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LE VIEUX MONTMARTRE

Société d'Histoire et d'Archéologie des IXe et XVIIIe Arrondissements

 

 

SOMMAIRE DES FASCICULES 75 A78 (1er et 2e SEMESTRES 1912) :

 

A propos d'un Livre nouveau, par Lucien LAZARD.

Un Abbé montmartrois en 1791, par Eugène LE SENNE.

Une Maison de la rue de Navarin, par Pierre DUFAY.

Le dernier Médecin de l'Abbaye de Montmartre, par E. DE CRAUZAT.

Deux jardins disparus, par Lucien LAZARD.

Les Sceaux de Montmartre, par A. J. CORBIERRE.

L'Hôtel des Menus Plaisirs du Roi, par J.-G. PROD'HOMME.

Nécrologie. Variétés.

Actes de la Société, Rapport de M. Paul JARRY.

Liste des Membres.

 

GRAVURES HORS TEXTE : Dessins de Gabriel de St-Aubin en marge du Piganiol : 5 pl. (Bibl. d'Art et d'Archéologie). - Façade et vue latérale de l'Hôtel Botherel (Lith). - 18 et 20, rue de Navarin (Etat actuel). - Le Dr Dutertre. - Le Saut du Niagara et les Promenades Egyptiennes. - Berline du Delta et Montagnes Egyptiennes. - Les Sceaux de l’Abbaye (2 pl.). - J. C. Wiggishoff et Ch. Sellier (portraits).

 

 

MEMBRES DU BUREAU

Président                                                   MM.  Ch. CORTAILLOD.

1er Vice-Président                                               Eug. LE SENNE.

2e Vice-Président                                                J.-G. PROD'HOMME  I.

Secrétaire général                                               Paul JARRY .

Secrétaire adjoint                                               HUTPIN.

Secrétaire de rédaction                                       Oct. CHARPENTIER.

Archiviste                                                            O' KELLY DE GALWAY .

Trésorier                                                             DELARUE  I.

 

COMITÉ

Président d'honneur : M. MAUZIN

Membres : MM. M. ARTUS, BARON, BILLARD, BLONDEL, BURGEVIN, CAPON, CH. CORTAILLOD, DE CRAUZAT, DELARUE, PIERRE DELCOURT, G. DUVAL, EDM. FAUCHEUX, EUGÈNE GAIGNETTE, LÉON GERSHON, GEORGES HUTPIN, PAUL JARRY, LUCIEN LAZARD, HENRI LENSEIGNE, LE SENNE, MAREUSE, GEORGES MONTORGUEIL, MONIN, O'KELLY DE GALWAY, VICTOR PAGÈS, PERROT, J.-G. PROD'HOMME, L. RAULET, HENRI SAFFREY, TERNOIS.

 

Les séances du Comité ont lieu régulièrement le 1er vendredi de chaque mois, à 8 h. 1/2 du soir, dans le local de la Société, 42, Rue d'Orsel.

Ces Séances sont ouvertes à tous les membres.

 

Toutes les communications, demandes d'adhésion, d'achats de photographie ou de Bulletins, doivent être adressées au Président de la Société, 42, rue d'Orsel.

 

Les membres de la Société n'ont droit à l'envoi gratuit du Bulletin qu'à partir du jour de leur admission.

 

Prix du fascicule simple.............................................................................. 1 fr. 50

Prix des fascicules à partir du numéro 49................................................... 3 fr.

Les Fascicules 1, 3, 5, 6, 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 19 et 45 sont épuisés.

 

AVIS TRÈS IMPORTANT. - Le local de la Société, est ouvert tous les Vendredis sans exception, à partir de 9 heures du soir.

 

 

 

- 92 -

 

A propos d’un Livre nouveau

 

 

Il est juste et bon qu'un mort, surtout un mort illustre, ait une belle oraison funèbre : le vieux Montmartre a cette heureuse fortune. A l'heure de sa disparition, un savant digne d'estime lui consacre quelques pages, où non seulement sont résumées d'une façon consciencieuse les notions que l'on avait jusqu'à présent sur les origines de Montmartre, mais où sont relatés quelques faits nouveaux. L'apparition d'un livre de cette sorte mérite d'être signalée, et de faire l'objet d'un examen sérieux et qui s'efforcera d'être à la hauteur du travail considérable qu'il s'agit d'apprécier.

 

I

 

Le livre en question a paru dans la collection de l’Histoire Générale de Paris (celle que le public connaît sous le nom de collection verte, dénomination empruntée à la couleur du cartonnage des volumes). Il est intitulé Paris à l'époque Gallo-Romaine, est dû à M. de Pachtère, agrégé d'histoire et de géographie, et composé surtout à l'aide des papiers et des plans de feu Th. Vacquer, ancien inspecteur des fouilles de la Ville de Paris, et prédécesseur, dans ce poste, de notre regretté collègue Ch. Sellier. Dans sa publication et dans un article inséré dans le fascicule IV (1909), pages 1 à 34, du Bulletin de la Bibliothèque et des Travaux Historiques, M. de Pachtère a rendu à la mémoire de Vacquer, l'hommage que mérite ce savant remarquable, qu'un caractère aigri et un abord inaccessible empêchèrent seuls d'arriver à la renommée qui lui était légitimement due.

Le travail de M. de Pachtère a 182 pages, sur lesquelles 17 sont consacrées aux antiquités de Montmartre : c'est presque la dixième partie du volume ; en outre deux planches, dans le texte, sont des restitutions d'édifices situés sur la vieille Butte, et une de ces planches est inédite : il y a donc là de nombreux éléments pour la curiosité des vieux Montmartrois.

 

II

 

Le texte relatif à Montmartre, le plus important, tout au moins comme nombre de pages, du livre de M. de Pachtère, est au chapitre IV, Le Chris-

 

 

 

Fig. 1

 

FAÇADE DE L’ÉGLISE DES MARTYRS

Dessin de Gabriel de Saint-Aubin

à la page 613 du Tome II de Piganiol de la Force.

 

 

 

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tianisme à Paris à l'époque Gallo-Romaine, et s'étend des pages 118 à 129. L'auteur y examine deux questions d'une importance primordiale : 1° Quelle est la date et la valeur historique des textes par lesquels nous connaissons l'histoire de la vie et de la mort de Saint-Denis ? 2° Quelle est l'origine du nom de Montmartre, et ce nom rappelle-t-il le souvenir du martyre de Saint-Denis et de ses compagnons ?

M. de Pachtère, après une critique serrée des textes sur lesquels est fondée la légende du saint - la Passio sanctorum Dionysii, Rustici et Eleutherii, les Gesta Dagoberti, la Vita Sancti Dionysii, de Hilduin, toutes œuvres de la fin du VIIIe siècle et du début du IXe, pour ne parler que des plus importants ; après une discussion minutieuse des hypothèses émises par les savants modernes : Le Blanc, Guilhermy, Bournon, Julien Havet qui, avant lui, ont étudié ces textes ; après un exposé des circonstances dans lesquelles fut découverte en 1611, à Montmartre, la crypte dite du Martyre, aboutit à cette conclusion, que le martyre de Saint-Denis, événement du IIIe siècle, se serait passé dans la localité de ce nom et que Montmartre n'y a joué aucun rôle. Le patron de l'église parisienne est inconnu, la vénération qui s'attache à Montmartre est téméraire... La crypte n'est pas un monument antique, et quand bien même elle le serait, rien n'indique que ce sanctuaire ait marqué l'endroit où saint Denis subit le martyre... Il ne reste donc rien de cette légende glorieuse pour Montmartre que le nom même de la colline, c'est en ces termes que M. de Pachtère termine ce chapitre de son livre, et, par cette transition, arrive à la discussion des origines du nom de Montmartre.

Pour l'auteur, ce vocable dérive incontestablement de la forme Mons Mercore - Mont de Mercure - par un intermédiaire, Montmercre puis Montmertre : l'auteur ne paraît pas d'ailleurs convaincu de l'existence de cette dernière forme ; elle existe pourtant, et chez un illustre écrivain, Villon, qui fait rimer Montmertre et tertre : et, à ce propos, je me permets de chercher une petite querelle à M. de Pachtère qui me semble avoir dépouillé d'une façon insuffisante notre modeste recueil, où il aurait trouvé ce texte et quelques autres, dont la consultation ne lui aurait peut-être pas été inutile.

Il n'y a donc, suivant M. de Pachtère, rien de commun entre le souvenir des Martyrs et le nom de Montmartre ; même, son argumentation se renforce par ce fait, que le second Montmartre qui, en France, ait un passé et évoque quelques souvenirs archéologiques, celui qui est situé près d'Avallon, dans l'Yonne, a incontestablement été le siège d'un temple

 

 

 

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de Mercure (ainsi que l'indique une inscription antique), sans avoir été le théâtre du supplice d'aucun martyr chrétien.

Cette démonstration semble assez convaincante : toutefois, pour persuader entièrement le lecteur, elle devrait être complétée ; il serait nécessaire, premièrement, de suivre à travers les âges les variations du nom de la colline avallonnaise et de ne pas se borner, pour son onomastique, à l'indication Montmartre fournie par le cadastre, œuvre du début du XIXe siècle.

En second lieu, il y aurait lieu de rechercher les origines du nom de Montmartre porté par deux hameaux de France : l'un écart de la commune de Clerc dans l'Indre-et-Loir, l'autre écart de la commune de Chamigny, en Seine-et-Marne ; si, dans les traditions de ces deux localités on trouvait quelque souvenir du culte de Mercure, la preuve serait décisive.

 

II

 

Si le chapitre VI du livre de M. de Pachtère offre un vif intérêt pour la philologie et pour l'histoire des origines du christianisme dans la région parisienne, quelques pages de son chapitre III (40 à 44) sont d'une importance capitale pour l'archéologie Montmartroise, et pour donner au lecteur une idée de ce qu'il ajoute à nos connaissances, essayons de nous rendre compte de ce qu'on savait sur le Montmartre Gallo-Romain avant l'apparition du livre de M. de Pachtère, et de ce que son travail ajoute aux notions antérieures.

Si on tente de démêler à travers le fatras des auteurs qui ont parlé de Montmartre, depuis Corrozet jusqu'à nos contemporains, ce que l'on sait de positif sur les débris de l'époque gallo-romaine subsistant à Montmartre, on est stupéfait de constater comme nous connaissons peu de choses, et comme ce peu manque de précision.

En résumé, antérieurement à 1618 il existait à l'Ouest de Montmartre un mur qui, d'après Du Breul, aurait été un débris d'un temple de Mercure.

En second lieu, à l'extrémité de la clôture orientale de l'abbaye, au pied d'un oratoire dédié à Saint Benoît, quelques débris antiques auraient été, au dire de Sauval, les restes d'un temple de Mars : le plan de restitution de Montmartre de Carles, que M. de Pachtère a oublié de consulter, place ces débris sur l'emplacement occupé de nos jours par le réservoir monumental des eaux de la Ville de Paris.

Enfin, en bordure d'une partie disparue de la rue de la Fontaine-du-But, au lieu dit « Le Trésor », dans un champ qui appartenait vers 1840

 

 

 

Fig. 2

 

CHAPELLE SOUTERRAINE DE L’ÉGLISE DES MARTYRS

ET STATUE DE SAINT-DENIS

Dessin de Gabriel de Saint-Aubin

à la page 614 du Tome II de Piganiol de la Force.

 

 

 

- 95 -

à la famille Lécuyer, et qui est assez bien représenté aujourd'hui par les numéros 101 à 103 de la rue de Caulaincourt, on déterra en 1737 les ruines dont notre collègue Radiguer a fait le sujet d'un spirituel article paru dans le numéro 61-62 du Vieux-Montmartre (3e et 4e trimestres 1908, p. 142-156), article qui aurait peut-être mérité les honneurs d'une citation, puisque pour la première fois on y a donné le texte du canard publié à cette occasion et qui constitue une des mystifications les plus réussies dont une trouvaille archéologique ait fait l'objet. Il est fort amusant de se dire - après 180 ans - que pendant quelques mois des Parisiens, quelques-uns des plus notoires, crurent à l'existence entre Montmartre et Belleville d'un autel d'argent construit par les druides et entouré d'une garde d'honneur de douze guerriers en or ; à la trouvaille de 13 tonneaux bourrés de pièces d'or, etc. En réalité, tout se bornait à la découverte d'une tête d'homme en bronze conservée aujourd'hui au cabinet des Médailles. Lebeuf, Caylus et Jollois ont disserté amplement sur ces découvertes de 1737 jusqu'à 1840.

Je ne parle pas - et pour cause - des quatre colonnes antiques qui déco­rent l'église Saint-Pierre de Montmartre : leur provenance est inconnue, et quand on a constaté leur existence on a dit à peu près tout ce qu'il y a à en dire.

Dans ce domaine Monsieur de Pachtère apporte du nouveau et on ne saurait trop l'en féliciter.

Tout d'abord, à l'aide des papiers de Vacquer, il nous fait connaître une découverte que le misanthrope inspecteur des fouilles avait toujours tenue secrète.

« Sur le haut de la montagne, dit Sauval, se voient les ruines d'un temple antique. » Partant de ce texte Vacquer, à une époque qui n'est pas précisée, aurait effectué des fouilles au chevet de l'église Saint-Pierre, pour être exact au numéro 20 de la rue des Rosiers, propriété à ce moment de la famille Debray, et le résultat de ces opérations aurait été la reconstitution d'un temple romain qu'il nomme dans ses notes « temple Debray » long de 160 pieds romains, large de 100, ou pour parler en termes de nos jours, long de 47 mètres 35 et large de 28 mètres 45 ; un portique précé­dait l'édifice ; 5 piliers garnissaient chacun des petits côtés du rectangle ; huit piliers décoraient chacun des grands côtés ; au centre s'élevait un sanctuaire également rectangulaire, garni de colonnes et long de près de 16 mètres.

Toutefois je ne crois pas que la découverte de Vacquer puisse être

 

 

 

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rappprochée du texte de Sauval ; à l'époque où écrivait l'auteur des Antiquités de Paris, l'endroit où Vacquer a fait sa découverte était occupé déjà par le cimetière, le clocher et la sacristie de Saint-Pierre, au milieu desquels on n'eut pas laissé ce pan de mur encombrant : il doit s'agir dans le texte de Sauval et de Du Breul des débris situés sur l'emplacement de la partie haute de la rue Lepic et dont il va être question maintenant cette constatation ne fait que donner plus d'importance à la découverte de Vacquer.

Au pied du lieu dit le Palais qui est représenté assez exactement de nos jours par la place Jean-Baptiste-Clément, se sont trouvées d'impor­tantes ruines romaines qui s'étendaient sur le versant occidental de la Butte jusqu'à la Fontaine Saint-Denis, c'est-à-dire sur les terrains sis entre les numéros 61-63 de la rue Lepic et la boucle de l'avenue Junot : ce sont là, probablement, les ruines du temple de Mercure, supposition confirmée encore par ce fait qu'à cet endroit Carles indique la découverte d'une tête de Mercure en 1789. L'assertion de Carles est confirmée et précisée en ces termes par Guilhermy, dans un passage de son œuvre qui aurait mérité de trouver place dans le livre de M. de Pachtère. « Lorsqu'en 1789 on commença les travaux de la nouvelle route de Montmartre, une découverte intéressante vint confirmer l'opinion des écrivains qui nous ont conservé le souvenir du temple de Mercure. Une tête de ce Dieu en marbre sur laquelle on pouvait remarquer encore les souches des deux ailes du pétase, fut trouvée près du tertre du Palais. Ce fragment semblait avoir appartenu à une statue demi-nature, ce qui se rapporte parfaitement aux proportions données par Sauval, à l'idole qui remplissait la niche du temple. Recueillie par M. Jourdain, peintre, parent de M. Debret, aujourd'hui architecte de l'église royale de Saint-Denis, cette tête a disparu sans qu'on ait pu savoir depuis en quelles mains elle était passée ». (Guilhermy. Montmartre, édition du Vieux Montmartre, Paris 1900 ; in-8°, p. 9.)

M. de Pachtère - et c'est là une de ses plus heureuses trouvailles - a découvert dans les papiers d'un fécond compilateur du XVIIe siècle, une description détaillée de tous ces débris. Dubuisson-Aubenay, c'est l'au­teur dont il s'agit, était un archéologue d'une précision rare à cette époque. Ses manuscrits conservés à la Bibliothèque Mazarine ont fait l'objet d'une longue et minutieuse étude de M. Saige, publiée en tête de son Journal des Guerres civiles (1).

 

(1) Paris, Champion 1883. 2 vol. in-8.

 

 

 

Fig. 3

 

A. FAÇADE DÉCORANT L’ÉGLISE DES MARTYRS

B. VUE DE LA CHAPELLE SOUTERRAINE, DE LA STATUE DE SAINT-DENIS ET DE L’AUTEL

Dessin de Gabriel de Saint-Aubin

à la page 535 du Tome VIII de Piganiol de la Force (Table).

 

 

 

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Ce personnage, qui se nommait en réalité Nicolas-François Baudot, sieur du Buisson et d'Aubenay naquit à Ambenay, en Normandie, vers 1590 et mourut à Paris le 1er octobre 1652 : il était à ce moment maître-d'hôtel du Roi. Le détail de sa vie serait ici un hors-d'œuvre, mais il y a lieu d'indiquer que ce fut pour son époque un curieux, ou comme nous dirions aujourd'hui, un érudit très consciencieux : ses manuscrits au nombre de 43, constituent un des fonds les plus importants de la Biblio­thèque Mazarine, d'autres existent à la Bibliothèque Nationale. Celui qui nous intéresse tout particulièrement est l'ancien 2694, actuellement 4404 de la Mazarine : Notes sur Paris et son diocèse.

Dès 1876 Auguste Longnon extrayait de ce manuscrit le procès-verbal de découverte de sépulture romaine faite en 1644, au mois de juin, à l'angle des rues de Vaugirard et du Regard (1), et la même année en publiait des passages curieux relatifs à deux portraits de Rabelais gardés au presbytère de Meudon. Si donc le mérite d'avoir appelé l'attention sur ces précieuses notes revient à Longnon, il est juste de reconnaître que M. de Pachtère en a le premier connu et indiqué la partie Montmar­troise. C'est dans ce fragment que se trouvent les indications qui m'ont amené à tenter, à l'aide du plan de restitution de Carles, de préciser la situation du temple de Mercure de la rue Lepic.

J'ajoute que pour la villa Romaine de la rue de la Fontaine-du-But, Dubuisson Aubenay donne également des renseignements détaillés.

M. de Pachtère en a tiré le meilleur parti et je ne peux que renvoyer à son livre.

 

***

 

Dans un travail consacré au Paris Gallo-Romain, l'auteur n'avait natu­rellement à tirer du manuscrit, de Dubuisson Aubenay que les renseignements relatifs à cette période, et il a même cru devoir supprimer toute la partie où il fait ses conjectures, parfois bien amusantes. En lisant le livre de M. de Pachtère je me suis demandé si le maître-d'hôtel du Roi ne s'était occupé que des débris antiques de Montmartre, et je suis allé voir son manuscrit à la Mazarine : je n'ai pas eu à regretter ma course. Outre le plaisir qu'il y a à travailler avec l'aide des bibliothécaires aussi aimables qu'érudits de cette maison, dans ces salons exquis que sont les salles publiques de la vieille bibliothèque de Naudet, avec, sous les yeux, ce noble paysage de la Seine coulant au pied du Louvre, j'ai eu l'agréable

 

(1) Bulletin de la Société l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, 1876, p. 34.

 

 

 

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surprise de constater que Dubuisson a visité l'abbaye, qu'il s'y est plu et qu'il nous a laissé un compte rendu à la fois précis et pittoresque de sa promenade.

 

A quelle époque exactement Dubuisson est-il venu à Montmartre ? Il est difficile de le dire d'une façon certaine. Le manuscrit où est insérée sa relation contient le compte-rendu d'une découverte faite à Paris en 1644 et dont il a été parlé plus haut : on serait donc tenté de placer la rédaction de ces notes entre 1644 et 1652, année de la mort de l'auteur : mais comme l'a fait observer M. Saige, le volume de Dubuisson sur Paris est une suite de notes prises au jour le jour, et complétées par une table que l'auteur dut rédiger dans ses derniers jours : dans ces conditions, et étant donné dans les quelques pages consacrées à Montmartre la date de 1641 revient à deux reprises - la première fois sans indication de jour, la seconde fois avec l'indication du 8 octobre - il est permis de croire que c'est vers la fin de l'année 1641, ou au début de l'année 1642, que Mont­martre a reçu cet intéressant visiteur.

Avant de publier le texte de sa relation il convient - si l'on veut bien admettre l'expression - d'en établir le bilan et de faire connaître ce qui dans son manuscrit est nouveau et ce qui ne l'est pas.

Ce que nous connaissons déjà c'est l'existence dans la chapelle du prieuré des deux inscriptions relatives, l'une au martyre de saint Denis, l'autre à l'établissement de l'ordre des Jésuites ; elles avaient été signalées et publiées dans les Vies de Saint-Denis, des Pères Binet et Doublet, et le Bulletin du Vieux Montmartre en avait antérieurement publié le texte (1). On connaît également, et même plus complètement que par les notes de Dubuisson, le texte des épitaphes des époux Forget du Fresne.

Mais bien plus considérable est le nombre des choses nouvelles que Dubuisson nous apprend.

Pour la première fois dans ces notes, un contemporain blasonne les armes de l'abbaye, nous fait connaître l'existence des chasses de saint Rustique et de saint Eleuthère, décrit le tombeau où étaient conservés les cœurs de Monsieur et de Madame Forget du Fresne, et la série de peintures qui, dans la chapelle souterraine, représentaient le martyre de saint Denis, la communion des fondateurs de l'ordre des Jésuites ; pour la première fois sont signalés dans la chapelle la statue de Saint-Denis déca­-

 

(1) Bulletin du Vieux Montmartre, 1895, pp. 63 et 64. Art. de A. L. Bertrand.

 

 

 

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pité, qui précéda le Saint-Denis agenouillé de Sarrazin ou des frères Anguier, et le portrait de cette sainte Catherine de Gènes, sœur béné­dictine qui, longtemps avant Saint-Vincent de Paul, avait établi en Italie des frères et des sueurs de Charité ; enfin, il convient d'attirer l'attention sur cette esquisse, tracée d'une façon bien vivante, des religieuses de l'abbaye chantant l'office au chœur.

Si parfois on est arrêté dans la lecture de ces notes par quelques difficultés, c'est que l'auteur, bien que contemporain d'Henri IV et de Louis XIII, écrit encore dans la langue du XVIe siècle, celle qui n'a pas été épurée en même temps qu'appauvrie par le sévère Vaugelas : son français est encore celui de Rabelais et de Montaigne, dont il a les tournures, s'il n'en a ni la grâce ni la vivacité.

De plus il a gardé bien des mots de sa province : il est normand et sous sa plume viennent naturellement les mots normands : une chasse de saint est pour lui une fierte, mot encore usité à Rouen ; un chemin creux est un chemin cavé (1), et bien d'autres qu'il y aurait lieu de citer, si, après ce long préambule, il n'était temps de lui céder la parole.

 

« MONTMARTRE

 

Mons Martis a campo vel templo Martis, aliis

Mercurii templo vel Martyrum.

 

Au derrière de Montmartre, tourné au septentrion et regardans vers Saint-Denys, murailles antiques de cens pas de long, presque à fleur de terre, au-dessous des moulins à vent, tirant vers et presque jusques à la fontaine dite de Saint-Denys, avec certain pan qui estoit élevé de la hauteur d'une pique et qui est tombé. Ils appellent cela le Palais ou le Palet, comme si autrefois on avait joué là au Palet ou que nos roys y eussent eu un Palais d'où ils sortissent pour se montrer en char une fois l'an dans le Champ de Mars. Toutesfois ils estiment que ces murailles estoient d'un temple du temps, disent-ils, des faux-dieux et l'appellent par corruption le mur de Saint-Safortin.

Mais plus bas tirans par la Fontaine-du-Bu et par l'abbreuvoir, un peu au-dessous et joignans le costé droit du chemin cavé qui meine au bas de la coste, il y a un reste de muraille qui commence par un pan encore élevé d'une pique de pierre taillée à la Romaine, avec deux chaînes de briques,

 

(1) Et non pas carré comme l'a lu à tort M. de Pachtère, p. 42, lig. 10.

 

 

 

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terre et plâtre, aussy à la Romaine et continuans à fleur de terre dans un petit vignoble, tirans vers le village de Clignancourt, du côté d'orient environ trente pas ; ils appellent cela le chateau de César ou la Tour de Ganes ou de Ganelon.

Les armes de l'abbaye de Montmartre sont d'azur à 2 fleurs de lys en chef et 2 M M en pointe, tymbrées d'une croce d'or, cottoyée de deux fleurs de lys d'or, environnées d'un chapelet (de sable doit-il estre ou de sinople) où pend une croix d'or.

En l'église des Martyrs, bien augmentée d'église et de logemens depuis trente ans et sous le régime de l'abbesse encore vivante en 1641, M. de Saint-Aignan, qui est tous au pié de la coste, vous descendez 15 degrés de pierre en une crypte ou chapelle qui contient tout le dessous du chœur de l'église d'en haut. Là il y a un autel, et en un creux au-dessous d'iceluy, une image fort vieille de saint Denys portant sa teste, et derrière l'autel, il y a une peinture comme au-dessous de Montmartre, estans décapité il se relève et les anges luy aydent à porter sa teste.

Au-dessous de ceste chapelle ou première crypte, il y en a une autre où avec flambeau (parce que il n'y a nulle clairté), on descend soixante degrés à 2 reprises bien droites, 15 de la première et 45 de l'autre, jusques au bas où vous trouvez un caveau taillé dans le roc de pierre blanche et tendre toute fendue et crevacée tant haut que bas en plusieurs endroits. Il y a aussi un autel de la même pierre du côté d'orient et la croyance commune est que saint Denys disait là la messe. Le lieu est fort humide et le roc rend l'eau de tous côtés à grosses gouttes.

En la première crypte estaient, il y a bien 20 ou 30 ans, deux caisses ou fiertes de bois peint et doré où l'on estimoit que jadis estoient les corps des saints Rustic et Eleuthère, compagnons de saint Denys. Ces deux caisses sont à présent dans un buffet ou grandes armoires à costé du maistre autel du chœur de l'église.

(En marge.) [La Reyne Alice, femme de Louis-le-Gros, fonda le monastère des religieuses du haut de Montmartre où elle git sous un tombeau de pierre sur lequel est son effigie gravée qui qui paraît fort antique ; lequel tombeau a esté de notre temps, dit Corrozet, chap. 10 des Antiquités de Paris, transporté au costé septentrional du grand autel.]

Dans le chœur susdit de l'église, il y a la grille où les religieuses chantent et font la musique avec les orgues dont une d'elles joue et ce en telle excellence que la musique du Roy n'est pas plus juste et mesurée que la leur : je les ay vues chanter à la grille ouverte, une douzaine qu'elles

 

 

 

Fig. 4

 

PLATRE ORIGINALE DE LA VIERGE DE PIGALLE,

QUI DÉCORAIT AU XVIIIme SIÈCLE LA CHAPELLE A DROITE

DU MAITRE AUTEL DE SAINT-PIERRE DE MONTMARTRE

Dessin de Gabriel de Saint-Aubin

à la page 621 du Tome II de Piganiol de la Force.

 

 

 

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estoient, visage descouvert, toutes debout fors celle qui jouait des régales estoit assise ; une des debous battoit la mesure.

De ce même costé de la grille qui est au midy, au costé vers Paris au dernier pilier et coin dudit chœur, est pendue et apposée une table de cuivre avec une enchâsseure et ornement de marbre noir tout autour que l'abbesse y a fait faire et les Jésuites de Paris ont dressé l'inscription qui est telle que s'ensuit en lettres gravées et noircies :

 

D. O. M.

SISTE SPECTATOR

Atque in hoc Martyrum sepulchro

probati ordinis cunas lege.

SOCIETAS JESU

Quae Sanctum Ignatium Loyol. patrem
Agnoscit, Lutetiam matrem
Anno salut.
MDXXXIV. August. XV

HIC NATA EST

Cum Ignatius ipse et socii

Votis sub sacram synaxim

Religiose conceptis se Deo

In perpetuum consecrarunt.

AD MAJOREM DEI

GLORIAM

 

Ledit coin et pilier fait l'angle, et sert à une chapelle qu'une dévote a fait peindre en 1641, ayant en la contretable de l'autel deux bandes de Jésuites. Dans celle qui est à main droite est de saint Ignace qui est tout le premier de genoux tenant en ses mains un rouleau où sont escrits ces mots : « Porro coram Deo, Beatissima virgine, et curia cœlesti universa ; tout vis-à-vis de lui à la main gauche est saint François Xavier avec sa bande. Dans le chœur vis-à-vis de la grille et du costé du septentrion qui est vers l'abbaye et village de Montmartre, est un épitaphe en marbre noir escrit en lettres d'or des deux cœurs de Nobiliss. viri Petri Forget de Fresne Regi et Regno a secretis qui obiit 1610 ætatis 66 et uxoris ejus illustrissimæ Annæ de Beauvilliers quœ monasterium amplissima fundatione dotavit et obiit 1646, ætatis 70.

 

 

 

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Au-dessus des ornements de l'épitaphe sont deux angelots de marbre blanc et entre eux deux, un vase doré où sont les deux cœurs susdits. Au bas de l'épitaphe sont les armes, d'azur au chevron d'or, chargé en aut d'une croix de gueules et accompagné de 3 coquilles de saint Michel, d'or 2 et 1.

Plus haut que lesd. épitaphes et au-dessus de la tapicerie, est le tableau d'une religieuse de l'ordre saint Benoist. D'un costé sont armes à bandes de six pièces d'argent et d'azur, et à l'autre costé qui est le gauche, autres armes de sinople ou de pourpre, à la bande échiquetée de 3 traits d'argent et d'azur et au-dessus de la teste du tableau est escrit : B. Catharina de Genua, filia Jacobi de Flisco olim proregis Neapolis uxorisque Juliani Adiorni.

Mais beaucoup plus bas vers la nef que lesdits tableaux et épitaphes au coin et pilier tirant à la sacristie et tout vis-à-vis du premier coin et pillier où l'abbesse a fait apposer la table de cuivre dressée par les Jésuites touchans la naissance de leur société, il fut apposé la veille de saint Denys 8e d'octobre 1641, une toute pareille table de cuivre enchassée de marbre noir avec ornemens de cuivre doré et dessus le tableau ou lame susdite de cuivre est escrit en lettres gravées et noircies ce qui s'ensuist :

 

SALVETE GALLI
ET PRIMA VESTRAE RELIGIONIS
FUNDAMENTA DISCITE.
POSUIT EA HOC IN LOCO ET SANGUINE SUO
CAPITE CAESUS OBSIGNAVIT
SANCTUS DIONYSIUS AREOPAGITA
PRIMUS LUTETIAE PARISIORUM URBIS EPISCOPUS
ATHENIS AB APOSTOLO PAULO CONVERSUS
ET A CLEMENTE Ro PONce IN GALLIAS MISSUS.
SOCIOS HABUIT
SANCTUM RUSTICUM PRESBYTERUM
ET S. ELEUTHERIUM DIACONUM
ALIOSQUE PLURES
PARI FIDE PIETATE CONSTANTIA MARTYRES
SUB DOMITIANO CAESARE
ET FESCENNIO PRAEFECTO
DIE NONA OCTOBRIS, ANNO SALUTIS XCVI.

 

Ce lieu s'appelle la chappelle des Martyrs.

 

 

 

Fig. 5

 

LA MIRE DE MONTMARTRE

Dessin de Gabriel de Saint-Aubin

à la page 536 du Tome VIII de Piganiol de la Force (Table)

 

 

 

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APPENDICE

 

Il ne m'a pas semblé inutile de mettre en regard de la description des ruines Romaines de la rue de la Fontaine-du-But, donnée par Dubuisson Aubenay, une description plus moderne due à un architecte nommé Janniard et parue dans la Revue Générale de l'Architecture de 1841, pages 214 à 216 ; j'en dois la communication à l'obligeance de notre collègue Blondel, que j'en remercie cordialement.

 

LETTRE SUR LES VESTIGES D'UN ANCIEN MONUMENT ROMAIN

A MONTMARTRE.

Sur le versant septentrional de Montmartre, dans une vigne située près du chemin creux par lequel s'écoulent les eaux de l'abreuvoir du village, se trouvait encore en 1839, la fondation complète d'un édifice gallo-ro­main. Il n'en reste plus aujourd'hui qu'un bloc angulaire isolé, de 4 mètres de long, 2 mètres de large et autant de hauteur. Au sommet de ce bloc on remarque encore le triple rang de larges briques qui caractérise les constructions du peuple-roi.

Ce massif de maçonnerie en blocage, ayant de loin l'apparence d'un rocher, est composé de caillasses informes, de meulières et de grès, reliées par d'excellent mortier. Le tassement du sol lui a fait perdre son aplomb, et il semble prêt à rouler au bas de la montagne.

En regardant attentivement dans le prolongement de ce bloc vers le Sud, on aperçoit encore, à fleur de terre, la trace d'une partie de fondation ; et, si l'on jette les yeux à une certaine distance à l'Est, une dépression continue de terrain, affectant la forme rectangulaire, indique l'emplace­ment du reste de la fondation de l'édifice, arraché récemment des entrailles de la terre. Ses débris entoisés à deux pas de là n'attendent plus que la charrette qui doit les conduire à une autre destination. Dans quelques mois, dans quelques semaines peut-être, le dernier vestige de cet édifice aura disparu.

[Là, se place une dissertation assez incohérente que j'ai cru devoir suppri­mer : l'auteur qui connaît pourtant les travaux de ses prédécesseurs, ne sait ce que peut avoir été l'édifice dont il décrit les ruines ; il finit par se rallier à l'hypothèse de Lebeuf qui y voyait des bains et conclut comme lui. Je lui rends donc la parole].

M. de Caylus prétend, sans en dire la raison, que cet édifice était une fonderie. Nous avons visité pour la première fois, il y a peu de temps, l'emplacement de cette prétendue fonderie, et nous n'y avons aperçu

 

 

 

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aucun fragment des scories qui se rencontrent ordinairement dans le voisi­nage de ces établissements : nous y avons, au contraire, trouvé divers débris indiquant une toute autre destination : tels sont des fragments de revêtement en marbre blanc salin, à gros grains. Quelques-uns de ces débris faisaient sans doute partie du revêtement d'un réservoir ou piscine. Une couche de sédiment de 2 ou 3 millimètres d'épaisseur disposée en feuilles parallèles très minces, d'une contexture très fine, et probable­ment produite par le séjour de l'eau, tapisse l'une des faces des dalles de marbre blanc qui conserve encore son poli sous l'incrustation, tandis qu'à la face opposée adhère encore le ciment qui les attachait à la muraille. L'abbé Lebeuf a aussi trouvé quantité de fragments ciselés et ouvragés. M. de Caylus a lui-même vu des pavées d'albâtre, des morceaux de cor­niche et autres moulures de même matière. Toutes ces choses ne nous semblent guère appartenir à une fonderie, fut-ce celle de Praxitèle.

L'abbé Lebeuf pense avec raison que c'était un bain particulier, les tuyaux de conduite et les fourneaux qu'il y a vus, les fragments de marbre incrustés par les eaux que nous y avons trouvés nous-même l'indiquent assez. Ces débris appartenaient sans doute à une piscine dans laquelle on se baignait à grande eau. Il serait curieux d'analyser le sédiment trouvé sur les dalles et les eaux de la fontaine voisine pour voir s'il y a identité dans les principes.

Les fragments de bandeaux, cimaises et dalles en marbre blanc que nous avons trouvés et qui portent des restes du ciment qui les scellait à la muraille, annoncent que les parois des salles étaient recouvertes d'un revêtement de cette matière. Nous y avons aussi recueilli des morceaux d'enduit en stuc appliqué sur crépi en mortier de chaux et sable assez grossier, un morceau de marbre de couleur dont les contours semblent indiquer qu'il faisait partie d'un pavé de mosaïque.

Nous avons vainement cherché sur les briques de la démolition l'em­preinte qu'on retrouve souvent sur les briques romaines qui portent habi­tuellement le nom du fabricant et quelquefois celui de la légion romaine qui les avait faites.

Nous venons d'apprendre, et tous les amateurs d'archéologie s'en réjouiront comme nous, que M. Jollois, l'un des membres les plus distingués de la Commission d'Egypte, directeur des Ponts-et-Chaussées du départe­ment de la Seine, allait publier, sous les auspices de l'Académie, une des­cription des monuments antiques de Paris et des environs enrichie de plans et de figures. Ce savant a été assez heureux pour faire exécuter

 

 

 

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des fouilles sur les ruines de l'édifice du Nord de Montmartre, et en lever le plan avant la dernière destruction faite par le propriétaire du terrain. M. Jollois n'a jamais pu obtenir de cet homme qu'il ne détruisit point les derniers vestiges de cette antique construction qu'on vient de réduire en espèce de moellon informe. Ces matériaux dont le cube est de plusieurs centaines de mètres, n'ayant pas encore trouvé d'acheteurs sont sur place. Il faut espérer qu'à défaut d'intervention de l'autorité, la déception du spéculateur préviendra la destruction complète de ce qu'avaient laissé les tempêtes de 944 et de 1618.

 

Note sur l'Illustration de cet Article

 

On s'étonnera peut-être de voir une relation due à un contemporain de Louis XIII, illustrée des dessins d'un contemporain de Louis XV.

Voici l'explication de ce qui peut sembler une étrangeté :

Les artistes du début du XVIIe siècle qui nous ont laissé des dessins et des estampes représentant des sites parisiens - et parmi eux le plus célèbre Claude Chastillon - n'ont guère paru se soucier de Montmartre.

Mais on savait - et ceci grâce au remarquable travail de M. Dacier - qu'il existait une illustration inédite représentant des monuments mont­martrois. Ce sont les charmants croquis qui garnissent les marges d'un exemplaire de la description de Paris de Piganol de la Force, (édition de 1742), croquis dus au célèbre dessinateur Gabriel de Saint-Aubin.

Une description de l'ouvrage et un catalogue raisonné des dessins, ont été donnés par M. Dacier, de la Bibliothèque Nationale, dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile de France de 1908, pp. 36 à 77.

Quant au livre lui-même, il est aujourd'hui dans la bibliothèque de M. Jacques Doucet.

Personne n'ignore ce que l'art et l'archéologie doivent au fondateur de la bibliothèque de la rue Spontini, mais il est bon que ses collègues du Vieux Montmartre - puisque M. Doucet nous fait l'honneur de figurer parmi nos sociétaires - sachent ce que nous lui devons, en particulier.

Qu'ils apprennent donc que c'est à sa munificence que nous sommes redevables des belles reproductions des croquis de Saint-Aubin, parues dans ce fascicule. Il est juste qu'il reçoive le témoignage public de la gratitude de la Société et de l'auteur de l'article.

C'est sa générosité qui a permis de placer en regard d'un texte inédit une illustration également inédite, et de faire revivre par le crayon d'un artiste illustre, quelques monuments montmartrois, comme la Chapelle souterraine de l'Eglise des Martyrs et la façade de la même église, dont Saint-Aubin nous a laissé les seules représentations qui existent.

 

Lucien LAZARD.

 

 

 

UN ABBÉ MONTMARTROIS
EN 1791

 

 

En 1791, la commune de Montmartre comptait, au nombre de ses habi­tants, un certain abbé François-Etienne Bernet (de Bois Lorette), natif du district de Calais, l'un des aumôniers de l'Armée Parisienne. Se consi­dérant comme lésé par un arrêté du Directoire du département de Paris, il rédigea une longue pétition qu'il déposa lui-même à la barre de l'Assemblée Nationale, présidée par Guadet, et dans, laquelle il se qualifie de­ « prêtre catholique, marié constitutionnellement à une Anglaise protes­tante ». Cette pétition a été imprimée chez Perlet, hôtel de Chateauvieux, rue Saint-André-des-Arts, l'an 4 de la Liberté. Elle constitue une véritable autobiographie, où l'auteur nous dévoile à quels mobiles il a obéi en se retranchant du sein de l'Eglise orthodoxe. Cette pétition, dans laquelle l'auteur se proclame « le premier qui, immédiatement après la déclaration des droits de l'Homme, a porté le plus franchement les coups les plus philosophiques au célibat du clergé de France », renferme des traits vrai­ment savoureux de notre abbé Montmartrois.

Dans le langage emphatique de l'époque, il expose d'abord que chargé, en 1788, par l'archevêque de Paris, Mgr de Juigné, d'ériger une succursale dans l'église des Annonciades de Popincour qui venaient d'être dis­persées, il avait dû, pour se consacrer complètement à sa mission, aban­donner un bénéfice de 300 livres. Mais la Révolution éclate, une grande lumière apparaît, une voix lui annonce l'arrivée du vrai Messie et l'appli­cation des principes éternels. Aussitôt il s'arme pour la cause publique, et son combat de prédilection est pour la cause des Droits de l'Homme. Dès qu'ils sont déclarés à Versailles, il les venge à Paris, et le mieux est de lui laisser la parole pour expliquer comment il entend sa vengeance :  « Je les vengeai à Paris ; je vengeai avec délices le droit dont le sage exercice peut seul ramener les vraies mœurs ; je vengeai le droit imprescriptible du mariage pour tous, je le soutins par un écrit philosophique et par le fait, témoin ce cher enfant sur le sein de sa mère. » Il était en effet accompagné à la barre de l'Assemblée Nationale par sa femme portant dans ses bras leur enfant nouveau-né. Il explique que prêtre tendre et vertueux, fidèle

 

 

 

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disciple de Jean-Jacques Rousseau, il avait obéi loyalement à la nature, et l'avait vengée des calomnies contre le célibat des prêtres, tout en don­nant l'exemple de la fidélité conjugale. Il se fait gloire d'avoir choisi pour femme une Anglaise, veuve et protestante, dont le protestantisme s'accomode fort bien de son catholicisme. Anémathisé, exclu de l'Eglise, sollicité de diverses parts d'abjurer ses erreurs, il répond fièrement : « Ou la mort, ou ma femme et mes enfants : qu'est-ce qu'une cure et même un évêché en comparaison d'une femme citoyenne, d'une Anglaise qui n'a cessé d'applaudir à la Révolution française ? » A ceux qui s'étonnent que vivant avec une femme il dise encore la messe : « Mon Dieu, oui, avoue-t-il, c'est le vrai moyen de la dire avec attendrissement, avec religion : le soir, avant de me coucher, je rends mon devoir au Créateur; après coucher, à la créature. » Malgré toutes ces preuves de civisme, le Directoire du département de Paris lui a refusé la liquidation des 350 livres qu'il a employées à rétablir le culte dans l'église des Annonciades, alors qu'on a continué à servir lé traitement des prêtres réfractaires, ennemis dé l'ordre naturel et social, tel ce prêtre de Montmartre qui fabriquait des assignats. Sa misère est extrême, il ne peut plus subvenir aux. besoins de son ménage. Aussi, s'adresse-t-il avec confiance à la philosophie et à la sensibilité de l'Assem­blée Nationale qui ne peut repousser la demande d'un homme qui a aimé ses frères malheureux jusqu'à partager avec eux le strict nécessaire, même ses chemises. Avec l'argent qu'il attend, il se consacrera avec sa famille à la vie champêtre, dans les principes de la Nature et de l'Evangile.

Le président de l'Assemblée Nationale, Guadet, répondit au pétitionnaire qu'il pouvait compter sur les encouragements et la protection dus au citoyen qui paie à la Patrie un tribut dont le chargea la Nature.

C'est probablement pour manifester sa satisfaction de cette réponse que Bernet composa la chanson suivante :

 

« Faisons donc core des biaux effans,

« Faisons-en des patriotes

« Leu docteux s'ra l'papa, l'maman,

« Rousseau n'en veut point d'autre :

                                           « J'ai un livret

                                           « Ben bon, ben fait,

                               « Tiré de l'Evangile,

                               « C'est notre chère Constitution,

                               « O en régalerons no famille.

 

 

 

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La chanson est imprimée immédiatement après la réponse de Guadet, et elle est signée : « L'auteur de la pétition, le premier qui, immédiate­ment après la déclaration des droits de l'Homme, a porté le plus franche­ment les coups les plus philosophiques au célibat du clergé de France. »

Voici, à titre documentaire, le certificat de la Municipalité de Montmartre joint à la pétition de Bernet :

« Nous soussignés, Maire et officiers Municipaux de Montmartre, certifions que le sieur François-Etienne Bernet (de Boislorette), Aumônier de l'Armée Parisienne, cinquième division, huitième bataillon, et demeurant sur notre territoire, depuis un an, s'y est toujours comporté en bon et brave citoyen ; qu'il y a fait un service assidu, comme Garde national, quoiqu'il ne fut pas astreint ; et que, toujours pur dans ses mœurs, comme excellent patriote dans sa conduite, nous le verrons, avec regret, passer sur un autre territoire où les vœux de ses Frères pourraient l'appeler.

« A Montmartre, ce 2 décembre 1791.

« Signé, Desportes, maire ; Debray, officier municipal ; Legentil, officier municipal ; Gageot, secrétaire greffier. »

Les renseignements font défaut sur le sort de la pétition, mais du moins elle nous aura fourni de curieux aperçus sur l'état d'âme d'un abbé Montmartrois en 1791.

 

Eugène LE SENNE.

 

 

Fig. 6

 

 

 

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Fig. 7

 

ETIQUETTE DE PRIX

DÉCERNÉ À UN ÉCOLIER MONTMARTROIS

EN 1812.

Coll. et cliché Eug. LE SENNE.

 

 

 

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Une Maison de la Rue de Navarin (1)

LE VICOMTE DE BOTHEREL
ET LES OMNIBUS-RESTAURANTS

 

 

Rue de Navarin, au milieu de la banalité et de la tristesse des maisons de rapport serrées les unes contre les autres, c'est une joie pour les yeux d'apercevoir derrière une grille, un grand jardin, - presque un parc, - avec des arbres déjà hauts, une pelouse de gazon et des massifs d'arbris­seaux.

Au fond, une maison, un hôtel plutôt, dresse au-dessus d'un rez-de-chaussée élevé, la masse imposante de ses trois étages, que couronne un toit à l'italienne, entouré d'une balustrade de pierre.

Cette façade ne comprend pas moins de neuf fenêtres. Au premier, celle du, milieu ouvre sur un balcon de pierre, supporté par deux colonnes. Entre le premier et le second, une frise se déroule rompant l'uniformité

 

(1) Nos 18 et 20, ancien 14.

Qu'il me soit permis, avant tonte chose, de remercier vivement notre excellent collègue, M. Lucien Lazard, de la société Au Vieux Montmartre, qui a bien voulu mettre à ma disposition les notes précieuses qu'il avait recueillies sur la maison de la rue de Navarin, et sur l'entreprise des Omnibus-restaurants. C'est à lui que revient tout le mérite de cette étude.

J'exprime également toute ma gratitude à M. Xavier de Pétigny, qui, avec une complaisance sans bornes, a pris la peine de m'adresser de Dinan, des renseignements sur la famille de Botherel que j'aurais vainement cherchés ailleurs et à M. Paul Blondel, notre érudit collègue, dont la bibliothèque et les merveilleux cartons sont toujours ouverts à ceux qu'intéressent l'histoire de Paris et l'histoire du théâtre.

 

 

 

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du bâtiment. De chaque côté, un pavillon d'un étage, sur rez-de-chaussée, le prolonge, également couvert à l'italienne.

Certes, on ne saurait dire que ce soit là de l'architecture de la bonne époque. L'immeuble, avant même qu'on soit renseigné sur ses origines, porte sa date. Le plâtre y joue un trop grand rôle. Bâtisse plutôt que construction, cela tient à la fois du décor et du caravansérail et sent terriblement son Louis-Philippe.

L'ensemble, cependant, n'est pas déplaisant. Le toit à l'italienne a une certaine élégance. S'il désoriente un peu, il flatte l'œil. Puis, ce jardin, ce beau jardin et ses frondaisons prêtent à la maison un cachet rare et tout particulier.

Malgré soi, sans même connaître le nom du propriétaire actuel, on lui sait gré d'avoir eu le courage, au milieu de la folie des gratte-ciel, - cette ignoble chose qui, comme les cocktails et les combats de boxe, nous vient d'Amérique, - de conserver à Paris, en plein Montmartre, cet espace libre et d'en respecter les arbres.

Ce sont là des scrupules auxquels les bâtisseurs de la rue de Norvins ne nous ont guère habitués.

En dehors du charme qu'elle doit à son jardin, cette maison a son inté­rêt, quand on en connaît l'histoire.

Son premier constructeur, car elle fut depuis agrandie en 1848 et en 1852, avait un but précis, lorsqu'il la fit édifier. Il songeait moins à en faire une habitation que le siège de l'entreprise dont il espérait tirer monts et merveilles et où il se ruina aux trois quarts.

Mais, à Paris, les hommes passent vite et les affaires sont innombrables. Qui se souvient, aujourd'hui, du vicomte de Botherel et de ses Omnibus-restaurants ?

Le vicomte Marie-Toussaint-Henri de Botherel, né à la Chapelle-du-Lou (1), le 18 août 1790, était le dernier enfant de René-Jean, comte de Botherel, seigneur du Plessis (2) et de Landujon (3), et d'Anne-Marie­

 

(1) Arrondissement de Montfort-sur-Meu ; canton de Montauban, (Ille-et-Vilaine.)

(2) Commune de la Chapelle-du-Lou, canton de Montauban, (I.-et-V.). Le château, composé de deux corps de bâtiments, l'un ancien et l'autre du XVIIIe siècle, est entouré de beaux ombrages et appartient aujourd'hui au comte Charles-Marie-Joseph de Botherel, conseiller général d'Ille-et-Vilaine.

(3) Canton de Montauban, (I.-et-.V).

 

 

 

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Charlotte de Saint-Genys, qu'il avait épousée, le 23 janvier 1767, en la chapelle des Hommeaux, en Saint-Broladre (1), près Dol.

Né le 6 mai 1745, le comte de Botherel, après s'être, comme militaire, distingué au siège de Belle-Isle, était entré dans l'administration provin­ciale. Membre de la commission intermédiaire des états pour l'évêché de Rennes, en 1784, il avait été élu procureur général syndic, à la place de M. de la Bourdonnaye, démissionnaire, le 6 novembre 1786. Procureur général des états de Bretagne, il protesta, en cette qualité, contre les mesures prises par la cour plénière qui lui semblait dépasser ses droits. Bien que s'étant d'abord montré favorable aux principes de la Révolu­tion, il ne tarda pas à juger que l'Assemblée nationale allait vraiment trop loin. En 1791, il adressa au roi une protestation dans ce sens et il émigra, en 1792, avec sa femme et ses enfants, pour prendre, à Jersey, puis à Londres, une part active à tous les complots auxquels donna lieu la guerre de Vendée (2).

Le comte de Botherel avait, accompagné de son quatrième fils Henri-François, pris part à la descente de Quiberon, et avait eu seul la chance de s'échapper, tandis que, fait prisonnier, son fils était condamné à mort et exécuté, le 8 fructidor an III (25 août 1795) (3).

Rentré en France après le 18 brumaire, la famille reprit presque aussitôt le chemin de l'exil, et le comte mourut à Londres, le 6 août 1805.

Anoblis en 1595, les Botherel portaient : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois croix pattées du même (4).

En dehors de Henri-François et de Marie-Toussaint Henri, le comte de Botherel avait eu de mademoiselle de Saint-Genys, trois autres fils et une fille :

1. - Victor-Charles-Jean, l'aîné, né à Miniac-Morvan (5) le 13 janvier 1768, mort à Dinan, le 29 juillet 1841. Ce Victor-Charles-Jean de Botherel avait été le dernier conseiller reçu à l'ancien parlement de Bretagne par

 

(1) Arr. de Saint-Malo, canton de Pleine-Fougères, (I.-et-V.).

(2) Sur le comte de Botherel et sa famille, cf : L. KERVILER : Répertoire général de Bio-bibliographie bretonne, tome IV, Rennes, Plihon et Hervé, 1890, in-8, pp : 436-456.

(3) Henri-François était né au château du Plessis-Botherel, le 5 mars 1777.

(4) REX : Annuaire généalogique de la Noblesse, 1910, p : 971.

(5) Arr. de Saint-Malo, canton de Châteauneuf-en-Bretagne. (I.-et-V.)

 

 

 

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lettres patentes du 13 février 1788 et y avait pris place, le 34 mars suivant, avec dispense d'âge (1).

Victor-Charles-Jean avait épousé, en émigration, à Londres, vers 1800, Victoire-Xavière-Marie de la Toison Rocheblanche. D'où : Mathilde-Marie-Victorine, née à Londres, en 1801, morte à Dinan le 16 octobre 1853 ; et Victorin-Marie-Ursule-Henry-Constant, sous-inspecteur des douanes, né à la Chapelle-du-Lou, le 19 novembre 1803, mort à Basse-Terre (Guadeloupe), le 30 mai 1854 (2).

2. - Félicité, né au château du Plessis, en la Chapelle-du-Lou, le 18 août 1770.

Emigré, en 1792, avec son père, Félicité avait, en 1795, débarqué en Bretagne. Il servit d'abord dans la division royaliste de Fougères, puis prit le commandement de celle de Rennes, d'où il harcelait journellement les convois de poudre et de munitions qui partaient de cette ville ou venaient de Lorient et d'autres villes maritimes.

3. - Constant, né le 20 avril 1776, de qui descendent les Botherel actuels, représentés par le comte Charles-Marie-Joseph de Botherel, conseiller général d'Ille-et-Vilaine.

Constant de Botherel, débarqué comme ses frères en Bretagne, avait fait partie de la division de Saint-Gilles.

5. - Agathe-Raoulette, née en 1780, à la Chapelle-du-Lou, décédée à Dinan, âgée de 74 ans, le 24 novembre 1854 (3).

A sa rentrée en France, Marie-Toussaint-Henri, vicomte de Botherel, le plus jeune fils du comte, avait été, alors âgé de vingt-six ans, attaché, en 1816, aux bureaux du duc de Richelieu, appelé à la présidence du conseil et au ministère des affaires étrangères par ordonnance du 25 septembre 1815 ; puis, il fut nommé secrétaire d'ambassade à Madrid. C'était généreusement reconnaître l'attachement et la fidélité des Botherel.

 

(1) Le 3 janvier 1816, espérant reprendre les traditions anciennes, on nommait conseiller à la cour de Rennes. le dernier conseiller du Parlement de Bretagne en 1788. Malheureusement, la Chancellerie commit une erreur de prénom et à la place de Victor-Charles-Jean, nomma un Armand de Botherel qui n'existait pas et qui ne put, par conséquent, prendre possession de son siège. Porté, sur l'Almanach royal de 1816, parmi ceux des conseillers au Parlement de Rennes, le nom de Botherel en disparut l'année suivante.

Cf. : L. KERVILER : Op. cit. p. 451.

(2) Le décès fut transcrit sur les registres de l'état civil de Dinan, le 15 janvier 1855.

(3) Etat civil de Dinan, 1854.

 

 

 

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Le jeune diplomate était trop actif et avait trop de projets en tête, pour que ces paisibles fonctions fussent longtemps de son goût. Qu'il ait donné sa démission, ou qu'il ait été révoqué pour absence illégale, il ne tardait pas à quitter la Carrière et revenait à Paris. La fièvre de l'argent le brûlait. Nullement banal, le vicomte de Botherel apparaît alors dans le monde de la Restauration, comme le prototype d'un personnage de Balzac.

Comme tant d'autres, il eut pu aller s'enterrer, à la campagne et y jouer - ce qui l'aurait, sans doute, profondément ennuyé - au hobereau. Son nom, la réputation de chouannerie de sa famille, ses alliances, lui eussent assuré un beau mariage et des chasses agréables...

Au lieu de cela, avec un sens bien moderne, trop moderne même, de la vie, ce fils d'émigré, frère d'un « martyr de Quiberon », se jeta à corps perdu dans les affaires, il se fit banquier, rue Laffitte, et sut gagner de l'argent, là où tant d'autres en auraient perdu.

Sa banque d'escompte pour les rentes non inscrites des émigrés, lui permit de décupler sa fortune. Il était riche, regrettait peu Madrid et moins encore sa Bretagne, où ce métier de manieur d'argent eut pu sem­ble à beaucoup une dérogation.

Les idées se pressaient dans sa tête et y bouillonnaient. Celle qui allait présider à la création des Omnibus-restaurants n'était pas, après tout, si mauvaise. S'il se ruina dans cette entreprise, de plus heureux, sachant voir moins grand et à qui il avait préparé la voie, édifièrent plus tard leur fortune sur des entreprises sensiblement analogues.

S'il n'avait pas le génie des affaires, il en avait au moins l'esprit. Il avait inventé un système et devait avoir le tort, comme tous les inventeurs, de venir trop tôt.

Aussitôt que le projet des Omnibus-restaurants fut définitivement arrêté dans son esprit, dès 1834, le vicomte de Botherel prit les mesures propres à en amener la réalisation. Cela devait demander un certain temps. Il fallait, d'abord, réunir des capitaux pour lancer l'affaire ; puis, un immeuble spécialement aménagé était nécessaire pour y installer les ser­vices de la société.

Tandis qu'il cherchait des actionnaires, trois cents maçons se mettaient à l'œuvre, en 1835, pour construire, rue de Navarin, la maison où il allait établir ses cuisines. L'une d'entre elles, semblant échappée à l'imagination de Rabelais, ne compta pas moins de quarante mètres de long, sur huit de large.

 

 

 

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La maison était terminée à la fin de 1836. Elle devait être en même temps le siège de la société et l'entrepôt où seraient emmagasinées ses marchandises et ses réserves.

Malheureusement, l'argent semblait venir difficilement. M. de Botherel expliquait ainsi le fonctionnement de l'entreprise, dans une circulaire adressée, dans les premiers jours de 1837, aux actionnaires, par l'entre­mise des journaux:

 

« Aux Actionnaires des Omnibus-Restaurants :

 

« Voici bien un autre exemple de ce que peut la prévention. J'ai à Paris une propriété de 400.000 francs étrangère à la Société. Lorsque la malveil­lance me faisait manquer 19 affaires sur 20, j'eus l'idée d'emprunter sur cette propriété, par première hypothèque. Vous entendez, je dis par pre­mière hypothèque. Eh bien ! croiriez-vous, Messieurs, que dans une ville qui n'est ni Alger, ni Constantine, toujours on voulut bien prêter et jamais on ne voulut. D'abord, le placement était admirable ; je venais à être nommé : « M. de Botherel, disait-on encore, celui qui fait cette grande entreprise... Non, non, merci. »

« Quoiqu'il en soit, Messieurs, tout est pour le mieux : sous peu de jours nous allons commencer. A force de veiller, à la sueur de mon front, après quatre ans de travaux et d'efforts, j'ai vaincu toutes les difficultés. Tous est enfin fini, bien fini. Je vous présente donc aujourd'hui un des plus beaux établissements de l'Europe entièrement achevé et meublé, les four­neaux les mieux établis qu'on ait jamais vus, 1.200 pièces de batterie de cuisine prêtes à agir, la plus belle argenterie, un matériel considérable, de très grands approvisionnements en vins et en toute espèce de marchan­dises, enfin un des plus beaux cafés-restaurants de la capitale, rue Neuve-Vivienne, 36, en attendant les autres qu'on apprête... (Ici un mot sur Catelain)... En ce qui concerne les services, vous savez, Messieurs, qu'il doit y avoir quatre divisions. 1° Envoyer les meilleurs vins aux meilleurs prix dans tout Paris sur des voitures suspendues comme des berlines ; 2° envoyer de la même manière à domicile des comestibles non cuits de toute espèce ; 3° nos divers cafés-restaurants ; 4° enfin les voitures avec fourneaux pour porter toutes espèces de mets à domicile. Le premier appareil de ces der­nières voitures n'ayant pas complètement réussi, nous enverrons pour commencer dans le voisinage de la rue Neuve-Vivienne et du quartier Saint-Georges les dîners et les déjeuners commandés.

 

 

 

- 116 -

« Le public, du reste, je le dis avec infiniment de regret, devra encore s'armer de patience, il aurait beau se plaindre de ce que nos poulets et nos turbots apprêtés ne voyagent pas de suite dans tout Paris, rien ne me fera entreprendre plus que je ne puis faire. » (1).

L'argent ne venait toujours pas. Cet article du Charivari n'était, en vérité, guère fait pour en hâter la venue.

Evidemment, le vicomte de Botherel avait négligé de faire dans le journal de Philipon une publicité qui aurait été bien accueillie. Cet « Embarras de voitures » rappelait le fondateur des Omnibus-restaurants aux égards qu'il devait à la presse, même quand elle appartenait à l'opposition, tout en permettant au Charivari, pour qui toute occasion était bonne, de déco­cher quelques flèches barbelées au gouvernement de Louis-Philippe.

Puis, le titre du journal était une excuse. Un « tour de chant » n'y était pas déplacé.

 

 

EMBARRAS DE VOITURES

 

« Si la France n'avance pas, si les affaires ne marchent pas bon train, si son gouvernement est toujours en arrière, si sa littérature et son indus­trie restent stationnaires, on ne peut pas dire, du moins, que ce soit faute de voitures.

« La voiture abonde, la voiture pullule. Nous sommes littéralement écrasés de voitures. »

(Après avoir parlé des Urbaines - une nouveauté du jour - et de l'omnibus-facteur, le Charivari passe à l'Omnibus-restaurant) :

« La troisième variété de voitures est l'illustre Omnibus-restaurant de M. de Botherel, espèce de cuisine ambulante avec fourneaux, tourne­broches et souillardes, qui porteront à domicile, dans tout Paris, la côtelette et le beefteack aux cornichons. Le cocher tiendra à la fois les rênes des chevaux et la queue de la poêle. En passant, cette voiture nourricière vous éclaboussera de graisse et de sauce. Nota-bene : Le public est prévenu que, pour prévenir l'effet des chaos, les casseroles sont suspendues en fourchette.

« En attendant que les Omnibus-restaurants servent le pain et le bœuf

 

(1) La Gazette des Tribunaux, 6 janvier 1837. Cette note passait le même jour dans Le National et était reproduite, le 8 janvier, dans la Quotidienne et dans Le Constitutionnel.

 

 

 

Fig. 8

 

Cabinet des Estampes

Topographie de Paris – Quartier St-Georges

 

 

 

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quotidien à tous les quartiers, ils fournissent déjà un aliment à la curiosité des badauds. M. de Botherel qui ne s'endort pas sur le rôti, a posé depuis trois jours la crémaillère. Les voitures marchent : reste à savoir si l'entreprise fera comme les voitures.

« Quelques personnes paraissent en douter. Elles disent que le pot-au­feu des Omnibus-restaurants fera boire un bouillon aux actionnaires ; et que s'il y a quelque chose de frit dans ces omnibus, ce sera l'argent des bail­leurs de fonds.

« Quoi qu'il en soit, ces trois nouvelles créations révèlent un progrès remarquable dans l'industrie des véhicules. La voiture française croît de jour en jour en nombre, en beauté, en célérité et en confortable. En fait de voiture publique, il n'y a que le char de l'Etat qui reste toujours aussi disloqué, aussi patraque, aussi malpropre et surtout aussi mal attelé que d'habitude » (1).

 

Pourtant, le 21 janvier 1837, le premier café-restaurant de la Société des Omnibus-restaurants s'ouvrait au n° 36 de la rue Neuve-Vivienne. Cicéri, le grand décorateur de l'époque, qui avait brossé les décors de Meyerbeer et d'Halévy, avait présidé à l'ornementation du local. Dès le 27 janvier, M. de Botherel faisait passer ce « communiqué » dans la Gazette des Tribunaux :

 

« Samedi dernier, jour d'ouverture du premier café-restaurant de la Société des Omnibus-Restaurants, les promesses de M. Botherel ont eu un beau commencement de réalisation. Le matin, la foule est arrivée et s'est emparée de toutes les tables de l'établissement ; à l'air de contentement des consommateurs, à l'activité des garçons, il était facile de deviner la satisfaction qu'éprouvait le public à savourer les mets succulents et choisis qui doivent donner la vogue à l'entreprise colossale d'un de nos plus habiles industriels. Aux déjeuners tout le monde a pu trouver place, à cinq heures les amateurs n'ont pas été si heureux, car plus de 1.200 per­sonnes ont été obligées de se retirer, en se promettant toutefois de revenir se joindre à la longue file de gourmets qui encombre une partie de la rue Neuve-Vivienne » (2).

Cette fois, l'entreprenant vicomte, qui savait comprendre à demi-mot,

 

(1) Le Charivari, 18 janvier 1837.

(2) La Gazette des Tribunaux, 27 janvier 1837.

 

 

 

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n'avait garde d'oublier le Charivari. Le 2 février, cette annonce des Omni­bus-restaurants formait le meilleur de sa publicité.

« Le premier restaurant de la Société est ouvert, rue Neuve-Vivienne, n° 36. Il y a foule et si grande foule, que 1.200 personnes s'en sont allées, en un seul jour, faute de place pour dîner. Les autres services se succèderont rapidement.

« Les actions de la 2e série ne sont encore qu'à 650 francs leur prix d'émission. Bientôt la souscription sera fermée. Mille personnes ont dit : « Je prendrai des actions, mais quand l'affaire marchera. » Voilà le moment ou jamais de se décider. Tel n'en aura pas voulu à 65 (sic) francs qui peut-être avant peu les demandera à mille, et pourra bien regretter ensuite de ne les avoir pas prises à 1.200, 1.500 et 2.000 francs, comme cela est arrivé cent fois pour d'autres entreprises. C'est une illusion, dira-t-on, un rêve de M. de Botherel. Jusqu'ici ses illusions et ses rêves se sont réalisés.

« Pour plus de détails, voir le programme qui a paru, le 6 janvier, dans le National et la Gazette des Tribunaux, et le 8 dans la Quotidienne et dans le Constitutionnel ; et pour souscrire, s'adresser à M. de Botherel, rue Navarin, n° 14, de 3 à 5 heures. Il tire sur les personnes de province, qui le désirent, le prix des actions, ou elles lui envoient leurs fonds en échange des actions » (1).

Suivant une coquille trop jolie pour être involontaire, les actionnaires étaient convoqués au « piège » de la Société.

Nouveau communiqué le 4 février. Maintenant, le Charivari, ne doute pas que l'entreprise ne marche, comme les voitures.

« La Société des Omnibus-Restaurants obtient le plus grand succès. Il y a toujours la même foule rue Neuve-Vivienne, n° 36 ; chacun peut en juger par ses yeux. Déjà d'autres services s'organisent. Tout fait donc espérer un prompt dividende. Le prix des actions de la deuxième série n'est encore qu'a 650 francs, leur prix d'émission. Pour en avoir, s'adresser à M. de Botherel, rue Navarin, n° 14, de 3 à 5 heures ou par écrit » (2).

Décidément, les souscripteurs semblaient se faire tirer l'oreille, car des appels analogues à leur portefeuille se renouvelaient les 5, 9, 15, et 16 février. Les actions restaient à leur prix d'émission ; il est probable qu'elles ne le dépassèrent jamais.

 

(1) Le Charivari, 2 février 1837.

(2) Le Charivari, 4 février 1837.

 

 

 

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Durant les mois de mars, d'avril et de mai, la publicité cesse : c'est à se demander si les Omnibus-restaurants fonctionnent encore.

M. le vicomte de Botherel, dont les illusions et les rêves se sont, jusqu'ici, réalisés, connaîtrait-il donc, enfin, la réalité amère d'un insuccès ?

Le 21 juin, cependant, les Omnibus-restaurants informent le public qu'un nouveau service, le service tant attendu des voitures pour les vins, va fonctionner. Des améliorations ont été, en outre, apportées au restaurant de la rue Vivienne.

Il est à remarquer que, dans ce communiqué, le nom de M. de Botherel disparaît. Celui de M. Perennès, gérant de la société, lui est substitué. Ce nouveau venu est chargé du chapitre des commandes et des réclamations.

Il n'y est pas davantage question des actions disponibles de la deuxième série.

Peut-être bien, cela commençait-il à sentir le brûlé dans la fameuse cuisine de quarante mètres de long, sur huit de large, à moins que l'ancien diplomate ne se jugeât simplement personnage trop important pour avoir cure de ces minuties.

« L'administration des Omnibus-restaurants a l'honneur d'informer le public que le service des voitures pour les vins, sera mis en activité à partir du 19 courant. Les consommateurs trouveront dans ses caves des vins de choix et garantis naturels, au plus juste prix, rendus sans frais à domicile

« Elle fait aussi connaître que son restaurant de la rue Vivienne a éprouvé de notables améliorations. Elle a l'espoir fondé que d'autres restaurants et dépôts seront bientôt organisés par ses soins. Elle se flatte que les amateurs de la bonne chère applaudiront aux efforts qu'elle fait pour réaliser ses promesses et lui tiendront compte des difficultés qui ont longtemps entravé sa marche.

« S'adresser pour les commandes et réclamations à M. Perennès, gérant de la société, soit rue Vivienne, 36, soit rue Navarin, 14, au siège de l'établissement » (1).

Cette insertion annonçant l'ouverture d'un service qui fonctionnait depuis le « 19 courant », parut également dans les numéros des 22 et 23 juin.

Si la chose avait peu de succès, le mot en avait davantage. A Paris, tout était omnibus - du communisme ou j'y perds français et latin - et jamais, sauf, peut-être, de nos jours, entre le prénom et le nom patronymique, le

 

(1) Le Charivari, 21 juin 1837.

 

 

 

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trait d'union n'avait été autant « porté ». Le Charivari sacrifie à cette mode : le 13 juillet 1837, il consacre son article de tête à la Société pour l'exploitation du Mariage-omnibus. Il s'agit des Cobourg, naturellement.

Deux jours après, le chroniqueur judiciaire qui, lui aussi, est dans le mouvement, donne ce titre à un fait-divers qui vient échouer en justice de paix ou en correctionnelle : « Une raison-omnibus ».

Le mot valait, sans doute, mieux que la chose ; car, à partir de cette date, il n'est plus question, même dans les annonces, des Omnibus-restaurants, du vicomte de Botherel, leur intelligent directeur, et moins encore de leur gérant, l'infortuné M. Perennès : il n'y a plus de Perennès.

Il est improbable que l'entreprise ait longtemps survécu a la cessation de sa publicité. Les Omnibus-restaurants avaient vécu et M. de Botherel avait perdu la forte somme dans ce rêve qui ne s'était pas réalisé.

Au moins, eut-il la consolation, si c'en est une, de voir figurer ses rou­lottes dans les revues de fin d'année. Le couplet de revue n'a-t-il pas un peu remplacé la chanson ? Par lui naissent et sont consacrées les réputa­tions, et par lui tout finit.

Dans « Mathieu Laensberg est un menteur, revue en un acte mêlée de couplets », de Clairville, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de l'Ambigu-Comique, le 26 décembre 1837, le Restaurateur-Omnibus est un des personnages épisodiques et toute une scène lui est consacrée.

Je la reproduirai malgré sa longueur, surtout celle des couplets, dont la facture a un peu vieilli. Le dialogue, par contre, ne diffère guère de celui que nous avons accoutumé d'entendre dans les boîtes à musique.

La revue, à parler franc, manquait peut-être un peu de petites femmes et d'à peu près ; mais, elle comportait des rôles bien modernes auxquels l'art des revuistes n'est pas devenu indifférent : la grippe ou « influence » le père de la débutante, la femme libre et Monsieur Paracrotte (1).

On croirait en vérité parcourir un récent programme de la Gaîté-Rochechouart ou de la Cigale et non consulter, sous sa couverture jaune, un imprimé de Marchant, éditeur, boulevard Saint-Martin.

 

(1) « Brevet d'invention. - PARACROTTE - Appareil fort simple, facile à mettre et à ôter, sûr et commode pour la marche, garantissant les vêtements de la boue. Un franc la paire. Dépôt central, rue et terrasse Vivienne, vis-à-vis le passage Colbert. »

Le Charivari, 10 mars 1837.

 

 

 

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Monsieur Paracrotte... Ne croyez-vous pas entendre la voix de Jeanne Pierly, dans une revue récente ?

- Tout ça, c'est du cinéma !

Le cinéma ne sévissait pas encore, cependant, et M. Danguin, qui remplissait l'emploi du restaurateur-omnibus, ne devait pas en connaître les méfaits.

Le théâtre représente de riants vallons, à la gauche s'élève le temple du Progrès - ce temple auquel on travaille toujours et que l'on inaugure jamais. Sur le plateau, des femmes représentent des étoiles, naturelle­ment, des vieillards vêtus en nécromanciens sont à leurs côtés, des jeunes filles entourent le temple du Progrès. Devant celui-ci, - Mlle Baubé, commère, - ont déjà défilé l'année 1837 et un peu essoufflé, Mathieu Laensberg, ou le Double Liégeois.

Maintenant, à la scène V. Ne perdons pas de temps, Mesdemoiselles : enchaînons.

 

LES MÊMES, LE RESTAURATEUR-OMNIBUS

(Il est représenté par un homme fort gros, très rouge, et portant sur lui
toute une batterie de cuisine)

 

Air : Tic, tic et tac et tin, tin, tin.

 

Vite, vite, il faut servir

                                                      Une matelotte,

                                                      Une gibelotte ;

                                               Vite, vite, il faut servir,

                                               Ou ma sauce va refroidir.

                                               A l'omnibus qui m'entraîne,

                                               On doit rendre les honneurs.

                                               Les dîners que je promène

                                               Eclaboussent les dîneurs.

                                               Vite, vite, il faut servir

                                                      Une matelotte,

                                                      Une gibelotte ;

                                               Vite, vite, il faut servir,

                                               Ou ma sauce va refroidir.

 

LE RESTAURATEUR

Gare donc... rangez -vous... hein ?... plaît-il ?... Un fricandeau ... voilà… servez des pigeons à la crapaudine ; c'est mon fort.... holà !

 

 

 

- 122 -

rangez-vous donc... Que voulez-vous ? Une sole au gratin, une fricassée de poulets, des rognons au vin de Champagne... Voilà, demandez, faites-vous servir.

 

LE PROGRÈS

Quel est ce monsieur ?

 

1837

C'est un pauvre restaurateur qui depuis plusieurs années nous étourdissait avec ses prospectus et dont j'ai fait ouvrir l'établissement.

 

LE PROGRÈS

Permettez : l'ouverture d'un restaurant, si beau qu'il puisse être, ne peut guère passer pour une invention nouvelle ; on en voit ouvrir tous les jours.

 

LE RESTAURATEUR

Vous voyez ouvrir des restaurants ; oui, mais des restaurants-om­nibus, non.

 

LE PROGRÈS

Qu'est-ce qu'un restaurant-omnibus ?

 

LE RESTAURATEUR

Air : Je pars, déjà de toutes parts.

 

                                                      Voici

                                               Ce que l'on nomme ainsi ;

                                               Ecoutez bien ceci !

                                               Jadis par aventure,

                                               En voiture on allait dîner,

                                               Moi, je fais promener

                                               Les dîners en voiture.

                                                      Chaud, chaud !

 

                                               Je veux qu'on serve chaud,

                                               Qu'on serve comme il faut,

                                               J'ai maint et maint réchaud,

                                               J'ai des hommes capables.

                                               De tous nos Lucullus

                                               Je traîne en omnibus

                                               Les trésors délectables.

 

 

 

- 123 -

                                                      On se met vite

                                                      A ma poursuite,

                                                      Lorsque je quitte

                                                      Mon restaurant.

                                                      Dans la foule,

                                                      Qui s'écoule,

                                                      Moi, je roule,

                                                      En fricassant.

                                                      Ma cuisine

                                                      Est divine ;

                                                      Quelle mine !

                                                      Ça vous a !

                                                      Qu'on abonde

                                                      A la ronde,

                                                      Tout le monde

                                                      Y goûtera.

                                                            Bientôt

                                               Vous en aurez en un mot

                                               Pour six sous de turbot.

                                               Je veux aussi qu'on fasse

                                               Pour deux ou trois sous de faisans,

                                               Pour huit sous d'ortolans,

                                               Pour cinq sous de bécasses

                                                      La chipolata

                                                            Roulera

                                               Le peuple en mangera,

                                               Et bientôt il croira

                                               Qu'elle tombe des nues.

                                                            Je crois

                                               Que tous nos bons bourgeois

                                               Se lècheront les doigts

                                               Au beau milieu des rues.

                                                            On me guette,

                                                            On m'arrête,

                                                            On se jette

                                                            Sur mes coulis,

                                                            On m'admire,

                                                            On me tire,

                                                            On me déchire

                                                            Mes habits.

 

 

 

- 124 -

                                                           Côtelettes,

                                                           Mauviettes,

                                                           Allouettes,

                                                           Et caetera ;

                                                           Sans mélange,

                                                           Tout s'arrange,

                                                           Tout se mange,

                                                           Ou se mangera.

                                               Voilà ce que l'on nomme à présent

                                               L'omnibus-restaurant ;

                                               C'est fort beau, je vous jure,

                                               Comment peut-on s'imaginer

                                               Qu'on fasse promener

                                               Des dîners en voiture ?

                                               Voilà ce que l'on nomme à présent

                                               L'omnibus-restaurant ;

                                               C'est fort beau, je vous jure,

                                               Comment peut-on s'imaginer

                                               Qu'on fasse promener

                                               Des dîners en voiture ?

 

LE PROGRÈS

Diable, diable ! mais en effet voilà du nouveau, de l'extraordinaire

 

LAENSBERG

Quelle gargotte !

 

LE RESTAURATEUR

Mais pardon... j'oubliais... on m'attend.... du lapin sauté... oui… un bifteack, voilà... des perdreaux, des merlans, des pieds de cochon, voilà, chaud, chaud, servez chaud !

Vite, vite, il faut servir, etc.

Il sort.

 

LE PROGRÈS

Bravo, bravo, c'est bien ridicule, bien stupide ; mais c'est du pro­grès, ou le diable m'emporte !

 

1837

Ce n'est rien encore ; et si tu veux connaître une petite maladie bien gentille de mon invention.

 

LE PROGRÈS

Une maladie, diable ! et comment la nommes-tu ?

 

 

 

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1837

La grippe ou l'influence : c'est une gaillarde que tout Paris a connu, et si tu veux en juger par toi-même....

 

LE PROGRÈS

Sans doute... qu'elle paraisse (1).

 

Par cet extrait d'une revue en l'an de grâce 1837 et du règne de Louis-Philippe, roi des Français, le septième, on pourra juger, que, comme le dialogue, l'art d'amener en scène la désentravée ou la petite femme qui a retrouvé son ventre, les vraies femmes libres, n'a pas, depuis Clairville, fait de notables progrès.

Tout cela, ne casse rien.

 

Malgré ce qu'il avait perdu dans l'entreprise des Omnibus-restaurants, il restait au vicomte de Botherel environ 260.000 francs. C'était encore de quoi faire figure en Bretagne et y mener, oisive et monotone, la vie de gentilhomme campagnard. Il avait près de cinquante ans et avait suffi­samment vécu pour perdre bien des illusions. Epousant, au besoin, « quelque brave fille » (Manon), il eut pu se créer un foyer et, évoquant ses espoirs envolés, en faire, entre deux chasses, de petites chansons, les chansons de Botherel...

Mais, M. de Botherel n'était pas poète, ne se titrait pas encore homme de lettres et n'était point un sage. Il méprisa donc le gilet breton qui pou­vait assurer le calme de ses vieux jours, et point guéri par la mésaventure où venait de sombrer la plus grosse partie de son avoir, « il eut la malen­contreuse idée de se rejeter dans les affaires; espérant doubler sa fortune, il ouvrit un commerce de vin sur une très large échelle »...

- Avec ça que ce serait commode... eut justement observé cette excel­lente madame Cardinal.

Du coup, il se ruina complètement. Ce fut, ou peu s'en faut la misère.

Il ne pouvait, cependant, se décider à quitter Paris. Quelques années, abattu, sans espoir de se relever, mélancolique, il erra dans ce Paris, ce Paris joyeux pour lui devenu si triste, où, jadis, il avait connu le prestige du nom, du succès et de la fortune.

Puis, un beau jour, vers 1857, comprenant la vanité de tout effort et sentant proche la vieillesse, il prit un grand parti et le train qui le con­duisit à un nouvel exil dont il ne devait pas revenir.

 

(1) Paris, Marchant, S. D., in-8.

 

 

 

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Lassé et désabusé, le vicomte de Botherel était aller se retirer à Saint-Malo et cacher dans l'ancien nid de corsaires sa pauvreté et sa solitude.

Au seuil de l'éternité, par une coquetterie dernière, l'ancien diplomate avait arboré un nouveau masque. Maintenant, il se disait homme de lettres.

Il n'avait encore rien publié, il est vrai. Mais, pour tromper l'ennui de la petite ville, ne rédigeait-il pas un grand ouvrage qui semble n'avoir jamais été édité.

C'était, à ses yeux, plus qu'il n'en fallait pour légitimer une qualification qui, en province, impressionnait encore le vulgaire et lui valait une respectueuse considération dans les bureaux du Dinanais et de l'Union malouine et dinanaise, journaux paraissant quelquefois.

Le vicomte de Botherel avait toujours été un personnage de Balzac. Cette « dernière incarnation » relevait encore de la Comédie humaine. L'homme de lettres vieilli, qui, après avoir connu, à Paris, le succès et les heures heureuses, venait, appuyé sur sa canne et la tête lourde de souvenirs, assister à la rentrée des voiliers dans la rade, quelle silhouette à ajouter a la galerie éclose sous le crayon du tourangeau.

Il devait y avoir dans ce vicomte de Botherel, dernière manière, un peu de M. de Bougrelon. L'ingénuité des débutants, comme la bêtise, est infinie les apprentis journalistes du crû donnaient sans doute respectueusement du « cher Maître » à ce maître supérieur à tous, puisqu'il n'avait jamais écrit.

M, de Botherel était suffisamment revenu des vanités de ce monde pour s'amuser prodigieusement.

Cet avatar ultime eut, pourtant, une fin. Un matin d'octobre 1859, le maître de postes de Dinan, chez qui le vicomte était descendu, trouva le cadavre du voyageur étendu au bas de son lit d'où l'avait jeté une mort subite. Le corps était déjà froid (1).

 

(1) Commune de Dinan. Registres de l'état civil. Etat civil de l'année 1859, tome 68. Registre des actes de décès, p. 97 (verso).

N° 191. - Du 18e jour du mois d'octobre 1859. à 10 heures du matin.

Acte de décès de Marie de Botherel, né à la Chapelle-du-Lou, département d'Ille-et-Vilaine, âgé de 66 ans, profession d'homme de lettres, domicilié de Saint-Malo, décédé ce jour, p. Duclos Pinat, vers 5 heures du matin, fils de feu René-Jean comte de Botherel et Anne-Charlotte de Saint-Genys, son épouse, célibataire.

La déclaration du décès susmentionné a été faite par Jean-Marie Leroy, demeurant à Dinan, âgé de 66 ans, profession de maître de postes, qui a dit être celui chez lequel a eu lieu le décès.

Et par Etienne-Sévère Calmus, demeurant à Dinan, âgé de 60 ans, commissaire de police, qui a dit être informé du décès du défunt.

Lecture donnée de ce que dessus, les comparants et témoins ont déclaré signer.

Calmus (avec paraphe)                                            J. Hervé Leroy fils (sic)

Constaté suivant la loi, par moi Louis Lecomte, maire et officier de l'état civil soussignant.

J. Lecomte.

 

 

 

Fig. 09

 

PARIS. – 18 & 20, rue de Navarin. Etat actuel – Juin 1913

Cliché J. H.

 

 

 

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Quelques personnes seulement suivirent l'enterrement. Le vicomte de Botherel était devenu un inconnu et un étranger dans ce Dinan, où tant des siens étaient morts avant lui (1). Puis, on n'aime guère, en province, ceux qui vont chercher fortune à Paris, quand ils ne réussissent pas.

Le Dinanais consacra, cependant, une « nécrologie » convenable au fondateur des Omnibus-restaurants. Sur la foi d'un on dit, l'anonyme rédacteur de cette note, parla même de l' « esprit fin et observateur » et de la « con­naissance approfondie des hommes », dont témoignaient les Infirmités humaines, le grand ouvrage inédit de M. de Botherel.

Fi ! jeune homme, que ne parlâtes-vous des bonnes feuilles que vous avait communiquées l'auteur. Cela n'engageait à rien et vous eut permis de louer les qualités du style. Vous manquâtes, en vérité, d'imagination et de savoir-faire.

« M. le vicomte de Botherel est mort à Dinan le 1er de ce mois, à l'âge de 64 ans.

« Issu d'une des plus anciennes familles de ce pays, doué d'une intelli­gence distinguée et possesseur d'une belle fortune, M. le vicomte de Botherel occupa, dans sa jeunesse, de hautes positions. Il fut d'abord secrétaire d'ambassade, poste important qu'il abandonna, au bout de quelques années, pour diriger une des premières banques de la capitale. Puis il se jeta, à corps perdu, pour ainsi dire, dans les spéculations industrielles où il trouva, comme tant d'autres, d'amères déceptions.

« Retiré des affaires, il occupait sa vieillesse à écrire un long ouvrage qu'il n'a pas eu le temps d'achever. Infirmités humaines, tel était le titre de

 

(1) Le frère du vicomte de Botherel, Victor-Charles-Jean, sa sœur, Agathe-Raoulette, sa nièce, Mathilde-Marie-Victorine, étaient morts à Dinan, (1841-1854). Jean-François de Botherel, sr. de Morons, avait, en outre, été inhumé dans la chapelle Saint-Jean, de l'Eglise Saint-Sauveur, de Dinan, le 18 décembre 1789.

 

 

 

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ce livre où se révèlent, dit-on, un esprit fin et observateur, et une connais­sance approfondie des hommes, que seuls peuvent avoir ceux qui ont beaucoup et longtemps vécu. C'était pour donner la dernière main à cet ouvrage que M. le vicomte de Botherel avait quitté Saint-Malo, sa résidence habituelle, pour venir passer quelques jours à Dinan. Mais la mort l'en a empêché ; lundi matin, on l'a trouvé mort devant une de ses pages inachevées » (1).

Sous la signature malheureuse de J. B. (c'est le verger du roi Louis), l'Union malouine et dinanaise, tout en se montrant plus réservée sur les mérites littéraires de M. de Botherel, donne une précieuse bibliographie « anthume » de quatre in-octavo qui ne parurent point.

Il y a, dans ce couplet mortuaire, « une machine à vapeur de la force de 16 chevaux » qui ne laisse point de m'intriguer. Mais, le morceau est délicieusement prud'hommesque. Ce J. B. devait être un collaborateur de tout repos.

« M. le vicomte Marie de Botherel, ancien secrétaire d'ambassade, fils du comte de Botherel, représentant de la noblesse de Bretagne aux états-généraux, est mort à Dinan au commencement de cette semaine, à l'âge de 66 ans.

« Nommé secrétaire d'ambassade sous la Restauration, le vicomte de Botherel ne remplit pas longtemps ces fonctions ; son activité naturelle le poussa vers des spéculations industrielles ; il ouvrit bientôt à Paris une maison de banque pour l'escompte des rentes d'indemnité des émigrés non inscrites et gagna de fortes sommes.

« Plus tard, il attacha son nom à la célèbre entreprise des Omnibus-restaurants et fit circuler chaque jour dans la capitale douze voitures chargées de comestibles froids, et vingt-quatre voitures chargées de vins de toutes espèces. Trois cents maçons lui élevèrent comme par enchantement un magnifique hôtel et quinze cuisines dont la principale mesurait 40 mètres de long sur 8 de large. Une machine à vapeur de la force de 16 chevaux fai­sait bouillir les marmites. Tout Paris vint voir ce magnifique établissement. Les vaudevillistes eux-mêmes s'occupèrent du vicomte de Botherel, qui perdit dans ces cuisines plusieurs centaines de mille francs.

« Il se retira, possédant encore 260.000 francs ; mais bientôt il eut la malencontreuse idée de se rejeter dans les affaires ; espérant doubler sa fortune, il ouvrit un commerce de vins sur une très large échelle. Ce fut

 

(1) Le Dinanais. Journal des Côtes-du-Nord. 23 octobre 1859.

 

 

 

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sans succès : il y perdit à peu près entièrement les derniers débris de son ancienne opulence.

« Enfin, il y a environ deux ans, triste, pleurant les illusions évanouies de sa jeunesse, ses ambitions déçues, le vicomte de Botherel revint vers la Bretagne. Il se fixa dans la ville de Saint-Malo, où il vécut presque ignoré, s'occupant d'écrire un ouvrage en 4 volumes in-octavo, intitulé les Infirmités humaines, et qui devait paraître prochainement. C'est là du moins que nous l'avons connu. Faible et malade depuis quelques semaines, il surveillait à Dinan l'impression de cette œuvre quand la mort l'a surpris par une nuit sombre, dans un cabinet solitaire. On l'a trouvé le lendemain glacé, tombé de son lit sur le parquet de son appar­tement.

« Ainsi s'est terminée l'existence agitée de cet homme dont la fiévreuse activité, mieux dirigée, l'eût fait arriver, peut-être, à d'éclatants succès.

« Huit ou dix personnes au plus assistaient aux obsèques du malheureux vicomte de Botherel, dont les conceptions hardies, comme nous venons de le dire, avaient jadis ému tout Paris. O vanité des choses de ce monde ! »

« J. B. » (1).

La mort du vicomte de Botherel passa, en effet, inaperçue à Paris. M. Félix Mornand (non moins oublié, peut-être), la mentionna dans son Année anecdotique, se bornant à démarquer, avec un désinvolture char­mante, l'article nécrologique de l'Union malouine, et à y ajouter ce mot qui n'avait pas même la faim pour excuse :

« On se plut à dire que ce fils des croisés jetait l'argent par les fenêtres » (2).

La plaisanterie n'était pas nouvelle : l'esprit de Scholl était d'une autre qualité.

Quant à l'hôtel de la rue de Navarin, à la suite de la déconfiture des Omnibus-restaurants, M. Mirabel Chambaud s'en était rendu adjudicataire, le 9 décembre pour la somme rondelette de 778.674 francs. Vingt ans plus tard, en 1861, M. Félix-Henry Gosset se le voyait attribuer pour seulement 625.162 francs. Soit une différence de plus de 150.000 francs. Et l'on parle de la plus-value des terrains et de la cherté toujours croissante des loyers !

 

(1) L’Union malouine et dinanaise. Journal de Saint-Malo. 23 octobre 1859.

(2) Paris, Dentu, 1860, in-12.

 

 

 

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Il est présumable, cependant, qu'ils ont singulièrement augmenté depuis l'époque heureuse où Mlle Fargueil (1), du Vaudeville, louait 1.400 puis 1.800 francs l'un des pavillons du rez-de-chaussée ; tandis que Mme Tedesco, de l'Opéra, payait 3.800 francs le grand appartement du premier étage ; que le romancier Amédée Achard, cet « homme du monde fané » (2), se logeait pour 700 francs, et que, sur l'autre façade, au fond de la cour, Auguste Vacquerie, assurait, pour 300 francs, dans deux pièces et une cuisine, le culte du Maître exilé.

Pour reprendre un mot de Léonide Leblanc, on en était encore aux prix de 48 !

Comme les grandes amoureuses, les propriétaires s'en contenteraient difficilement aujourd'hui.

 

PIERRE DUFAY.

 

 

Fig. 10

 

(1) Cf : BERGERAT : Souvenirs d'un enfant de Paris. Tome I, 3e mille. Paris, Fasquelle. 1911. p : 121.

         (2) Journal des Goncourt, III, Paris, Charpentier, 1888, p : 99.

 

 

 

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Le dernier Médecin

de l'Abbaye de Montmartre

 

 

Ce n'était certes pas une réputation surfaite que celle qui attribuait au Couvent de Montmartre, à la fin du XVIIIe siècle « un rang supérieur aux autres ». Sa situation était des plus prospères. Il aurait fallu remuer les archives du Monastère ou se plonger dans l'Histoire des Antiquités de la Ville de Paris de Sauvai, publiée en 1724, pour retrouver trace des diffi­cultés financiéres contre lesquelles elle avait eu à lutter à l'origine, ou le souvenir des troubles et des désordres qui avaient pu s'y dérouler à une certaine époque. La haute sagesse et la bonne administration des abbesses qui s'y étaient succédées, depuis Marie de Beauvilliers et Françoise-Renée de Lorraine, avaient ramené le calme, l'ordre et la prospérité. Marie-Louise de Montmorency Laval, qui avait reçu la crosse en 1760, conduisait la communauté avec une rare intelligence. On la regardait à l'époque comme fille de grande vertu et de beaucoup de mérite. Son austérité passait pour exemplaire. Sa gestion était particulièrement heureuse et bienfaisante.

La direction d'une communauté de cette importance n'était pas une sinécure ! L'Abbaye, à elle seule, exigeait une continuelle et minutieuse surveillance. Elle avait de tout temps servi de refuge et d'abri aux dames de la Cour ou aux personnes de haute naissance, désireuses, pour un temps plus ou moins long, de s'affranchir des étiquettes obligatoires, de se sous­traire aux exigeantes mondaines, ou de s'abandonner à des pratiques d'une religion bien comprise et intelligemment appropriée. Marguerite d'Orléans, petite-fille du Vert galant dont elle avait hérité le tempéra­ment impétueux, ayant, après son mariage avec le prince de Toscane, fait ses preuves « touchant la propagation de sa race », y chercha un refuge auprès de l'Abbesse, sa tante. Ses aventures étranges nous sont connues. M. Rodocanachi les a racontées de très intéressante façon.

 

 

 

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En 1715, la duchesse d'Orléans, femme du Régent, avait un apparte­ment où elle venait se recueillir pendant quelques jours, lors des grandes fêtes de l'année et pendant la Semaine Sainte tout entière. Elle confia même, au mois d'octobre suivant, à l'abbesse Mme de Bellefond, sa fille, qui resta à Montmartre pendant deux ans comme pensionnaire.

Car l'abbaye recevait également des pensionnaires. Il était de bon ton pour les jeunes filles de grandes familles d'avoir été élevées dans cette Maison. L'instruction y était excellente, les manières parfaites. La pension coûtait de 500 à 1.000 livres par an. Marie de Lorraine, duchesse de Guise et de Joyeuse, dans son testament, n'avait-elle pas, entr'autres legs importants, laissé à l'Abbaye de Montmartre 150.000 livres pour l'entretien de vingt demoiselles des Duchés de Lorraine et de Bar. La haute réputation de Mme de Montmorency Laval n'avait pas peu contribué a soutenir cette renommée. Les demandes d'admission étaient nombreuses et l'abbaye rece­vait autant de pensionnaires qu'elle en pouvait comporter.

 

Si, à ces éléments étrangers on ajoutait comme attachés d'une manière fixe à l'abbaye, soixante professes, douze sueurs converses et une vingtaine de domestiques, un curé et un vicaire, on arrivait ainsi à plus de cent per­sonnes dont l'Abbesse avait charge et surveillance, sans compter le confesseur, l'intendant et le médecin.

Ce dernier, quelques années avant la révolution, était le docteur Pierre Dutertre. Originaire de la Sarthe (1), il était venu faire ses études dans la capitale et s'était fait recevoir chirurgien et docteur à l'Ecole spéciale de médecine de Paris. Comment l'idée lui était-elle venue de briguer et surtout comment avait-il obtenu la place de médecin-chirurgien de l'Abbaye royale de Montmartre, position qui semblait, à tout le moins, devoir convenir davantage à une personne d'âge qu'à un jeune docteur de trente ans, et offrir une retraite paisible, de tout repos et de toute tranquillité, à un médecin fatigué de travail et d'années ! Le peu d'ambition du docteur Dutertre ne dépassait pas, malgré l'altitude de la Butte, le clocher de Saint-Pierre. Le temps n'était plus où Henri IV appelait l'abbaye « son monastère, disant qu'il en avait été religieux », et le diable, par intérêt sans doute, s'était fait vieux avant l'âge de

 

(1) Il était né à St-Martin de Taillé, canton de Ballon, arrondissement du Mans, le 4 février 1758. Son père, André Dutertre, exerçait la profession de marchand (?). Sa mère était une demoiselle Anne Lefèvre.

 

 

 

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devenir ermite. La place, à tout prendre, devait comporter de sérieux avantages matériels, qui ne se limitaient pas au logement dans le monas­tère et au traitement fixe qui lui était dévolu.

Le titre de médecin de l'abbaye devait donner un certain relief à celui qui en était titulaire et lui attirer une importante clientèle parmi les habi­tants d'alentour.

L'existence s'écoulait douce, paisible, pour notre médecin sans désirs et sans regrets, quand éclata la révolution. Plus terrible que le fameux incendie de 1559 qui n'avait détruit qu'une partie de l'église, celle-ci balaya tout dans la tourmente. Le décret de l'Assemblée Nationale du 13 février 1790, rendu sur le rapport de l'abbé de Montesquiou en supprimant toutes les ordres et tous les congrégations religieuses, fit le vide dans l'abbaye. En vertu de ce décret les religieuses de Montmartre furent expulsées de leur couvent le 14 avril 1791. Abbesse et sœurs le quittèrent la veille de l'Assomption, « n'emportant chacune absolument que ce qu'elle avait sur elle et cherchant refuge chez des amis ou chez des étrangers ».

Du même coup, le docteur Dutertre dut déménager : il tenait sans doute, et pour cause, à son quartier et n'eut garde de s'éloigner. Un logement, Chaussée-des-Martyrs, à quelques pas de son ancienne abbaye, fit à peu près son affaire. Montrant contre mauvaise fortune bon cœur, il se tint coi et n'éleva toutefois timidement la voix que pour exercer une réclamation, le 25 prairial an II, contre le district de Franciade, au sujet d'une taxe de 15e 11s pour l'exercice 1790, dont il demandait à être déchargé, cette cote ayant déjà été comprise dans celle de l'abbaye (1). Il n'en demandait pas davantage, au surplus, cherchant en ces temps de trouble, à vivre dans le calme et dans l'oubli.

La clientèle se faisait rare, partant les honoraires, très maigres. Ce déchet était d'autant plus sensible au pauvre Dr Dutertre que non seulement il n'avait plus de fixe comme autrefois au monastère mais qu'il avait encore à sa charge son loyer, si modeste fut-il. Et puis la solitude lui pesait. Elle est souvent mauvaise conseillère. Elle lui poussa idée de se marier. Quoique, dans la circonstance, il soit difficile de supposer que le diable, encore trop jeune, las de son jeûne et de ses privations ait pu songer à revendiquer ses droits ! - que ce soit pour augmenter ses ressources ou combler le vide de son intérieur, soit même pour l'une et l'autre de ces

 

(1) Collection Parent de Rosan, 55, n° 352.

 

 

 

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raisons, il se jeta dans les bras d'une rentière dotée en plus de ses biens d'au moins cinquante printemps, la dame Anne-Geneviève Raynier, veuve en premières noces de Denis-Simon Vallet, marchand chandelier, qu'il était allé chercher au 32 de la rue des Fossés-Montmartre. Que devint l'union de cet homme de trente-quatre ans avec une femme de vingt ans plus âgée que lui ? Je vous le laisse à penser. La lune de miel fut de courte durée : elle n'en était pas à son dernier quartier, que sans doute à la suite de déceptions d'ordre intime ou de recherches de consolations extraconjugales dont la vieille dame prit subitement ombrage, celle-ci obtenait le 7 novembre 1792 du tribunal du 2e arrondissement de Paris, l'autorisation de poursuivre le divorce contre son trop volage conjoint. Après trois tentatives de conciliation infructueuses, l'épouse infor­tunée voyait le 27 juillet 1793 (an II de la République) le divorce prononcé à son profit, son traître de mari ayant fait défaut.

Le Dr Dutertre chercha alors les consolations dans l'étude. Il semble avoir eu à ce moment, l'ambition de devenir quelqu'un. L'important ouvrage d'abondante érudition sur les Vieux Médecins Sarthois, publié par le Dr Paul Delaunay (1), nous apprend qu'un mémoire rédigé au sujet d'un appareil ingénieux appliqué à un malade sur sa main déformée a la suite d'une brûlure ancienne et remédiant à la difformité de ce membre valut à son auteur, en 1798, un prix d'émulation de la part de la Société de médecine de Paris. (Recueil périodique de la Société de médecine de Paris. Tome III. Paris an VI, 1797-98. p. 164). Le II germinal an XIII, il soutenait devant la même Société une thèse intitulée : Réflexions et observations sur les plaies en général, dédiée à Boyer. Paris an XIII, 1805, chez Didot jeune. 22 pp. et 2 p.

Sa situation peu à peu grandissait. Pour répondre aux exigences d'une notoriété en plein développement, il quitta Montmartre, non sans un sou­venir ému pour les meilleures années de son existence qu'il y avait passé, et s'installa au 58 de la rue du Mont-Blanc, quartier neuf et élégant, sur lequel s'était implanté un groupe de riches industriels, de banquiers, aristocratie de la Chaussée-d'Antin chantée par M. de Jouy. A quelques mètres de sa maison, se trouvaient d'une part, l'Hôtel Montesson, occupé par l'ambassadeur d'Autriche et d'autre part, l'Hôtel de Montfermeil. Quel changement avec les voisinages de l'Abbaye ou de la rue des Acacias.

 

(1) Dr Paul Delaunay. Vieux Médecins Sarthois. Première série. Paris. H. Champion, 1906, p. XXV.

 

 

 

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Un nouveau travail que par un royalisme de circonstance il lui parut convenable de dédier au roi : Chirurgie. Traité d'opérations nouvelles et inventions de mécaniques servant de moyens secondaires pour en assurer le succès. Paris. Méquignon Marvis, 1814. 85 pp. in-8°, en tête duquel se trouve le portrait dont nous donnons la reproduction, attira de nouveau l'attention sur lui. Peut-être allait-il recueillir le fruit de si persévérantes études, lorsque la mort vint le surprendre, le vendredi 26 mai 1815, à trois heures du matin, en son domicile (1).

Ainsi finit le Dr Pierre Dutertre.

Surtout, n'allez pas croire que la place du sommet de la Butte, dont le carré d'arbres cache aux yeux des profanes ce que fut la première mairie de Montmartre et abrite, l'été, de son ombre, les ébats des marmots du quartier, évoque le moindre souvenir. Le nom du Du Tertre, dont elle fut baptisée en 1672, en raison de sa situation élevée, n'a pas plus la prétention de rappeler le Dr Dutertre que cet ancien sergent à cheval du Châtelet de Paris, Guillaume Dutertre, devenu au XVIe siècle receveur du monastère.

Malgré les rues des Abbesses, des Dames, de Rochechouart, de la Tour-d'Auvergne ou de la Rochefoucauld, on se souvient à peine aujourd'hui de l'ancienne Abbaye de Montmartre, et quoiqu'il y ait une place du Tertre on a complètement oublié le nom modeste de son dernier médecin.

 

E. de CRAUZAT.

 

(1) Ville de Paris. Deuxième mairie. Extrait du registre des actes de décès de l'an 1815.

Du vendredi vingt-six may mil-huit-cent-quinze, onze heures du matin. Acte de décès de Pierre Dutertre, chirurgien et docteur en médecine spécial de l'Ecole de Paris, âgé de cinquante-sept ans trois mois, né à Taillé, dépar­tement de la Sarthe, décédé ce matin à trois heures, rue du Mont-Blanc, 58. Divorcé de Anne Geneviève Raynier ; les témoins ont été : MM. Jean Pierre Alexandre Brice Duzy, ancien avocat, âgé de cinquante-quatre ans, demeurant boulevard des Italiens n° 11, et Claude Coquart, domestique, âgé de vingt-six ans, demeurant même maison que le défunt, lesquels ont signé avec nous, maire, après lecture et ledit décès constaté suivant la loi : Brice Duzy, Coquart et... maire.

Délivré par nous, maire, conforme au registre, ce 31 juillet 1815.

 

 

 

Fig. 11

 

 

 

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DEUX JARDINS DISPARUS

LE JARDIN RUGGIERI -:- LE JARDIN DU DELTA

 

 

Au moment où la modernisation - pour exprimer cette chose barbare, il est à propos d'employer un terme qui ne l'est pas moins - fait disparaître les beaux jardins qui faisaient la gloire et le charme du Vieux Montmartre, on a pensé qu'il serait à propos d'évoquer le souvenir des parcs qui, il y a quatre-vingts ans, rompaient la monotonie des rues des Porcherons et de la Nouvelle France, la rue Saint-Lazare et le Faubourg Poissonnière de nos jours.

 

 

LE JARDIN RUGGIERI

 

« Les frères Ruggieri (mon père et mes oncles) (1) sont les premiers qui ont eu l'heureuse idée d'offrir au public un lieu d'agrément qui, dans la belle saison, réunit à la fois les danses, les feux d'artifices et autres objets de divertissement.

« Le jardin Ruggieri fut ouvert en 1766, rue Saint-Lazare, dans un quartier alors connu sous le nom de Porcherons. Cet établissement consistait, sans parler des bâtiments, en un très beau jardin artistement disposé. Les spectacles, les jeux et les amusements qu'on y avait réunis for­-

 

(1) Les frères Ruggieri artificiers italiens, étaient cinq frères, qui vinrent s'établir en France en 1739. L'aîné avait pour noms de baptême Pietro-Antonio-Marie (à Paris on le connaissait plus particulièrement sous le seul nom de Pierre) ; le second était nommé François, le troisième, Antoine, le quatrième Pétrone Sauveur Balthasar Ruggieri, mon père : c'est le seul qui ait eu des enfants : deux fils et quatre filles. Le cinquième enfin se nommait Gaétano. Les cinq frères mirent d'abord leurs intérêts en commun, l'aîné se chargea spécialement de la partie administrative. Antonio et mon père firent connaître d'abord leur talent par les feux qu'ils exécutèrent en 1739, sur le théâtre de la Comédie Italienne. Depuis, indépendamment de leur établissement, ils firent un grand nombre de feux non seulement pour le roi et la ville, mais pour le Colisée et autres lieux publics. Gaetano, dont le mérite fut apprécié par Georges II, roi d'Angleterre, fixa son séjour à Londres ou il mourut.

 

 

 

Fig. 12

 

Cabinet des Estampes

Topographie de Paris – Quartier St-Georges

 

Cabinet des Estampes

Topographie de Paris – Quartier Rochechouart

 

 

 

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maient un ensemble agréable de fêtes auquel on a donné le nom de fêtes champêtres. Un très beau feu d'artifice terminait les plaisirs de la soirée.

« Peu après, les frères Ruggieri ajoutèrent à leurs feux d'artifice des actions pantomimes, qui augmentèrent le charme et l'attrait de ce nouveau genre d'établissement.

       « D'abord on représenta la place de Louis XV et son inauguration ; plus tard la descente d'Orphée aux enfers ; Thésée délivrée par Hercule et quantité d'autres, dont l'explication serait ici trop longue.

       « Contre le principal corps de bâtiment étaient construites de vastes galeries pour placer les spectateurs qui désiraient voir le spectacle à couvert ; ce qui était fort commode et très agréable.

       « Mon père, après la mort de ses frères, resté seul propriétaire, fit construire en 1785, une très belle salle de 100 pieds de long, sur cinquante de large ; elle servait à mettre le public à couvert en cas de pluie. En 1774, il y eut des courses de chevaux et des exercices exécutée par un nommé Hyam et sa troupe.

« En 1784, on enleva, pour la première fois, un ballon, spectacle dont l'invention était alors toute récente, ainsi que nous le verrons plus loin. En 1786, on enleva également des figures aérostatiques, au moyen du gaz hydrogène.

« Ce jardin eut une vogue soutenue et conserva longtemps la faveur du public, mais les événements le firent fermer, le 12 juillet 1789, avant-veille de la prise de la Bastille.

« Ce jardin fut de nouveau ouvert en 1794, sous la direction du sieur Ducy, qui le tenait des enfants Ruggieri, dont le père venait de mourir.

« Cette entreprise fut exploitée deux ans de suite avec succès. Enfin, en 1815, Ruggieri aîné, mon frère, rouvrit l'établissement, en continuant d'y offrir le même genre de plaisirs. Il y ajouta même des montagnes dans le genre russe, et connues sous le nom de Saut du Niagara ; mais tout cessa en 1818. Depuis, la propriété ayant changé de maître, la formation du nouveau quartier Saint-Georges entraîna la destruction du jardin et d'une partie des bâtiments ».

Ce passage est extrait du livre bien connu de Claude Ruggieri, artificier du Roi, Précis Historique sur les Fêtes et Spectacles et les Réjouissances publiques, Paris 1830, in-8°.

Rédigé par le fils et petit-fils des gens dont il parle, il semblerait devoir être complètement exact : en fait, les renseignements qu'il fournit sont sujets à caution, et renferment des erreurs dues, les unes à l'absence de

 

 

 

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documents précis, les autres faites probablement d'une façon volontaire.

Tout d'abord complétons les renseignements fournis par Claude Ruggieri sur sa famille.

L'aîné Petro-Antonio-Marie, celui qu'on appelait Pierre à Paris, mourut rue Saint-Lazare, probablement le 10 septembre 1778, puisqu'une sentence du bailliage de Montmartre en date du 11, ordonne l'apposition des scellés.

Quant au père même de l'auteur du Précis Historique sur les Fêtes, etc. François Petrone Sauveur Balthazar Ruggieri, il décéda au même endroit, le 10 février 1794 (22 ventôse an II) : sa femme Anne Marie Aguzzi était morte avant lui. Ses deux filles se nommaient : la première, Marie Barbe qui épousa au mois d'avril 1778, Charles Félix Séraphin Coraly, acteur de la troupe italienne : elle apportait à son mari 8.000 livres de dot, sur lesquels le beau père, en devait encore en 1787, 6.878 ; plus tard, Marie Barbe, profita du divorce pour se séparer de son époux.

L'autre, Marie-Anne se maria au mois de novembre 1785 avec un acteur du nom de Sincher de Valeroy, plus tard inspecteur des relais ; elle appor­tait également en dot 8.000 livres, sur lesquels son père n'avait encore versé en 1789, que 1780 livres.

A leur arrivée à Paris les frères Ruggieri, alors simples artificiers s'étaient installés à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, dans un quartier qui à cette époque devait être presqu'un désert, à l'angle de la rue de Reuilly et des Buttes, aujourd'hui du Sergent Bauchat, non loin de la place du Trône, devenue de nos jours place de la Nation (1).

Ils paraissent avoir réussi brillamment et rapidement dans leurs affaires et devinrent bientôt artificiers de la Ville ; mais, se trouvant sans doute trop éloignés du centre, ils songèrent à se rapprocher des quartiers vivants de la ville et, à une date que je ne peux préciser, mais qui doit se placer entre 1750 et 1758, ils firent l'acquisition, probablement avec l'aide d'un des gros spéculateurs du temps, Mégret de Serilly, d'un terrain d'environ 11 000 mètres de nos jours et sis rue Saint-Lazare ; mais le terrain à peine acquis fut hypothéqué, car dès 1758, on voit les créanciers de Pierre Antoine Marie Ruggieri, accepter de lui une somme de 19 519 livres 4 sols, montant de ses dettes et une hypothèque sur la maison de la rue Saint-Lazare.

 

(1) Renseignement dû à l'obligeante érudition du capitaine Cherrière.

 

 

 

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Les affaires des Ruggieri durent s'arranger, les créanciers se calmèrent et, en 1766 commencèrent les feux d'artifice, les jeudis, dimanches et ours de fêtes.

La rue Saint-Lazare du XVIIIe siècle ne ressemblait guère à celle que nous connaissons : bordée de cabarets, entre lesquels se dressaient des hôtels de grands seigneurs, ou des maisons d'artistes célèbres, garnis les uns de bosquets ou les habitués des Porcherons allaient boire et danser, les autres de vastes parcs, dont les heureux possesseurs faisaient leurs délices, elle devait être une longue sente fleurie.

Si aux abords de la rue des Martyrs on ne rencontrait guère que d'hum­bles maisons, plus loin à l'angle de la rue de la Rochefoucauld, une vaste muraille laissait apercevoir les grands arbres du jardin ou plutôt du parc qui environnait la demeure ou vécut et mourut Pigalle ; de l'autre côté de la rue de La Rochefoucauld s'élevaient les coquets bâtiments de l'hôtel de Bougainville ; suivaient les immenses jardins de l'hôtel de Valentinois, en face des tonnelles du fameux cabaret de Magny ; et au delà de la rue de Clichy, dans la partie qui s'étend de nos jours entre cette rue et la gare Saint-Lazare, les parterres, les rivières, les rochers, les futaies du fameux jardin Boutin où devait se créer plus tard le premier Tivoli, dont un érudit bien connu, M. Capon, a savamment et spirituellement conté l'histoire, et que nombre d'historiens, à commencer par Lefeuve ont confondu avec le Jardin Ruggieri.

La maison où s'installèrent nos artificiers est facile à déterminer : le peu qui en reste est représenté de nos jours par le numéro 16-18, ancien 20 de la rue, là ou il y a 20 ans se fit cette création éphémère et curieuse du Théâtre d'Application, de la Bodinière, pour l'appeler de son nom en jargon parisien.

Désireux de se mettre en règle avec les lois de leur pays les Ruggieri commencèrent par demander au bailli de Montmartre - car en ce temps, ce côté de la rue Saint-Lazare était territoire Montmartrois, - les autorisations nécessaires. On vérifia la solidité de leurs constructions ; on fit une enquête auprès des voisins, pour savoir s'ils ne seraient point incom­modés par l'odeur de la poudre et le bruit des voitures et des spectateurs. Les voisins - tous marchands de vins et qui escomptaient déjà les béné­fices qu'ils allaient tirer de cette nouvelle clientèle, - répondirent à l'unanimité que rien ne les gênait, et dès le mois d'avril 1766, après la publication d'une ordonnance du Bailliage, défendant aux voitures qui amenaient les spectateurs chez Ruggieri, de stationner à une distance de

 

 

 

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moins de trois maisons, et d'entrer dans les jardins, la porte étant trop étroite et la pente trop rapide, les feux d'artifice commencèrent.

Ils se continuèrent pendant plusieurs années, mais avec des destinées variables. Les entrepreneurs essayaient pourtant de se tenir au courant de l'actualité : quand la place Louis XV fut terminée en 1772, un feu d'artifice représenta son inauguration aux habitués du spectacle.

Néanmoins, malgré l'attrait d'un restaurant renommé que l'on avait annexé à la maison, l'établissement paraît avoir subi une éclipse au début de 1773. L'Almanach forain de Nougaret pour cette année, en parle comme d'une chose passée.

Il devait renaître de ses cendres : en 1783 et non en 1785, Ruggieri faisait établir par Tricadeau, menuisier du Roi, demeurant rue des Fossés-Saint-Bernard, la salle en bois destinée à abriter un nouveau genre de spectacle, des pantomimes mêlées de feux d'artifices. Les représentations de ce genre paraissent avoir commencé au mois de juillet 1783 par le Combat, la mort et les funérailles de Malborough. On était au moment de la grande vogue de la fameuse chanson, mise à la mode par Mme Poi­trine, nourrice du duc de Normandie, premier dauphin, fils de Louis XVI ; tout le monde la répétait : les magasins arborèrent le grand Malborough comme enseigne et une rue même de Montmartre prenait le nom de ruelle Malborough, avant de devenir la rue Pétrelle.

Aussi pour sa pantomime, Ruggieri faisait-il des frais : dix-huit figurants à dix sous pour le cortège, douze pour porter le cercueil, une musique militaire à 24 livres, - elle ne comprenait, il est vrai, que seize exécutants, - et 198 livres pour la musique de la danse ; les recettes étaient belles d'ailleurs et dépassaient souvent 4.000 livres.

A ce spectacle d'actualités, d'autres succédèrent, tels que : « L'inauguration du Pont de Louis XVI par Minerve et les Arts », donnée deux ans avant que cette inauguration eût lieu, puisqu'on la représentait en 1788, et que la cérémonie officielle ne fut célébrée qu'en 1790.

Puis c'était en souvenir de la glorieuse campagne de l'Inde « Le siège de Delhy, par Thamas Koulikan, roi de Perse, et son entrée triomphante » avec lesquels alternaient des spectacles mythologiques que Claude Ruggieri n'a pas cités, comme « Les Forges de Vulcain sous le Mont Etna, la Salamandre et le Combat de Mars. »

Le public affluait et quand, dans le courant de l'année 1788, les ambassadeurs de Tippoo-Saïb vinrent à Paris, ils firent deux fois visite au Jardin Ruggieri ; le 6 septembre ils purent contempler « Le siège de

 

 

 

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Delhy » et retournèrent admirer, le 24 même du mois, « Les Forges de Vulcain et la Salamandre ».

A chacune de ces visites, suivant un usage que les directeurs de théâtre n'ont pas abandonné - bien que les termes employés pour dire la même chose aient changé - on annonça que « les billets gratis n'auraient pas lieu ».

Ce fut le plus fort de la vogue du Jardin Ruggieri ; bien que cette mauvaise langue de Pidansart de Mairobert, le continuateur de Bachaumont, ait insinué que « Les Funérailles de Malborough » manquaient un peu trop de figurants, et que la pantomime pyrrhique des « Forges de Vulcain sous le Mont-Etna » eût été copiée de trop près d'une fête d'artifice de l'artificier Torré, qui venait de mourir en 1783, les éloges sont en majorité. « Des appartements fort bien décorés, des jardins très agréables donnent un nouveau prix à ces fêtes charmantes où de jeunes personnes honnêtes ne se font point scrupule de danser », écrit en 1787 Nougaret dans ses Petits spectacles de Paris, et l'auteur de décrire les principales nouveautés qui, dans les deux dernières années, y ont été exhibées au public c'est le 11 décembre 1785, un aérostat imperméable, orné d'un médaillon de Montgolfier et d'inscriptions versifiées à sa louange ; c'est, le 24 septembre 1786, lancées par un certain Enslen, des figures aérostatiques - en baudruche probablement - représentant le Cheval Pégase monté par un guerrier, et la Nymphe, qui s'en vont choir aux environs de Choisy-le-Roi, à l'ébaubissement des naturels du pays ; c'est, le 22 octobre de la même année, la voiture sans chevaux de Rouquerel, destinée aux transports des malades, et qui paraît baroque et peu pratique.

Mais hélas, tout cela n'empêcha pas la ruine : le 21 novembre 1787, Pedrone Ruggiery, artificier de Monsieur, frère du Roi, et ordinaire de la Ville, déposait son bilan aux Consuls : l'actif se montait à 274.284 livres, le passif à 208.235 livres 4 sols.

La maison de la rue Saint-Lazare était estimée à 150.000 livres sur lesquelles 50.000 étaient dues à l'Union des créanciers de Megret de Sérilly qui avait lui aussi fait une faillite retentissante : les marchandises représentaient 30.000 livres, les décorations 18.000, les glaces 7.000 etc.

Les créanciers firent saisir réellement l'immeuble, mais l'exploitation du théâtre et des fêtes champêtres se continua après la faillite : elle durait encore en 1788, comme nous l'avons vu précédemment, et ne se termina pas comme l'avance Claude Ruggieri en 1789, puisque dans le courant de cette même année, Blanchard y faisait des ascensions, que l'on continuait

 

 

 

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à y donner « Le siège de Delhy », auquel venait s'ajouter une nouvelle pantomime mythologique, « L'incendie de Troie par les Grecs ».

Bien plus, en 1790, la maison donnait encore des fêtes : le 14 février 1790, à dix heures du soir, il y avait bal non masqué ; à la fin de mai de la même année, Garnerin y faisait une ascension ou, pour employer le terme de l'époque « une expérience aérostatique au profit des pauvres de la Com­mune de Montmartre et des districts de Bonne-Nouvelle et de Saint-Jacques-de-l'Hôpital ».

Enfin, le 12 septembre 1790, le Journal de Paris publiait cette annonce : « Aujourd'hui, chez le sieur Ruggieri, rue Saint-Lazare, faubourg-Montmartre, au profit de ses ouvriers, grand feu d'artifice, composé de toutes pièces nouvelles : La Salamandre, Danses dans le jardin et dans le salon, on y enlèvera aussi une Montgolfière. Prix des places : 3 livres et 1 livre 10 sous. Un cavalier peut amener une dame. »

Puis ce fut le silence : au lendemain de la mort de Pedrone Ruggieri, survenue comme il a déjà été dit, le 10 février 1794, la maison qui, malgré la saisie de 1787 était restée dans la famille - je ne sais comment - fut adjugée sur licitation à Michel-Marie Ruggieri au nom de tous les cohéritiers, moyennant 2.725.500 livres, en assignats, il est vrai ; elle portait alors le numéro 110 de la rue Saint-Lazare. C'est alors qu'eut lieu la tentative de réouverture sous la direction d'un certain Ducy. Elle ne paraît guère avoir réussi, mais il est encore inexact d'affirmer que la maison resta fermée de 1799 à 1815. Aussi bien le Guide de Prévost de Saint-Lucien de l'an XII, que le Miroir de Paris de Prodhomme de 1806, nous la montrent ouverte et même très fréquentée. Toutefois il est certain que la dernière période de grande vogue du Jardin Ruggieri fut la Restau­ration : à ce moment et au plus fort de la vogue des Montagnes, on en installa une qui prit le nom de « Saut du Niagara » et qui jouit d'une réelle popularité. Les Etrennes grivoises, almanach chantant de 1818, ont un pot-pourri sur le Saut du Niagara et sont ornées d'une planche repré­sentant « Bobèche faisant le Sot du Niagara avec la Sibylle de la Chaussée­d'Antin ».

En voici la description, empruntée à un auteur contemporain, M. d'Alle­magne.

« Les montagnes russes connues sous le nom de « saut du Niagara » et pour lesquelles MM. Beurg et Ruggiery prirent un brevet le 9 avril 1817, consistaient en un dispositif assez ingénieux établi de façon à donner au wagonnet une nouvelle impulsion quand il arrivait à la fin de sa course :

 

 

 

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c'était une sorte de pont volant ou de bascule qui recevait les chars et qui au moyen d'un levier, les élevait à un point d'où ils pouvaient prendre une nouvelle impulsion. »

Dans une gravure représentant cet exercice périlleux, nous trouvons une longue légende explicative, destinée à tenter les amateurs de ce genre de sport.

« Au jardin Ruggieri, le saut du Niagara est vraiment effrayant, et, pour se décider à le franchir, il faut bien se persuader que la police n'aurait pas permis cet amusement s'il pouvait compromettre la vie des citoyens. Une pente douce conduit aux kiosques ou plutôt aux ports ou l'on s'em­barque dans une jolie nacelle (Plus d'un mari se plaint de la couleur de quelques uns des pavillons qui flottent à l'avant de ces bâtiments) (1).

Du plan horizontal où se trouve alors le navigateur, il est doucement enlevé par une bascule et ne commence son voyage que lorsque l'extré­mité opposée de cette bascule est descendue au point où commence la rivière (coulisses où glissent les nacelles) ; la bascule est alors inclinée à quarante-cinq degrés, un échappement enlève le crochet qui retient le frêle bâtiment, il part avec rapidité et c'est de 50 à 60 pieds environ du sol qu'il parcourt 240 à 250 pieds en moins de six secondes.

Pendant son élévation le nouvel Argonaute a eu le temps de contempler l'abîme où il va se précipiter : il frémit en pensant que le moindre accident (s'il était possible) causerait un naufrage dont nulle puissance humaine ne pourrait le sauver ; il tremble... Pensez-y bien, dans les hautes monta­gnes un nuage cache souvent au voyageur les objets qui sont au-dessous de lui. Eh bien, un nuage composé de parties solides et artistement peintes pourrait aisément être adapté à la partie inférieure de la bascule, un mécanisme simple le ferait rentrer en terre au moment même où la bascule toucherait la rivière, il dissimulerait le saut périlleux, et si enfin, pendant que la bascule s'élève, un accident impossible à prévoir faisait jouer l'échap­pement d'une nacelle et qu'elle vint à se détacher, elle serait arrêtée dans les nuages et les voyageurs sauvés. »

Des personnages plus importants que Bobèche s'intéressaient au Saut du Niagara ; la mélancolique duchesse d'Angoulême elle-même allait le voir, comme nous l'apprend le Moniteur « Son Altesse Royale Madame a visité aujourd'hui le jardin Ruggieri, dans lequel est établi le Saut du Niagara ; elle a bien voulu donner quelque attention aux détails du méca­-

 

(1) Ces pavillons étaient jaunes.

 

 

 

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nisme qui y est employé, en témoigner sa satisfaction ; et laisser des marques de sa munificence. »

(Moniteur, 10 octobre 1817, p. 1118).

D'autres jours on reprenait l'ancienne tradition, et le public venait con­templer des départs de ballons, ascensions modestes et qui nous font un peu sourire aujourd'hui.

« Une réunion nombreuse et fort élégante s'était formée ce soir au jardin Ruggieri. Après quelques heures de l'après-midi, données aux amu­sements variés qu'offre le jardin et aux chutes dites du Niagara, on s'est rassemblé dans la principale enceinte pour y assister à l'expérience aéros­tatique annoncée, Aucun procédé extraordinaire n'était employé ; le ballon d'une petite proportion était prêt, et vers huit heures, Mme Margat a paru ; elle a fait le tour de l'enceinte avec une aisance et une grâce très remarquables, puis après avoir fait à sa famille des adieux tels que ceux en usage pour le voyage le plus ordinaire, elle s'est placée dans la nacelle. Sa sécurité était telle et son assurance était si parfaite qu'elle éloi­gnait jusqu'à l'idée du danger qu'elle allait courir et du courage dont elle donnait la preuve. Elle s'est aussitôt enlevée en saluant les spectateurs avec un drapeau ; elle est parvenue rapidement à une grande hauteur, et bientôt le ballon a été perdu de vue. Il doit être descendu du côté de Saint-Cloud. L'aéronaute avait promis de donner de ses nouvelles par des billets écrits de sa nacelle, et adressés aux rédacteurs des feuilles pério­diques. Si ces bulletins nous parviennent, nous nous ferons un plaisir de publier des fragmens de cette correspondance aérienne ».

(Moniteur, 5 juin 1818, p. 686.)

Et le 6 le Moniteur (p. 691) publiait la note suivante :

« Nous n'avons pas reçu de nouvelles directes de Mme Margat : on annonce qu'elle est heureusement descendue à terre, après une demi-heure de voyage aérien, dans la plaine d'Issy-sous-Meudon, vers neuf heures du soir ».

Toutefois, contrairement aux assertions de Claude Ruggieri, le jardin de la rue Saint-Lazare ne fut pas fermé au public en 1818 : il s'y donna encore des fêtes l'année suivante. En effet, le Moniteur, dans son numéro du mercredi 21 juillet 1819 (p. 974), publiait la note suivante :

« Jardin Ruggieri, rue Saint-Lazare n° 20. Jeudi 22 juillet, grande fête extraordinaire, et depuis 6 heures jusqu'à 7 du soir, nouvelles expériences

 

 

 

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ou essai de direction des aérostats, par un mécanisme portant 8 ailes 8 gouvernails et plans inclinés, aussi mobilements actifs que l'est un oiseau dans l'air ».

Soit faute de spectateurs, soit à cause de l'inclémence du temps, car l'été de 1819 paraît avoir été fort pluvieux, l'expérience n'eut pas lieu au jour indiqué et fut remise à huitaine, c'est-à-dire au jeudi 29 juillet : ce ne fut pas précisément un succès : car dans son numéro du 30 le même journal insérait ce compte-rendu assez hargneux (p. 1030).

« L'expérience aérostatique annoncée hier au jardin de Ruggieri n'a point réussi. L'aéronaute qui se faisait fort de se diriger, était placé debout dans une espèce de cage armée de quatre longues ailes de moulin en osier à claire-voie garnies de papier, et d'une sorte de gouvernail ou de voile en travers, le tout fixé au-dessous du ballon. Le prétendu navigateur aérien a manœuvré dans cette cage, s'agitant des pieds et des mains pour remuer ses ailes, qui n'ont paru produire aucun effet, autant qu'on a pu en juger aux approches de la nuit ; le ballon était retenu par des cordes à environ 25 ou 30 pieds de terre et a fait ainsi le tour de l'enceinte ; le public, qui n'était pas nombreux, à cause de l'incertitude du temps, n'a manifesté ni satisfaction, ni mécontentement ; il a laissé tranquillement le ballon se dégonfler et s'est contenté d'un modeste feu d'artifice. Tout était fini avant dix heures. »

Cet essai manqué ne fut pas seulement fatal à l'infortuné inventeur, mais aussi à l'établissement où il avait eu lieu.

Le jardin Ruggieri semble avoir essayé d'attirer encore le public pendant quelques semaines de l'été 1819, et voyant qu'il s'obstinait à ne pas venir, Ruggieri paraît avoir fermé les portes de son enclos vers le mois d'août.

En 1826 le percement de la rue N.-D. de Lorette, alors Vatry, enlevait la majeure partie du jardin.

 

 

 

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II
LE JARDIN DU DELTA

 

« On nous assure que les promenades Egyptiennes seront sous peu de jours ouvertes au public. Cet établissement, construit à grands frais, rue du Faubourg Poissonnière, n° 105, réunira une grande variété d'amusemens, parmi lesquels les danses et les courses en char tiendront le premier rang. On cite la beauté du jardin dont les allées et bosquets touffus offri­ront un asile assuré contre les rayons du soleil. La montagne destinée aux courses présente une ligne de douze cents pieds à parcourir ; des moyens à la fois ingénieux et exempts de tout danger servent à élever les chars au sommet de la montagne, en sorte qu'on pourra sans interruption continuer la course. Un bâtiment considérable renferme un vaste salon décoré à l'égyptienne qui, en temps de pluie, offre une salle de danse couverte, et en tous tems un élégant café. La décoration du bâtiment principal et le tracé du jardin sont de M. Henriette. architecte : c'est M. Hoyau, ingé­nieur-mécanicien qui est l'auteur des machines. » Telle est la longue note insérée dans le Moniteur, 4 mai 1818, p. 558.

Et dans son numéro du jeudi 14 mai, le même journal (p. 596) annonce « Promenades Eyptiennes, rue du Faubourg Poissonnière, n° 105 : aujourd'hui Fête et bal champêtre, course de chars, etc. »

Le dimanche 24 mai (p. 639) nouvelle note plus explicite :

« Le public commence à se plaire aux promenades égyptiennes, fau­bourg Poissonnière. Avant hier jeudi, les courses et les ascensions ont commencé à midi et duré jusqu'à onze heures, malgré la fraîcheur du tems. L'administration se propose de donner une grande fête, dimanche 24 du courant ».

Puis la rédaction des annonces varie :

« Aujourd'hui (Lundi 25 mai) fête champêtre, ascensions et courses en char, bal champêtre et autres divertissemens ».

Qu'était-ce donc que ces promenades égyptiennes et où étaient-elles situées ? Chose bizarre pour un établissement qui ferma ses portes il y a

 

 

 

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moins d'un siècle la réponse est malaisée. Entre le plan de Verniquet qui date de l'époque Révolutionnaire (1789 à 1798) et celui de Vasserot qui ne fut commencé qu'en 1827, alors que le quartier qui nous intéresse avait été transformé par des percements, il n'existe pour déterminer la situation d'une propriété parisienne que les plans cadastraux des contributions. Grâce au beau catalogue que mon collègue emt ai Coyecque en a publié en 1908 dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris p. 238 à 280, il m'est permis de vous dire que le 105 de cette époque était une immense propriété, la seconde après la rue Pétrelle : ses jardins à la française coupés de bassins s'étendaient en profondeur jusqu'à la moitié de cette rue en façade, ils longeaient le faubourg Poissonnière, représentant à peu de choses près les numéros 157 à 187 actuels, et couvraient une superficie d'environ 30 000 mètres.

Deux vues nous ont été conservées des Promenades Egyptiennes ou du jardin du Delta. Toutes deux se trouvent dans l'Album 290 de la topogra­phie de la France au Cabinet des Estampes : la première est une lithographie sans date et assez grossière d'Engelmann, rue Cassette, la seconde une charmante aquarelle anonyme.

Dans la lithographie, un haut pylône se dresse couronné par un large portique à l'égyptienne sur le fronton duquel sont sculptées les deux ailes d'épervier du Dieu Horus au Aroueris ; du pied du portique part une pente fort raide qui semble longée par deux rails sur lesquelles courent les nacelles qui vont choir à l'extrémité d'une sorte d'enceinte ovoïde, où elles étaient sans doute arrêtées par des préposés de l'administration qui, dans l'estampe, sont représentés debout. Une balustrade de bois ferme l'enceinte de la pente. A droite de la pente un terrain plat est parsemé de bouquets d'ar­bres ; à gauche de cette même pente, une sorte de colline qui la borde est plantée d'arbustes et d'arbres qui grimpent jusqu'au portique. Des bâtiments légers, chalets d'un dessin assez vague sont semés dans les arbres. Au fond de la perspective se dresse la colline de Montmartre avec son église, derrière laquelle on aperçoit la tour du télégraphe, et, plus à droite, un moulin.

Au premier plan des promeneurs en longues redingotes conversent entre eux ou avec des dames ; des enfants courent de tous les côtés.

Dans l'aquarelle fort jolie - ce qui la différencie d'une façon sensible de la lithographie - le portique à l'égyptienne est flanqué à l'arrière d'une vaste plate-forme rectangulaire et bordée d'une balustrade, où sans doute prennent place les amateurs désireux de faire ce voyage plein d'émotions.

 

 

 

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Dans l'intérieur du portique, une sorte de kiosque mobile en forme de dais drapé d'étoffe bleue où s'assoient les voyageurs, est hissé par une poulie accrochée au sommet du portique, jusqu'à une longue pente le long de laquelle il court, longeant d'abord un bâtiment égyptien d'aspect élégant, sans doute le café dont il a déjà été parlé, puis un terre-plein en maçonnerie du même style. Derrière le portique, un bâti en charpente semble supporter un autre appareil aérien assez difficile à définir : tout à fait au fond, derrière des verdures, un Montmartre de fantaisie ; au premier plan des per­sonnages, un élégant et une belle dame coiffée à la grecque, attablés à un guéridon, prennent des glaces : plus loin un monsieur fort coquet donne le bras à une dame vêtue d'une longue tunique blanche froncée au bas ; tous deux conversent avec une jeune personne également vêtue de blanc, décolletée, les bras nus, la tête couverte d'une toque gracieusement chif­fonnée sur laquelle retombe une plume jaune élégamment recourbée.

De ces deux images, laquelle répond le mieux à la réalité des choses ? Cruelle énigme, que je ne me sens pas la force de résoudre. La seconde pourtant, l'aquarelle, semble le mieux s'adapter à la seule description que nous ayons des Montagnes Egyptiennes, qui est due à M. d'Allemagne (Musée rétrospectif de la classe 100 de l'Exposition universelle de 1900, à Paris, tome II, p. 350), mais qui, malheureusement un peu imprécise, manque aussi d'indications de sources.

« La vogue des montagnes russes et des montagnes françaises fut si consi­dérable, qu'on ne tarda pas à en établir une troisième espèce nommée mon­tagnes égyptiennes : ces dernières ne différaient des autres qu'en ce qu'il n'y avait pas de pavillon servant de point de départ ; les voies entre les poutres n'étaient pas couvertes d'un plancher, et dans cette rapide excur­sion aérienne, on voyait fuir le sol qui semblait s'échapper sous les pas du voyageur. On s'était plu, dans cet amusement, à augmenter en quelque sorte les dangers : les chars étaient dépourvus de toute sorte de balustrade ou d'appui et on se trouvait suspendu, pour ainsi dire, dans le vide. Il arrivait fréquemment que les voyageurs qui n'avaient pas compté avec la sensibilité de leurs nerfs, furent pris de vertige au moment où la voiture était lancée dans l'espace, et, comme rien ne les retenait, ils venaient impitoyablement s'écraser sur le sol ».

Les historiens de Paris sont sobres de renseignements sur cet établissement : Lefeuve qui en donne le plus, dans ce style bizarre dont il a le monopole, écrit : « A côté d'une habitation de nourrisseur qui se revoit au 123, un des hôtels de cette génération s'est drapé d'un jardin anglais

 

 

 

Fig. 13

 

BERLINE DU DELTA

Estampe de la Bibliothèque Nationale

Œuvre de Lœuillot

 

Cabinet des Estampes

Topographie de Paris – Quartier Rochechouart

 

 

 

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de 8 arpens livré au public sous le Directoire à titre de Promenades Egyptiennes ».

Il est inutile de faire remarquer les inexactitudes contenues dans ces quelques lignes : la pus flagrante est celle qui attribue à l'époque du Direc­toire, l'ouverture d'un établissement qui n'eut lieu que dix-neuf ans plus tard. Claude Ruggieri, (Précis historique sur les Fêtes etc. Paris 1830, in-8°, p. 96), après avoir annoncé que le jardin ouvrit en 1818, dit qu'il y eût « des montagnes assez mal conçues ; aussi ne furent-elles exploitées que deux ans ».

Quoiqu'il en soit, l'exploitation battit son plein au cours de l'année 1818. Vers le mois de juillet cependant, un accident survenu aux Montagnes Françaises à Beaujon faillit être fatal à tous les jardins à montagnes. Un intendant militaire, Dufresne et son neveu, se tuèrent par suite du renversement du char où ils étaient assis. On annonça même la fermeture de tous les établissements où étaient installés ces jeux périlleux. Ce ne fut pourtant qu'une menace. Dès le 26 du même mois les Promenades Egyptiennes annonçaient (Moniteur, 1818, p. 892) :

« Aujourd'hui, fête et bal champêtre, feu d'artifice ; tous les jours le jardin est ouvert pour la promenade. Jeudi prochain 30 juillet, pour la reprise des courses en char, première grande fête extraordinaire. »

Et les divertissements continuèrent jusqu'à la fin de septembre.

L'année suivante (1819) les promenades égyptiennes disparurent pour devenir le Jardin du Delta. Quelle était l'origine de ce nom ? Je l'ignore, mais il était certainement dû à l'influence du goût égyptien qui avait valu à Paris depuis vingt ans, entre autres choses, la maison de la place du Caire, et la fontaine de la rue de Sèvres.

Désireuse d'attirer un public que la distance effrayait et qui manquait de moyens de communications - les omnibus ne devaient voir le jour que neuf ans plus tard en 1828, et les Hirondelles qui, circulant de la Barrière Rochechouart à la Barrière Saint-Jacques, auraient desservi le quartier, qu'en 1835 - désireuse, dis-je, d'attirer le public, la direction fit de nouveaux efforts : aux attractions de l'année précédente on ajouta des expé­riences de physique (Moniteur, 20 juin 1819, p. 818) ; puis on exhiba le 5 septembre de la même année « Cornelius Sakayounta, chef de la tribu des Oneïda ou les huit sauvages du Haut Canada et sa famille ; le globe de verre, le bal champêtre, M. Brasi, les courses en char, les illuminations en verres de couleur, le grand feu d'artifice ». (Moniteur, 1819, p. 1174).

Cela ne suffisait pas encore, et on y ajouta le Wiski à cygne : ce devait

 

 

 

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être selon toute apparence un cabriolet léger traîné par des cygnes, à moins que ce ne fût une nacelle en forme de cabriolet.

Tout cela ne paraît pas avoir attiré la foule et la clôture eut lieu le 26 septembre (Moniteur, p. 1260).

De 1820 à 1822, les feux d’artifices du Delta furent exécutés par Claude Ruggieri et l’établissement paraît avoir traîné une vie languissante jusqu’à la fin de 1824.

C’est alors, sans doute, que fatigués de garder un terrain d’un revenu insuffisant, les propriétaires, MM. Lambin et Guillaume, demandèrent et obtinrent l’autorisation (ordonnance du 25 février 1825), d’ouvrir sur l’emplacement du jardin du Delta une rue qui reçut le nom de rue du Delta. Toutefois la rue ne fut reçue au nombre des voies publiques que par arrêté préfectoral du 2 octobre 1840 : jusqu’à cette date, Lambin avait trouvé toutes sortes de prétextes pour ne pas exécuter le premier pavage qui lui incombait : il en eut pour huit mille francs.

Un peu plus tard, et toujours sur l’emplacement du jardin s’ouvrit une seconde rue du Delta : c’est aujourd’hui la partie de la rue de Dunkerque qui va du faubourg Poissonnière à la rue Rochechouart. Enfin ce nom de Delta parut si joli aux contemporains de Charles X et de Louis Philippe, que dans le même quartier, quelques années plus tard, les fondateurs du nouveau quartier Poissonnière, créé aux alentours de la place Charles X où s’élève aujourd’hui l’église Saint-Vincent-de-Paul, baptisèrent une de leurs nouvelles voies, rue du Delta : elle a nom aujourd’hui rue de Valenciennes, et nous savons par un rapport d’ingénieur de l’époque que déjà on ne s’y reconnaissait plus.

Dans la plus ancienne de ces trois rues du Delta, celle qui a toujours gardé ce nom, se fonda, peu après le percement, une société de transports qui jouit d’une grande renommée. Leboulanger et Varin installèrent au mois de décembre 1828, la Société des Berlines du Delta, dans l’immeuble n° 6.

Pour les élégants qui voulaient avoir l’air d’avoir une voiture, ces gracieux véhicules étaient tout désignés : par la gravure bien connue de Lœillot qui les représente, nous pouvons juger de leur aspect. Cette haute et coquette voiture bien suspendue, traînée par deux chevaux robustes, ressemble fort aux équipages de noces de nos jours : à l’arrière, une large entretoise permettait aux amateurs de gala, d’y percher, en cas de besoin, deux valets de pied comme on en voyait encore il y a cinquante ans aux voitures de cour ; dans la gravure de Lœillot, à la place des valets de pied,

 

 

 

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siège un mitron effronté que le cocher s'apprête à faire descendre par un coup de fouet bien appliqué.

Voici maintenant les actes de naissance de la nouvelle entreprise. « L'utilité du service des voitures de place est depuis longtemps reconnue, mais à une époque où tout se perfectionne, cette branche de l'industrie réclamait d'importantes améliorations. La malpropreté des voitures et le peu d'urbanité de cochers étaient passés en proverbe. On nous promet enfin des voitures propres et des cochers polis ; le nom de fiacre si désagréable à l'oreille, est même supprimé, nos élégants pourront, sans se compromettre, réclamer une Berline du Delta.

« C'est sous ce dernier titre que plusieurs loueurs de voitures réunis en Société, vont exploiter 150 voitures de place. Cette entreprise nouvelle n'augmentera pas les embarras de la circulation car les 150 Berlines du « Delta, ne feront que remplacer 150 fiacres sur les places de Paris.

« Elles seront reconnaissables à leur couleur uniforme (jaune clair), à une jarretière en cuivre dans l'intérieur de laquelle se trouvera le nom des nouvelles voitures et surtout un petit numéro qui les distinguera de leurs frères aînés ; l'habillement des cochers sera soigné.

« Les entrepreneurs se proposent de distribuer par abonnement des cachets pour la course et pour l'heure à un prix au-dessous du tarif actuel, de telle sorte qu'on sera dispensé de faire avec le cocher un compte dans lequel il est rarement dupe.

« Cette société a créé 900 actions de 1000 francs chacune, 610 se trouvent réparties entre les associés fondateurs pour leur mise de fonds, de telle sorte qu'il n'en reste à émettre que 290 qui offrent aux capitalistes un placement avantageux ; on peut consulter à cet égard, l'acte passé le 20 octobre dernier chez M. Froyer-Deschènes, notaire, rue de Richelieu, n° 57 ». (Moniteur, 27 novembre 1828, p. 1757).

Quelques jours après paraissait une nouvelle réclame.

« Les entrepreneurs des Berlines du Delta ont présenté hier leur première voiture à M. le Préfet de Police qui leur en a témoigné sa satisfaction. Ces voitures sont vastes, commodes et élégantes sans luxe. L'intérieur en est aussi soigné que l'extérieur : les harnais des chevaux sont de la plus grande propreté ! Enfin, les berlines du Delta présentent l'aspect des voitures de remise. A partir du lundi 15 décembre, elles stationneront sur les places. »

(Moniteur, 14 décembre 1828, p. 1825).

La note du Moniteur renfermait une légère erreur matérielle quant au

 

 

 

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commencement du service : les entrepreneurs s'empressèrent de la rectifier par la lettre suivante qui parut dans le Moniteur du 15 (p. 1828).

 

Au rédacteur.

Monsieur,

Vous avez bien voulu annoncer à vos lecteurs qu'un certain nombre de nos voitures stationnerait sur les places lundi prochain ; en effet, ce jour-là, elles seront conduites à la préfecture de police pour recevoir le petit numéro qui doit les distinguer des fiacres. Ce n'est que le lendemain mardi que leur service commencera réellement ; mais comme nous désirons que notre entreprise s'annonce au public sous d'heureux auspices, nous vous prions de vouloir bien annoncer que la totalité des recettes faites ce jour-là par nos nouvelles voitures sera remise à M. le Préfet, comme notre offrande et pour seconder les vues de ce digne magistrat, relativement à l'extinc­tion de la mendicité.

Nous avons l'honneur de vous saluer.
Leboulanger, Varin et Cie.
Entrepreneurs des Berlines du Delta.

 

Conformément à leur promesse les entrepreneurs versèrent à la Préfecture de Police, à la souscription ouverte à ce moment pour l'extinction de la mendicité, et due à l'initiative du préfet M. Debelleyme, leur recette du 16 décembre. Elle s'élevait à 207 fr. 50.

Leboulanger et Varin gérèrent leur société pendant trois ans : le 20 avril 1831, Varin mourait âgé de 39 ans : sa veuve, née Marie Pauline Fessard, continua l'exploitation d'abord avec l'associé, puis seule. En 1850, elle la transporta rue de Dunkerque ; l'année suivante paraît avoir vu la fin des Berlines du Delta.

Aujourd'hui, entre quelques maisons neuves sans caractère, quelques vieilles masures contemporaines de Lambin et un ou deux terrains vagues - derniers restes des bosquets et des montagnes du passé - la rue du Delta étend mélancoliquement ses 200 mètres. A la nuit close souvent, quelques couples amoureux s'y promènent, non en souvenir des idylles de jadis, mais parce que la rue est la plus mal éclairée du quartier.

 

Lucien LAZARD

 

 

 

Fig. 14

 

SCEAUX DE L’ABBAYE DE MONTMARTRE

par A. J. Corbierre

 

 

 

- 153 -

 

Les Sceaux de Montmartre

 

 

Après les articles de MM. O'Kelly de Galway et Perrot, j'ai remarqué qu'il restait encore quelque chose à dire sur les sceaux de Montmartre. Mes vénérés collègues n'en voudront pas, j'espère, au directeur de la Revue Internationale de Sigillographie d'avoir repris le sujet pour le compléter par l'étude du Cartulaire, c'est-à-dire diplomatiquement.

Certes, ce serait un heureux hasard de trouver des sceaux d'abbesses de Montmartre appendus à des chartes d'abbayes bénédictines de Paris, car nos moniales, bien qu'étant libres de sortir, jusqu'au Concile de Trente, (1545-64), en fait ne voyageaient pas tant que les moines.

Sur 48 abbesses, nous avons retrouvé 16 mentions de sceaux et seule­ment 8 sceaux, auxquels nous ajouterons 5 sceaux et 1 contre sceau du chapitre de Montmartre qui appartiennent bien au Couvent des moniales et non aux moines de St-Denys. Puis, nous avons cité le sceau de la Paroisse héritière de l'Abbaye. Enfin, les 6 sceaux du district du Faubourg Montmartre, pour être à peu près complet, je crois, auraient dû trouver leur place, mais ils ont été reproduits dans « les Armoiries de Paris par Coetlogon et Tisserand. »

Continuant notre système de classification, nous avons nommé toutes les abbesses pour simplifier les recherches et les compléter.

 

1er SCEAU DE L'ABBAYE (fig.)

+ Sigillum Capituli Sancti Dyonisii de Montemartirum

St-Denis debout, de face, portant son chef en mains . - Ogival 60 mill. - Ar. Nat. S. 2102. N° 48. - Douet d' Arq., N° 8466, charte de 1216.

 

2e SCEAU DE 1239

Même légende, même type que celui de 1216, même grandeur. - Ar. Nat., M. 575. Donation faite à l'abbaye, 1239. - D. d'Arq., N° 8467.

 

 

 

- 154 -

 

3e SCEAU DE 1239

+ S. Capitl' S. Dionisii de Montemart. P(arisiensis).

St-Denis portant sa tête dans ses mains, tout en l'ayant sur ses épaules.

In cujus rei testimonium presentes litteras eidem Hemerico tradidimus, sigillorum nostrorum munimine roboratas. (cire verte). - Barthelemy, Cartulaire de Montmartre p. 172. - Quittance de rente.

 

4e SCEAU DE 1280

Même légende, même type, mais dans le champ un semis de fleurs de lis et d'annelets. - Sc. ogival, 64 mill.

 

5e CONTRE-SCEAU (fig.)

Saneti Rusticus et Eleutherus. - Deux Saints à genoux décapités : St-Rusticus et Eleuthère. - Ar. Nat., J. 345, N° 61. Pour élection d'abbesse, 1280. - D. d'Arq., N° 8468 et bis.

 

6e SCEAU, VERS 1500 (fig.)

On usa de plusieurs petits sceaux ayant tous le même caractère sauf pour la forme et la grandeur.

S. Montmartre. Un écu ayant au 1 et 2 une fleur de lis et au 3 et 4 un M. L'écusson est timbré de la crosse.

 

7e SCEAU DE 1685 (fig.)

En foy de quoy nous avons faict dresser ce présent acte signé de notre main et faict contresigner par notre secrétaire du chapitre et apposer le scel de nostre abbaye, dit Marie-Anne de Lorraine d'Harcourt. - B. N. lat 10065 p. 135 - Sceau plaqué en papier. - Barthélemy, p. 276, à l'association de prières avec N.-D. de la Blanche O. C. (Normandie).

Sigillum Abbatiæ (le reste illisible). - Sous trois dais la Vierge tenant l'Enfant, à sa droite St-Denis en chasuble portant sa crosse en gauche et sa tête en droite ; à la gauche de la Vierge, St-Rusticus ou St-Eleuthère, palme en gauche ; sous leurs pieds, 4 fleurs de lis. - Forme ovale, plaqué en pâte recouverte de papier. - Ce sceau prouve que Montmartre n'avait pas de sceau héraldique.

 

8e SCEAU DE LA PAROISSE DE MONTMARTRE EN 1913 (fig.)

Parochia Sti Petri Montis Martyrum Diocesis Parisiensis.

Le Sceau de la Paroisse qui a remplacé l'Abbaye de Montmartre méritait ici sa place. C'est la croix de Lorraine dans un écusson ovale, surmonté d'une couronne ducale au milieu de laquelle le volute d'une crosse, le tout entre deux branches d'olivier.

7. Avant, il dut y avoir un autre sceau dont j'ai retrouvé le fac-similé (fig),

 

Malgré les observations de M. O' Kelly de Galway, je persiste à croire qu'on ne peut attribuer ces armoiries à l'abbaye. Pour rester dans le vrai il suffirait de supprimer le croisillon du haut, ce qui donnerait une croix de St-Pierre, patron de la Paroisse; j'en ai écrit à M. le Curé.

 

 

 

- 155 -­

 

SCEAUX DES ABBESSES

 

1.      Adelaïde.

 

2. Chrétienne, 1147 :

Pas mention de sceau dans son acte d'accensement d'une maison. (A. de Barthelemy, Cartulaire de Montmartre, p. 84.)

 

3. Adèle, 1154 :

Quod ut ratum in posterum maneat nos sub cyrographo sigilli nostri caractère firmari decrivimus.

Dans une charte de cette abbesse concédant aux poissonniers parisiens un terrain proche du château du roi à Paris.

Barthelemy. p. 87. L'édition du cartulaire de Montmartre manque de précision, aussi devient-il très difficile et impossible de travailler avec ; peu ou pas de notes, telle est ma critique, faite une fois pour toutes.

 

4. Elisabeth, 1179. Fig.

Verum ne proterve aliquis aliquo reclamet in tempore sigilli nostri auctoritatem objecimus.

Barthelemy, p. 111.

Sigillum.... Montismartirum abbatise.

Personnage de face, assis sur un siège à tètes d'animaux, voilée, en coulle, règle en droite, crosse de biais en gauche. Sceau ogival, en cuvette, 65 mm.

Ar. Nat. J. 731. N° 1. Cession des possessions abbatiales au bois de Vincennes faite par Elisabeth à Philippe-Auguste contre dîme et maison à Anvers (1182).

Douet d'Arq, Inv. des sceaux N° 9233.

 

5. G... ., 1195.

Ut autem hoc ratum habeatur auctoritate sigilli nostri et testium nominibus corroboravimus.

Barthelemy, Cart. A. N° 45.

 

6. T..., 1207.

Quod ut ratum et firmum habeatur et nunc et in perpetuum, sigilli nostri munimine fecimus roborari.

Barthelemy, p. 143. Cart. B. F° 11. Lettre sur la chapelle de Ste-Luce à Bethisy.

 

7. Helissende, 1216. Fig.

Ne autem hæc conventio aliqua possit in posterum oblivione deleri, presentem chartam chirographi partitione divisam conscripsimus eamque non solum sigillo nostro sed etiam sigillo capituli nostri corroboravimus.

Barthelemy, p. 151. Transaction entre l'Abbesse et les Chanoines de St-Victor.

 

 

 

- 156 -

Sigillum Helissendis Abbatisse Montismartirum.

Abbesse debout, en gauche crossé, en droite, règle dont on voit les quatre boulons de la couverture.

Sc. ogival, 65 mm. Ar. Nat. S. 2102, N° 48, à une charte de 1216.

D. d'Arq., Ne 9234.

De la même en 1221.

Et haec omnia fecimus de voluntate tocius nostri conventus qui cum nostro sigillo suum presentibus appendit sigillum ad majorem predictorum confirmationem.

Donation d'Hélissende à ses religieuses.

Barthelemy, p. 160.

 

8. Pétronille, 1230.

Et ut haec in perpetuum rata sint et ferma in testimonium presentes litteras sigilli nostri munimine fecimus roborari.

Cart. B., F° 19, v. Barthelemy, p. 157. A une obligation prise par l'abbesse au sujet d'une maison donnée à l'abbaye.

Autre mention, 1239.

Quod ut ratum et firmum perrnaneat sigillorum nostrorum caractere presentes litteras fecimus roborari.

Barthelemy, p. 169. Donation par l'Abbesse de 40 sols parisis de rente sur le four de la Hauterie.

Autre mention, 1239.

Sc) Sigillum Petronille Abbatisse Montmartir.

Csc) Agnus dei.

In cujus rei testimonium presentes litteras eidem Hemerico tradidimus sigillorum nostrorum munimine roboratas.

Quittance de 20 sols de rente sur la ferme des Marais des Porcherons.

Barthelemy, p. 172.

Autre avec sceau, 1239. Fig.

Sigillum Petronille Abbatisse Montismartirum.

Abbesse debout, crosse en droite, règle en gauche. Forme ogivale, 42 mm.

Ar. Nat., M. 575. D. d'A. N° 9235 et 9236.

Contre sceau. Fig.

Agnus dei. Un agneau.

Ar. Nat., M. 575. D. d'A. F° 9235 bis et 9236.

Autre mention ; 1239.

Et ut hec in perpétuum rata sint et ferma in testimonium presentes litteras sigill i nostri munimine fecimus roborari.

Obligation de 8 livres parisis de rente assise sur le four de l'abbaye sis à Paris, près de la Hauterie.

Barthelemy, p. 169.

 

 

 

Fig. 15

 

SCEAUX DES ABBESSES DE MONTMARTRE

par A. J. Corbierre

 

 

 

- 157 -

Autre mention, 1240.

In quorum testimonium presentes litteras eidem Hemerico concessimus sigillorum nostrorum munimine roboratas.

Barthelemy, p. 173. Vente d'une rente de 5 sols sur la Coulture des Marais.

 

9. Agnès I.

 

10. Edeline, 1260.

Ut autem he assignationes rate maneant et firme, presentem paginam nostro sigillo fecimus roborari.

Barthelemy, p. 146, Cart. B., F° 15-17. Achat d'une rente de 7 livres sur la maison et l'étal de Nicolas le Boucher.

La charte étant faite au nom de l'abbesse et du couvent, il devrait y avoir les deux sceaux, un seul est annoncé. Le second servait de contre-sceau ; c'est la règle de St-Benoit, « Ch. III », mise en pratique et ici oubliée.

 

11. Hélissende II, 126?.

 

12. Mathilde de Frenvy, 1270-80.

 

13. Alix, 1281.

Il est curieux de voir une quittance à l'Hôtel-Dieu sans sceau.

Barthelemy, p. 183.

 

14. Edeline d'Ancilly, 1285.

In cujus rei testimonium et munimine ad perpetuam rei memoriam sigilli nostri presentibus litteris duximus apponenda.

Barthelemy, p. 313, Cart. B., F° 14v. Cession de 28 sols aux Béguines.

 

15. Philippa, 1299.

 

16. Ada de Mincy. 1306.

Ad cujus rei sic geste memoriam dictis conjugibus presentes litteras sigillorum nostrorum munimine tradidimus roboratas.

Barthelemy, p. 323. Scellé en cire verte.

 

17. Jeanne de Repentino 1321. Fig.

Il ne reste que les deux lettres I. S. de la légende.

Abbesse debout, de face, crosse en droite, livre en gauche. De chaque côté, un écu à la croix cantonnée de quatre lions (en écartelé, chaque quartier chargé d'un lion). L'écu de senestre surmonté d'une fleur de lys. Le champ du sceau treillissé en losange. Forme navette 50x30 mm., sur double queue de parchemin. Cire verte.

Arch. Yonne H. 1616. Pour amortissement de maisons sises rue Saint-Martin, appartenant aux religieuses de Reigny, consenti contre 100 livres parisis par les religieuses de Montmartre (19 Décembre 1321).

Coulon, Sceaux de Bourgogne, n° 1470 et bis.

Contre-sceau, même provenance, même couleur.

Légende : il ne reste que SIUS. Personnage, de face, mi corps, sans tête, c'est-à-dire St-Denys, entre deux fleurs de lys, sur champ losangé.

 

 

 

- 158 -

18. Jehanne I de Valengeryart, 1346.

En tesmoing de laquelle chose, nous avons scellé ces lettres de mon seel.

Barthelemy, p. 195. Partage de la maison du Chapelain de la Chapelle des Martyrs. Scellé en cire verte.

Autre, en 1348, Fig.

« Scellé de mon scel. »

S. Johene de Valingoujart, abbesse de Monmartir.

Sous un dais, une abbesse en coulle, crosse en gauche et règle en droite, de chaque, côté son écusson familial. Forme ovale. Cire brune.

B. N. Coll. Gaignières, 20 895 p. 273. Barthelemy, p. 196. A un reçu donné au Trésorier royal.

 

19. Jeanne de Morteri, 1354-71.

 

20. Isabelle de Rieux, 1376.

 

21. Rotberge de Nantilly. 1377.

 

22. Isabelle de Rieux, 1383.

Et en tesmoing de ce, nous avons mis nostre seel duquel nous usons.

Barthelemy, p. 203. Etat temporel du monastère.

 

23. Jeanne IV du Coudray, 1411. Fig.

Seel seur Jehenne, abesse de Montmartre.

Une abbesse, en coulle, crosse en droite, règle en gauche, de chaque côté, un écusson. Forme ovale. Cire brune.

En tesmoing de ce, nous avons mis le seel de nostre dite église en ces présentes.

C'est pourtant son propre sceau et non celui du monastère.

Contre sceau.

S : Jehanne, abesse de M. Les armoiries des du Coudray.

BN. Coll. Gaignières, 20.895, p. 274. Barthelemy, p, 206. Reçu donné au Vicomte de Coutances.

 

24. Simone d' Herville, 1429.

 

25. Agnès II des Jardins, 1438.

 

26. Petronille II de Harasse, 1463.

 

27. Marguerite I Langlesche, 1477.

Dalum in dicto nostro monasterio sub sigillo nostro.

Barthelemy, p. 229. A une collation.

 

28. Marie I Cornu, 1503.

 

29. Martine du Moulin, 1510.

 

30. Claudia Mayella, 1515.

 

31. Antoinette Auger, 1517.

 

32. Catherine de Charran, 1526.

 

 

 

- 159 -

33. Antoinette Auger, 1532.

Tesmoing mon seing manuel li sceau de nostre couvent si aposé.

B. N. fr. 11.748. F° 7 et 8.

Autre mention semblable. B. N. p. 11.748, passim.

 

34. Marie II Cathin, 1540.

 

35. Jeanne le Lievre, 1541.

 

36. Marguerite de Havard, 1542.

 

37. Catherine de Clermont, 1548.

 

38. Marie de Beauvilliers, 1574.

 

39. Catherine II de Havard, 1590.

 

40. N. de Cenante.

 

41. Françoise-Renée de Lorraine de Guise, 1573.

En tesmoin nostre seing et seel accoutumé, à une quittance.

 

42. Marie-Anne de Lorraine d'Harcourt, 1683.

 

43. Marguerite de Rochechouart de Montpipeau, 1689.

 

44. Marie-Eléonore Gigault de Bellefond, 1699.

Signet à une lettre autographe conservée au musée du Vieux Montmartre et dans la collection Perrot :

2 M surmontés de 2 fleurs de lys. C'est le sceau du monastère.

 

45. Louise-Emilie de la Tour d'Auvergne.

 

46. Catherine de la Rochefoucauld de Consages, 1747.

 

47. Marguerite de Veyne d'Arbouze.

 

48. Louise de Montmorency-Laval.

 

On ne trouvera pas ici les sceaux du Prieuré du St-Martyr ni ceux des prieures connues :

 

Denise de Murat, 1622.

Marie de la Roue, 1627.

Marguerite Langlois, 1662 et 1672.

Marguerite Ferrand, 1682.

Louise Cornuty, 1742.

 

L'Abbaye et le Prieuré ne faisaient qu'un, nous semble-t-il, et c'est la raison de l'absence de sceaux.

 

 

 

- 160 -

D'aucuns trouveront peut-être ces répétitions d'annonces de sceaux fastidieuses et inutiles. Cependant, n'est-il pas temps d'étudier la sigillo­graphie sans rien laisser échapper et ces citations n'auraient-elles que l'avantage de nous assurer de l'existence des sceaux perdus, ce serait quelque chose, mais elle nous montrent aussi que la chancellerie monastique n'avait pas de formulaire propre pour les annonces, ni de règle pour la couleur de la cire, du moins pour Montmartre.

Enfin, ces annonces font connaître que tel ou tel avait ou pouvait avoir un sceau, ce qui est très important. Jusqu'ici, personne n'a fait attention à ces annonces, à ce point de vue ; nombre d'éditeurs de cartulaires s'oublient jusqu'à ne pas les citer ou même les tronquer, erreur regrettable.

C'est en me basant sur ces annonces que j'ai pu donner un sceau à Nominoë et aux ducs de Bretagne suivants, ce que l'on contestait.

Je dois encore citer le sceau de notre société : « Le Vieux Montmartre », en légende ; au fond, l'abbaye, ses moulins, ses carrières ; devant, un chapiteau auquel est appendu un écusson où figure une crosse à moitié cachée par un voile d'abbesse entouré d'oliviers.

 

A. J. CORBIERRE.

 

 

Fig. 16

 

 

N.-B. - 1. Quand il y a Cart. B., cela veut dire Archives Nationales L. L. 1605, et pour Cart B : L. L. 1613.

J'ai cru devoir faire cette déduction, car de Barthelemy ne nous donne aucune explication, ce qui prouve que « l'édition de ce cartulaire est faite avec peu de soin ».

2. Les cotes dOnnées par Douet d'Arcq et Demay sont presque toujours fausses par suite du recollement, mais j'ai dû les reproduire, étant dans l'impossibilité de les donner justes, n'ayant pas la concordance.

3. Les figures qui manquent sur les planches paraîtront ultérieurement. Il suffira de se reporter au numéro d'ordre qui concorde toujours avec le numéro des planches.

 

 

 

- 161 -

 

L'HOTEL
DES MENUS PLAISIRS DU ROI

 

L'ECOLE ROYALE DE MUSIQUE

ET LE

CONSERVATOIRE DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION

 

 

A l'époque la plus lointaine à laquelle nous fassent remonter nos vieux historiens parisiens, c'est-à-dire au règne de Charles-le-Chauve, nous trouvons la région du faubourg Poissonnière en la possession du cha­pitre de Sainte-Opportune. Félibien, suivi par Sauval, raconte comment le chapitre de cette église fut fondé par Charles-le-Chauve, « qui avoit accordé à Hildebrand, évêque de Séez, l'ermitage de Notre-Dame des Bois lez Paris, situé alors à l'entrée d'une forêt qui occupoit la plaine depuis le pont Perrin vers la Bastille, jusqu'à l'hôtel de Vendôme, où est aujourd'hui la place Louis-le-Grand et jusqu'à Montmartre ».

Dès 1154, le chapitre aliénait la moitié de ses marais pour être mis en culture. « Le roy Louis le Jeune approuva ce changement et consentit que le chapitre, outre le prix de l'accensement, qui étoit de douze deniers par arpent, eust encore sur ces terres cultivées les dixmes et la voirie. Le mesme roy, par lettres patentes datées de l'an 1176, spécifie plus particulièrement les bornes de ces marais de Sainte-Opportune mis en culture, et dit qu'ils estoient situez entre Paris et Montmartre, et s'estendoient du pont Perrin jusques sous Chaillot. Il adjouste qu'il donna son consentement à cette aliénation pour obéir au pape et suivre le conseil de Guillaume, archevesque de Sens, de Maurice evesque de Paris, et de plusieurs autres personnes prudentes, qui ont jugé que la chose estoit à l'avantage commun de la ville, aussi-bien qu'utile au chapitre de Sainte-Opportune en particulier. » (1) « Il paroit, ajoute autre part Félibien (2), qu'en 1227 et 1236, ces marais tenoient à des vignes et à des prez. On apprend de quelques titres de Sainte-Opportune, que ces marais s'étendoient depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à Chaillot. ».

 

(1) FELIBIEN, Histoire de la Ville de Paris, tome 1, p. 101 et Preuves, p. 35 et suiv.

(2) FELIBIEN, Ibid, p. 273. Cf. R. DE LASTEYRIE, Cartulaire général de Paris, Voir Appendice I.

 

 

 

- 162 -

Ce vaste territoire qui bornait tout Paris au nord, fut appelé les Marais ou la Coulture Sainte-Opportune, analogue à toutes celles qui entouraient la ville avant d'en devenir les faux-bourgs. Il en fut ainsi pendant des siècles, jusqu'au temps où, dans son besoin d'expansion incessant, la Ville, brisant ses anciennes limites, il se créa autour de nouveaux quartiers tels que celui qui nous occupe, où s'éleva, à la fin du règne de Louis XV, l'hôtel des Menus Plaisirs du Roi, puis, sous son successeur, les premiers bâtiments de l'École royale de musique et de déclamation.

 

***

 

Lorsque le Parisien du temps de Henri II ou de Henri III sortait de la ville par la porte Montmartre (à la hauteur des rues des Jeûneurs et Saint-Marc actuelles), il traversait, avant d'arriver au bas de la colline de Montmartre, une région de champs et de marais qui s'étendait sur tout le nord de Paris. D'énormes buttes, des « voyries », qui firent place aux boulevards, supportaient des moulins, à droite et à gauche du fau­bourg qui conduisait, à travers champs, par « les Martyrs, » à Montmartre et à Clignancourt, à la Nouvelle-France et à la Chapelle. L'enceinte fortifiée, construite sous Louis XIII, ayant été remplacée dès le règne suivant par des limites au delà desquelles il fut interdit de construire (1), on y traça un cours ou boulevard, large promenade plantée de quatre rangées d'arbres, dont la ligne de nos grands boulevards ne perpétue guère aujour­d'hui que le souvenir. La « grand rue Montorgueil » et celle des Petits-Carreaux, qui venaient se butter depuis des siècles contre le mur et le fossé de la ville, commencent à se prolonger vers le nord (plan de Gomboust, 1653), par le chemin des Poissonniers ou de la Marée, ainsi nommé parce qu'il était suivi par les mareyeurs venant, depuis Dieppe, apporter le poisson aux Halles de Paris.

Au XVIIe siècle, la Ville engloba dans ses limites les moulins qui l'entouraient naguère, et nous voyons, après 1650, une chaussée continuer au delà de la porte de la Poissonnerie, les rues Montorgueil et des Petits-Carreaux, franchir l'Esgout (rue Richer actuelle) sur un petit pont et

 

(1) Le plan de Jouvin de Rochefort, de 1675, les indique déjà ; elles seront à peu près suivies lors de l'établissement de l'enceinte des Fermiers-généraux, sous Louis XVI.

 

 

 

- 163 -­

longer au nord le grand enclos de Saint-Lazare à travers la Nouvelle-France.

Au milieu des cultures de jardiniers et de maraîchers qui entourent la ville, entre le futur faubourg Poissonnière et le vieux faubourg Mont­martre, se dessine la rue Bergère ou ruelle des Bergers. Chemin vague à l'origine (plans de Bullet et de Blondel, 1676-1700), ce n'est qu'un cul-de-sac qui vient s'arrêter aux propriétés de l'Hôtel-Dieu, près de la Grange-Batelière (plans de Lacaille et de Bretez-Turgot, 1714 et 1739), que le plan de Deharme continue jusqu'au faubourg Montmartre. Dès 1652, les terriers de l'archevêché l'appellent rue Bergère, et dans les Rues de Paris de Valleyre (1756), elle est indiquée sous le nom de rue du Berger.

« Ces deux dénominations différentes, dit M. Ch. Sellier, viennent assurément du nom de ce « Jehan Bergier, marchant taincturier de toilles à Paris », qu'on voit sur le Registre des Recettes de l'Hôtel-Dieu de 1536, payant un loyer annuel de seize livres parisis « pour une maison, court et jardin, contenant huit arpens de terre ou environ, au lieu appelé les Petits-Maraiz, assis oultre la porte Montmartre, au long des aigoutz de la Ville de Paris, auquel lieu, c'est assavoir à l'endroit de ladicte maison, ayant ung pont, lesquelz lieux soulloient tenir dudict Hôtel-Dieu, à tiltre de louaige, Guillaume Bergier et Jehanne frère et sœur dudict Jehan Bergier » (1). Il est facile de voir que l'espace compris entre les rues Richer et Bergère, à droite du faubourg Montmartre, correspond à l'ancien bien dit des Petits-Marais mentionné dans ce document. (2).

La Nomenclature des Rues de Paris (édition de 1898) dit que la rue Bergère fut tracée en ligne droite vers 1738 et qu'on a commencé d'y construire des maisons ; en 1737, le plan de Delagrive en figure deux. Cependant, la rue Poissonnière ou Sainte-Anne était très peu peuplée encore vers 1750. De droite et de gauche, c'étaient toujours des marais, d'où toute cette région tirait son nom, quelques bicoques de jardiniers, jusqu'à la Nouvelle France où se voyait, à gauche, un peu au-dessus de la rue d'Enfer (rue Bleue), la chapelle Sainte-Anne. Ensuite, à partir de la rue de Bellefond, c'était le territoire des Dames de Montmartre, dont les moulins, ainsi que ceux plus proches de la Nouvelle-France, égayaient l'horizon.

 

(1) L. BRIELE, Collection des Comptes de l'Hôtel-Dieu.

(2) CH. SELLIER, Procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris, 12 no­vembre 1903, p. 288-289 : Découverte, rue Bergère, n° 16, de la première pierre de l'ancien hôtel d'Antoine Lévêque, garde général des Menus-Plaisirs (1760).

 

 

 

- 164 -

C'est en bordure de la rue (plus tard rue du faubourg) Poissonnière et de la rue Bergère, dans le clos des Halliers, que devaient s'élever, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'Hôtel des Menus-Plaisirs du Roy et l'École royale de musique et de déclamation.

 

 

I

L'HOTEL DES MENUS PLAISIRS DU ROI

 

Les plus anciens occupants des terrains ou marais du Clos des Halliers (1) qui nous soient connus par des titres du XIIIe siècle provenant des papiers de Sainte-Opportune, étaient très probablement des jardiniers et des maraîchers, comme leurs successeurs. A partir du XVIe siècle, les désignations plus précises des terriers donnent presque sans lacunes la succession des détenteurs de ces « arpents ». La rue ou ruelle Bergère, - cul-de-sac ou chemin de terre à l'origine - et celle de l'Egoût, entre lesquelles devaient s'installer les Menus-Plaisirs, y paraissent fréquemment ; et, depuis le début du XVIIe siècle, il est possible de reconstituer avec certitude la série des propriétaires riverains.

Dans la première partie du XVIIe siècle, et sans doute auparavant déjà, le terrain des futurs Menus appartenait au sieur Legay, jardinier, et à l'aïeul maternel des frères Chassebras. En 1647, possesseur d'environ quatre arpents et demi, Nicolas de Nieslé ou Denyellé le jeune, procureur au Châtelet de Paris, faisait ensaisiner au chapitre de Sainte-Opportune, quatre acquisitions faites par lui en 1642, 1643 et 1644, dans les termes suivants :

 

(1) La partie sud de la rue Bergère appartenait à la censive de Notre-Dame. Le Clos des Halliers, ou aux Halliers, s'étendait depuis l'angle de la rue Montmartre et de la rue de Cléry jusqu'à la rue Richer ; il était borné à l'ouest par le faubourg Montmartre et la rue du même nom, à l'est par le faubourg Saint-Anne et la rue Poissonnière, au sud, par la rue de Cléry. Un plan schématique, de 1720 environ, indique que la rue Bergère, à cette époque, obliquait, à peu près à travers la cité Bergère actuelle, du côté du boulevard où l'on voit un ponceau marquant la naissance du faubourg. Un pointillé indique d'ailleurs le projet de faire continuer directement la rue Bergère jusqu'au faubourg, suivant son tracé actuel et tel qu'il fut décidé en 1738 (Archives Nationales, S 1975 B.)

 

 

 

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Nicolas Deniellé Eschange

 

4. CLOS HALLIÉ

 

Par Contract passé par devant Le Vasseur et Le Roux, nores au Châtelet de Paris, le neufième Januier 1644. Nicolas Legay jardinier a Paris, a vendu par eschange un arpent demy quartier de terre et marais sciz au Clos Hallier, à Mr. Nicolas de Nieslé. Le jeune, procureur au Chlt de Paris, tenant dune part audit Legay, et dautre aud de Nieslé, aboutissant dun bout par derriere aux esgoutz et pardeuant à la ruelle qui conduit de la rue des Poissonniers à la porte de Montmartre, à la charge du Cens, et des autres charges de la somme de cent L. de rente.

 

3. IDEM

 

Par autre Contract passé par deuant Mouffle et Le Roux, nores aud Châtelet, le XXVIe Mars 1643, Jacques Legay bourgeois de Paris demeurant au fauxbourg St-Denis, et fils de feu Jean Legay, Me jardinier, soubs lauthorité de Jacques Ancelin marchand frippier à Paris son curateur demeurant rue de la grande-fripperie, paroisse S.­Eustache, suiuant Laduis de ses parens, a vendu aud Sr de Nieslé Le Jeune vn demy quartier de Marais sciz au Clos au Hallier Attenant à la piéce cy-dessus, à la charge du cens et audit... moyennant la somme de deux cens Liures.

 

2. IDEM DE NIELLÉ

 

Par autre Contract passé deuant Idem de Niellé Le Vasseur et Le Roux, le dix fevrier 1643 ledit Jacques Legay a vendu audit sieur de Niellé un arpent de terre et marais, sciz audit Clos des Halliers, tenant d'une part audit sieur de Niellé, d'autre part à prudhomme, aboutissant d'un bout à la ruelle, d'autre bout à lesgoust. Moyennant cent liures de rente... pour la somme de seize cens livres.

 

1. IDEM DENIELLÉ

 

Pardeuant le Vasseur et Mouffle, nores par un contract du xxbiij Mars 1642, M. Jean-Baptiste Chassebras, bachelier en théologie, et Remy Chassebras, bourgeois de Paris, demt rue plastrière (1), ont vendu

 

(1) Les frères Chassebras nous sont connus par le Livre commode des Adresses de Paris, de Du Pradel (1692), J. Baptiste le beau-frère de de Niellé, y figure parmi les Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques (tome I, 227). Il prenait le nom de Chassebras de Cramailles, et demeurait rue du Cimetière Saint-André (rue Suger actuelle). Il était grand amateur de livres, et sa collection fut vendue après sa mort ; il existe un Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu J.-B. Chassebras, ancien docteur en Sorbonne, publié en 1693. Son frère, le chevalier Chassebras du Breau, Carrefour Saint-Benoist, quartier St-Germain, faisait, d'après Du Pradel (I, p. 129), des conférences sur l'histoire et les sciences.

 

 

 

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aud. Sr de Nieslé Le jeune, à tiltre deschange Vne piece de terre et marais en cousture contenant deux arpens, sciz aux Marais de Paris au lieu dict le Clos des Halliers (1) Aboutissant d'vn bout à vn petit chemin qui conduist aux coustures, d'autre bout aux esgoutz de la Ville tenant dvn coste au Chemin des poissonniers et a.... et d'autre a Jean barbier ou ses ayant cause. Et contreschange de la Rente de Cent quatre ving-seize Liures parisis en deux parties. Lune de Cent quarante Liures parisis de rente au moyen du transport qui lui en a esté faict scavoir de... par le contract deschange, et de l'autre moitié par M. Pierre Lauron, Conseiller des guerres

Ensaisiné L'acquereur dénommé des quatre Contracta cydessus mentionnés et mis en possesson des quatre arpens vn quartier y specifiez apres qu'il nous a paye des droitz de lods et vente pour ce dont qui lui ont esté remis sans prejudice dautres droitz a Paris ce douze aoust mbjc quarante sept (2).

 

Nicolas Deniellé, procureur et fils de procureur, n'était autre que le grand-père maternel de Nicolas Boileau-Despréaux. Il eut, de deux mariages, au moins deux fils, Marc-Antoine et François, et quatre filles, dont l'aînée Nicole, épousa Thomas Clément, procureur au Châtelet ; la seconde Clémence, devint la femme de Pierre Goussard ; la suivante, Élisabeth, épousa Jean Dongois, puis Mattot, docteur de la Faculté de Paris ; une autre, Aune, devint la seconde femme de Gilles Boileau, second greffier de la Grand Chambre du Parlement de Paris. Tous demeuraient, en 1637, c'est-à-dire peu après la naissance du poète, rue Quincampoix (3). Anne de Niellé était âgée de vingt ans à peine lorsqu'elle épousa « un homme qui en avait quarante-six, veuf seule­-

 

(1) Le 31 décembre 1846, de Nyelé et son co-acquéreur Le Roux se partageaient ces deux arpents qu'ils avaient acheté. « En contre échange ledit Nyelé et Le Roux cèdent aux dits Chassebras, avec garantie, 451 l. de rente. » (011577, pièce 8).

(2) Archives Nationales, Terrier de Sainte-Opportune, S. 1679, Ensaisi­nements, 1630-1639. fol. 76 r. et v.

(3) Acte de baptême de Nicole Clément : « Le 30 juillet 1637 a été baptisée Nicole, fille de Me Thomas Clément procureur au Châtelet de Paris, et de Nicolle de Niellé, sa femme, demeurant rue Quincampoix. Le parrain, Me Nicolas de Niellé, aussi procureur audit Châtelet, père-grand, la marraine, Anne de Niellé, femme de Me Gilles Boileau, second greffier de la Grande­ Chambre du Parlement de Paris, demeurant à ladite rue ». (BOILEAU, Œuvres, édit. Gidel, I, p. IV, note 1.)

 

 

 

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ment depuis sept mois, d'une femme qui lui avait donné dix enfants dont huit étaient vivants » (1).

Maître de Niellé était donc propriétaire, au Clos de Halliers, de trois arpents et demi environ lorsqu'il mourut, vers la fin de l'année 1663, ayant partagé, le 17 janvier 1661, ses biens avec sa soeur Nicole, femme de Roger Le Marchand (2). Il s'était occupé de mettre en valeur sa pro­priété nouvelle, d'abord en demandant, à différentes reprises, avec les propriétaires voisins, que la ruelle Bergère fût mise en état de viabilité, puis en faisant construire une maison assez importante (3).

Il soutenait au moment de sa mort un procés « contre les dames de Montmartre qui auroient un droit de cinq sols par chacun arpent de marais en quelques endroits du Clos des allieres et quatre sols parisis sur aucuns autres endroits dn meme clos dans la scituation designée et remarquéé au proces ». Ces droits, selon les demanderesses, avaient été réglés entre elles et le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui disputait toujours ces terrains à celui de Sainte-Opportune, par une transaction

 

(1) BOILEAU, édit. Gidel, I, p. XII. JAL (Dict. de Biographie p. 239-240) signale le contrat de mariage « de Jean Dongois et d'Anne Boileau, à la date de Janvier 1633 » parmi les minutes de l'étude Demas (Le Monnoyer). Gilles Boileau se remaria le 15 avril 1630; sa plus jeune fille Anne avait quatorze mois.

La mère de Boileau mourut peu après sa naissance «le lundy dernier jour de may 1638 ». Elle fut inhumée à Saint-Nicolas-des-Champs où elle avait été baptisée.

Boileau a composé pour sa mére l'épitaphe suivante, en 1670:

Epouse d'un mari doux, simple, officieux,

Par la même douceur je sus plaire à ses yeux :

Nous ne sûmes jamais ni railler, ni médire.

Passant, ne t'enquiers pas si de cette bonté

Tous mes enfants ont hérité.

Lis seulement ces vers et garde-toi d'écrire.

(2) Le Marchand, sieur de l'Hauteisle, était avocat au Parlement. Sa veuve, née en 1604, mourut en 1698 et fut inhumée à la Sainte-Chapelle basse. Boileau signa à l'acte mortuaire (JAL. p. 239-240).

(3) Voir, dans 01 1577, les pièces 9 à 15. Le 29 janvier et le 30 juin 1645, ses propriétaires « le long de la ruelle qui conduit de la rue des poissonniers au faubourg de Montmartre appelé la Ruelle Bergère » demandent que celle-ci soit portée à une largeur de 16 pieds; le 20 juillet, ils pétionnent de nouveau « pour parfaire et continuer la rue Bergère jusque au faubourg Montmartre » à travers le grand marais appartenant à l'Hôtel-Dieu. Le 13 avril suivant, les mêmes propriétaires comparaissent devant notaires réitèrent leur demande. Dongois la renouvellera quelques années plus tard

 

 

 

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du 24 mars 1431, « par laquelle il se voioit que la quanton sur lequel lesdites relligieuses demanderesses auoient droit de prendre ledit droit de cinq sols parisis et de 4 sols parisis dans ledit clos aux ailiers mesurez et refiles reuenoient a 32 arpens de terres venantes et commençantes à une borne joignant la voirie de la porte Saint-Denis et allant tout du long du chemin de la Marée jusqu'au ponceau des Filles Dieu en allant au long des Esgoux de Paris et continuant iceux esgoux jusqu'au chemin de Montmartre et passer par deuant le petit hostel Dieu et du nombre desdits 32 arpens et dicelluy chemin de Montmartre et venant par deuant ledit hotel Dieu au long desdits arpens de terre appartenant a la Confrairie et bourgeois de Paris... »

En conséquence, de Niellé fut condamné, le 8 février 1661, « comme détempteur de la maison et des lieux qui en font partye », à payer « 29 années d'arrerage dudit droit de dixme a raison de 4 sols parisis par chacun arpent sur les vns et 5 sols parisis sur les autres » (1).

Le vieux procureur ne se tint pas pour battu et fit appel. Mais il mourut sur ces entrefaites, et ses héritiers, continuant le procès, furent défini­tivement condamnés par sentence du 12 février 1664.

Dans l'estimation des biens de de Niellé, qui furent partagés, le 15 mars 1666, le xxi. lot de l'inventaire, formant le sixième lot des im­meubles : « Une maison scis au fauxbourg St-Anne, rue bergere, Et Jardin.., estimez a la somme de xiiiim livres », forma avec le lot xxii : « une maison a la Nouuelle France... x m livres », et avec le lot xxiiii : « 2 moulins a vent et une maison derriere le fauxbourg Sainte-Anne dict la Nouuelle France...... xiim livres», partie de la masse de 120.458 livres 6 sols, à partager. La moitié, soit 51.229 livres 3 sols, qui échut par tiers aux filles de de Niellé : Nicole (femme Clément), Clémence (femme Goussard sieur des Roches) et Elisabeth (femme Dongois, puis Mattot), comprenait « moitié de la maison et jardin scize rue bergere au Fauxbourg Sainte-Anne» pour la somme de sept mil livres et la totalité du marais aux poissonniers estant derriere ladite maison avec la maison estant dans iceluy ou loge le Marechal... pour la somme de dix mille livres.» L'autre moitié de l'héritage restait à Geneviève Crestat, veuve de Me Nicolas Denielé, (2) qui, le 20 février 1671, consti­-

 

(1) Voir appendice II, le texte de ce jugement.

(2) Deniellé avait dû se marier deux fois ; sa première femme s'appelait Elisabeth Nion.

 

 

 

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tuait son procureur général Jean Dongois, greffier au Châtelet, devenu le premier mari de sa fille Elisabeth.

Jean Dongois était le beau-frère de Boileau, et lorsqu'il devint veuf, d'Anne Boileau il se remaria avec Elisabeth de Nielé. Né en 1604, il avait été greffier civil du Parlement jusqu'en 1669, et de la Chambre de l'Edit ; mort en 1685, dans sa 81e année, il fut inhumé à la Sainte-Chapelle, où les Boileau avaient leur sépulture. De son premier mariage Jean Dongois avait eu au moins trois fils : Jacques, Nicolas (1634-1717) et Gilles (1636-1708), et deux filles, Charlotte (1638-1719) (2), et Anne (baptisée le 20 juin 1637), l'une et l'autre, par conséquent, à peu près du même âge que leur oncle Boileau-Despréaux. Il sera question tout à l'heure des deux fils.

Jean Dongois, étant devenu le gendre de sa grand'mère maternelle et son procureur général, ne tarda pas à se rendre acquéreur, au Clos des Halliers, d'une moitié de maison et jardin et totalité d'un marais de deux arpents, moyennant le prix de 12.900 livres (sentence de licitation du Châtelet, du 23 mars 1672, et sentence du bailliage du Palais, du 18 mars 1674, ensaisinée à Sainte-Opportune, le 24 novembre 1676).

A peine la première sentence était-elle délivrée, qu'on réclamait à Me Jean Dongois le « dixième denier de la valeur des clostures et Bastimens faits dans les fauxbourgs de Paris au delà des Bornes plantées en l'année 1638. » Me Dongois prit alors sa belle plume de procureur et rédigea une pétition « Au Roy ». Il y expose qu'il « a esté obligé de prendre en payement une vieille maison qui tombe en ruynes, scituée rue Bergère proche le fossé de la rue Montorgueil, Laquelle a estée Bastie longtemps auparavant L'année 1638 et en deça des bornes et Limites qui furent plantées en ladite année et par conséquent n'a point esté construite au préjudice des deffences faites par vostre Majesté ny audela des bornes que vostre Majesté a ordonné estre mises, neantmoins Me René Drouet qui a traicté avec Vostre Majesté des taxes faites sur les maisons des fauxbourgs qui ont été bâties depuis…  a fait commandement au sup­pliant de payer 2.200 livres bien qu'il soit notoire que ladite maison n'est point au delà des bornes et limites, qu'elle est de peu de valleur, subjette

 

(1) Elle épousa, 1° le 22 avril 1660, Nicolas Gantelier, avocat au Parlement ; 2° le 9 novembre 1668, Henri de Bressec, sieur de la Chapelle, secrétaire chez Lamoignon, puis contrôleur des Bâtiments du Roy.

(2) Voir appendice III.

 

 

 

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au logement des soldats des gardes qui sont quelquefois jusqu'au nombre de huit et par cette raison, inhabittée et habandonnée (sic) y ayant plus de quatre ans qu'il nya aucun loccataire et que le suppliant nen retire aucuns loyers. »

Nonobstant cette réclamation, Dongois paya 300 livres le 26 août 1676 « au lieu de la veuve de Niellé, Mathault et Gedouin à cause d'une maison rue Bergere » ; ainsi s'exprime la quittance.

Le 11 août 1681, enfin il acquérait de la demoiselle Dausbourg, l'arpent acquis jadis par le notaire Le Roux, des frères Chassebras, et attenant à celui qu'il tenait de la licitation de Niellé. Il le payait 2.200 livres, dont 600 comptant. Cette demoiselle Dausbourg le cédait, comme première créancière de la succession Le Roux, « au moyen de la cession qui par contrat passé par deuant Saualette et Foret, notaires a Paris, le 18 janvier mil six cent quatre-vingt-un, lui a esté faite par Dame Anne Accard veuve Estienne desain ce dernier conseiller Et secrétaire du Roy De ce que estoit deub a la succession de Me Guy Dausbourg cheuallier seigneur Daumont pere de la ditte damoiselle vanderesse a prendre sur la succession dudit Roux pour partie du prix de la cession », qui s'élevait à 8.000 livres. L'arpent « ou environ » ainsi acquis par Dongois était « scis au lieu dit le clos des Ailiers au bout de la rue de Montorgueil sur le chemin des poissonniers tenant dune part audit Chemin des poisson­niers d'autre et d'un bout à lesgout ». Cette adjudication devint définitive par décret du 4 juillet 1682, que Dongois fit ensaisiner à Sainte-Opportune, le 19 janvier 1684.

Ce n'était pas d'ailleurs la seule opération que Dongois faisait avec Mlle Dausbourg : le 19 août, quelques jours aprés la vente, celle-ci lui cédait, « la somme de deux mille deux cens livres à prendre sur la somme de six mille livres de principal et arrerages a elle deux par la succession de Me Guillaume Le Roux... par contrat passé par devant Lefoyn notaire... le 26 avril 1661 au profit dudit Guy Dausbourg. » Il versait 1.000 livres comptant et promettait le solde huit mois plus tard. Peut-être ces deux opérations n'en font-elles qu'une seule, la somme de 2.200 livres corres­pondant exactement au prix de l'arpent en question ?

Avec cet arpent, Jean Dongois reconstituait l'héritage de de Niellé et des Chassebras. Il mourut l'année suivante. Sa veuve se remaria bientôt avec Me Paul Mattot, docteur en médecine, qui lui même était veuf et devait être déjà allié aux De Niellé. Mattot avait trois enfants : Pierre-Alexandre, qui devint docteur régent en médecine de la Faculté

 

 

 

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de Paris (1), Elisabeth et Marie-Angélique, interdite. Après la mort de sa mère qui avait survécu à son second mari, en 1712, par suite d'une nouvelle licitation, Nicolas Dongois, son fils, redevint, propriétaire de ces mêmes terrains (2).

Né en 1634, Nicolas Dongois, qui fut le grand homme de la famille et dont Boileau disait « mon illustre neveu », mourut le 24 juillet 1717, chargé d'ans et d'honneurs ; « Dongois, greffier en chef du Parlement, qui s'était bien réjoui en sa vie de la rareté de ces deux hommes (Harlay et Busenval), mourut en même temps, à quatre-vingt-trois ans, et fut universel­lement regretté, dit Saint-Simon. C'était un très honnête homme, très droit, extrêmement instruit et capable, qui faisoit très supérieurement sa charge, fort obligeamment, très-considéré du Parlement, qui avoit souvent recours à ses lumières, en beaucoup d'occasions, et qui avoit au dehors et parmi les seigneurs et à la cour beaucoup d'amis » (3).

Le neveu de Boileau eut successivement les fonctions suivantes, au cours de sa longue carrière : premier et principal commis au greffe civil, greffier d'audience de la Grand Chambre et greffier des décrets depuis 1675. Le 31 décembre 1687, le roi lui signait une commission « pour faire la recepte des amendes du Parlement de Paris à commencer du premier janvier 1688 » (4). En 1709, il devenait l'un des quatre greffiers en chef du Parlement; puis, - par édit du roi, du (?) enregistré le 9 septembre 1716, les quatre greffiers en chef ayant été supprimés, Dongois recevait un office de protonotaire et de greffier en chef civil du Parlement de Paris, créé spécialement pour lui. 18.000 livres d'appointements par an étaient attri­buées à ces doubles fonctions ; le roi, après avoir rappelé que Dongois était greffier depuis plus de soixante ans, ajoutait dans son édit : « Nous avons agréé le sieur Roger Gilbert de Voisins, son petit-fils, dont les pères ont servi avec distinction depuis deux cents ans dans ladite Compagnie, et dont les mœurs nous sont connues... pour estre reçu en ladite charge en survivance dudit Dongois. »

Dongois ne jouit pas même un an de sa charge de protonotaire. Il fut inhumé, comme sa famille et celle de Boileau, à la Sainte-Chapelle, où

 

(1) Alexandre-Pierre Mattot, figure en 1699, dans l'Armorial général de France, Paris, I, 688.

(2) Voir Appendices IV.

(3) SAINT-SIMON, Mémoires, édit. de 1874, t. XIV, p. 87. Cf. II, p. 239 (année 1702).

(4) Archives Nationales, Registre O1 31.

 

 

 

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le poète son oncle reposait depuis plus de six ans, dans la chapelle dite du Cimetière, aménagée par ses soins (1).

Jurisconsulte érudit et estimé, l' « illustre neveu » de Boileau compila un Recueil tiré des registres criminels du Parlement, de 1312 à 1603, et un travail sur les Pairs de France dont le manuscrit est conservé aux Archives nationales (2).

Son frère, Gilles, chanoine de la Sainte-Chapelle, conseiller aumônier du Roi, prieur de Pont-Sainte-Maxence, né à Paris en 1633, filleul de Gilles Boileau, son grand-père, mourut en 1708. Il est souvent question de lui dans la correspondance de Racine avec Boileau. Il laissa à sa mort un travail très important sur la Sainte-Chapelle, des mémoires « mis en ordre après son decez par l'abbé Charles du Tronchay, 1709 », qui ont été utilisés en partie par le chanoine Morand (1790) (3).

Bon Bourgeois qui se crut un homme d'importance,

selon le mot de Voltaire (4), Nicolas Dongois ayant épousé, en 1660, Françoise Le Marchand, de famille noble, était propriétaire de la seigneurie de l'Hauteisle, près de Triel, et déclarait, le 2 mars 1698, comme « écuier, conseiller secrétaire du Roy, maison et couronne de France, de sa cour de Parlement, greffier de la Grand Chambre », porter : « d'argent à un

 

(1) L'inhumation de Boileau (décédé le 13 mars 1711) avait eu lieu « en présence de messire Jacques Boileau.... son frère, de messire Pierre Gilbert de Voisins, président en la deuxième Chambre des enquêtes du Parlement, petit-neveu du défunt à cause de dame Geneviève Françoise Dongois, son épouse, lesquels ont signé... (JAL, p. 238, col. 2).

(2) Archives Nationales, K 620. Voir dans le Mercure de France (Juillet 1747) une nécrologie de Dongois.

(3) Ces Mémoires sont conservés aux Archives Nationales, LL. 630 à 633. Cf. L. MEISTER, Le neveu de Boileau (Mémoires de la Soc. acad. de l'Oise, tome XVIII, 1901), M. BRENET, Les Musiciens de la Sainte-Chapelle (1910), et sur les familles Dongois et Boileau en général. RAUNIÉ, Epitaphier du Vieux Paris (Hist. gén. de Paris), tome II, nos 962 et suivants.

(4) Voltaire, dont le père, M. Arouet, après avoir été notaire, devint, « receveur des épices», et collègue de Dongois, s'est aussi moqué dans son Epître à Boileau des ridicules de ce neveu, chez qui on l'avoit souvent mené étant enfant.» (FOURNIER, Livre commode, p. 39, note 1).

On connaît les vers ironiques de Voltaire à Boileau :

Je vis le jardinier de ton jardin d'Auteuil

Qui, chez toi, pour rimer, planta le chèvre-feuil.

Chez ton neveu Dongois, je passai mon enfance ;

Bon bourgeois qui se crut un homme d'importance.

 

 

 

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chevron de gueules accompagné de trois molettes de sable. (1) Son frère Gilles, « chanoine de la Sainte-Chapelle royale du Palais de Paris », por­tait : « d'argent à un chevron de gueule accompagné de trois mouches de sable, deux en chef et une en pointe » (2).

Françoise-Geneviève Dongois, fille de Nicolas, épousa le 20 septembre en 1683, Pierre Gilbert de Voisins (3). De famille de robe, comme les Boileau et les Dongois, Pierre-Gilbert de Voisins était issus des seigneurs de Voisins-le-Bretonneux (Seine-et-Oise), qui vivaient à Paris depuis le XVe siècle. Pierre Gilbert, né le 11 novembre 1656, mourut le le juillet 1730. Sa femme, Geneviève Dongois, avait hérité de son grand-oncle Boileau d'une somme de 5.000 livres, et comme unique héritiére de son pére, elle se trouva posséder tous les terrains de la Nouvelle-France, dont elle passait déclaration, au terrier de Sainte-Opportune, le 31 août 1729 (4).

Gilbert de Voisins eut trois fils : Gilbert de Voisins, marquis de Vil­lennes, avocat au Châtelet, conseiller au Parlement, etc., né le 13 août 1684 et mort le 20 avril 1769 (3); Gilbert de Voisins, conseiller d'Etat, et Gilbert tout court, greffier en chef du Parlement, (1690-1767), mort célibataire. Le 13 avril 1743, les trois frères partagèrent l'héritage de leur mère. Le marquis de Villennes recut, pour sa part, les maison set terrains du Clos des Halliers, qu'il revendait, moyennant 120.000 livres, le 28 juin 1762, à « Sieur Antoine-Angélique Lévesque, Garde Général des Menus plaisirs et affaires de la chambre du Roy, et demoiselle Marie­Magdelaine Wattebled, son épouse qu'il autorise. ».

Comment les Menus plaisirs du Roi, c'est-à-dire les ateliers de fabrica­tion et les magasins de conservation des objets et habillements de toute

 

(1) Armorial général de France, Paris, I, p. 879 et 1073. Les Boileau portaient : « de gueules au chevron d'argent accompagné de trois molettes d'or ». Le beau-père de Dongois, Roger Le Marchand, sieur de l'Hauteisle, avait épousé la sœur de Deniellé, Nicole (1604-1698). Sa femme, Françoise Geneviève, était leur fille unique. N. Dongois était donc, par sa mère, petit fils de de NIELÉ, tandis que sa femme en était la nièce.

(2) Voir LEBEUF, Hist. du diocèse de Paris, tome III.

(3) Armorial général de France, Paris, I, 907 : « Pierre Gilbert, Chevalier, seigneur de Voisins, conseiller du Roy, président en la seconde (Chambre) des Enquêtes et Françoise Geneviève Dongois, sa femme.

Portent d'azur une croix angrelée d'argent contournée de quatre croissants d'or accolé et d'argent à un chevron de gueules accompagné de trois mouches de sable. 40 livres. »

(4) Elle mourut à Paris, le 27 février 1743, âgée de soixante-quinze ans.

 

 

 

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sorte nécessaires aux spectacles de la Cour et aux pompes royales et princières : naissances, baptêmes, mariages, sacres, enterrements etc., furent-ils amenés au milieu de ces marais, dans ce faubourg Sainte-Anne ? Nous ne le savons pas exactement ; mais quelques lignes du Journal de Papillon de La Ferté, ce « potentat musical », ce « roi de coulisses », dont M. Adolphe Jullien a retracé jadis la fin de carrière, nous laissent cependant deviner la spéculation faite, aux marais de la rue Bergère, par le sieur Lévêque, garde général des Menus, spéculation que ne font que confirmer les nombreux documents des Archives nationales et départementales de la Seine que nous allons examiner.

« M. le duc d'Aumont, m'ayant mandé hier à Versailles, écrit La Ferté, le 28 juin 1762, m'a fait part du projet qu'il avait formé de bâtir un hôtel des Menus à Paris et de l'achat qu'il faisait, en conséquence, d'un terrain rue Bergère, sous le nom du sieur Lévêque ; qu'au reste M. Hébert (1) tré­sorier des Menus m'instruirait des moyens qu'on prenait pour cela, me chargeant de les voir à cet effet » (2).

Jusque-là, les « effets des Menus », lit-on dans un mémoire manuscrit du temps de Louis XVI et de la rédaction des bureaux de M. de La Ferté, avaient changé assez souvent de dépôt. « Les Registres des Dépenses des Menus... qui commencent à l'année 1614, tems du mariage de Louis 14 (sic) pourroient fournir une Epoque assez reculée. En 1683, tems du décès de la Reine », ils sont déposés aux Tuileries. En 1692, à Fontainebleau, on commence à se préoccuper de la conservation des objets qui servent aux fêtes et cérémonies, qui étaient remis généralement à la garde des entrepreneurs et ouvriers qui les avaient fabriqués.

« L'année suivante 1693 est la première où l'on donne le nom de Magazin aux lieux ou l'on conservoit les effets des Menus. » Il y eut un magasin aux Tuileries, « où sont les habits pour les Ballets et les Pompes funèbres. » Mais il n'y avait pas encore de garde-magasin (cette place devait être créée pour Lévêque, en 1752) ; le personnel se composait seulement d'ouvriers qui transportaient les objets nécessaires ou les conservaient chez eux. Le magasin resta aux Tuileries jusqu'en 1721 « qu'il fut établi aux (sic) vieux Louvre ». C'étaient à la fois un magasin et des ateliers de

 

(1) Antoine Hébert, était conseiller et trésorier de l'argenterie et trésorier-général des menus plaisirs et affaires de la chambre du Roi depuis 1725. Il l'était encore à la veille de la Révolution.

(2) E. BOYSSE, Journal de Papillon de La Ferté (1756-1780), p. 75.

 

 

 

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tailleurs, brodeuses et peintres, qui furent installés « à l'occasion du Ballet des quatre Elemans (1), représenté pour la première fois sur le Théâtre de la Gallerie des appartemens du Roy au palais des Thuilleries le 31 décembre de cette année 1721. »

En 1753, les vêtements, décorations, etc., s'étaient accumulés depuis trente ans, on loua une salle à la foire Saint-Laurent « pour y faire porter ses effets ». (2)

« En 1757 Le Roy aïant donné l'ordre d'achever le bâtiment du vieux Louvre, on délogea de ce Magazin les effets des Menus dont on transporta une partie quay de Conty à l'hotel de ce nom, qui étoit vaquant pour lors, où ils ne restèrent que quelques mois : car cette même année on loua une maison à la chaussée d'Antin (3), ou est actuellement le Dépôt des Gardes françoises, on y transporta les Effets des Menus, et en 1758, les Bureaux y furent Etablis. »

Ce magasin, devenu bientôt insuffisant à son tour « pour contenir les effets du Roy, et n'y ayant point dans cette maison des Emplacemens assez vastes pour les travaux des Peintres et pour ceux des Tailleurs, Couturiers et Brodeuses Employez pour l'Etablissement des grands Spectacles, Sa Majesté jugea a propos d'acheter du Sieur Levesque Garde Magazin un grand terrein rue Bergere sur lequel Elle a fait construire un hotel et Magazin assez vaste pour contenir les effets servant aux spectacles et aux Catafalques : un Theatre pour les repetitions des Opera, une salle d'assemblée pour MM. les Premiers Gentilshommes de la Chambre : des logemens pour le Garde Magazin et les commis nécessaires aux Travaux ; ce Bâtiment fut commencé en 1760 (sic) : il fut meublé dans la courant de l'année 1764 : Les Bureaux Etablis et les Logemens habites en 1765 » (4).

 

(1) Les Eléments, ballet du roi, en 4 entrées et un prologue, musique de Lalande et Destouches, paru le 29 mars 1725 sur la scène de l'Opéra.

(2) Voir, pour cette année-là, par exemple, le «Mémoire de la Dépense faite par le S. Lévêque pour le déménagement des Effets du Roi qui étaient à la Salle des Machines et que l'on a transportés tant dans les magasins du Louvre, qu'à Versailles et dans un magasin qu'on a loué à la Foire Saint-Laurent ». Cette dépense qui s'élève à 2.158 livres, avait été faite à la suite du mariage du Prince de Condé avec Mademoiselle de Soubise ; on remit ensuite en état la Salle des Machines, pour la rendre à Servandoni.

(3) Numéro 2 actuel de la rue de la Chaussée d'Antin, au coin du boulevard. C'est dans l'immeuble qui porte ce numéro qu'est mort Rossini.

(4) Arch. Nat., 01 2812 A.

 

 

 

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Un autre rapport, qui conclut à l'utilité du magasin général des Menus, menacé de suppression, en 1780, s'exprime ainsi :

« Le feu Roi, ayant pensé qu'il était plus économique de réunir, comme au Gardemeuble, tous les effets des Menus qui s'étaient fort augmentés par les circonstances des fêtes et des cérémonies, et par le soin qu'on avait eu de veiller à leur conservation, se détermina à ordonner en 1765 la construction du Magazin général de la rue Bergère... Le Magazin de Paris est donc le centre de tous les travaux qui concernent le service du Roi et des Spectacles de la Cour, ainsi que celui de l'Opéra, depuis que le Roi a bien voulu se charger de ce spectacle qui ne peut être en effet dans d'autres mains » (1).

Enfin la proposition suivante est formulée dans une note anonyme et sans date, mais vraisemblablement du début de 1764 :

« On propose de livrer au Roy au premier avril 1764 le terrein et les batimens nécessaires pour composer l'hotel des Menus moyennant la somme de 386.000 livres. » Le terrein a 26 toises de face, ajoute cette note ; il y a deux corps de logis en aile, de 18 toises de long sur 5 d'épaisseur. Le tout serait payable 50.000 livres par an, en neuf annuités. La dernière année (1773), il n'y aurait à payer, intérêts compris, que 19.812 livres 9 sols (2).

Bien que les papiers qui subsistent ne l'indiquent pas clairement, leur lecture attentive permet de supposer avec vraisemblance que le sieur Levesque et ses collègues Hébert et Girault ne s'étaient pas engagés à la légère dans une acquisition de 4 arpents et demi de terrains au Clos des Halliers ce n'était, somme toute, qu'une de ces spéculations habiles,

 

(1) Les Menus possédaient d'autres magasins, notamment à Fontainebleau, à Compiègne et à Versailles.

(2) Arch. Nat. 01 2812 A. Cf. Journal de La Ferté, introd. par Boysse, p. 46 : « Lors de la réforme de la Maison du Roi, en 1780, on parla de supprimer ces magasins. La Ferté s'évertue à en démontrer l'utilité. Il y conduit M. Amelot, le ministre de la maison du Roi, qui voit, avec autant d'étonnement que de satisfaction, la quantité immense d'effets de tout genre qu'ils contiennent. » Cf. 10 janvier 1780 : « On parle toujours de la réforme de la Maison du Roi, dont l'édit serait sous presse... celle des Menus ne serait pas exceptée. » Lundi 31: « Enfin, il est paru le fameux édit. » 14, 23 février : « J'ai fait aussi un mémoire pour prouver que le Roi, loin de faire une économie par la suppression du magasin de Menus de Paris, y perdrait réellement. » Cf. 29 février, 8 mars, 2 avril et 20 mai (visite d'Amelot aux Menus, p. 443).

 

 

 

- 177 -

aux frais du prince, dont les fonctionnaires ou employés des Menus semblent avoir eu, sinon le monopole, du moins la spécialité. C'est ainsi que nous trouverons tout autour des Menus, le fameux architecte Lenoir, qui vendra les terrains de l'Ecole royale de chant et cherchera (après l'incendie de 1781) à faire installer l'Opéra en face, entre le faubourg Poisson­nière, où il possède de nombreuses propriétés, et le faubourg Saint-Denis ; et la famille de Papillon de La Ferté ou La Ferté lui-même, détenteurs d'un certain nombre de maisons et jardin, dont la rue Papillon conserve encore le nom. L'installation des Menus, rue Bergère, et l'édification d'une salle d'Opéra, boulevard Bonne-Nouvelle, ne pouvaient donner qu'une plus-value considérable aux biens de ces spéculateurs officiels.

 

(A suivre.)

J.-G. PROD'HOMME.

 

***

 

 

 

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NÉCROLOGIE

 

Si 1911 avait été pour nous une année joyeuse, consacrée à la célébration des 25 ans de notre existence, 1912 fut, par contre, attristée par la disparition rapide des meilleurs de nous tous, de ceux des derniers survivants de cette phalange respectée qui avait contribué à la fondation du « Vieux Montmartre », et qui, après avoir été à la peine, venait d'être à l'honneur : JACQUES-CHARLES WIGGISHOFF, CHARLES SELLIER, EUGÈNE COMPAN.

 

***

 

JACQUES-CHARLES WIGGISHOFF est né le 25 Avril 1842, sur le sommet de la Butte, impasse Traînée, n° 3 (ancien 37), dans un de ces rares coins de Montmartre ayant conservé encore leur aspect pittoresque d'autrefois.

Son père était lui-même né à Montmartre, où il exerçait la profession de menuisier ; et son arrière-grand'père maternel avait été meunier du moulin de la Turlure, situé à gauche de la rue actuelle du Mont-Cenis.

Sa mère, devenue veuve en 1850, s'établit mercière rue du Mont-Cenis n° 9, où Wiggishoff passa sa jeunesse.

D'abord employé de commerce, il devint par la suite fabricant de parfumerie à Clignancourt, 153, rue Marcadet.

Adjoint au maire du XVIIIe arrondissement en 1882, puis maire de 1889 à 1899, il était en 1898, nommé chevalier de la Légion d'Honneur.

Ce Montmartrois de Montmartre fut un de ceux qui, le 4 Juin 1886, fondèrent au Rocher Suisse, notre société, « Le Vieux Montmartre », dont il devint le Président effectif de 1894 à 1907, époque où désirant se reposer, il fut nommé Président honoraire.

 

 

 

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Chercheur infatigable, esprit original, savant modeste, J.-C. Wiggishoff, dans une causerie pleine d'une spirituelle bonhomie « Conseils aux débutants », faite a la Société « Le Vieux Papier », le 24 Novembre 1908, s'est plu à raconter brièvement quelles furent les occupations intellectuelles de son existence :

 

« Comme le moi est haïssable. je vais vous conter l'histoire d'un de mes meilleurs amis.

C'était un brave garçon d'une vingtaine d'années, fortement épris de tout ce qui touchait à l'ornementation des livres. Disposant de peu de temps et d'argent, il bouquinait le dimanche sur les quais, ramassant des titres de livres, des marques d'imprimeurs, etc.

Malheureusement, il était trop curieux, il voulut connaître tous ces imprimeurs, dessinateurs, graveurs, dont il lisait les noms sur toutes les petites pièces ; ce fut alors la recherche d'ouvrages spéciaux et surtout d'une infinité de catalogues de vente de livres, qui furent pour lui une mine d'innombrables renseignements ; il se confectionna pour son usage quelque vingt-cinq ou trente mille fiches, sur ces artistes et artisans, puis sur les libraires, les bibliophiles, etc., etc. Cela dura une quarantaine d'années, à cause de son peu de loisirs. Pendant ce temps-là, le temps marchait et il ne s'en aperçut que lorsque la faux du terrible vieillard frappa autour de lui en l'égratignant lui-même.

Il se réveilla alors comme d'un long sommeil. avec ses collections en vrac et toutes ses notes que l'âge et les infirmités lui donnent aujourd'hui la plus grande peine à mettre quelque peu en ordre.

Cette petite histoire, trop longue encore pour votre patience bienveillante, n'a d'autre but que de donner plus de force au premier conseil que je donnerai à ceux qui entrent dans la carrière : celui de chercher de bonne heure à s'orienter, de ne pas se laisser dévoyer en s'éparpillant dans différentes voies. »

 

Hélas! la faux du terrible vieillard ne devait pas tarder à le frapper à son tour, car, le 2 Avril 1912, il s'éteignait a son domicile, 153, rue Marcadet.

Au cimetière de St-Ouen, où il repose dans un caveau de famille, notre collègue Victor Perrot, au nom du « Vieux Montmartre », en l'absence de son Président empêché, a prononcé ces paroles d'adieu :

 

« Au nom du Vieux Montmartre, je viens, sur ce quai de départ des Grands Voyages, apporter à notre vénéré collègue, au moment de cette séparation plus ou moins longue, notre souvenir ému et reconnaissant et le témoignage de notre profonde affection.

Ma mission est douloureuse et pourtant elle m'est facile à remplir, car je n'ai qu'à laisser parler mon cœur.

 

 

 

- 180 -

Il y a quinze jours à peine, dans un déjeuner hebdomadaire d'amoureux de Paris, auquel il se faisait un plaisir d'assister régulièrement, on discutait sur une date là fixer pour commémorer par une promenade l'anniversaire de la fondation de cette réunion.

Comme certains d'entre nous proposaient la belle saison, il protesta en riant contre cette époque lointaine : « N'oubliez pas, dit-il, qu'il y en a parmi nous qui ne peuvent attendre ! »

C'est avec cette bonhomie charmante que, pour ne pas nous attrister, il nous annonçait son prochain départ. Ce trait peint l'homme.

Faut-il vous parler de sa vie, de son caractère, de ses savants travaux ?

C'est inutile.

Vous connaissez tous en effet cette loyale figure bien montmartroise que personnifiaient un grand bon sens et une pointe d'ironie malicieuse, qui n'était souvent qu'une larme frôlant si délicatement sa joue, sans la mouiller, qu'elle finissait par disparaître aussitôt dans le pli d'un bon sourire.

Il vivait au grand jour. Ce fut l'honnête homme dans la plus belle acception du mot.

Mais pour nous autres, Parisiens ou Montmartrois du XVIIIe arrondissement, moins âgés que lui, il était l'ancêtre. Avec sa physionomie de patriarche, il incarnait le Montmartrois d'autrefois, le Montmartre des moulins à vent, des champs, des vignes, des sentiers bordés d'aubépine et des ruelles ombragées de grands arbres, et, au fur et à mesure que ce Montmartre de l'âge de la verdure s'en allait pour faire place au Montmartre de l'âge de la pierre de taille. nous constations avec peine que notre vieil ami disparaissait chaque jour avec lui.

On pouvait dire Montmartre se meurt...

Maintenant ! Montmartre est mort !

Pourtant non, le Vieux Montmartre, cette société dont il fut l'âme et qui, aujourd'hui, s'identifie davantage encore avec l'un de ses fondateurs, est là qui veille..., faisant revivre le passé par le souvenir, le souvenir ! cette résurrection si délicieusement triste des êtres et des choses que nous avons aimés.

C'est pourquoi, mon vieil ami, je vous aperçois qui m'écoutez en ce moment tout en roulant votre perpétuelle cigarette.

Il me semble que vous êtes déjà revenu parmi nous ; vous n'avez donc pas été bien loin ; je m'en doutais un peu en commençant, car, né à Montmartre, vois n'avez jamais pu dépasser Paris.

Et en nous voyant réunis autour de vous, le fin sourire qui plisse votre lèvre ne peut arriver, cette fois, à dissimuler les grosses larmes qui tombent lourdement sur votre barbe blanche, devant l'émotion filiale qui nous étreint tous.

Vous êtes toujours des nôtres.

A demain ! »

 

 

 

- 181 -

Un essai bibliographique des œuvres de J.-C. Wiggishoff a été fait par le baron du Roure de Paulin dans le numéro de Juin 1912 des Archives d'Ex-Libris.

 

En ce qui concerne Montmartre, voici la liste de ses articles insérés dans notre bulletin :

 

1887 - Fascicule 4, p. 34-36 : Bibliographie montmartroise.

1889 - Fascicule 10, p. 22-23 : Renseignements bibliographiques.

1895 - Tome I, p. 44 : Galimafré.

1898 - Tome II, p. 145 : Les anciennes voies publiques et lieux dits du XVIIIe arrondissement.

1905 - Fascicules 49-50 : Deux saisies de livres à la Chapelle. (1719-1720)

1908 - Fascicules 39-60 : La Maison gothique de Montmartre. Le Comte Ch. de l'Escalopier, ses livres, sa bibliothèque.

1908 - Fascicules 61-62 : Un Drame à Montmartre.

 

Enfin, quelques jours avant sa mort, il avait publié une petite notice d'archéologie parisienne pleine de bon sens et d'humour : L'Affaire Boccador-Chambige.

 

***

 

CHARLES SELLIER est né à Paris, Rue St-Georges (Montmartre intra muros) le 11 Décembre 1844.

Fils d'un ingénieur civil, il débuta dans les Ponts et Chaussées comme conducteur, puis après la guerre de 1870, qu'il fit comme sous-lieutenant, il resta attache à la construction des forts des environs de Paris en ce qui concernait l'architecture et les maisons d'habitation.

En 1879, il entra comme sous-chef à la Compagnie des Chemins de fer du Nord, chargé des projets à exécuter, puis en 1889, il s'établissait à son compte comme architecte-vérificateur et dirigeait la construction de maisons de rapport à Paris et de maisons bourgeoises dans la banlieue.

Mais Charles Sellier avait une passion : l'archéologie parisienne qui l'amena à être l'un des fondateurs du « Vieux Montmartre », dont il fut le premier Président, et, en cette qualité, il assura, secondé par Wiggishoff et Delcourt, la conservation de notre vieille église St-Pierre.

Aussi, en 1896, il abandonnait sa profession, quittait Montmartre où il n'avait jamais cessé d'habiter et allait s'installer rue St-Louis-en-l'Ile, n° 5.

 

 

 

- 182 -

Il venait, en effet, d'être nommé Conservateur-adjoint du Musée Carnavalet et Inspecteur des fouilles de la Ville de Paris, succédant dignement à Vacquer.

Officier de l'Instruction publique, Secrétaire de la Commission du Vieux-Paris, Charles Sellier s'éteignait le 12 avril 1912, après une dou­loureuse maladie.

Depuis une quinzaine d'années, absorbé par ses importantes fonctions et par ses travaux d'archéologie, Charles Sellier n'assistait plus à nos séances ; mais nous savions qu'il s'intéressait toujours à nos efforts, et son souvenir était resté bien vivant parmi nous.

Aussi, en raison des services qu'il avait rendus au « Vieux Montmartre », de ses recherches historiques sur la Butte, l'avions-nous nommé en 1907 Président honoraire, modeste hommage des jeunes à leur ancien, un grand savant.

L'Oeuvre parisien de Ch. Sellier est considérable. M. Georges Hartmann dans le « Bulletin de la Cité », n° de Janvier 1913, a donné une longue liste de ses études historiques concernant les IIIe et IVe arrondissements.

Voici, au point de vue montmartrois, une nomenclature certainement incomplète de ce qu'il a écrit ou publié :

 

1° - Dans les journaux et revues :

 

LE RAPPEL

1885 - 15 Octobre. Les Moulins à Vent.

 

PARIS-MONTMARTRE

1886 - 13 Juin. La Société du « Vieux Montmartre ».

30 Octobre. Les Moulins à Vent.

11 Décembre. La Pierre tombale de Marie-Anne de Gaillardon.

18 Décembre. Une borne limite du règne de Louis XV à La Chapelle.

 

LE MOT D'ORDRE

1886 - 5 Septembre. Les bas-reliefs de l'Avenue des Tilleuls.

1887 -  12 Mars. Le Vieux Montmartre : Un dicton oublié.

19 Avril. Les découvertes de Montmartre.

15 Juin. Montmartre- Volcan.

 

MONTMARTRE-LA CHAPELLE

1887 - 15 Mai. Le Vieux Clignancourt.

18 au 24 Septembre.   Le sculpteur Pigalle et la mire de Montmartre.

Un baptême à Montmartre sous Louis XV.

            15 Octobre. Légende de Saint-Denis et de ses compagnons martyrs.

 

 

 

- 183 -

            16 au 22 Octobre. Le siège de l'Abbaye de Montmartre.

30 Octobre au 12 Novembre. Un enterrement à Montmartre en l'an III de la République.

20 Novembre au 10 Décembre. La Crémation des morts à Montmartre en l'an VII de la République.

31 Décembre. Les Anes de Montmartre.

1888 - 15 Janvier. La rubrique de Montmartre.

21 Janvier. Le Mont-Marat.

28 Avril. Histoire de l'Académie de Montmartre.

12 Mai. Bourgeois de Montmartre.

26 Mai. Le nom de Montmartre.

9 Juin. Les Ateliers de Montmartre en 1789.

19 Septembre. Alphonse Karr et le Vieux Montmartre.

6 Octobre. Le Tivoli et le grand Poirier.

1er Décembre. Philibert Delorme à Montmartre.

22 Décembre. La tombe de Pigalle.

 

LE NATIONAL

1889 - 31 Mars. L'Eglise St-Pierre de Montmartre.

 

LES DÉBATS

1889 - 30 Mars. Pour St-Pierre de Montmartre.

 

SUPPLÉMENT DU FIGARO

1889 - 23 Mars. L Vieux Montmartre ; les moulins à vent.

 

LA NATURE

1890 - 3 Mai. Montmartre-vignobles.

 

LA SEMAINE DES CONSTRUCTEURS

1891 - 4 Janvier. Les Fontaines de Montmartre.

 

LE PETIT BIBLIOPHILE

1894 - Avril. Curiosité du Vieux Montmartre.

Mai. La mire du Nord.

Juillet. René Ponsard.

 

LA REVUE SANS-GÊNE

11 Octobre. Montmartre légataire de François Villon.

 

LES AMIS DES MONUMENTS

1897 - 30 Mars. L'Église St-Pierre de Montmartre.

 

L'ÉCLAIR

1900 - 13 Octobre. Saint-Denis, c'est Bacchus.

 

 

 

- LXV -

 

ACTES DE LA SOCIÉTÉ

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PROCÈS-VERBAUX

 

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SÉANCE DU 5 JANVIER 1912
Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

M. Emile Gevray, architecte, 49, rue Caulaincourt, présenté par MM. Delarue et Cortaillod.

Mademoiselle Adèle Nautré, 47 bis, rue d'Orsel, présentée par MM. Cortaillod et Maës.

M. Auguste Tricaud, avoué honoraire, 10, rue de la Terrasse, présenté par MM. Le Senne et Mareuse.

M. Ballaguy, 22, rue Saint-Vincent-de-Paul, présenté par MM. Prod'homme et Lazard.

 

Dons

 

M. Le Senne pourvoit comme précédemment à l'assurance de notre Musée contre l'incendie.

MM. Cortaillod, Delarue, Jouglas, Edm. Faucheux et Gaignette fournissent des journaux et illustrations sur Montmartre.

M. Gershon, un dessin de sarcophage ancien trouvé sur la Butte.

 

 

 

- LXVI -

 

Communications

 

Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de Novembre.

M. Cortaillod rend compte de l'assemblée de la Société de Protection des Paysages où il était délégué.

M. de Crauzat termine la lecture de son étude sur les théâtres de Montmartre et de la banlieue.

M. Prod'homme fait l'historique des terrains occupés, au XVIIIe siècle, par l'Hôtel des Menus Plaisirs du Roi (devenu plus tard le Conservatoire de Musique), et des origines du quartier.

 

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SÉANCE DU 2 FÉVRIER 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

M. Georges Kœnig, 25, rue Rodier, présenté par MM. Gershon et Valencien.

M. I. Martinole, 74, rue de Dunkerque, présenté par MM. Gershon et Jacques Meyer.

M. Louis Cuntz, publiciste, 67, rue Rochechouart, présenté par MM. Taillefer et Cortaillod.

 

Dons

 

M. Mauzin nous remet, pour notre Musée, de la part de M. E. Kleinmann, le timbre de la commune de Paris (XVIIIe arrondissement) et une médaille du Bureau de Bienfaisance du XVIIIe arrondissement gravée par notre collègue M. Georges Lemaire.

M. H. Aubry acquitte pour notre Musée la prime d'assurance annuelle contre le vol.

M. Jacques Doucet nous envoie un exemplaire de son Répertoire d'Art et d'Archéologie.

MM. Cortaillod et Delarue nous remettent des photographies ayant trait à la propriété Debray.

Des prospectus nombreux nous sont fournis par MM. Jouglas, O'Kelly de Galway et Grangez et des journaux et extraits par MM. Prod'homme, Besson, Delarue, Gaignette, Deglesne et Gershon.

M. Le Senne donne une brochure : le « Magasin de Décors de l'Opéra, rue Richer », qui complète une conférence récente de M. Prod'homme.

M. A. Meusy envoie un passeport délivré à son grand-père et une lettre de celui-ci citant un épisode du coup d'Etat, rue de la Chapelle. M. Meusy fait aussi parvenir un volume d'Aristide Bruant, notre concitoyen.

 

 

 

- LXVII -

 

Communications

 

M. Le Senne nous lit, dans le Mercure de France de ce mois, un article résumant les regrets causés par le bouleversement de la Butte.

M. Jouglas, extrait des notes du journal le Peuple (1849).

M. Gaignette souligne, dans le journal la Butte la publication par M. l'abbé Patureau de deux vieux manuscrits donnant des renseignements inédits sur Saint-Pierre de Montmartre et donne copie, d'après l'Officiel du 11 août 1909, de l'inventaire des églises des XIe et XVIIIe arrondissements. Il lit aussi des lignes humoristiques d'Ed. Lepage sur l'hôtel des Deux-Hémisphères.

M. O'Kelly de Galway émet le vœu de voir ériger, place Pigalle, le buste du célèbre sculpteur relégué au Dépôt des Marbres et communique le contrat du 5 novembre 1911 portant cession d'une partie de la propriété Debray pour le tracé de l'avenue Junot.

A la dernière promotion des palmes académiques figurent MM. Adolphi et Lenseigne comme officiers de l'Instruction Publique et Ternois comme officier d'académie. Nos cordiales félicitations à nos trois collègues.

 

***

 

SÉANCE DU 1er MARS 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

M. André Bertaut, 58, rue de la Rochefoucauld, présenté par MM. de Crauzat et Lenseigne.

M. René Bertaut, 66, rue de La Rochefoucauld, présenté par M. de Crauzat et Jarry.

M. Georges Billard, rentier, 46, rue Lamartine, présenté par M. O' Kelly de Galway.

M. Auguste Leblond, propriétaire, 53, rue de Rochechouart, présenté par M. O'Kelly de Galway.

 

Dons

 

M. Wiggishoff fait hommage à notre bibliothèque de sa récente brochure : « L'affaire Boccador-Chambiges ».

MM. Cortaillod et Gaignette apportent des journaux et découpures.

 

 

 

- LXVIII -

M. Mareuse, le numéro de l'Illustration montrant les travaux en cours pour le Nord-Sud visités par notre collègue et dont il nous fait l'historique, joignant à sa démonstration, le plan Tarride pour le tracé de la ligne.

M. O'Kelly de Galway donne une photographie du moulin de poivre récemment abattu.

M. Jouglas envoie quelques lignes sur le séjour de Regnard, près de Montmartre.

M. Cortaillod mentionne les 8 toiles concernant Montmartre, exposées au Salon d'Hiver.

M. Lazard signale l'intérêt documentaire qu'il y aurait à dépouiller les registres de l'enregistrement de Saint-Denis. Il cite quelques exemples portant sur les années 1792 à 1795.

M. Warnod, rédacteur à Comœdia, vient de faire paraître un volume : Le Vieux Montmartre.

Notre président relate la conférence faite à la Trinité, le 11 Février, par M. l'abbé Patureau et dans laquelle le curé de Saint-Pierre de Montmartre a signalé la part prise par notre Société à la conservation de la vieille église.

 

Nécrologie

 

Monsieur le Président, fait part du décès de notre collègue le Baron Raoul de Vaux.

 

***

 

SÉANCE DU 5 AVRIL 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

Madame veuve Péguret, 27, rue de Clignancourt, présentée par Madame veuve Voriot et M. Hutpin.

Madame veuve Gieu, propriétaire, 12, rue Fromentin, présentée par MM. Delarue et Gaignette.

M. Ch. Eug. Baron, artiste peintre, 102 ter, rue Lepic, présenté par MM. Lazard et Cortaillod.

M. Léon Daboncourt, 6, passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts, présenté par MM. Cortaillod et Gaignette.

 

 

 

- LXIX -

 

Dons

 

Photographies offertes par MM. Cortaillod, Baron, Lane et Mareuse.

Journaux apportés par MM. Grangez, Cortaillod, Baron, Delarue et Gaignette.

Madame veuve Voriot, fait, à titre gracieux, pour Le Vieux Montmartre un encadrement artistique à la Tourelle de Clignancourt, donnée antérieurement par M. Gaignette.

M. Jouglas envoie une brochure : Contes et fantaisies de Maurice Donnay.

M. René Bertaut se fait inscrire comme membre perpétuel et verse à cet effet une cotisation de 100 francs.

M. O'Kelly de Galway apporte la médaille commémorative de l'inauguration du Sacré-Cœur en Juin 1891.

 

Communications

 

Le 24 Mars, MM. Cortaillod, Hutpin et O'Kelly de Galway reçurent, à notre Musée, 16 membres de la Jeunesse Républicaine du XIIIe arrondissement, et le 31 Mars, environ 50 personnes, élèves de l'école de la rue Dussoubs et de l'amicale Foyatier.

M. Edmond Benoit-Lévy fait acquisition d'une collection de nos fascicules et demande l'inscription, à titre adhérent, de la Société « Les Amis de Paris », dont il est président.

M. Paul Lacombe, a été nommé chevalier de la Légion d'Honneur au 50e congrès des Sociétés Savantes.

 

Nécrologie

 

Monsieur le Président fait part du décès de nos deux présidents d'honneur : MM. Ch. Sellier et Wiggishoff, et de notre collègue M. Compan.

 

***

 

SÉANCE DU 3 MAI 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

Madame la Baronne de Vaux, 48, avenue Kléber, présentée par M. Gershon.

M. Albert Armand, artiste peintre, 5, rue Paul-Féval, présenté par M. Gershon.

M. l'abbé A. J. Corbierre, 7, rue Cassette, présenté par MM. O' Kelly de Galway et Mareuse.

M. M. Michel, 94, boulevard des Batignolles, présenté par MM. Gershon et Valencien.

 

 

 

- LXX -­

M. Raymond Morlet, 20, rue Louis-Philippe, à Neuilly-sur-Seine.

M. Auguste Klein, commerçant, 18, rue du Mont-Cenis, présente par MM. Gershon et Jacques Mayer.

M. François Vieussa, ingénieur, 30, rue de la Rochefoucauld, présenté par MM. Artus et Lazard.

 

Dons

 

De M. Le Senne, gravure : Les Insurgés poursuivis dans les carrières de Mont­martre (Juin 1848).

De MM. Delarue, Gershon, Edmond Faucheux, Grangez et Hutpin : pièces électorales, prospectus, découpures de journaux.

De M. Cortaillod : photographies de sites montmartrois menacés de disparition.

 

Communications

 

M. Mareuse demande rectification à l'article paru dans le dernier fascicule sur l'attribution du nom de David d'Angers à la rue Lepic.

M. Cortaillod indique pour Montmartre, les sommes attribuées sur la 1re tranche de l'emprunt de 900 millions.

Sur proposition de M. O'Kelly de Galway, notre comité adressera à l'autorité ministérielle une pétition demandant le classement comme monuments histo­riques de nos deux derniers moulins.

M. Paul Jarry fait une causerie très appréciée sur le passé, l'histoire et l'iconographie de l'hôtel Rousseau, 66, rue de la Rochefoucauld.

M. Lazard lit un article fort intéressant intitulé : Il y a cent ans, une promenade à Montmartre.

 

Nécrologie

 

Monsieur le Président fait part du décès de notre trésorier M. Barbier et de nos collègues Zerlaut et Médrano.

 

***

 

SEANCE DU 7 JUIN 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

M. Platon Argyriadès, 76, Grande-Rue, à Sèvres, présenté par M. Gershon.

M. Joseph-Augustin Nicolas, 5, rue Viteau, à Saint-Mandé, présente par MM. Baron, Daboncourt et Lazard.

M. André Hermain, artiste peintre, 103, rue de Vaugirard, présenté par MM. Gershon et Debray.

M. Eugène Berthomier, 8, rue Coustou, présenté par MM. Gershon et Debray.

 

 

 

- LXXI -­

 

Dons

 

De M. Marcel Fosseyeux, son auteur, l'ouvrage intitulé : l'Hôtel-Dieu aux XVIIe et XVIIIe siècles.

De M. Gershon, 12 photographies, vues diverses prises dans la propriété sise 1, rue Cortot.

De M. Jouglas, dessin de sa fille Simonne, encore enfant : Le Sacré-Coeur.

De MM. Mauzin, Cortaillod, Jouglas, Grangez et Gaignette, affiches électorales, journaux, prospectus, etc.

 

Divers

 

La Société Jules Cousin invite le « Vieux Montmartre» à la visite organisée par elle, le 9 juin, au Père-Lachaise.

Le Congrès des Sociétés photographiques de France, nous convie à sa fête du 28 Juin.

La Jeunesse Républicaine du IVe arrondissement doit visiter notre musée le 23 Juin.

 

Communications

 

M. le Président lit, dans le dernier fascicule du Vieux Papier le discours prononcé par M. Victor Perrot, sur la tombe de M. Wiggishoff.

M. Cortaillod signale, au salon des Artistes Français, un tableau de E. Pernelle, représentant le Moulin de la Galette.

M. Gaignette cite un entrefilet du Gaulois sur le Montmartre du Canada.

M. Le Chatelier, descendant du géographe Philippe Buache, a donné à la Bibliothèque de la Ville le dessin de son ancêtre, daté de 1737 et reproduit dans notre dernier fascicule.

M. Lazard cherche à se documenter sur un couvent de moines augustins ayant dû exister sur la Butte vers 1664 et sur les renseignements que l'on peut trouver concernant la grande duchesse de Toscane, dans les documents italiens réunis par M. Rodocanachi.

 

Nécrologie

 

M. le Président fait part du décès de M. Decron, architecte.

 

***

 

SÉANCE DU 5 JUILLET 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

M. Henry Decron, inspecteur des Finances, Sous-Directeur au Ministère des Finances, présenté par MM. Pierre Delcourt et Delarue.

M. Emile Rivière, Vice-Président Honoraire de la Société Historique d'Auteuil-Passy, 97, rue du Cherche-Midi, présenté par MM. de Crauzat et Paul Jarry.

 

 

 

- LXXII -

M. Laeudlin, ingénieur en chef de la Société du Gaz de Paris, avenue Trudaine, présenté par MM. de Crauzat et Paul Jarry.

M. Stéphen de la Tour, sous-chef au Ministère des Finances, 10, rue de Castiglione, présenté par MM. Delarue et Récappé.

 

Dons

 

De M. Cortaillod : cahier bleu, Montmartre La Chapelle ; premier programme du Coliseum de Paris.

De M. André Warnod : un exemplaire de son livre : Le Vieux Montmartre.

De M. Deglesne : Le Culte du Sacré-Coeur, discours prononcé à la Chapelle du Sacré-Cœur par le P. Vallée, le 29 Juin 1881.

 

Divers

 

Le Conseil municipal de Paris accorde au « Vieux Montmartre » une subvention de 500 francs.

La Jeunesse Républicaine du IVe arrondissement a visité notre Musée le dimanche 23 Juin ; cette Société a été reçue par MM. Hutpin et O' Kelly de Galway.

Le dimanche 30 Juin, l'Union Nationale des Sociétés de Photographie de France a parcouru notre Butte guidée par MM. Blondel, de Crauzat et Paul Jarry.

Le vendredi précédent une conférence sur Montmartre avait été faite par M. Lazard à la salle des Fêtes du Photo-Club de Paris, 44, rue des Mathurins.

 

Communications

 

M. O'Kelly de Galway fait connaître les travaux de transformation du square Saint-Pierre.

M. Victor Perrot lit un article de journal relatant une réunion de délégués des Sociétés artistiques dont le but était de protester contre l'édification dans les villes de panneaux-réclames.

M. le Président fait connaître la situation financière de notre Société établie après le décès de notre regretté trésorier, M. Barbier. Les comptes, ainsi arrêtés, sont approuvés par le Comité.

M. Delarue veut bien accepter les fonctions de trésorier et M. Ternois celles de secrétaire du Comité de rédaction.

 

***

 

SÉANCE DU 2 AOUT 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membre nouveau

 

M. Jean-François Fresnel, avocat publiciste, 89, rue de Rochechouart, présenté par MM. Chabriez et Delarue.

 

 

 

- LXXIII -

 

Dons

 

De M. Saffrey, une brochure : de Montmartre à l'Hôtel des Ventes.

De M. Lazard, son étude sur l'agriculture et l'alimentation à Montmartre.

De M. l'Abbé Corbierre, l'almanach bénédictin pour 1910 et 1911.

De M. Jouglas, la Revue Théâtrale de mai 1904.

De M. Debray, la plaque de la rue Girardon.

De M. Cortaillod, photographie d'une des dernières maisons des Porcherons, 19, rue de Rochechouart.

De M. Gaignette, image d'Epinal sur le sire de Clignancourt.

De MM. Delarue et Grangez, journaux, programmes, prospectus.

 

Divers

 

Le Comité nomme M. Jules Mauzin, Président honoraire. M. Paul Jarry est inscrit au Comité de Publication.

M. O'Kelly de Galway demande la publication dans notre bulletin de 4 plans topographiques montrant ce qu'était Montmartre en 1843.

Sur l'initiative de M. Kleinmann, la ville s'est rendu acquéreur, au dernier Salon, du Moulin de la Galette, tableau de Pernelle, dont photographie est demandée à l'auteur, pour notre Musée.

Par suite de modifications dans l'immeuble, 42, rue d'Orsel, nous devons consentir une augmentation de loyer de 50 francs.

Au nom du Vieux Montmartre, Monsieur le Président félicite pour distinc­tions obtenues :

Madame Veuve Meusy, ambulancière volontaire pendant le siège et MM. Toussaint-Martel et Grangez, médaille commémorative en 1870.

M. Hutpin médaille de bronze de la Mutualité.

M. Gaignette, rosette d'officier de l'instruction publique décernée à la fête annuelle de l'Encouragement au Bien.

 

***

 

SÉANCE DU 6 SEPTEMBRE 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membre nouveau

 

M. Pierre Coudert, 73, boulevard du Montparnasse, présenté par MM. Gaignette et Cortaillod.

 

Dons

 

De M. Bernard Lalanne, à Villejuif, un volume relié : Histoire de Paris et de ses monuments par E. de la Fournerie.

 

 

 

- LXXIV -­

De M. Cortaillod, son cahier mensuel et copies de journaux relatives à Montmartre.

De M. Jarry, épreuves photographiques.

De M. Saffrey, joli tableau : une vue du Moulin de la Galette, prise de la rue Lepic, peint par Mauras.

De M. Grangez, affiches et programmes des théâtres montmartrois.

De M. Jouglas, prospectus et affiches.

 

Divers

 

M. Jouglas, signale la vieille inscription : Au dépit des curieux, à l'extérieur d'une boutique, au n° 2, rue de Clignancourt.

M. Gaignette, en raison de l'état de sa santé, donne sa démission de secrétaire général de la Société. Il sera remplacé temporairement par M. Hutpin, secrétaire-adjoint.

M. Mauzin, remercie la Société de lui avoir conféré la qualité de Président honoraire.

M. Pernelle, artiste peintre, promet d'obtenir l'autorisation de faire photographier pour notre Musée, son tableau : Le Moulin de la Galette, acquis par la Ville de Paris.

M. Delarue demande que la Société fasse des démarches auprès de la Commission du Vieux-Paris pour obtenir une épreuve photographique de plusieurs vieilles maisons à la veille d'être démolies, situées à l'angle des rues du Mont-Cenis et de Saint-Vincent. La Commission du Vieux-Paris a commandé la photographie de ces maisons.

M. Lazard communique les notes inédites qu'il a trouvées sur la Mire du Nord en 1793 et sur les objets d'art que existaient dans l'abbaye inférieure de Mont­martre lors de sa suppression le 14 Mai 1794. Les notes complètent heureusement l'inventaire de Léonard Bourbon.

 

***

 

SÉANCE DU 4 OCTOBRE 1912.

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

M. Salvatelli, 22, rue de Villejust, présenté par MM. Kleinmann et Cortaillod.

M. Lairez Maurice, 96, rue du Faubourg-Poissonnnière.

 

Dons

 

De M. Le Senne : La paix et le Sacré-Cœur : Discours prononcé le 25 Juin 1897, en la basilique de Montmartre par le R. P. Albert Janvier.

De MM. Gaignette et Jouglas : des découpures de journaux et reproductions de grands tableaux.

De M. Gershon : une Vue montmartroise prise de la place de la Concorde.

De Mme la Baronne de Vaux : des affiches du Skating de la rue Blanche.

 

 

 

- LXXV -

 

Communications

 

MM. Cortaillod et Lazard signalent plusieurs tableaux de Vues montmartroises figurant au Salon d'Automne, notamment celles de Mr M. Roche.

M. Lazard parle de l'intérêt qu'il y aurait à rechercher parmi le public montmartrois les clichés reproduisant les derniers jardins intérieurs appelés à dispa­raître à bref délai.

 

***

 

SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

Membres nouveaux

 

MM. Briard Maurice, artiste peintre, 7, rue Garreau, présenté par MM. Delarue et Baron.

Vié Jules, secrétaire de l'Union Nouvelle de France, 45, rue de Trévise, présenté par MM. Cortaillod et Jarry.

Lestrade Francis, 5, rue Geoffroy-Marie, présenté par MM. Martial Lestrade et Cortaillod.

Charpentier Octave, homme de lettres, 13, rue Girardon, présenté par MM. Cortaillod et Lazard.

 

Dons

 

De M. Le Senne, brochure relative au Sacré-Cœur.

De M. Saffrey : affiche Municipale du 1er Mars 1871, mairie du XVIIIe arrondissement, la revue Larousse du 21 mai 1898.

De M. Edm. Faucheux : le menu original du Restaurant Reneaux.

De MM. Gershon, Delarue et Gaignette : des extraits de journaux et le numéro de la Butte.

De MM. O' Kelly et Grangez : des affiches.

De MM. Zoë Bardon's, du théâtre Trianon : un curieux programme éventail avec vues du Théâtre-Concert.

 

Divers

 

M. Richard, au nom des anciens élèves de l'école Boulle, demande à visiter les vestiges de la Butte.

M. W. G. Dalsenne, ayant demandé l'appui moral de la Société pour célébrer la mémoire de Janssen qui habita Montmartre, la Société s'associe à sa pieuse initiative et émet le vœu qu'une plaque soit apposée, au 33 de la rue Labat, maison habitée par l'illustre savant.

M. Octave Charpentier présente son futur ouvrage A travers Montmartre, qu'il doit faire paraître en collaboration avec M. de Marandat.

 

 

 

- LXXVI -­

M. Willette, notre collègue, ayant reçu la rosette d'officier de la Légion d'Honneur, la Société, sur la proposition de M. Delarue, décide de lui envoyer une lettre de félicitations.

M. Le Senne rend compte de la dernière séance préparatoire au congrès des Sociétés de l'Histoire de Paris. Le Vieux Montmartre vote la souscription demandée à chacune de ces Sociétés.

M. Jarry signale les gravures de L. Marcellin Gautier, au 9e Salon de la gravure originale en couleurs, et les aquarelles de Francis Garat, sur Montmartre.

 

***

 

SÉANCE DU 6 DÉCEMBRE 1912

Présidence de M. C. Cortaillod

 

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

 

Le procès-verbal de la dernière assemblée est lu et adopté.

Le Secrétaire général fait ensuite son rapport sur les travaux de la Société au cours de la dernière année.

En l'absence de M. Delarue, le Président donne lecture du compte rendu financier. Il souhaite, en outre, la bienvenue à MM. René Bertaut, Leblond et Hauser, qui assistent à nos séances pour la première fois.

 

Membres nouveaux

 

MM. de Marandat Henry, 16, boulevard Victor-Hugo, à Neuilly-sur-Seine, présenté par MM. Cortaillod et Jarry.

J. Hauser, 50, rue du Temple, présenté par MM. Cortaillod et Jarry.

 

Dons

 

De M. Hauser : photographie du Camée de la Bibliothèque Nationale.

De M. Grangez : affiches et prospectus de théâtres.

De M. Baron : catalogue de l'Exposition Montmartre et le Boulevard. Cartes illustrées de M. Delâtre.

De M. Brebant : photographie du Château des Brouillards.

De M. Cortaillod : son cahier bleu, deux cartes inédites et collection du journal Montmartre La Chapelle.

M. Adolphi nous fait présent d'une photographie de la rue Saint-Vincent, artistement encadré.

M. Le Senne offre gracieusement la police d'assurance contre l'incendie.

 

 

 

- LXXVII -

 

Divers

 

M. Prod'homme, notre vice-président, invite les membres de la Société à se joindre à la manifestation-promenade qui aura lieu le dimanche 15 Décembre, à la maison de Berlioz. Le rendez-vous est fixé pour 10 h. du matin, square Vintimille.

M. Mareuse signale l'exposition des Jouets du Magasin du Louvre, figurant la retraite militaire défilant dans une perspective montmartroise.

L'assemblée générale ratifie la nomination de M. Mauzi comme président d'honneur.

Il est ensuite procédé à l'élection du Comité. Les membres sortants sont réélus. MM. Pagès, Billard, Edmond Faucheux et Baron, sont nommés membres du même Comité.

 

 

***

 

RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

DÉCEMBRE 1912

 

 

Mes chers collègues,

 

Les ailes des derniers moulins de Montmartre tournent comme les aiguilles d'une montre, et le temps passe, inexorable. Le Vieux Montmartre est entré dans sa 26e année. Il a vu, en grandissant, se faire autour de lui les vides les plus cruels, et disparaître ses aînés - on pourrait presque dire ses parents. Voici la première fois que votre aimable confiance m'appelle à vous présenter le rapport général, et c'est à ma voix mal autorisée que revient le triste soin de vous parler de nos der­niers disparus. Et quels disparus ! L'année 1912, qui s'achève, a vu mourir les plus chers de nos membres, nos fondateurs mêmes, et le Vieux Montmartre serait orphelin s'il n'avait en vous, Messieurs, des parents d'adoption dévoués qui le feront croître, prospérer et qui veilleront sur lui jalousement.

Vous lirez dans un prochain bulletin les paroles que notre collègue Victor Perrot prononça sur la tombe de Monsieur Wiggishoff ; je ne sais pas de plus bel éloge funèbre. Charles Sellier, dont le nom s'inscrit parmi les historiens érudits de Paris, l'avait précédé de quelques jours dans l'éternel voyage. MM. Compan, Bouloc, Barbier, Zerlaut et Médrano, l'architecte Decron, le Baron de Vaux ont laissé parmi tous d'unanimes regrets. Pour nos morts d'hier, nous serions tentés, suivant l'antique coutume bretonne, de conserver à nos séances leurs sièges vides, persuadés que leurs ombres viendront souvent s'y asseoir pour nous encourager.

 

 

 

- LXXVIII -

Les adhésions nouvelles sont venues en grand nombre - nous en comptons 34 au cours de l'année écoulée - combler des vides pourtant inremplissables. C'est une grande consolation, et je connais peu de sociétés historiques où le zèle de chacun amène autant de précieuses recrues. D'ailleurs les sociétaires suivent régulière­ment nos séances, montrant un intérêt toujours croissant à nos travaux, si bien que sur la proposition de Monsieur Lazard, - la Providence des fidèles Montmartrois, comme celle des chercheurs, - nous avons voté un crédit pour l'achat de sièges supplémentaires.

Monsieur Lazard, l'âme de notre Société, se place en tête des membres dont les savantes études ont fait l'attrait de nos séances mensuelles. Dans un article charmant il croquait le Montmartre d'il y a cent ans. Il nous donnait en outre de curieuses biographies, des notes inédites sur Ruggieri et sur la Mire du Nord, sans compter les sources de travail, qu'avec un désintéressement généreux, il indiquait à plusieurs d'entre nous.

Monsieur de Crauzat nous a retracé l'histoire complète et documentée des Sevestre - et nous en attendons l'impression avec une légitime impatience. Monsieur Prod'homme nous a fait l'historique des terrains occupés au XVIIIe siècle par l'Hôtel des Menus Plaisirs du Roi, plus tard Conservatoire de Musique, et Monsieur Paul Jarry a conté, grâce à l'obligeance de son propriétaire actuel notre nouveau collègue, le passé de l'Hôtel Rousseau.

La liste des donateurs se maintient et s'augmente. Nous y relevons les noms de nos collègues Bourgeot, Saffrey, Delarue, Gaignette, Jouglas, Jean Héros, Hutpin, O'Kelly de Galway, Mareuse, Grangez, Debray, Le Senne, Faucheux, Mausin, Jacques Doucet. MM. Cortaillod et Gershon continuent à pourvoir nos archives de précieuses photographies. Monsieur Marcel Fosseyeux contribue à enrichir notre bibliothèque de savantes recherches sur l'Hôtel-Dieu.

Comme les années précédentes, des Sociétés diverses ont sollicité le concours du Vieux Montmartre pour faire connaître la Butte à. leurs adhérents. Les Amis de la Bibliothèque ont été conduits par MM. Lazard et Perrot ; l'Union Nationale des Sociétés de photographies de France, devant qui M. Lazard avait fait une conférence très applaudie dans la salle des fêtes du Photo-Club, ont été guidés sur les hauteurs de Montmartre par MM. de Crauzat, Blondel et Jarry.

Monsieur Delarue a bien voulu accepter les fonctions de trésorier, après le décès de M. Barbier, et son dévouement est un sûr garant de notre prospérité finan­cière. Le Vieux Montmartre est pauvre, nous le savons, il vous le dira - mais cette pauvreté n'est-elle pas une des principales vertus Montmartroises ?

Il nous reste, en terminant, à exprimer de nouveau le regret d'avoir vu Monsieur Gaignette quitter, pour des raisons de santé, ce poste de secrétaire général où il avait su toujours se distinguer. Je le remercie en votre nom, à tous, des soins assidus qu'il apporta dans cette tâche et je lève mon dernier feuillet à la gloire du Vieux Montmartre.

 

Paul JARRY.

 

 

 

- LXXIX -

 

Liste des Membres de la Société

 

 

PRÉSIDENTS HONORAIRES

 

M.    J. C. WIGGISHOFF,  .

        * Ch. SELLIER, O. .

 

PRÉSIDENT D'HONNEUR

 

M.   Jules MAUZIN,  I.

 

MEMBRES DU COMITÉ 1912

 

MM.    ARTUS (Maurice).

            BARON (Ch. Eug.).

BILLARD (Georges).

            BLONDEL (Paul).

            BURGEVIN.

            CAPON.

            CHABRIEZ (Léon).

            CORTAILLOD (C.).

            DE CRAUZAT (E.).

            DELARUE (Léon),  I.

            DELCOURT (Pierre),    I.

            DUVAL (Gaston).

            FAUCHEUX (Edm.).

            GAIGNETTE (Eugène),  I.

            GERSHON (Léon).

HUTPIN (Georges).

JARRY (Paul), .

LAZARD (Lucien),  I.

LENSEIGNE (Henri),  I.

LE SENNE (Eugène).

MAREUSE (Edgar),  I.

MONTORGUEIL (Georges), .

MONIN,  I.

Cte O' KELLY DE GALWAY, .

PAGÈS (V.).

PERROT (Victor).

PROD'HOMME (J.-G.),  I.

RAULET (Lucien).

SAFFREY (Henri), .

TERNOIS (Auguste), .

 

MEMBRES DU BUREAU

 

Président :                                                                 MM.  C. CORTAILLOD.

1erVice-Président :                                                               Eug. LE SENNE.

2e Vice-Président :                                                               J.-G. PROD’HOMME.

Secrétaire-Général :                                                            Paul JARRY.

Secrétaire adjoint :                                                             HUTPIN.

Secrétaire de Rédaction :                                                    Oct. CHARPENTIER.

Archiviste :                                                                          O’ KELLY DE GALWAY.

Trésorier :                                                                           L. DELARUE.

 

 

 

- LXXX -­

 

SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES

 

SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE PARIS ET DE L'ILE-DE-FRANCE, 8, rue des Petits-Champs.

LA CITÉ, SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DU IVe ARRONDISSEMENT DE PARIS, place Baudoyer.

COMITÉ D'ÉTUDES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES DE LA MONTAGNE SAINTE GENEVIÈVE (Ve, XIIIe ET XIVe ARRONDISSEMENTS), Mairie du Panthéon.

SOCIÉTÉ HISTORIQUE DU VIe ARRONDISSEMENT DE PARIS, 78, rue Bonaparte.

SOCIÉTÉ D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DU VIIe ARRONDISSEMENT DE PARIS, 109, rue Saint-Dominique.

SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DES VIIIe ET XVIIe ARRONDISSEMENTS DE PARIS, 11, rue d'Anjou.

SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE D'AUTEUIL-PASSY, Mairie du XVIe arrondissement.

SOCIÉTÉ JULES COUSIN (LES AMIS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE PARIS), 29, rue de Sévigné.

BIBLIOTHÈQUE DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS, Hôtel-de-Ville.

LE TOURING-CLUB DE FRANCE, 65, avenue de la Grande-Armée.

SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLOMÉS PAR LE GOUVERNEMENT, 59, rue de Grenelle.

L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX, 31 bis, r. Victor-Massé. MONTMARTRE-LA-CHAPELLE, 17, boulevard de Rochechouart.

LE « MERCURE DE FRANCE ».

LES AMIS DE PARIS, 167, rue Montmartre.

 

MEMBRES CORRESPONDANTS

 

MM.  Le Conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, rue de Sully.

                 Le Conservateur de la Bibliothèque Mazarine, 23, quai Conti.

                 Le Conservateur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 29, rue de Sévigné.

                 Le Secrétaire de la Commission du Vieux Paris, Hôtel de Ville.

                 Les Archives de la Seine, 30, quai Henri IV.

                 L'abbé SOBAUX, curé de Saint-Jean-de-Montmartre, passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts, 14.

                 FLOBERT (Paul), secrétaire général de la Société le Vieux Papier, 12, boulevard des Batignolles.

KLEINMANN (Ed.), ,  I., maire du XVIIIe arrondissement, 64, rue de Clignancourt.

 

 

 

- LXXXI -

MUSÉE CARNAVALET, 23, rue de Sévigné.

AUBRY (H.), 14, rue de Hambourg.

GRANGEZ, 22, rue d'Orsel.

JARLET (Louis), artiste dramatique, 30, rue d'Orsel.

LAMBEAU (Lucien),  , 17, rue des Lions-Saint-Paul.

 

MEMBRES ACTIFS

 

MM.   ADOLPHI (Emile),  I., 47, rue Saint-Ferdinand.

          APPERT (Jules), 30, rue Condorcet.

          ARGYRIADÈS (Platon), sculpteur, 76, Grande-Rue, à Sèvres.

          ARMAND (Albert), artiste peintre, 5, rue Paul-Féval.

          ARNAL (Georges), 32, rue des Jeûneurs.

          ARTUS (Maurice), libraire, 2, avenue Trudaine.

          AUSSENARD (Auguste), 79, rue Lamarck.

          BALLAGUY, 22, rue Saint-Vincent-de-Paul.

          BARGALLO (Ferdinand), 94, rue d'Allemagne.

          BARON (Ch.-Eug.), artiste peintre, 102 ter, rue Lepic.

          BARRIER, 49, rue de Prony.

          BARTHELEMY (Victor), 3, villa des Poissonniers.

          BAUDOUIN (Paul), 15, rue de Turbigo.

Mme    BEAUCHAMP (Pauline), 137, rue Lafayette.

MM.  BERGE (Jules), avocat 60, rue de la Victoire.

          BERTAUT (André), 58, rue de La Rochefoucauld.

          BERTAUT (René), Membre perpétuel, 66, rue de La Rochefoucauld.

          BERTHIER-TACHE, fabricant de briques, 104, boulevard de Clichy.

          BERTHOMIER (Eugène), 8, rue Coustou.

          BERTRAND (Gast.), , villa Lucie, 43, rue Raspail, Argenteuil.

          BESSÉ (Sylvain), 17, boulevard de Rochechouart.

          BESSON (Ch.), 47 bis, rue d'Orsel.

          Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, 29, rue de Sévigné.

          BILLARD (Georges), 46, rue Lamartine.

          BILLET (T.), négociant, 10, boulevard Bonne-Nouvelle.

          BIZARD (Dr),  I., 7, rue Chaptal.

          BLAD (Maxime), entrepreneur de peinture, 49, rue de Rochechouart.

          BLAISE, architecte, 72, rue Damrémont.

          BLANCHELOT (Louis), 42, rue de Chevalier de la Barre.

          BLONDEL (Paul), 30, rue Fontaine.

          BONHOURE (Georges-Louis), 2, rue Eug. Spuller.

          BORDEREL, 135, rue de Clignancourt.

          BOSSUAT (F.), propriétaire, 2, place du Calvaire.

          BOUILLON (Voltaire), professeur d'anglais, 133, rue Lamarck.

 

 

 

- LXXXII -

          BOUVET (Lucien-Paul), , 24, rue de Norvins.

          BOUZONNIE (Alexandre), 9, avenue de la République.

          BRAULT, notaire, à Saint-Ouen.

          BRAUN (Roger), Notaire, 12 av. Emile-Zola, Parc-St-Maur (Seine).

          BRÉBANT (Maurice), , 21, avenue Niel.

          BRETONNEAU (Emile),  I., chef de la musique au Théâtre national de l'Odéon, 31, rue Lepic.

          BRIARD (Maurice), artiste peintre, 7, rue Garreau.

          BRUAT, 27, rue de Rocroy.

          BURGEVIN, ingénieur chimiste, 106, rue de Miromesnil.

          BURTH (Jules), négociant, 101, rue La Boëtie.

          CAILLEAUX (Félix), fabricant de tissus, 28, rue Nain, Roubaix (Nord).

          CAPETTE (Alexandre), propriétaire, Villemomble (Seine).

          CAPON (Gaston), homme de Lettres, 91, rue des Martyrs.

          CARETTE (Georges), , , artiste peintre, 6, rue Edouard-Detaille.

          CARILLON, 22, rue Preschez, Saint-Cloud (Seine-et-Oise).

          CASADESUS (Francis),  I., compositeur de musique, 6, rue Cretet.

          CAZALIÈRES, architecte, 41, boulevard des Capucines.

          CHABASSOL (Victor), artiste-peintre, 35, rue des Saules.

          CHABRIEZ (Léon), assureur-conseil, 16, rue Sevestre.

          CHAMPION, libraire, 5, quai Malaquais.

          Dr CHANDEBOIS,  I., 39, rue Vital.

          CHAPON, 55, rue du Ruisseau.

          CHARPENTIER (Octave), 13, rue Girardon.

          CHAVET (Gabriel), président de la Section de Montmartre de la Société Espérantiste de Paris, 59, rue Damrémont.

          CHENARD-HUCHÉ, , artiste peintre, 61, rue Caulaincourt.

          CHIPAULT (Louis), 16, rue Lamarck.

          CLARETIE (Jules), C. , de l'Académie française, administrateur du Théâtre Français, 155, boulevard Haussmann.

          CLEMENCEAU (Georges), Sénateur du Var, 8, rue Franklin.

          Dr COCQUELET, 96, rue de Maubeuge.

          Abbé CORBIERRE (A. J.), 7, rue Cassette.

          CORNET (Jules), 16, rue de la Tour d'Auvergne.

          CORTAILLOD (Charles), 27, rue de Clignancourt.

          COTTARD (Paul), ingénieur, 79 bis, boulevard de Picpus.

          COUDERT (Pierre), propriétaire, 73, boulevard du Montparnasse.

          DE CRAUZAT (E.), , 4, rue Margueritte.

          CRONIMUS (Alexandre), architecte, 34, boulevard de Clichy.

 

 

 

- LXXXIII -

          CUNTZ (Louis), publiciste, 67, rue de Rochechouart.

          CUTXAN (G,), 40 bis, rue de Villeneuve, à Clichy.

          DABONCOURT (Léon), 6, passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts.

          Dr DALLY, 220, rue du faubourg Saint-Martin.

          DATTEZ, pharmacien, 17, rue de la Villette.

          DEBACQ (Louis), pharmacien, 103, boulevard National, Clichy (Seine).

          DEBRAY (Auguste), 1, rue Girardon.

          DECRON (Henry), inspecteur des Finances, 49, avenue Trudaine.

          DEGLESNE (Léon), 42, rue de la Goutte d'Or.

          DELARUE (Léon),  I., ingénieur, 4, rue André-Gill.

          DELCOURT (Pierre),  I., homme de lettres, 70, rue Victor-Hugo, à Bois-Colombes.

          DELPIROU (Antoine), 65, rue Lepic.

          DEMOULINS, 30, rue Mazarine.

          DENIS (Ernest), 6, Villa de Saxe.

          DESCLERCS (C.), 16-18, avenue Rachel.

          DIÉTRICH (Georges), , ingénieur civil, 4, route de la Faisanderie, au Vésinet (Seine-et-Oise).

          DOUCET (Jacques), 19, rue Spontini.

          DUBRUJEAUD (Léon), O. , ancien président de la Chambre de commerce de Paris, 4, rue Freycinet.

          DUBUISSON (Albert), artiste-peintre, 53, rue de Bourgogne.

          DUFAY (Pierre), ancien bibliothécaire de Blois, 16, avenue Trudaine.

          DUJARDIN (Victor), 115, faubourg Poissonnière.

          DUVAL (Gaston), 16, rue Las-Cases.

          EPHRAIM (Léon), 5, rue Julien-Lacroix.

          ERNST (Henri-René), éditeur d'art, 49, rue d'Orsel.

          EUDES (Henri), 58, avenue de Wagram.

          EYQUARD (Jean), avocat, 3, rue de Navarre.

          FAUCHEUX (Edmond), 99, rue des Dames.

          FAUCHEUX (Eugène), 89, boulevard de Port-Royal.

          FÉLIX, pharmacien, 16, rue Ramey.

          FILLIOL (Ch.), 5, rue Saint-Augustin.

          FINKELSTEIN, artiste peintre, 223, rue du faubourg Saint-Honoré.

          FORT (Eloi), 6, place Daumesnil.

          FRÉMONT, , Ingénieur civil, 124, rue de Clignancourt.

          FRESNEL (Jean-François), avocat, 89, rue de Rochechouart.

          FRION, 19, rue de Médicis.

          FULLER (Georges), 16 rue Chappe

 

 

 

- LXXXIV -

          GAIGNETTE (Eugène),  I., 6, rue André-del-Sarte.

          GARNOT (G. Saint-Fare), artiste peintre, 79, avenue de Villiers.

          GAUCHER (Emile), négociant, 28, boulevard de Cambrai, Roubaix (Nord).

          GENDRON (Pierre), 29, rue Vaneau.

          GEVRAY (Emile), architecte, 49, rue Caulaincourt.

          GERSHON (Léon), 38, rue des Martyrs.

Mme    GIEU (Vve) propriétaire, 12, rue Fromentin.

MM.   GIMPEL (René), antiquaire, 146, avenue des Champs-Elysées.

          GOLDSCHMIDT (Marius), 7, rue André-Gill.

          GOUAULT (Georges),  I., négociant (membre perpétuel), 60, rue Saint-Lazare.

          GRAVEREAUX (Germain-Léandre),  I., architecte, 20, rue de l'Entrepôt.

          GROLLET (Ch.), , secrétaire général de la Société de pathologie comparée, 42, rue de Villejust.

          GROS, , entrepreneur de serrurerie, 6, avenue Rachel.

          GROSSWALD (Henri), 39, rue de Maubeuge.  

          HARTMANN (Georges), O. , , distillateur, 18, rue de l'Arcade, Conflans-Charenton (Seine).

          HAUSER (J.), éditeur photographe, 50, rue du Temple.

          HERMAIN (André), artiste peintre, 103, rue de Vaugirard.

          HÉROS (Jean), homme de lettres, 3, rue d'Orchampt.

          HUGNY (Ernest), homme de lettres, 16, rue Chappe.

          HUTPIN (Georges), instituteur, 27, rue Hermel.

          HYDE (James), O. .  I. membre perpétuel, 18, rue Adolphe­ Yvon.

          ICHAC (Eugène), 179, boulevard Pereire.

          JARRY (Paul), , membre de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 62, rue Blanche.

          JOUGLAS (Henri), 3, Cité Trévise.

          KLEIN (Auguste), 18, rue du Mont-Cenis.

          KŒNIG (Georges), 25, rue Rodier.

          LABAT, avoué, 63, rue Taitbout.

          LACOMBE, (Paul), , trésorier de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 5, rue de Moscou.

          LACROIX (Désiré), ex-Bibliothécaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 34, avenue Laumière.

          LACOSTE, entrepreneur, 7, rue Briquet.

          LACOUR, 22, boulevard Barbès.

 

 

 

- LXXXV -

          LAEUDLIN, Ingénieur en chef de la Cie du Gaz, avenue Trudaine.

          LAIREZ (Maurice), 96, rue du faubourg Poissonnière.

          LA NEZIÈRE (de) artiste peintre, 4, rue de l'Abreuvoir.

          LA TOUR (Stéphen de), sous-chef au Ministère des Finances, 10, rue de Castiglione.

          LAURENTIE (Joseph), avocat, 9, rue Guy-de-la-Brosse.

          LAURIE (Paul), 8 bis, Cité Trévise.

          LAZARD (Lucien),  I., archiv. paléographe, 49, r. de Rochechouart.

          LEBOND (Aug.), 53, rue de Rochechouart.

          LEFEBVRE (Gaston), négociant, 47, rue de Paradis.

          LEGRAND, 67, rue de la Convention.

          LEJARDS, photographe, 47, rue Vivienne.

          LEMAIRE (Georges), ,  I., artiste graveur, 22, rue Tourlaque.

Mlle     LE MESLE (Renée), , 58, rue Lepic.

MM.   LEMOINE (Achille), 10, rue Frochot.

          LENSEIGNE (Henri), , I., 22, rue de Tocqueville.

          LEROY, négociant, 35, boulevard Barbès.

          LE SENNE (Eugène), 73, boulevard Hausmann.

          LESTRADE (Francis-Eugène), 5, rue Geoffroy-Marie.

          LESTRADE , 5, rue Geoffroy-Marie.

          Dr LÉVI-FRANCKEL,  I., 103, rue Ordener.

          LHOMME (Léon-Henri), 48, rue Lamarck.

          LUCET, 16, rue Bachaumont.

          MAES (Léon), photographe, chimiste, 53, boulevard de Rochechouart.

          MAGNIER (Achille), 19, rue de Trétaigne.

          MAILLOT (Henri), négociant, 10, rue Crevaux.

          MANGIN-BOCQUET (Léon), , I., juge au tribunal civil, 3, rue Andrieux.

          Dr MANGIN (Georges), 3, rue Andrieux.

          DE MARANDAT (Henry), 16, boulevard Victor-Hugo, à Neuilly-sur-Seine.

          Abbé MARCADÉ (Albert), curé du Bourget (Seine).

          MARCHAL membre perpétuel, 49, rue Labat.

          MAREUSE (Edgar),  I., membre de la commission du Vieux-Paris, 81, boulevard Haussmann.

          MARIAGE (Jean-Paul), 90, rue de Rivoli.

          MARION (Ern.-Ch.), 48, rue Lamarck.

          MARTEL (Toussaint), journaliste, 60, rue Lepic.

          MARTIN (Maurice), négociant, 34, rue Werlé, Reims (Marne).

          MARTINOLE (J.), 74, rue de Dunkerque.

 

 

 

- LXXXVI -

          DE MATHAN (Raoul), artiste peintre, 10, rue d'Orchampt.

          MAUGAT (Charles), 32, rue des Jeûneurs.

          MAUZIN (Jules),  I., secrétaire du Bureau de bienfaisance, Mairie du XVIIIe arrondissement, place Jules-Joffrin.

          MAY (Albert), 14, rue de Rome.

          MAYER (Fernand), 29, rue du faubourg Poissonnière.

          MEUNIÉ (Félix), 24, rue de Turin.

          MEUSY (Antony), , conseiller municipal, 15, rue du Monument, Champigny (Seine).

          MEYER (Maurice), artiste peintre, 13, rue Bonaparte.

          MICHEL (M.), 94, boulevard des Batignolles.

          MIGUET (E.), publiciste, 1, boulevard Henri IV.

          MONIN,  I., professeur, 2, rue Alfred-Stevens.

          MONTORGUEIL (Georges), , journaliste, 31 bis, rue Victor-Massé.

          MARIN (Charles), 50, rue Durantin.

          MORLET (Raymond), 20, rue Louis-Philippe, à Neuilly-sur-Seine.

          MOSSIER (Louis), entrepreneur, 29, rue Gaudot-de-Mauroi.

          MUNIER (P.-J.), , 16, rue de La Tour-d'Auvergne.

Mlle     NAUTRÉ (Adèle), 47 bis, rue d'Orsel.

MM.   NICOLAS (Joseph-Augustin), 5, rue Viteau, à Saint-Mandé.

          NOGET-SOULANGES, 45, rue de Saint-Pétersbourg.

          OBJOIS, 4, rue du Primatrice, Fontainebleau (S.-et-M.).

          O'KELLY DE GALWAY (Comte), , archiviste, 8, rue Ménessier.

          PAGÈS (Victor), 87, avenue de Villiers.

          PATUREAU (Abbé), curé de St-Pierre de Montmartre, 123, r. Caulaincourt.

          PAYEN (Maurice), artiste-peintre, 56, rue Truffault.

Mme    PÉGURET (Vve), 27, rue de CIignancourt.

M.          PÉLISSIER (Georges), 57, rue de Bois-Colombes, à La Garenne, Seine.

Mme    PÉRICHON (Vve Louis), 1, rue Ramey.

MM.   PERNET, 90, rue Lepic.

          PERRET (Louis), 10, rue Vauvenargues.

          PERRIER (Edmond), pharmacien, 17 bis, boulevard de Rochechouart.

          PERROT (Victor), avocat, 21, rue Drouot.

          PINEAU (Edouard), 13, boulevard des Batignolles.

          PITOT (Léon), ingénieur, 64, rue des Martyrs.

          PLESSIS (Yves), publiciste, 14, rue Houdon.

          PLUCHE, notaire, 33, rue de La Chapelle.

          POETE (Marcel),  I., Conservateur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 4, rue Honoré-Chevalier.

          PORNIN (Louis), , ingénieur civil, 45 bis, rue Guersant.

 

 

 

- LXXXVII -

          PROD'HOMME (J.-G.),  I., homme de lettres, 9, rue Lauriston.

          PROU (Henri), 8, rue Say.

          DE QUELLERN (Lucien), , homme de lettres, 5, rue des Acacias.

          RADIGUER (Louis), docteur en droit, 64, rue Blanche.

          RANGLARET, 16, rue des Roses.

          RAULET (Lucien), Bibliothécaire honoraire de la Société de Géographie commerciale de Paris, 9, rue des Dames.

          RAYNAL (E.), négociant, 66, rue d'Hauteville.

          RÉCAPPÉ (Jacques), ingénieur, 5, rue Goethe.

          RENAUD, pharmacien, 38, rue Ramey.

          RENAUD (Léon), entrepreneur de maçonnerie, 174, rue Championnet.

          RIVIÈRE (Emile), Directeur des Hautes Etudes au Collège de France, 97, rue du Cherche-Midi.

          RIVOIRE (Jean), 12, rue Cadet.

          ROBERT, 241, faubourg Saint-Martin.

          ROBILLARD DE MARIGNY (Paul), avocat à la Cour d'appel, 32, rue des Vignes.

          ROQUENCOURT (Victor), de la Société des auteurs-compositeurs, 10, place de Clichy.

          ROUX (Xavier), homme de lettres, 50, rue de Moscou.

          SAFFREY (Henri), , 4, place des Batignolles.

          SAGNY (A.), 26, rue Hermel.

          SALOMON (Raoul), antiquaire, 59, rue Saint-Lazare.

          SALVATELLI, 22, rue de Villejust.

          SANDBERG (S.), 55, quai de Valmy.

          SATIE (Erik), compos. de musique, r. Cauchy, à Arcueil-Cachan, Seine.

          SÉLIGMANN-LUI, 80, avenue de Breteuil.

          Dr SOALHAT, 28, rue Chaptal.

          TAILLEFER, instituteur, 61, faubourg Saint-Martin.

          TEISSÈDRE, , 20, place de La Chapelle.

          TERNOIS (Auguste), 110, rue Ordener.

          TREMBLAY (Camille), 60, rue de Rome.

          TRÉTAIGNE (Baron Michel DE), , Conseiller général de l'Aisne, 12, rue de Condé et château de Festieux (Aisne).

          TRICAUD (Auguste), avoué honoraire, 10, rue de la Terrasse.

          TROUILLARD (Charles), 24, rue de Norvins.

          TULEU (Charles), , négociant, 58, rue d'Hauteville.

          TUMBEUF (A.), de la Société « le Vieux Papier », 10, avenue Malvesin, Bécon-les -Bruyères (Seine).

          TZANK (Daniel),  I., 177, boulevard Saint-Germain.

 

 

 

- LXXXVIII -

          VALENCIEN (Lucien), 30, avenue Trudaine.

          VAUX (Baronne de), 48, avenue Kléber.

M.     VERNET (Marcel), , 10, rue d'Offémont.

Mme    VIAL (Vve), 5, rue Suger.

MM.   VICHY, 41, rue des Jeûneurs.

          VIÉ (Jules), secrétaire général de l'Union nouvelle de France, 45, rue de Trévise.

          VIEUSSA (François), Ingénieur, 30, rue de La Rochefoucauld.

Mme    VORIOT (Vve), encadreur, 23, rue de Clignancourt.

MM.   VUAFLART (Albert), secrétaire-adjoint de la Société d'Iconographie Parisienne, 16, rue Spontini.

          WATEBLED (Marcel), contrôleur des services maritimes postaux, 6, rue Nobel.

          WILLETTE, O , artiste peintre, 28, rue Lacroix.

          WOEHRLÉ (Louis-Eugène), 61, rue de Bretagne.

 

***

 

          Le Gérant : Oct. CHARPENTIER.

 

 

 

***

 

AVIS TRES IMPORTANT. - Le local de la Société est ouvert tous les Vendredis sans exception, à partir de 9 heures du soir.

Le MUSÉE est ouvert le 1er Dimanche de chaque mois, de 2 à 4 h.

 

***

 

PUBLICATION DE LA SOCIÉTÉ « LE VIEUX MONTMARTRE »

 

MONTMARTRE

 

MÉMOIRE DE F. DE GUILHERMY

 

publié intégralement pour la première fois par les soins

de la Société Le Vieux Montmartre.

Avec un portrait de l'Auteur

 

Ce Mémoire, dont une partie seulement a été insérée dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et belles-Lettres, n'avait pu être imprimé par son auteur. Il offre un très grand intérêt pour l'histoire de Paris en général et, en particulier, pour celle des IXe et XVIIIe arrondissements.

 

PRIX DU VOLUME :

Sur Papier ordinaire ……………………………………………………………… 5 Francs

Sur Papier de Hollande Van Gelder…………………………………………… 10 Francs.

 

En vente au " VIEUX MONTMARTRE "

42, Rue d'Orsel, PARIS-XVIIIe.

 

***

 

PARIS. – IMPRIMERIE G. DUSSARDIER ET P. FRANK, 38, RUE BALLU – PARIS (IXe)