pourra tirer qu'il n'ait la tête couverte d'un chapot, bonnet ou perruque, ne pourra tirer en chemise ou tout à fait déboutonné à peine de nullité de coup.

 

Art. 26. - Aucun officier ny chevalier ne tirera qu'il ne dise à chaque coup avant le départ de sa flèche le mot garre d'une voix intelligible, fautte de quoy son coup sera nul et sera responsable de tout ce qui pourrait s'en suivre s'il blessait quelqu'un.

 

Art. 27. Aucun officier ou chevalier ne passera le pas marqué par terre à peine de perdre son coup ; tous les coups dont les flèches toucheront les garde buttes, arbres, charpentes ou en terre avant que d'arriver au but quand mesme qu'à la faveur de quelque frottement ils iraient à la broche tel qu'il puisse arriver seront déclarés nuls.

 

Art. 28. - Tout officier ou chevalier estant en tour pour tirer dont l'arc, la corde ou la flèche viendra à casser ou dont la flèche viendra à tomber par une fausse décoche, son coup sera réputé tiré.

 

Art. 29. - Aucun ne tirera avec l'arc de son confraire sans permission des officiers et tous seront obligés de marquer leurs flèches pour les reconnaître ; sy quelqu'un tire avec l'arc de son confraire, son coup sera déclaré nul.

 

Art. 30. - Deffenses à tous officiers et chevaliers ou autres de jouer à tel jeu que ce soit dans la salle et jardin les jours de Noël, Pasques, Pentecôte, Assomption et Toussaints à peine de vingt sols d'amende contre les officiers et dix sols contre les chevaliers.

 

Art. 31. - Celuy qui jurera par le saint nom de Dieu pour la première fois payera trente sols d'amende, la deuxième fois trois livres et la troi­sième sera chassé de la Compagnie sans y pouvoir jamais rentrer.

 

Art. 32. - Deffenses à tous officiers, chevaliers et autres personnes estant au jardin de proférer aucunes injures ny parolles grossières par B, F, D, et de chanter aucunes chansons déshonnêtes à peine de deux sols d'amende dont l'officier ou chevalier sera responsable pour amy qu'il amènera lequel amy on fera au dit cas sortir du jeu (1).

 

Art. 33. - Il ne sera fait aucun bruit par, les officiers et chevaliers sous les buts lorsqu'on tirera le prix ou en partie et le tireur ne sera pas interrompu ; tous seront obligés de garder le silence à peine de deux sols d'amende.

 

Art. 34. - Pareilles deffenses sous mêsmes peines à tous officiers et chevaliers de donner des sobriquets et de tourner au ridicule aucun de la Compagnie lorsqu'on tirera au prix ou en partie.

 

(1) Cette bonne tenue, recommandée aux chevaliers, inspirait même les rédac­teurs de certains statuts qui voulaient éviter l'emploi de termes grossiers. A Senlis, les chevaliers promettaient de ne dire sur homme ni sur femme « mot qui soit deshonneste dessouls la ceinture ».

 

 

 

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Art. 35. - Deffense à tous sans distinction de boire au jardin avec excès et de s'y présenter en pareil état à peine de six sols d'amende.

 

Art. 36. - Le Roy, capitaine, lieutenant et autres officiers auront seuls le pouvoir de faire assembler la Compagnie ; aucun officier et chevalier ne se dispenseront sans cause légitime d'assister aux assemblées convoquées ; il ne s'y fera aucune délibération qu'il n'y ait au moins un des quatre chefs ou le plus ancien chevalier à la teste, de deux tiers de la Compagnie et chacun pour éviter la confusion ne parlera qu'à son rang de réception.

 

Art. 37. - Un officier ou chevalier qui ira demeurer dans un autre lieu sera toujours regardé comme officier ou chevalier en remplissant les fonctions de sa charge quand il faudra et payant sa part des frais de la Compagnie ainsy que les autres jusqu'à démission.

 

Art. 38. - Aucun officier ny chevalier ne sera en même temps de deux jeux d'arc et en cas de prix généraux, provinciaux ou autres assemblées comme défi, il sera obligé de se joindre à la Compagnie du lieu de sa résidence ordinaire.

 

Art. 39. - L'officier ou chevalier qui renoncera à la Compagnie sera obligé de le faire par acte en forme sur le registre qu'il signera et payera vingt sols pour la renonciation.

 

Art. 40. - Le dimanche ou feste qui précèdera de huit jours au moins la feste de Saint-Sébastien, il y aura dans la salle du jardin de la Compagnie avant ou après les vespres une assemblée généralle de tous les officiers et chevaliers convoqués à l'ordinaire à laquelle tous sans excep­tion seront obligés de se trouver à peine de vingt sols d'amende s'il n'y a cause légitime qu'il faudra prouver ou faire prouver à la Compagnie pour délibérer tous ensemble sur l'ordre qu'on tiendra pour la solennité de la feste de ce saint patron en ce qui regarde la Compagnie seulement.

 

Art. 41. - Chaque confrère payera pour la Compagnie la somme de vingts sols pour chaque année entre les mains du receveur de la confrairie ; le receveur de la Compagnie ne pourra l'être en mesme temps de la confrairie ; celuy de la Compagnie sera élu par les seuls chevaliers, au lieu que celuyy de la confrairie le sera par les confraires chevaliers ou non chevaliers ; il ne sera que pour un an et aura avec luy un controlleur élu de manière qu'il sera reçu en l'année suivante ; il tiendra registre de la recette et dépenses lequel registre restera entre les mains du controlleur ; il rendra ses comptes tous les ans le lendemain ou le dimanche suivant de la feste de Saint-Sébastien.

 

Art. 42. - La Compagnie estant mandée à quelque prix général ou provincial, le Roy et le capitaine connétable feront assembler la Compagnie et luy communiqueront le mandat pour délibérer à la pluralité des voix si on marchera ou non et faire réponse à la Compagnie qui aura fait l'invitation ; lorsque la Compagnie aura décidé d'y marcher, aucun des officiers et chevaliers qui la composent ne pourra s'en dispenser et ceux

 

 

 

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Fig. 5

 

Brevet de Chevalier de Saint-Sébastien

Coll. Perrot

 

 

 

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qui n'y iront pas mesure pour cause légitime payeront trois livres pour ayder aux frais de la Compagnie.

 

Art. 43. - Sera nommé et choisy annuellement à la pluralité des voix un des anciens chevaliers du jeu pour entre prévost de la dite Compagnie lequel prévost décidera avec le capitaine de tous les différens qui pourront subvenir dans la dite Compagnie.

 

Art. 44. - Deffense à tous officiers et chevaliers de s'emporter de colore l'un contre l'autre rompant arc, flèches ou autres choses sem­blables à peine pour la première fois de quarante sols d'amende payables entre les mains du trésorier receveur, de laquelle amende il entrera en la boete du jeu vingt-cinq sols et les autres quinze sols seront distribués à la prudence du capitaine aux pauvres honteux de la paroisse.

 

Art. 45. - Toute la compagnie, officiers et chevaliers seront tenus d'assister en ordonnance et en corps avec leurs instruments par l'invitation de M. le Procureur fiscal en la prévosté de Montmartre à la procession de Saint-Denys à l'abbaye royale de Montmartre qui se fait tous les sept ans le premier du mois de may ou autre jour au commencement du dit mois que Mme l'Abbesse indique, sous peine de quarante sols d'amende mesure pour cause légitime d'absence. M. le Procureur fiscal pourra aussy requérir l'assistance et marche de la Compagnie en ordonnance et en corps avec instruments dans le cas de Te Deum, feux de joye et cérémonies publiques.

 

Art. 46. - Tous les officiers subalternes et chevaliers de la Compagnie seront obligés de prester la main aux officiers en chef tant pour l'exécution des présents statuts et des usages approuvés et enregistrés au greffe de la Compagnie que pour les jugements qui interviendront contre ceux des confraires qui voudraient faire les mutains et les révoltés en quelques circonstances et conjectures que ce puisse estre et en conséquence du serment qu'ils ont presté ou presteront à leur réception sous peine contre chaque contrevenant de dix sols d'amende pour la première fois, de vingt sols pour la seconde fois et d'entre retranché de la Compagnie pour la troisième fois.

 

Art. 47. - Lorsqu'il décédera un officier ou chevalier de la Com­pagnie, les dits officiers et chevaliers seront tenus de luy faire dire un service le lendemain de la Saint-Sébastien ; ils seront tous obligés d'y assister en ordonnance sous peine de vingt sols d'amende.

 

La sentence d'homologation signée du lieutenant général du bailliage de La Pommeraye fut publiée le 2 avril 1756, affichée dans la salle de jeu, dans l'étendue de la prévôté, et un exem­plaire devait être remis à chacun des officiers et chevaliers (1).

 

(1) Arch. Nat. Z2 2459.

 

 

 

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Il est question dans ces statuts du drapeau et de l'uniforme de la Compagnie. La plupart des compagnies d'arc tenaient à honneur d'arborer un riche étendard sur lequel figuraient des devises, des armoiries ou des emblèmes rappelant leur origine ; rien ne nous renseigne sur le drapeau de l'arc de Montmartre. Quant à l'habit d'ordonnance, une seule indication est fournie par Chéronnet : uniforme bleu avec revers rouges (1). Cet uniforme se rapproche de celui de la confrérie de l'arc de Paris, habit bleu de roi, collet, revers et parements cramoisi, veste et culotte blanches, chapeau bordé d'or et cocarde blanche. Mais les chevaliers de Montmartre, gens de condition modeste pouvaient-ils se procurer un tel costume ? On a peine à le croire d'autant plus que la Compagnie était hors d'état d'en supporter la charge. Quoiqu'il en soit, simple ou somptueux, ils devaient s'en revêtir lors des cérémonies civiles et religieuses et le jour où se tirait le papegai que la Compagnie, après avoir salué les autorités, promenait triomphalement dans tout le village. Le cortège était précédé de deux chevaliers armés d'un esponton ; puis venaient le roi, les officiers majors, celui. qui portait l'oiseau, l'enseigne avec le drapeau et les simples chevaliers. La Compa­gnie eût même une musique ; les comptes de dépenses de la dépo­sitaire de l'abbaye accusent, à différentes dates des gratifications « de six livres à la musique des tireurs d'arc ». Les chevaliers, d'ailleurs, ne négligeaient pas de s'attirer les bonnes grâces de l'abbesse et lui apportaient tantôt une brioche, tantôt des bouquets et des fleurs, attention toujours récompensée par la remise d'une somme de trois livres. Si le jour de la procession du chef de Saint-Denis, l'abbaye limitait sa générosité à un don de 24 livres pour le dîner des chevaliers qui avaient pris part à la cérémonie, elle traitait mieux ses invités. Voici un curieux état des dépenses faites à cette occasion le 1er mai 1770 :

 

(1) Chéronnet. Histoire de Montmartre.

 

 

 

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Donné à nos vingt arquebusiers (1) pour avoir assisté avec notre clergé à la réception du chef de Saint-Denis, pour leur diné, 24 livres.

A la maréchaussée de Saint-Denis qui ont gardé la grande porte de la cour depuis 7 heures du matin jusqu'à l'entrée de la procession par gratification n'y étant pas obligée, MM. les bénédictins de Saint-Denis devant les nourrir ce qu'ils ont refusé cette année, 12 livres.

Au maître d'hôtel, M. Leclerc pour avoir réglé et servi le diné à nostre clergé au nombre de 17 et aux officiers de la justice, 24 livres.

Aux deux cuisiniers qui ont travaillé le dîné, 24 livres.

Aux laveuses de vaisselle, 2 livres 8 sols.

Aux domestiques du P. Prieur de Saint-Denis qui ont apporté deux grands pâtés de poisson pour Madame et la dépositaire qui ont été dis­tribués à la communauté, 3 livres.

1 douzaine et demie de poulets à 30 sols pièce, 27 livres.

1 quartier d'agneau au pourpiquet, 1 macaroni, 2 noix de veau, 4 filets, 8 saucissons, 2 pigeons, 1 levreau, 3 pièces de garniture, 12 oreilles d'agneau, 20 livres 8 sols.

12 douzaines d'échaudés, 18 biscuits, 5 livres 2 sols.

12 pains de beurre frais pour la table, 1 livre 10 sols.

Salades, champignons, cresson, 5 livres 8 sols.

Citrons, oranges, bouquets, 6 livres.

Enchois, capres, capelle, 4 livres.

1 alose, 3 diables, écrevisses, 8 livres 10 sols.

Crème, 1 livre (2).

 

En imposant des statuts, les chefs de la Compagnie pouvaient espérer que leur application même bienveillante améliorerait les rapports entre les chevaliers et que toutes difficultés seraient à jamais écartées. Ils se trompaient étrangement ; les discus­sions recommencent, s'éternisent et l'histoire de cette Compagnie pourrait se résumer dans l'exposé de ses procès toujours suscités par la méchante humeur de ses membres ou les exigences du propriétaire. En 1762, Claude Vignol, le père était mort, vio­lemment attaqué dans sa réputation et son honneur, donne sa démission de capitaine connétable, poursuit la Compagnie en diffamation et exige le paiement des dettes reconnues par

 

(1) Il s'agit là des chevaliers de l'arc. Une compagnie d'arquebusiers ne s'établit à Montmartre qu'en 1777, empruntant d'ailleurs ses éléments à la Compagnie de l'arc ; cette confusion se produit fréquemment et tient peut-être aux salves de mousqueterie tirées par les chevaliers dans les fêtes publiques.

(2) Coll. Parent de Rosan. Comptes de la dépositaire.

 

 

 

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la délibération de 1755. L'affaire se complique de l'intervention du propriétaire, qui ne voit pas sans inquiétude le départ de Vignol. Le jugement ne fut rendu qu'en 1763 ; bien que « donnant acte à Vignol que la Compagnie n'avait point entendu l'offenser dans sa réputation », il fixait à 500 livres le montant des dommages-intérêts et la Compagnie condamnée à rembour­ser les avances faites par feu Vignol s'élevant à 682 l. 4 s. était « mise en demeure de vider les lieux qu'elle occupait rue Saint-Lazare, sinon menacée d'expulsion et les meubles et effets mis sur le carreau » (1).

Une entente avec le propriétaire dut certainement interve­nir, car l'arrêt d'expulsion ne fut pas exécuté et les chevaliers continuèrent leurs exercices dans le jardin de la rue Saint-Lazare ; ils paraissent d'ailleurs s'être amendés et, pendant plusieurs années, ne soumettront plus leurs différends à la juridiction du bailliage ; leur existence n'est révélée que par les livres de dépense de la dépositaire qui enregistre à plusieurs reprises 3 livres pour tirer le papigot ou 6 livres pour le pain bénit de la messe de Saint-Sébastien présenté à Madame, et par la Gazette de France qui, le 14 février 1766, signale le service que firent célébrer « pour le repos de l'âme du Dauphin, les officiers et chevaliers du noble jeu de l'arc de cette capitale et de Montmartre ».

En 1776, sans doute à la suite de nouvelles querelles, car aucun document n'en indique les causes, la Compagnie est complètement désorganisée et la plupart de ses membres vont fonder un autre établissement près de l'Hôpital général. Les quelques chevaliers restés fidèles au clocher de Montmartre se groupèrent autour de deux de leurs confrères, Henry Ranté, marchand bijoutier à Paris, et un nommé Sénéchal qui tentèrent de reconstituer la Compagnie.

 

Jaloux de vivre sous la protection dont vous avez toujours honoré leur Compagnie, écrivaient-ils dans leur requête au bailli, les suppliants ont refusé de suivre leurs confrères dans leur retraite et demandent

 

(1) Arch. Nat. Z2 2386.

 

 

 

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qu'il vous plaise leur donner permission d'établir dans l'étendue du terri­toire une nouvelle Compagnie sous la désignation des chevaliers du jeu de l'arc de Montmartre.

 

La demande était accueillie le 2 octobre 1776 et le prévôt imposait aux chevaliers l'obligation de se conformer aux statuts approuvés par le bailliage en 1756 (1). L'union ne régna pas davantage dans cette Compagnie et une nouvelle affaire qui eut encore son, dénouement en 1781 à l'audience du bailliage permettra de juger une fois de plus du caractère peu sociable des chevaliers. Un marchand de vins nommé Guyot, adressait une requête au bailli en vue « de faire cesser le jeu de l'arc comme nuisible au voisinage, des personnes pouvant être bles­sées même tuées par les flèches qui passaient par dessus les murs ». La vérité est que ce voisin, voulant louer les locaux et le jardin occupés par la Compagnie pour y établir son cabaret, avait imaginé cette petite histoire d'accord avec le propriétaire qui espérait ainsi qu'une sentence du bailliage précipiterait le départ des chevaliers peu pressés de quitter les lieux malgré le congé qu'ils avaient reçu. Le lieutenant général du bailliage se rendait le 20 juin au jardin de la Compagnie pour entendre les parties et informer. Le propriétaire Tilmant, assisté de son procureur Acart, expose :

 

Que si la Compagnie était florissante et nombreuse à l'époque où il passa bail le 31 juillet 1776, elle fut par la suite composée de sujets assez peu honnêtes pour mériter non seulement des réprimandes du corps mais encore leur destitution et leur exclusion ; que des dissentiments se sont élevés entre plusieurs membres et les ont déterminé de se retirer et que lui même très mécontent du deffaut d'ordre pour ne pas dire plus a jugé à propos de se retirer… de sorte que la Compagnie n'existe plus ; que si les buttes paraissent en état de dégradation, il faut l'imputer au deffaut d'entretien de la Compagnie ; et que ne pouvant obtenir le paiement des loyers, il avait, par exploit du 17 mars précédent, donné congé judiciaire...

 

Le procureur de la Compagnie, Gilles-Michel Lecomte, riposte énergiquement :

 

(1) Arch. Nat. Z2 2461-2467.

 

 

 

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Que le dire de Tilmant est injurieux et que pour lui répondre il suffit de lui rappeler que les officiers et chevaliers ont eu pour lui les atten­tions et les déférences les plus marquées jusqu'à faire célébrer une messe et chanter Te Deum lors de sa convalescence où les officiers et chevaliers ont assisté en corps ; que d'ailleurs il n'est pas vrai que Tilmant se soit retiré puisqu'il est encore major ; que la Compagnie existe toujours se composant encore de huit membres et que lui seul en abattant les buttes et gardes du jeu est la cause du départ de sept autres membres ; que la plainte du voisin Guyot est d'un ridicule qui révolte puisque depuis un an les comparants n'ont pas tiré une flèche dans le jardin et n'ont donc pu blesser personne ; que d'ailleurs il est singulier que depuis 36 ans que ce jeu existe dans la maison, le sieur Guyot soit le premier qui ait rendu plainte et qu'au surplus, il est impossible qu'une flèche puisse avoir passé par dessus les murs du jardin de Guyot qui se trouve protégé par une rangée d'arbres formant une espèce de barricade qu'il serait impossible de franchir...

 

Les deux procureurs, rivalisant d'ardeur, auraient plaidé la cause à fond si le lieutenant général qui n'avait pas à con­naître de ces faits n'eût tempéré leur zèle en rappelant le but de la visite ; et aussitôt, il constatait que le jardin n'était composé que :

 

D'une allée et deux contre-allées d'environ 25 toises de longueur sur 6 toises de largeur ; qu'il y avait des réparations à faire aux buttes et gardes du jeu à l'extrémité du jardin et que celles de l'entrée entièrement détruites ne pouvaient être rétablies qu'en faisant élever un mur d'environ 11 pieds de haut.

 

Puis il se faisait représenter le registre de la Compagnie et relevait les noms des huit membres tant officiers que chevaliers les sieurs Desroches, Tilmant, Ranté, Sénéchal, Hubert, Dewick, Langle et Marchand (1).

Comme conclusion, la Compagnie était obligée de quitter le jardin de la rue Saint-Lazare ; mais elle allait bientôt se relever et s'installer dans le jardin d'une maison de la rue des Martyrs que Ranté, quelques années auparavant, avait louée au prix annuel de 400 livres au sieur Alexandre Lebreton en vue d'y fonder une société « pour tirer les fusils » dont l'établissement fut autorisé par le bailliage en 1777 et par la capitainerie de

 

(1) Arch. Nat. Z2 2461.

 

 

 

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la Varenne des Thuilleries en 1778 (1). En réalité, cette Compagnie était formée des éléments qui composaient celle de l'arc et dirigée par les mêmes chefs ; seule, l'institution du nouveau jeu de l'arquebuse avait nécessité ces autorisations. L'histoire des chevaliers de l'arquebuse se confond donc avec celle des chevaliers de l'arc et, pour suivre l'exemple de leurs aînés, ils ne manqueront pas de provoquer de nouveaux procès dont l'un, sans intérêt d'ailleurs et qui dura plus d'un an, eût pour origine le refus opposé par Ranté à l'admission d'un homme qu'il considérait « de la dernière classe », un sieur Toussaint­Noizeux, brigadier des maréchaussées et l'un des guichetiers de la prison du Grand Châtelet (2).

C'est dans ce jardin de la rue des Martyrs qui avait également une issue rue de la Tour-d'Auvergne que se réunirent les nouveaux membres recrutés par Ranté. Une sentence du 27 août 1783 autorisait la Compagnie « sous le bon plaisir de la Cour à continuer l'exercice du jeu d'arc... et M. Henry Ranté et Pierre Marchand, greffier et dépositaire des lettres et registres pourront admettre et recevoir ceux qui se présenteront et leur délivrer tous brevets nécessaires... (3) ». Cette nouvelle Compagnie semble avoir joui d'une prospérité que les précédentes n'ont pas connue. Elle s'or­ganisa en deux sections, une de grenadiers, l'autre de chasseurs, innovation qui fut apportée dans la composition du corps de l'arc de Paris par son colonel, le duc de Montmorency-Luxembourg En 1789, on ne comptait que 13 hommes y compris les officiers dans chacune des deux sections de grenadiers et de chasseurs de la Compagnie de l'arc de Paris ; il y a tout lieu de supposer que le nombre des archers de Montmartre était encore plus res­treint et qu'il y avait certainement plus d'officiers que de che­valiers. C'est à cette époque qu'il fut remis à chacun des membres un brevet de chevalier du corps de l'ordre de Saint-Sébastien

 

          (1) Arch. Nat. Z2 2425.

          (2) Ibid. Z2 2388-2420-2425.

          (3) Ibid. Z2 2388.

 

 

 

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dont notre Président, M. Victor Perrot, possède un exemplaire qu'il veut bien nous communiquer (1).

Au début de la Révolution, la Compagnie se mit à la disposi­tion des officiers municipaux et s'affilia à la garde nationale ; un curieux état des cartouches et de la Poudre délivrées depuis le 14 juillet à l'Hôtel de Ville de Paris par l'abbé Lefèvre atteste son rôle actif dans le mouvement populaire : « 14 juillet, délivré 5 barils de poudre pour les Porcherons ; 31 juillet, délivré sur l'ordre de M. d'Estany 75 cartouches au sr Ranté, commandant la compagnie de l'arc » (2). Un des derniers actes de la municipalité intra muros, elle était dissoute le 22 juin 1790, fut de recon­naître par ce certificat les services qu'avait rendus la Compagnie :

 

Nous soussignés, maire, officiers municipaux et procureur syndic de la commune certifions à tous qu'il appartiendra que la Compagnie de l'arc établie depuis l'année 1748 sur ce territoire s'est montrée dès le 13 juillet dernier avec le plus grand patriotisme et que depuis cette époque elle s'est affiliée à notre garde nationale où elle a fait le service avec tout le zèle et l'exactitude possibles de manière à nous être fort utile dans toutes les circonstances ; en conséquence, nous avons délivré à MM. de l'arc le présent certificat comme un acte de notre justice et de notre reconnaissance pour leur servir et valoir comme de raison. Fait à l'hôtel de la mairie, 16 juin 1790, de la Roque, maire, Peyrou, Richard, L. Compain, Buteux, officiers municipaux, Lecomte, procureur syndic, Garnotel, secrétaire greffier » (3).

 

Le décret de l'Assemblée Nationale du 12 juin 1790 aux termes duquel « tous les corps particuliers de milice bourgeoise, d'arque­busiers et autres étaient tenus de s'incorporer dans la garde natio­nale », mit fin à l'existence de la Compagnie de l'arc de Mont­martre. Le 21 juin, elle était admise devant les représentants de la Commune de Paris et le chevalier Durand présentait ainsi ses confrères :

 

(1) Un autre brevet du 24 avril 1785, au nom de Ange-Auguste Château, natif de Paris et revêtu des mêmes signatures de Ranté et Marchand est inséré dans Recherches historiques sur les corporations des archers... de V. Fouque.

(2) Du 13 juillet au 8 août, l'abbé Lefèvre délivre à l'Hôtel-de-Ville 9.896 livres de poudre et 1.172 cartouches.

(3) Coll. Parent de Rosan, et de Trétaigne : Montmartre et Clignancourt.

 

 

 

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... Nous ne regrettons pas l'existence et les prérogatives d'un corps établi par lettres patentes de Charles VI et confirmées par tous les rois puisque l'Assemblée Nationale nous a mis à la portée de partager avec nos frères et nos braves citoyens l'uniforme de la liberté... Nous allons déposer aux voûtes de l'église cathédrale notre drapeau et nous n'en sortirons qu'avec les habits nationaux que désormais nous ne quitterons plus... Vous ne trouverez pas mauvais que le petit nombre d'individus composant actuellement la Compagnie de l'arc puisse conserver et porter la médaille de Saint-Sébastien que d'anciens services lui ont mérité au titre de confrérie royale... Nous osons nous flatter que vous ne refuserez pas de nous donner une attestation authentique de nos services depuis le commencement de la Révolution »... (1)

 

A son tour, l'abbé Barbey, prêtre, licencié ès lois, chanoine du Saint-Sépulcre de Paris et aumônier des chevaliers de l'arc établis en la juridiction de Montmartre, prend la parole:

 

Vous voyez avec quel empressement nos chevaliers et confrères de Saint-Sébastien vont faire le sacrifice de leurs anciennes prérogatives de première milice française en se rangeant sous les étendards de la liberté et de l'union pour la défense générale de la Nation... en ce moment où tous nos chevaliers participent à la gloire d'être unis de cœur, d'esprit, d'amitié et d'uniforme à ces héros immortels par qui nous sommes devenus libres et avec qui nous pourrons à l'ombre de leurs lauriers goûter la douceur d'une paix inaltérable... (2).

 

Le Président Thuriot ne pouvait faire autrement que de féliciter les chevaliers « qui avaient des droits ineffaçables à la reconnaissance de la Commune » et promettait « qu'il serait expédié à chacun d'eux un certificat honorable de leurs services depuis la Révolution » ; quant au port de la médaille de Saint-Sébastien, l'examen de la question était ajourné. La Compagnie se rendait ensuite à Notre-Dame accompagnée d'une députation de douze représentants (3). Le cortège est reçu par le doyen du chapitre qui dut subir une nouvelle allocution de l'abbé Barbey dont il suffira de reproduire le début :

 

(1) Discours prononcé à MM. les représentants de la Commune par M. Durand, secrétaire des chevaliers de l'arc.

(2) Discours prononcé à la Commune de Paris par M. Barbey, aumônier des chevaliers de l'arc établis en la juridiction de Montmartre en 1748 et faisant le service militaire avec la commune depuis le 13 juillet 1789.

(3) Sig. Lacroix. Actes de la Commune.

 

 

 

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C'est aux pieds des autels, c'est dans le temple du Dieu des armées que nous venons déposer ce drapeau désormais inutile pour un peuple qui ne veut plus combattre les ennemis que l'olivier à la main…

 

Le lendemain, le district de Notre-Dame faisait suspendre le drapeau aux voûtes de l'église et rédigeait ce procès-verbal :

 

Nous soussigné Etienne Guyot de Sainte-Hélène, ancien avocat au Parlement, président du district de Notre-Dame, certifions que aujour­d'hui 9 heures du matin en exécution du décret du 12 juin dernier et des ordres de la municipalité, nous nous sommes transporté au Trésor de l'église Notre-Dame où ayant trouvé le sieur abbé Mortier, trésorier de la dite église et en cette qualité dépositaire du drapeau et du guidon que MM. de l'arc de Montmartre lui ont présentés et déposés pour être placés aux voûtes de l'église Notre-Dame et y demeurer consacrés à la paix, à l'union, à la concorde, l'avons requis de nous représenter les dits drapeau et guidon auquel il a satisfait. De suite, par un des serviteurs de l'église nous avons fait monter et placer aux voûtes celui-ci au-dessous du drapeau de différentes couleurs de la municipalité de Montmartre intra-muros supprimée du côté de l'Épître et celui-là du côté de l'Évangile au-dessous du drapeau blanc de la même municipalité. Signé, Guyot de Sainte-Hélène, président, Mortier, Hauguel, secrétaire-greffier (1).

 

La carrière mouvementée de cette Compagnie devait évidem­ment se terminer devant la juridiction de Montmartre. Le 16 octobre 1790, à la requête du principal locataire, un maître maçon nommé Hareux et sur les conclusions de son procureur Gilles Michel Lecomte, un arrêt d'expulsion était rendu contre ses chefs, les sieurs Labartique et Carré « associés sous-locataires d'une partie de maison et jardin, faute par eux d'avoir satisfait à la sommation qui leur a été faite aujourd'hui à midi de partir et vider les lieux en exécution du congé qu'ils avaient accepté par la sentence du 4 août dernier » (2). Le jugement le plus exact qu'on ait porté sur cette Compagnie dont nous connais­sons plutôt les mauvais jours, est inscrit sur le rôle des imposi­tions des ci-devant privilégiés établi pour Montmartre intra en 1790. En marge de l'article 260 où figure pour 13 livres la Compagnie des chevaliers de l'arc, rue des Martyrs, et dans le

 

(1) Arch. Nat. C. 128 et Bulletin du Vieux Montmartre, fasc. 4 (nouvelle série). Montmartre pendant la Révolution.

(2) Arch. Nat. Z2 2428.

 

 

 

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retour de la rue des Martyrs, se trouve cette annotation qui devait laisser peu d'espoir au collecteur de recouvrer la somme : « Cet ordre de chevaliers ne présente qu'une division entr'eux sitôt la Révolution » (1). On aurait même pu dire depuis sa fon­dation.

Au commencement du XIXe siècle, des compagnies d'arc se reconstituèrent dans le nord de la France, dans les anciennes provinces d'Artois, de Picardie, de Champagne et de l'Isle de France. A Montmartre, deux compagnies furent créées, celle de Clignancourt et celle de Montmartre. La première, qui doit être la plus ancienne et avait son jardin au haut de la rue Saint-Denis aujourd'hui du Mont-Cenis, n'a laissé que le souvenir de son nom qu'on voit figurer en 1812, sans indication du nombre de ses membres, parmi les compagnies qui s'étaient fait inscrire pour tirer le prix de l'arc de Montmartre ; et de Trétaigne, lorsqu'il publia en 1862, son ouvrage, Montmartre et Clignancourt, signale encore son existence. Grâce à des archives précieusement conservées, nous sommes mieux renseignés sur la Compagnie d'arc de Montmartre. Elle fut fondée le 3 novembre 1811 au Poirier sans Pareil, guinguette que rendit populaire un arbre gigantesque entre les branches duquel étaient disposés, comme plus tard à Robinson, une table et des sièges (2). Il est de tradition que les aspirants chevaliers ne peuvent se former en compagnie sans recevoir une sorte d'investiture d'officiers ou de chevaliers de compagnies déjà constituées ; c'est pourquoi, répondant à l'invitation qui leur avait été faite, six représentants de diverses compagnies se rendaient à la date précitée dans les jardins du Poirier sans pareil et après avoir tiré la partie d'ins­tallation, reconnaissaient officiellement la Compagnie d'arc de Montmartre qui était ainsi composée : commandant, Finot, le maire de la commune ; aumonier, l'abbé Caire de Blazer, curé de la paroisse ; roi du jeu du prix de la commune, Picard fils ; capi-

 

(1) Arch. de la Seine. DC2.

(2) Eug. Le Senne. Le Poirier sans pareil. Bulletin du Vieux Montmartre, fasc. 35, et P. Jarry. Bulletin de la Société Le Vieux Papier, 1921, p. 411.

 

 

 

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taine, Picard père, lieutenant, Gromet ; sous-lieutenant, Gilet ; procureur, Périeux ; trésorier, Thuillier ; greffier, Lalande ; Brabant, Pringnet, Berteaux, Métayer, Nicolas François, tous les cinq chevaliers et fondateurs. Ces nouveaux chevaliers ne firent en somme que reconstituer l'ancienne compagnie qui s'était établie aux Porcherons en 1748 ; elle conserve le même titre, se soumet encore aux statuts et règlements de 1733, et ce qui donne toute créance à cette opinion, c'est que parmi les fondateurs on retrouve les Gromet, Picard, Thuillier, Finot, Brabant, Berteaux, Lalande, ce dernier commandant la garde nationale en 89 et la plupart anciens notables de la commune qui, s'ils n'ont point fait partie de la compagnie, en ont certainement connu les membres et suivi leurs jeux et exercices.

Le jardin du Poirier sans pareil devint donc le siège de la Compagnie ; chaque année, pour proclamer le roi on tirait l'oiseau et les chevaliers ainsi que la municipalité organisèrent des con­cours auxquels étaient invités les confrères d'autres compagnies. Les prix à cette époque consistaient en une écuelle à sauce, un couvert, un gobelet, une timbale ou bien une pipe. Les chevaliers répondaient en grand nombre à l'appel de leurs confrères ; le 4 octobre 1812, 14 Compagnies devaient tirer le prix de l'arc de Montmartre, les Compagnies de Château-Landon, du passage du Désir, de Clignancourt, de Vaugirard, de Belleville, de la Chopinette, de Pantin, de Saint-Maur, de Vincennes, de Fontenay-sous-Bois, de Montreuil-sous-Bois, de Lagny, de Nogent, de Thorigny.

Les confréries de Saint-Sébastien ont disparu, mais, aujour­d'hui encore, il est d'usage dans les Compagnies de fêter le patron des archers et d'offrir, à cette occasion, un prix qui se tire le dimanche précédant ou suivant le 20 janvier. Cette institution revêtit longtemps un caractère religieux. Le 27 juillet 1823, sur l'invitation des marguilliers, la Compagnie se rendait en armes à l'église paroissiale de Montmartre pour inaugurer l'image de Saint-Sébastien, et à la date du 25 janvier 1826, on lit sur le registre des procès-verbaux :

 

 

 

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La Compagnie du noble jeu de l'arc de la commune de Montmartre s'est transportée à l'église Saint-Pierre de Montmartre pour fêter Saint Sébastien, son saint patron et recevoir la bénédiction d'un drapeau donné à la Compagnie par le capitaine Bidot, en présence de M. le Maire et d'après sa permission ainsi que de son adjoint, M. le Curé et son clergé, MM. les marguilliers et les notables de la commune.

 

A la suite d'éboulements qui se produisirent à la carrière Muller dont l'active et dangereuse exploitation s'était étendue sous la propriété du Poirier sans pareil, des mesures de sécurité s'imposèrent et l'établissement fut obligé de fermer ses portes La Compagnie louait alors, c'était en 1830, à un riche propriétaire de Montmartre, M. Simon Forest, un terrain de 1300 mètres ainsi décrit dans le bail :

 

Partie de mon terrain sis sur le territoire de Montmartre rue Capron, 5, séparé au nord par un treillage, à l'est par le mur d'enceinte du cimetière Montmartre, au sud par une palissade en planches et à l'ouest par une butte adossée au terrain du sieur Hébert ; et dans le dit terrain existe une salle couverte en chaume de toute la largeur du terrain et dans le milieu adossée contre la butte parallèle à celle servant de clôture à la propriété du sieur Hébert ; les contre-allées plantées d'arbres et garnies par parties de ceps de vigne..., et ce moyennant un loyer annuel de 250 francs.

 

L'annexion de la commune de Montmartre à Paris fut la cause d'une scission dans la Compagnie. En 1861, un certain nombre de chevaliers donnaient leur démission et organisaient, sous le même nom, une nouvelle Compagnie qui se réunît provi­soirement dans le jardin de la Compagnie d'Apollon à Belleville, puis s'établit, le 3 mai 1863, avenue de Clichy, 87. Cette Compa­gnie disparut en 1870. Les autres chevaliers continuèrent à fré­quenter le jardin de la rue Capron, mais pour se distinguer de leurs confrères dissidents, ils donnèrent à leur Compagnie, reconnue le 2 février 1862, le nom de Saint-Pierre-Montmartre qu'elle porte encore aujourd'hui. Lorsqu'en 1891, des maisons de rapport furent construites sur les terrains Forest, la Compagnie dut chercher un autre asile, et comme il était difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver à Montmartre un jardin suffisamment grand pour un établissement de cette nature, elle

 

 

 

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émigrait à Clichy, cité Jouffroy-Renault, 80. L'inauguration du jardin à laquelle assistaient 107 chevaliers de différentes Compagnies eut lieu le 17 mars 1892. M. Jay, capitaine de la Compagnie, a su tirer parti de ce jardin de la manière la plus heureuse en le transformant en un stand modèle bien digne de ce corps de chevaliers dont les succès ne se comptent plus. Je rap­pellerai seulement qu'au premier championnat de France organisé à Fontainebleau en 1898, le chevalier Cutard, de la Compagnie Saint-Pierre-Montmartre était proclamé champion ; à l'Exposition universelle de 1900, la Compagnie remportait tous les prix internationaux, et depuis, c'est une suite ininterrompue de récompensés dans les concours provinciaux, les rondes du bouquet qui en font la première Compagnie de France. Elle doit certainement ces brillants résultats à l'impulsion que lui a donné son capitaine, M. Jay, aujourd'hui Président de la Fédération des Compagnies d'arc, groupement dont il fut l'instigateur et qui comprend actuellement 237 Compagnies dont 117 cente­naires, soit un effectif d'environ 5000 archers. L'uniforme, autrefois en honneur, n'est plus adopté par les Compagnies, mais chacune a son drapeau. Sur celui de la Compagnie Saint­Pierre-Montmartre sont brodées d'un côté les armes de la ville de Paris et sur l'autre face est une peinture représentant l'Education d'Achille. On eût souhaité qu'un emblème rappelât sur ce drapeau l'origine bien montmartroise de cette Compagnie qui pourrait, en tous cas, y faire figurer le millésime 1748 et serait ainsi non seulement la première Compagnie de France, mais probablement la plus ancienne.

Félicitons aussi les membres de cette Compagnie et son capi­taine d'avoir su conserver les procès-verbaux des réunions tenues depuis 1811 par leurs aînés. C'est chose rare en France de retrouver dans les archives d'une société, et combien peu en possèdent, tous les actes qui ont constitué son existence pendant des siècles ; on en rencontre çà et là, éparpillés, souvent incomplets, et par suite obscurs et leur examen accroît souvent la difficulté de les classer et d'en tirer un renseignement utile. Il semble bien toutefois que la persévérante curiosité des chercheurs, tout

 

 

 

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d'abord jugée indiscrète ou gênante, ait fini par éveiller l'atten­tion de ceux qui ont la garde de ces souvenirs du passé et par triompher de l'indifférence trop longtemps témoignée à l'égard de leur conservation. La Compagnie Saint-Pierre-Montmartre en fournit un heureux exemple. Mais nous serons toujours bien loin de ces corporations de Belgique, comme la Confrérie d'arbalé­triers de Saint-Georges de Bruges qui peut encore exposer dans son hôtel du XVIIIe siècle, ses vieux parchemins et les portraits de ses chefs peints par les maîtres flamands Van Oost, Paelinck et Odevaere.

 

J. MAUZIN.

 

 

Fig. 6

 

 

 

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La Rue des Poissonniers

et le
Quartier de la Goutte d'Or

 

 

Les Halles au Poisson de mer à Paris. - Il est impossible de dire à quelle époque les Parisiens commencèrent de manger du poisson de mer, par contre on peut préciser la date à laquelle la vente de ce poisson fut réglementée et c'est la seule chose qui nous intéresse, car la construction des premières Halles aura une influence heureuse sur l'importance de la rue dont nous voulons rechercher l'histoire.

C'est Saint-Louis qui, en 1263, fit construire deux Halles (1) affectées à la vente du poisson de mer, pour faciliter l'exercice du droit de prise ; l'une était réservée à la vente de la marée, l'autre, la Harengerie, servait à emmagasiner le poisson de mer sec, fumé ou salé qui était apporté à Paris par la Seine. L'ordonnance de Philippe le Bel, en date du 7 juillet 1307, nous donne quelques précisions sur la vente du poisson deschargé à la Pierre où que nous soions, soit à Paris ou ailleurs et que quant nos queus ou cens qui prandront pour nous, pour la royne ou pour nos enfanz, auront pris leur volonté prengnent les autres ce qui leur sera mestier, sauf le pris aux autres qui de droit li ont (2).

Il est à remarquer que seul le poisson de mer avait le droit d'entrée aux Halles comme marchandise comestible, tous les autres locaux servaient à la vente d'objets de luxe, de toilette, d'habillement, etc. Les lettres patentes du 13 octobre 1368, qui désignent les marchandises dont l'apport est obligatoire aux Halles, ne mentionnent que les produits industriels, à l'exception des grains et du poisson de mer. (3).

 

(1) Les Anciennes Halles de Paris - par Léon Biollay. Mém. Se H de P. T. 3. voir aussi le Livre des Métiers, Du Camp.

(2) Mém. de la Se H. de P. T. II. p. 134.

(3) Ordonnances T. V. p. 197.

 

 

 

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En 1410 (1), une partie des Halles au poisson de mer fut agrandie par la construction d'un vaste grenier, ces bâtiments ne subirent pas de modifications essentielles jusqu'au 23 février 1786, date à laquelle un arrêt du Conseil en prescrivit la démo­lition, qui n'eut pas lieu de suite. La reconstruction n'en fut faite qu'en 1822, ces nouveaux locaux ne vécurent pas le temps de leurs prédécesseurs, ils furent démolis pour permettre la reconstruction générale des Halles sur un plan nouveau. Depuis le 28 décembre 1857 le marché au poisson occupe le pavillon n° 9, c'est, à quelque chose près, l'emplacement primitif des Halles de Saint-Louis, qui se trouvaient, proche du Pilori, à gauche de la rue de la Fromagerie en venant de la rue Montmartre, sur le prolongement de cette dernière rue et en face de la rue Montorgueil (pavillons 7 et 9).

 

La rue des Poissonniers et la rue de la Chapelle. - Il est de toute évidence que les marchands venant de la Manche arrivaient aux Halles par la rue Montorgueil, il est aussi de toute probabilité que cette dernière rue et sa continuation vers le nord faisaient partie jadis de l'ancien chemin des Parisii, chemin partant du Grand-Pont (Châtelet) qui s'en allait droit vers le nord, et évitant la boucle de la Seine où il aurait fallu construire deux ponts ou établir un bac, venait passer près de la Seine à Catolacum ou Catulliacum (l'ancien Saint-Denis de l'Estrée) (2) qui était alors, comme Lutèce, de bien faible importance.

Ceci dit, pour montrer que notre rue des Poissonniers est fort ancienne, beaucoup plus que la rue de la Chapelle. En effet, cette dernière voie ne dût être créée que pour les besoins de l'abbaye et pour conduire à la nouvelle bourgade qui se construisit à côté de celle-ci (3). Saint-Denis fut martyrisé à

 

(1) Le poisson d'eau douce se vendait aux bouticles et pierres à poisson placées près du Châtelet, pour la rive droite, et près du Petit-Pont pour la rive gauche.

Les principaux poissons de mer fumés étaient les harengs, les saumons, les annoncelles ou maquereaux ; en raison des guerres continuelles il était difficile d'avoir du poisson de mer frais, aussi le fumait-on.

(2) Cet endroit à Saint-Denis s'appelle de nos jours : Rue des Poissonniers.

(3) Topographie des Saints. Paris 1703 : Saint-Denys.

 

 

 

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Montmartre, à une date que nous croyons pouvoir placer (1) entre l'an 290 et l'an 300 ; le premier monument élevé sur son tombeau à Saint-Denis le fut par Sainte-Geneviève à la fin du Ve siècle, ce n'est qu'en 630 que Dagobert (2) restaura et enrichit (au détriment de Saint-Germain des Prés) l'abbaye de Saint-Denis qui devint depuis le Monastère Royal par excellence et le lieu de sépulture des Rois de France. C'est de ce moment que doit dater le chemin pavé de Monseigneur Saint-Denys. Cette opinion est généralement admise aujourd'hui par tous les érudits qui ont étudié la question, de plus on est obligé de reconnaître que toutes les invasions venues par le cours du fleuve ont eu Montmartre pour premier objectif, parce que cette colline commandait la capitale.

Il est certain que la nouvelle route eut plus de renommée, grâce surtout à l'appui royal et à la célébrité de l'abbaye. En 1400, elle formait une des branches de la Croisée de la Ville (3). Cette croisée était l'ensemble de quatre routes qui, du centre de Paris, se dirigeaient vers les quatre points car­dinaux. La route du Nord, celle qui nous intéresse, partait du carrefour des Saints-Innocents, suivait la rue Saint-Denis et finissait à la chapelle Saint-Denis près d'une petite croix qui fait ou doit faire le bout de la chaussée de Paris, que doit soutenir l'abbé de Saint-Denis. C'est-à-dire que l'entretien de la portion comprise entre Paris et cette croix était à la charge du prévôt des marchands et que l'autre tronçon était aux soins de l'abbaye. Remarquons combien cette route, comme du reste les trois autres de la croisée et quelques rues adjacentes, devaient être soigneusement entretenues, lorsque l'on sait que toutes les autres rues de Paris étaient dans la dépendance et sous la surveillance du prévôt royal.

 

(1) En se rapportant à la Vie de Saint-Saintin, son disciple qui vivait encore en l'an 346.

(2) Dagobert dans un diplôme de 629 avait concédé à l'abbaye le droit d'établir un marché qui durait tout le mois d'octobre ; les marchandises arrivaient presque toujours par la Seine.

(3) Les travaux publics de Paris au Moyen-âge par Frédéric Lecaron.

 

 

 

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Mais revenons à notre rue des Poissonniers, moins glorieuse, mais plus laborieuse.

 

La rue des Poissonniers. - Comme nous l’avons dit, il est très probable que notre rue faisait partie du chemin créé par les Gaulois, chemin dont les Romains firent une véritable voie de pénétration vers le Nord.

En l'an 50 (1) de notre ère, les routes organiques de la Gaule étaient terminées ; il avait fallu un siècle (2) aux Romains pour mener à bien cet ouvrage dont le véritable organisateur fut Agrippa (3). L'empereur Claude fut réellement le grand orga­nisateur des voies qui civilisent. N'est-ce pas là, la caractéristique de notre route, qui évitant l'ascension de Montmartre, puis par deux fois le passage du fleuve dont les rives étaient souvent inondées, impraticables et marécageuses, devenait la voie qui civilise en enfonçant, après avoir dépassé Saint-Denis, ses tentacules de différents côtés ? Notre voie mettait Lutèce en communication avec les Provinces Maritimes et Beauvais, un peu à droite avec Amiens, Senlis et les Provinces Belges.

Les routes sont, disait en 1622, le vieil historien des routes romaines, le rémois Nicolas Bergier, comme les nerfs, veines et artères de notre pays ; ce sont elles aussi qui servirent utilement aux premiers évêques chrétiens qui évangélisèrent la Gaule. Est-il nécessaire de rappeler que notre voie menait à Beauvais, où fut Saint-Lucien ?

En dehors de la rue de la Chapelle, il est une autre voie concurrente qui intéresse elle aussi notre secteur archéologique et qui a été signalée pour la première fois par M. Jollois (4), ingénieur en chef de la Ville de Paris. D'après ce chercheur qui se basait sur la découverte faite en 1836 d'un cimetière gallo-romain entre la rue Blanche et la rue de Clichy, la voie

 

(1) Routes romaines et routes de France par Camille Jullian.

(2) Jules César soumit la Gaule, ans 58-50 avant notre ère.

(3) Général romain, gendre et ministre d'Auguste (63-12 avant J.-C.).

(4) Mém. sur les Antiquités romaines et gallo-romaines de Paris (dans les Mém. de l'Acad. des Inscrip. 2e série T. I 1843). Cette voie pourrait être une variante de la route de Paris à Rouen et à Beauvais par Pontoise et Petromantalum. Cette dernière localité est encore à identifier.

 

 

 

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romaine vers Rouen et Beauvais quittait Paris, immédiatement vers l'ouest ; elle devait, partie du Grand-Pont, aujourd'hui le Pont au Change, passer sur l'emplacement de l'église Saint-Eustache et à peu de distance de la rire Coquillière, traverser la rue Vivienne, celle des Filles Saint-Thomas, le boulevard, longer la Chaussée-d'Antin et suivre la rue de Clichy, jusqu'à la barrière de ce nom,… pour se rendre de là à Saint-Denis par la route départementale actuelle de Paris à Saint-Ouen, jusqu'à Saint-Denis de l'Estrée, ou Saint-Denis du grand chemin (chaussée de Jules-César, carte du Dépôt de la Guerre).

 

On s'est longtemps demandé quel était, au XIVe siècle, l'itinéraire de la procession de Notre-Dame et si la rue des Poissonniers fut témoin de ces grandes manifestations religieuses. M. Ernest Roussel a savamment répondu à cette question (1) et nous ne saurions faire mieux que de reproduire les lignes qu'il a consacrées à ce sujet : Quel était, au XIVe siècle, l'itinéraire de la procession de Notre-Dame ? Les Pontificaux nous ont appris qu'elle se rendait d'abord au cimetière des Champeaux, qui était alors hors de la ville (près des Halles). Prenait-elle ensuite le chemin pavé de Paris à Saint-Denis ou le chemin des Poissonniers ? Un procès en 1334, devant le Parlement, nous apprend que la procession s'arrêtait à la pointe Lisiard ; les plans du XVIIIe siècle ne nous indiquent pas la position de ce lieu. Mais dans le procès de 1334 il est dit que cette pointe est à l'intersection du chemin de Clignancourt à Saint-Denis et du chemin de Paris à Saint-Denis, qui passe sous Montmartre. La procession venait-elle par le chemin de Clignancourt ? On ne s'expliquerait pas pourquoi elle aurait fait un tel détour, alors que rien ne pouvait l'attirer à Clignancourt. Il s'ensuit de toute nécessité qu'elle avait pris l'autre chemin, celui de Paris à Saint-Denis, qui passe sous Montmartre.

 

(1) Ernest Roussel. Le bénédiction du Lendit au XIVe siècle. B. S. H. de P., T. 24. 1897, p. 70.

 

 

 

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Deux chemins conduisaient de Paris et de la Chapelle vers le Lendit et Saint-Denis ; l'un, le plus ancien, était le chemin des Poissonniers ou de la marée, l'autre, le chemin pavé ou la chaussée de Paris à Saint-Denis, dont la route nationale de Paris à Calais a suivi le parcours. Le chemin des Poissonniers est plus voisin de Montmartre que le chemin pavé, et la désignation de chemin de Paris à Saint-Denis, qui passe sous Montmartre, nous semble mieux lui convenir (1). Du reste, dans les documents du XIVe siècle, le chemin pavé de Paris à Saint-Denis est généralement appelé la chaussée ou le chemin pavé.

En nous reportant à la carte de la Plaine Saint-Denis, jointe au savant travail topographique de M. J. Lair (2), nous nous rendons compte de l'emplacement de la pointe Lisiard : le chemin de Clignancourt à Saint-Denis serait le chemin de la procession ; le chemin de Paris à Saint-Denis, sous Montmartre, le chemin des Poissonniers ; et la pointe Lisiard serait à l'intersection de ces deux chemins, à la limite méridionale du territoire de Saint-Denis.

Nous ne saurions trop recommander au lecteur de suivre la topographie de ce lieu sur l'admirable gravure reproduite ici-même et communiquée par notre dévoué président.

Il en résulte, continue M. Roussel, que la procession suivait (en 1334) le chemin de la Chapelle au Lendit sous Montmartre, c'est-à-dire, selon toute vraisemblance, le chemin des Poissonniers…

Le carrefour du chemin des Poissonniers et du chemin de Clignancourt se trouve bien à la limite méridionale dû terri­toire abbatial...

Toutefois, on peut invoquer à l'appui du passage de la procession Par la chaussée pavée, un document de 1482 (Arch. nat., K. 931, n° 43) dans lequel il est fait mention de la

 

(1) Par les notes extraites du Censier de S. Merri, que nous donnons plus loin, nous voyons que le chemin sous Montmartre était déjà signalé en 1307 comme étant celui passant au Val Larroneux.

(2) Bull. Société H. de P., T. 23. 1896. Séance du 12 mai.

 

 

 

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Croix Panchée. Or, la Croix Penchée qui existait encore au XVIIIe siècle se trouvait sur le chemin pavé. Il faudrait donc admettre que l'itinéraire suivi par la Procession a été modifié après la longue interruption du Lendit de 1429 à 1444, d moins qu'on ne veuille en fixer le passage, à l'aller, par le chemin des Poissonniers, et au retour par la chaussée pavée (1).

La Foire du Lendit, supprimée en 1429, fut rétablie en 1444, mais non plus dans la Plaine Saint-Denis ; notre rue des Poissonniers ne fut plus la voie où se déployait le faste des cérémonies de l'Eglise. Ses pavés continuèrent de résonner au passage des porteurs de marée.

Ces poissonniers, qui donnèrent le nom à la rue, venaient de la Manche, ils arrivaient, nous dit un auteur (2) du XVIe siècle, de la mer de Normandie, de Dieppe et des côtes voisines… Les pêcheurs de la mer apportent (le poisson) à Paris sur de certains petits chevaux qui, habitués à ce voyage, trottent toujours sans jamais se reposer et dont le trot continu égale le galop de la Poste.

Plus tard, ce moyen assez rapide qui mettait Paris à moins de quatorze heures de Dieppe fut remplacé par des carrioles à deux roues, qui, dans un délai de temps relativement égal apportaient beaucoup plus de marchandises. Les poissonniers allaient en groupe, ayant à se défendre des voleurs, des pillards et des soldats ennemis. Rappelons qu'aux abords de Paris, sous Montmartre, une partie du trajet qu'ils avaient à effectuer s'appelait le Val Larroneux.

La rue des Poissonniers conduisait aux cinq moulins de la Goutte-d'Or situés à l'emplacement du passage Léon (3) ;

 

(1) M. Roussel ajoute (note 4, p. 74) un renseignement précieux pour l'histoire religieuse de Montmartre : « au lendit l'évêque fait le sermon » (manus. latin B. N. 962). La description renferme un passage assez embarrassant : il y est dit que la bénédiction est faite au peuple le second mercredi de juin, maintenant à Montmartre (nunc vero in monte martyrum).

(2) Relation du siège de Paris en 1590 par Fillippo Pigafetta.

(3) Ce passage, voie privée, est encore curieusement éclairé le soir par des lampes à pétrole et il n'y a rien de plus pittoresque, au matin, que de voir une bonne vieille juchée sur une échelle, en train de « faire » ses quinquets.

 

 

 

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notre rue est intimement liée à l’histoire de ces moulins qui virent tant de combats héroïques, entre autres : celui du 3 sep­tembre 1429 avec Jeanne-d'Arc (1), celui du 11 novembre 1567 avec le capitaine Guerry (2).

C'est ce dernier combat qui est représenté sur la gravure ci-contre. Notre président, M. Victor Perrot, a trouvé ce document remarquable et l'a déjà commenté dans une notice curieuse devenue fort rare et intitulée « Le premier Canard parisien » ; nous devons sa reproduction à son extrême obligeance.

Voici, comment un auteur du temps signale cette bataille : Le mercredi premier jour d'octobre 1567 ensuivant, iceulx (les perturbateurs du repoz public, aultrement nommez Huguenoz) plains de rage et furie, estantz dolantz d'avoir failly à leur entreprise, qui estoit de prendre le roy et le tuer, et puis s'emparer du royaume, comme depuis l'on a bien aperçeu, vindrant près de Paris, du costé de la Porte Sainct Denis. Et sur le minuict, mirent le feu et bruslèrent quinze ou seize moulins, ce qui entonna bien la ville…

Le jeudy 2e jour d'octobre ensuivant, iceulx (les rebelles et conjurateurs et ennemys de Dieu, du roy et du repos public, iceulx forcenez et enragez et insatiables du sang royal et humain) surprirent la ville de Sainct-Denis Condé établit son poste de commandement et d'où il prépara la bataille, qui est décrite ainsi dans le manuscrit : Le lundy loi jour du dict mois de novembre 1567 fut la bataille donnée, tant du costé du roy, que du costé du prince de Condé, ennemy de Dieu et dit roy entre Paris et Sainct-Denis : Le récit est beaucoup plus long, mais n'intéresse pas cette notice ; il y a de fort beaux détails sur la mort et les obsèques du Connétable Anne de Montmorency, qui fut mortellement blessé au cours de l'action (3).

 

(1) Marche de Jeanne-d'Arc sur Paris, par M. l'abbé Couget. Sem. Rel. de Paris. 1923.

(2) Curiosités de Montmartre : Les Moulins à Vent par Ch. Sellier.

(3) Journal de François Grin, relig. de Saint-Victor de Paris. 1554-1570. B. N. f. fr. 24993.

Voir aussi H. Univ. de de Thou. T. II, p. 254. Liv. XLII.

Voir aussi Agrippa d'Aubigné, signalé par M. V. Perrot dans sa notice.

 

 

 

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Fig. 7

 

Portrait véritable de la bataille

donnée entre Paris et Saint-Denis, le 10 novembre 1567,

d’après une gravure sur bois publiée chez Lemaistre à Lyon (1570).

Coll. Perrot

 

 

 

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Le 30 mars 1814, à la bataille de Paris, alors que le combat venait de cesser, les troupes silésiennes de la division Horn et des brigades Pisch et Klüx qui avaient été longtemps main­tenues sur la ligne de la Chapelle, par les troupes françaises de Charpentier et de Robert s'arrêtèrent à la hauteur de notre rue et entrèrent dans Paris par la barrière des Poissonniers. Nous préparons l'histoire de cette bataille formidable autour de la Butte.

Le 23 mai 1871, les Versaillais cernèrent Montmartre a une heure de l'après-midi, ils en étaient maîtres et le drapeau tricolore flottait sur la tour Solférino ; ils ne firent pas de quartier, les fédérés furent passés par les armes, ceux qui purent se sauver le firent par les rues Doudeauville et Myrrha, mais la retraite leur fut coupée à la hauteur de la rue des Poissonniers par les troupes de la division Montandon, un choc sanglant se produisit à cet endroit. Pendant longtemps on put voir des projectiles enfoncés dans les façades des maisons, principalement au n° 16 bis, où le comptoir en zinc du fameux établissement, A la Renommée des Escargots, portait de nom­breuses traces de balles (1).

La rue des Poissonniers menait au cimetière Marcadet, aujourd'hui disparu et qui se trouvait à l'emplacement de l'ancienne impasse d'Oran, où sont les écoles de la Ville de Paris, 43, rue des Poissonniers.

Il y avait, à la fin du XVIIIe siècle, début du XIXe, entre la rue de la Goutte-d'Or, le boulevard Barbès et le 2 de la rue des Poissonniers une Nitrière artificielle qui fournit beaucoup de salpêtre à la Régie des Poudres (2).

A cette époque, la rue des Poissonniers servait de limite à l'Est, entre les rues actuelles de Doudeauville et de Christian,

 

(1) Archives familiales : des loustics montmartrois attablés devant le comptoir du débit ne pouvaient s'empêcher de critiquer les trous faits par les balles, appella­tion qui dite ironiquement pouvait se comprendre de différentes façons ; c'est pourquoi le propriétaire fit enlever et remplacer le témoin glorieux qui donnait sujet à des plaisanteries d'un goût douteux.

(2) Guide des Amateurs, de Thiéry. T. I cf. plan de Verniquet.

 

 

 

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au parc du Château-Rouge. Les bâtiments de cette grosse villa se trouvaient à l'emplacement actuel des nos 48, 50 de la rue Clignancourt ; cette dernière n'existait pas encore à cet endroit, l'entrée principale était rue Ramey, alors chemin de Paris à Clignancourt, en face de la rue du Chevalier de la Barre.

Actuellement, les ateliers et la gare des marchandises des chemins de fer du Nord, occupent une grande partie, côté pair, de la rue des Poissonniers, depuis la rue Ordener jusqu'au chemin de fer de ceinture. A gauche, depuis le n° 143 jusqu'à la rue Belliard, la Compagnie des Transports en Commun de la région parisienne (C. T. R. P. puisqu'il faut l'appeler par cette abréviation) a installé ses vastes chantiers.

 

Différentes appellations de la route de Paris à Saint-Denis. - La première appellation connue est celle de chemin des Parisii, si nous reconnaissons que notre route fut l'ancienne voie romaine.

Au moyen âge, c'est le cheminet de l'Ile (Saint-Denis) à Paris ou de Seine à Paris. Dans Paris, proche des Halles, ce sont : la rue et la porte Nicolas Arrode. En 1370, l'enceinte de Charles V, va donner une importance plus grande à la rue Saint-Denis qui aura une porte ménagée dans les fortifications, tandis que la rue Montorgueil qui sera la continuation de la rue Arrode viendra finir aux remparts, ce qui obligera les poissonniers venant de Paris, de changer leur itinéraire ; une fois arrivés au ruisseau de Ménilmontant (carrefour de la rue de Paradis et de la rue Bleue), ils auront à choisir entre la rue Montmartre, à gauche et la rue Saint-Denis à droite ; leur route habituelle sans issue aboutissait maintenant à un moulin à vent qui se trouvait sur la butte Bonne-Nouvelle (1). Cette situation durera jusqu'à l'érection de la nouvelle enceinte commencée par Charles. IX, dans laquelle une nouvelle porte (Sainte-Anne) permettra à la rue Montorgueil de sortir de la

 

(1) Plan de 1512-1547, dit plan de la Tapisserie.

 

 

 

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ville et de retrouver notre route des Poissonniers ou de la Marée (1).

Depuis 1552 (plan de Truschet) la rue Arrode porte le nom de « Comte Dartois ». En 1654, Jean Boisseau la nomme Cour d'Artois, elle se poursuit par les rues : de Montorgueil, des Petits Carreaux, des Poissonneurs, la porte Sainte-Anne, le Val Larroneux (2), la Nouvelle France. Notre rue des Poissonniers est le chemin de Saint-Denis.

Sur le plan de Jouvin (1672), la rue des Poissonneurs devient la rue des Poissonniers suivie de la rue Sainte-Anne et notre rue des Poissonniers s'appelle chemin d'Espinay.

Le plan de Roussel (1731) indique la rue Comtesse (d'Artois), la rue Montorgueil, la rue du Petit-Carreau, la rue Poissonnière, la rue Sainte-Anne, puis le chemin des Poissonniers par Saint-Denis.

Le plan de Verniquet (1791) indique le mur d'enceinte des fermiers généraux ; on voit à l'emplacement du Métropolitain, boulevard Barbés, la porte Sainte-Anne ; la barrière Poissonnière (qui ne fut jamais édifiée), devait être entre cette porte et celle de Rochechouart; la porte Sainte-Anne, troquera bientôt son nom pour celui de Poissonnière. Notre rue des Poissonniers qui est en dehors des nouveaux murs s'appellera, pendant la

 

(1) Plan de 1649-1652 de Jean Boisseau.

(2) Avant l'appellation de Nouvelle France, le Val Larroneux s'étendait jusque sous Montmartre, c'est-à-dire jusqu'à la rue des Poissonniers ; comme son nom l'indique il était fréquenté par les détrousseurs ou larrons. Si, sur le plan, il sert de dénomination à une rue, il n'en est pas moins vrai, qu'il servait aussi à désigner toute une portion de territoire qui s'étendait entre les chemins de Clignancourt et les Poissonniers ; l'abbé de Saint-Denis y percevait des cens, ainsi du reste que le Chapitre de Saint-Merry de Paris. Sur le Cartulaire et Censier de Saint-Merry publié par L. Cadier sur une copie faite par C. Couderc d'après le ms. 907. fonds Reine Christine. B. du Vatican, nous en trouvons mention : « An de grâce M° CCC° et VII au moys de Marz ».

« F. (fol. 24). Deszouz Montmartre : Ce est le fons d'un arpent de terre que Richart des Polies tient des Chanoines de S. Merri. ajognant du chemi que vient de Paris et c'en va à Seint-Denis par le voie du Vau Larronos, et de quatre arpens et demi de terre, seans au desus du dit arpent un poeu, les quiex mestre Galerent le Breton achète de Odinet Arrode, aveques autres sis arpens et demi que sont, en une pièce, que terre que plastrière ; des quiexz XI arpens sont les cinc en le censive Mesire Adam Arenc et le autre arpent et demi en le censive Nostre-Dame de Paris, et les autres quatre arpens et demi sont en le censive des ditz chanoines de Seint-Merri.

Richard des Polies, le mercier, pour un arpent de terre, seant ou Vau Larronous, desouz Montmartre, tenant du bout au dit chemin que va de Paris à Seint-Denis du Vau Larronois et par desus, d'un cousté à le terre que feut sire Guillaume Bordo et par desoutz, devers les marays à le terre Jehan Poislaysne.

Mestre Gualaarent le Breto (modo Estienne de Monteigne et Juliane sa feme, nièce du dit feu Galeran) pour quatre arpens et demi de terre et de plastrière seans, en une pièce, desouz Montmartre aveques autres VI arpens et demi (suit le détail déjà porté plus haut, regardant les censiers, mais il est donné en plus, les détails qui suivent) tenans les X arpens en une pièce, à le voie que c'en va de Paris à Seint-Denis, desouz le vicgne Sainte-Katherine, d'un cousté, tout au lonc, et du bot, devers la chapelle, ou chemin que c'en descent de la plastrière vers les marays, de cousté le mur Saint-Ladre, et par dessa, devers les marais tenans à le quarrière et à le terre, que feut Agnès, le fame feu Raoul de Mafliers dont Mesire Adam Aranc prent de fons de terre III s. IIII d. et Nostre-Dame XII d. et Seint-Merri, chascun an, pour sa partie III s. p. et inscit doit chascun arpent VIII. d. p. »

 

 

 

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Révolution, chemin conduisant à la Franciade, nom nouveau donné à Saint-Denis.

Les fortifications actuelles, qui datent de 1840, marquent l'extrémité de la rue actuelle des Poissonniers (porte des Pois­sonniers) qui, à cet endroit, franchit sur un pont la ligne du chemin de fer de ceinture et le boulevard Ney. Le 14 janvier de cette année 1924, nous avons vu des ouvriers Kabyles donner les premiers coups de pioche pour démolir les fortifications entre la porte des Poissonniers et le chemin de fer du Nord.

En 1845, la rue Lévisses, qui devait devenir le boulevard Ornano, puis le boulevard Barbès, prit une portion de la rue des Poissonniers qui allait alors jusqu'à l'emplacement actuel de la station métropolitaine de Barbès. Nous sommes en pleine période de lotissement du parc du Château Rouge. Le plan établi par la Société adjudicatrice, Duseigneur et Cie, prévoit la création d'une paroisse nouvelle, dont l'église est à établir, là où se trouve l'immeuble portant le n° 50 du boulevard Barbès à l'angle N.-E. de la rue Poulet (1).

Le nivellement ancien de la rue des Poissonniers fut fait par ordonnance royale du 9 août 1826, entre le boulevard Barbès et la rue Doudeauville ; le dernier nivellement fut exécuté en vertu du décret du 3 juillet 1884.

 

(1) Document : Me Douce.

 

 

 

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L'alignement ancien date de l'ordonnance royale du 9 août 1826, entre le boulevard Barbès et la rue Doudeauville et de l'arrêt préfectoral du 2 août 1837. L'alignement actuel fut décrété le 3 juillet 1884 entre le boulevard Barbès et la rue Marcadet.

Sa largeur est de onze mètres soixante-quinze et sa longueur totale d'un kilomètre quatre cent vingt mètres.

Ajoutons, pour terminer, que la rue des Poissonniers sert de limite entre la paroisse de Notre-Dame de Clignancourt (quartier Clignancourt), et la paroisse de Saint-Bernard (quartier de la Goutte-d'Or), dont les églises furent respecti­vement inaugurées en 1863 et 1861.

 

Robert MATHIEU.

 

 

Fig. 8

 

 

 

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La Fin de la Tour-des-Dames

 

 

Les aspects du Paris d'autrefois sont soumis à de si rapides changements par l'effet des nécessités modernes, qu'il faut pro­fiter de toutes les occasions pour en fixer l'histoire sommaire. On est à peu près sûr, dans les moindres coins, d'évoquer des sou­venirs intéressants. C'est une bonne fortune de ce genre qui nous permet d'écrire le présent article. Une grande Société métallur­gique s'est rendue acquéreur, dans ces dernières années, des immeubles portant les numéros 2 et 4 de la rue de la Tour-des-Dames, 15, 17 et 19 de la rue de La Rochefoucauld, c'est-à-dire des 6.000 mètres de terrain formant l'angle des deux rues. Avec une parfaite obligeance, elle a bien voulu nous permettre de consulter ses titres de propriété. Nous pouvons suivre ainsi le lotissement d'une parcelle importante du quartier (1).

Si l'on en juge d'après le plan de Roussel (1730), le terrain bordant tout le côté nord de l'actuelle rue de la Tour-des-Dames et s'étendant, en profondeur, jusqu'au N° 8 de la rue Pigalle et au N° 19 de la rue de La Rochefoucauld, était, à cette époque, un enclos d'un seul tenant, appartenant à l'abbaye de Montmartre et à l'angle sud-est duquel s'élevait le vieux moulin à vent, remontant au XVe siècle et dit moulin de la Tour, ou la Tour-des­Dames.

La rue des Portes-Blanches, puis de la Croix-Blanche (rue Blanche) commençait à se border de « petites maisons », entourées de jardins. Mais le chemin du Désert, des Dames, ou de la Cochon­nerie, future rue Royale (vers 1770) et future rue Pigalle (en 1803), n'était pas encore bâti, pas plus que la rue dite alors ruelle du Moulin de la Tour (aujourd'hui rue de Ia Rochefoucauld), dont la partie méridionale ne devait être alignée qu'en 1745.

 

(1) Nous prions la Compagnie des Forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, et en particulier M. Aguillon, de trouver ici l'expression de notre vive gratitude.

 

 

 

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Quant à notre rue de la Tour-des-Dames, elle n'avait pas encore de dénomination ; le plan montre qu'elle se prolongeait à l'est de la ruelle du Moulin de la Tour, pour aboutir, par un retour d'équerre, dans la rue Saint-Lazare. En 1745, Pierre de Ressye, propriétaire d'un vaste clos à l'ouest de la ruelle du Moulin, décida de le lotir en alignant et élargissant les ruelles avoisinantes. D'accord avec l'abbesse de Montmartre, Catherine de Ia Rochefoucauld-Cousage, la ruelle du Moulin dut devenir rue de La Rochefoucauld et la ruelle perpendiculaire rue du Cousage (1). Mais on donna à celle-ci, dès cette époque, le nom de rue de la Tour-des-Dames, en l'attribuant d'ailleurs aussi à la rue de La Rochefoucauld, comme le montrent de nombreux actes et le plan de Jaillot (1772).

Notre rue de la Tour-des-Dames s'appela encore ruelle Baudin (1733, jusqu'en 1772, plan de Jaillot), ruelle Saint-Georges (1768 jusqu'en 1787) , rue Bougainville (1789), rue du Désert (1791, plan de Verniquet). Le nom de Baudin lui venait d'une famille, propriétaire d'un grand clos qui la bordait au nord (emplacement des 14 à 18 de la rue de La Rochefoucauld), à laquelle appartint Nicolas Baudin, navigateur et botaniste, mort en 1803, et l'amiral Baudin (1784-1854). Celui de Saint-Georges lui venait de la rue de même nom, avec laquelle elle communiquait. Celui de Bougainville, de l'hôtel du grand marin, N° 1, rue de la Tour-des-Dames et 56, rue Saint-Lazare, hôtel qui devint celui de Mlle Mars. Enfin, les actes consultés par nous montrent que, vers 1750, on l'appelait communément ruelle Saint-Germain, à cause de Douet de Saint-Germain, qui, le 15 novembre 1743, devant le notaire Prévost, avait pris à bail des Dames de Montmartre leur enclos du Moulin de la Tour.

Il est probable que, dès 1745, en même temps que Pierre de Ressye réalisait ses projets de voirie, l'abbesse de Montmartre lotit l'enclos, réduisant le bail de Saint-Germain à un petit ter-

 

(1) Coyecque, Bulletin de la Soc. de l'Hist. de Paris, 1914, p. 41, 44, 45. C'est donc bien à l'abbesse de Montmartre que la rue de La Rochefoucauld doit son nom, et non à l'introducteur de la vaccine, comme je l'ai dit par erreur dans mon Guide, d'après le Dictionnaire des frères Lazare (Ed. 1855).

 

 

 

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rain qu'elle conservait autour de son moulin. Douet de Saint-Germain semble avoir acheté toute la partie occidentale sur laquelle il se fit bâtir une « petite maison », à l'emplacement des

 

 

Fig. 9

 

La rue portée sur ce plan comme rue de la Tour-des-Dames devint la rue de la Rochefoucauld ; la première partie de la ruelle Baudin est la rue de la Tour-des-Dames actuelle.

L'emplacement du Moulin de la Tour est indiqué.

 

Nos 2 à 8 de la rue Pigalle actuelle. Cette construction, qui n'était pas parallèle à celle-ci, mais perpendiculaire à la ruelle de la Tour, est bien visible sur le plan de Jaillot et le N° 6 actuel de la rue Pigalle en marque exactement l'emplacement. Le reste de l'enclos dut être morcelé entre de petits cultivateurs, comme le montrent les titres des différentes parcelles actuelles, que nous allons suivre.

 

 

 

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N° 19, rue de La Rochefoucauld. - L'hôtel encore existant fut bâti, vers 1753-1754, par un sieur Claude Philibert, banquier, originaire de Lyon, sur un terrain provenant de trois acquisitions, faites devant Me. Hazon, l'une du 4 août 1752 à Marie Venant, veuve de Gilbert Contard, l'autre du 4 septembre 1752 à Louise Langlois, veuve de Jean Rousselet, la troisième du 11 septembre 1752 à M. de Valleville. Le terrain ainsi constitué formait hache, donnant à la fois sur la rue de La Rochefoucauld et la rue de la Tour. Le plan de Jaillot l'indique très bien (1772), mais sans figurer l'hôtel, dont notre second plan donne la disposition, orientée au sud, avec un jardin devant la façade.

Au moment de ses achats de terrain, Philibert était déjà propriétaire d'une maison rue Royale (Pigalle), tenant à celle de Douet de Saint-Germain (à moins que ce ne soit celle-là même dont Saint-Germain n'était peut-être que locataire). Le 9 avril 1766, il signa son contrat de mariage, devant Hazon, avec Marie-Madeleine-Geneviève Delaviers, fille majeure, qui déclara avoir l'autorisation de son père, bourgeois d'Abbeville (1). Comme le domicile du futur est indiqué rue Royale et celui de la future rue de La Rochefoucauld, on est tenté de croire que Philibert ne faisait qu'épouser sa maîtresse, pour laquelle il avait fait cons­truire l'hôtel qui nous occupe. Par le contrat, établi sous le régime de la communauté, les futurs époux se faisaient don mutuel de tous leurs biens, en faveur du dernier survivant.

Devenue veuve, Mme Philibert se remaria avec le marquis Armand de Matharel et, le 27 novembre 1790, devant Duclos du Fresnoy, revendit la propriété au baron Alexandre-Louis Hersant-Destouches et à Claudine-Maximilienne Louchier, sa femme.

Dès le 5 août 1782, devant Duclos du Fresnoy, ce baron Destouches avait acheté à Claude Turlin et à Élisabeth Courier, sa femme, moyennant 60.000 livres, le terrain faisant l'encoignure de la rue de La Rochefoucauld et de l'ancienne ruelle Saint-Georges (N° 2 rue de la Tour-des-Dames) ne contenant que des cultures et « une petite cour à fumier ». En 1790, il avait acquis

 

(1) Etude de Me Charpentier.

 

 

 

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l'ancienne « petite maison » de Douet de Saint-Germain, portant alors le N° 2 de la rue Royale. La même année, comme on vient de voir, il achetait la propriété Philibert. Enfin, en 1792, le terrain de la Tour, resté la propriété de l'abbaye, donné à bail en 1743 à Douet de Saint-Germain et cédé par lui, en jouissance emphytéotique, au sieur Claude Turlin, suivant contrat du 9 décembre 1780, était confisqué comme bien national. Un sieur René Grenard était nommé adjudicataire de la nue-propriété, suivant procès-verbal du 30 juin 1792 et, dès le 9 juillet suivant, devant Robin, cédait ses droits au baron Destouches, qui reconstituait ainsi à son profit tout l'ancien enclos des Dames de Montmartre.

Destouches perdit sa femme en floréal an III, (l'inventaire est du 1er prairial, 20 mai 1795), et mourut lui-même en frimaire an IV (inventaire du 11, 2 octobre 1795), laissant pour unique héritier son fils, Alexandre-Étienne-Guillaume Hersant-Destouches, gentilhomme honoraire de la Chambre du Roi, préfet de Seine-et-Oise sous la Restauration. Après vingt-cinq ans de jouissance, celui-ci se décida à lotir de nouveau la propriété. Le 18 décembre 1820 devant Fourchy et Riant, il vendait au sieur Jean-Joseph-Pierre-Augustin Lapeyrière, receveur général des finances de la Seine, moyennant 16.000 francs, 2.313 m. 85 cm. de terrain en bordure de la rue de la Tour-des-Dames et formant l'emplacement des Nos 2 et 4 actuels, plus celui de l'avenue (N° 6) conduisant au 19 de la rue de La Rochefoucauld.

Le même jour, devant Fourchy et Riant, il cédait à M. Constantin, fils de Guillaume Constantin et d'Émilie Didot, 806 m., de terrain faisant partie de l'ancienne propriété Grenard et correspondant aux Nos 15 et 17 actuels de la rue de La Rochefoucauld. Enfin, le 25 octobre 1822, devant Le Roy et Riant, il vendait à Mme veuve Constantin, née Émilie Didot, le N° 7 de la même rue (aujourd'hui, 19), moyennant 33.000 francs en principal.

Mme Constantin se reconstitua une sortie sur la rue de la Tour-des-Dames en rachetant à Jean Lapeyrière, le 15 novembre 1822, devant Le Roy et Fourchy, moyennant 4.080 francs, 258 mètres

 

 

 

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de terrain représentés par l'allée actuelle portant le N° 6. Le 26 juin 1829, devant Clausse, elle céda à son fils et sa bru, 148 mètres de son jardin contre le bâtiment de 76 m. 50 situé au sud de la cour d'entrée du N° 19 et faisant partie de leur acquisition à Destouches.

Les 18 et 20 mai 1830, devant Clausse, Mme Constantin revendait pour 200.000 francs en principal la propriété qui lui en avait coûté 37.000 huit ans plus tôt, à Mme veuve Roch, qui en resta détentrice jusqu'à sa mort le 19 octobre 1848. C'est donc à elle que Mlle Duchesnois, après avoir vendu sa maison de la rue de la Tour-des-Dames, dont notre collègue M. Jarry vient de nous raconter si bien l'histoire, loua, en juillet 1834, l'hôtel où elle devait mourir le 8 janvier 1835. C'est aussi avec Mme Roch que les tuteurs de la pauvre Mme de Lavalette signèrent, en 1847, un bail qui devait durer jusqu'en 1854.

A la mort de Mme Roch, en 1848, sa fille, Nina Roch, vicomtesse de Forestier, recueillit l'immeuble, qui lui fut adjugé, après lici­tation, pour la somme de 110.200 francs. Moins de six ans après, elle le mettait en vente et, le 15 mars 1854, Joséphine de Lavalette, veuve du baron François de Forget, qui habitait avec sa mère, était déclarée adjudicataire, moyennant 205.000 francs en principal. C'est donc chez sa fille, c'est-à-dire chez elle, que l'hé­roïne du drame de 1815, qui y avait laissé sa raison, s'éteignit doucement le 18 juin 1855. Elle logeait au rez-de-chaussée, dans l'ancienne salle à manger de l'hôtel, encore existante (1). En 1848, le prince Louis-Napoléon, cousin des Lavalette, avait logé plusieurs fois dans l'hôtel de la rue La Rochefoucauld, avant de s'installer à l'Hôtel du Rhin, place Vendôme.

La baronne de Forget, après avoir perdu ses deux fils, mourut le 23 octobre 1886. Par testament du 1er juillet de la même année, elle instituait sa légataire universelle Marie de Crésolles, épouse de Charles Le Normand de Lourmel, vicomte de Hourmelin, qui, le 14 juin 1887, devant Segond, vendait l'hôtel pour 400.100 francs

 

(1) Dans sa notice sur Mme de Lavalette. (Champion, 1886), le comte d'Ideville s'est trompé en croyant que l'hôtel avait été acquis dès 1847. Il a donné la description de l'ameublement à cette époque.

 

 

 

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Fig. 10

 

Etat actuel des maisons appartenant à la société de Châtillon-Commentry.

 

 

 

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eu principal au comte Ambroise-Théodore d'Étampes, déjà propriétaire du N° 12 rue Pigalle. Celui-ci mourut dans ce dernier domicile le 23 mai 1889 et l'hôtel de la rue de La Rochefoucauld resta indivis entre ses héritiers, qui étaient ses cousins. Mis en vente sur licitation, en 1902, à cause de mineurs, il fut adjugé le 29 novembre, pour 370.100 francs, au comte Jean-Marie d'Etampes, qui l'a revendu le 18 décembre 1923, devant Me Champetier de Ribes, aux possesseurs actuels.

 

Nos 15, 17, rue de La Rochefoucauld. - L'immeuble portant ces deux numéros fut bâti vers 1821 par M. Constantin fils sur le terrain de 806 mètres, dépendant de l'ancienne propriété Grenard qu'il avait acheté au baron Destouches le 18 décembre 1820 (cf. p. 5) sur licitation entre ses héritiers, il fut adjugé, le 5 septembre 1838, à M. et Mme Heuguet. La seconde, née Elisa Faure, mourut le 22 mars 1871, laissant la maison à ses quatre filles, qui la ven­dirent, le 12 mai 1892, moyennant 374.000 francs, à la Société des Immeubles de France. Celle-ci la revendit, devant Delapalme, le 21 mars 1902, moyennant 440.000 francs, à Mme Durant de Mareuil, née Louise Bourdon de Vatry, comme remploi de valeurs dotales. Mme de Mareuil mourut le 29 mai 1914 à Commercy et, sur licitation entre ses héritiers, la maison fut adjugée, le 25 février 1922, devant Me Champetier de Ribes, à la Compagnie de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons.

 

N° 2, rue de la Tour-des-Dames. - On a déjà vu l'historique du terrain jusqu'à sa revente par le baron Destouches, le 18 décembre 1820, au sieur Jean Lapeyrière (cf. p. 343). Le 21 août 1822, devant Le Roy, Lapeyrière revendit la fraction qui nous occupe, moyennant 25.000 francs, aux frères Henri et Théodore Vandevelde, qui rasèrent la vieille tour du moulin encore existante et commencèrent la construction d'un hôtel, destiné, prétend Lefeuve, au prince Paul de Wurtemberg (1). Le bâtiment n'était pas achevé, qu'ils le revendirent, le 27 novembre 1823, devant Breton et

 

(1) Lefeuve, Ed. 1875, t. II, p. 502.

 

 

 

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Le Roy, moyennant 87.468 francs, à Claude Bailliot, pair de France, et à Anne Foncier, sa femme, qui terminèrent l'hôtel. Bailliot y mourut le 15 décembre 1836, laissant pour seule héritière, sa fille, Mme de Béhague, qui, suivant acte de partage du 28 janvier 1837, reçu par Poignant, abandonna la maison à sa mère. Celle-ci la revendit, le 17 mars 1838 devant Chatelain ; moyennant 200.000 francs, à M. Pierre de Lestapis, qui y mourut le 27 mai 1870. Dès le 30 août 1867, devant Armand Lefebvre et Robin, ses trois filles et héritières avaient cédé l'hôtel moyennant 400.000 francs, à Pierre Civiale et Pauline Touchard sa femme. Le premier mourut dans la maison le 6 juillet 1893 et sa veuve la revendit, le 30 juin 1902, devant Cousin, au Dr Pottier et à Marie Puissant, son épouse, moyennant 425.000 francs. Elle leur fut achetée le 28 décembre 1912, devant Me Champetier de Ribes, par les propriétaires actuels.

 

N° 4, rue de la Tour-des-Dames. - Les 20 et 22 juin 1822, Jean-Joseph-Pierre-Augustin Lapeyrière revendit cette parcelle de terrain, devant Trubert et Fourchez, moyennant 16.100 francs, Henri-Marie-Antoine-François-de-Paule Clouet, receveur particulier des finances du IIe arrondissement. Au total, en moins de deux ans, Lapeyrière avait tiré 45.180 francs du terrain qu'il avait payé 16.000 francs, le 18 décembre 1820, au baron Destouches. C'était une belle opération et l'on doit souhaiter que ce receveur général des finances de la Seine ait aussi bien géré celles du département que les siennes. Henri Clouet fit construire l'hôtel, encore existant, qu'il revendit, le 10 mars 1826, devant Riant et Trubert, moyennant 147.500 francs, à Étienne-Armand-Napoléon de Cambacérès, fils de l'ancien Consul et Archichancelier, et à Napoléonie-Adèle Davout-d'Eckmühl, son épouse, domiciliés rue Saint-Dominique-Saint-Germain, N° 119, c'est-à-dire dans l'hôtel (emplacement du N° 39) où le maréchal Davout était mort en 1823.

Le ménage Cambacérès devait être gêné dans ses affaires, car, le 10 juillet 1838, devant Cahouet, il revendait l'hôtel à perte, moyennant 130.000 francs, à François-Julien, dit Jules Talabot,

 

 

 

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colonel de la 2e Légion de la Garde Nationale, commandeur de la Légion d'honneur, frère du grand ingénieur Paulin Talabot. Sur le prix de vente, 100.000 francs devaient être payés directement à Mme de Cossé-Brissac, duchesse de Rivière, créancière des vendeurs. Talabot mourut dans l'hôtel le 5 juin 1868, et sa femme née Alexisse-Eugénie Cunin, le 30 mai 1870, laissant comme héritière leur fille Marguerite, mariée au comte Jean Clary. Tous deux le revendirent, les 28 avril et 2 mai 1870, devant Masson et Acloque, moyennant 220.000 francs, au ménage Errequeta.

M. Errequeta mourut en 1878, laissant à sa veuve quatre enfants, dont trois mineurs, et l'hôtel, mis en vente sur licitation, fut adjugé le 5 juin 1878, moyennant 400.050 francs, à M. et Mme Lambert. Cette dernière, née Hortense David, devint veuve et ne mourut que le 22 mars 1916. Son fils et sa bru revendirent la maison, le 9 octobre suivant, à la Compagnie de Châtillon-Commentry.

 

M. DUMOLIN.

 

 

Fig. 11

 

 

 

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Paul BLONDEL

 

Iconographe Parisien
1855-1924

 

 

Le samedi soir 22 février 1924, un coup de téléphone de mon collègue Heintz m'apprenait que notre ami Paul Blondel était mort la veille, des suites d'une opération pratiquée dans une maison de santé de la rive gauche, et qu'on l'enterrait le lendemain à la première heure, au cimetière de Bagneux.

Personne de son entourage n'ayant été prévenu, et trop tard pour le faire, nous étions trois : H. Heintz, Ch. Trouillard et moi, à suivre son pauvre corbillard. Il neigeait, et dans le silence de cette vaste et triste nécropole blanche, il nous semblait que Blondel était à nos côtés, et nous disait : « Il faut vraiment avoir du temps à perdre pour venir par une matinée pareille m'accom­pagner dans cette banlieue éloignée ; est-ce que ça valait la peine d'un tel dérangement ? »

Certes oui, il en valait la peine ; car l'émotion fut grande dans les milieux parisiens à la nouvelle de sa mort, et surtout lorsqu'on connut les pénibles circonstances de ses derniers moments et son enterrement dans une terre étrangère.

Une souscription faite par le « Vieux Montmartre », pour le retirer de la fosse commune et lui donner une sépulture durable dans le cimetière Saint-Vincent, fut rapidement couverte, et le 26 avril 1924, par une belle matinée de printemps, nombreux furent, cette fois, les Parisiens, amis et admirateurs, qui accompagnèrent Blondel dans le coin pittoresque du « Vieux Montmartre », où il repose maintenant. Au pied d'un grand tilleul, une dalle de pierre porte cette inscription :

 

A PAUL BLONDEL
Iconographe Parisien
1855-1924
" LE VIEUX MONTMARTRE "

 

 

 

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« Si je prends la parole, ai-je dit devant cette tombe, ce n'est pas pour faire un discours. Blondel n'aimait pas les bavards, et je tiens à conserver son estime. Acta sed non verba, telle a été la règle de toute sa vie qui fut non seulement un acte mais une belle action accomplie simplement, sans bruit.

C'est aussi simplement et sans bruit que, dans un geste touchant et spontané, vous, ses amis du Vieux Paris et «Vieux-Montmartre », avez tenu à apporter à cet honnête homme, à ce grand Parisien, l'hommage de votre reconnaissance et de votre admiration.

Ce n'est donc pas un dernier adieu que je veux lui adresser, puisque, grâce à vous, il est revenu bien définitivement parmi nous dans ce Montmartre qu'il affectionnait particulièrement, à côté duquel il est né, près duquel il a vécu.

C'est une mission très douce qu'il me reste à remplir : Arri­vé au terme de sa dernière promenade à travers ce Paris auquel il a consacré sa vie et ses modestes ressources, Blondel, impatient de prendre un repos bien gagné après une absence de deux mois - la plus longue qu'il ait jamais faite en dehors des fortifications - Blondel m'a prié d'être son interprète auprès de vous en vous adressant ce simple mot qui ira droit à votre cœur de Parisiens : Merci ! ! ! »

 

Paul Blondel (1) naquit aux Batignolles, 105, rue de la Condamine, le 4 octobre 1855. Sa vie fut très simple : « pas d'his­toires » sauf celle de Paris, pourrait-on dire ! Il fut donc un homme heureux.

Son existence, il la partagea entre ses occupations d'employé de banque qu'il remplit avec conscience pendant cinquante ans, et sa passion d'iconographe parisien.

C'est avec ses seuls appointements qu'il parvint à assurer et son pain quotidien et la réunion de son importante collection, dans son appartement du 30 de la rue Fontaine.

 

(1) On ne possède aucune photographie de Blondel sauf celle prise dans un groupe au pied du Moulin de la Galette, le 29 mars 1914, et qui figure dans le Bulletin du Vieux Montmartre ; fascicule 79, page 208.

 

 

 

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Rien de plus curieux que le logis de ce vieux garçon dans un ancien hôtel, construit à l'époque romantique : Le rez-de-chaus­sée qu'il occupait, donnait autrefois sur un jardin s'étendant jusqu'à la rue, remplacé aujourd'hui par un immeuble de rapport. Ce rez-de-chaussée comprenait trois pièces qui n'en faisaient qu'une par suite de la suppression des portes.

La première pièce d'entrée était la bibliothèque. Des rayons, remplis de livres, garnissaient tous les murs.

La deuxième, l'ancien salon de l'hôtel, était le Cabinet des Estampes où, jusqu'au plafond, s'étageaient des cartons conte­nant sa collection parisienne rangée par quartiers. Une haute échelle roulante permettait de les atteindre.

La troisième était son atelier : une grande table en occupait le centre. C'était là qu'il fabriquait ses cartons ; coupait ses feuilles collait ses estampes. Au fond, un divan, qui lui servait de lit.

Sur les murs, des tableaux et des estampes sur Paris.

Le tout respirait l'ordre et la propreté.

Blondel vivait là très retiré, absorbé dans son travail.

Ayant réussi à lui faire accepter le 27 avril 1909, l'invitation à dîner de la Société du « Vieux-Papier », a son insu - car il ne me l'aurait pas permis - j'en profitai pour faire en public son éloge mérité :

« Mon ami Paul Blondel est un phénomène unique en son genre.

Voyez plutôt :

Depuis plus de trente ans, seul, désintéressé, sans bruit, comme Bonnardot dont il s'honore d'être le fidèle disciple, avec un but déterminé et des ressources aussi modestes que sa per­sonne, il a réuni plus de 80.000 images sur Paris, toutes rangées et cataloguées ! ! !

N'est-ce pas admirable et quelle somme de travail repré­sente cette magnifique collection ?

Car Blondel qui, en dehors de ses occupations journalières, tient de sa faveur le titre de conservateur de son musée, à pris, chose curieuse, son rôle au sérieux. Et encore il cumule ! Il est en même temps son concierge, son garçon de bureau, son secré­taire, son archiviste-bibliothécaire ! Et ce n'est pas tout : il est

 

 

 

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son fournisseur, son relieur, son entoileur, son restaurateur, son colleur, son fabricant de cartons ! ! ! Joignez à cela qu'il possède toutes les qualités d'un érudit et d'un artiste, qu'il sait apprécier à sa juste valeur le côté documentaire et artistique d'une pièce, et vous comprendrez alors pourquoi il n'a pas encore trouvé le temps d'aller se faire couronner par l'Académie Française !

S'il traverse le Pont des Arts, c'est pour faire des promenades iconographiques dans les cartons des bouquinistes des quais ou pour identifier sur place un document quelconque.

Un jour qu'il revenait d'une chasse fructueuse, le carnet rempli de belles pièces, je le rencontrai et l'aidai à remonter son butin chez lui.

De ce qu'il était enchanté de ses trouvailles, j'en profitai pour lui arracher quelques confidences et lui demander comment cet amour funeste s'était emparé de lui. Il m'avoua que dès son plus jeune âge une vocation irrésistible l'entraînait vers le Vieux-Papier. Avait-il la joie de posséder un sou, vite il courait acheter un sucre d'orge, mais c'était pour avoir le morceau de papier ou d'image qui l'entourait !

Aussi suis-je heureux de l'occasion présente pour lui dire publiquement quelle admiration jalouse j'ai pour son œuvre, et en quelle affectueuse estime je tiens son caractère ».

D'autre part, au lendemain de cette mort qui nous affectait, M. Henri Malo, l'érudit conservateur de la Bibliothèque Thiers, publiait dans le Figaro, cet émouvant adieu :

 

M. Blondel est mort. Qui ça, M. Blondel ? La Renommée n'a pas embouché sa glorieuse trompette pour annoncer cet événement au monde, sans doute parce que le monde a d'autres soucis. Et pourtant.

M. Blondel se présentait sous l'aspect d'un petit vieux, plutôt maigre, le cheveu rare, le teint légèrement jaune, le dos légèrement voûté, le vêtement incolore, la parole effacée, mais le sourire doux et bon, le front pur et, dans l'œil délicieusement bleu, ce regard rayonnant de jeunesse et de clartés intérieures qui illumine la physionomie des êtres brûlant d'un idéal, lorsque cet idéal ne consiste ni à gagner de l'argent, ni à faire de la poli­tique.

M. Blondel, Parisien de Paris, avait la passion de sa ville natale. Il consacra sa vie à l'iconographie parisienne ; il réunit une extraordinaire collection de documents, méthodiquement classés par arrondissements ;

 

 

 

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il constitua ainsi une mine d'une richesse inouïe à laquelle de nombreux chercheurs sont allés demander le renseignement dont ils avaient besoin.

Cette collection rare, M. Blondel ne l'avait pas formée à coups de banknotes : il ne disposait guère de ces papiers prestigieux. Il passa trente-cinq ans comme employé dans une maison de coulisse. Mais tout l'argent dont il disposait s'en allait en achats d'estampes parisiennes. Il disait à un ami :

- Je viens encore de faire une folie... mais je n'ai pas pu résister... C'était un lot qui manquait à ma collection. J'en serai quitte pour me mettre au pain et au lait pendant huit jours.

On comprend que M. Blondel ne montrât pas un physique épanoui de graisse et enluminé de vives couleurs.

Il vient de mourir à soixante-dix ans, des suites d'une opération qui absorba, et au delà, ses disponibilités. Ce n'était pas un débrouillard dans la vie, et il se montrait fort discret auprès de son entourage. Ses restes ont été portés à la fosse commune. Des amis s'occupent pieusement de leur donner une sépulture convenable.

Mais ses dispositions étaient soigneusement prises en ce qui concerne sa collection : elle entre à la Bibliothèque Nationale, au Cabinet des Estampes. Et comme Balzac fut, lui aussi, un Parisien fervent, M. Blondel avait réuni, sur le grand romancier, une abondante documentation ico­nographique qu'il lègue à la Bibliothèque Mazarine.

J'entends murmurer :

- M. Blondel fut bien naïf...

L'abnégation, le dévouement ne sont, en effet, pas monnaie courante par ce temps de vie chère.

Sait-on, cependant, quelles joies profondes peut donner un sacrifice obscur comme celui-là ? M. Blondel l'a consenti pour enrichir le trésor intellectuel et artistique de la France. Afin d'y parvenir, il s'est souvent mis au pain et au lait ; il ne s'est guère inquiété de ce que deviendrait se dépouille : il ne se préoccupa que d'assurer le sort de sa collection, de son œuvre.

Quand même, un tel exemple est émouvant et empreint d'une réelle grandeur : la grandeur morale.

 

Au culte du « Vieux Paris », Blondel en joignait un autre celui qu'il avait voué à Balzac. N'était-il pas lui-même un personnage de la Comédie Humaine, une sorte de Cousin Pons ! Il avait réuni sur le génial romancier une importante collection de livres, de gravures, de souvenirs de toutes sortes.

Si Blondel ne s'est pas inquiété de savoir ce que deviendrait sa dépouille, par contre, il avait pris des dispositions pour assurer la conservation de son œuvre, et ce, depuis longues années, ne

 

 

 

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voulant pas attendre, disait-il, le moment où, les facultés faiblissant, vous devenez incapables de décision.

Au département des Estampes de la Bibliothèque Nationale, il a légué toute sa topographie de la Ville de Paris et de l'Ile de France, et à la Bibliothèque Mazarine, tout ce qu'il avait recueilli sur Balzac.

Si, sur des plaques de marbre, la Ville de Paris conserve à l'Hôtel de Ville, les noms de ses prévôts des marchands et de ses présidents du Conseil municipal qui font partie de son Histoire ; à Carnavalet, le nom des bienfaiteurs qui, par des dons, ont augmenté son patrimoine artistique et historique, la Ville de Paris, dis-je, s'honorerait en conservant de la même manière, à Saint-Fargeau par exemple, les noms de ses enfants, historiographes ou iconographes qui, comme Blondel, n'ont vécu que pour Elle !

 

Victor PERROT.

 

 

Fig. 12

 

 

 

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" LE VIEUX MONTMARTRE "

 

LISTE DES MEMBRES

 

 

Présidents d'Honneur :

 

MM.   KLEINMANN, Mairie, place Jules-Joffrin (XVIIIe).

          Le Maire du IXe, Mairie, rue Drouot (IXe).

 

Présidents Honoraires :

 

MM.  WIGGISHOFF.

          * SELLIER.

          CLEMENCEAU, 8, rue Franklin (XVIe).

          CORTAILLOD, 27, rue Clignancourt (XVIIIe).

          LE SENNE (Eug.), 73, boulevard Haussmann (VIIIe).

          MAUZIN, 44, rue Lemercier (XVIIe).

 

Secrétaires Généraux Honoraires :

 

MM.   * GAIGNETTE.

          GILLET Lucien, 20, avenue de la Motte-Piquet (VIIe).

          DELCOURT, 70, rue Victor-Hugo, Bois-Colombes (Seine).

 

Morts pour la France :

 

MM. LE SENNE Émile                                       MM.  LIEGEARD Georges

          LESTRADE Francis                                            MULLER Joseph

          LESTRADE Martial                                             RENZ Ernest

 

Membres du Comité :

 

MM.   ALBO.

          ARTUS.

          BILLARD G.

          BURGEVIN.

          CAPON.

          CHABRIEZ.

          R. COUTELIER.

          de CRAUZAT.

          DEGLESNE.

          DUFAY Pierre.

          DUMOLIN.

          GERSHON L.

          GRASILIER.

          HEINTZ.

          JARRY Paul.

Mme   KOSMANN-SICHEL.

MM.   LENSEIGNE.

          MAREUSE.

          MATHIEU.

          MONTORGUEIL.

          de la NEZIERE.

          PAGÈS.

          PERROT.

          PINEAU.

          PIRAUD.

          PITOT.

          PRO'DHOMME J. G.

          TROUILLARD.

          VARENNE.

 

Les Présidents et Secrétaires Généraux Honoraires.

 

 

 

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Membres du Bureau :

 

Président                                                    :    MM. Victor PERROT.

1er Vice-Président                                       :             P. DUFAY.

2e Vice-Président                                        :             M. DUMOLIN.

Secrétaire Général                                      :             P. JARRY.

Secrétaire Adjoint                                       :             Ch. TROUILLARD.

Archiviste                                                   :             R. MATHIEU.

Trésorier                                                     :             CHABRIEZ.

 

Sociétés Correspondantes :

 

Société de l'Histoire de Paris et Ile de France, 8, rue des Petits-Champs (IIe).

La Cité, Société Historique et Archéologique, place Baudoyer (IVe).

Comité d'Etudes Historiques et Archéologiques de la « Montagne Sainte-Geneviève » (Ve-XIIIe-XIVe), Mairie du Panthéon (Ve).

Société Historique du VIe arrondt de Paris, 78, rue Bonaparte (VIe).

Société d'Histoire et d'Archéologie du VIIe arrondt, à la Mairie, 116, rue de Grenelle.

Société d'Histoire et d'Archéologie (VIIIe et XVIIe), à la Mairie, 11, rue d'Anjou.

Société Historique et Archéologique d'Auteuil et de Passy, Mairie du XVIe, avenue Henri-Martin.

Bibliothèque du Conseil Municipal de Paris, Hôtel de Ville (IVe).

Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, 11, rue Berryer (VIIIe).

Le Touring-Club de France, 65, av. de la Grande-Armée (XVIIe).

Le Mercure de France, 26, rue de Condé (VIe).

La Vache Enragée, 4, place Constantin-Pecqueur (XVIIIe).

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 31bis, rue Victor-Massé (IXe).

 

Membres Correspondants :

 

MM.   GRASILIER, 80, rue Taitbout (La Nouvelle Revue) (IXe).

          LAMBEAU, 17, rue des Lions-Saint-Paul (IVe).

          Marcel POETE, 22, rue des Fossés-Saint-Jacques (Ve).

          L'ADMINISTRATEUR de la BIBLIOTHÈQUE de l'ARSENAL, rue de Sully (IVe).

          Le CONSERVATEUR de la BIBLIOTHEQUE MAZARINE, 23, quai Conti (VIe).

          Le CONSERVATEUR de la BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE de la VILLE DE PARIS, 29, rue de Sévigné (IIIe).

 

 

 

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          Le SECRÉTAIRE de la COMMISSION du VIEUX PARIS, Hôtel-de-Ville (IVe).

          Les ARCHIVES de la SEINE, 30, quai Henri-IV (IVe).

          FLOBERT Paul, Président de la Société le « Vieux-Papier », 51, rue Pergolèse (XVIe).

          PEPIN, Secrétaire général du « Centre de Paris », 44, rue de Lévis (XVIIe).

          L'ESPRIT, 30, avenue d'Orléans (XIVe).

          BOISSON Marius, 12, quai d'Orléans (IVe).

 

Membres Perpétuels :

 

MM.   Le MINISTRE de l'INSTRUCTION PUBLIQUE.

          * LE SENNE Émile.

          * BLONDEL Paul.

          BERTAUT René, 66, rue de la Rochefoucauld (IXe).

          CHAPOT, 66, rue de Rennes (VIe).

          DUMOLIN Maurice, 16, avenue Pierre-de-Serbie (XVIe).

          FEGDAL Charles, 6, rue du Louvre (Ier).

          GERSHON, 3, rue Rodier (IXe).

          GROSWALD, 39, rue de Maubeuge (IXe).

          HYDE James, 67, boulevard Lannes (XVIe).

          JARRY Paul, 62, rue Blanche (IXe).

          PERROT Victor, 21, rue Drouot (IXe).

          PITOT, 64, rue des Martyrs (IXe).

Mme   PITOT, 64, rue des Martyrs (IXe).

MM.   SIEFERT, 91, avenue Kléber (XVIe).

          TERNOIS, 110, rue Ordener (XVIIIe).

 

Membres Actifs :

 

MM.   ALBO, 14, rue Froissard (IIIe).

          ALIGAND (d'), 61, avenue Victor-Hugo (XVIe).

          ARTUS, 2, avenue Trudaine (IXe).

          ARNETTE, 49 bis, avenue Victor-Emmanuel (VIIIe).

          BARGALLO, 94, rue Jean-Jaurès (XIXe).

          BARRET, 7, rue Saint-Vincent (XVIIIe).

          BAUBY Fernand (Notaire), 33, rue de La Chapelle (XVIIIe).

          BAYART Emile, 38, rue de Clignancourt.

          BERTAUT André, 64, rue de la Rochefoucauld (IXe).

          BERTHET, 2, rue Ramey (XVIIIe).

          BIBLIOTHÈQUE HISTORIQUE de la VILLE DE PARIS, 29, rue de Sévigné, (IIIe).

          BILLARD, 11, rue Trétaigne (XVIIIe).

 

 

 

- 358 -

          BORDEREL, 52, rue Letort (XVIIIe).

          BOURDAT PARMENIE, 102 rue Lepic (XVIIIe).

          BRAUN, 12, avenue Emile-Zola, Parc Saint-Maur (Seine).

          BRUNSCHVICG André, 40, rue Condorcet (IXe).

          BURGEVIN, 106, rue de Miromesnil (VIIIIe).

          CAEN Pierre, 96 bis, rue Beaubourg (IIIe).

          CAPON Gaston, 91, rue des Martyrs (XVIIIe).

          CARETTE Georges, 6, rue Édouard-Detaille (XVIIe).

          CHABASSOL, 35, rue des Saules (XVIIIe).

          CHABRIEZ Léon, 16, rue Seveste (XVIIIe).

          CHARPENTIER Octave, 4 et 6, rue Bezout (XIVe).

          COHL Émile, 48, rue des Abbesses (XVIIIe).

          CORTAILLOD Ch., 27, rue de Clignancourt (XVIIIe).

          COUTELLIER André, 52, boulevard Richard-Lenoir (XIe).

          COUTELLIER René, 52, boulevard Richard-Lenoir (XIe).

          CRAUZAT (de), 177, boulevard Malesherbes (XVIIe).

          CURTET Albert, 11, rue Polonceau (XVIIIe).

          DEBRAY, 1, rue Girardon (XVIIIe).

          DEGLESNE Léo, 11, rue d'Orchampt (XVIIIe).

          DEIZEIX Léon, 14, rue Froissart (IIIe).

          DELATRE Eugène, 87, rue Lepic (XVIIIe).

          DELCOURT, 70, rue Victor-Hugo, Bois-Colombes (Seine).

          DELPEY Philippe, 183, cours du Médoc, Bordeaux (Gironde).

          DESCLERS, 16, avenue Rachel (XVIIIe).

          DEVAISSIER Achille, 36, rue Marc-Seguin (XVIIIe).

          DUFAY, 16, avenue Trudaine (IXe).

          DUMORTIER, 4, place Constantin-Pecqueur (XVIIIe).

          DUVAUX (Abbé), Curé de Saint-Jean, 21, rue des Abbesses (XVIIIe).

          FALAIZE, 36, rue de la Tour-d'Auvergne (IXe).

          FELIX, 16, rue Ramey (XVIIIe).

Mme    FLANDRE Juliette LERMINA, 16, rue Lentonnet (IXe).

M.     FLANDRE Georges, artiste-dramatique, 16, rue Lentonnet (IXe).

Mme    FONTBONNE (Jeanne), 9, rue des Saules (XVIIIe).

MM.   FRANCHELLI, 20, rue Saint-Georges (IXe).

          FREMONT, 25, rue du Simplon (XVIIIe).

          FRION, 19, rue de Médicis (VIe).

          GILLET Lucien, 20, avenue de la Motte-Picquet (VIIe).

          GIRARD, 28, place des Vosges (IIIe).

 

 

 

- 359 -

          HARTMANN Georges, 2, avenue de la Liberté, Charenton (Seine).

          HAUSER, 54, Faubourg de Lignac, Saint-Gaultier (Indre).

          HEINTZ, 60, rue de la Chaussée-d'Antin (IXe).

          HEROS Jean, 3, rue d'Orchampt (XVIIIe).

          HULOT Pierre, 9, quai de la Seine, Saint-Ouen (Seine).

          ICHAC, 179, boulevard Pereire (XVIIe).

          JOYEUX-FIOUFF, 14, rue de Vichy (XVe).

          KERCHNER, 7, rue Chauzel (IXe).

          KESSELER (Abbé), 21, rue des Abbesses (XVIIIe).

Mme    KOSMANN-SICHEL, 49, avenue Trudaine (IXe).

MM.   KOSMANN Arthur, 49, avenue Trudaine (IXe).

          LAPEYRE Lucien, 3, rue Cauchois (XVIIIe).

          LAREGLE (de) Jacques, 64, rue de Clignancourt (XVIIIe).

          LATTRE (de) Henry, 16, rue Alphonse-de-Neuville (XVIIIe).

          LAZARE, 49, rue Rochechouart (IXe).

          LELARGE, 47 bis, rue d'Orsel (XVIIIe).

          LEMERCIER Eug., 21, rue Lepic (XVIIIe).

          LEMOINE Achille, 4, rue Chaptal (IXe).

          LE MONNIER, 18, avenue Rachel (XVIIIe).

          LENSEIGNE Henri, 22, rue Tocqueville (XVIIe).

          LE SENNE Eugène, 73, boulevard Haussmann (VIIIe).

          LÉVÉILLE André, 18, rue Magenta (Xe).

          LOUTIL (Abbé), 3, rue Viète (XVIIe).

          MANGIN Georges (Dr), 49, rue La Bruyère (IXe).

          MAREUSE, 81, boulevard Haussmann (VIIIe).

          MATHIEU, 42, rue Clignancourt (XVIIIe).

          MAUZIN Jules, 44, rue Lemercier (XVIIe).

          MERCIER, 248, rue de Rivoli (Ier).

          MIALET Raoul, 2, rue de Brosse (IVe).

          MICHARD, 7 et 9, rue Saint-Vincent (XVIIIe).

          MIGUET, 1, boulevard Henri-IV (IVe).

          MONTORGUEIL (Georges), 31bis, rue Victor-Massé (IXe).

          MURET Paul, 68, boulevard Rochechouart (XVIIIe).

          NEZIERE (de la), 4, rue de l'Abreuvoir (XVIIIe).

          OLIVIER Eugène (Dr), 116, rue de Rennes (VIe).

          PAILLET Joannès, 102, rue Lepic (XVIIIe).

          PAGÈS Victor, 87, avenue de Villiers (XVIIe).

          PAQUOT, 18, avenue Saint-Ouen (XVIIIe).

          PATUREAU (Abbé), curé de Saint-Pierre, 34, rue Lamarck.

          PEDRETTI, 42, rue Lamarck (XVIIIe).

          PERRIER Edmond, 17 bis, boulevard Rochechouart (IXe).

 

 

 

- 360­ -

          PIGALLE Jean, 3, rue de Cérisoles (VIIIe).

          PINEAU, 13, boulevard des Batignolles (VIIIIe).

          PIRAUD, 17, rue de la Rochefoucauld (IXe).

          PIROLA, 110, rue Lafayette (Xe).

          POTHION, avocat, 33, rue de Moscou (VIIIe).

          POURQUET Ch.-Hri, statuaire, 22, rue Tourlaque (XVIIIe).

          PRINVAULT, 147, rue de Javel (XVe).

          PROD'HOMME, 9, rue Lauriston (XVIe).

          QUIEDEVILLE, 1, rue d'Argenson (VIIIe).

          QUEDRUE, 4, rue Houdon (XVIIIe).

          ROBERT, 3, rue La Vieuville (XVIIIe).

Mmes   ROUSSEAU, 7, rue Garreau (XVIIIe).

          RUDIER, 45, rue de Saintonge (IIIe).

MM.   SAINTE FARE GARNOT, 10, rue Georges-Berger (XVIIe).

          SOCIÉTÉ DES PARISIENS DE PARIS, 60, quai des Orfèvres (Ier).

          SOULTZENER, 5, rue Duperré (IXe).

Mme    SOULTZENER, 5, rue Duperré (IXe).

MM.   TROUILLARD Charles, 59 bis, rue du Mont-Cenis (XVIIIe).

          TUMBEUF, 10, avenue Malvesin, à Becon-les-Bruyères.

          TURTAN Rémy, 8, rue de la Martinique (XVIIIe).

          TUPET Ferdinand (Abbé), 21, rue des Abbesses (XVIIIe).

          TUPET Louis, 15, rue Germain-Pilon (XVIIIe).

          VARENNE Jean, 50, rue de Maistre (XVIIIe).

          VASSIAS, 81, rue Lamarck (XVIIIe).

Mme    VAUX (Baronne de), hôtel Kléber, 7, rue de Belloy (XVIe).

MM.  VERGE, 64, rue d'Orsel (XVIIIe).

          VIGOUREUX Charles, 9, rue Fourcade (XVe).

M.          VIMONT Maurice (Dr), 40, rue Chardon-Lagache (XVIe).

Mme    VORIOT (Vve), 23, rue Clignancourt (XVIIIe).

MM.  WARNOD, 60, rue Caulaincourt (XVIIIe).

          WILLETTE, 28, rue Lacroix (XVIIe).

 

Fig. 13

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

HENRI MALO. - La gloire du Vicomte de Launay (1 vol. Émile PAUL).

Continuant sur Madame de Girardin ses études commencées par Une Muse et sa Mère déjà publié chez le même éditeur, M. Henri Malo, le savant bibliothécaire de la bibliothèque Thiers, fait paraître le second volume consacré à La gloire du Vicomte de Launay. C'est l'apogée de Delphine, collaboratrice régulière du journal fondé par Émile de Girardin, qui nous est contée ici avec un luxe de détails et une aimable érudition. La Canne de M. de Balzac, l'Ecole des Journalistes, la lecture de Judith dans le salon de la rue Laffite, Les Lettres Parisiennes, la genèse de la Croix de Berny sont évoquées tour à tour. Puis l'amitié de Delphine avec le Marquis de Custine, Balzac, Lamartine, le théâtre de l'hôtel Castellane, la rivalité de Mme d'Abrantès et de Sophie Gay, la visite de Mme de Girardin à Port-Royal, les journées de Février 1848, l'attitude courageuse du mari et son arrestation, les morts successives de la Princesse de Chimay, de Mme Récamier, de Mme Hamelin, de Sophie Gay, « ces charmantes aïeules de la bonne race et du bon terroir de France » font l'objet des chapitres suivants. Ce sont ensuite les cinq actes de Lady Tartuffe à la Comédie Française et le souper improvisé chez Rachel, le soir de la première, le goût de Mme de Girardin pour le magnétisme et les tables tournantes, grâce auxquelles, à défaut des vivants, elle fait parler les morts ; son voyage à Jersey, sur l'invitation de Victor Hugo, où les romantiques, autour du guéridon, se prennent de querelle avec Racine !

La joie fait peur et un vaudeville qui lui succède : le Chapeau d un horloger, mettent tour à tour, dans ces pages, une note d'émotion et de gaîté. Enfin, c'est la maladie et la mort qui surprend en plein rayonnement « cette première muse » qui selon le mot de Janin sur sa tombe « apparut à nos regards à la naissante aurore de la nouvelle poésie. »

Tout cela écrit avec beaucoup d'entrain, semé d'anecdotes, dans un style vif, alerte, étincelant, où l'on retrouve tout l'esprit qui animait les conversations dans le salon du Vicomte de Launay.

 

HENRI MALO. - La grande guerre des Corsaires (1702-1715). - Les derniers corsaires (1715-1815) (2 vol. Émile PAUL).

Voici les deux derniers volumes de ce travail gigantesque sur les Corsaires de Dunkerque, qui coûta à M. Malo, plus de dix années de travail et de patientes recherches. Monument digne des héros de la mer, dont ces livres retracent l'histoire, et que la ville de Dunkerque a tenu à encourager de façon toute particulière. La guerre de la succession d'Espagne, avec le baron de Pointis, successeur de Jean-Bart, le Chevalier de Saint-Pol, Forbin, Tourouvre, les galères, les misères du temps, sans oublier les gens de mer, ces modestes mais précieux collaborateurs des grands capitaines, la guerre de la succession d'Autriche, les affaires d'Ecosse, la course, la guerre de sept ans, avec Pierre Jean-Bart et François Thurot, la guerre d'Amérique, la Révolution, l'Empire et les derniers Corsaires ;

 

 

 

puis « la poussière s'accumule sur la paperasse qui jaunit dans les greniers des greffes » et le temps fait son œuvre d'oubli et de légende. Il faut savoir gré à M. Malo d’avoir secoué cette poussière des archives et d'avoir fait revivre ces énergiques et mâles figures brunies par l'embrun, Répondant à l'appel de leur historien, elles reviennent conter un peu de leurs exploits, en ces pays si documentés qui les évoquent, mieux que le Vicomte de Launay n'aurait sû le faire autour de son guéridon mystérieux.

 

MARIUS BOISSON. - Charles Gille.

Dans la collection des Clochers de France, notre confrère Marius Boisson, consacre une excellente plaquette à Charles Gille, ou le chansonnier pendu, qui vécut de 1820 à 1856. C'est en même temps, l'histoire des goguettes qui florissaient à Paris et dans la banlieue, où, le dimanche et le lundi, on rencontrait les jeunes auteurs, « état-major de la chanson populaire ». Et on lira avec intérêt cette biographie consacrée à l'un des précurseurs des chansonniers Montmartrois. Le cabaret à remplacé la goguette, et l'esprit, qui ne perd jamais ses droits, a émigré du Grand Balcon au Chat Noir.

 

PIERRE DUFAY. - Table de l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux.

La deuxième table de l'Intermédiaire impatiemment attendue par les chercheurs et les érudits, vient de paraître. L'ancien bibliothécaire de Blois Pierre Dufay, vice-président du Vieux Montmartre, et dont nos collègues connaissent les travaux, l'a dressée avec un désintéressement et une conscience auxquels on ne saurait trop rendre hommage. Les années 1897 à 1920 de l'intéressante publication, à laquelle notre confrère Georges Montorgueil consacre tous ses soins, sont analysées, dépouillées avec un soin et un souci constant de répondre aux moindres recherches et aux plus minutieuses investigations « dictionnaire et encyclopédie », comme le dit justement la préface, où l'ordre alphabétique, que vient renforcer, un classement méthodique, admirablement conçu, permettra de retrouver sans peine les questions posées qu'il est bien rare de ne pas voir élucider en trois ou quatre réponses.

 

M. SERVAL. - Une amie de Balzac, Mme MARBOUTY (1 vol. Emile PAUL).

M. Serval dédie l'éminent balzacien Marcel Bouteron cette étude, élégamment présentée, sur cette amie énigmatique du grand romancier qui avait fait sa connaissance dans un dîner, où elle fut invitée à la prière de Jules Sandeau, et chercha à « magnétiser » son hôte. Vêtue en homme, et sous le nom de Marcel, elle fit avec Balzac le voyage de Turin, dont elle a laisse une relation, sous forme d'une lettre apocryphe qui lui aurait été adressée par son compagnon, et se trouve aujourd'hui à Chantilly, dans la collection Lovenjoul. Amie un peu encombrante, cette Claire Brunne, femme de lettres devenue sur sa vieillesse à moitié folle, et à qui M. Henry Prior avait déjà consacré quelques pages dans la Revue de Paris, a fourni à M. Serval l'occasion de conter au lecteur ses aventures, somme toute, assez divertissantes.

 

Paul JARRY.

 

***

 

IMP. LEFEBVRE-DUCROCQ, LILLE