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Société d'Histoire et d'Archéologie
des
XVIIIe et IXe
Arrondissements
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Fascicule N° 1. – 1921.
PARIS
22 – RUE
TOURLAQUE – 22
AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
J. MAUZIN. - Le Conseil municipal de
Montmartre
et
l'exploitation des carrières à plâtre 39
***
Les réunions du Vieux
Montmartre ont lieu régulièrement le 1er Vendredi de chaque
mois, à 8 h. et demie du soir, au siège social, 22, rue Tourlaque.
Adresser les
communications, suivant leur objet, à :
MM. Victor PERROT, Président, 21, rue Drouot.
Paul JARRY, Secrétaire général, 62, rue Blanche.
CHABRIEZ, Trésorier, 16, rue Seveste.
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RUE DE LA CHAPELLE (1)
En procédant au classement des
titres de propriété relatifs aux immeubles qui ont été expropriés en 1887 pour
l'élargissement de
C'est en 1771, le 8 mai, que Jean-Louis Debucourt, huissier à cheval au Châtelet de Paris, le père de l'artiste, se vit adjuger par licitation la maison qui, auparavant, appartenait à la famille de sa femme.
La
licitation eut lieu après la mort de sa belle-mère, Charlotte Le Dreux, mère de
Marie-Luce Dieu, femme de Jean-Louis Debucourt, et par conséquent grand-mère du
graveur.
L'immeuble comprenait alors en
façade un corps de logis simple en profondeur. Ce corps de logis était de deux
élévations différentes. La partie faisant le coin de
(1) Nous nous faisons un pieux devoir de publier ici cette étude que le jeune archiviste paléographe, collaborateur de notre regretté collègue Lucien Lazard, nous avait remis, en 1914, avant de partir pour la guerre, où il devait tomber glorieusement sur cette terre d'Alsace désormais libérée.
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La partie
située à gauche, du passage de la porte « charretière » se composait d'un
rez-de-chaussée et de deux étages.
A la suite de ce premier corps de logis, à hauteur
variable, venait une cour assez grande et pavée en partie. On voyait, en
pénétrant dans cette cour, une aile droite du côté de
A gauche
dans la cour en entrant se trouvait une autre aile comprenant un petit édifice
qui partait du corps de logis ayant façade sur
Venait
ensuite un édifice à plusieurs travées appliqué à des écuries et étables à
vaches. Puis un petit édifice formant pignon sur le jardin. Il faisait écurie.
Au-dessus se
trouvait un étage en galetas qui formait une chambre avec une petite cheminée.
Au-dessous
de cet édifice, il y avait un puisard où se perdaient les eaux de la maison.
Enfin, au
fond de la cour, en retour jusqu'à la cage de l'escalier du petit corps de
logis dont on a parlé, se trouvait un édifice élevé d'un seul rez-de-chaussée
avec grenier au dessus couvert de tuiles en comble à égout sur la cour.
Le jardin
venait à la suite, il formait un carré long, entouré de murs de clôture de
trois côtés, cultivé en potager avec quelques arbres fruitiers.
L'adjudication
fut consentie pour le prix de
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Jean-Louis Debucourt, huissier à
cheval au Châtelet de Paris, et de Marie-Luce Dieu, son épouse, demeurant à
Paris, rue Saint-Denis, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs.
Les Debucourt s'installèrent à La Chapelle, et le 30
ventôse an III (20 mars 1795), Jean-Louis Debucourt, demeurant en La
Chapelle-Franciadi, n° 77, donna en loyer aux citoyens Pierre-Abraham Vauquelin
et Pontus Moreau, marchands-épiciers, merciers et limonadiers, demeurant en
ladite maison, une boutique dépendant de ladite maison et donnant sur la grande
rue, une salle ayant son entrée par ladite boutique, une petite salle servant
de cuisine, deux autres salles ensuite, une cave ayant son entrée par ladite
boutique, deux chambres au-dessus desdites deux salles ayant vue sur la cour et
sur
Le bail était
fait pour neuf ans consécutifs. La jouissance devait commencer au 10
vendémiaire de l'an V, ancien style (le 1er octobre 1796). Le prix
du loyer était de
Les preneurs
qui occupaient déjà les lieux avaient fait ouvrir une porte sur
Jean-Louis
Debucourt mourut dans sa maison de la Chapelle le 5 pluviôse an IX (le 25
janvier 1801). Marie-Luce Dieu, sa femme, décéda six jours après son mari, le
11 pluviôse an IX (le 31 janvier 1801), chez son fils, à Passy (17, rue Franklin,
d'après l'acte de décès reconstitué).
Tous deux
laissaient comme seul héritier leur fils Philibert-Louis qui, veuf de
Marie-Élisabeth-Sophie de Mouchy, avec laquelle il avait demeuré au Louvre,
épousa le 5 ventôse an XI (24 février 1803), une de ses voisines, à Passy où il
résidait : Suzanne-Françoise Marquant. Cette année même, le célèbre graveur
quitta Passy, nous dit Jal, et vint s'installer dans la
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maison de La Chapelle que lui
avaient laissée ses parents.
De
Philibert-Louis Debucourt nous avons deux baux sous-seing privé avec sa
signature autographe. Le premier est du 21 floréal an XIII (le 11 mai 1805).
Par ce bail, Philibert-Louis Debucourt, artiste-peintre et graveur,
propriétaire d'une maison sise à La Chapelle, 77, où il demeure, donne à bail à Pontus Moreau seul, pour neuf ans,
moyennant
En 1814
nouveau bail, avant arrivée de l'expiration du bail précédent, Le 27 septembre,
Philibert-Louis Debucourt, artiste, peintre et graveur, propriétaire de
l'immeuble, demeure toujours dans la
maison, mais le numéro a changé. C'est maintenant le 85 de la rue de
Il n'y a, pour ainsi dire, aucune modification dans
les locaux. Il est question seulement d'une porte-cochère sur
Ce bail
expirait le 1er octobre 1823. Le 11 août 1823, Philibert-Louis
Debucourt, peintre du roi et correspondant de l'Institut Royal de France, et Suzanne-Françoise Marquant, demeurant
à Paris, faubourg Saint-Martin, n° 71, et étant ce jour-là à
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Victoire Tribusié, marchande
épicière, veuve de Pontus Moreau, les locaux que son mari et elle avaient
occupés depuis 1795 au moins à titre de locataires. Le bâtiment vendu formait
retour d'équerre donnant sur la rue de la Chapelle et
L'entrée en
jouissance devait avoir lieu le 1er septembre 1823. Le prix était de
16.000. On se rappelle qu'en 1771, le père du célèbre graveur avait payé
L'immeuble
acquis par Mme Moreau fut numéroté 78. La maison restant la
propriété de M. Debucourt reçut le n° 76. Le graveur était bien décidé à ne pas
conserver la partie restante et par deux ventes en date du 15 novembre 1824 et
du 6 mars 1826, il en fit la cession à M. François-Antoine Michel, entrepreneur
de maçonnerie et à dame Marie-Antoinette Beudin, son épouse.
En 1842, on
trouve l'ancien 78 avec le n° 79, grande rue de
Au moment de
l'expropriation, l'immeuble appartenait à Mme Esther-Marie-Lucie Moreau, femme de M. Paul-Édouard Renout. Il porte alors le n° 75, rue de
la Chapelle, et le n° 1 sur
Ainsi donc,
du vaste immeuble que possédait à
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blement fait reconstruire de
nouveaux bâtiments à la place des anciens acquis par lui. Selon toute
vraisemblance, cette seconde fraction serait représentée actuellement par les nos
73, rue de la Chapelle, ainsi que 1 et 3, rue Ordener. Ces immeubles sont
aujourd'hui occupés par une boulangerie et un marchand de vins et de tabac.
De la
champêtre maison avec écuries et étables à vaches que Debucourt possédait à La
Chapelle et où, sans doute, de 1803 à 1823, assisté de son neveu Jazet, son
élève, puis seul, il se plut à cultiver avec passion son goût pour la gravure à
l'aqua tinta, à reproduire les
tableaux célèbres de Carle ou même d'Horace Vernet et les tableaux de genre de
Duval Le Camus, il ne reste rien, sans aucun doute, aujourd'hui.
Les titres provenant du Bureau du Domaine de la Ville auront permis de préciser l'emplacement exact de cette demeure dont on connaissait l'existence sans pouvoir en localiser la situation.
Le fonds du Domaine de la Ville qui contient les titres des immeubles expropriés par la Ville pour ses travaux de voirie, pourra certainement, dans d'autres cas semblables, fournir la solution de petits problèmes topographiques qui peuvent arrêter ceux qui s'intéressent à l'histoire des quartiers de Paris.
H. PROST.
***
- 07 -
en 1750
Le mercredi
4 mars 1750, à une heure de l'après-midi, Me Nicolas Damiens,
procureur fiscal de la prévôté de Montmartre, venait en toute hâte trouver le
procureur du bailliage, Me Esprit Penel, et lui disait avoir été
informé par le bruit public que depuis quelque temps était venu s'établir, rue
Blanche, dans une maison numérotée 5, une particulière qu'il ne connaissait ni
d'Eve ni d'Adam. Elle y avait assemblé plusieurs filles dont elle fomentait la
débauche publique et scandaleuse et, comme il est de son ministère de ne pas
souffrir plus longtemps pareille licence, il venait le requérir de se
transporter avec lui dans cette maison pour dresser un procès-verbal de ce qui
s'y passait de contraire à la morale et aux bonnes mœurs.
Sur quoi Me
Esprit Penel, qui avait écouté le procureur fiscal avec attention, consentit
sur-le-champ à faire cette petite opération de police qu'il jugea sans doute
plus agréable, par cette saison printanière, que d'aller perquisitionner dans
les moulins ou les carrières.
Ainsi donc
les deux procureurs quittèrent la maison du bailliage, escortés du greffier,
d'un sergent du guet avec son escouade et du sieur Gensse, sergent au régiment
des gardes françaises, compagnie de M. de Razilly. Ils descendirent le Chemin
pavé (1), gagnèrent
La personne
qui provoquait cette descente de la police
(1) Aujourd'hui rue Ravignan.
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montmartroise s'appelait Marie
Favart, épouse d'un sieur Delisle, perruquier. Elle était connue, dans le monde
galant, sous le nom de Carlier et depuis longtemps déjà - depuis la disparition
de ses charmes - faisait le commerce de pensionnaires jeunes et belles qu'elle
choisissait avec le plus grand soin. Elle avait suivi le quartier-général de
l'armée du Roi en Flandres « avec cinq à six filles de grand air ». Un officier
blessé, du régiment de Grassin, ayant été chez la Carlier prendre ses ébats,
avant sa guérison, en mourut.
Cette
affaire fit chasser la Carlier de l'armée par ordre du maréchal de Saxe. En
1748, après la prise de Maëstrick, elle revint pour s'établir de nouveau au
quartier-général, mais malgré les trois filles, fort jolies, qu'elle ramenait
de Liège, on lui ordonna de partir le lendemain. Ce fut en vain qu'elle tenta
de soudoyer les majors de la place en leur offrant jusqu'à 50 pistoles pour
continuer son commerce, elle dut s'exécuter et partir avec ses demoiselles (1). C'est alors que la Carlier revint à Paris où elle
continua son trafic.
Le 23 juin
1749, à la Saint-Jean, la Carlier louait une maison, appartenant au sr Claude
Rozière, et située dans
Cette maison, numérotée 5, composée de deux corps de
logis en aile, séparés par une cour, avec écurie et remise, jardin, puits et
berceau, avait été construite avec une autre plus petite, portant le n° 4, sur
un terrain acquis le 5 octobre 1711, par Anne Fillon, femme séparée, de biens
et d'habitation, de Mathurin Navier. Anne Fillon eut quelque célébrité sous
(1) ARSENAL. Arch.
de la Bastille, 10253. Dossier Carlier.
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maisons de
Il faut
croire que l'endroit était favorable, car un rapport du 2 août constatant que
la Carlier demeure à
La présence
de la Carlier provoqua dans cette rue tranquille une agitation inaccoutumée.
Jours et nuits la maison retentissait de cris joyeux, de rires fous et de
chansons gaillardes. C'étaient de continuelles allées et venues de bandes
tapageuses, de carrosses et de fiacres bruyants. A chaque instant les passants
étaient arrêtés, les voisins étaient dérangés par des gens en quête du numéro 5
; d'autres demandaient simplement
Ce fut cette
vogue même qui troubla le quartier et valut à la Carlier le coup de sonnette du
procureur fiscal de Montmartre. Un domestique vint ouvrir. Sans lui laisser le
temps de revenir de son étonnement et d'aller prévenir sa maîtresse, Me
Nicolas Damiens, suivi de son escorte, traversa la cour et pénétra dans une
salle du rez-de-chaussée à gauche, où il montra à Me Esprit Penel un
tableau édifiant.
Outre cinq
filles, extrêmement jeunes, légèrement vêtues, « dans une parure affectée de
frisures, de mouches et de
(1) ARCH.
NAT., S. 237.
(2) ARSENAL, Arch.
de la Bastille, 10253.
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rouge », une sixième, en chemise, ne
paraissant pas plus de 15 ans, se faisait coiffer. Au milieu de cet essaim de
tendrons, une grande et grosse femme, aux cheveux châtain clair, au visage
rond, âgée de 40 à 50 ans, trônait. C'était Mme Carlier (1).
Le procureur
fiscal, qui semble au courant de la maison, désigne encore à Me
Esprit Penel une porte ouverte laissant apercevoir un petit cabinet dans lequel
se trouve un lit de repos, et lui fit remarquer que la tapisserie, au-dessous
des oreillers, était remplie « de poudre à tête ».
Le magistrat de Montmartre, qui ne s'ennuyait point parmi ces déesses court vêtues et effarées de cette visite déplaisante, constata que l'endroit où il était n'avait qu'une lointaine ressemblance avec une pension de famille. Il convint de la nécessité de procéder à l'interrogatoire de tout le personnel de la maison, en commençant par la maîtresse du logis.
Pour ce
faire, les deux procureurs et le greffier passèrent dans une petite salle du
rez-de-chaussée ayant vue sur le jardin et Mme Marie Favart fut
introduite. Le serment de dire la vérité qu'elle fit aux deux magistrats ne
l'empêcha pas de répondre qu'elle se nommait Catherine Carlier, qu'elle était
fille, âgée de 40 ans, native de l'Ile en Flandres ; qu'elle avait loué la
maison où ils se trouvaient à
Le procureur fiscal, qui avait de bons renseignements sur la particulière, la confondit, et elle dut avouer avoir été arrêtée en 1747 par le nommé Duboulleau, officier du guet, et conduite à l'hôpital « pour maquerellage public », où, au bout de quatre mois, on l'aurait expédiée à Lille.
Pour
témoigner qu'elle en était revenue de plein droit, elle
(1) Ces renseignements et ceux qui suivent sont pris
dans les procès-verbaux d'information contre
- 11 -
Côté gauche :
Côté droit : 1. Mme Couturier. - 2. Mme
Couturier.
MM. Signifie Paroisse de Montmartre.
108, 109 : Bornes des
limites du faubourg.
(Plan des limites 1728) .
- 12 -
exhiba une lettre de rappel du 2
août 1747 signée : Louis, et plus bas : Phelipeaux. Le procureur lui fit
remarquer que cette lettre était au nom de Anne Favart et non point à celui de
Catherine Carlier, ce qui la fit soupçonner de mensonge sur son identité.
Revenant à l'objet de leur visite, le procureur du bailliage lui demanda de nouveau pourquoi il y avait des filles chez elle et depuis quand elles s'y trouvaient.
La Carlier répond
que ces demoiselles demeurent chez elle depuis environ six mois, qu'elles y
apprennent à chanter et danser afin de pouvoir paraître dans les spectacles de
Paris et que si elle fait le métier dont on l'accuse, c'est qu'elle n'a pas de
bien pour vivre, que, d'ailleurs, ces filles sont entretenues par des
seigneurs de Paris qui payent 30 sols par jour pour leur nourriture et le
blanchissage.
Suffisamment
édifié pour l'instant, le procureur continua son enquête par l'interrogatoire
des demoiselles.
Charlotte
Giroux dit être âgée de vingt ans, native de Chateauneuf. Qu'auparavant elle
habitait rue Feron, entretenue par le Sr Bonnamour, capitaine de
grenadiers de la compagnie de M. de Chauvelin. Ayant eu un enfant, elle vint,
il y a trois semaines, dans cette maison pour subsister et payer ses dettes.
Renée Dubreuil, âgée de 17 ans, née à Rennes, déclara avoir été débauchée avant de venir à Montmartre où elle échoua chez la Carlier au mois d'octobre dernier.
Victoire
Maranda, 18 ans, née à Remiremont, répondit qu'elle était dans la maison de
La suivante,
qui répondait au nom sonore de Marie-Anne de la Tour de Carabecq, 22 ans, née à
Carabecq en Flandres, avoua qu'elle avait cédé aux sollicitations d'un garde
corps du Roi, qui continuait à l'entretenir depuis la Noël qu'elle était chez
la Carlier.
Marie-Antoinette
La France, 16 ans, née à Paris, rue Saint-Placide, assura qu'elle n'était pas
novice en venant chez la
- 13 -
Carlier, que « son état
malheureusement a été cause de sa débauche », et qu'elle payait sa pension sur
son gain.
Catherine-Françoise Boucher, parisienne, âgée de 15 ans, déclara qu'elle était venue volontairement le mois dernier parce que ses parents la maltraitaient.
A peine Me
Esprit Penel avait-il fini d'interroger
Dans la
salle du greffe, aux sévères boiseries, le défilé des autres inculpés continua.
Un laquais
de M. de la Capelle, Jean Clermont, le seul étranger arrêté dans la maison, dit
y être venu pour voir son ami Chefdeville, domestique de
Le 6 mars, Me
Esprit Penel procéda à un nouvel interro-
- 14 -
gatoire. La Carlier, cette fois,
avoua se nommer Marie-Anne Favart, dite Carlier, âgée de 44 ans, qu'elle était
femme du sieur Nicolas Delisle, perruquier, ajoutant qu'elle avait loué cette
maison au Sr Claude Rozière, à la Saint-Jean, parce que le loyer
était meilleur marché et qu'il y avait beaucoup d'appartements dans
Catherine Favart, sa sœur, répéta à peu près la même chose, ajoutant qu'avant de recevoir aucune fille, sa sœur les faisait visiter par le sieur Noël, chirurgien, par précaution, afin que les père et mère de ces filles ne puissent l'accuser de les avoir débauchées. Enfin, le mari de la Carlier consentit à prêter serment et répondit qu'il s'était dit domestique parce qu'il est, en effet, le domestique des demoiselles qui demeurent chez sa femme.
Le 7 mars,
le procureur entendit de nouveaux témoins parmi les fournisseurs de la Carlier
dont les dépositions ne lui apprirent rien de nouveau. Le jour suivant les
pensionnaires repassaient une à une devant Me Esprit Penel,
confirmant leurs premières déclarations.
Le 12 mars,
dans la salle du Conseil de la prévôté, en présence de Sébastien Gauthier de la
Pommeraye, procureur en la Cour, prévôt, juge criminel de Montmartre, assisté
du greffier et devant la Carlier et son mari, on fit l'ouverture de la lettre
suivante adressée par la Carlier à un abbé de Paris :
« Mr,
comme je prie maison, Made Fleurance m'est venue voir, elle m'a dit de
vous écrire si cela vous fait plaisir de me faire
- 15 -
l'honneur de venir voir de fort
jolies demoiselles. Jeu suis bien logée dans une maison de campagne.
Je suis, M.,
votre très humble CARLIER.
Ma demeure
est rue de la Barrière-Blanche, la troisième porte cochère à gauche, au n° 5 » (1)
Après toutes
ces formalités, les accusés comparurent le 16 mars en la Chambre du Conseil où,
après s'être tour à tour assis sur la sellette afin d'y subir un dernier
interrogatoire, ils entendirent la sentence qui les condamnait :
1° La
Carlier et son mari, convaincus d'avoir tenu dans une maison rue Blanche n° 5,
plusieurs filles de débauche, à être bannis pendant trois ans de la prévôté de
Montmartre et d'avoir à payer chacun
2° Catherine
Favart, sœur de Carlier, convaincue d'avoir été leur complice, serait mandée en
la Chambre du Conseil pour y être admonestée.
Léonard Chefdeville,
cuisinier, fut mis hors de cause et les six filles emprisonnées dans les
prisons de l'abbaye (2).
Trois jours
après, le 19 mars, une autre sentence condamnait encore la Carlier et son mari
à payer au sieur Claude Rozière, propriétaire, pour leur bail non exécuté,
La Carlier, habituée à ces petites misères du métier, quitta Montmartre sans maudire ses juges et alla exercer son commerce dans d'autres quartiers.
Un an plus
tard, en 1751, elle prenait l'Hôtel du Roule, qu'avait monté la célèbre
matrone, Mme Paris, aux Champs-Élysées, près la grille de Chaillot (4).
En 1753 on
retrouve encore Mme Carlier faubourg Saint-
(1) C'était en réalité la cinquième porte cochère.
(2) ARCHIVES NATIONALES. Bailliage de Montmartre, Z2 2435, 2474.
(3) ARCHIVES NATIONALES, Z2 2397.
(4) GASTON CAPON. Casanova
à Paris, 1913 in-8, p. 49.
- 16 -
Laurent, vis-à-vis le couvent des
Récollets, travaillant encore et ayant « ses fenêtres garnies » (1).
Pour avoir
des locataires plus discrets, la maison de
Le 5 septembre 1765, les maisons nos
4 et 5 de
Pendant
Ces deux
maisons figurent sous les nos 4 et 5 du plan des limites de la Ville
et des faubourgs de Paris (1728) et sous les nos 13 et 14 du grand
plan du fief Montmoyen (1719) (5). Elles
correspondent au n° 17 actuel de
GASTON CAPON.
(1) ARSENAL. Archives
de la Bastille. 10234.
(2) GASTON CAPON. Les
petites maisons galantes de Paris au XVIIIe. Paris, 1902, in-8,
p. 81-82.
(3)
ARCHIVES NATIONALES, S. 237.
(4) ARCHIVES DE
(5) BIBLIOTHEQUE NATIONALE. Estampes, VE
- 017 -
A-F.
Cals, peintre de Montmartre
Au mois de juin 1914, notre regretté collègue Lucien Lazard avait signalé l'existence, à Sens, d'une suite d'études attribuées à Cals, représentant des sites montmartrois.
En mon
absence, ce même collègue qui avait réussi, grâce à ses fiches des archives, à
percer les ténèbres dont je me plais, et pour cause, à entourer le lieu de ma
naissance, avait suggéré l'idée, acceptée d'emblée, qu'étant né à Sens, j'étais
mieux placé que quiconque pour aller examiner ces différents tableaux.
Hélas ! mes
chers Collègues, quitte à faire perdre encore les dernières illusions sur mon
compte à un grand nombre d'entre vous qui me croient né à Paris, voire à
Montmartre, je le confesse publiquement, les jeux de l'Amour et du Hasard m'ont
fait naître à Sens, en 1865.
Six ans plus
tard j'eusse été parisien puisque je n'ai pas quitté le neuvième arrondissement
depuis fin 1871.
Du reste,
Sénonais et Parisiens ont toujours vécu en bon voisinage.
Oyez plutôt
ce que dit de Ménorval dans son Histoire
de Paris :
« Les Sénonais
et les Parisiens ! César les confondait dans la même haine comme nous les
confondons dans le même souvenir d'affection patriotique. C'étaient bien deux
peuples frères combattant toujours côte à côte polir ce qui était alors la
bonne cause ».
« J'ai voulu
revoir récemment la vieille cité sénonaise si longtemps la métropole de Paris,
à laquelle nous aurions dû rester attachés par tant de liens si nous avions
davantage et la connaissance et le culte de nos origines mais, par un contraste
frappant, Sens qui était une grande ville quand Lutèce n'était qu'une bourgade,
Sens ne compte plus guère
- 18 -
que 10.000 habitants ! ce n'est même
pas une préfecture, quoiqu'elle puisse montrer sa magnifique cathédrale du XIIIe
siècle, la salle synodale et les traces de sa puissance gallo-romaine, ses
remparts, ses aqueducs, sa naumachie, ses thermes, ses arènes et son camp
prétorien ».
Et j'ajoute, il n'y a pas si longtemps, cela ne date que de 1621, Paris n'était qu'évêché et dépendait de l'archevêché de Sens. L'hôtel bien célèbre de Sens en conserve encore le souvenir.
De ce passé
gallo-romain grandiose il ne reste plus rien.
Depuis cette
époque, et surtout dans le dernier siècle, les Sénonais qui n'ont jamais été
d'accord entre eux sur les questions politiques et religieuses ont toujours,
cependant, trouvé un terrain d'entente ; détruire sans motif utile ce qui
faisait la grandeur de leur cité, tuer la poule aux œufs d'or.
Ce qui ne
les empêche pas de proposer à l'admiration des étrangers, dans leur musée, avec
autant d'orgueil qu'un ex-libriseur brandissant sa collection arrachée à tant
de vieux livres et reliures, quelques débris de leurs démolitions.
A ces petits
jeux de massacre, rien n'a résisté, pas même les innocents noms des rues, cette
histoire abrégée d'une ville qui s'écrit d'elle-même si naïvement et si
modestement, au coin des rues et des carrefours.
Par contre,
ô logique de l'entendement humain, partout la même et non prête à changer, les
Sénonais ont édifié un superbe hôtel-de-ville dans le style d'une époque dont
ils se plaisent à anéantir les souvenirs.
Mais vous
devez vous demander à quoi rime ce boniment qui n'a rien à voir avec Cals et
les vues de Montmartre.
Eh ! bien,
détrompez-vous, c'est que pour y arriver, j'avais besoin de gagner du temps,
j'ai fait un détour et voilà !
En juillet
1914, lorsque pour la première fois, je me présentais à Sens chez M. Heuré, le
propriétaire des Cals, muni de vos pleins pouvoirs, j'éprouvai un plaisir et
une désillusion.
Si au point
de vue artistique, il me fut agréable de contem-
- 19 -
pler un ensemble important de 30 ou
40 petites études d'un artiste que je ne connaissais pas beaucoup ; au point de
vue topographique et documentaire je fus désappointé, car il me fut impossible
d'en identifier plus de 5 ou 6.
Je conçus alors l'idée dont je vous avais du reste parlé de demander à M. Heuré de me les confier pour les soumettre à votre appréciation d'artistes et de montmartrois.
En ayant
assumé toute la responsabilité, M. Heuré accepta le jour de la livraison pris,
je me présentai ...
M. Heuré
s'excusa. Il les avait vendus la veille à un étranger de passage !
Et dans le train qui me ramenait à Paris, contrarié, honteux comme un montmartrois qu'une poule aurait... pris, je me demandais anxieusement :
Qu'est-ce que
je vais bien pouvoir raconter à mes collègues du Vieux-Montmartre ?
Heureusement, lors de mon premier voyage à Sens, j'avais fait prendre à tout hasard quelques clichés des vues qui me paraissaient être les plus intéressantes.
Avant de
vous les présenter, permettez-moi de faire une nouvelle diversion, sans
beaucoup de frais d'imagination, sur Cals, sa vie et son œuvre.
La vie de
Cals, en effet, a été racontée en 1900 par Arsène Alexandre, dans un livre
intitulé : « A.-F. Cals ou le bonheur de peindre », auquel je vous renvoie.
En voici du
moins une analyse très succincte :
Cals est né
à Paris le 17 octobre 1810 de parents ouvriers il fut mis en apprentissage chez
un vieux graveur, Ancelin, qui lui donna les premières notions de dessin.
En 1828 il
entrait dans l'atelier de Léon Cogniet ; mais se laissant aller tout de suite à
son goût naturel, il se mit à peindre des mendiants, des paysans, des petites
scènes d'intérieurs chez les pauvres gens.
Comme il
avait entrepris à grand labeur une de ses premières toiles, dit Arsène
Alexandre, son maître lui demanda quel travail l'absorbait en ce moment.
Montmartre : Le Moulin Vieux qui faisait suite au Blute Fin
(1850).
D’après une peinture de A. F. Cals.
Montmartre : La Fontaine du But et l’Abreuvoir (1850)
aujourd’hui place Constantin-Pecqueur.
D’après une peinture de A. F. Cals.
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« Je fais,
avait répondu le bon Cals avec timidité, une famille de ramoneurs.
- » Une
famille de ramoneurs ! s'exclamait le peintre d'histoire, mais, mon pauvre ami,
vous crèverez de faim toute votre vie, si vous vous enflammez pour des sujets
pareils !
- » Vous
croyez, monsieur Cogniet, répondait le jeune homme avec une mine respectueuse
et navrée ? Ce n'est pas ma faute, pourtant. Il n'y a que çà qui
m'intéresse !... »
Il n'en
allait pas moins, de temps en temps, voir son maître, avec la même déférence et
le même tendre respect que s'il avait suivi aveuglément ses conseils.
Léon Cogniet
lui fit un jour des reproches qui durent lui aller bien agréablement au cœur.
C'était vers le moment de la maturité de Cals :
« Hélas
! mon ami, je comprends de moins en moins où vous voulez aller. Vos paysages,
voyez-vous... et bien, pardonnez-moi de vous parler aussi brutalement.. , mais
c'est aussi mauvais que ce que fait ce - comment l'appelez-vous ? - ce Corot ;
oui, c'est cela, Corot ; vous me rappelez cela… Voilà où vous en êtes, mon
pauvre Cals ! Je vous le dis comme je le pense ».
Il est
certain qu'en ne satisfaisant pas aux goûts du jour, ce n'était pas le moyen de
faire fortune.
Aussi Cals
ne vendant rien, sa vie, pendant de longues années, fut triste et malheureuse.
Enfin, âgé
de 50 ans, il eut la bonne fortune de rencontrer le père Martin, l'ancien
marchand de tableaux de
Le père
Martin étant une figure quelque peu montmartroise, permettez-moi de vous le
présenter d'après Arsène Alexandre.
Martin, le
père Martin, avait été dans sa jeunesse ouvrier sellier et ensuite, ou en même
temps, auteur de drame dans les théâtres du quartier ; il avait, illustré,
sous le nom de Firmin, la scène de Montmartre où il remplissait les rôles de
traîtres. Dans ces théâtres, où le public se donne des émotions pour
- 21 -
son argent, avec une franchise que
ne soupçonnent point les abonnés de la Comédie-Française, ces sortes d'emploi
sont sans gloire, mais non pas sans péril. Le traître est violemment pris à
partie par les spectateurs, qui se sentent de soudaines aptitudes pour la
justice et la vertu, et l'on en vit parfois qui furent menacés de représailles,
quand la pièce serait finie, à la sortie des artistes.
La femme de l'acteur assistait parfois à ces représentations. C'était elle-même, comme on dit dans le peuple, la crème des femmes. Lorsque les choses allaient un peu loin, on l'entendit parfois dire à ses voisines de stalles : « Pauvre Firmin ! ils l'appellent canaille, misérable, et pis, et c'est le meilleur des hommes ! ».
Le ménage
Martin a, lui aussi, à sa façon, incarné la Providence pour un grand nombre
d'artistes devenus célèbres, qui ont trouvé là, à leurs débuts, ce qu'il y a de
plus difficile et de plus précieux : le premier argent gagné.
Martin
ouvrit d'abord, dans la région des boulevards extérieurs, une boutique où il
vendait encore des articles de sellerie, et déjà quelques œuvres d'art. Puis il
descendit rue Mogador, où l'on voyait déjà beaucoup moins de cuirs ; enfin, il
eut un magasin rue Laffitte, où il n'eut plus que de la peinture ! Tous les
dédaignés furent accueillis et protégés là avec une sorte de sainte fureur.
Tous ceux dont on riait, que l'on méprisait, qui étaient refusés au Salon, ceux
de qui sans être notoirement fou, on ne pouvait acheter les œuvres, même pour
des sommes dérisoires ; enfin, pour les nommer, Corot, J.-F. Millet, Théodore
Rousseau, puis Ribot, Sisley, Victor Vignon, Lépine, Cals lui-même, et bien
d'autres aussi honnis. Martin poussait le paradoxe, la mauvaise plaisanterie,
jusqu'à ne plus s'intéresser aux artistes dès qu'ils commençaient à connaître
les gros prix. Il ne voulait pas faire fortune avec eux et il mettait sa gloire
à les avoir vendus quand ils ne pouvaient rien vendre.
Expert d'un
genre tout particulier, il faisait la leçon au public de l'Hôtel Drouot :
« Vous ne voyez donc pas que c'est
- 22 -
un bon tableau ! Eh bien, j'aime ça,
moi. Y a l' motif ! ». Ou encore : « En voilà un beaucoup plus grand que nous
mettons en vente. Eh bien ! je vous en demande moins cher que du petit ».
Il tenait du grognard comme le père de Cals, de l'apôtre comme Cals en personne et de la « barbe » de 1848. Il voyait l'humanité en beau et la société en laid. Un de ses propos favoris était celui-ci : « S'il y a des gendarmes, c'est pour faire croire qu'il y a des voleurs ». Ou encore cette autre version, qui, avec une nuance différente, respire la même candeur violente : « Le gouvernement entretient des voleurs pour qu'on lui permette d'avoir des gendarmes ».
Cals fut mis
en rapports avec un amateur éclairé, le comte Armand Doria qui lui offrit l'hospitalité
dans son château d'Orrouy et qui, pendant plus de vingt ans, le soutint et
l'encouragea.
Sur la fin
de sa vie, dans une aisance relative que lui procurait la vente de ses œuvres à
des amateurs comme Piquart, Henri et Alexis Rouart, Godin, il alla s'installer
à Honfleur où il mourut, âgé de 70 ans, le 3 octobre 1880.
Cet homme
est un de ceux qui ont éprouvé le plus profondément le bonheur de peindre, dit
Arsène Alexandre. Son œuvre, peu connue de la foule, de son vivant, commence à
préoccuper les raffinés ; à émouvoir les passants Pourquoi ? Peut-être bien
pour la raison exprimée dans cette autre petite phrase, qui est de lui : « Il
n'y a pas d'art là où il n'y a pas de cœur ».
Après sa
mort ses œuvres furent dispersées et son cousin, le peintre Bataille, qui avait
été son élève et avait vécu dans son intimité, vint finir ses jours à Sens.
C'est chez
lui que M. Heuré a trouvé, dans un petit carton à part, tout cet ensemble
inégal d'esquisses et de petits tableaux peints sur du papier très friable, la
plupart non signés, portant au dos et au crayon
Cals, en
effet, avait été séduit comme beaucoup d'autres par le pittoresque de
- 23 à 26 -
[…]
- 27 -
de ce genre utilisés déjà par
quelques-uns d'entre nous, mais uniquement à partir du XVIme et
surtout du XVIIme siècle. Quant à la collection qui eût fourni à cet
égard des faits nombreux, celle des registres d'audiences criminelles du Châtelet,
elle a subi des pertes irréparables, puisque son premier registre concerne les
années 1389 à 1392, tandis que le second commence en 1737: 345 ans égarés c'est
quelque chose et qui mériterait peut-être la nomination d'une commission
d'enquête pour les retrouver.
Pourtant
c'est au premier de ces registres que nous devons les plus anciennes notions
que nous possédions sur les divertissements montmartrois (1). C'est une certaine Margot de la Barre qui, aux
environs de l'année 1390, allait « s'esbattre », ce sont les termes même
qu'elle employait, le lundi et même le mardi « avec plusieurs compagnons en la
ville de Montmartre ». La même, qui n'était plus de la première jeunesse, y
pratiquait le sortilège du coq dont voici la recette : « elle prenait un coq
blanc, l'assommait en le faisant tourner autour d'elle ou l'étouffant sous ses
fesses, et le coq ainsi étouffé, elle lui prenait les deux - ici le texte
devient difficile à citer, mettons qu'il s'agisse de ce qu'on nomme, en
italien, c…i -, les brûlait, en
faisait de la poudre, la mettait dans un oreiller de plume et l'y laissait 8 ou
9 jours, puis la reprenait et la mettait dans la nourriture et la boisson de
son ami « qui aurait en elle plus
grandt ardeur d'amour que oncques n'avoit eu ». Vous voyez, en passant ,
que
Interrogée pour savoir de qui elle avait appris cette méthode du coq, ainsi que l'art d'évoquer le diable, elle fit le récit suivant : « Il y a vingt-trois ans passés, elle qui
(1) Ce registre a été publié de 1861 à 1864, par
Duplès-Agier, pour la Société des
Bibliophiles français, chez Lahure, en 2 vol. in-8°. Les passages relatifs
aux séjours et aux exploits montmartrois de Margot de la Barre sont du tome I,
pp. 337, 342, 358. Je les ai reproduits en suivant le texte d'aussi près que
possible, mais en le rajeunissant pour le rendre intelligible.
- 28 -
pour lors demeurait aux champs, sous
Montmartre, avec une autre fille de péché comme elle, étant audit lieu
ensemble, elles commencèrent à parler des amis qu'elles avaient alors, laquelle
fille qui était du pays de Flandres, et du nom de laquelle elle ne se souvient
plus, lui apprit alors à faire l'évocation du diable et de fait et en sa
présence, lors fit ladite évocation et elle qui parle entendit qu'elle
conjurait l'ennemi en disant : « Diable, aide-moi, garde-moi et que mon ami -
qu'elle nommait lors par son nom - ne puisse avoir compagnie avec autre que moi
» et qu'une personne qu'elle ne pouvait voir, lui répondait. Et de la peur
qu'elle avait alors elle qui parle se cacha dans une petite cabane qui était
près de là, et où toutes deux avaient coutume de se retirer avec les compagnons
pour s'amuser ».
De ce récit
deux conclusions sont à tirer : la première c'est que la noblesse de robe -
celle des demoiselles faciles des pentes de la butte, des rues Pigalle, La
Rochefoucauld et autres, a des ascendants lointains depuis 1367, au moins ; la
seconde c'est que les plâtriers de la butte, Flamands pour la plupart, comme
nous l'apprennent les textes du bailliage, avaient gardé solidement ancré
l'amour de la terre natale, puisque des payses venaient à Montmartre pour s'esbattre avec eux.
II.
Comme le font les documents du Châtelet, franchissons maintenant quatre siècles et recueillons dans les bilans du XVIIIe siècle, provenant de la juridiction consulaire, conservés aux Archives de la Seine et non encore consultés, quelques renseignements nouveaux à ajouter à ceux que l'on possédait déjà sur les cabarets montmartrois. L'intérêt que présentent ces pièces est extrêmement variable : les unes ne nous apprennent guère que les noms de leurs déposants, l'enseigne de leurs cabarets, et ne nous fournissent que quelques noms d'habitants qui pourront servir, le cas échéant, à la confection d'un Bottin montmartrois du XVIIIe siècle qui nous fait
- 29 -
encore défaut : c'est le cas de
Hette (1) qui, avec sa femme, tenait
en 1780 un débit doublé d'un hôtel meublé avec vingt-quatre chambres, sis à la
Nouvelle-France ; parmi ses créanciers figurent Harsenfratz, dit Le Lièvre, le
patron du célèbre bal du Grand-Salon
de
D'autres
sont plus explicites : un certain Avenel de Lavigne (6) est installé en 1785, à la Nouvelle-France, au Berger-Galant, mais comme il déclare
avoir vendu à Macret que l'on trouve établi sous cette enseigne, en 1790, dans
le registre des contributions rue Rochechouart, on peut en conclure sans
témérité qu'Avenel avait son établissement dans cette rue ; une phrase même de
son bilan indique sans la nommer que
(1) Archives de
(2) Archives de
(3) Archives de
(4) Archives de
(5) Archives de
(6) Archives de
- 30 -
même maison, toute remplie de
bourgeois, entraînerait trop de frais ».
Quelques autres particularités seraient encore à relever dans le bilan d'Avenel.
C'est ainsi
qu'on y trouve les noms de quelques commerçants de Montmartre et de La
Chapelle : Hardy, marchand de vins à la Nouvelle-France ; Choiseau, qui tient
le Caprice des Dames, à la
Nouvelle-France - le cabaret sans doute qui, avec la même enseigne - était
dirigé rue Rochechouart par un certain Jacques Macaire en 1789 ; Copin qui
était boucher aux Porcherons, et Lyonnois qui exerçait la même profession à La
Chapelle; Jarrier qui vendait de l'épicerie à
Jean Legris (1) marchand de vins, rue des Martyrs, aux Porcherons,
déposa son bilan le 25 octobre 1776. Son passif se montait à 47.000
livres ; son actif à
De la liste de ses créanciers, j'extrais les Montmartrois donnés dans son bilan avec plus de précision que dans les autres documents de ce genre.
« A M. Grenlel, boucher, demeurant à Montmartre,
vis-à-vis de l'église, pour fourniture :
Il s'agit ici du boucher de l'Abbaye, qui succéda à Desportes dans les fonctions de maire de Montmartre.
Puis
viennent quelques autres fournisseurs déjà nommés dans le bilan d'Avenel, mais
désignés là d'une façon plus explicite.
Mille, le
vitrier, n'est pas seulement installé aux Porcherons, mais rue des Martyrs ; le
boucher Copin, dénommé ici Compen, est également logé rue des
Martyrs ; nous retrouvons encore le boulanger Picardin ; puis figurent deux
noms nouveaux : Leclerc, serrurier, rue des Martyrs, et Girard, menuisier, dans
la même rue.
(1) Archives de
- 31 -
Legris ne
nous laisse rien ignorer des calamités qui sont venues l'assaillir :
réparations du cabaret de
Il a eu une fluxion de poitrine ; sa femme, à la suite de couches, a été trois mois au lit ; il a eu huit enfants dont cinq sont morts et, pour mettre un comble à tous ses malheurs, une danseuse employée chez lui et nommée Mary et à laquelle Legris réclamait des effets - il ne dit pas lesquels - l'a appelé en justice et il ne s'en est pas tiré à moins de mille livres.
Rappelons en
passant que dans mon travail sur les cabarets (Vieux Montmartre, 1909, pp. 177 à 186), j'ai déjà attiré
l'attention sur ces danseuses des cabarets montmartrois du XVIIIe
siècle, ancêtres lointaines de celles qui chaque nuit émoustillent par leurs matchiches et leurs tangos les soupeurs et les viveurs de notre temps.
Huart (1) était installé aux Porcherons, rue des Martyrs, à
l'enseigne du Petit-Saint-Jean, et
avait comme propriétaire un autre cabaretier, Magny, le fils sans doute du
célèbre prédécesseur de Ramponneaux, car Magny le père était décédé en 1771 et
Huart était locataire d'un Magny en 1776 ; cette même année, il déposa son
bilan : son passif montait à
Derrière la
boutique, sur la rue, s'ouvrait un grand salon, donnant sur le jardin, garni de
boiseries et décoré d'une « tenture de tapisserie de toile peinte » ; puis
venait, après le
(1) Archives de
- 32 -
contour, un petit salon également boisé, orné comme celui-là d'une «
tapisserie en papier ».
Le jardin avait vingt-quatre tables et leurs bancs, et les consommateurs, après avoir pinté, pouvaient se divertir au jeu de boules et au jeu de Siam : ce dernier est bien oublié de nos jours et à peine le trouverait-on dans quelques provinces éloignées ; c'était un jeu de quilles, mais qui différait, si l'on en croit l'historiographe des jeux, Henry d'Allemagne, du jeu ordinaire en ce qu'il comptait treize quilles au lieu de neuf, et que pour les abattre on se servait, non d'une boule, mais d'une sorte de disque.
LUCIEN LAZARD.
Dessin de Georges Redon
pour les invitations du Moulin de la Galette.
- 33 -
Variétés
I. - Un document iconographique identifié.
L'incendie des Menus-Plaisirs du
Roi, par Meunier.
M. Foulon, le distingué vice-président de la Société historique du 8e arrondissement, est l'heureux possesseur de deux aquarelles de Meunier, délicat artiste de la fin du XVIIIe siècle.
L'une
représente le feu dans les combles du Pavillon de Flore ; elle a été
reproduite dernièrement dans les « Mélanges Émile Le Senne ».
L'autre
représente également un violent incendie dont, jusqu'ici, il avait été
impossible de déterminer le sujet et le lieu.
Grâce à une
méthode iconographique très simple, dont l'initiateur est A. Bonnardot, j'ai pu
instantanément déchiffrer l'énigme qui se trouve être l'incendie, en 1788, des Menus-Plaisirs du Roi, dont les bâtiments,
ainsi que ceux du Conservatoire de musique, étaient compris entre le faubourg
Poissonnière, les rues Poissonnière, du Conservatoire et Richer.
Cette
aquarelle a figuré à la dernière exposition de « la Jeunesse », place
Dauphine, en 1788.
Le Panthéon Littéraire, de l'année
1789, en fait cette curieuse critique : « Malgré que le feu des Menus-Plaisirs
ne fût point dans un site intéressant, l'auteur en a tiré tout le parti
possible ».
D'après les
documents que m'a communiqués mon collègue, J. -G. Prud'homme, cet événement
est relaté ainsi dans le Mercure de
France, de 1788 :
« L'incendie
d'une partie des bâtimens de l'Hôtel des Menus-Plaisirs a été, dit-on, causé
par des enfans qui jouoient dans les écuries ; sans l'activité des secours la
perte
MEUNIER. – Incendie
des Menus-Plaisirs, en 1788.
(Coll. A. Foulon)
- 34 -
pouvoit être immense, mais on a
sauvé plus de soixante mille habits. Sur cent soixante-cinq décorations de
l'Opéra, onze seulement ont été soustraites aux flammes. Pendant l'incendie les
pompes de MM. Percier ont fourni seules environ huit mille muids d'eau ». (Courrier de l'Europe, n° 35).
Mercier,
dans le Tableau de Paris, tome X, pp.
56-58, 1788, écrit d'autre part :
« Le feu
vient de prendre à ce magasin (des Menus-Plaisirs du Roi) ; mais quand il
arrive un incendie dans un magasin royal, le public ne s'y intéresse pas
vivement : il appelle cet accident un compte rendu écrit avec du charbon. Puis il ajoute : Il y aura toujours de l'argent pour réparer cela.
Les pères
capucins ont accouru à cet incendie avec leur zèle accoutumé, et pour sauver
les richesses théâtrales des 3 spectacles. On a vu l'un s'affubler d'un casque,
porter un cimeterre sous son bras, et tenir à la main la baguette de Médée,
l'autre avoit entassé sur ses épaules les jupons de satin des actrices et le
caducée de Mercure, ce qui contrastoit avec sa barbe et son capuchon. Celui-ci,
les mains armées des rayons du char du soleil, croyoit sauver de gros diamants,
et s'étoit enveloppé du vêtement d'un druide. Ces mains sacrées, qui touchoient
pour la première fois à tant de choses profanes, prouvoient cet ancien adage : que nécessité n'a point de loi, mais, au
milieu de l'embrasement, il a fallu rire malgré soi, en voyant des capucins se
charger des immodestes débris des décorations théâtrales, embrasser en fuyant
des bustes voluptueux, et prêter du secours à tous les dieux et déesses
demi-nus du paganisme ».
Le tableau
de Meunier est pris dans le faubourg entre la rue des Petites-Écuries et la
caserne actuelle alors existante ; c'est un document unique pour l'histoire de
ce quartier de Paris dont la description est ainsi faite dans le Guide des Amateurs de Thiery, tome I, p.
468 :
« En continuant
- 35 -
celle bâtie pour M. le comte
d'Espinchal, au coin de la rue des Petites-Écuries-du-Roi, celles de MM. de
Jarnac et Tabari, dans cette dernière. Ces trois maisons, d'un genre neuf ont
été construites sur les dessins et conduite de M. le Doux, architecte du Roi.
De l'autre côté de la rue, à droite, est une des portes de l'Hôtel des
Menus-Plaisirs du Roi, dont
la principale entrée est rue Bergère. Cet Hôtel, qui contient un terrain
immense, sert d'entrepôt aux machines employées aux divertissements destinés
pour sa Majesté. On y voit aussi une jolie salle de spectacle dans laquelle se
font les répétitions des opéras et ballets qui doivent se donner à
VICTOR PERROT.
II. - Orsel, entrepreneur et propriétaire à Montmartre.
Notre
collègue, L. Grasilier, nous adresse copie des rapports de police qu'il a
trouvés sur Orsel (Ourseil, Ourselle,
Orselle), 22, rue Louis-le-Grand, à Paris, entrepreneur et propriétaire à
Montmartre (Arch. Natles. Police générale, F7 6633,
n° 1513).
Ce sont, avec
deux rapports de « mouchards » (1816-1818), une contre-information
d'agent secret et une note concluante - toutes deux de l'année 1818.
En somme,
beaucoup de bruit pour rien, un non-lieu en faveur d'un homme « qui s'occupe
plutôt de constructions que de politique » et qui n'avait d'autre tort que de
s'être enrichi !
CONFIDENTIEL 1er
octobre 1816.
Il résulte d'après les nouveaux renseignements pris sur M. l'abbé Guillon, qu'il a des liaisons intimes avec un nommé Valgaireux
- 36 -
d'Orseil, mais dont le nom s'écrit Orselle, demeurant rue Louis-le-Grand,
n° 22. Cet homme, riche à plusieurs millions, est connu dans tout son quartier
pour un très riche propriétaire. Il est dépeint comme un nouveau enrichi par
les moyens les moins délicats et sa réputation n'est palliée que par son énorme
fortune, car l'on assure qu'il fut jadis espion d'une puissance étrangère et
l'on se plaît à croire qu'une visite de ses papiers pourrait découvrir sa
conivance (sic) dans les intrigues de l'abbé Guillon.
Il y a peu de jours que dans un entretien où il était question de ses grandes richesses, on lui fit cette question : N'avez-vous rien à craindre, vu les circonstances actuelles et la stagnation générale des affaires. Il répondit : Je ne crains rien. J'ai tout prévu, et, au besoin, je puis mettre sept à huit cents ouvriers sur pied et qui tous me sont dévoués…
LEFURET.
***
Août 1818.
M. Oursel,
grand propriétaire de maisons à Paris et d'un village entier entre la barrière
des Martyrs et celle de Rochechouart, le même qui disait il y a peu, qu'il
avait encore les moyens de procurer dix millions à Napoléon ou ses
ayants-causes, était du dîner d'environ cent ultra-libéraux qui a eu lieu le 15 (août) courant à Belleville ;
c'est la même réunion et les mêmes individus qui se rassemblent rue et chaussée
Clignancourt, nos 63 et 65, chez le sr Chaine et
quelquefois chez le sr Flandin, en conseils de guerre dans sa maison
à Picpus. Ces assemblées, comme on l'a déjà dit, se prolongent très avant dans
la nuit.
On doit pas compter sur la source de ces notes - il
n'en faut pas moins………. (sic)
***
ORSEL 3
septembre 1818.
Recherches
sur la véracité du contenu de la note du 31 août.
Le sieur Oursel est effectivement un homme riche et possédant presque en totalité tout le terrain de l'ancienne abbaye des Dames de Montmartre, dans lequel il a beaucoup fait bâtir et construit encore.
Les dispositions de cet enclos, son éloignement, son site caché
- 37 -
à tous ceux qui ne faisant que
promener, n'auraient nul intérêt à sa recherche, la percée des maisons qui
toutes sur deux lignes parallèles de l'est à l'ouest, ont sorties du nord au
sud sur deux rues qui ne se rencontrent qu'à une très grande distance, les
jardins couverts qui joignent ces maisons, rendent ce local pendant la nuit, un
asile sûr pour des réunions qui voudraient être ignorées.
Je pense que ce sont toutes ces circonstances qui ont donné lieu aux erreurs de la note.
En effet, le soir, comme dans les villages, tous les voisins se réunissent, se promènent dans les allées au midi, ou se renferment dans les appartements de l'un d'eux si la soirée est trop fraîche. C'est ainsi que l'observateur un peu trop ambitieux, peut facilement croire un projet de leur part, ce qui n'est en fait qu'une assemblée un peu trop bruyante.
J'en ai fait l'expérience, moi-même, pendant deux soirs, accompagné de mon fils et d'une darne qui ne se doutaient sûrement pas de nies intentions. J'ai été me confondre avec les habitants de ce lieu, me promenant avec eux, sous les allées, m'arrêtant, sans affectation cependant, devant les portes, sous les fenêtres, jusqu'à près de minuit ; eh bien, je n'ai rien vu, rien entendu à l'appui des citations de la note, mais j'ai reconnu l'erreur qui pouvait les avoir fondées.
Un mot sur Monsieur Oursel.
Le sieur Oursel, logé rue Louis-le-Grand, n° 22, riche aujourd'hui, ne l'était pas sous Louis seize. Bien loin de là, sous ce règne quelques affaires un peu difficiles l'obligèrent à s'expatrier ; il fut en Angleterre, s'y livra au commerce, le hasard l'y favorisa ; mais aux premiers jours de notre Révolution, soit caprice de la fortune, soit spéculation du sieur Oursel, il fit faillite ; il revint en France broquanter sur les biens nationaux. Favorisé par les vices des premières ventes, il acquit la fortune dont il jouit aujourd'hui, en honnête homme, m'a-t-on assuré assez généralement.
Le sieur Orsel a marié sa fille au sieur Flandin. Celui-ci, uniquement le piqueur de son beau-père, vit paisiblement dans le local cy-devant désigné, entièrement occupé des constructions qu'ordonne Oursel.
Quant au
dîner que la note annonce avoir eu lieu à Belleville, le 15 août, sans désigner
le local, ce qui m'étonne, sous le prétexte d'un portefeuille perdu, j'ai parcouru
les plus grands restaurateurs du pays, je dis les plus grands, parce que j'ai
dû croire, avec raison, je pense, que cent libéraux réunis, ne peuvent l'être
que dans un local immense, et surtout qu'ils doivent avoir marqué partout où
ils
- 38 -
auraient pu se rassembler. Eh bien,
nulle part, je n'ai pu recueillir le moindre souvenir de leur existence.
Il me reste
à observer, dans la rue et chaussée Clignancourt, les nos 63 et 65,
qu'indique encore la note, comme lieux de réunion de Messieurs les libéraux.
Bientôt je crois pouvoir répondre sur cette ampliation d'avis.
***
ORSEL Paris, ce 3 septembre 1818.
Note.
Un rapport ci-joint parlait d'un dîner d'environ 100 ultra-libéraux qui avait eu lieu le 15 août à Belleville.
Il signalait
aussi comme devant être surveillés les srs Oursel et Flandin, qui
auraient assisté au prétendu dîner.
Il résulte
d'informations suivies avec soin que ce dîner n'a pas eu lieu.
Que le sr
Oursel, riche propriétaire à Montmartre, qui doit une partie de sa fortune à
des spéculations heureuses sur les biens nationaux, est un homme qui s'occupe
plutôt de constructions que de politique.
Le sr
Flandin, son gendre, est fine espèce de piqueur d'ouvriers pour les travaux que
son beau-père fait exécuter.
Les
localités favorisent tout ce qu'on peut dire sur des réunions. Le fait est
qu'il n'y a que celles des locataires du dit Oursel qui habitant Paris, ont
loué à Montmartre des pied-à-terre où ils couchent pendant la belle
saison ; le soir ils se voient entr'eux et s'occupent de divers
amusements.
En 1816 le sr
Oursel, désigné comme très intime de l'abbé Guyon, occupa la surveillance sous
des rapports très opposés à celui-ci.
- 39 -
Le Conseil municipal de Montmartre
et l'exploitation des carrières à plâtre.
Si les documents recueillis sur Montmartre avant la Révolution donnent peu de détails sur la vie publique de la commune, les actes administratifs qu'on a pu réunir et classer depuis cette époque présentent, au contraire, un réel intérêt et sont, à ce point de vue, une source précieuse de renseignements. En dépouillant, soit les délibérations du Conseil municipal dont Lucien Lazard signala l'heureux dépôt de la sous-préfecture de Saint-Denis aux Archives de la Seine (1), soit les procès-verbaux des séances du Bureau de Bienfaisance (2), on a l'impression très vivante du mouvement des idées, de l'état des esprits, révélée par des projets empreints de conceptions neuves, des rapports parfois ornés d'un lyrisme exagéré ou dramatisés pour les besoins de la cause, mais qui font foi de l'activité, de l'initiative, du souci de bien faire des administrateurs de la commune qui, sans chercher à atténuer leur caractère tant soit peu frondeur, luttent, et souvent non sans raisons, avec l'autorité supérieure dont la sollicitude ne leur inspire, du reste, qu'une médiocre confiance.
L'analyse
d'un certain nombre de délibérations et d'arrêtés municipaux relatifs à
l'exploitation des carrières (3) va nous
montrer avec quelle ténacité, et quelquefois quelle véhémence, les
représentants de la commune défendirent les intérêts de leurs commettants.
Placés, d'une part, entre l'Administration qui, sans se désintéresser de la
question, paraissait tout au
(1) Bulletin du
Vieux-Montmartre, fasc. 32-33.
(2) Archives de l'Assistance publique.
(3) Archives de la Seine.
- 40 -
moins s'en peu préoccuper et envers
laquelle cependant leur responsabilité se trouvait engagée et, d'autre part,
les habitants qui protestaient et les carriers qui se moquaient des règlements,
leur rôle était certainement délicat et difficile. N'ayant, pour ainsi dire,
aucune autorité sur ces exploitations, ils étaient cependant les premiers à
recevoir les doléances du public qu'il fallait calmer, à lutter contre les carriers
dont l'audace n'avait plus de bornes et ils se voyaient souvent dans
l'obligation de prendre d'urgence des mesures de sécurité qui, au lieu d'être à
la charge des exploitants, grevaient la plupart du temps le budget communal.
Déjà, dans
sa session de 1827, le Conseil d'arrondissement reconnaissait « qu'il était
démontré par l'expérience que les carriers échappent de plusieurs manières aux
obligations qu'ils doivent accomplir et que toutes les fois que ces obligations
ne sont pas nettement déterminées et qu'on ne les a pas préalablement astreints
à s'engager à leur exécution, principalement sous le rapport des chemins, ils
sont disposés à éluder en élevant des difficultés qui retardent
l'accomplissement de ces devoirs et, dans beaucoup de circonstances, le retard
est très préjudiciable et a quelquefois causé un mal sans remède ». Et le
sous-préfet de Saint-Denis, le baron de Jessaint, déclarait dans son rapport
que « l'insouciance de MM. les ingénieurs des carrières a été la cause
d'accidents assez graves. Les permissions sont accordées trop facilement et la
surveillance laisse beaucoup à désirer » (1).
Les plaintes réitérées des habitants, le nombre considérable de contraventions commises par les carriers justifiaient bien de telles opinions et on peut dire que l'exploitation des carrières à Montmartre fut, pour toutes les municipalités qui se sont succédé, une source continuelle de préoccupations, d'ennuis et de querelles, et parmi les pièces conservées aux Archives de la Seine, en voici quelques-unes qui établissent
(1) Archives de la Seine, N2.
- 41 -
bien l'attitude intolérable et peu
scrupuleuse des exploitants (1).
Le 24
thermidor an VIII, le Préfet suspend l'exploitation de la carrière située à Clignancourt,
au clos du Bras d'Or et appartenant
au Sr Suret tant que celui-ci n'aura pas exécuté le remblai
nécessaire pour soutenir les terres du Sr Christophe, son voisin.
Le 19 nivôse
an IX, le maire Saurin, se conformant à l'arrêté du sous-préfet de Franciade,
enjoint au Sr Jeulin, propriétaire, exploitant la carrière la
Renardière, près d'un chemin passager, « de faire un fossé d'un mètre et demi
de profondeur et autant de largeur ou une chaîne de moellons d'un mètre de haut
pour préserver les passants du précipice que prépare l'ouverture de cette
carrière et éviter pareil accident dont le citoyen Devaux a été victime ».
Le 7 ventôse
an X, le tribunal de première instance de la Seine jugeant en correctionnelle
met en demeure le Sr Jean Cottin, demeurant à La Chapelle « de faire
remblayer, dans le délai d'un mois, les deux carrières à plâtre sises sur le
territoire de Clignancourt au bord du Grand chemin allant à la barrière du
Télégraphe qui sont dangereuses pour les passants, lui fait défense de récidiver
et le condamne aux frais ». Le commissaire du Gouvernement avait proposé une
amende de dix francs, mais le jugement permit à Jean Cottin d'en être quitte
pour la somme de trois francs soixante.
Les mêmes
injonctions sont faites, le 13 fructidor an XII, à François Thierry qui
exploite en cavage la carrière à plâtre située au lieu dit la Hutte-aux-Gardes,
et le 18 brumaire an XIII, au Sr Richard pour la carrière située
près le boulevard extérieur au lieu dit la Barrière blanche et au Sr
Pierre-Melchior Bernier pour la carrière située dans l'enclos de l'ancienne
abbaye.
Les
poursuites exercées contre les carriers les laissent bien indifférents et
l'indulgence des tribunaux n'était d'ailleurs pas faite pour les inciter à
l'observation des règlements. Aussi, en
(1) Archives de la Seine, 02.
- 42 -
1806, le Préfet décide que « si les
carriers persistent à vouloir exploiter au mépris des règlements, le Maire
devra faire saisir et mettre en fourrière par la gendarmerie, les chevaux, les
voitures, les outils des contrevenants ». Et les 26 et 28 novembre de cette
année, le maire fait opérer ces saisies dans les carrières des Srs
Basset, à Clignancourt, et Thierry, à la Hutte-aux-Gardes.
L'application
de cette mesure. n'émeut pas davantage les carriers. En 1809, le Sr
Richard fait ouvrir, au lieu dit la Fosse la friche, sur l'alignement de sa
maison bordant le chemin des Dames (1), une
fouille profonde dont l'approche n'est pas défendue et compromet la sûreté
publique. La même année, le Sr Néhou, locataire de la maison connue
sous l'enseigne du Poirier sans pareil,
se plaint de son voisin, le plâtrier Muller, qui exploite au bas de son jardin
une carrière à plâtre et cette exploitation, dit-il, « a déjà diminué mon
jardin et expose mon treillage à tomber. Il y a du danger lorsqu'il fait sauter
les mines ».
En 1819, le maire Faveret signale
que dans
En 1822,
c'est l'interdiction d'exploiter la carrière de
En 1833, une
profonde excavation se produit le long du chemin de la Fontenelle (2), où
(1) Aujourd'hui rue de Maistre.
(2) Aujourd'hui rue du Chevalier de la Barre.
- 43 -
soirement un passage dans un terrain
limitrophe qui appartenait à M. Feutrier. Il en résulta que la commune dut
payer au menuisier Frémont une somme de 110 fr. pour la clôture de l'excavation
et une autre somme de 588 fr. pour rétablir, sur une longueur de
Aux
préoccupations que donnaient au Conseil les exploitations en cours venait
encore s'ajouter l'étude des nouvelles demandes dont l'accueil pouvait soulever
des difficultés dans l'avenir. Une de ces demandes provoqua justement, en 1835,
une certaine émotion. Le bruit avait couru qu'une permission d'exploiter en
carrière un, terrain situé rue des Fontaines, 13 (2), avait été sollicitée par M. Ambroise Billeton de
Vautcourbon.
Le Conseil se réunit le 9 février et transmit à l'autorité supérieure la délibération suivante : « Il y a lieu de craindre que cette exploitation n'arrête le cours des eaux qui prennent leur source dans cette propriété, alimentent les fontaines publiques et n'en prive les habitants, et il est d'avis de repousser cette demande. En effet, depuis nombre d'années, la commune jouit d'un cours d'eau qui est recueilli dans un abreuvoir où il parvient par le moyen d'un aqueduc en partie couvert par le terrain dont il s'agit ; qu'aux termes du droit commun, la jouissance des eaux dont il est question ne peut être entravée en aucune manière, encore moins détruite, comme il arriverait infailliblement par la réalisation du projet soumis à l'autorité ». Et il termine en se déclarant tout prêt, le cas échéant, à « soutenir judiciairement son droit imprescriptible ».
Les
accidents devenant plus fréquents, les plaintes et les récriminations des
habitants plus acerbes, les règlements des carrières étant de moins en moins
respectés, l'Administration se décida enfin à intervenir et le Préfet de la
Seine institua une commission pour « chercher, de concert avec le Conseil
(1) Délibérations des 7 août 1833 et 10 février 1834.
(2) Aujourd'hui rue Girardon.
- 44 -
municipal, les moyens de faire
cesser l'état dangereux des carrières ». Cette commission se réunit à la Mairie
les 7 et 8 janvier 1836 ; elle reçut « les déclarations des habitants et
propriétaires les plus directement intéressés soit par les accidents dont ils
avaient été victimes, soit par la crainte que leur occasionnait le voisinage
des carrières », et mit sous leur yeux les plans de l'Administration indiquant
la distance approximative des exploitations aux habitations limitrophes. Mais
les intéressés n'avaient pas été sans remarquer que plusieurs de ces plans
remontaient à une époque assez éloignée et, méfiants, ils émirent des doutes
sur leur exactitude (1).
Pour calmer
les esprits, la Commission fit procéder immédiatement à une vérification,
celle de
(1) Un article du règlement enjoignait à l'exploitant
« de faire connaître, au début de chaque année, les augmentations de sa
carrière pendant l'année précédente ». L'Administration était ainsi tenue au
courant de l'état des exploitations et pouvait corriger les plans. Mais il
semble que, comme les carriers, elle n'attachait pas grande importance à la
stricte exécution des prescriptions. En effet, l'ingénieur de la commune, dans
le rapport cité plus loin, signale un plan dressé en 1813 par le Sr
Loysel, qui ne fut complété qu'en 1835, et un plan levé par le géomètre Bidaux
dont les corrections s'arrêtaient à 1830. D'autre part, l'inspection ne
possédait pas de plan des exploitations à découvert.
(2) Aujourd'hui rue
Lepic.
- 45 -
offert au Vieux-Montmartre par M. E. Miguet.
A droite : Emplacement
du Siège Social de la Société.
- 46 -
carrières serait déterminé de la
manière la plus exacte ; que le fonds de masse serait partout constaté et que,
s'il était masqué soit par des remblais, soit par des travaux d'art, les
obstacles seraient enlevés aux frais des carriers ; qu'enfin, si des
difficultés insurmontables se présentaient, on ferait des sondages dans tous
les points où la rumeur publique indiquerait des excavations qu'on ne pourrait
explorer ».
Le Conseil
municipal obtenait donc gain de cause et M. Freix, ingénieur géomètre, fut
commis pour assister dans cette visite M. Bonichon, inspecteur général des
carrières. Mais, quelques jours après, sans que la cause en soit indiquée, M.
Freix informait le Maire qu'il « résignait les fonctions qui lui avaient été
attribuées ». C'était encore un nouveau retard. Un groupe d'habitants
intéressés dans la question et ayant à sa tête M. Biron (1), propriétaire, s'occupa du remplacement de M. Freix et
proposa au Conseil, dans sa séance du 1er février 1836, de confier
la visite des carrières à un ingénieur civil, M. Hippolyte Hageau, ancien élève
de l'École polytechnique, demeurant rue Coquenard, 8, qui acceptait de remplir
cette mission dont les honoraires seraient fixés à 9 francs par vacation ou
journée de travail. La proposition fut agréée et les travaux aussitôt entrepris
se poursuivirent jusqu'au mois d'août 1836, occasionnant une dépense de 737 fr.
40 (2).
Le rapport consciencieux et très documenté de M.
Hageau, qui déclare avoir traité cette affaire plutôt en ingénieur qu'en
géomètre, fut publié en 1837 (3) et voici
sa conclusion : « Il résulte que dans l'état actuel des choses,
(1) M. Biron devint
maire de Montmartre en 1843.
(2) Séance du 4 août 1836.
(3) Rapport de l'ingénieur de la commune sur le
résultat de la vérification contradictoire des plans des carrières. Paris,
1837.
- 47 -
lequel est en vigueur ; que dans
quelques cas mêmes, les exploitations ont été poussées sous des constructions
ou des chemins et, qu'il en est survenu, tant pour les propriétaires riverains
que pour le public, de graves inconvénients ; qu'ainsi par exemple, deux
chemins principaux, le Chemin-Vieux et celui de la Fontenelle se trouvent dans
une partie de leur longueur comme suspendus un peu trop hardiment entre les
ravins assez profonds que forme, de chaque côté, le terrain abaissé des
carrières et sont encore bordés en quelques points par des vides non remblayés,
danger qu'ils partagent, du reste, avec le chemin de la Cure (1) et celui des Dames, avec plusieurs constructions, places,
carrefours, peut-être aussi avec le chemin de Clignancourt, le chemin des Bœufs
(2), etc... Il serait difficile de ne
pas reconnaître que les plaintes élevées par les habitants de
M. Ch.
Sellier, dans sa notice sur les carrières de Montmartre (3), a donné les extraits les plus intéressants de ce
rapport relatifs à l'emplacement et à l'état des carrières alors exploitées. Il
ajoutait que « les réclamations des habitants ne restèrent pas longtemps
sans résultat et que l'Administration prit aussitôt un arrêté interdisant, pour
l'avenir, toutes exploitations nouvelles en souterrain et arrêtant
définitivement celles en cours ».
Cette
information, dont j'ignore la source, paraît en contradiction avec les
déclarations mêmes du Préfet que nous citerons tout à l'heure et nous allons
voir, d'ailleurs, que le Conseil municipal est encore obligé de lutter avec les
divers services qui s'occupent des carrières et qui ne s'entendent pas et
d'appeler à son aide toutes les autorités qu'il croira capables de sauver la
butte.
En 1836, le
Conseil d'arrondissement, dans sa session de
(1) Aujourd'hui rue des Abbesses.
(2) Aujourd'hui rue Marcadet.
(3) Curiosités du
Vieux Montmartre, les Carrières à plâtre. Ch. Sellier, 1893.
- 48 -
février (1), saisi des réclamations de la Municipalité de
Montmartre, émettait le vœu que « 1° les cavages souterrains soient
éboulés et comblés dans toute la commune ; 2° que l'ouverture de nouvelles
exploitations souterraines et par cavage y soit interdite à l'avenir ; 3°
que les exploitations à ciel ouvert y soient soumises à la plus sévère
surveillance pour l'observation des distances et de toutes les autres mesures de sûreté établies
par les règlements existants sur la matière ».
Le Préfet répondait que la commune de Montmartre avait été, sous le rapport de l'exploitation des carrières, l'objet de toute la sollicitude de l'Administration ; qu'il attendait la remise du travail de l'ingénieur désigné par la commune pour procéder, de concert avec le Maire, à l'examen des mesures qu'il conviendrait de prendre ; que les premières vérifications avaient, d'ailleurs, démenti le bruit qu'on avait répandu sur les anticipations commises de tous côtés par les exploitants et, qu'enfin, l'Administration ne pourrait jamais proscrire le mode d'exploitation souterraine qui est autorisé par loi, et qu'empêcher un carrier d'exploiter par cavage serait, en réalité, l'exproprier. Le Conseil général, appelé à son tour à donner son avis, estima que les explications du Préfet et de M. Trémery, ingénieur en chef des mines, étaient de nature à dissiper les alarmes de la commune de Montmartre et on se borna à donner des instructions aux agents des carrières pour exercer une surveillance plus active et plus sévère.
Cette
décision ne pouvait satisfaire les habitants. Ils protestèrent par une
pétition sur laquelle s'appuya le Conseil municipal pour adresser, au mois de
février 1837, à M. de Rambuteau, un mémoire dont le début signala
l'effervescence qui aurait régné dans le public.
« La
délibération du Conseil général, dans sa séance de 1836, excita dans la
population un sentiment douloureux dont l'autorité municipale eût peine à
modérer la violence.
(1) Archives de la Seine, N2.
- 49 -
Les renseignements fournis au
Conseil général pour combattre l'interdiction des cavages excitèrent, au plus
haut degré, l'agitation des habitants et eussent infailliblement amené des
scènes de désordre et peut-être des collisions si, après le premier mouvement,
le bon sens public n'eût compris qu'à l'Inspection des carrières appartient la
responsabilité des assertions mensongères qui avaient été produites et qu'il
restait encore aux victimes de ces déplorables erreurs un recours dans le zèle
de ses protecteurs naturels et dans la haute sagesse de M. le Préfet ».
Après ce
préambule diplomatique où l'on veut ménager la susceptibilité du Préfet, le
Conseil répond aux observations de l'Inspection des carrières « qui avait
cru pouvoir se retrancher derrière la visite contradictoire faite avec
l'ingénieur désigné par
la commune pour affirmer que cette opération avait démenti le bruit répandu sur
les anticipations ou sur les dangers des exploitations souterraines ».
Cette opération avait prouvé, au contraire, que les
inquiétudes de la population n'étaient que trop justifiées. Le Maire rappelle
que, le 21 mars 1836, il avait adressé au Préfet un rapport sur
Concevra-t-on que jamais les plans des agents des carrières n'aient constaté l'épaisseur des terres de recouvrement, ni tenu compte du voisinage des chemins ou des propriétés particulières ; que les dimensions données pour la largeur et la hauteur des bouches et galeries aient été maintes fois dépassées sans qu'on s'en soit le moins du
- 50 -
monde inquiété et qu'on ait laissé
impunément exploiter des piliers ; qu'aucun des plans de l'Administration
n'ait été l'objet d'un travail régulier, à beaucoup près, puisqu'ils
constatent, pour la plupart, des intervalles de plusieurs années pendant lesquelles
aucune opération géométrique n'a été faite ?
Telle est la vérité.
Faut-il s'étonner si les
accidents se succèdent tantôt vers le Chemin-Neuf où des éboulements successifs
menacent d'emporter les maisons qui bordent la voie publique ; tantôt vers
le Chemin-vieux où les mêmes accidents se produisent dans l'intérieur des
propriétés situées au sud où, récemment, un fontis de soixante pieds de
profondeur s'est ouvert au milieu des jardins ; dans toutes les parties de
l'est où la montagne éprouve un affaissement général et que chaque jour rend
plus sensible ; au nord, où l'ardeur de l'exploitation prend le caractère de
La responsabilité de tous est engagée à apporter au mal un remède prompt et énergique ; autrement, après avoir sur un autre point laissé enfouir la demeure des morts, l'Administration des carrières nous fournira inévitablement le spectacle désolant de l'engloutissement des habitations des vivants et la destruction de familles entières qui disparaîtront peut-être dans une effroyable catastrophe ».
Le tableau était bien poussé au noir, mais il ne paraît pas avoir produit son effet ; car, nous voyons le Conseil d'arrondissement, saisi de nouvelles protestations, reconnaître, dans sa session de 1837, que « l'état des carrières de Montmartre présente un caractère alarmant et compromet la tranquillité publique ; il est certain que des abus nombreux ont été commis dans l'exploitation de ces carrières ; que toutes les règles de prudence et de sage conservation ont été scandaleusement violées, à tel point que des habitations particulières
(1) Aujourd'hui rue
Ravignan.
- 51 -
et des chemins publics reposent
actuellement sur des terrains » excavés et sont menacés d'être engloutis d'un
moment à l'autre, quoiqu'en puissent dire les agents chargés de
L'Administration demeurait toujours impassible et si le sous-Préfet de Saint-Denis ne peut contester la gravité des accidents, il atténue la portée de ses déclarations en disant « que l'opinion publique s'est peut-être effrayée plus qu'elle ne le devait sur leurs conséquences ».
Enfin, le 11
octobre 1838, le Conseil municipal en appelle directement au Conseil général
dans un mémoire que nous reproduisons presque in extenso, car il résume toute la question, dévoile les
faiblesses ou les négligences de l'Administration, montre les difficultés
auxquelles le Conseil se heurtait et témoigne de l'énergie qu'il déploya pour
tenter de les vaincre.
« Le Maire expose qu'au moment où
le Conseil général va se réunir, il a pensé qu'il pourrait être utile aux intérêts
communaux si gravement compromis de lui faire connaître par un vote spécial la
nullité de l'intervention protectrice qu'il avait signalée par deux
délibérations dans ses sessions de 1836 et 1837 et d'appeler de nouveau son
attention la plus sérieuse sur les dangers qui menacent la commune de
Montmartre par suite de l'exploitation des carrières.
En se bornant à signaler une incurie
sans exemple, un mauvais vouloir au moins inconcevable, le Conseil municipal
citera des faits péremptoires.
Le Conseil avait demandé dans deux délibérations successives :
1°
L'affaissement ou le comblement des anciens cavages ;
2°
L'exécution rigoureuse des règlements sur les carrières ;
3° Une augmentation du personnel chargé de la surveillance.
- 52 -
Il ne paraît
pas qu'on ait donné suite à cette dernière demande ni qu'on ait compris la
destruction des anciens cavages d'une manière large et complète. Cependant on
doit convenir que l'Inspection des carrières a semblé se réveiller de son
engourdissement et que, depuis l'époque de ces votes, de nombreux arrêtés, en
prescrivant des travaux de consolidation dans les exploitations souterraines,
ont justifié les plaintes que les habitants faisaient entendre depuis dix ans
et qu'on traitait avec une légèreté dédaigneuse.
Il a bien
fallu reconnaître que l'Administration avait été jusque-là coupable d'une
négligence inqualifiable, ce qu'avait justement fait ressortir le rapport
général, fait en 1836 et 1837 sur les carrières par le Sr Hageau,
rapport qui a été mis sous les yeux du Conseil, général dans sa dernière
session.
Si encore les nouveaux arrêtés eussent été exécutés, tout en déplorant les malheurs du passé, les propriétaires menacés eussent pu reprendre confiance. Mais loin de là ; l'Inspection des carrières, comme si elle limitait ses attributions à celles d'un Comité consultatif, s'arrête immobile. L'activité, l'audace des exploitants vont croissant et les sinistres éclatent bientôt plus nombreux, plus formidables que jamais.
L'exécution des arrêtés est donc nulle, non seulement par l'inertie des agents chargés d'y présider, mais aussi y par la jurisprudence douteuse adoptée à la Préfecture de la Seine.
La
bureaucratie, qui avait posé les vrais principes dans une déclaration du 3 mars
1836 en consacrant que c'était au propriétaire de la carrière à répondre à
l'Administration des contraventions et de leurs conséquences, change
complètement de système en 1837 et fit, le 15 mars de cette même année, adopter
par le Préfet l'opinion que les frais d'exécution de ses arrêtés et de toutes
les constructions qu'ils prescrivent doivent être supportés, ou du moins
avancés par les communes, sauf recours contre qui de droit. Cette prétention
ayant été récemment combattue, le Maire, placé dans l'obligation de faire exécuter
d'office des travaux importants, sur l'avis du Conseil municipal, se pourvut au
tribunal de justice de paix pour obtenir du moins un exécutoire contre le
propriétaire, qui devait seul supporter le prix des travaux ordonnés. Cette
demande fut repoussée et, par le jugement prononcé, se trouva confirmé l'avis
du Conseil municipal qui pensait que les travaux de consolidation dans les
carrières prescrits par l'autorité préfectorale doivent être exécutés par ses
agents et à ses frais et qu'à M. le Préfet, il appartient de rendre un
exécutoire qui assure le remboursement des avances en les faisant peser sur la
propriété.
Par suite, une délibération du 23 novembre 1837, soigneusement motivée et résumant toute la législation sur la matière, fut signée et présentée par des commissaires spéciaux à M. le Préfet.
La
bienveillance dont il usa dans cette entrevue, les assurances qu'il donna à la
Commission d'un concours protecteur, voilà ce qui appartient en propre au
magistrat.
Ce qui suit
doit peser exclusivement sur les employés c'est que depuis le 24 novembre 1837,
c'est-à-dire depuis plus de dix mois, on n'a même pas accusé réception de cette
délibération qu'il serait à désirer que le Conseil général se fit représenter.
Ce silence,
au surplus, n'a rien de surprenant ; car, en s'occupant, il fallait absolument
sévir contre les exploitants pour lesquels les bureaux semblent avoir réservé
toutes leurs tendresses ; mais qu'il s'agisse d'un malheureux propriétaire, on
saura bien revenir nettement au principe et trouver pour l'appliquer une force
dont on est désarmé quand il s'agit des carriers. C'est ainsi que le Sr
Fleury, ayant vu démolir sa maison, qui avait été mise en péril par une
exploitation souterraine (1), a été,
tout récemment, forcé de
(1)
- 54 -
payer les
frais de démolition de sa propriété, en vertu d'une y contrainte décernée par
M. le Préfet et basée sur le règlement des carrières.
Et on hésite quand il s'agit des exploitants et propriétaires des carrières qui, pour la plupart, ont dû mettre, par des hypothèques vraies ou simulées, leur fonds à l'abri de la juste réclamation des tiers, même des communes, et qui ne peuvent plus être atteints que par l'effet d'une contrainte primant tous les autres droits.
La conséquence de cette hésitation déplorable, c'est que, pendant le temps qui s'est écoulé, les propriétaires des exploitations, notamment celles du sud, auxquels il avait été prescrit simultanément des travaux de reconfortation et des remblais dans les cavages de basse masse et de haute masse, scindant les arrêtés de l'Administration, se sont empressés de faire exécuter les remblais de haute masse qui leur rapportent des sommes considérables au moyen de la rétribution qu'ils exigent des gravatiers. Ils ont surchargé les cavages de basse masse d'un poids énorme et se procurent ainsi des affaissements successifs qui rendront impossibles et les travaux de réparation et le remblai de la basse masse qui eussent occasionné des dépenses.
Tout cela se passe sous les yeux des Inspecteurs des carrières et ils sont muets. Dans leur quiétude, ils se reposent sur les arrêtés qu'ils ont préparés, prétendant, sans doute, devoir rester étrangers à leur exécution et avoir mis suffisamment leur responsabilité morale à couvert.
Tels sont les faits. Que le
Conseil général les juge. Leur résultat positif, incontestable, c'est
qu'aujourd'hui toutes les propriétés qui forment l'enceinte supérieure de
Ainsi, en
commençant à l'est, le chemin communal de la Fontenelle a été emporté dans
- 55 -
de sûreté publique. Au-dessus de
Une
propriété presque contiguë, la cour du Pressoir, trop approximée des travaux de
L'exploitation
Muller qui vient ensuite a mis en péril, dans la partie supérieure, le pavillon
Rossi, a entraîné dans l'abîme le cabaret Limage et s'étend sous le
Chemin-Vieux de Montmartre qui aura, probablement, le même sort avant peu de
mois. Dans la portion plus rapprochée du sud,
- 56 -
Un peu plus
loin, et en retournant à l'ouest, le moulin Debray était également compromis
par une carrière, celle des Srs Belhomme et Tourlaque qui, du moins,
a été complètement interdite par l'autorité judiciaire.
Au nord, il faut signaler
encore l'exploitation Barbeau qui aura bientôt détruit la maison Éparvier. Il
est facile de remarquer que les exploitations, qui ont attaqué simultanément
tous les points de la montagne les plus rapprochés de Paris, sont arrivées à la
première enceinte des propriétés de la butte où elles jettent, en ce moment, la
perturbation et
Qu'on dise
maintenant que les habitants sont des visionnaires lorsqu'ils s'écrient : nous
périssons ! et qu'en suppliants, ils tendent les bras vers l'autorité
départementale qui, seule, peut les sauver, dont c'est le devoir et qui s'y
refuse. Et qu'on reconnaisse, enfin, qu'ils sont trop excusables quand,
parfois, ils font succéder l'expression de l'amertume et du désespoir à de
justes plaintes si longtemps méconnues.
Le Conseil
municipal, dont l'influence a toujours été consacrée à apaiser l'irritation des
esprits, plus calme, n'en est pas moins affecté des malheurs du passé et de
ceux de l'avenir et s'il ne peut prêter à ses commettants que le concours de sa
réclamation, elle sera du moins énergique et persistante comme les griefs sous
lesquels ils succombent.
Placés sous
cette impression profonde, les membres, votant à l'unanimité, supplient le
Conseil général de recommander itérativement et avec la plus vive insistance à
M. le Préfet :
1° De faire exécuter par ses agents, et au besoin à
l'aide d'avances, l'affaissement ou le comblement de tous les cavages de basse
masse après l'achèvement des travaux de réconfortation nécessaires ;
2° Le
remblai des cavages de haute masse avec les mêmes précautions préalables ;
- 57 -
CARRIERES A MONTMARTRE
d'après une lithographie de V. Lefranc.
- 1843
(Coll. Blondel)
- 58 -
3° De faire supporter les frais de ces travaux aux propriétaires des exploitations ou de se faire rembourser des avances faites par l'Administration départementale au moyen d'exécutoires rendus par M. le Préfet comme en matière de contributions publiques et prévenant toute chance de perte par le privilège spécial qu'ils obtiennent sur le sol même de la carrière ;
4° De faire réviser, dans le plus bref délai, le règlement qui les régit et jusque-là d'interdire provisoirement toute exploitation souterraine dans la commune de Montmartre.
Le Conseil
général appréciera dans sa sagesse s'il n'y a pas lieu, en raison de la gravité
des faits et de la difficulté des circonstances, d'inviter M. le Préfet à
modifier le personnel de ses divers agents. Il est difficile, en effet, de
pouvoir désormais compter sur leur impartialité et d'attendre un concours
efficace de ceux qui ont tout au moins toléré ces abus, cause première de tant
de désastres.
Ainsi fait et délibéré à Montmartre. Ont signé : Leroy, Moulle, Paillard, Grassin, Loyre, Leparent, Réaulte, Dourlen, Marjolin, Biron, Dumolard, Fournier, Creté, Seveste et Véron, maire ».
On ne
saurait méconnaître l'énergie avec laquelle le Conseil municipal plaida la
cause et devant l'exposé des faits graves qu'il signale, on est tout disposé à
croire que l'Administration va faire droit à ses réclamations et prescrire les
mesures urgentes qu'il préconisait. Il n'en fut rien. On prit bien quelques
arrêtés, on accumula enquêtes sure enquêtes, rapports, sur rapports, on alla
même jusqu'à changer le personnel de l'Inspection ; mais, en somme, la
situation restait à peu près la même et nous voyons encore le Conseil, que rien
ne lasse, s'adresser, le 4 mai 1842, à M. de Junker, inspecteur général des
carrières.
« Il
est convaincu que les plaintes multiples des représentants de la commune sur la
mauvaise administration des carrières et sur leurs dangers étaient fondées.
Le
Gouvernement a éloigné de lui les agents qui les
- 59 -
contestaient et dont le passage aux
affaires a laissé des traces si douloureuses dans le passé, si fatales pour
l'avenir de la commune.
Mais la justice qui leur a été faite n'est pas une réparation pour la commune elle ne peut l'attendre que de l'adoption d'un périmètre d'interdiction autour des habitations groupées sur la butte qui avait été demandée.
Mais, comme
les autres demandes, elle a suivi le sort de toutes les dispositions proposées
dans l'intérêt des habitants et qui ont succombé devant une influence occulte
sur laquelle la vérité commence à se faire jour.
Cependant
les faits étaient patents. Lors de la Commission présidée par M. Heurdequin, il
fut promis que les cavages abandonnés seraient immédiatement effondrés par les
ordres de l'Administration. On n'en a pas tenu compte. L'adoption d'un
périmètre exigeait-elle le luxe d'enquêtes dont on l'a entourée et qui semble
se résumer dans une fin de non recevoir.
Les
habitants seront-ils aujourd'hui satisfaits parce qu'on leur annonce que toute
la pierre exploitable peut être enlevée en trois années ? Non, sans doute ; car
personne n'ignore que les exploitations souterraines, encouragées par
l'inconcevable impunité dont elles ont joui, feront irruption au-delà de leurs
limites et le mal sera sans fin comme il a été jusqu'ici sans remède.
Le Conseil
réclame des mesures promptes, énergiques, patentes, gage de conservation pour
l'avenir. L'opinion publique ne se tiendra satisfaite ni de promesses
bureaucratiques, ni de conseils captieux, ni d'espérances frivoles elle demande
aujourd'hui des actes concluants, énergiques, basés sur le droit et la justice
».
Cette
protestation dont le ton net et catégorique tranche avec celui des autres
adresses et laisse deviner que la patience du Conseil est à bout, paraît, cette
fois, avoir porté ses fruits ; car, dans la même année, des arrêtés
préfectoraux ordonnent la destruction des cavages Gillet, Héricourt et Barbeau.
Il est
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vrai que dans les autres carrières,
les accidents étaient toujours aussi fréquents et l'année 1844 semble avoir,
le record du nombre de procès-verbaux dressés à ce sujet. En voici quelques-uns
: au mois de juillet, c'est un Sr Dangenne tué par une masse de
terres dans l'exploitation de Brochet père, sise à l'extrémité de
Ces
événements malheureux n'empêchèrent pas d'ailleurs l'Administration d'autoriser
de nouvelles exploitations (3) et en 1846,
on apprenait que le Ministre, sur l'avis du Conseil des Mines, permettait à MM.
Pernissen et Hériché de continuer, dans la carrière appartenant à M. Lambin,
l'exploitation de haute masse à plâtre jusqu'à une distance de soixante mètres
de l'église et du télégraphe.
(1) Carrière rue de la Cure qui, en 1813, était
exploitée par Orsel.
(2) Délibération du 26 novembre 1844.
(3) On relève encore des autorisations un peu avant
l'annexion. Le 10 juillet 1857, le Sr Brochet, demeurant à
Batignolles-Montceaux, avenue de Clichy, 13, demande à exploiter à ciel ouvert
une carrière à plâtre et à établir deux moulins pour écraser ledit plâtre dans
un terrain lui appartenant situé derrière la maison dite la Hutte-aux-Gardes.
Le Sr Brochet n'avait même pas attendu la permission pour
entreprendre les travaux qui anticipaient déjà de deux mètres sur l'alignement
du chemin des Cloys et elle ne lui fut concédée qu'après la remise en bon état
de cette partie du chemin.
Dans
Paris souterrain, M. Émile Gérards
dit que la dernière autorisation fut accordée, le 23 décembre 1858, au Sr
Julien Leclaire pour une carrière de haute lice au lieu dit la
Fontaine-Saint-Denis et qu'une des dernières carrières exploitées fut celle qui
s'étendait sous
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Le Conseil s'émeut et, dans sa séance du 10 février, appelle encore l'attention de l'Administration sur « les dangers imminents de cette exploitation qui, placée au centre d'un nombre considérable d'habitations, va provoquer de nouveaux accidents, les ciels étant, pour la plupart, dans un état qui laisse présager des éboulements certains et qui compromet la stabilité des terres qui avoisinent l'église et le télégraphe, monuments qui ont déjà une propension à pencher du côté de Paris. Il rappelle que les éboulements nombreux ont eu lieu depuis quelques années dans cette carrière et celles limitrophes et que, l'année dernière, en déblayant des terres sur le dessus, une masse énorme de pierre à plâtre, formant l'entrée de la carrière, s'est détachée, a tué un homme, en a blessé plusieurs et que c'est une espèce de miracle si les douze hommes n'ont pas tous été tués ».
Et, à propos de cette
carrière, M. Émile Gérards (1) cite un fait qui caractérise bien l'incohérence des services administratifs
et des lois et décrets qui les régissent. En 1847, le 21 juin, le Ministre
interdisait définitivement l'exploitation des carrières de
Il serait étonnant qu'en
parlant de Montmartre, on ne rencontrât pas la note amusante et fantaisiste.
Elle nous est donnée par le gendarme Canard, de la brigade de Montmartre, qui,
dans la lettre qu'il adresse à son lieutenant, le 22 février 1847, trouve,
comme dans la chanson, « que
(1) Paris souterrain.
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c'est un sort exigeant » et suggère le moyen radical de ramener la
tranquillité dans la commune.
« Mon Lieutenant,
j'ai l'honneur de vous rendre compte que M. le Maire de la commune de
Montmartre m'a invité, il y a quelque temps, d'exercer, dans mes tournées, une
surveillance active et toute particulière dans les cavages exploités des
grandes carrières de la commune par le Sr Ériché, demeurant rue des
Carrières, et de saisir tous outils et instruments servant à faire partir la
mine au moment du travail des ouvriers et d'en faire la consignation et le
dépôt à la Mairie, attendu les instructions et les défenses qui ont été faites
précédemment par l'autorité de pétarder dans ces excavations, crainte
d'événements, d'éboulements entraînant dans leurs chutes les maisons du haut de
la butte, défenses non observées par l'exploitant, d'après ce que m'a dit M. le
Maire, suite de plaintes formées par des habitants à ce magistrat et invitation
à moi renouvellée par ce fonctionnaire, le 21 courant, me prévenant qu'à
l'avenir il me rendrait entièrement responsable de la surveillance auprès de
l'autorité supérieure et des événements qui pourraient en surgir. Je lui ai
demandé à ce qu'il ait la bonté de me donner les noms des plaignans ayant
entendu des explosions pour établir un procès-verbal d'enquête et le soumettre
à qui de droit. Il m'a répondu que cela n'était pas nécessaire. Il résulte
qu'il est impossible à la brigade d'arriver à la découverte de ce travail
défendu dont l'exécution n'a lieu que pendant certaines nuits où des mesures
sont prises ; car, on ne peut pénétrer dans les fonds de galeries de ces
excavations souterraines qu'avec de la lumière, or la lumière est un
avertissement pour les travailleurs et il faudrait au moins trois brigades de
gendarmerie toutes les nuits pour garder toutes les issues, alors on
obtiendrait un résultat satisfaisant en saisissant les travailleurs et les
outils. D'un autre côté, il faut passer devant les fours à plâtre du Sr
Ériché avant d'arriver à ces souterrains. Depuis le mois de novembre la brigade
qui a fait de fréquentes patrouilles
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de nuit, a opéré des arrestations de
vagabonds dont quelques-unes sont collectives sans pouvoir découvrir aucun
ouvrier mineur. Pour obvier à un tel état de choses, afin d'assurer la sécurité
publique, il serait opportun d'abandonner ces cavages dont les produits actuels
sont d'un faible rapport et d'obliger la commune de faire murer les entrées de
ces souterrains, autrement dans un temps ultérieur, peut-être proche, il
pourrait arriver des événements graves à déplorer si le jeu des pétards a
toujours lieu. Je suis, avec un profond respect, mon Lieutenant, votre très
humble et très obéissant serviteur. CANARD ».
A partir de 1850, le Conseil municipal semble bien délivré de tous ces ennuis et l'exploitation des carrières, dont on prévoit la fin prochaine, ne laisse plus de trace dans ses délibérations. Celles que nous avons reproduites, et qui sont, on peut le dire tout à l'honneur des courageux et dévoués citoyens qui administraient la commune, nous dévoilent, comme je le disais au début, un peu de la vie de Montmartre et font ressortir, dans un tableau curieux et avec une couleur bien locale, le caractère de la population, cet esprit avancé, combatif, ardent, peut-être aventureux qui, plus d'une fois, attira l'attention sur notre butte.
J. MAUZIN.
Appendice. - De recherches récentes dans
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En 1657, le
voyer Jean Bourdon « requiert que Jacques Dalibert sera condamné à rétablir le
chemin des Portes-blanches (1) en telle
sorte que les chevaulx et charrettes y puissent passer... et le grand chemin
quy conduit de Clignancourt à Paris, lieu dit le houltier quy est à grand perril (2) ».
En 1659, des dégradations sont constatées sur le
grand chemin de Montmartre aux Porcherons appelé le chemin des Portes-blanches
et les plâtriers Guillaume Boucher et Jacques Belhomme sont « tenus de le
réparer, de faire des murs et faussés sur les rives et bordages de leur
carrière pour la deffense des inconvéniens qu'en pourraient avenir des
chevaulx, des harnois et bestiaux, même lorsque S. M. prend son plaisir de la
chasse, courant le gibier avecques sa noblesse et vênerie, pourrait tomber en
l'enfouage de sa carrière faulte des murs ou faussés estant icelle en plaine et
raie campagne et grand perril... et condamnés solidairement à
En 1675, c'est le transport de la
justice et des voyers à la carrière située au chemin de Mauregard (3), derrière l'enclos de l'abbaye qu'exploitait Jacques
Penel. Ce plâtrier avait exposé au Prévôt de Montmartre que les éboulements,
qui se produisaient et dont on se plaignait, étaient dus « aux eaux qui
sortent dessouls le chemin de Mauregard et entraînent les terres du dit chemin
». On constate que « l'esboulis causé
(1) Aujourd'hui rue
Blanche.
(2) C'est probablement la carrière située au chemin de Mauregard dont était propriétaire Jacques Dalibert, surintendant général des Finances du duc d'Orléans.
(3) En
y
déverser les immondices des Porcherons dans quelqu'une des pièces
voisines. Largeur commune,
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par les fouilles de Penel et non par
les eaux comme il le prétend, est long de 9 toises ½, large de
En 1694, un
accident plus grave est révélé par la requête adressée au Prévôt par Claude
Gilbert, prêtre, protonotaire du Saint-Siège apostolique et curé de Montmartre,
qui expose que « le risque arrivé à la carrière de Guillaume Cappel, plastrier,
a causé la mort de quatre hommes et demande que le Sr Cappel soit
condamné à luy paier
Le plâtrier
Joseph Oudet (1) exploitait,
en 1764, une carrière située derrière les maisons de Clignancourt et, avec le
sans-gêne habituel de la corporation, ses voitures dégradaient
(1) Beau-père du
plâtrier Jean Cochois.
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les murs et le pavé dé la chaussée
qui venait d'être nouvellement fait et dont le Roi avait pris l'entretien à sa
charge. Les habitants demandaient que le plâtrier fût tenu d'établir une
demi-lune à l'entrée de sa carrière, pour faciliter le tournant de ses voitures
et éviter la dégradation du mur du jardin du Sr Baujon de Seilhan (1), propriétaire, de combler les ornières jusqu'à la
maison du Sr de
Mais si les
plâtriers s'exécutent contraints ou de bonne grâce comme celui-ci, ils
n'hésitent pas à leur tour à poursuivre ceux qui leur causent un préjudice, et
c'est ce qui arriva au célèbre Carlin, de la Comédie italienne, et à sa femme,
qui furent condamnés, en 1768, à réparer les brèches que leurs voitures avaient
faites au mur de deux plâtriers (2).
Citons
encore une sentence de 1749 qui enjoint de réparer le chemin de la
Hutte-aux-Gardes « tellement retiré par l'extraction de fa pierre qu'à peine un
cheval chargé pourrait y passer et serait en danger de tomber et de se tuer
dans la carrière loin de tout secours ».
Malgré la déclaration du Roi du 3 janvier 1779, relative à l'exploitation des carrières, qui interdisait le cavage à tranchée ouverte, en retraite, par banquettes ou avec talus, les accidents étaient toujours aussi fréquents et des contraventions ne cessèrent d'être commises. En fait, la défense d'exploiter en souterrain, nous l'avons vu, fut lettre morte aussi bien pour les carriers que pour l'Administration et une nouvelle preuve en est donnée en 1829. Répondant à la plainte de plusieurs propriétaires du village de Montmartre, l'Ingénieur en chef du
(1) Conseiller du Roi, payeur des gages de la Chambre
des Comptes.
(2) En 1764, Françoise-Suzanne Foulquier, pensionnaire
du Roi, femme non commune en biens de Charles Bertinazzi, officier du Roi,
avait acquis du Sr Baujon de Seilhan, au prix de
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corps royal des mines, Inspecteur
adjoint des carrières, déclarait « qu'ils n'étaient pas fondés dans leur
demande de suspendre l'exploitation des carrières ou au moins de ne laisser
continuer que celles qui se font à découvert ». Il constate que l'église n'est
pas excavée.
Enfin, en
L'enquête
fut confiée à M. P. de Saint-Brice, ingénieur des mines, inspecteur adjoint des
carrières, et, dans le rapport qu'il déposa, le 1er juin 1830, il
commence par déclarer que, n'étant chargé de l'inspection que depuis le mois de
novembre 1829, il n'a pas à repousser les allégations insultantes de la
pétition qui, d'après lui, est d'ailleurs exagérée. Puis il entre dans des
détails et nous fixe sur l'état des carrières exploitées à cette date.
« Il existe
dans la commune de Montmartre 10 carrières de basse masse exploitées par puits
et 18 de haute et basse masse exploitées à découvert et par cavage à bouches.
Un seul
accident grave, suite d'une excavation ancienne, a eu lieu, le jeudi 12
novembre 1829, dans
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nommé Justinart, il y a plus de 50
ans (1) ». Et voici la conclusion :
« En rappelant les carriers exploitants à l'exécution des décrets et
ordonnances pour les distances, les propriétés voisines ne peuvent être
compromises ».
L'Administration, on le voit, s'est toujours montrée
rassurée sur le sort de
J. M.
(1) La carrière de Jean Justinart était située sur le
chemin de Paris à Clignancourt, près de la maison de l'Aveugle. Cette maison
qui, en 1765, servait de bergerie au boucher Héloin, est citée fréquemment dans
des pièces de procédure ou actes notariés. Parent de Rosan a recueilli aux Archives
de l'Hôtel de Ville une pièce relative à l'adjudication de cette maison qu'il
paraît avoir commentée et qui, en tous cas, permet de mettre à néant l'opinion
qui fut émise que sur son emplacement avait été construit le Château Rouge. Je
reproduis textuellement : « 29 octobre 1792. Maisons et dépendances.
1° Maison dite de l'Aveugle rue de Rochechouart hors barrière acquise pour la
nouvelle clôture de Paris. C'est une maison bourgeoise, isolée, contenant 1241
toises ½. Elle devait être située à gauche en montant et à l'extrémité de
Jean Justinart, ancien marguillier de la paroisse de
Montmartre, décédait à 62 ans, en son domicile rue de Bellefond et fut inhumé,
le 7 avril 1771, dans l'église attenant à la balustrade du chœur proche la
porte de Sainte-Ursule. (Coll. Parent de Rosan).
***
Le Gérant : Paul JARRY.
PUBLICATIONS
DE LA
Société Le Vieux Montmartre
***
Montmartre par F. de Guilhermy,
ouvrage publié intégralement pour la première fois, avec un portrait de
l’auteur.
Papier Hollande Van Gelder… Épuisé.
Il reste encore quelques exemplaires
sur papier ordinaire… 10 fr.
Un album sur papier de luxe
(tirage limité)… 25 fr.
Un album sur papier
ordinaire… 10 fr.
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LILLE, IMPRIMERIE LEFEBVRE-DUCROCQ