RETOUR

 

 

 

Le Vieux Montmartre

 

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Société d'Histoire et d'Archéologie

des

XVIIIe et IXe Arrondissements

 

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NOUVELLE SÉRIE

Fascicule N° 1. – 1921.

 

Fig. 1

 

PARIS

22 – RUE TOURLAQUE – 22

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ

 

 

 

SOMMAIRE

 

H. PROST. – Debucourt, rue de la Chapelle                                1

Gaston CAPON. - Un scandale rue Blanche en 1750.                 7

Victor PERROT. - A.-F. Cals, peintre de Montmartre                 17

Lucien LAZARD. - Quelques mots sur les cabarets                      25

Variétés.                                                                                      33

J. MAUZIN. - Le Conseil municipal de Montmartre

et l'exploitation des carrières à plâtre                                39

 

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Les réunions du Vieux Montmartre ont lieu régulièrement le 1er Vendredi de chaque mois, à 8 h. et demie du soir, au siège social, 22, rue Tourlaque.

 

Adresser les communications, suivant leur objet, à :

MM.  Victor PERROT, Président, 21, rue Drouot.

          Paul JARRY, Secrétaire général, 62, rue Blanche.

          CHABRIEZ, Trésorier, 16, rue Seveste.

 

 

 

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DEBUCOURT

RUE DE LA CHAPELLE (1)

 

 

En procédant au classement des titres de propriété relatifs aux immeubles qui ont été expropriés en 1887 pour l'élargissement de la rue Ordener, l'on a remarqué le nom de Debucourt sur ceux de ces papiers qui concernaient un vaste immeuble aujourd'hui disparu et qui se trouvait à l'angle de la rue Ordener (anciennement rue Marcadet) et de la rue de la Chapelle. La partie de cette propriété, qui a été expro­priée, portait, au moment de son expropriation, le numéro 75, rue de la Chapelle et 1, rue Ordener. Elle appartint à la famille Debucourt pendant 54 ans et Philibert-Louis Debucourt y habita pendant une vingtaine d'années, de 1803 à 1823 très probablement.

C'est en 1771, le 8 mai, que Jean-Louis Debucourt, huissier à cheval au Châtelet de Paris, le père de l'artiste, se vit adjuger par licitation la maison qui, auparavant, appartenait à la famille de sa femme.

La licitation eut lieu après la mort de sa belle-mère, Charlotte Le Dreux, mère de Marie-Luce Dieu, femme de Jean-Louis Debucourt, et par conséquent grand-mère du graveur.

L'immeuble comprenait alors en façade un corps de logis simple en profondeur. Ce corps de logis était de deux élévations différentes. La partie faisant le coin de la rue Marcadet avait un rez-de-chaussée et un premier étage carré avec pointe de grenier au dessus couvert de tuiles.

 

(1) Nous nous faisons un pieux devoir de publier ici cette étude que le jeune archiviste paléographe, collaborateur de notre regretté collègue Lucien Lazard, nous avait remis, en 1914, avant de partir pour la guerre, où il devait tomber glorieusement sur cette terre d'Alsace désormais libérée.

 

 

 

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La partie située à gauche, du passage de la porte « charretière » se composait d'un rez-de-chaussée et de deux étages.

A la suite de ce premier corps de logis, à hauteur variable, venait une cour assez grande et pavée en partie. On voyait, en pénétrant dans cette cour, une aile droite du côté de la rue Marcadet, composée de trois édifices peu élevés, et un puits en maçonnerie. On remarquait alors un petit corps de logis un peu plus élevé formant pignon sur le jardin et retour d'équerre. Il avait un second étage pratiqué dans le comble et il renfermait la cage de l'escalier. Il était couvert de tuiles à égout, c'est-à-dire avec écoulement sur la cour et sur la rue Marcadet.

A gauche dans la cour en entrant se trouvait une autre aile comprenant un petit édifice qui partait du corps de logis ayant façade sur la rue. Ce petit corps de bâtiment était élevé seulement d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage carré. Il était couvert de tuiles en comble à égout et cet égout servait également à la maison voisine.

Venait ensuite un édifice à plusieurs travées appliqué à des écuries et étables à vaches. Puis un petit édifice formant pignon sur le jardin. Il faisait écurie.

Au-dessus se trouvait un étage en galetas qui formait une chambre avec une petite cheminée.

Au-dessous de cet édifice, il y avait un puisard où se perdaient les eaux de la maison.

Enfin, au fond de la cour, en retour jusqu'à la cage de l'escalier du petit corps de logis dont on a parlé, se trouvait un édifice élevé d'un seul rez-de-chaussée avec grenier au dessus couvert de tuiles en comble à égout sur la cour.

Le jardin venait à la suite, il formait un carré long, entouré de murs de clôture de trois côtés, cultivé en potager avec quelques arbres fruitiers.

L'adjudication fut consentie pour le prix de 8.100 livres le 8 mai 1771, et le 15 mai, maître Arnould, procureur, déclara que l'acquisition avait été faite pour le compte de

 

 

 

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Jean-Louis Debucourt, huissier à cheval au Châtelet de Paris, et de Marie-Luce Dieu, son épouse, demeurant à Paris, rue Saint-Denis, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs.

Les Debucourt s'installèrent à La Chapelle, et le 30 ventôse an III (20 mars 1795), Jean-Louis Debucourt, demeurant en La Chapelle-Franciadi, n° 77, donna en loyer aux citoyens Pierre-Abraham Vauquelin et Pontus Moreau, marchands-épiciers, merciers et limonadiers, demeurant en ladite maison, une boutique dépendant de ladite maison et donnant sur la grande rue, une salle ayant son entrée par ladite boutique, une petite salle servant de cuisine, deux autres salles ensuite, une cave ayant son entrée par ladite boutique, deux chambres au-dessus desdites deux salles ayant vue sur la cour et sur la rue Marcadet et une autre salle servant de bûcher en entrant à gauche dans la cour.

Le bail était fait pour neuf ans consécutifs. La jouissance devait commencer au 10 vendémiaire de l'an V, ancien style (le 1er octobre 1796). Le prix du loyer était de 600 livres par an, payables par trimestres.

Les preneurs qui occupaient déjà les lieux avaient fait ouvrir une porte sur la rue Marcadet et dans la salle servant de café, comme dans la boutique, ils avaient fait supprimer la cheminée, afin sans doute de rendre plus commodes pour leur commerce des locaux qui n'avaient pas été construits en vue de cette utilisation.

Jean-Louis Debucourt mourut dans sa maison de la Chapelle le 5 pluviôse an IX (le 25 janvier 1801). Marie-Luce Dieu, sa femme, décéda six jours après son mari, le 11 pluviôse an IX (le 31 janvier 1801), chez son fils, à Passy (17, rue Franklin, d'après l'acte de décès reconstitué).

Tous deux laissaient comme seul héritier leur fils Philibert-Louis qui, veuf de Marie-Élisabeth-Sophie de Mouchy, avec laquelle il avait demeuré au Louvre, épousa le 5 ventôse an XI (24 février 1803), une de ses voisines, à Passy où il résidait : Suzanne-Françoise Marquant. Cette année même, le célèbre graveur quitta Passy, nous dit Jal, et vint s'installer dans la

 

 

 

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maison de La Chapelle que lui avaient laissée ses parents.

De Philibert-Louis Debucourt nous avons deux baux sous-seing privé avec sa signature autographe. Le premier est du 21 floréal an XIII (le 11 mai 1805). Par ce bail, Philibert-Louis Debucourt, artiste-peintre et graveur, propriétaire d'une maison sise à La Chapelle, 77, où il demeure, donne à bail à Pontus Moreau seul, pour neuf ans, moyennant 640 livres de loyer, les locaux déjà loués précédemment par son père et quelques pièces en plus. L'objet du bail est toujours la boutique dépen­dant de la maison, n° 77, donnant sur la grande rue dudit lieu, une salle ayant son entrée par ladite boutique, une petite salle servant de cuisine, trois autres salles au lieu de deux qui avaient été concédées auparavant, ensuite une petite cave ayant son entrée par ladite boutique, trois chambres au-dessus desdites trois salles et un petit cabinet, le tout ayant vue sur la petite cour qui a son entrée par une autre cour dont la sortie est par la rue Marcadet.

En 1814 nouveau bail, avant arrivée de l'expiration du bail précédent, Le 27 septembre, Philibert-Louis Debucourt, artiste, peintre et graveur, propriétaire de l'immeuble, demeure toujours dans la maison, mais le numéro a changé. C'est maintenant le 85 de la rue de La Chapelle. Les termes du nouveau bail de neuf ans sont les mêmes que précédemment. La jouissance est à dater du 1er octobre, le prix a été légèrement augmenté et porté à 670 francs.

Il n'y a, pour ainsi dire, aucune modification dans les locaux. Il est question seulement d'une porte-cochère sur la rue Marcadet pour la cour plus grande qui sert de sortie à la petite cour du locataire. De plus, il est fait mention d'une petite resserre entre le puits et la porte-cochère de la rue Marcadet.

Ce bail expirait le 1er octobre 1823. Le 11 août 1823, Philibert-Louis Debucourt, peintre du roi et correspondant de l'Institut Royal de France, et Suzanne-Françoise Marquant, demeurant à Paris, faubourg Saint-Martin, n° 71, et étant ce jour-là à La Chapelle Saint-Denis, vendirent à Mme Félicité-

 

 

 

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Victoire Tribusié, marchande épicière, veuve de Pontus Moreau, les locaux que son mari et elle avaient occupés depuis 1795 au moins à titre de locataires. Le bâtiment vendu formait retour d'équerre donnant sur la rue de la Chapelle et la rue Marcadet, ainsi que sur une petite cour intérieure. Il avait deux chambres au premier donnant sur la rue. Un mur intérieur devait être édifié pour séparer les cours. Le puits devait rester mitoyen et un passage devait être réservé pour permettre l'accès au cellier ou bûcher et à la porte charretière donnant sur la rue Marcadet.

L'entrée en jouissance devait avoir lieu le 1er septembre 1823. Le prix était de 16.000. On se rappelle qu'en 1771, le père du célèbre graveur avait payé 8.100 livres la maison tout entière.

L'immeuble acquis par Mme Moreau fut numéroté 78. La maison restant la propriété de M. Debucourt reçut le n° 76. Le graveur était bien décidé à ne pas conserver la partie restante et par deux ventes en date du 15 novembre 1824 et du 6 mars 1826, il en fit la cession à M. François-Antoine Michel, entrepreneur de maçonnerie et à dame Marie-Antoinette Beudin, son épouse.

En 1842, on trouve l'ancien 78 avec le n° 79, grande rue de la Chapelle. En 1856, il est désigné sous le n° 81, grande rue de la Chapelle, et 1, rue Marcadet, numéros existant encore en 1878.

Au moment de l'expropriation, l'immeuble appartenait à Mme Esther-Marie-Lucie Moreau, femme de M. Paul-Édouard Renout. Il porte alors le n° 75, rue de la Chapelle, et le n° 1 sur la rue Ordener.

Ainsi donc, du vaste immeuble que possédait à La Chapelle Philibert-Louis Debucourt, une partie a disparu et forme actuellement le sol de la rue Ordener à l'angle de la rue de la Chapelle. L'autre fraction sur laquelle nous sommes moins bien renseignés, car elle n'a pas été expropriée, a dû très vraisemblablement être démolie par M. Michel, entrepreneur de bâtiments, qui, comme Mme Moreau, dès 1842, a proba-

 

 

 

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blement fait reconstruire de nouveaux bâtiments à la place des anciens acquis par lui. Selon toute vraisemblance, cette seconde fraction serait représentée actuellement par les nos 73, rue de la Chapelle, ainsi que 1 et 3, rue Ordener. Ces immeubles sont aujourd'hui occupés par une boulangerie et un marchand de vins et de tabac.

De la champêtre maison avec écuries et étables à vaches que Debucourt possédait à La Chapelle et où, sans doute, de 1803 à 1823, assisté de son neveu Jazet, son élève, puis seul, il se plut à cultiver avec passion son goût pour la gravure à l'aqua tinta, à reproduire les tableaux célèbres de Carle ou même d'Horace Vernet et les tableaux de genre de Duval Le Camus, il ne reste rien, sans aucun doute, aujourd'hui.

Les titres provenant du Bureau du Domaine de la Ville auront permis de préciser l'emplacement exact de cette demeure dont on connaissait l'existence sans pouvoir en localiser la situation.

Le fonds du Domaine de la Ville qui contient les titres des immeubles expropriés par la Ville pour ses travaux de voirie, pourra certainement, dans d'autres cas semblables, fournir la solution de petits problèmes topographiques qui peuvent arrêter ceux qui s'intéressent à l'histoire des quartiers de Paris.

 

H. PROST.

 

***

 

 

 

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Un scandale rue Blanche

en 1750

 

 

Le mercredi 4 mars 1750, à une heure de l'après-midi, Me Nicolas Damiens, procureur fiscal de la prévôté de Montmartre, venait en toute hâte trouver le procureur du bailliage, Me Esprit Penel, et lui disait avoir été informé par le bruit public que depuis quelque temps était venu s'établir, rue Blanche, dans une maison numérotée 5, une particulière qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam. Elle y avait assemblé plusieurs filles dont elle fomentait la débauche publique et scandaleuse et, comme il est de son ministère de ne pas souffrir plus longtemps pareille licence, il venait le requérir de se transporter avec lui dans cette maison pour dresser un procès-verbal de ce qui s'y passait de contraire à la morale et aux bonnes mœurs.

Sur quoi Me Esprit Penel, qui avait écouté le procureur fiscal avec attention, consentit sur-le-champ à faire cette petite opération de police qu'il jugea sans doute plus agréable, par cette saison printanière, que d'aller perquisitionner dans les moulins ou les carrières.

Ainsi donc les deux procureurs quittèrent la maison du bailliage, escortés du greffier, d'un sergent du guet avec son escouade et du sieur Gensse, sergent au régiment des gardes françaises, compagnie de M. de Razilly. Ils descendirent le Chemin pavé (1), gagnèrent la rue Blanche où toute la petite troupe, suivie d'un plus grand nombre de curieux, s'arrêta devant une maison à porte cochère portant le chiffre 5, gravé dans la pierre, sur le pied-droit de la porte.

La personne qui provoquait cette descente de la police

 

(1) Aujourd'hui rue Ravignan.

 

 

 

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montmartroise s'appelait Marie Favart, épouse d'un sieur Delisle, perruquier. Elle était connue, dans le monde galant, sous le nom de Carlier et depuis longtemps déjà - depuis la disparition de ses charmes - faisait le commerce de pension­naires jeunes et belles qu'elle choisissait avec le plus grand soin. Elle avait suivi le quartier-général de l'armée du Roi en Flandres « avec cinq à six filles de grand air ». Un officier blessé, du régiment de Grassin, ayant été chez la Carlier prendre ses ébats, avant sa guérison, en mourut.

Cette affaire fit chasser la Carlier de l'armée par ordre du maréchal de Saxe. En 1748, après la prise de Maëstrick, elle revint pour s'établir de nouveau au quartier-général, mais malgré les trois filles, fort jolies, qu'elle ramenait de Liège, on lui ordonna de partir le lendemain. Ce fut en vain qu'elle tenta de soudoyer les majors de la place en leur offrant jusqu'à 50 pistoles pour continuer son commerce, elle dut s'exécuter et partir avec ses demoiselles (1). C'est alors que la Carlier revint à Paris où elle continua son trafic.

Le 23 juin 1749, à la Saint-Jean, la Carlier louait une maison, appartenant au sr Claude Rozière, et située dans la rue Blanche, à gauche, en montant à Montmartre.

Cette maison, numérotée 5, composée de deux corps de logis en aile, séparés par une cour, avec écurie et remise, jardin, puits et berceau, avait été construite avec une autre plus petite, portant le n° 4, sur un terrain acquis le 5 octobre 1711, par Anne Fillon, femme séparée, de biens et d'habitation, de Mathurin Navier. Anne Fillon eut quelque célébrité sous la Régence. Pourvoyeuse du duc d'Orléans, amateur de jolies femmes, elle entretenait un sérail fréquenté par des seigneurs de qualité. Une de ses demoiselles ayant appris d'un commis de l'ambassade d'Espagne qu'il se tramait quelque chose de louche contre la France, le confia à la Fillon qui en avertit immédiatement le cardinal Dubois. Grâce à cette révélation, le complot Cellamare fut déjoué. A la mort de la Fillon, les

 

(1) ARSENAL. Arch. de la Bastille, 10253. Dossier Carlier.

 

 

 

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maisons de la rue Blanche revinrent à ses enfants : Jean-Mathurin, Anne-Françoise et Elisabeth Navier. Cette dernière épousa Claude Rozière, bourgeois de Paris, et le ménage se rendit adjudicataire des dites maisons, par sentence de licitation rendue aux requêtes de l'Hôtel, le 22 juin 1742 (1). Les époux n'habitèrent pas les deux maisons de la rue Blanche qu'ils louaient à des particuliers. C'est ainsi que la Carlier, séduite par la bonne disposition du n° 5, le prit en location.

Il faut croire que l'endroit était favorable, car un rapport du 2 août constatant que la Carlier demeure à la barrière Blanche, ajoute : « elle tient un magasin de filles, beaucoup de monde y va » (2).

La présence de la Carlier provoqua dans cette rue tranquille une agitation inaccoutumée. Jours et nuits la maison retentissait de cris joyeux, de rires fous et de chansons gail­lardes. C'étaient de continuelles allées et venues de bandes tapageuses, de carrosses et de fiacres bruyants. A chaque instant les passants étaient arrêtés, les voisins étaient dérangés par des gens en quête du numéro 5 ; d'autres demandaient simplement la Carlier. A la barrière Blanche, les commis, enquêtant si l'on n'entrait rien dans Paris qui fut sujet à un droit du Roi, essuyaient les facéties les plus inconvenantes. Bref, en peu de temps on venait chez la Carlier des quatre coins de la capitale.

Ce fut cette vogue même qui troubla le quartier et valut à la Carlier le coup de sonnette du procureur fiscal de Montmartre. Un domestique vint ouvrir. Sans lui laisser le temps de revenir de son étonnement et d'aller prévenir sa maîtresse, Me Nicolas Damiens, suivi de son escorte, traversa la cour et pénétra dans une salle du rez-de-chaussée à gauche, où il montra à Me Esprit Penel un tableau édifiant.

Outre cinq filles, extrêmement jeunes, légèrement vêtues, « dans une parure affectée de frisures, de mouches et de

 

(1) ARCH. NAT., S. 237.

(2) ARSENAL, Arch. de la Bastille, 10253.

 

 

 

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rouge », une sixième, en chemise, ne paraissant pas plus de 15 ans, se faisait coiffer. Au milieu de cet essaim de tendrons, une grande et grosse femme, aux cheveux châtain clair, au visage rond, âgée de 40 à 50 ans, trônait. C'était Mme Carlier (1).

Le procureur fiscal, qui semble au courant de la maison, désigne encore à Me Esprit Penel une porte ouverte laissant apercevoir un petit cabinet dans lequel se trouve un lit de repos, et lui fit remarquer que la tapisserie, au-dessous des oreillers, était remplie « de poudre à tête ».

Le magistrat de Montmartre, qui ne s'ennuyait point parmi ces déesses court vêtues et effarées de cette visite déplaisante, constata que l'endroit où il était n'avait qu'une lointaine ressemblance avec une pension de famille. Il convint de la nécessité de procéder à l'interrogatoire de tout le per­sonnel de la maison, en commençant par la maîtresse du logis.

Pour ce faire, les deux procureurs et le greffier passèrent dans une petite salle du rez-de-chaussée ayant vue sur le jardin et Mme Marie Favart fut introduite. Le serment de dire la vérité qu'elle fit aux deux magistrats ne l'empêcha pas de répondre qu'elle se nommait Catherine Carlier, qu'elle était fille, âgée de 40 ans, native de l'Ile en Flandres ; qu'elle avait loué la maison où ils se trouvaient à la dame De Rozière, demeurant rue Montmartre, chez un parfumeur, pour y prendre l'air et qu'elle a pris des demoiselles avec elle pour les instruire dans le chant et la danse afin d'en faire des sujets pour le Roi.

Le procureur fiscal, qui avait de bons renseignements sur la particulière, la confondit, et elle dut avouer avoir été arrêtée en 1747 par le nommé Duboulleau, officier du guet, et conduite à l'hôpital « pour maquerellage public », où, au bout de quatre mois, on l'aurait expédiée à Lille.

Pour témoigner qu'elle en était revenue de plein droit, elle

 

(1) Ces renseignements et ceux qui suivent sont pris dans les procès-verbaux d'information contre la Carlier. ARCH. NAT. Z2 2435. Bailliage de Montmartre.

 

 

 

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Fig. 2

 

Côté gauche : 1. M. de Saint Eugène. - 2. Mme Couturier. - 3. MM. Bernard et Damiens. - 4. Mme Navier. - 5. Mme Navier. - 6. M. Valbo. - 7. Mme Portevin.

Côté droit : 1. Mme Couturier. - 2. Mme Couturier.

MM. Signifie Paroisse de Montmartre.

108, 109 : Bornes des limites du faubourg.

(Plan des limites 1728) .

 

 

 

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exhiba une lettre de rappel du 2 août 1747 signée : Louis, et plus bas : Phelipeaux. Le procureur lui fit remarquer que cette lettre était au nom de Anne Favart et non point à celui de Catherine Carlier, ce qui la fit soupçonner de mensonge sur son identité.

Revenant à l'objet de leur visite, le procureur du bailliage lui demanda de nouveau pourquoi il y avait des filles chez elle et depuis quand elles s'y trouvaient.

La Carlier répond que ces demoiselles demeurent chez elle depuis environ six mois, qu'elles y apprennent à chanter et danser afin de pouvoir paraître dans les spectacles de Paris et que si elle fait le métier dont on l'accuse, c'est qu'elle n'a pas de bien pour vivre, que, d'ailleurs, ces filles sont entre­tenues par des seigneurs de Paris qui payent 30 sols par jour pour leur nourriture et le blanchissage.

Suffisamment édifié pour l'instant, le procureur continua son enquête par l'interrogatoire des demoiselles.

Charlotte Giroux dit être âgée de vingt ans, native de Chateauneuf. Qu'auparavant elle habitait rue Feron, entretenue par le Sr Bonnamour, capitaine de grenadiers de la compagnie de M. de Chauvelin. Ayant eu un enfant, elle vint, il y a trois semaines, dans cette maison pour subsister et payer ses dettes.

Renée Dubreuil, âgée de 17 ans, née à Rennes, déclara avoir été débauchée avant de venir à Montmartre où elle échoua chez la Carlier au mois d'octobre dernier.

Victoire Maranda, 18 ans, née à Remiremont, répondit qu'elle était dans la maison de la rue Blanche depuis trois mois et qu'elle avait été débauchée avant d'y venir.

La suivante, qui répondait au nom sonore de Marie-Anne de la Tour de Carabecq, 22 ans, née à Carabecq en Flandres, avoua qu'elle avait cédé aux sollicitations d'un garde corps du Roi, qui continuait à l'entretenir depuis la Noël qu'elle était chez la Carlier.

Marie-Antoinette La France, 16 ans, née à Paris, rue Saint-Placide, assura qu'elle n'était pas novice en venant chez la

 

 

 

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Carlier, que « son état malheureusement a été cause de sa débauche », et qu'elle payait sa pension sur son gain.

Catherine-Françoise Boucher, parisienne, âgée de 15 ans, déclara qu'elle était venue volontairement le mois dernier parce que ses parents la maltraitaient.

A peine Me Esprit Penel avait-il fini d'interroger la Delle Boucher, que le procureur fiscal, qui veillait à tout et semblait s'agiter depuis un moment, lui dit que des gens assemblés devant la maison s'étaient fait ouvrir la porte et menaçaient, l'épée à la main, d'envahir le logis. Il craignait, dit-il, qu'il ne s'en amassât un plus grand nombre, en sorte qu'il serait impossible que force reste à la justice. Pour obvier à cet inconvénient, la garde empoigna la Carlier, les filles et tous ceux qui se trouvaient dans la maison. Ce cortège, précédé des deux procureurs, remonta au bailliage après avoir fermé les portes et remis les clefs au greffier.

Dans la salle du greffe, aux sévères boiseries, le défilé des autres inculpés continua.

Un laquais de M. de la Capelle, Jean Clermont, le seul étranger arrêté dans la maison, dit y être venu pour voir son ami Chefdeville, domestique de la Carlier. Celui-ci, interrogé à son tour, répondit que, restant dans la cuisine, il ignorait ce qui se passait, sachant seulement qu'il venait des personnes boire et manger à la maison Michel Dupré, perruquier, rue de Condé, expliqua qu'il venait friser et accommoder ces demoiselles depuis un mois. Ensuite Catherine Favart, âgée de 26 ans, affirma être la sueur de la Carlier, disant qu'elle servait de domestique et qu'elle ne connaissait pas les gens qui venaient chez sa sœur. Enfin, le mari de la Carlier, le sieur Delisle, ayant refusé de prêter serment, son interrogatoire fut différé. Le lendemain, 5 mars, le procureur entendit quelques témoins pris dans le voisinage, lesquels se firent l'écho des plaintes du quartier en disant qu'on leur deman­dait souvent le n° 5, que des gens en carrosse y venaient tant de jour que de nuit et qu'il s'y faisait grand tapage.

Le 6 mars, Me Esprit Penel procéda à un nouvel interro-

 

 

 

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gatoire. La Carlier, cette fois, avoua se nommer Marie-Anne Favart, dite Carlier, âgée de 44 ans, qu'elle était femme du sieur Nicolas Delisle, perruquier, ajoutant qu'elle avait loué cette maison au Sr Claude Rozière, à la Saint-Jean, parce que le loyer était meilleur marché et qu'il y avait beaucoup d'appartements dans la maison. Elle persista dans la version déjà donnée qu'elle avait des jeunes filles pour leur apprendre à danser et à chanter et en faire des élèves pour l'opéra. Mais, peu à peu, elle confessa que ces filles étaient déjà débauchées, qu'elle ne les recevait pas autrement, qu'elles avaient chacune leurs connaissances. L'ami de l'une en ame­nait d'autres, qu'au surplus il ne se faisait aucun mauvais commerce chez elle. Les filles allaient dans leurs chambres avec leurs amis. Elle ignorait ce qui se passait alors, n'en recevant aucune rétribution.

Catherine Favart, sa sœur, répéta à peu près la même chose, ajoutant qu'avant de recevoir aucune fille, sa sœur les faisait visiter par le sieur Noël, chirurgien, par précaution, afin que les père et mère de ces filles ne puissent l'accuser de les avoir débauchées. Enfin, le mari de la Carlier consentit à prêter serment et répondit qu'il s'était dit domestique parce qu'il est, en effet, le domestique des demoiselles qui demeurent chez sa femme.

Le 7 mars, le procureur entendit de nouveaux témoins parmi les fournisseurs de la Carlier dont les dépositions ne lui apprirent rien de nouveau. Le jour suivant les pensionnaires repassaient une à une devant Me Esprit Penel, confirmant leurs premières déclarations.

Le 12 mars, dans la salle du Conseil de la prévôté, en présence de Sébastien Gauthier de la Pommeraye, procureur en la Cour, prévôt, juge criminel de Montmartre, assisté du greffier et devant la Carlier et son mari, on fit l'ouverture de la lettre suivante adressée par la Carlier à un abbé de Paris :

 

« Mr, comme je prie maison, Made Fleurance m'est venue voir, elle m'a dit de vous écrire si cela vous fait plaisir de me faire

 

 

 

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l'honneur de venir voir de fort jolies demoiselles. Jeu suis bien logée dans une maison de campagne.

Je suis, M., votre très humble                                                                      CARLIER.

Ma demeure est rue de la Barrière-Blanche, la troisième porte cochère à gauche, au n° 5 » (1)

 

Après toutes ces formalités, les accusés comparurent le 16 mars en la Chambre du Conseil où, après s'être tour à tour assis sur la sellette afin d'y subir un dernier interrogatoire, ils entendirent la sentence qui les condamnait :

1° La Carlier et son mari, convaincus d'avoir tenu dans une maison rue Blanche n° 5, plusieurs filles de débauche, à être bannis pendant trois ans de la prévôté de Montmartre et d'avoir à payer chacun 250 livres d'amende au profit du domaine royal de l'abbaye de Montmartre et 6 livres d'aumône au profit des pauvres de la paroisse.

2° Catherine Favart, sœur de Carlier, convaincue d'avoir été leur complice, serait mandée en la Chambre du Conseil pour y être admonestée.

Léonard Chefdeville, cuisinier, fut mis hors de cause et les six filles emprisonnées dans les prisons de l'abbaye (2).

Trois jours après, le 19 mars, une autre sentence condamnait encore la Carlier et son mari à payer au sieur Claude Rozière, propriétaire, pour leur bail non exécuté, 337 livres avec saisie gagerie et vente des meubles et effets (3).

La Carlier, habituée à ces petites misères du métier, quitta Montmartre sans maudire ses juges et alla exercer son commerce dans d'autres quartiers.

Un an plus tard, en 1751, elle prenait l'Hôtel du Roule, qu'avait monté la célèbre matrone, Mme Paris, aux Champs-Élysées, près la grille de Chaillot (4).

En 1753 on retrouve encore Mme Carlier faubourg Saint­-

 

(1) C'était en réalité la cinquième porte cochère.

(2) ARCHIVES NATIONALES. Bailliage de Montmartre, Z2 2435, 2474.

(3) ARCHIVES NATIONALES, Z2 2397.

(4) GASTON CAPON. Casanova à Paris, 1913 in-8, p. 49.

 

 

 

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Laurent, vis-à-vis le couvent des Récollets, travaillant encore et ayant « ses fenêtres garnies » (1).

Pour avoir des locataires plus discrets, la maison de la rue Blanche, n° 5, n'en continua pas moins d'abriter des amours de contrebande. L'état des petites maisons de 1752, dressé par l'inspecteur des mœurs, Marais, y signale, comme locataires, le sieur Carreau et la Dlle Daumont. Oiseaux de passage, les amoureux font place, deux ans après, au marquis de Sailly, qui l'occupe joyeusement (2), conviant ses amis à des petits soupers et à de fines parties avec des filles du monde... où l'on s'amuse.

Le 5 septembre 1765, les maisons nos 4 et 5 de la rue Blanche furent vendues par Claude Rozière et Élisabeth Navier, sa femme, à Me Claude-Guy Nouet, chevalier, conseiller du Roy en sa cour de Parlement (3).

Pendant la Révolution Me Nouet, ayant émigré, ses biens furent confisqués et devinrent propriété nationale. Les deux maisons de la rue Blanche d'abord louées au Citoyen Bonsergent, par bail du 9 brumaire an II, moyennant 5.147 livres, furent mises en loterie et gagnées par le porteur du n° 4.033, le Cn Drochot, plâtrier à Clichy, lequel en fut mis en possession le 17 floréal an IV (4).

Ces deux maisons figurent sous les nos 4 et 5 du plan des limites de la Ville et des faubourgs de Paris (1728) et sous les nos 13 et 14 du grand plan du fief Montmoyen (1719) (5). Elles correspondent au n° 17 actuel de la rue Blanche.

 

GASTON CAPON.

 

(1) ARSENAL. Archives de la Bastille. 10234.

(2) GASTON CAPON. Les petites maisons galantes de Paris au XVIIIe. Paris, 1902, in-8, p. 81-82.

(3) ARCHIVES NATIONALES, S. 237.

(4) ARCHIVES DE LA SEINE. Sommier des Biens Nationaux.

(5) BIBLIOTHEQUE NATIONALE. Estampes, VE 46 G. Plan des limites. Faubourg Montmartre et ARCHIVES NATIONALES, N2 Seine 2. Plan du fief Montmoyen.

 

 

 

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A-F. Cals, peintre de Montmartre

 

 

Au mois de juin 1914, notre regretté collègue Lucien Lazard avait signalé l'existence, à Sens, d'une suite d'études attribuées à Cals, représentant des sites montmartrois.

En mon absence, ce même collègue qui avait réussi, grâce à ses fiches des archives, à percer les ténèbres dont je me plais, et pour cause, à entourer le lieu de ma naissance, avait suggéré l'idée, acceptée d'emblée, qu'étant né à Sens, j'étais mieux placé que quiconque pour aller examiner ces différents tableaux.

Hélas ! mes chers Collègues, quitte à faire perdre encore les dernières illusions sur mon compte à un grand nombre d'entre vous qui me croient né à Paris, voire à Montmartre, je le confesse publiquement, les jeux de l'Amour et du Hasard m'ont fait naître à Sens, en 1865.

Six ans plus tard j'eusse été parisien puisque je n'ai pas quitté le neuvième arrondissement depuis fin 1871.

Du reste, Sénonais et Parisiens ont toujours vécu en bon voisinage.

Oyez plutôt ce que dit de Ménorval dans son Histoire de Paris :

« Les Sénonais et les Parisiens ! César les confondait dans la même haine comme nous les confondons dans le même souvenir d'affection patriotique. C'étaient bien deux peuples frères combattant toujours côte à côte polir ce qui était alors la bonne cause ».

« J'ai voulu revoir récemment la vieille cité sénonaise si longtemps la métropole de Paris, à laquelle nous aurions dû rester attachés par tant de liens si nous avions davantage et la connaissance et le culte de nos origines mais, par un contraste frappant, Sens qui était une grande ville quand Lutèce n'était qu'une bourgade, Sens ne compte plus guère

 

 

 

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que 10.000 habitants ! ce n'est même pas une préfecture, quoiqu'elle puisse montrer sa magnifique cathédrale du XIIIe siècle, la salle synodale et les traces de sa puissance gallo-romaine, ses remparts, ses aqueducs, sa naumachie, ses thermes, ses arènes et son camp prétorien ».

Et j'ajoute, il n'y a pas si longtemps, cela ne date que de 1621, Paris n'était qu'évêché et dépendait de l'archevêché de Sens. L'hôtel bien célèbre de Sens en conserve encore le souvenir.

De ce passé gallo-romain grandiose il ne reste plus rien.

Depuis cette époque, et surtout dans le dernier siècle, les Sénonais qui n'ont jamais été d'accord entre eux sur les ques­tions politiques et religieuses ont toujours, cependant, trouvé un terrain d'entente ; détruire sans motif utile ce qui faisait la grandeur de leur cité, tuer la poule aux œufs d'or.

Ce qui ne les empêche pas de proposer à l'admiration des étrangers, dans leur musée, avec autant d'orgueil qu'un ex-libriseur brandissant sa collection arrachée à tant de vieux livres et reliures, quelques débris de leurs démolitions.

A ces petits jeux de massacre, rien n'a résisté, pas même les innocents noms des rues, cette histoire abrégée d'une ville qui s'écrit d'elle-même si naïvement et si modestement, au coin des rues et des carrefours.

 

Par contre, ô logique de l'entendement humain, partout la même et non prête à changer, les Sénonais ont édifié un superbe hôtel-de-ville dans le style d'une époque dont ils se plaisent à anéantir les souvenirs.

Mais vous devez vous demander à quoi rime ce boniment qui n'a rien à voir avec Cals et les vues de Montmartre.

Eh ! bien, détrompez-vous, c'est que pour y arriver, j'avais besoin de gagner du temps, j'ai fait un détour et voilà !

En juillet 1914, lorsque pour la première fois, je me présentais à Sens chez M. Heuré, le propriétaire des Cals, muni de vos pleins pouvoirs, j'éprouvai un plaisir et une désillusion.

Si au point de vue artistique, il me fut agréable de contem-

 

 

 

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pler un ensemble important de 30 ou 40 petites études d'un artiste que je ne connaissais pas beaucoup ; au point de vue topographique et documentaire je fus désappointé, car il me fut impossible d'en identifier plus de 5 ou 6.

Je conçus alors l'idée dont je vous avais du reste parlé de demander à M. Heuré de me les confier pour les soumettre à votre appréciation d'artistes et de montmartrois.

En ayant assumé toute la responsabilité, M. Heuré accepta le jour de la livraison pris, je me présentai ...

M. Heuré s'excusa. Il les avait vendus la veille à un étranger de passage !

Et dans le train qui me ramenait à Paris, contrarié, hon­teux comme un montmartrois qu'une poule aurait... pris, je me demandais anxieusement :

Qu'est-ce que je vais bien pouvoir raconter à mes collè­gues du Vieux-Montmartre ?

Heureusement, lors de mon premier voyage à Sens, j'avais fait prendre à tout hasard quelques clichés des vues qui me paraissaient être les plus intéressantes.

Avant de vous les présenter, permettez-moi de faire une nouvelle diversion, sans beaucoup de frais d'imagination, sur Cals, sa vie et son œuvre.

La vie de Cals, en effet, a été racontée en 1900 par Arsène Alexandre, dans un livre intitulé : « A.-F. Cals ou le bonheur de peindre », auquel je vous renvoie.

En voici du moins une analyse très succincte :

Cals est né à Paris le 17 octobre 1810 de parents ouvriers il fut mis en apprentissage chez un vieux graveur, Ancelin, qui lui donna les premières notions de dessin.

En 1828 il entrait dans l'atelier de Léon Cogniet ; mais se laissant aller tout de suite à son goût naturel, il se mit à peindre des mendiants, des paysans, des petites scènes d'intérieurs chez les pauvres gens.

Comme il avait entrepris à grand labeur une de ses premières toiles, dit Arsène Alexandre, son maître lui demanda quel travail l'absorbait en ce moment.

 

 

 

Fig. 3

 

Montmartre : Le Moulin Vieux qui faisait suite au Blute Fin (1850).

D’après une peinture de A. F. Cals.

 

Montmartre : La Fontaine du But et l’Abreuvoir (1850)

aujourd’hui place Constantin-Pecqueur.

D’après une peinture de A. F. Cals.

 

 

 

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« Je fais, avait répondu le bon Cals avec timidité, une famille de ramoneurs.

- » Une famille de ramoneurs ! s'exclamait le peintre d'histoire, mais, mon pauvre ami, vous crèverez de faim toute votre vie, si vous vous enflammez pour des sujets pareils !

- » Vous croyez, monsieur Cogniet, répondait le jeune homme avec une mine respectueuse et navrée ? Ce n'est pas ma faute, pourtant. Il n'y a que çà qui m'intéresse !... »

Il n'en allait pas moins, de temps en temps, voir son maître, avec la même déférence et le même tendre respect que s'il avait suivi aveuglément ses conseils.

Léon Cogniet lui fit un jour des reproches qui durent lui aller bien agréablement au cœur. C'était vers le moment de la maturité de Cals :

« Hélas ! mon ami, je comprends de moins en moins où vous voulez aller. Vos paysages, voyez-vous... et bien, par­donnez-moi de vous parler aussi brutalement.. , mais c'est aussi mauvais que ce que fait ce - comment l'appelez-vous ? - ce Corot ; oui, c'est cela, Corot ; vous me rappelez cela… Voilà où vous en êtes, mon pauvre Cals ! Je vous le dis comme je le pense ».

Il est certain qu'en ne satisfaisant pas aux goûts du jour, ce n'était pas le moyen de faire fortune.

Aussi Cals ne vendant rien, sa vie, pendant de longues années, fut triste et malheureuse.

Enfin, âgé de 50 ans, il eut la bonne fortune de rencontrer le père Martin, l'ancien marchand de tableaux de la rue Laffitte, avec lequel il se lia d'amitié.

Le père Martin étant une figure quelque peu montmar­troise, permettez-moi de vous le présenter d'après Arsène Alexandre.

Martin, le père Martin, avait été dans sa jeunesse ouvrier sellier et ensuite, ou en même temps, auteur de drame dans les théâtres du quartier ; il avait, illustré, sous le nom de Firmin, la scène de Montmartre où il remplissait les rôles de traîtres. Dans ces théâtres, où le public se donne des émotions pour

 

 

 

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son argent, avec une franchise que ne soupçonnent point les abonnés de la Comédie-Française, ces sortes d'emploi sont sans gloire, mais non pas sans péril. Le traître est violemment pris à partie par les spectateurs, qui se sentent de soudaines aptitudes pour la justice et la vertu, et l'on en vit parfois qui furent menacés de représailles, quand la pièce serait finie, à la sortie des artistes.

La femme de l'acteur assistait parfois à ces représentations. C'était elle-même, comme on dit dans le peuple, la crème des femmes. Lorsque les choses allaient un peu loin, on l'entendit parfois dire à ses voisines de stalles : « Pauvre Firmin ! ils l'appellent canaille, misérable, et pis, et c'est le meilleur des hommes ! ».

Le ménage Martin a, lui aussi, à sa façon, incarné la Providence pour un grand nombre d'artistes devenus célèbres, qui ont trouvé là, à leurs débuts, ce qu'il y a de plus difficile et de plus précieux : le premier argent gagné.

Martin ouvrit d'abord, dans la région des boulevards extérieurs, une boutique où il vendait encore des articles de sellerie, et déjà quelques œuvres d'art. Puis il descendit rue Mogador, où l'on voyait déjà beaucoup moins de cuirs ; enfin, il eut un magasin rue Laffitte, où il n'eut plus que de la peinture ! Tous les dédaignés furent accueillis et protégés là avec une sorte de sainte fureur. Tous ceux dont on riait, que l'on méprisait, qui étaient refusés au Salon, ceux de qui sans être notoirement fou, on ne pouvait acheter les œuvres, même pour des sommes dérisoires ; enfin, pour les nommer, Corot, J.-F. Millet, Théodore Rousseau, puis Ribot, Sisley, Victor Vignon, Lépine, Cals lui-même, et bien d'autres aussi honnis. Martin poussait le paradoxe, la mauvaise plaisanterie, jusqu'à ne plus s'intéresser aux artistes dès qu'ils commen­çaient à connaître les gros prix. Il ne voulait pas faire fortune avec eux et il mettait sa gloire à les avoir vendus quand ils ne pouvaient rien vendre.

Expert d'un genre tout particulier, il faisait la leçon au public de l'Hôtel Drouot : « Vous ne voyez donc pas que c'est

 

 

 

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un bon tableau ! Eh bien, j'aime ça, moi. Y a l' motif ! ». Ou encore : « En voilà un beaucoup plus grand que nous mettons en vente. Eh bien ! je vous en demande moins cher que du petit ».

Il tenait du grognard comme le père de Cals, de l'apôtre comme Cals en personne et de la « barbe » de 1848. Il voyait l'humanité en beau et la société en laid. Un de ses propos favoris était celui-ci : « S'il y a des gendarmes, c'est pour faire croire qu'il y a des voleurs ». Ou encore cette autre version, qui, avec une nuance différente, respire la même candeur violente : « Le gouvernement entretient des voleurs pour qu'on lui permette d'avoir des gendarmes ».

Cals fut mis en rapports avec un amateur éclairé, le comte Armand Doria qui lui offrit l'hospitalité dans son château d'Orrouy et qui, pendant plus de vingt ans, le soutint et l'encouragea.

Sur la fin de sa vie, dans une aisance relative que lui procurait la vente de ses œuvres à des amateurs comme Piquart, Henri et Alexis Rouart, Godin, il alla s'installer à Honfleur où il mourut, âgé de 70 ans, le 3 octobre 1880.

Cet homme est un de ceux qui ont éprouvé le plus profon­dément le bonheur de peindre, dit Arsène Alexandre. Son œuvre, peu connue de la foule, de son vivant, commence à préoccuper les raffinés ; à émouvoir les passants Pourquoi ? Peut-être bien pour la raison exprimée dans cette autre petite phrase, qui est de lui : « Il n'y a pas d'art là où il n'y a pas de cœur ».

Après sa mort ses œuvres furent dispersées et son cousin, le peintre Bataille, qui avait été son élève et avait vécu dans son intimité, vint finir ses jours à Sens.

C'est chez lui que M. Heuré a trouvé, dans un petit carton à part, tout cet ensemble inégal d'esquisses et de petits tableaux peints sur du papier très friable, la plupart non signés, portant au dos et au crayon la mention Montmartre.

Cals, en effet, avait été séduit comme beaucoup d'autres par le pittoresque de la Butte Montmartre, champ d'études variées à proximité de Paris.

 

 

 

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[…]

 

 

 

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de ce genre utilisés déjà par quelques-uns d'entre nous, mais uniquement à partir du XVIme et surtout du XVIIme siècle. Quant à la collection qui eût fourni à cet égard des faits nombreux, celle des registres d'audiences criminelles du Châ­telet, elle a subi des pertes irréparables, puisque son premier registre concerne les années 1389 à 1392, tandis que le second commence en 1737: 345 ans égarés c'est quelque chose et qui mériterait peut-être la nomination d'une commission d'enquête pour les retrouver.

Pourtant c'est au premier de ces registres que nous devons les plus anciennes notions que nous possédions sur les diver­tissements montmartrois (1). C'est une certaine Margot de la Barre qui, aux environs de l'année 1390, allait « s'esbattre », ce sont les termes même qu'elle employait, le lundi et même le mardi « avec plusieurs compagnons en la ville de Mont­martre ». La même, qui n'était plus de la première jeunesse, y pratiquait le sortilège du coq dont voici la recette : « elle prenait un coq blanc, l'assommait en le faisant tourner autour d'elle ou l'étouffant sous ses fesses, et le coq ainsi étouffé, elle lui prenait les deux - ici le texte devient difficile à citer, mettons qu'il s'agisse de ce qu'on nomme, en italien, c…i -, les brûlait, en faisait de la poudre, la mettait dans un oreiller de plume et l'y laissait 8 ou 9 jours, puis la reprenait et la mettait dans la nourriture et la boisson de son ami « qui aurait en elle plus grandt ardeur d'amour que oncques n'avoit eu ». Vous voyez, en passant , que la méthode Brown Sequart, qui fit tant de bruit, il y a une quinzaine d'années, n'est pas nouvelle.

Interrogée pour savoir de qui elle avait appris cette méthode du coq, ainsi que l'art d'évoquer le diable, elle fit le récit suivant : « Il y a vingt-trois ans passés, elle qui

 

(1) Ce registre a été publié de 1861 à 1864, par Duplès-Agier, pour la Société des Bibliophiles français, chez Lahure, en 2 vol. in-8°. Les passages relatifs aux séjours et aux exploits montmartrois de Margot de la Barre sont du tome I, pp. 337, 342, 358. Je les ai reproduits en suivant le texte d'aussi près que possible, mais en le rajeunissant pour le rendre intelligible.

 

 

 

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pour lors demeurait aux champs, sous Montmartre, avec une autre fille de péché comme elle, étant audit lieu ensemble, elles commencèrent à parler des amis qu'elles avaient alors, laquelle fille qui était du pays de Flandres, et du nom de laquelle elle ne se souvient plus, lui apprit alors à faire l'évocation du diable et de fait et en sa présence, lors fit ladite évocation et elle qui parle entendit qu'elle conjurait l'ennemi en disant : « Diable, aide-moi, garde-moi et que mon ami - qu'elle nommait lors par son nom - ne puisse avoir compagnie avec autre que moi » et qu'une personne qu'elle ne pouvait voir, lui répondait. Et de la peur qu'elle avait alors elle qui parle se cacha dans une petite cabane qui était près de là, et où toutes deux avaient coutume de se retirer avec les compagnons pour s'amuser ».

De ce récit deux conclusions sont à tirer : la première c'est que la noblesse de robe - celle des demoiselles faciles des pentes de la butte, des rues Pigalle, La Rochefoucauld et autres, a des ascendants lointains depuis 1367, au moins ; la seconde c'est que les plâtriers de la butte, Flamands pour la plupart, comme nous l'apprennent les textes du bailliage, avaient gardé solidement ancré l'amour de la terre natale, puisque des payses venaient à Montmartre pour s'esbattre avec eux.

 

II.

 

Comme le font les documents du Châtelet, franchissons maintenant quatre siècles et recueillons dans les bilans du XVIIIe siècle, provenant de la juridiction consulaire, conservés aux Archives de la Seine et non encore consultés, quelques renseignements nouveaux à ajouter à ceux que l'on possédait déjà sur les cabarets montmartrois. L'intérêt que présentent ces pièces est extrêmement variable : les unes ne nous apprennent guère que les noms de leurs déposants, l'enseigne de leurs cabarets, et ne nous fournissent que quelques noms d'habitants qui pourront servir, le cas échéant, à la confection d'un Bottin montmartrois du XVIIIe siècle qui nous fait

 

 

 

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encore défaut : c'est le cas de Hette (1) qui, avec sa femme, tenait en 1780 un débit doublé d'un hôtel meublé avec vingt-quatre chambres, sis à la Nouvelle-France ; parmi ses créanciers figurent Harsenfratz, dit Le Lièvre, le patron du célèbre bal du Grand-Salon de la rue Coquenard - alias Lamartine - qui lui fournit pour 1.614 livres de vins, et Jacques Pellieux, boulanger de Montmartre, faubourg Poissonnière, à qui Hette est redevable de 1.113 livres pour fourniture de pain ; c'est encore le cas de Lefils (2), marchand de vins à la Nouvelle-France, rue Rochechouart, à l'enseigne du Quartier-Général, en l'année 1775 ; c'est celui de Marc Hudry (3), marchand de vins â la Nouvelle-France, rue de Bellefond, en 1774 ; celui de Joseph Davigot (4), rue des Martyrs, à l'enseigne de Saint-Christophe, en 1785 ; celui enfin du seul cabaretier installé dans le haut Montmartre, Nicolas Berle (5), patron en 1779 du cabaret du Pigeon-Blanc, sis à Clignancourt.

D'autres sont plus explicites : un certain Avenel de Lavigne (6) est installé en 1785, à la Nouvelle-France, au Berger-Galant, mais comme il déclare avoir vendu à Macret que l'on trouve établi sous cette enseigne, en 1790, dans le registre des contributions rue Rochechouart, on peut en conclure sans témérité qu'Avenel avait son établissement dans cette rue ; une phrase même de son bilan indique sans la nommer que la rue Rochechouart était peu avantageuse pour le petit commerce ; faut-il ajouter qu'à cet égard elle n'a guère changé. Voici la phrase d'Avenel : « Sa maison n'ayant jamais été avantageuse à cause de son éloignement du public et des chemins impraticables l'hiver, jointe à plusieurs marchands qui se sont établis autour de lui, et la vente de l'été dans la

 

(1) Archives de la Seine. Bilans, carton 53.

(2) Archives de la Seine. Bilans, carton 45.

(3) Archives de la Seine. Bilans, carton 42.

(4) Archives de la Seine. Bilans, carton 65.

(5) Archives de la Seine. Bilans, carton 50.

(6) Archives de la Seine. Bilans, carton 65.

 

 

 

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même maison, toute remplie de bourgeois, entraînerait trop de frais ».

Quelques autres particularités seraient encore à relever dans le bilan d'Avenel.

C'est ainsi qu'on y trouve les noms de quelques commer­çants de Montmartre et de La Chapelle : Hardy, marchand de vins à la Nouvelle-France ; Choiseau, qui tient le Caprice des Dames, à la Nouvelle-France - le cabaret sans doute qui, avec la même enseigne - était dirigé rue Rochechouart par un certain Jacques Macaire en 1789 ; Copin qui était boucher aux Porcherons, et Lyonnois qui exerçait la même profession à La Chapelle; Jarrier qui vendait de l'épicerie à la Nouvelle-France Bonvalet qui y fabriquait des serrures ; Sevin qui y vendait de la fruiterie ; Picardin qui y était boulanger et Mille, vitrier.

Jean Legris (1) marchand de vins, rue des Martyrs, aux Porcherons, déposa son bilan le 25 octobre 1776. Son passif se montait à 47.000 livres ; son actif à 45.000 livres.

De la liste de ses créanciers, j'extrais les Montmartrois donnés dans son bilan avec plus de précision que dans les autres documents de ce genre.

« A M. Grenlel, boucher, demeurant à Montmartre, vis-à-vis de l'église, pour fourniture : 400 livres ».

Il s'agit ici du boucher de l'Abbaye, qui succéda à Desportes dans les fonctions de maire de Montmartre.

Puis viennent quelques autres fournisseurs déjà nommés dans le bilan d'Avenel, mais désignés là d'une façon plus explicite.

Mille, le vitrier, n'est pas seulement installé aux Porcherons, mais rue des Martyrs ; le boucher Copin, dénommé ici Compen, est également logé rue des Martyrs ; nous retrouvons encore le boulanger Picardin ; puis figurent deux noms nouveaux : Leclerc, serrurier, rue des Martyrs, et Girard, menuisier, dans la même rue.

 

(1) Archives de la Seine. Bilans, carton 47.

 

 

 

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Legris ne nous laisse rien ignorer des calamités qui sont venues l'assaillir : réparations du cabaret de la Chasse Royalle qu'il tenait aux Percherons en 1769 ; construction d'un escalier et embellissement à Sainte-Geneviève, située dans la même région, et, malgré les dépenses qu'il avait faites dans l'immeuble, un nouveau propriétaire l'en a évincé et l'a contraint à aller se fixer en une nouvelle maison dite Le Palais Royal.

Il a eu une fluxion de poitrine ; sa femme, à la suite de couches, a été trois mois au lit ; il a eu huit enfants dont cinq sont morts et, pour mettre un comble à tous ses malheurs, une danseuse employée chez lui et nommée Mary et à laquelle Legris réclamait des effets - il ne dit pas lesquels - l'a appelé en justice et il ne s'en est pas tiré à moins de mille livres.

Rappelons en passant que dans mon travail sur les cabarets (Vieux Montmartre, 1909, pp. 177 à 186), j'ai déjà attiré l'attention sur ces danseuses des cabarets montmartrois du XVIIIe siècle, ancêtres lointaines de celles qui chaque nuit émoustillent par leurs matchiches et leurs tangos les soupeurs et les viveurs de notre temps.

Huart (1) était installé aux Porcherons, rue des Martyrs, à l'enseigne du Petit-Saint-Jean, et avait comme propriétaire un autre cabaretier, Magny, le fils sans doute du célèbre prédécesseur de Ramponneaux, car Magny le père était décédé en 1771 et Huart était locataire d'un Magny en 1776 ; cette même année, il déposa son bilan : son passif montait à 22.464 livres, l'actif à 22.869 livres. La description qu'il nous a laissée de son cabaret permet de croire qu'il occupait un emplacement assez vaste et devait être le type de ces beuveries mi-rustiques qui ont fait la renommée des Porcherons.

Derrière la boutique, sur la rue, s'ouvrait un grand salon, donnant sur le jardin, garni de boiseries et décoré d'une « tenture de tapisserie de toile peinte » ; puis venait, après le

 

(1) Archives de la Seine. Bilans, carton 46.

 

 

 

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contour, un petit salon également boisé, orné comme celui-là d'une « tapisserie en papier ».

Le jardin avait vingt-quatre tables et leurs bancs, et les consommateurs, après avoir pinté, pouvaient se divertir au jeu de boules et au jeu de Siam : ce dernier est bien oublié de nos jours et à peine le trouverait-on dans quelques provinces éloignées ; c'était un jeu de quilles, mais qui différait, si l'on en croit l'historiographe des jeux, Henry d'Allemagne, du jeu ordinaire en ce qu'il comptait treize quilles au lieu de neuf, et que pour les abattre on se servait, non d'une boule, mais d'une sorte de disque.

 

LUCIEN LAZARD.

 

Fig. 4

 

Dessin de Georges Redon

pour les invitations du Moulin de la Galette.

 

 

 

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Variétés

 

I. - Un document iconographique identifié.
L'incendie des Menus-Plaisirs du Roi, par Meunier.

 

 

M. Foulon, le distingué vice-président de la Société histo­rique du 8e arrondissement, est l'heureux possesseur de deux aquarelles de Meunier, délicat artiste de la fin du XVIIIe siècle.

L'une représente le feu dans les combles du Pavillon de Flore ; elle a été reproduite dernièrement dans les « Mélanges Émile Le Senne ».

L'autre représente également un violent incendie dont, jusqu'ici, il avait été impossible de déterminer le sujet et le lieu.

Grâce à une méthode iconographique très simple, dont l'initiateur est A. Bonnardot, j'ai pu instantanément déchiffrer l'énigme qui se trouve être l'incendie, en 1788, des Menus-Plaisirs du Roi, dont les bâtiments, ainsi que ceux du Conservatoire de musique, étaient compris entre le faubourg Poissonnière, les rues Poissonnière, du Conservatoire et Richer.

Cette aquarelle a figuré à la dernière exposition de « la Jeunesse », place Dauphine, en 1788.

Le Panthéon Littéraire, de l'année 1789, en fait cette curieuse critique : « Malgré que le feu des Menus-Plaisirs ne fût point dans un site intéressant, l'auteur en a tiré tout le parti possible ».

D'après les documents que m'a communiqués mon collègue, J. -G. Prud'homme, cet événement est relaté ainsi dans le Mercure de France, de 1788 :

« L'incendie d'une partie des bâtimens de l'Hôtel des Menus-Plaisirs a été, dit-on, causé par des enfans qui jouoient dans les écuries ; sans l'activité des secours la perte

 

 

 

Fig. 5

 

MEUNIER. – Incendie des Menus-Plaisirs, en 1788.

(Coll. A. Foulon)

 

 

 

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pouvoit être immense, mais on a sauvé plus de soixante mille habits. Sur cent soixante-cinq décorations de l'Opéra, onze seulement ont été soustraites aux flammes. Pendant l'incendie les pompes de MM. Percier ont fourni seules environ huit mille muids d'eau ». (Courrier de l'Europe, n° 35).

Mercier, dans le Tableau de Paris, tome X, pp. 56-58, 1788, écrit d'autre part :

« Le feu vient de prendre à ce magasin (des Menus-Plaisirs du Roi) ; mais quand il arrive un incendie dans un magasin royal, le public ne s'y intéresse pas vivement : il appelle cet accident un compte rendu écrit avec du charbon. Puis il ajoute : Il y aura toujours de l'argent pour réparer cela.

Les pères capucins ont accouru à cet incendie avec leur zèle accoutumé, et pour sauver les richesses théâtrales des 3 spectacles. On a vu l'un s'affubler d'un casque, porter un cimeterre sous son bras, et tenir à la main la baguette de Médée, l'autre avoit entassé sur ses épaules les jupons de satin des actrices et le caducée de Mercure, ce qui contrastoit avec sa barbe et son capuchon. Celui-ci, les mains armées des rayons du char du soleil, croyoit sauver de gros diamants, et s'étoit enveloppé du vêtement d'un druide. Ces mains sacrées, qui touchoient pour la première fois à tant de choses profanes, prouvoient cet ancien adage : que nécessité n'a point de loi, mais, au milieu de l'embrasement, il a fallu rire malgré soi, en voyant des capucins se charger des immodestes débris des décorations théâtrales, embrasser en fuyant des bustes voluptueux, et prêter du secours à tous les dieux et déesses demi-nus du paganisme ».

Le tableau de Meunier est pris dans le faubourg entre la rue des Petites-Écuries et la caserne actuelle alors existante ; c'est un document unique pour l'histoire de ce quartier de Paris dont la description est ainsi faite dans le Guide des Amateurs de Thiery, tome I, p. 468 :

« En continuant la rue Poissonnière, dont les deux côtés sont occupés par de charmantes et magnifiques maisons nouvellement construites, parmi lesquelles on doit remarquer

 

 

 

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celle bâtie pour M. le comte d'Espinchal, au coin de la rue des Petites-Écuries-du-Roi, celles de MM. de Jarnac et Tabari, dans cette dernière. Ces trois maisons, d'un genre neuf ont été construites sur les dessins et conduite de M. le Doux, architecte du Roi. De l'autre côté de la rue, à droite, est une des portes de l'Hôtel des Menus-Plaisirs du Roi, dont la principale entrée est rue Bergère. Cet Hôtel, qui contient un terrain immense, sert d'entrepôt aux machines employées aux divertissements destinés pour sa Majesté. On y voit aussi une jolie salle de spectacle dans laquelle se font les répétitions des opéras et ballets qui doivent se donner à la Cour. Cet Hôtel est inspecté par MM. les Intendants des Menus-Plaisirs et Contrôleurs de l'Argenterie du Roi, sous la direction de MM. les Gentilshommes de la Chambre de Sa Majesté ».

 

VICTOR PERROT.

 

 

II. - Orsel, entrepreneur et propriétaire à Montmartre.

 

 

Notre collègue, L. Grasilier, nous adresse copie des rapports de police qu'il a trouvés sur Orsel (Ourseil, Ourselle, Orselle), 22, rue Louis-le-Grand, à Paris, entrepreneur et propriétaire à Montmartre (Arch. Natles. Police générale, F7 6633, n° 1513).

Ce sont, avec deux rapports de « mouchards » (1816-1818), une contre-information d'agent secret et une note concluante - toutes deux de l'année 1818.

En somme, beaucoup de bruit pour rien, un non-lieu en faveur d'un homme « qui s'occupe plutôt de constructions que de politique » et qui n'avait d'autre tort que de s'être enrichi !

 

CONFIDENTIEL                                                                         1er octobre 1816.

Il résulte d'après les nouveaux renseignements pris sur M. l'abbé Guillon, qu'il a des liaisons intimes avec un nommé Valgaireux

 

 

 

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d'Orseil, mais dont le nom s'écrit Orselle, demeurant rue Louis-le-Grand, n° 22. Cet homme, riche à plusieurs millions, est connu dans tout son quartier pour un très riche propriétaire. Il est dépeint comme un nouveau enrichi par les moyens les moins délicats et sa réputation n'est palliée que par son énorme fortune, car l'on assure qu'il fut jadis espion d'une puissance étrangère et l'on se plaît à croire qu'une visite de ses papiers pourrait découvrir sa conivance (sic) dans les intrigues de l'abbé Guillon.

Il y a peu de jours que dans un entretien où il était question de ses grandes richesses, on lui fit cette question : N'avez-vous rien à craindre, vu les circonstances actuelles et la stagnation générale des affaires. Il répondit : Je ne crains rien. J'ai tout prévu, et, au besoin, je puis mettre sept à huit cents ouvriers sur pied et qui tous me sont dévoués…

LEFURET.

 

***

 

Août 1818.

M. Oursel, grand propriétaire de maisons à Paris et d'un village entier entre la barrière des Martyrs et celle de Rochechouart, le même qui disait il y a peu, qu'il avait encore les moyens de procurer dix millions à Napoléon ou ses ayants-causes, était du dîner d'environ cent ultra-libéraux qui a eu lieu le 15 (août) courant à Belleville ; c'est la même réunion et les mêmes individus qui se rassemblent rue et chaussée Clignancourt, nos 63 et 65, chez le sr Chaine et quelquefois chez le sr Flandin, en conseils de guerre dans sa maison à Picpus. Ces assemblées, comme on l'a déjà dit, se prolongent très avant dans la nuit.

 

On doit pas compter sur la source de ces notes - il n'en faut pas moins………. (sic)

 

***

 

ORSEL                                                                                                3 septembre 1818.

Recherches sur la véracité du contenu de la note du 31 août.

Le sieur Oursel est effectivement un homme riche et possédant presque en totalité tout le terrain de l'ancienne abbaye des Dames de Montmartre, dans lequel il a beaucoup fait bâtir et construit encore.

Les dispositions de cet enclos, son éloignement, son site caché

 

 

 

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à tous ceux qui ne faisant que promener, n'auraient nul intérêt à sa recherche, la percée des maisons qui toutes sur deux lignes paral­lèles de l'est à l'ouest, ont sorties du nord au sud sur deux rues qui ne se rencontrent qu'à une très grande distance, les jardins couverts qui joignent ces maisons, rendent ce local pendant la nuit, un asile sûr pour des réunions qui voudraient être ignorées.

Je pense que ce sont toutes ces circonstances qui ont donné lieu aux erreurs de la note.

En effet, le soir, comme dans les villages, tous les voisins se réunissent, se promènent dans les allées au midi, ou se renferment dans les appartements de l'un d'eux si la soirée est trop fraîche. C'est ainsi que l'observateur un peu trop ambitieux, peut facilement croire un projet de leur part, ce qui n'est en fait qu'une assemblée un peu trop bruyante.

J'en ai fait l'expérience, moi-même, pendant deux soirs, accom­pagné de mon fils et d'une darne qui ne se doutaient sûrement pas de nies intentions. J'ai été me confondre avec les habitants de ce lieu, me promenant avec eux, sous les allées, m'arrêtant, sans affectation cependant, devant les portes, sous les fenêtres, jusqu'à près de minuit ; eh bien, je n'ai rien vu, rien entendu à l'appui des cita­tions de la note, mais j'ai reconnu l'erreur qui pouvait les avoir fondées.

Un mot sur Monsieur Oursel.

Le sieur Oursel, logé rue Louis-le-Grand, n° 22, riche aujourd'hui, ne l'était pas sous Louis seize. Bien loin de là, sous ce règne quelques affaires un peu difficiles l'obligèrent à s'expatrier ; il fut en Angleterre, s'y livra au commerce, le hasard l'y favorisa ; mais aux premiers jours de notre Révolution, soit caprice de la fortune, soit spéculation du sieur Oursel, il fit faillite ; il revint en France broquanter sur les biens nationaux. Favorisé par les vices des premières ventes, il acquit la fortune dont il jouit aujourd'hui, en honnête homme, m'a-t-on assuré assez généralement.

Le sieur Orsel a marié sa fille au sieur Flandin. Celui-ci, uniquement le piqueur de son beau-père, vit paisiblement dans le local cy-devant désigné, entièrement occupé des constructions qu'ordonne Oursel.

Quant au dîner que la note annonce avoir eu lieu à Belleville, le 15 août, sans désigner le local, ce qui m'étonne, sous le prétexte d'un portefeuille perdu, j'ai parcouru les plus grands restaurateurs du pays, je dis les plus grands, parce que j'ai dû croire, avec raison, je pense, que cent libéraux réunis, ne peuvent l'être que dans un local immense, et surtout qu'ils doivent avoir marqué partout où ils

 

 

 

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auraient pu se rassembler. Eh bien, nulle part, je n'ai pu recueillir le moindre souvenir de leur existence.

Il me reste à observer, dans la rue et chaussée Clignancourt, les nos 63 et 65, qu'indique encore la note, comme lieux de réunion de Messieurs les libéraux. Bientôt je crois pouvoir répondre sur cette ampliation d'avis.

 

***

 

ORSEL                                                                             Paris, ce 3 septembre 1818.

Note.

Un rapport ci-joint parlait d'un dîner d'environ 100 ultra-libéraux qui avait eu lieu le 15 août à Belleville.

Il signalait aussi comme devant être surveillés les srs Oursel et Flandin, qui auraient assisté au prétendu dîner.

Il résulte d'informations suivies avec soin que ce dîner n'a pas eu lieu.

Que le sr Oursel, riche propriétaire à Montmartre, qui doit une partie de sa fortune à des spéculations heureuses sur les biens nationaux, est un homme qui s'occupe plutôt de constructions que de politique.

Le sr Flandin, son gendre, est fine espèce de piqueur d'ouvriers pour les travaux que son beau-père fait exécuter.

Les localités favorisent tout ce qu'on peut dire sur des réunions. Le fait est qu'il n'y a que celles des locataires du dit Oursel qui habitant Paris, ont loué à Montmartre des pied-à-terre où ils couchent pendant la belle saison ; le soir ils se voient entr'eux et s'occupent de divers amusements.

En 1816 le sr Oursel, désigné comme très intime de l'abbé Guyon, occupa la surveillance sous des rapports très opposés à celui-ci.

 

 

 

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Le Conseil municipal de Montmartre

et l'exploitation des carrières à plâtre.

 

Si les documents recueillis sur Montmartre avant la Révolution donnent peu de détails sur la vie publique de la commune, les actes administratifs qu'on a pu réunir et classer depuis cette époque présentent, au contraire, un réel intérêt et sont, à ce point de vue, une source précieuse de renseignements. En dépouillant, soit les délibérations du Conseil municipal dont Lucien Lazard signala l'heureux dépôt de la sous-préfecture de Saint-Denis aux Archives de la Seine (1), soit les procès-verbaux des séances du Bureau de Bienfaisance (2), on a l'impression très vivante du mouvement des idées, de l'état des esprits, révélée par des projets empreints de conceptions neuves, des rapports parfois ornés d'un lyrisme exagéré ou dramatisés pour les besoins de la cause, mais qui font foi de l'activité, de l'initiative, du souci de bien faire des administrateurs de la commune qui, sans chercher à atténuer leur caractère tant soit peu frondeur, luttent, et souvent non sans raisons, avec l'autorité supérieure dont la sollicitude ne leur inspire, du reste, qu'une médiocre confiance.

L'analyse d'un certain nombre de délibérations et d'arrêtés municipaux relatifs à l'exploitation des carrières (3) va nous montrer avec quelle ténacité, et quelquefois quelle véhémence, les représentants de la commune défendirent les intérêts de leurs commettants. Placés, d'une part, entre l'Administration qui, sans se désintéresser de la question, paraissait tout au

 

(1) Bulletin du Vieux-Montmartre, fasc. 32-33.

(2) Archives de l'Assistance publique.

(3) Archives de la Seine.

 

 

 

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moins s'en peu préoccuper et envers laquelle cependant leur responsabilité se trouvait engagée et, d'autre part, les habitants qui protestaient et les carriers qui se moquaient des règlements, leur rôle était certainement délicat et difficile. N'ayant, pour ainsi dire, aucune autorité sur ces exploitations, ils étaient cependant les premiers à recevoir les doléances du public qu'il fallait calmer, à lutter contre les carriers dont l'audace n'avait plus de bornes et ils se voyaient souvent dans l'obligation de prendre d'urgence des mesures de sécurité qui, au lieu d'être à la charge des exploitants, grevaient la plupart du temps le budget communal.

Déjà, dans sa session de 1827, le Conseil d'arrondissement reconnaissait « qu'il était démontré par l'expérience que les carriers échappent de plusieurs manières aux obligations qu'ils doivent accomplir et que toutes les fois que ces obligations ne sont pas nettement déterminées et qu'on ne les a pas préalablement astreints à s'engager à leur exécution, principalement sous le rapport des chemins, ils sont disposés à éluder en élevant des difficultés qui retardent l'accomplissement de ces devoirs et, dans beaucoup de circonstances, le retard est très préjudiciable et a quelquefois causé un mal sans remède ». Et le sous-préfet de Saint-Denis, le baron de Jessaint, déclarait dans son rapport que « l'insouciance de MM. les ingénieurs des carrières a été la cause d'accidents assez graves. Les permissions sont accordées trop facilement et la surveillance laisse beaucoup à désirer » (1).

Les plaintes réitérées des habitants, le nombre considérable de contraventions commises par les carriers justifiaient bien de telles opinions et on peut dire que l'exploitation des car­rières à Montmartre fut, pour toutes les municipalités qui se sont succédé, une source continuelle de préoccupations, d'ennuis et de querelles, et parmi les pièces conservées aux Archives de la Seine, en voici quelques-unes qui établissent

 

(1) Archives de la Seine, N2.

 

 

 

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bien l'attitude intolérable et peu scrupuleuse des exploitants (1).

Le 24 thermidor an VIII, le Préfet suspend l'exploitation de la carrière située à Clignancourt, au clos du Bras d'Or et appartenant au Sr Suret tant que celui-ci n'aura pas exécuté le remblai nécessaire pour soutenir les terres du Sr Christophe, son voisin.

Le 19 nivôse an IX, le maire Saurin, se conformant à l'arrêté du sous-préfet de Franciade, enjoint au Sr Jeulin, propriétaire, exploitant la carrière la Renardière, près d'un chemin passager, « de faire un fossé d'un mètre et demi de profondeur et autant de largeur ou une chaîne de moellons d'un mètre de haut pour préserver les passants du précipice que prépare l'ouverture de cette carrière et éviter pareil accident dont le citoyen Devaux a été victime ».

Le 7 ventôse an X, le tribunal de première instance de la Seine jugeant en correctionnelle met en demeure le Sr Jean Cottin, demeurant à La Chapelle « de faire remblayer, dans le délai d'un mois, les deux carrières à plâtre sises sur le territoire de Clignancourt au bord du Grand chemin allant à la barrière du Télégraphe qui sont dangereuses pour les passants, lui fait défense de récidiver et le condamne aux frais ». Le commissaire du Gouvernement avait proposé une amende de dix francs, mais le jugement permit à Jean Cottin d'en être quitte pour la somme de trois francs soixante.

Les mêmes injonctions sont faites, le 13 fructidor an XII, à François Thierry qui exploite en cavage la carrière à plâtre située au lieu dit la Hutte-aux-Gardes, et le 18 brumaire an XIII, au Sr Richard pour la carrière située près le boulevard extérieur au lieu dit la Barrière blanche et au Sr Pierre-Melchior Bernier pour la carrière située dans l'enclos de l'ancienne abbaye.

Les poursuites exercées contre les carriers les laissent bien indifférents et l'indulgence des tribunaux n'était d'ailleurs pas faite pour les inciter à l'observation des règlements. Aussi, en

 

(1) Archives de la Seine, 02.

 

 

 

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1806, le Préfet décide que « si les carriers persistent à vouloir exploiter au mépris des règlements, le Maire devra faire saisir et mettre en fourrière par la gendarmerie, les chevaux, les voitures, les outils des contrevenants ». Et les 26 et 28 novembre de cette année, le maire fait opérer ces saisies dans les carrières des Srs Basset, à Clignancourt, et Thierry, à la Hutte-aux-Gardes.

L'application de cette mesure. n'émeut pas davantage les carriers. En 1809, le Sr Richard fait ouvrir, au lieu dit la Fosse la friche, sur l'alignement de sa maison bordant le chemin des Dames (1), une fouille profonde dont l'approche n'est pas défendue et compromet la sûreté publique. La même année, le Sr Néhou, locataire de la maison connue sous l'enseigne du Poirier sans pareil, se plaint de son voisin, le plâtrier Muller, qui exploite au bas de son jardin une carrière à plâtre et cette exploitation, dit-il, « a déjà diminué mon jardin et expose mon treillage à tomber. Il y a du danger lorsqu'il fait sauter les mines ».

En 1819, le maire Faveret signale que dans la carrière Héricourt, située entre le chemin des Dames et la route nouvelle de Montmartre, qui avait été reconnue comme non exploitable, on continue à travailler, qu'une masse énorme de terres s'est détachée et que les propriétés voisines, notamment celle du Sr Courbe, sont menacées d'une destruction prochaine.

En 1822, c'est l'interdiction d'exploiter la carrière de la Vve Brochet qui est tellement dangereuse, dit l'Inspecteur général des carrières, que l'aspect seul « est effrayant ». En 1829, c'est un fontis qui se forme dans la rue Feutrier où une charrette de porteur d'eau et le cheval sont tombés.

En 1833, une profonde excavation se produit le long du chemin de la Fontenelle (2), où la Vve Goguin exploitait une carrière ; il fallut l'entourer d'une clôture en planches, et, comme le chemin était devenu impraticable, on ouvrit provi-

 

(1) Aujourd'hui rue de Maistre.

(2) Aujourd'hui rue du Chevalier de la Barre.

 

 

 

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soirement un passage dans un terrain limitrophe qui appartenait à M. Feutrier. Il en résulta que la commune dut payer au menuisier Frémont une somme de 110 fr. pour la clôture de l'excavation et une autre somme de 588 fr. pour rétablir, sur une longueur de 72 mètres, celle qui avait été enlevée pour l'ouverture du passage dans le terrain de Feutrier (1).

Aux préoccupations que donnaient au Conseil les exploi­tations en cours venait encore s'ajouter l'étude des nouvelles demandes dont l'accueil pouvait soulever des difficultés dans l'avenir. Une de ces demandes provoqua justement, en 1835, une certaine émotion. Le bruit avait couru qu'une permission d'exploiter en carrière un, terrain situé rue des Fontaines, 13 (2), avait été sollicitée par M. Ambroise Billeton de Vautcourbon.

Le Conseil se réunit le 9 février et transmit à l'autorité supérieure la délibération suivante : « Il y a lieu de craindre que cette exploitation n'arrête le cours des eaux qui prennent leur source dans cette propriété, alimentent les fontaines publiques et n'en prive les habitants, et il est d'avis de repousser cette demande. En effet, depuis nombre d'années, la commune jouit d'un cours d'eau qui est recueilli dans un abreuvoir où il parvient par le moyen d'un aqueduc en partie couvert par le terrain dont il s'agit ; qu'aux termes du droit commun, la jouissance des eaux dont il est question ne peut être entravée en aucune manière, encore moins détruite, comme il arriverait infailliblement par la réalisation du projet soumis à l'autorité ». Et il termine en se déclarant tout prêt, le cas échéant, à « soutenir judiciairement son droit imprescriptible ».

Les accidents devenant plus fréquents, les plaintes et les récriminations des habitants plus acerbes, les règlements des carrières étant de moins en moins respectés, l'Administration se décida enfin à intervenir et le Préfet de la Seine institua une commission pour « chercher, de concert avec le Conseil

 

(1) Délibérations des 7 août 1833 et 10 février 1834.

(2) Aujourd'hui rue Girardon.

 

 

 

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municipal, les moyens de faire cesser l'état dangereux des carrières ». Cette commission se réunit à la Mairie les 7 et 8 janvier 1836 ; elle reçut « les déclarations des habitants et propriétaires les plus directement intéressés soit par les accidents dont ils avaient été victimes, soit par la crainte que leur occasionnait le voisinage des carrières », et mit sous leur yeux les plans de l'Administration indiquant la distance approximative des exploitations aux habitations limi­trophes. Mais les intéressés n'avaient pas été sans remarquer que plusieurs de ces plans remontaient à une époque assez éloignée et, méfiants, ils émirent des doutes sur leur exactitude (1).

Pour calmer les esprits, la Commission fit procéder immé­diatement à une vérification, celle de la carrière Héricourt qui longeait le Chemin-Neuf (2) et dont l'exploitation était particulièrement signalée comme dangereuse. Cette exploration permit de constater que les ciels de cette carrière menaçaient de s'écrouler et que, dans certaines parties, les travaux étaient avancés au-delà des limites déterminées sur le plan. Malgré ces constatations, le représentant de l'Administration, M. Heurdequin, se montrait sans inquiétude et estimait qu'une visite générale des carrières lui paraissait inutile. La Commission municipale ne l'entendait pas ainsi ; elle réclama de promptes mesures et insista pour qu'une vérification des plans fut opérée contradictoirement avec les agents de l'Administration. Devant la ferme volonté manifestée par les Conseillers muni­cipaux, la Commission préfectorale dut céder et décida « qu'il serait procédé à cette levée de plans ; que le périmètre des

 

(1) Un article du règlement enjoignait à l'exploitant « de faire connaître, au début de chaque année, les augmentations de sa carrière pendant l'année précédente ». L'Administration était ainsi tenue au courant de l'état des exploitations et pouvait corriger les plans. Mais il semble que, comme les carriers, elle n'attachait pas grande importance à la stricte exécution des prescriptions. En effet, l'ingénieur de la commune, dans le rapport cité plus loin, signale un plan dressé en 1813 par le Sr Loysel, qui ne fut complété qu'en 1835, et un plan levé par le géomètre Bidaux dont les corrections s'arrêtaient à 1830. D'autre part, l'inspection ne possédait pas de plan des exploitations à découvert.

(2) Aujourd'hui rue Lepic.

 

 

 

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Fig. 6

 

La rue Tourlaque d'après un dessin de D. Sutter (1875)

offert au Vieux-Montmartre par M. E. Miguet.

A droite : Emplacement du Siège Social de la Société.

 

 

 

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carrières serait déterminé de la manière la plus exacte ; que le fonds de masse serait partout constaté et que, s'il était masqué soit par des remblais, soit par des travaux d'art, les obstacles seraient enlevés aux frais des carriers ; qu'enfin, si des difficultés insurmontables se présentaient, on ferait des sondages dans tous les points où la rumeur publique indiquerait des excavations qu'on ne pourrait explorer ».

Le Conseil municipal obtenait donc gain de cause et M. Freix, ingénieur géomètre, fut commis pour assister dans cette visite M. Bonichon, inspecteur général des carrières. Mais, quelques jours après, sans que la cause en soit indiquée, M. Freix informait le Maire qu'il « résignait les fonctions qui lui avaient été attribuées ». C'était encore un nouveau retard. Un groupe d'habitants intéressés dans la question et ayant à sa tête M. Biron (1), propriétaire, s'occupa du remplacement de M. Freix et proposa au Conseil, dans sa séance du 1er février 1836, de confier la visite des carrières à un ingénieur civil, M. Hippolyte Hageau, ancien élève de l'École polytechnique, demeurant rue Coquenard, 8, qui acceptait de remplir cette mission dont les honoraires seraient fixés à 9 francs par vacation ou journée de travail. La proposition fut agréée et les travaux aussitôt entrepris se poursuivirent jusqu'au mois d'août 1836, occasionnant une dépense de 737 fr. 40 (2).

Le rapport consciencieux et très documenté de M. Hageau, qui déclare avoir traité cette affaire plutôt en ingénieur qu'en géomètre, fut publié en 1837 (3) et voici sa conclusion : « Il résulte que dans l'état actuel des choses, la butte Montmartre se trouve serrée d'extrêmement près par une ceinture de carrières qui, sauf très peu d'exceptions, ont approché soit des constructions riveraines, soit des chemins publics, beaucoup plus que ne le permet le règlement du 22 mars 1813

 

(1) M. Biron devint maire de Montmartre en 1843.

(2) Séance du 4 août 1836.

(3) Rapport de l'ingénieur de la commune sur le résultat de la vérification contradictoire des plans des carrières. Paris, 1837.

 

 

 

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lequel est en vigueur ; que dans quelques cas mêmes, les exploitations ont été poussées sous des constructions ou des chemins et, qu'il en est survenu, tant pour les propriétaires riverains que pour le public, de graves inconvénients ; qu'ainsi par exemple, deux chemins principaux, le Chemin-Vieux et celui de la Fontenelle se trouvent dans une partie de leur longueur comme suspendus un peu trop hardiment entre les ravins assez profonds que forme, de chaque côté, le terrain abaissé des carrières et sont encore bordés en quelques points par des vides non remblayés, danger qu'ils partagent, du reste, avec le chemin de la Cure (1) et celui des Dames, avec plusieurs constructions, places, carrefours, peut-être aussi avec le chemin de Clignancourt, le chemin des Bœufs (2), etc... Il serait difficile de ne pas reconnaître que les plaintes élevées par les habitants de la butte Montmartre sont fondées ».

M. Ch. Sellier, dans sa notice sur les carrières de Mont­martre (3), a donné les extraits les plus intéressants de ce rapport relatifs à l'emplacement et à l'état des carrières alors exploitées. Il ajoutait que « les réclamations des habitants ne restèrent pas longtemps sans résultat et que l'Administration prit aussitôt un arrêté interdisant, pour l'avenir, toutes exploitations nouvelles en souterrain et arrêtant définitivement celles en cours ».

Cette information, dont j'ignore la source, paraît en contradiction avec les déclarations mêmes du Préfet que nous citerons tout à l'heure et nous allons voir, d'ailleurs, que le Conseil municipal est encore obligé de lutter avec les divers services qui s'occupent des carrières et qui ne s'en­tendent pas et d'appeler à son aide toutes les autorités qu'il croira capables de sauver la butte.

En 1836, le Conseil d'arrondissement, dans sa session de

 

(1) Aujourd'hui rue des Abbesses.

(2) Aujourd'hui rue Marcadet.

(3) Curiosités du Vieux Montmartre, les Carrières à plâtre. Ch. Sellier, 1893.

 

 

 

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février (1), saisi des réclamations de la Municipalité de Montmartre, émettait le vœu que « 1° les cavages souterrains soient éboulés et comblés dans toute la commune ; 2° que l'ouverture de nouvelles exploitations souterraines et par cavage y soit interdite à l'avenir ; 3° que les exploitations à ciel ouvert y soient soumises à la plus sévère surveillance pour l'observation des distances et de toutes les autres mesures de sûreté établies par les règlements existants sur la matière ».

Le Préfet répondait que la commune de Montmartre avait été, sous le rapport de l'exploitation des carrières, l'objet de toute la sollicitude de l'Administration ; qu'il attendait la remise du travail de l'ingénieur désigné par la commune pour procéder, de concert avec le Maire, à l'examen des mesures qu'il conviendrait de prendre ; que les premières vérifications avaient, d'ailleurs, démenti le bruit qu'on avait répandu sur les anticipations commises de tous côtés par les exploitants et, qu'enfin, l'Administration ne pourrait jamais proscrire le mode d'exploitation souterraine qui est autorisé par loi, et qu'empêcher un carrier d'exploiter par cavage serait, en réalité, l'exproprier. Le Conseil général, appelé à son tour à donner son avis, estima que les explications du Préfet et de M. Trémery, ingénieur en chef des mines, étaient de nature à dissiper les alarmes de la commune de Montmartre et on se borna à donner des instructions aux agents des carrières pour exercer une surveillance plus active et plus sévère.

Cette décision ne pouvait satisfaire les habitants. Ils pro­testèrent par une pétition sur laquelle s'appuya le Conseil municipal pour adresser, au mois de février 1837, à M. de Rambuteau, un mémoire dont le début signala l'effervescence qui aurait régné dans le public.

« La délibération du Conseil général, dans sa séance de 1836, excita dans la population un sentiment douloureux dont l'autorité municipale eût peine à modérer la violence.

 

(1) Archives de la Seine, N2.

 

 

 

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Les renseignements fournis au Conseil général pour combattre l'interdiction des cavages excitèrent, au plus haut degré, l'agitation des habitants et eussent infailliblement amené des scènes de désordre et peut-être des collisions si, après le premier mouvement, le bon sens public n'eût compris qu'à l'Inspection des carrières appartient la responsabilité des assertions mensongères qui avaient été produites et qu'il restait encore aux victimes de ces déplorables erreurs un recours dans le zèle de ses protecteurs naturels et dans la haute sagesse de M. le Préfet ».

Après ce préambule diplomatique où l'on veut ménager la susceptibilité du Préfet, le Conseil répond aux observations de l'Inspection des carrières « qui avait cru pouvoir se retrancher derrière la visite contradictoire faite avec l'ingénieur désigné par la commune pour affirmer que cette opération avait démenti le bruit répandu sur les anticipations ou sur les dangers des exploitations souterraines ».

Cette opération avait prouvé, au contraire, que les inquié­tudes de la population n'étaient que trop justifiées. Le Maire rappelle que, le 21 mars 1836, il avait adressé au Préfet un rapport sur la carrière Héricourt, explorée la première, où on énumérait toutes les infractions aux règlements et il regrette que ce document, auquel on n'a d'ailleurs pas répondu, ait été confié à des personnes intéressées sans doute à intercepter la lumière. Les récentes explorations des carrières Muller et Gillet n'ont fait que le fortifier dans sa conviction, et il ajoute : « Cette exploration présente toujours les mêmes caractères de spoliation de la part des exploitants, de tolérance la plus extraordinaire, on pourrait dire la plus coupable de la part de l'Administration.

Concevra-t-on que jamais les plans des agents des carrières n'aient constaté l'épaisseur des terres de recouvrement, ni tenu compte du voisinage des chemins ou des propriétés particulières ; que les dimensions données pour la largeur et la hauteur des bouches et galeries aient été maintes fois dépassées sans qu'on s'en soit le moins du

 

 

 

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monde inquiété et qu'on ait laissé impunément exploiter des piliers ; qu'aucun des plans de l'Administration n'ait été l'objet d'un travail régulier, à beaucoup près, puisqu'ils constatent, pour la plupart, des intervalles de plusieurs années pendant lesquelles aucune opération géométrique n'a été faite ?

Telle est la vérité.

Faut-il s'étonner si les accidents se succèdent tantôt vers le Chemin-Neuf où des éboulements successifs menacent d'emporter les maisons qui bordent la voie publique ; tantôt vers le Chemin-vieux où les mêmes accidents se produisent dans l'intérieur des propriétés situées au sud où, récemment, un fontis de soixante pieds de profondeur s'est ouvert au milieu des jardins ; dans toutes les parties de l'est où la montagne éprouve un affaissement général et que chaque jour rend plus sensible ; au nord, où l'ardeur de l'exploitation prend le caractère de la destruction. Tout cela se passe au grand jour.

La responsabilité de tous est engagée à apporter au mal un remède prompt et énergique ; autrement, après avoir sur un autre point laissé enfouir la demeure des morts, l'Administration des carrières nous fournira inévitablement le spectacle désolant de l'engloutissement des habitations des vivants et la destruction de familles entières qui disparaîtront peut-être dans une effroyable catastrophe ».

Le tableau était bien poussé au noir, mais il ne paraît pas avoir produit son effet ; car, nous voyons le Conseil d'arron­dissement, saisi de nouvelles protestations, reconnaître, dans sa session de 1837, que « l'état des carrières de Montmartre présente un caractère alarmant et compromet la tranquillité publique ; il est certain que des abus nombreux ont été commis dans l'exploitation de ces carrières ; que toutes les règles de prudence et de sage conservation ont été scandaleusement violées, à tel point que des habitations particulières

 

(1) Aujourd'hui rue Ravignan.

 

 

 

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et des chemins publics reposent actuellement sur des terrains » excavés et sont menacés d'être engloutis d'un moment à l'autre, quoiqu'en puissent dire les agents chargés de la surveillance. Une tolérance déplorable a, sinon autorisé, du moins favorisé des abus qui compromettent en ce moment l'existence des citoyens et menacent la ruine des propriétés ».

L'Administration demeurait toujours impassible et si le sous-Préfet de Saint-Denis ne peut contester la gravité des accidents, il atténue la portée de ses déclarations en disant « que l'opinion publique s'est peut-être effrayée plus qu'elle ne le devait sur leurs conséquences ».

Enfin, le 11 octobre 1838, le Conseil municipal en appelle directement au Conseil général dans un mémoire que nous reproduisons presque in extenso, car il résume toute la ques­tion, dévoile les faiblesses ou les négligences de l'Adminis­tration, montre les difficultés auxquelles le Conseil se heurtait et témoigne de l'énergie qu'il déploya pour tenter de les vaincre.

         « Le Maire expose qu'au moment où le Conseil général va se réunir, il a pensé qu'il pourrait être utile aux intérêts communaux si gravement compromis de lui faire connaître par un vote spécial la nullité de l'intervention protectrice qu'il avait signalée par deux délibérations dans ses sessions de 1836 et 1837 et d'appeler de nouveau son attention la plus sérieuse sur les dangers qui menacent la commune de Montmartre par suite de l'exploitation des carrières.

         En se bornant à signaler une incurie sans exemple, un mauvais vouloir au moins inconcevable, le Conseil municipal citera des faits péremptoires.

Le Conseil avait demandé dans deux délibérations successives :

1° L'affaissement ou le comblement des anciens cavages ;

2° L'exécution rigoureuse des règlements sur les carrières ;

3° Une augmentation du personnel chargé de la surveillance.

 

 

 

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Il ne paraît pas qu'on ait donné suite à cette dernière demande ni qu'on ait compris la destruction des anciens cavages d'une manière large et complète. Cependant on doit convenir que l'Inspection des carrières a semblé se réveiller de son engourdissement et que, depuis l'époque de ces votes, de nombreux arrêtés, en prescrivant des travaux de consolidation dans les exploitations souterraines, ont justifié les plaintes que les habitants faisaient entendre depuis dix ans et qu'on traitait avec une légèreté dédaigneuse.

Il a bien fallu reconnaître que l'Administration avait été jusque-là coupable d'une négligence inqualifiable, ce qu'avait justement fait ressortir le rapport général, fait en 1836 et 1837 sur les carrières par le Sr Hageau, rapport qui a été mis sous les yeux du Conseil, général dans sa dernière session.

Si encore les nouveaux arrêtés eussent été exécutés, tout en déplorant les malheurs du passé, les propriétaires menacés eussent pu reprendre confiance. Mais loin de là ; l'Inspection des carrières, comme si elle limitait ses attributions à celles d'un Comité consultatif, s'arrête immobile. L'activité, l'audace des exploitants vont croissant et les sinistres éclatent bientôt plus nombreux, plus formidables que jamais.

L'exécution des arrêtés est donc nulle, non seulement par l'inertie des agents chargés d'y présider, mais aussi y par la jurisprudence douteuse adoptée à la Préfecture de la Seine.

La bureaucratie, qui avait posé les vrais principes dans une déclaration du 3 mars 1836 en consacrant que c'était au propriétaire de la carrière à répondre à l'Administration des contraventions et de leurs conséquences, change complètement de système en 1837 et fit, le 15 mars de cette même année, adopter par le Préfet l'opinion que les frais d'exécution de ses arrêtés et de toutes les constructions qu'ils prescrivent doivent être supportés, ou du moins avancés par les communes, sauf recours contre qui de droit. Cette prétention ayant été récemment combattue, le Maire, placé dans l'obligation de faire exécuter d'office des travaux importants, sur l'avis du Conseil municipal, se pourvut au tribunal de justice de paix pour obtenir du moins un exécutoire contre le propriétaire, qui devait seul supporter le prix des travaux ordonnés. Cette demande fut repoussée et, par le jugement prononcé, se trouva confirmé l'avis du Conseil municipal qui pensait que les travaux de consolidation dans les carrières prescrits par l'autorité préfectorale doivent être exécutés par ses agents et à ses frais et qu'à M. le Préfet, il appartient de rendre un exécutoire qui assure le remboursement des avances en les faisant peser sur la propriété.

Par suite, une délibération du 23 novembre 1837, soigneusement motivée et résumant toute la législation sur la matière, fut signée et présentée par des commissaires spéciaux à M. le Préfet.

La bienveillance dont il usa dans cette entrevue, les assurances qu'il donna à la Commission d'un concours protecteur, voilà ce qui appartient en propre au magistrat.

Ce qui suit doit peser exclusivement sur les employés c'est que depuis le 24 novembre 1837, c'est-à-dire depuis plus de dix mois, on n'a même pas accusé réception de cette délibération qu'il serait à désirer que le Conseil général se fit représenter.

Ce silence, au surplus, n'a rien de surprenant ; car, en s'occupant, il fallait absolument sévir contre les exploitants pour lesquels les bureaux semblent avoir réservé toutes leurs tendresses ; mais qu'il s'agisse d'un malheureux propriétaire, on saura bien revenir nettement au principe et trouver pour l'appliquer une force dont on est désarmé quand il s'agit des carriers. C'est ainsi que le Sr Fleury, ayant vu démolir sa maison, qui avait été mise en péril par une exploitation souterraine (1), a été, tout récemment, forcé de

 

(1) La carrière Héricourt.

 

 

 

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payer les frais de démolition de sa propriété, en vertu d'une y contrainte décernée par M. le Préfet et basée sur le règlement des carrières.

Et on hésite quand il s'agit des exploitants et propriétaires des carrières qui, pour la plupart, ont dû mettre, par des hypothèques vraies ou simulées, leur fonds à l'abri de la juste réclamation des tiers, même des communes, et qui ne peuvent plus être atteints que par l'effet d'une contrainte primant tous les autres droits.

La conséquence de cette hésitation déplorable, c'est que, pendant le temps qui s'est écoulé, les propriétaires des exploitations, notamment celles du sud, auxquels il avait été prescrit simultanément des travaux de reconfortation et des remblais dans les cavages de basse masse et de haute masse, scindant les arrêtés de l'Administration, se sont empressés de faire exécuter les remblais de haute masse qui leur rapportent des sommes considérables au moyen de la rétribution qu'ils exigent des gravatiers. Ils ont surchargé les cavages de basse masse d'un poids énorme et se procurent ainsi des affaissements successifs qui rendront impossibles et les travaux de réparation et le remblai de la basse masse qui eussent occasionné des dépenses.

Tout cela se passe sous les yeux des Inspecteurs des carrières et ils sont muets. Dans leur quiétude, ils se reposent sur les arrêtés qu'ils ont préparés, prétendant, sans doute, devoir rester étrangers à leur exécution et avoir mis suffisamment leur responsabilité morale à couvert.

Tels sont les faits. Que le Conseil général les juge. Leur résultat positif, incontestable, c'est qu'aujourd'hui toutes les propriétés qui forment l'enceinte supérieure de la butte Montmartre, à l'est et au sud, sont, sans exception, détruites, attaquées ou gravement compromises.

Ainsi, en commençant à l'est, le chemin communal de la Fontenelle a été emporté dans la carrière Goguin avec une partie de la propriété Suleau. Le passage, rétabli d'abord, y a été interdit de nouveau, il y a quelques mois, par mesure

 

 

 

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de sûreté publique. Au-dessus de la carrière André Muller, l'autorité a, pour un motif semblable, fait démolir le moulin de la Lancette et la maison Boguart que leurs habitants ont dû précipitamment abandonner. En retournant au sud, l'exploitation des Srs Leclair et Brochet fils a gagné tous les terrains qui avoisinent le télégraphe et qu'il a fallu interdire au public, à l'époque de la fête communale, au mois de juillet dernier. L'église qui supporte le télégraphe est déjà menacée.

Une propriété presque contiguë, la cour du Pressoir, trop approximée des travaux de la carrière Gillet, vient d'être évacuée précipitamment par ordre supérieur et le Sr Borelle, vieillard octogénaire, sera bientôt contraint de faire abattre, à ses frais sans doute, la maison dans laquelle il devait finir paisiblement ses jours.

L'exploitation Muller qui vient ensuite a mis en péril, dans la partie supérieure, le pavillon Rossi, a entraîné dans l'abîme le cabaret Limage et s'étend sous le Chemin-Vieux de Montmartre qui aura, probablement, le même sort avant peu de mois. Dans la portion plus rapprochée du sud, la propriété Paillard est en partie excavée. La maison dite du Petit-Bicêtre est condamnée et la Mairie, construite, il y a deux ans, sur un terrain alors solide, inspire de sérieuses inquiétudes. En traversant le Chemin-Vieux, la carrière Héricourt, qui longe dans une grande étendue le Chemin-Neuf, a mis en danger toutes les propriétés qui sont assises au bord de la route. La maison Fleury vient d'être abattue ainsi que le mur mitoyen des Srs Burcq et Viret et leurs maisons suivront de près infailliblement. Il en sera de même de celles appartenant à MM. Bucher et Darbo qui sont déjà lézardées en tous sens. Les propriétés Biron, Labre et Balavoine ne peuvent exister davantage qu'à l'aide de travaux qu'on ne veut pas faire exécuter. La route départementale sera partiellement emportée dans cette carrière ; cela est inévitable et la rue de la Cure, qui lui est parallèle dans la partie inférieure du rempart, ne peut échapper à une catastrophe semblable.

 

 

 

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Un peu plus loin, et en retournant à l'ouest, le moulin Debray était également compromis par une carrière, celle des Srs Belhomme et Tourlaque qui, du moins, a été complètement interdite par l'autorité judiciaire.

Au nord, il faut signaler encore l'exploitation Barbeau qui aura bientôt détruit la maison Éparvier. Il est facile de remarquer que les exploitations, qui ont attaqué simultanément tous les points de la montagne les plus rapprochés de Paris, sont arrivées à la première enceinte des propriétés de la butte où elles jettent, en ce moment, la perturbation et la ruine. Si on ne les arrête pas instantanément, elles envahiront successivement toutes les parties du sommet.

Qu'on dise maintenant que les habitants sont des visionnaires lorsqu'ils s'écrient : nous périssons ! et qu'en suppliants, ils tendent les bras vers l'autorité départementale qui, seule, peut les sauver, dont c'est le devoir et qui s'y refuse. Et qu'on reconnaisse, enfin, qu'ils sont trop excusables quand, parfois, ils font succéder l'expression de l'amertume et du désespoir à de justes plaintes si longtemps méconnues.

Le Conseil municipal, dont l'influence a toujours été consacrée à apaiser l'irritation des esprits, plus calme, n'en est pas moins affecté des malheurs du passé et de ceux de l'avenir et s'il ne peut prêter à ses commettants que le concours de sa réclamation, elle sera du moins énergique et persistante comme les griefs sous lesquels ils succombent.

Placés sous cette impression profonde, les membres, votant à l'unanimité, supplient le Conseil général de recommander itérativement et avec la plus vive insistance à M. le Préfet :

De faire exécuter par ses agents, et au besoin à l'aide d'avances, l'affaissement ou le comblement de tous les cavages de basse masse après l'achèvement des travaux de réconfortation nécessaires ;

2° Le remblai des cavages de haute masse avec les mêmes précautions préalables ;

 

 

 

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Fig. 7

 

CARRIERES A MONTMARTRE

d'après une lithographie de V. Lefranc. - 1843

(Coll. Blondel)

 

 

 

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3° De faire supporter les frais de ces travaux aux propriétaires des exploitations ou de se faire rembourser des avances faites par l'Administration départementale au moyen d'exécutoires rendus par M. le Préfet comme en matière de contributions publiques et prévenant toute chance de perte par le privilège spécial qu'ils obtiennent sur le sol même de la carrière ;

4° De faire réviser, dans le plus bref délai, le règlement qui les régit et jusque-là d'interdire provisoirement toute exploitation souterraine dans la commune de Montmartre.

Le Conseil général appréciera dans sa sagesse s'il n'y a pas lieu, en raison de la gravité des faits et de la difficulté des circonstances, d'inviter M. le Préfet à modifier le personnel de ses divers agents. Il est difficile, en effet, de pouvoir désormais compter sur leur impartialité et d'attendre un concours efficace de ceux qui ont tout au moins toléré ces abus, cause première de tant de désastres.

Ainsi fait et délibéré à Montmartre. Ont signé : Leroy, Moulle, Paillard, Grassin, Loyre, Leparent, Réaulte, Dourlen, Marjolin, Biron, Dumolard, Fournier, Creté, Seveste et Véron, maire ».

On ne saurait méconnaître l'énergie avec laquelle le Conseil municipal plaida la cause et devant l'exposé des faits graves qu'il signale, on est tout disposé à croire que l'Administration va faire droit à ses réclamations et prescrire les mesures urgentes qu'il préconisait. Il n'en fut rien. On prit bien quelques arrêtés, on accumula enquêtes sure enquêtes, rapports, sur rapports, on alla même jusqu'à changer le personnel de l'Inspection ; mais, en somme, la situation restait à peu près la même et nous voyons encore le Conseil, que rien ne lasse, s'adresser, le 4 mai 1842, à M. de Junker, inspecteur général des carrières.

« Il est convaincu que les plaintes multiples des représentants de la commune sur la mauvaise administration des carrières et sur leurs dangers étaient fondées.

Le Gouvernement a éloigné de lui les agents qui les

 

 

 

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contestaient et dont le passage aux affaires a laissé des traces si douloureuses dans le passé, si fatales pour l'avenir de la commune.

Mais la justice qui leur a été faite n'est pas une réparation pour la commune elle ne peut l'attendre que de l'adoption d'un périmètre d'interdiction autour des habitations groupées sur la butte qui avait été demandée.

Mais, comme les autres demandes, elle a suivi le sort de toutes les dispositions proposées dans l'intérêt des habitants et qui ont succombé devant une influence occulte sur laquelle la vérité commence à se faire jour.

Cependant les faits étaient patents. Lors de la Commission présidée par M. Heurdequin, il fut promis que les cavages abandonnés seraient immédiatement effondrés par les ordres de l'Administration. On n'en a pas tenu compte. L'adoption d'un périmètre exigeait-elle le luxe d'enquêtes dont on l'a entourée et qui semble se résumer dans une fin de non recevoir.

Les habitants seront-ils aujourd'hui satisfaits parce qu'on leur annonce que toute la pierre exploitable peut être enlevée en trois années ? Non, sans doute ; car personne n'ignore que les exploitations souterraines, encouragées par l'inconcevable impunité dont elles ont joui, feront irruption au-delà de leurs limites et le mal sera sans fin comme il a été jusqu'ici sans remède.

Le Conseil réclame des mesures promptes, énergiques, patentes, gage de conservation pour l'avenir. L'opinion publique ne se tiendra satisfaite ni de promesses bureaucratiques, ni de conseils captieux, ni d'espérances frivoles elle demande aujourd'hui des actes concluants, énergiques, basés sur le droit et la justice ».

Cette protestation dont le ton net et catégorique tranche avec celui des autres adresses et laisse deviner que la patience du Conseil est à bout, paraît, cette fois, avoir porté ses fruits ; car, dans la même année, des arrêtés préfectoraux ordonnent la destruction des cavages Gillet, Héricourt et Barbeau. Il est

 

 

 

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vrai que dans les autres carrières, les accidents étaient tou­jours aussi fréquents et l'année 1844 semble avoir, le record du nombre de procès-verbaux dressés à ce sujet. En voici quelques-uns : au mois de juillet, c'est un Sr Dangenne tué par une masse de terres dans l'exploitation de Brochet père, sise à l'extrémité de la rue Saint-André ; au mois d'août, un ouvrier est tué, trois autres sont grièvement blessés par la chute d'une masse de pierre qui s'est détachée de la carrière Leclaire, propriété Lambin (1) ; quelques jours après, dans la carrière exploitée par le Sr Richet, un éboulement cause la mort de l'ouvrier Noël ; ses compagnons et le Sr Richet lui-même sont gravement contusionnés ; au mois de novembre, on voit le Bureau de Bienfaisance venir au secours des vic­times d'un éboulement qui s'est produit rue Saint-André, 16 et 18, et qui a englouti le mobilier, le linge et les outils de vingt-cinq ménages (2).

Ces événements malheureux n'empêchèrent pas d'ailleurs l'Administration d'autoriser de nouvelles exploitations (3) et en 1846, on apprenait que le Ministre, sur l'avis du Conseil des Mines, permettait à MM. Pernissen et Hériché de continuer, dans la carrière appartenant à M. Lambin, l'exploitation de haute masse à plâtre jusqu'à une distance de soixante mètres de l'église et du télégraphe.

 

(1) Carrière rue de la Cure qui, en 1813, était exploitée par Orsel.

 

(2) Délibération du 26 novembre 1844.

(3) On relève encore des autorisations un peu avant l'annexion. Le 10 juillet 1857, le Sr Brochet, demeurant à Batignolles-Montceaux, avenue de Clichy, 13, demande à exploiter à ciel ouvert une carrière à plâtre et à établir deux moulins pour écraser ledit plâtre dans un terrain lui appartenant situé derrière la maison dite la Hutte-aux-Gardes. Le Sr Brochet n'avait même pas attendu la permission pour entreprendre les travaux qui anticipaient déjà de deux mètres sur l'alignement du chemin des Cloys et elle ne lui fut concédée qu'après la remise en bon état de cette partie du chemin.

Dans Paris souterrain, M. Émile Gérards dit que la dernière autorisation fut accordée, le 23 décembre 1858, au Sr Julien Leclaire pour une carrière de haute lice au lieu dit la Fontaine-Saint-Denis et qu'une des dernières carrières exploitées fut celle qui s'étendait sous la propriété Debray entre la rue Caulaincourt et le moulin de Galette, dont il reproduit une pittoresque description donnée en 1860 par Nivert dans Esquisse sur les catacombes de Paris et les catacombes de Rome, la montagne Montmartre et le Mont-Valérien.

 

 

 

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Le Conseil s'émeut et, dans sa séance du 10 février, appelle encore l'attention de l'Administration sur « les dangers imminents de cette exploitation qui, placée au centre d'un nombre considérable d'habitations, va provoquer de nouveaux accidents, les ciels étant, pour la plupart, dans un état qui laisse présager des éboulements certains et qui compromet la stabilité des terres qui avoisinent l'église et le télégraphe, monuments qui ont déjà une propension à pencher du côté de Paris. Il rappelle que les éboulements nombreux ont eu lieu depuis quelques années dans cette carrière et celles limitrophes et que, l'année dernière, en déblayant des terres sur le dessus, une masse énorme de pierre à plâtre, formant l'entrée de la carrière, s'est détachée, a tué un homme, en a blessé plusieurs et que c'est une espèce de miracle si les douze hommes n'ont pas tous été tués ».

Et, à propos de cette carrière, M. Émile Gérards (1) cite un fait qui caractérise bien l'incohérence des services adminis­tratifs et des lois et décrets qui les régissent. En 1847, le 21 juin, le Ministre interdisait définitivement l'exploitation des carrières de la dame Leclaire et du Sr Hériché. Les intéressés s'étant pourvus devant le Conseil d'État, celui-ci rejeta leur demande par un arrêt qui ne fut rendu que le 27 décembre 1850 ; de sorte que pendant la période qui s'est écoulée entre la décision du Ministre et celle du Conseil d'État, c'est-à-dire pendant plus de trois ans, malgré la perspective peu rassurante de dangers qu'on ne pouvait ignorer puisqu'ils avaient provoqué l'intervention ministérielle, les carriers, sans inquiétude et en toute tranquillité, continuèrent leur exploitation.

Il serait étonnant qu'en parlant de Montmartre, on ne rencontrât pas la note amusante et fantaisiste. Elle nous est donnée par le gendarme Canard, de la brigade de Montmartre, qui, dans la lettre qu'il adresse à son lieutenant, le 22 février 1847, trouve, comme dans la chanson, « que

 

(1) Paris souterrain.

 

 

 

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c'est un sort exigeant » et suggère le moyen radical de ramener la tranquillité dans la commune.

« Mon Lieutenant, j'ai l'honneur de vous rendre compte que M. le Maire de la commune de Montmartre m'a invité, il y a quelque temps, d'exercer, dans mes tournées, une surveillance active et toute particulière dans les cavages exploités des grandes carrières de la commune par le Sr Ériché, demeurant rue des Carrières, et de saisir tous outils et instruments servant à faire partir la mine au moment du travail des ouvriers et d'en faire la consignation et le dépôt à la Mairie, attendu les instructions et les défenses qui ont été faites précédemment par l'autorité de pétarder dans ces excavations, crainte d'événements, d'éboulements entraînant dans leurs chutes les maisons du haut de la butte, défenses non observées par l'exploitant, d'après ce que m'a dit M. le Maire, suite de plaintes formées par des habitants à ce magistrat et invitation à moi renouvellée par ce fonctionnaire, le 21 courant, me prévenant qu'à l'avenir il me rendrait entièrement responsable de la surveillance auprès de l'autorité supérieure et des événements qui pourraient en surgir. Je lui ai demandé à ce qu'il ait la bonté de me donner les noms des plaignans ayant entendu des explosions pour établir un procès-verbal d'enquête et le soumettre à qui de droit. Il m'a répondu que cela n'était pas nécessaire. Il résulte qu'il est impossible à la brigade d'arriver à la découverte de ce travail défendu dont l'exécution n'a lieu que pendant certaines nuits où des mesures sont prises ; car, on ne peut pénétrer dans les fonds de galeries de ces excavations souterraines qu'avec de la lumière, or la lumière est un avertissement pour les travailleurs et il faudrait au moins trois brigades de gendarmerie toutes les nuits pour garder toutes les issues, alors on obtiendrait un résultat satisfaisant en saisissant les travailleurs et les outils. D'un autre côté, il faut passer devant les fours à plâtre du Sr Ériché avant d'arriver à ces souterrains. Depuis le mois de novembre la brigade qui a fait de fréquentes patrouilles

 

 

 

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de nuit, a opéré des arrestations de vagabonds dont quelques-unes sont collectives sans pouvoir découvrir aucun ouvrier mineur. Pour obvier à un tel état de choses, afin d'assurer la sécurité publique, il serait opportun d'abandonner ces cavages dont les produits actuels sont d'un faible rapport et d'obliger la commune de faire murer les entrées de ces souterrains, autrement dans un temps ultérieur, peut­-être proche, il pourrait arriver des événements graves à déplorer si le jeu des pétards a toujours lieu. Je suis, avec un profond respect, mon Lieutenant, votre très humble et très obéissant serviteur. CANARD ».

A partir de 1850, le Conseil municipal semble bien délivré de tous ces ennuis et l'exploitation des carrières, dont on prévoit la fin prochaine, ne laisse plus de trace dans ses délibérations. Celles que nous avons reproduites, et qui sont, on peut le dire tout à l'honneur des courageux et dévoués citoyens qui administraient la commune, nous dévoilent, comme je le disais au début, un peu de la vie de Montmartre et font ressortir, dans un tableau curieux et avec une couleur bien locale, le caractère de la population, cet esprit avancé, combatif, ardent, peut-être aventureux qui, plus d'une fois, attira l'attention sur notre butte.

 

J. MAUZIN.

 

 

Appendice. - De recherches récentes dans la collection Parent de Rosan, j'extrais les documents suivants recueillis aux Archives nationales et aux Archives de l'Hôtel-de-Ville détruites en 1871, documents qui complètent cette étude et qu'il m'a paru intéressant de publier, car ils démontrent, une fois de plus, que de tous temps les carriers, dans leurs entre­prises, traitèrent Montmartre en pays conquis et que les habitants, conscients du danger permanent qui les menaçait, ne cessèrent de porter leurs doléances à ceux qui détenaient l'autorité, aux baillis, aux prévôts, plus tard aux municipalités et même au Roi, comme nous le verrons tout à l'heure.

 

 

 

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En 1657, le voyer Jean Bourdon « requiert que Jacques Dalibert sera condamné à rétablir le chemin des Portes-blanches (1) en telle sorte que les chevaulx et charrettes y puissent passer... et le grand chemin quy conduit de Clignancourt à Paris, lieu dit le houltier quy est à grand perril (2) ».

En 1659, des dégradations sont constatées sur le grand chemin de Montmartre aux Porcherons appelé le chemin des Portes-blanches et les plâtriers Guillaume Boucher et Jacques Belhomme sont « tenus de le réparer, de faire des murs et faussés sur les rives et bordages de leur carrière pour la deffense des inconvéniens qu'en pourraient avenir des chevaulx, des harnois et bestiaux, même lorsque S. M. prend son plaisir de la chasse, courant le gibier avecques sa noblesse et vênerie, pourrait tomber en l'enfouage de sa carrière faulte des murs ou faussés estant icelle en plaine et raie campagne et grand perril... et condamnés solidairement à 48 livres parisis d'amende ».

En 1675, c'est le transport de la justice et des voyers à la carrière située au chemin de Mauregard (3), derrière l'enclos de l'abbaye qu'exploitait Jacques Penel. Ce plâtrier avait exposé au Prévôt de Montmartre que les éboulements, qui se produi­saient et dont on se plaignait, étaient dus « aux eaux qui sortent dessouls le chemin de Mauregard et entraînent les terres du dit chemin ». On constate que « l'esboulis causé

 

(1) Aujourd'hui rue Blanche.

(2) C'est probablement la carrière située au chemin de Mauregard dont était propriétaire Jacques Dalibert, surintendant général des Finances du duc d'Orléans.

(3) En 1767, l'arpenteur Pierre Le Sourd, à l'appui du plan géométrique du territoire qu'il dressa pour les Dames de Montmartre, déclare : « On prétend qu'anciennement il conduisait de Paris à Montmartre, mais que Mme de Lorraine et les abbesses suivantes ayant augmenté leur clos et donné un terrain plus sinueux pour y faire passer par une pente plus douce le chemin de Paris à Montmartre tel qu'on le voit aujourd'huy, le chemin a cessé d'être public. Son entrée est dans la rue des Martyrs au commencement de la rue de la Tour­ d'Auvergne, mais il finit à la porte jaune au clos des Dames et ne sert que pour

y déverser les immondices des Porcherons dans quelqu'une des pièces voisines. Largeur commune, 14 pieds. » (Arch. nat. ; Z. 8514). En 1828, on retrouve, suivant le même tracé, cette voie dénommée rue Beauregard (Plan de Vivien).

 

 

 

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par les fouilles de Penel et non par les eaux comme il le prétend, est long de 9 toises ½, large de 9 pieds, en sorte qu'il ne reste plus que 6 pieds pour le passage entre le mur du clos de l'abbaye et le précipice, et profond de 16 à 17 toises ; que les charrois, les chevaulx et même les personnes n'y peuvent plus passer ». Aussi, le 10 décembre, le bailli défend à Penel de continuer sa fouille et le condamné à 300 livres d'amende. Il ne semble pas que la sentence fut suivie d'exécution ; et, bien que Penel eût fait reconstruire un mur le long du chemin, mur qui au bout de trois semaines, il le reconnaît, s'effondre dans la carrière et qu'il remplaça par des remblais, en novembre 1677 « un nouvel esboutis emporte le reste du chemin ; 3e esboutis dans la nuit du 26 au 27 février 1679 qui fait tomber dans la carrière le mur de clôture des religieuses en la longueur de 11 toises et la terre du clos dans une largeur de 4 toises ». Aussi, le 24 octobre de cette même année, le bailli condamne Penel « à rétablir le chemin de Mauregard, à combler sans délai le précipice, dommages et intérêts envers les Dames à cause de la chute d'une partie de leur mur et envers les habitans pour la privation du chemin, à régler par déclaration, à 100 livres d'amende et aux dépens liquidés pour Madame à 142l 17s et pour les habitans à 50 liv. ».

En 1694, un accident plus grave est révélé par la requête adressée au Prévôt par Claude Gilbert, prêtre, protonotaire du Saint-Siège apostolique et curé de Montmartre, qui expose que « le risque arrivé à la carrière de Guillaume Cappel, plastrier, a causé la mort de quatre hommes et demande que le Sr Cappel soit condamné à luy paier 20 livres à quoy il se restraignait pour l'inhumation de trois hommes et les dépenses ».

Le plâtrier Joseph Oudet (1) exploitait, en 1764, une carrière située derrière les maisons de Clignancourt et, avec le sans-gêne habituel de la corporation, ses voitures dégradaient

 

(1) Beau-père du plâtrier Jean Cochois.

 

 

 

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les murs et le pavé dé la chaussée qui venait d'être nouvel­lement fait et dont le Roi avait pris l'entretien à sa charge. Les habitants demandaient que le plâtrier fût tenu d'établir une demi-lune à l'entrée de sa carrière, pour faciliter le tournant de ses voitures et éviter la dégradation du mur du jardin du Sr Baujon de Seilhan (1), propriétaire, de combler les ornières jusqu'à la maison du Sr de La Borde. A l'audience du bailli du 2 mars, Joseph Oudet consent à établir la demi-lune, à réparer tous les dégâts, à entretenir et régaler le chemin, à le faire balayer, etc.

Mais si les plâtriers s'exécutent contraints ou de bonne grâce comme celui-ci, ils n'hésitent pas à leur tour à poursuivre ceux qui leur causent un préjudice, et c'est ce qui arriva au célèbre Carlin, de la Comédie italienne, et à sa femme, qui furent condamnés, en 1768, à réparer les brèches que leurs voitures avaient faites au mur de deux plâtriers (2).

Citons encore une sentence de 1749 qui enjoint de réparer le chemin de la Hutte-aux-Gardes « tellement retiré par l'extraction de fa pierre qu'à peine un cheval chargé pourrait y passer et serait en danger de tomber et de se tuer dans la carrière loin de tout secours ».

Malgré la déclaration du Roi du 3 janvier 1779, relative à l'exploitation des carrières, qui interdisait le cavage à tranchée ouverte, en retraite, par banquettes ou avec talus, les accidents étaient toujours aussi fréquents et des contraventions ne ces­sèrent d'être commises. En fait, la défense d'exploiter en souterrain, nous l'avons vu, fut lettre morte aussi bien pour les carriers que pour l'Administration et une nouvelle preuve en est donnée en 1829. Répondant à la plainte de plusieurs propriétaires du village de Montmartre, l'Ingénieur en chef du

 

(1) Conseiller du Roi, payeur des gages de la Chambre des Comptes.

(2) En 1764, Françoise-Suzanne Foulquier, pensionnaire du Roi, femme non commune en biens de Charles Bertinazzi, officier du Roi, avait acquis du Sr Baujon de Seilhan, au prix de 15.000 livres, une propriété à l'encoignure de la rue Marcadé et de la ruelle de Clignancourt (Arch. nat.).

 

 

 

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corps royal des mines, Inspecteur adjoint des carrières, décla­rait « qu'ils n'étaient pas fondés dans leur demande de suspendre l'exploitation des carrières ou au moins de ne laisser continuer que celles qui se font à découvert ». Il constate que l'église n'est pas excavée.

Enfin, en 1830 M. Goix de Saint-Elme s'adresse directement au Roi pour se plaindre de la manière dont les carrières sont exploitées et surveillées depuis 20 ans et, avec un lyrisme bien de l'époque, il écrit : « La butte de Montmartre, illustrée par le sang de 40.000 martyrs, devrait être un peu respectée. Il n'en est rien. Apres avoir ravagé souterrainement et compromis les maisons, on exploite à découvert, on tranche à pic et la montagne va disparaître. La moindre mine fait trembler toutes les maisons, ébranle et brise tous les ciels des carrières… Tout le monde veut vendre ses propriétés… »

L'enquête fut confiée à M. P. de Saint-Brice, ingénieur des mines, inspecteur adjoint des carrières, et, dans le rapport qu'il déposa, le 1er juin 1830, il commence par déclarer que, n'étant chargé de l'inspection que depuis le mois de novembre 1829, il n'a pas à repousser les allégations insultantes de la pétition qui, d'après lui, est d'ailleurs exagérée. Puis il entre dans des détails et nous fixe sur l'état des carrières exploitées à cette date.

« Il existe dans la commune de Montmartre 10 carrières de basse masse exploitées par puits et 18 de haute et basse masse exploitées à découvert et par cavage à bouches.

Un seul accident grave, suite d'une excavation ancienne, a eu lieu, le jeudi 12 novembre 1829, dans la rue Feutrier. La voiture et le cheval d'un porteur d'eau tombèrent au fond de l'excavation ; le conducteur qui les précédait ne fut pas entraîné avec eux.

La rue Feutrier n'appartient pas encore à la commune. Des travaux de recherches entrepris par le Sr Adrien Muller, co-propriétaire avec la famille Feutrier, ont fait reconnaître à 70 mètres de profondeur les vides anciens pratiqués par un

 

 

 

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nommé Justinart, il y a plus de 50 ans (1) ». Et voici la conclusion : « En rappelant les carriers exploitants à l'exécution des décrets et ordonnances pour les distances, les propriétés voisines ne peuvent être compromises ».

L'Administration, on le voit, s'est toujours montrée ras­surée sur le sort de la butte Montmartre, et nous pouvons dire aujourd'hui qu'elle n'avait peut-être pas tort.

 

J. M.

 

(1) La carrière de Jean Justinart était située sur le chemin de Paris à Clignancourt, près de la maison de l'Aveugle. Cette maison qui, en 1765, servait de bergerie au boucher Héloin, est citée fréquemment dans des pièces de procédure ou actes notariés. Parent de Rosan a recueilli aux Archives de l'Hôtel de Ville une pièce relative à l'adjudication de cette maison qu'il paraît avoir commentée et qui, en tous cas, permet de mettre à néant l'opinion qui fut émise que sur son emplacement avait été construit le Château Rouge. Je reproduis textuellement : « 29 octobre 1792. Maisons et dépendances. 1° Maison dite de l'Aveugle rue de Rochechouart hors barrière acquise pour la nouvelle clôture de Paris. C'est une maison bourgeoise, isolée, contenant 1241 toises ½. Elle devait être située à gauche en montant et à l'extrémité de la rue Rochechouart. Estimation 37.102 livres. Elle appartient à la dame Christophe. 2° Pièces de terre attenant à la dite maison de 2 arpens 71 perches. Dans l'enchère, la contenance de la maison et dépendances est portée à environ un arpens. Elle est estimée seulement à 10.560 livres et l'article 2 à 2.464 livres. Adjudication du 1er lot à Antoine Gabriel Sandrin, demeurant à Montmartre, moyennant 26.000 livres ; adjudication au même du 2e lot. 10.010 livres ».

Jean Justinart, ancien marguillier de la paroisse de Montmartre, décédait à 62 ans, en son domicile rue de Bellefond et fut inhumé, le 7 avril 1771, dans l'église attenant à la balustrade du chœur proche la porte de Sainte-Ursule. (Coll. Parent de Rosan).

 

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Le Gérant : Paul JARRY.

 

 

 

PUBLICATIONS

DE LA

Société Le Vieux Montmartre

 

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Montmartre par F. de Guilhermy, ouvrage publié intégralement pour la première fois, avec un portrait de l’auteur.

Papier Hollande Van Gelder…                                           Épuisé.

 

Il reste encore quelques exemplaires sur papier ordinaire…      10 fr.

 

La Butte Montmartre en 1830 d’après les dessins inédits de A. Rostaing.

 

Un album sur papier de luxe (tirage limité)…                              25 fr.

Un album sur papier ordinaire…                                                10 fr.

 

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LILLE, IMPRIMERIE LEFEBVRE-DUCROCQ