Société d'Histoire et d'Archéologie des IXe et XVIIIe
Arrondissements
SOMMAIRE DES FASCICULES 75 A78 (1er et 2e SEMESTRES
1912) :
A propos d'un Livre nouveau, par
Lucien LAZARD.
Un Abbé montmartrois en 1791, par
Eugène LE SENNE.
Une Maison de la rue de Navarin, par
Pierre DUFAY.
Le dernier Médecin de l'Abbaye de
Montmartre, par E. DE CRAUZAT.
Deux jardins disparus, par Lucien LAZARD.
Les Sceaux de Montmartre, par A. J.
CORBIERRE.
L'Hôtel des Menus Plaisirs du Roi,
par J.-G. PROD'HOMME.
Nécrologie. Variétés.
Actes de la Société, Rapport de M.
Paul JARRY.
Liste des Membres.
GRAVURES HORS TEXTE : Dessins de
Gabriel de St-Aubin en marge du Piganiol : 5 pl. (Bibl. d'Art et
d'Archéologie). - Façade et vue latérale de l'Hôtel Botherel (Lith). - 18 et
20, rue de Navarin (Etat actuel). - Le Dr Dutertre. - Le Saut du
Niagara et les Promenades Egyptiennes. - Berline du Delta et Montagnes
Egyptiennes. - Les Sceaux de l’Abbaye (2 pl.). - J. C. Wiggishoff et Ch.
Sellier (portraits).
Président MM. Ch. CORTAILLOD.
1er Vice-Président Eug.
LE SENNE.
2e Vice-Président J.-G.
PROD'HOMME
I.
Secrétaire
général Paul JARRY
.
Secrétaire
adjoint HUTPIN.
Secrétaire
de rédaction Oct. CHARPENTIER.
Archiviste O'
KELLY DE GALWAY
.
Trésorier DELARUE
I.
Président d'honneur : M. MAUZIN
Membres : MM. M. ARTUS, BARON, BILLARD,
BLONDEL, BURGEVIN, CAPON, CH. CORTAILLOD, DE CRAUZAT, DELARUE, PIERRE DELCOURT, G.
DUVAL, EDM. FAUCHEUX, EUGÈNE GAIGNETTE, LÉON GERSHON, GEORGES HUTPIN, PAUL JARRY, LUCIEN LAZARD, HENRI LENSEIGNE,
LE SENNE, MAREUSE, GEORGES MONTORGUEIL, MONIN, O'KELLY DE GALWAY, VICTOR PAGÈS,
PERROT, J.-G. PROD'HOMME, L. RAULET, HENRI SAFFREY, TERNOIS.
Les séances du Comité ont lieu régulièrement le 1er vendredi de chaque mois, à 8 h. 1/2 du soir, dans le local de la Société, 42, Rue d'Orsel.
Ces Séances sont ouvertes à tous les membres.
Toutes les
communications, demandes d'adhésion, d'achats de photographie ou de Bulletins,
doivent être adressées au Président de la Société, 42, rue d'Orsel.
Les membres
de la Société n'ont droit à l'envoi
gratuit du Bulletin qu'à partir du jour de leur admission.
Prix du
fascicule simple.............................................................................. 1
fr. 50
Prix des
fascicules à partir du numéro 49................................................... 3
fr.
Les Fascicules 1, 3, 5, 6, 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 19 et 45 sont épuisés.
AVIS TRÈS
IMPORTANT. - Le local de la Société, est ouvert tous les Vendredis sans exception, à partir de 9 heures du soir.
- 92 -
Il est juste et bon qu'un mort, surtout un mort illustre, ait une belle oraison funèbre : le vieux Montmartre a cette heureuse fortune. A l'heure de sa disparition, un savant digne d'estime lui consacre quelques pages, où non seulement sont résumées d'une façon consciencieuse les notions que l'on avait jusqu'à présent sur les origines de Montmartre, mais où sont relatés quelques faits nouveaux. L'apparition d'un livre de cette sorte mérite d'être signalée, et de faire l'objet d'un examen sérieux et qui s'efforcera d'être à la hauteur du travail considérable qu'il s'agit d'apprécier.
Le livre en
question a paru dans la collection de l’Histoire
Générale de Paris (celle que le public connaît sous le nom de collection
verte, dénomination empruntée à la couleur du cartonnage des volumes). Il est
intitulé Paris à l'époque Gallo-Romaine, est
dû à M. de Pachtère, agrégé d'histoire et de géographie, et composé surtout à
l'aide des papiers et des plans de feu Th. Vacquer, ancien inspecteur des
fouilles de la Ville de Paris, et prédécesseur, dans ce poste, de notre
regretté collègue Ch. Sellier. Dans sa publication et dans un article inséré
dans le fascicule IV (1909), pages 1 à 34, du Bulletin de la Bibliothèque et des Travaux Historiques, M. de
Pachtère a rendu à la mémoire de Vacquer, l'hommage que mérite ce savant
remarquable, qu'un caractère aigri et un abord inaccessible empêchèrent seuls
d'arriver à la renommée qui lui était légitimement due.
Le travail de M. de Pachtère a 182 pages, sur
lesquelles 17 sont consacrées aux antiquités de Montmartre : c'est presque la
dixième partie du volume ; en outre deux planches, dans le texte, sont des
restitutions d'édifices situés sur
Le texte
relatif à Montmartre, le plus important, tout au moins comme nombre de pages,
du livre de M. de Pachtère, est au chapitre IV, Le Chris-
FAÇADE DE L’ÉGLISE DES MARTYRS
Dessin de Gabriel de Saint-Aubin
à la page 613 du Tome II de Piganiol de la Force.
- 93 -
tianisme à Paris à l'époque Gallo-Romaine, et s'étend
des pages 118 à
M. de
Pachtère, après une critique serrée des textes sur lesquels est fondée la
légende du saint - la Passio sanctorum Dionysii, Rustici et Eleutherii,
les Gesta Dagoberti,
Pour
l'auteur, ce vocable dérive incontestablement de
Il n'y a
donc, suivant M. de Pachtère, rien de commun entre le souvenir des Martyrs et
le nom de Montmartre ; même, son argumentation se renforce par ce fait, que le
second Montmartre qui, en France, ait
un passé et évoque quelques souvenirs archéologiques, celui qui est situé près
d'Avallon, dans l'Yonne, a incontestablement été le siège d'un temple
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de Mercure (ainsi que l'indique une
inscription antique), sans avoir été le théâtre du supplice d'aucun martyr
chrétien.
Cette
démonstration semble assez convaincante : toutefois, pour persuader
entièrement le lecteur, elle devrait être complétée ; il serait nécessaire,
premièrement, de suivre à travers les âges les variations du nom de la colline
avallonnaise et de ne pas se borner, pour son onomastique, à l'indication Montmartre fournie par le cadastre,
œuvre du début du XIXe siècle.
En second lieu, il y aurait lieu de rechercher les origines du nom de Montmartre porté par deux hameaux de France : l'un écart de la commune de Clerc dans l'Indre-et-Loir, l'autre écart de la commune de Chamigny, en Seine-et-Marne ; si, dans les traditions de ces deux localités on trouvait quelque souvenir du culte de Mercure, la preuve serait décisive.
Si le chapitre VI du livre de M. de Pachtère offre un vif intérêt pour la philologie et pour l'histoire des origines du christianisme dans la région parisienne, quelques pages de son chapitre III (40 à 44) sont d'une importance capitale pour l'archéologie Montmartroise, et pour donner au lecteur une idée de ce qu'il ajoute à nos connaissances, essayons de nous rendre compte de ce qu'on savait sur le Montmartre Gallo-Romain avant l'apparition du livre de M. de Pachtère, et de ce que son travail ajoute aux notions antérieures.
Si on tente de démêler à travers le fatras des auteurs qui ont parlé de Montmartre, depuis Corrozet jusqu'à nos contemporains, ce que l'on sait de positif sur les débris de l'époque gallo-romaine subsistant à Montmartre, on est stupéfait de constater comme nous connaissons peu de choses, et comme ce peu manque de précision.
En résumé, antérieurement à 1618 il existait à l'Ouest de Montmartre un mur qui, d'après Du Breul, aurait été un débris d'un temple de Mercure.
En second lieu, à l'extrémité de la clôture orientale de l'abbaye, au pied d'un oratoire dédié à Saint Benoît, quelques débris antiques auraient été, au dire de Sauval, les restes d'un temple de Mars : le plan de restitution de Montmartre de Carles, que M. de Pachtère a oublié de consulter, place ces débris sur l'emplacement occupé de nos jours par le réservoir monumental des eaux de la Ville de Paris.
Enfin, en bordure d'une partie disparue de la rue de la Fontaine-du-But, au lieu dit « Le Trésor », dans un champ qui appartenait vers 1840
CHAPELLE SOUTERRAINE DE L’ÉGLISE DES MARTYRS
ET STATUE DE SAINT-DENIS
Dessin de Gabriel de Saint-Aubin
à la page 614 du Tome II de Piganiol de la Force.
- 95 -
à
Je ne parle pas - et pour cause - des quatre colonnes antiques qui décorent l'église Saint-Pierre de Montmartre : leur provenance est inconnue, et quand on a constaté leur existence on a dit à peu près tout ce qu'il y a à en dire.
Dans ce domaine Monsieur de Pachtère apporte du nouveau et on ne saurait trop l'en féliciter.
Tout d'abord, à l'aide des papiers de Vacquer, il nous fait connaître une découverte que le misanthrope inspecteur des fouilles avait toujours tenue secrète.
« Sur le haut de la montagne, dit Sauval, se voient
les ruines d'un temple antique. » Partant de ce texte Vacquer, à une époque qui
n'est pas précisée, aurait effectué des fouilles au chevet de l'église
Saint-Pierre, pour être exact au numéro 20 de la rue des Rosiers, propriété à ce
moment de
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rappprochée du texte de Sauval ; à
l'époque où écrivait l'auteur des Antiquités
de Paris, l'endroit où Vacquer a fait sa découverte était occupé déjà par
le cimetière, le clocher et la sacristie de Saint-Pierre, au milieu desquels on
n'eut pas laissé ce pan de mur encombrant : il doit s'agir dans le texte
de Sauval et de Du Breul des débris situés sur l'emplacement de la partie haute
de
Au pied du
lieu dit le Palais qui est représenté
assez exactement de nos jours par
M. de
Pachtère - et c'est là une de ses plus heureuses trouvailles - a découvert dans
les papiers d'un fécond compilateur du XVIIe siècle, une description
détaillée de tous ces débris. Dubuisson-Aubenay, c'est l'auteur dont il
s'agit, était un archéologue d'une précision rare à cette époque. Ses
manuscrits conservés à
(1) Paris, Champion
1883. 2 vol. in-8.
A. FAÇADE DÉCORANT L’ÉGLISE DES MARTYRS
B. VUE DE
Dessin de Gabriel de Saint-Aubin
à la page 535 du Tome VIII de Piganiol de la Force
(Table).
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Ce
personnage, qui se nommait en réalité Nicolas-François Baudot, sieur du Buisson
et d'Aubenay naquit à Ambenay, en Normandie, vers 1590 et mourut à Paris le 1er
octobre 1652 : il était à ce moment maître-d'hôtel du Roi. Le détail de sa vie
serait ici un hors-d'œuvre, mais il y a lieu d'indiquer que ce fut pour son
époque un curieux, ou comme nous dirions aujourd'hui, un érudit très
consciencieux : ses manuscrits au nombre de 43, constituent un des fonds les
plus importants de la Bibliothèque Mazarine, d'autres existent à
Dès 1876
Auguste Longnon extrayait de ce manuscrit le procès-verbal de découverte de
sépulture romaine faite en 1644, au mois de juin, à l'angle des rues de
Vaugirard et du Regard (1), et la même
année en publiait des passages curieux relatifs à deux portraits de Rabelais
gardés au presbytère de Meudon. Si donc le mérite d'avoir appelé l'attention
sur ces précieuses notes revient à Longnon, il est juste de reconnaître que M.
de Pachtère en a le premier connu et indiqué
J'ajoute que pour
M. de Pachtère en a tiré le meilleur parti et je ne peux que renvoyer à son livre.
***
Dans un travail consacré au Paris Gallo-Romain, l'auteur n'avait naturellement à tirer du manuscrit, de Dubuisson Aubenay que les renseignements relatifs à cette période, et il a même cru devoir supprimer toute la partie où il fait ses conjectures, parfois bien amusantes. En lisant le livre de M. de Pachtère je me suis demandé si le maître-d'hôtel du Roi ne s'était occupé que des débris antiques de Montmartre, et je suis allé voir son manuscrit à la Mazarine : je n'ai pas eu à regretter ma course. Outre le plaisir qu'il y a à travailler avec l'aide des bibliothécaires aussi aimables qu'érudits de cette maison, dans ces salons exquis que sont les salles publiques de la vieille bibliothèque de Naudet, avec, sous les yeux, ce noble paysage de la Seine coulant au pied du Louvre, j'ai eu l'agréable
(1) Bulletin de la
Société l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, 1876, p. 34.
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surprise de constater que Dubuisson
a visité l'abbaye, qu'il s'y est plu et qu'il nous a laissé un compte rendu à
la fois précis et pittoresque de sa promenade.
A quelle époque exactement Dubuisson est-il venu à Montmartre ? Il est difficile de le dire d'une façon certaine. Le manuscrit où est insérée sa relation contient le compte-rendu d'une découverte faite à Paris en 1644 et dont il a été parlé plus haut : on serait donc tenté de placer la rédaction de ces notes entre 1644 et 1652, année de la mort de l'auteur : mais comme l'a fait observer M. Saige, le volume de Dubuisson sur Paris est une suite de notes prises au jour le jour, et complétées par une table que l'auteur dut rédiger dans ses derniers jours : dans ces conditions, et étant donné dans les quelques pages consacrées à Montmartre la date de 1641 revient à deux reprises - la première fois sans indication de jour, la seconde fois avec l'indication du 8 octobre - il est permis de croire que c'est vers la fin de l'année 1641, ou au début de l'année 1642, que Montmartre a reçu cet intéressant visiteur.
Avant de
publier le texte de sa relation il convient - si l'on veut bien admettre
l'expression - d'en établir le bilan et de faire connaître ce qui dans son
manuscrit est nouveau et ce qui ne l'est pas.
Ce que nous
connaissons déjà c'est l'existence dans la chapelle du prieuré des deux
inscriptions relatives, l'une au martyre de saint Denis, l'autre à
l'établissement de l'ordre des Jésuites ; elles avaient été signalées et
publiées dans les Vies de Saint-Denis, des Pères Binet et Doublet, et le Bulletin du Vieux Montmartre en avait
antérieurement publié le texte (1). On connaît
également, et même plus complètement que par les notes de Dubuisson, le texte
des épitaphes des époux Forget du Fresne.
Mais bien
plus considérable est le nombre des choses nouvelles que Dubuisson nous
apprend.
Pour la
première fois dans ces notes, un contemporain blasonne les armes de l'abbaye,
nous fait connaître l'existence des chasses de saint Rustique et de saint
Eleuthère, décrit le tombeau où étaient conservés les cœurs de Monsieur et de
Madame Forget du Fresne, et la série de peintures qui, dans la chapelle
souterraine, représentaient le martyre de saint Denis, la communion des
fondateurs de l'ordre des Jésuites ; pour la première fois sont signalés dans
la chapelle la statue de Saint-Denis déca-
(1) Bulletin du
Vieux Montmartre, 1895, pp. 63 et 64. Art. de A. L. Bertrand.
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pité, qui précéda le Saint-Denis
agenouillé de Sarrazin ou des frères Anguier, et le portrait de cette sainte
Catherine de Gènes, sœur bénédictine qui, longtemps avant Saint-Vincent de
Paul, avait établi en Italie des frères et des sueurs de Charité ; enfin, il
convient d'attirer l'attention sur cette esquisse, tracée d'une façon bien
vivante, des religieuses de l'abbaye chantant l'office au chœur.
Si parfois
on est arrêté dans la lecture de ces notes par quelques difficultés, c'est que
l'auteur, bien que contemporain d'Henri IV et de Louis XIII, écrit encore dans la
langue du XVIe siècle, celle qui n'a pas été épurée en même temps
qu'appauvrie par le sévère Vaugelas : son français est encore celui de Rabelais
et de Montaigne, dont il a les tournures, s'il n'en a ni la grâce ni la
vivacité.
De plus il a
gardé bien des mots de sa province : il est normand et sous sa plume viennent
naturellement les mots normands : une chasse de saint est pour lui une fierte, mot encore usité à Rouen ; un chemin creux est un chemin cavé (1), et bien d'autres qu'il y aurait lieu de citer, si,
après ce long préambule, il n'était temps de lui céder la parole.
« MONTMARTRE
Mercurii templo vel Martyrum.
Au derrière de Montmartre, tourné au septentrion et regardans vers Saint-Denys, murailles antiques de cens pas de long, presque à fleur de terre, au-dessous des moulins à vent, tirant vers et presque jusques à la fontaine dite de Saint-Denys, avec certain pan qui estoit élevé de la hauteur d'une pique et qui est tombé. Ils appellent cela le Palais ou le Palet, comme si autrefois on avait joué là au Palet ou que nos roys y eussent eu un Palais d'où ils sortissent pour se montrer en char une fois l'an dans le Champ de Mars. Toutesfois ils estiment que ces murailles estoient d'un temple du temps, disent-ils, des faux-dieux et l'appellent par corruption le mur de Saint-Safortin.
Mais plus
bas tirans par la Fontaine-du-Bu et par l'abbreuvoir, un peu au-dessous et
joignans le costé droit du chemin cavé qui meine au bas de la coste, il y a un
reste de muraille qui commence par un pan encore élevé d'une pique de pierre
taillée à la Romaine, avec deux chaînes de briques,
(1) Et non pas carré comme l'a lu à tort M. de
Pachtère, p. 42, lig. 10.
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terre et plâtre, aussy à la Romaine et
continuans à fleur de terre dans un petit vignoble, tirans vers le village de
Clignancourt, du côté d'orient environ trente pas ; ils appellent cela le
chateau de César ou la Tour de Ganes ou de Ganelon.
Les armes de l'abbaye de Montmartre sont d'azur à 2
fleurs de lys en chef et
En l'église
des Martyrs, bien augmentée d'église et de logemens depuis trente ans et sous
le régime de l'abbesse encore vivante en
Au-dessous
de ceste chapelle ou première crypte, il y en a une autre où avec flambeau
(parce que il n'y a nulle clairté), on descend soixante degrés à 2 reprises
bien droites, 15 de la première et 45 de l'autre, jusques au bas où vous
trouvez un caveau taillé dans le roc de pierre blanche et tendre toute fendue
et crevacée tant haut que bas en plusieurs endroits. Il y a aussi un autel de
la même pierre du côté d'orient et la croyance commune est que saint Denys
disait là
En la
première crypte estaient, il y a bien 20 ou 30 ans, deux caisses ou fiertes de
bois peint et doré où l'on estimoit que jadis estoient les corps des saints
Rustic et Eleuthère, compagnons de saint Denys. Ces deux caisses sont à présent
dans un buffet ou grandes armoires à costé du maistre autel du chœur de
l'église.
(En marge.)
[
Dans le chœur susdit de l'église, il y a la grille où les religieuses chantent et font la musique avec les orgues dont une d'elles joue et ce en telle excellence que la musique du Roy n'est pas plus juste et mesurée que la leur : je les ay vues chanter à la grille ouverte, une douzaine qu'elles
PLATRE ORIGINALE DE
QUI DÉCORAIT AU XVIIIme SIÈCLE
DU MAITRE AUTEL DE SAINT-PIERRE DE MONTMARTRE
Dessin de Gabriel de Saint-Aubin
à la page 621 du Tome II de Piganiol de la Force.
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estoient, visage descouvert, toutes
debout fors celle qui jouait des régales estoit assise ; une des debous battoit
la mesure.
De ce même costé de la grille qui est au midy, au costé vers Paris au dernier pilier et coin dudit chœur, est pendue et apposée une table de cuivre avec une enchâsseure et ornement de marbre noir tout autour que l'abbesse y a fait faire et les Jésuites de Paris ont dressé l'inscription qui est telle que s'ensuit en lettres gravées et noircies :
D. O. M.
SISTE SPECTATOR
Atque in hoc Martyrum sepulchro
probati ordinis cunas lege.
SOCIETAS JESU
Quae Sanctum Ignatium Loyol. patrem
Agnoscit, Lutetiam matrem
Anno salut. MDXXXIV. August. XV
HIC NATA EST
Cum Ignatius ipse et socii
Votis sub sacram synaxim
In perpetuum consecrarunt.
AD MAJOREM
DEI
GLORIAM
Ledit coin
et pilier fait l'angle, et sert à une chapelle qu'une dévote a fait peindre en
1641, ayant en la contretable de l'autel deux bandes de Jésuites. Dans celle
qui est à main droite est de saint Ignace qui est tout le premier de genoux
tenant en ses mains un rouleau où sont escrits ces mots : « Porro coram Deo, Beatissima virgine, et
curia cœlesti universa ; tout vis-à-vis de lui à la main gauche est
saint François Xavier avec sa bande. Dans le chœur vis-à-vis de la grille et du
costé du septentrion qui est vers l'abbaye et village de Montmartre, est un
épitaphe en marbre noir escrit en lettres d'or des deux cœurs de Nobiliss. viri Petri Forget de Fresne Regi
et Regno a secretis qui obiit 1610 ætatis 66 et uxoris ejus illustrissimæ Annæ
de Beauvilliers quœ monasterium amplissima fundatione dotavit et obiit 1646,
ætatis 70.
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Au-dessus des ornements de l'épitaphe sont deux angelots de marbre blanc et entre eux deux, un vase doré où sont les deux cœurs susdits. Au bas de l'épitaphe sont les armes, d'azur au chevron d'or, chargé en aut d'une croix de gueules et accompagné de 3 coquilles de saint Michel, d'or 2 et 1.
Plus haut
que lesd. épitaphes et au-dessus de la tapicerie, est le tableau d'une
religieuse de l'ordre saint Benoist. D'un costé sont armes à bandes de six
pièces d'argent et d'azur, et à l'autre costé qui est le gauche, autres armes
de sinople ou de pourpre, à la bande échiquetée de 3 traits d'argent et d'azur
et au-dessus de la teste du tableau est escrit : B. Catharina de Genua, filia Jacobi de Flisco olim proregis Neapolis
uxorisque Juliani Adiorni.
Mais beaucoup plus bas vers la nef que lesdits tableaux et épitaphes au coin et pilier tirant à la sacristie et tout vis-à-vis du premier coin et pillier où l'abbesse a fait apposer la table de cuivre dressée par les Jésuites touchans la naissance de leur société, il fut apposé la veille de saint Denys 8e d'octobre 1641, une toute pareille table de cuivre enchassée de marbre noir avec ornemens de cuivre doré et dessus le tableau ou lame susdite de cuivre est escrit en lettres gravées et noircies ce qui s'ensuist :
SALVETE GALLI
ET PRIMA VESTRAE RELIGIONIS
FUNDAMENTA DISCITE.
POSUIT EA HOC IN LOCO ET SANGUINE SUO
CAPITE CAESUS OBSIGNAVIT
SANCTUS DIONYSIUS AREOPAGITA
PRIMUS LUTETIAE PARISIORUM URBIS EPISCOPUS
ATHENIS AB APOSTOLO PAULO CONVERSUS
ET A CLEMENTE Ro PONce IN GALLIAS MISSUS.
SOCIOS HABUIT
SANCTUM RUSTICUM PRESBYTERUM
ET S. ELEUTHERIUM DIACONUM
ALIOSQUE PLURES
PARI FIDE PIETATE CONSTANTIA MARTYRES
SUB DOMITIANO CAESARE
ET FESCENNIO PRAEFECTO
DIE NONA OCTOBRIS, ANNO SALUTIS XCVI.
Ce lieu s'appelle la chappelle des Martyrs.
Dessin de Gabriel de Saint-Aubin
à la page 536 du Tome VIII de Piganiol de la Force
(Table)
- 103 -
APPENDICE
Il ne m'a
pas semblé inutile de mettre en regard de la description des ruines Romaines de
la rue de la Fontaine-du-But, donnée par Dubuisson Aubenay, une description
plus moderne due à un architecte nommé Janniard et parue dans
LETTRE SUR
LES VESTIGES D'UN ANCIEN MONUMENT ROMAIN
A
MONTMARTRE.
Sur le
versant septentrional de Montmartre, dans une vigne située près du chemin creux
par lequel s'écoulent les eaux de l'abreuvoir du village, se trouvait encore en
1839, la fondation complète d'un édifice gallo-romain. Il n'en reste plus
aujourd'hui qu'un bloc angulaire isolé, de
Ce massif de maçonnerie en blocage, ayant de loin l'apparence d'un rocher, est composé de caillasses informes, de meulières et de grès, reliées par d'excellent mortier. Le tassement du sol lui a fait perdre son aplomb, et il semble prêt à rouler au bas de la montagne.
En regardant attentivement dans le prolongement de
ce bloc vers le Sud, on aperçoit encore, à fleur de terre, la trace d'une
partie de fondation ; et, si l'on jette les yeux à une certaine distance à
l'Est, une dépression continue de terrain, affectant la forme rectangulaire,
indique l'emplacement du reste de la fondation de l'édifice, arraché récemment
des entrailles de
[Là, se place une dissertation assez incohérente que j'ai cru devoir supprimer : l'auteur qui connaît pourtant les travaux de ses prédécesseurs, ne sait ce que peut avoir été l'édifice dont il décrit les ruines ; il finit par se rallier à l'hypothèse de Lebeuf qui y voyait des bains et conclut comme lui. Je lui rends donc la parole].
M. de Caylus prétend, sans en dire la raison, que cet édifice était une fonderie. Nous avons visité pour la première fois, il y a peu de temps, l'emplacement de cette prétendue fonderie, et nous n'y avons aperçu
- 104 -
aucun fragment des scories qui se
rencontrent ordinairement dans le voisinage de ces établissements : nous y
avons, au contraire, trouvé divers débris indiquant une toute autre destination
: tels sont des fragments de revêtement en marbre blanc salin, à gros grains.
Quelques-uns de ces débris faisaient sans doute partie du revêtement d'un
réservoir ou piscine. Une couche de sédiment de 2 ou
L'abbé Lebeuf pense avec raison que c'était un bain particulier, les tuyaux de conduite et les fourneaux qu'il y a vus, les fragments de marbre incrustés par les eaux que nous y avons trouvés nous-même l'indiquent assez. Ces débris appartenaient sans doute à une piscine dans laquelle on se baignait à grande eau. Il serait curieux d'analyser le sédiment trouvé sur les dalles et les eaux de la fontaine voisine pour voir s'il y a identité dans les principes.
Les fragments de bandeaux, cimaises et dalles en marbre blanc que nous avons trouvés et qui portent des restes du ciment qui les scellait à la muraille, annoncent que les parois des salles étaient recouvertes d'un revêtement de cette matière. Nous y avons aussi recueilli des morceaux d'enduit en stuc appliqué sur crépi en mortier de chaux et sable assez grossier, un morceau de marbre de couleur dont les contours semblent indiquer qu'il faisait partie d'un pavé de mosaïque.
Nous avons vainement cherché sur les briques de la démolition l'empreinte qu'on retrouve souvent sur les briques romaines qui portent habituellement le nom du fabricant et quelquefois celui de la légion romaine qui les avait faites.
Nous venons d'apprendre, et tous les amateurs d'archéologie s'en réjouiront comme nous, que M. Jollois, l'un des membres les plus distingués de la Commission d'Egypte, directeur des Ponts-et-Chaussées du département de la Seine, allait publier, sous les auspices de l'Académie, une description des monuments antiques de Paris et des environs enrichie de plans et de figures. Ce savant a été assez heureux pour faire exécuter
- 105 -
des fouilles sur les ruines de
l'édifice du Nord de Montmartre, et en lever le plan avant la dernière
destruction faite par le propriétaire du terrain. M. Jollois n'a jamais pu
obtenir de cet homme qu'il ne détruisit point les derniers vestiges de cette
antique construction qu'on vient de réduire en espèce de moellon informe. Ces
matériaux dont le cube est de plusieurs centaines de mètres, n'ayant pas encore
trouvé d'acheteurs sont sur place. Il faut espérer qu'à défaut d'intervention
de l'autorité, la déception du spéculateur préviendra la destruction complète
de ce qu'avaient laissé les tempêtes de 944 et de 1618.
Note sur l'Illustration de cet Article
On s'étonnera peut-être de voir une relation due à un contemporain de Louis XIII, illustrée des dessins d'un contemporain de Louis XV.
Voici
l'explication de ce qui peut sembler une étrangeté :
Les artistes
du début du XVIIe siècle qui nous ont laissé des dessins et des
estampes représentant des sites parisiens - et parmi eux le plus célèbre Claude
Chastillon - n'ont guère paru se soucier de Montmartre.
Mais on savait - et ceci grâce au remarquable travail de M. Dacier - qu'il existait une illustration inédite représentant des monuments montmartrois. Ce sont les charmants croquis qui garnissent les marges d'un exemplaire de la description de Paris de Piganol de la Force, (édition de 1742), croquis dus au célèbre dessinateur Gabriel de Saint-Aubin.
Une
description de l'ouvrage et un catalogue raisonné des dessins, ont été donnés
par M. Dacier, de
Quant au livre
lui-même, il est aujourd'hui dans la bibliothèque de M. Jacques Doucet.
Personne
n'ignore ce que l'art et l'archéologie doivent au fondateur de la bibliothèque
de
Qu'ils
apprennent donc que c'est à sa munificence que nous sommes redevables des
belles reproductions des croquis de Saint-Aubin, parues dans ce fascicule. Il
est juste qu'il reçoive le témoignage public de la gratitude de la Société et
de l'auteur de l'article.
C'est sa
générosité qui a permis de placer en regard d'un texte inédit une illustration
également inédite, et de faire revivre par le crayon d'un artiste illustre,
quelques monuments montmartrois, comme la Chapelle souterraine de l'Eglise des
Martyrs et la façade de la même église, dont Saint-Aubin nous a laissé les
seules représentations qui existent.
Lucien LAZARD.
UN ABBÉ MONTMARTROIS
EN 1791
En 1791, la commune de Montmartre comptait, au
nombre de ses habitants, un certain abbé François-Etienne Bernet (de Bois
Lorette), natif du district de Calais, l'un des aumôniers de l'Armée
Parisienne. Se considérant comme lésé par un arrêté du Directoire du
département de Paris, il rédigea une longue pétition qu'il déposa lui-même à la
barre de l'Assemblée Nationale, présidée par Guadet, et dans, laquelle il se
qualifie de « prêtre catholique, marié constitutionnellement à une
Anglaise protestante ». Cette pétition a été imprimée chez Perlet, hôtel de
Chateauvieux, rue Saint-André-des-Arts, l'an 4 de
Dans le
langage emphatique de l'époque, il expose d'abord que chargé, en 1788, par
l'archevêque de Paris, Mgr de Juigné, d'ériger une succursale dans l'église des
Annonciades de Popincour qui venaient d'être dispersées, il avait dû, pour se
consacrer complètement à sa mission, abandonner un bénéfice de
- 107 -
disciple de Jean-Jacques Rousseau,
il avait obéi loyalement à la nature, et l'avait vengée des calomnies contre le
célibat des prêtres, tout en donnant l'exemple de la fidélité conjugale. Il se
fait gloire d'avoir choisi pour femme une Anglaise, veuve et protestante, dont
le protestantisme s'accomode fort bien de son catholicisme. Anémathisé, exclu
de l'Eglise, sollicité de diverses parts d'abjurer ses erreurs, il répond
fièrement : « Ou la mort, ou ma femme et mes enfants : qu'est-ce qu'une cure et
même un évêché en comparaison d'une femme citoyenne, d'une Anglaise qui n'a
cessé d'applaudir à la Révolution française ? » A ceux qui s'étonnent
que vivant avec une femme il dise encore la messe : « Mon Dieu, oui,
avoue-t-il, c'est le vrai moyen de la dire avec attendrissement, avec religion
: le soir, avant de me coucher, je rends mon devoir au Créateur; après coucher,
à la créature. » Malgré toutes ces preuves de civisme, le Directoire du
département de Paris lui a refusé la liquidation des
Le président de l'Assemblée Nationale, Guadet, répondit au pétitionnaire qu'il pouvait compter sur les encouragements et la protection dus au citoyen qui paie à la Patrie un tribut dont le chargea la Nature.
C'est probablement pour manifester sa satisfaction de cette réponse que Bernet composa la chanson suivante :
« Faisons
donc core des biaux effans,
« Faisons-en des patriotes
« Leu docteux s'ra l'papa, l'maman,
« Rousseau n'en veut point d'autre :
« Ben
bon, ben fait,
« Tiré de
l'Evangile,
« C'est
notre chère Constitution,
« O
en régalerons no famille.
- 108 -
La chanson est imprimée immédiatement après la réponse de Guadet, et elle est signée : « L'auteur de la pétition, le premier qui, immédiatement après la déclaration des droits de l'Homme, a porté le plus franchement les coups les plus philosophiques au célibat du clergé de France. »
Voici, à
titre documentaire, le certificat de la Municipalité de Montmartre joint à la
pétition de Bernet :
« Nous
soussignés, Maire et officiers Municipaux de Montmartre, certifions que le
sieur François-Etienne Bernet (de Boislorette), Aumônier de l'Armée Parisienne,
cinquième division, huitième bataillon, et demeurant sur notre territoire,
depuis un an, s'y est toujours comporté en bon et brave citoyen ; qu'il y a
fait un service assidu, comme Garde national, quoiqu'il ne fut pas
astreint ; et que, toujours pur dans ses mœurs, comme excellent patriote
dans sa conduite, nous le verrons, avec regret, passer sur un autre territoire
où les vœux de ses Frères pourraient l'appeler.
« A
Montmartre, ce 2 décembre 1791.
« Signé,
Desportes, maire ; Debray, officier municipal ; Legentil, officier municipal ;
Gageot, secrétaire greffier. »
Les
renseignements font défaut sur le sort de la pétition, mais du moins elle nous
aura fourni de curieux aperçus sur l'état d'âme d'un abbé Montmartrois en 1791.
Eugène LE SENNE.
- 109 -
ETIQUETTE DE PRIX
DÉCERNÉ À UN ÉCOLIER MONTMARTROIS
EN 1812.
Coll. et cliché Eug. LE SENNE.
- 110 -
Une Maison de la Rue de Navarin (1)
LE VICOMTE DE BOTHEREL
ET LES OMNIBUS-RESTAURANTS
Rue de Navarin, au milieu de la banalité et de la tristesse des maisons de rapport serrées les unes contre les autres, c'est une joie pour les yeux d'apercevoir derrière une grille, un grand jardin, - presque un parc, - avec des arbres déjà hauts, une pelouse de gazon et des massifs d'arbrisseaux.
Au fond, une
maison, un hôtel plutôt, dresse au-dessus d'un rez-de-chaussée élevé, la masse
imposante de ses trois étages, que couronne un toit à l'italienne, entouré
d'une balustrade de pierre.
Cette façade
ne comprend pas moins de neuf fenêtres. Au premier, celle du, milieu ouvre sur
un balcon de pierre, supporté par deux colonnes. Entre le premier et le second,
une frise se déroule rompant l'uniformité
(1) Nos 18 et 20, ancien 14.
Qu'il me soit permis, avant tonte chose, de remercier
vivement notre excellent collègue, M. Lucien Lazard, de
J'exprime également toute ma gratitude à M. Xavier de
Pétigny, qui, avec une complaisance sans bornes, a pris la peine de m'adresser
de Dinan, des renseignements sur la famille de Botherel que j'aurais vainement
cherchés ailleurs et à M. Paul Blondel, notre érudit collègue, dont la
bibliothèque et les merveilleux cartons sont toujours ouverts à ceux
qu'intéressent l'histoire de Paris et l'histoire du théâtre.
- 111 -
du bâtiment. De chaque côté, un
pavillon d'un étage, sur rez-de-chaussée, le prolonge, également couvert à
l'italienne.
Certes, on ne saurait dire que ce soit là de l'architecture de la bonne époque. L'immeuble, avant même qu'on soit renseigné sur ses origines, porte sa date. Le plâtre y joue un trop grand rôle. Bâtisse plutôt que construction, cela tient à la fois du décor et du caravansérail et sent terriblement son Louis-Philippe.
L'ensemble,
cependant, n'est pas déplaisant. Le toit à l'italienne a une certaine élégance.
S'il désoriente un peu, il flatte l'œil. Puis, ce jardin, ce beau jardin et ses
frondaisons prêtent à la maison un cachet rare et tout particulier.
Malgré soi,
sans même connaître le nom du propriétaire actuel, on lui sait gré d'avoir eu
le courage, au milieu de la folie des gratte-ciel, - cette ignoble chose qui,
comme les cocktails et les combats de boxe, nous vient d'Amérique, - de
conserver à Paris, en plein Montmartre, cet espace libre et d'en respecter les
arbres.
Ce sont là
des scrupules auxquels les bâtisseurs de la rue de Norvins ne nous ont guère
habitués.
En dehors du
charme qu'elle doit à son jardin, cette maison a son intérêt, quand on en
connaît l'histoire.
Son premier
constructeur, car elle fut depuis agrandie en 1848 et en 1852, avait un but
précis, lorsqu'il la fit édifier. Il songeait moins à en faire une habitation
que le siège de l'entreprise dont il espérait tirer monts et merveilles et où
il se ruina aux trois quarts.
Mais, à
Paris, les hommes passent vite et les affaires sont innombrables. Qui se
souvient, aujourd'hui, du vicomte de Botherel et de ses Omnibus-restaurants ?
Le vicomte
Marie-Toussaint-Henri de Botherel, né à la Chapelle-du-Lou (1), le 18 août 1790, était le dernier enfant de
René-Jean, comte de Botherel, seigneur du Plessis (2) et de Landujon (3), et
d'Anne-Marie
(1) Arrondissement de Montfort-sur-Meu ; canton de Montauban,
(Ille-et-Vilaine.)
(2) Commune de la Chapelle-du-Lou, canton de Montauban,
(I.-et-V.). Le château, composé de deux corps de bâtiments, l'un ancien et
l'autre du XVIIIe siècle, est entouré de beaux ombrages et
appartient aujourd'hui au comte Charles-Marie-Joseph de Botherel, conseiller
général d'Ille-et-Vilaine.
(3) Canton de Montauban, (I.-et-.V).
- 112 -
Charlotte de Saint-Genys, qu'il
avait épousée, le 23 janvier 1767, en la chapelle des Hommeaux, en
Saint-Broladre (1), près Dol.
Né le 6 mai
1745, le comte de Botherel, après s'être, comme militaire, distingué au siège
de Belle-Isle, était entré dans l'administration provinciale. Membre de la
commission intermédiaire des états pour l'évêché de Rennes, en 1784, il avait
été élu procureur général syndic, à la place de M. de la Bourdonnaye,
démissionnaire, le 6 novembre 1786. Procureur général des états de Bretagne, il
protesta, en cette qualité, contre les mesures prises par la cour plénière qui
lui semblait dépasser ses droits. Bien que s'étant d'abord montré favorable aux
principes de la Révolution, il ne tarda pas à juger que l'Assemblée nationale
allait vraiment trop loin. En 1791, il adressa au roi une protestation dans ce
sens et il émigra, en 1792, avec sa femme et ses enfants, pour prendre, à
Jersey, puis à Londres, une part active à tous les complots auxquels donna lieu
la guerre de Vendée (2).
Le comte de
Botherel avait, accompagné de son quatrième fils Henri-François, pris part à la
descente de Quiberon, et avait eu seul la chance de s'échapper, tandis que,
fait prisonnier, son fils était condamné à mort et exécuté, le 8 fructidor an
III (25 août 1795) (3).
Rentré en France après le 18 brumaire, la famille reprit presque aussitôt le chemin de l'exil, et le comte mourut à Londres, le 6 août 1805.
Anoblis en
1595, les Botherel portaient : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois
croix pattées du même (4).
En dehors de Henri-François et de Marie-Toussaint Henri, le comte de Botherel avait eu de mademoiselle de Saint-Genys, trois autres fils et une fille :
1. -
Victor-Charles-Jean, l'aîné, né à Miniac-Morvan (5) le 13 janvier 1768, mort à Dinan, le 29 juillet 1841. Ce
Victor-Charles-Jean de Botherel avait été le dernier conseiller reçu à l'ancien
parlement de Bretagne par
(1) Arr. de
Saint-Malo, canton de Pleine-Fougères, (I.-et-V.).
(2) Sur le comte de Botherel et sa famille, cf : L.
KERVILER : Répertoire général de
Bio-bibliographie bretonne, tome IV, Rennes, Plihon et Hervé, 1890, in-8,
pp : 436-456.
(3) Henri-François était né au château du Plessis-Botherel, le 5 mars
1777.
(4) REX : Annuaire
généalogique de la Noblesse, 1910, p : 971.
(5) Arr. de
Saint-Malo, canton de Châteauneuf-en-Bretagne. (I.-et-V.)
- 113 -
lettres patentes du 13 février 1788
et y avait pris place, le 34 mars suivant, avec dispense d'âge (1).
Victor-Charles-Jean
avait épousé, en émigration, à Londres, vers 1800, Victoire-Xavière-Marie de
2. - Félicité, né au château du Plessis, en la Chapelle-du-Lou, le 18 août 1770.
Emigré, en 1792, avec son père, Félicité avait, en 1795, débarqué en Bretagne. Il servit d'abord dans la division royaliste de Fougères, puis prit le commandement de celle de Rennes, d'où il harcelait journellement les convois de poudre et de munitions qui partaient de cette ville ou venaient de Lorient et d'autres villes maritimes.
3. - Constant, né le 20 avril 1776, de qui descendent les Botherel actuels, représentés par le comte Charles-Marie-Joseph de Botherel, conseiller général d'Ille-et-Vilaine.
Constant de Botherel, débarqué comme ses frères en Bretagne, avait fait partie de la division de Saint-Gilles.
5. -
Agathe-Raoulette, née en 1780, à la Chapelle-du-Lou, décédée à Dinan, âgée de
74 ans, le 24 novembre 1854 (3).
A sa rentrée en France, Marie-Toussaint-Henri, vicomte de Botherel, le plus jeune fils du comte, avait été, alors âgé de vingt-six ans, attaché, en 1816, aux bureaux du duc de Richelieu, appelé à la présidence du conseil et au ministère des affaires étrangères par ordonnance du 25 septembre 1815 ; puis, il fut nommé secrétaire d'ambassade à Madrid. C'était généreusement reconnaître l'attachement et la fidélité des Botherel.
(1) Le 3 janvier 1816, espérant reprendre les
traditions anciennes, on nommait conseiller à la cour de Rennes. le dernier
conseiller du Parlement de Bretagne en 1788. Malheureusement, la Chancellerie
commit une erreur de prénom et à la place de Victor-Charles-Jean, nomma un
Armand de Botherel qui n'existait pas et qui ne put, par conséquent, prendre
possession de son siège. Porté, sur l'Almanach
royal de 1816, parmi ceux des conseillers au Parlement de Rennes, le nom de
Botherel en disparut l'année suivante.
Cf. : L. KERVILER : Op. cit. p. 451.
(2) Le décès fut
transcrit sur les registres de l'état civil de Dinan, le 15 janvier 1855.
(3) Etat civil de Dinan, 1854.
- 114 -
Le jeune diplomate était trop actif et avait trop de projets en tête, pour que ces paisibles fonctions fussent longtemps de son goût. Qu'il ait donné sa démission, ou qu'il ait été révoqué pour absence illégale, il ne tardait pas à quitter la Carrière et revenait à Paris. La fièvre de l'argent le brûlait. Nullement banal, le vicomte de Botherel apparaît alors dans le monde de la Restauration, comme le prototype d'un personnage de Balzac.
Comme tant
d'autres, il eut pu aller s'enterrer, à la campagne et y jouer - ce qui
l'aurait, sans doute, profondément ennuyé - au hobereau. Son nom, la réputation
de chouannerie de sa famille, ses alliances, lui eussent assuré un beau mariage
et des chasses agréables...
Au lieu de
cela, avec un sens bien moderne, trop moderne même, de la vie, ce fils
d'émigré, frère d'un « martyr de Quiberon », se jeta à corps perdu dans
les affaires, il se fit banquier, rue Laffitte, et sut gagner de l'argent, là
où tant d'autres en auraient perdu.
Sa banque d'escompte pour les rentes
non inscrites des émigrés, lui permit de décupler sa fortune. Il était riche,
regrettait peu Madrid et moins encore sa Bretagne, où ce métier de manieur
d'argent eut pu semble à beaucoup une dérogation.
Les idées se
pressaient dans sa tête et y bouillonnaient. Celle qui allait présider à la
création des Omnibus-restaurants n'était
pas, après tout, si mauvaise. S'il se ruina dans cette entreprise, de plus
heureux, sachant voir moins grand et à qui il avait préparé la voie, édifièrent
plus tard leur fortune sur des entreprises sensiblement analogues.
S'il n'avait
pas le génie des affaires, il en avait au moins l'esprit. Il avait inventé un
système et devait avoir le tort, comme tous les inventeurs, de venir trop tôt.
Aussitôt que
le projet des Omnibus-restaurants fut définitivement arrêté dans son esprit,
dès 1834, le vicomte de Botherel prit les mesures propres à en amener
Tandis qu'il
cherchait des actionnaires, trois cents maçons se mettaient à l'œuvre, en 1835,
pour construire, rue de Navarin, la maison où il allait établir ses cuisines.
L'une d'entre elles, semblant échappée à l'imagination de Rabelais, ne compta
pas moins de quarante mètres de long, sur huit de large.
- 115 -
La maison était terminée à la fin de 1836. Elle devait être en même temps le siège de la société et l'entrepôt où seraient emmagasinées ses marchandises et ses réserves.
Malheureusement,
l'argent semblait venir difficilement. M. de Botherel expliquait ainsi le
fonctionnement de l'entreprise, dans une circulaire adressée, dans les premiers
jours de 1837, aux actionnaires, par l'entremise des journaux:
« Aux
Actionnaires des Omnibus-Restaurants :
« Voici bien un autre exemple de ce que peut
« Quoiqu'il
en soit, Messieurs, tout est pour le mieux : sous peu de jours nous allons
commencer. A force de veiller, à la sueur de mon front, après quatre ans de
travaux et d'efforts, j'ai vaincu toutes les difficultés. Tous est enfin fini,
bien fini. Je vous présente donc aujourd'hui un des plus beaux établissements
de l'Europe entièrement achevé et meublé, les fourneaux les mieux établis
qu'on ait jamais vus, 1.200 pièces de batterie de cuisine prêtes à agir, la
plus belle argenterie, un matériel considérable, de très grands
approvisionnements en vins et en toute espèce de marchandises, enfin un des
plus beaux cafés-restaurants de la capitale, rue Neuve-Vivienne, 36, en
attendant les autres qu'on apprête... (Ici un mot sur Catelain)... En ce qui
concerne les services, vous savez, Messieurs, qu'il doit y avoir quatre
divisions. 1° Envoyer les meilleurs vins aux meilleurs prix dans tout Paris sur
des voitures suspendues comme des berlines ; 2° envoyer de la même manière
à domicile des comestibles non cuits de toute espèce ; 3° nos divers
cafés-restaurants ; 4° enfin les voitures avec fourneaux pour porter toutes
espèces de mets à domicile. Le premier appareil de ces dernières voitures
n'ayant pas complètement réussi, nous enverrons pour commencer dans le
voisinage de
- 116 -
« Le public,
du reste, je le dis avec infiniment de regret, devra encore s'armer de
patience, il aurait beau se plaindre de ce que nos poulets et nos turbots
apprêtés ne voyagent pas de suite dans tout Paris, rien ne me fera entreprendre
plus que je ne puis faire. » (1).
L'argent ne
venait toujours pas. Cet article du Charivari
n'était, en vérité, guère fait pour en hâter la venue.
Evidemment,
le vicomte de Botherel avait négligé de faire dans le journal de Philipon une
publicité qui aurait été bien accueillie. Cet « Embarras de voitures »
rappelait le fondateur des Omnibus-restaurants aux égards qu'il devait à la
presse, même quand elle appartenait à l'opposition, tout en permettant au Charivari, pour qui toute occasion était
bonne, de décocher quelques flèches barbelées au gouvernement de
Louis-Philippe.
Puis, le
titre du journal était une excuse. Un « tour de chant » n'y était pas
déplacé.
EMBARRAS DE
VOITURES
« Si la France n'avance pas, si les affaires ne marchent pas bon train, si son gouvernement est toujours en arrière, si sa littérature et son industrie restent stationnaires, on ne peut pas dire, du moins, que ce soit faute de voitures.
« La voiture abonde, la voiture pullule. Nous sommes littéralement écrasés de voitures. »
(Après avoir
parlé des Urbaines - une nouveauté du
jour - et de l'omnibus-facteur, le Charivari passe à l'Omnibus-restaurant) :
« La
troisième variété de voitures est l'illustre Omnibus-restaurant de M. de Botherel, espèce de cuisine ambulante
avec fourneaux, tournebroches et souillardes, qui porteront à domicile, dans
tout Paris, la côtelette et le beefteack aux cornichons. Le cocher tiendra à la
fois les rênes des chevaux et la queue de
« En
attendant que les Omnibus-restaurants servent
le pain et le bœuf
(1) La Gazette
des Tribunaux, 6 janvier 1837. Cette
note passait le même jour dans Le
National et était reproduite, le 8 janvier, dans la Quotidienne et dans Le
Constitutionnel.
Cabinet des Estampes
Topographie de Paris – Quartier St-Georges
- 117 -
quotidien à tous les quartiers, ils fournissent
déjà un aliment à la curiosité des badauds. M. de Botherel qui ne s'endort pas
sur le rôti, a posé depuis trois jours
« Quelques
personnes paraissent en douter. Elles disent que le pot-aufeu des Omnibus-restaurants fera boire un
bouillon aux actionnaires ; et que s'il y a quelque chose de frit dans ces
omnibus, ce sera l'argent des bailleurs de fonds.
« Quoi qu'il
en soit, ces trois nouvelles créations révèlent un progrès remarquable dans
l'industrie des véhicules. La voiture française croît de jour en jour en
nombre, en beauté, en célérité et en confortable. En fait de voiture publique,
il n'y a que le char de l'Etat qui reste toujours aussi disloqué, aussi
patraque, aussi malpropre et surtout aussi mal attelé que d'habitude » (1).
Pourtant, le
21 janvier 1837, le premier café-restaurant de la Société des
Omnibus-restaurants s'ouvrait au n° 36 de
« Samedi
dernier, jour d'ouverture du premier café-restaurant de la Société des
Omnibus-Restaurants, les promesses de M. Botherel ont eu un beau commencement
de réalisation. Le matin, la foule est arrivée et s'est emparée de toutes les
tables de l'établissement ; à l'air de contentement des consommateurs, à
l'activité des garçons, il était facile de deviner la satisfaction qu'éprouvait
le public à savourer les mets succulents et choisis qui doivent donner la vogue
à l'entreprise colossale d'un de nos plus habiles industriels. Aux déjeuners
tout le monde a pu trouver place, à cinq heures les amateurs n'ont pas été si
heureux, car plus de 1.200 personnes ont été obligées de se retirer, en se
promettant toutefois de revenir se joindre à la longue file de gourmets qui
encombre une partie de
Cette fois,
l'entreprenant vicomte, qui savait comprendre à demi-mot,
(1) Le Charivari,
18 janvier 1837.
(2) La Gazette
des Tribunaux, 27 janvier 1837.
- 118 -
n'avait garde d'oublier le Charivari. Le 2 février, cette annonce
des Omnibus-restaurants formait le meilleur de sa publicité.
« Le premier restaurant de la Société est ouvert, rue Neuve-Vivienne, n° 36. Il y a foule et si grande foule, que 1.200 personnes s'en sont allées, en un seul jour, faute de place pour dîner. Les autres services se succèderont rapidement.
« Les
actions de la 2e série ne sont encore qu'à 650 francs leur prix
d'émission. Bientôt la souscription sera fermée. Mille personnes ont dit :
« Je prendrai des actions, mais quand l'affaire marchera. » Voilà le moment ou
jamais de se décider. Tel n'en aura pas voulu à 65 (sic) francs qui peut-être
avant peu les demandera à mille, et pourra bien regretter ensuite de ne les
avoir pas prises à 1.200, 1.500 et 2.000 francs, comme cela est arrivé cent
fois pour d'autres entreprises. C'est une illusion, dira-t-on, un rêve de M. de
Botherel. Jusqu'ici ses illusions et ses rêves se sont réalisés.
« Pour plus
de détails, voir le programme qui a paru, le 6 janvier, dans le National et la Gazette des Tribunaux, et le 8 dans la Quotidienne et dans le Constitutionnel ;
et pour souscrire, s'adresser à M. de Botherel, rue Navarin, n° 14, de 3 à 5
heures. Il tire sur les personnes de province, qui le désirent, le prix des
actions, ou elles lui envoient leurs fonds en échange des actions » (1).
Suivant une coquille trop jolie pour être involontaire, les actionnaires étaient convoqués au « piège » de la Société.
Nouveau
communiqué le 4 février. Maintenant, le Charivari,
ne doute pas que l'entreprise ne marche, comme les voitures.
« La Société
des Omnibus-Restaurants obtient le
plus grand succès. Il y a toujours la même foule rue Neuve-Vivienne, n° 36 ;
chacun peut en juger par ses yeux. Déjà d'autres services s'organisent. Tout
fait donc espérer un prompt dividende. Le prix des actions de la deuxième série
n'est encore qu'a 650 francs, leur prix d'émission. Pour en avoir, s'adresser à
M. de Botherel, rue Navarin, n° 14, de 3 à 5 heures ou par écrit » (2).
Décidément, les souscripteurs semblaient se faire tirer l'oreille, car des appels analogues à leur portefeuille se renouvelaient les 5, 9, 15, et 16 février. Les actions restaient à leur prix d'émission ; il est probable qu'elles ne le dépassèrent jamais.
(1) Le Charivari,
2 février 1837.
(2) Le Charivari,
4 février 1837.
- 119 -
Durant les mois
de mars, d'avril et de mai, la publicité cesse : c'est à se demander si les Omnibus-restaurants fonctionnent encore.
M. le vicomte de Botherel, dont les illusions et les rêves se sont, jusqu'ici, réalisés, connaîtrait-il donc, enfin, la réalité amère d'un insuccès ?
Le 21 juin,
cependant, les Omnibus-restaurants informent
le public qu'un nouveau service, le service tant attendu des voitures pour les
vins, va fonctionner. Des améliorations ont été, en outre, apportées au
restaurant de
Il est à remarquer que, dans ce communiqué, le nom de M. de Botherel disparaît. Celui de M. Perennès, gérant de la société, lui est substitué. Ce nouveau venu est chargé du chapitre des commandes et des réclamations.
Il n'y est pas davantage question des actions disponibles de la deuxième série.
Peut-être bien, cela commençait-il à sentir le brûlé dans la fameuse cuisine de quarante mètres de long, sur huit de large, à moins que l'ancien diplomate ne se jugeât simplement personnage trop important pour avoir cure de ces minuties.
«
L'administration des Omnibus-restaurants
a l'honneur d'informer le public que le service des voitures pour les vins,
sera mis en activité à partir du 19 courant. Les consommateurs trouveront dans
ses caves des vins de choix et garantis naturels, au plus juste prix, rendus
sans frais à domicile
« Elle fait
aussi connaître que son restaurant de
« S'adresser
pour les commandes et réclamations à M. Perennès, gérant de la société, soit
rue Vivienne, 36, soit rue Navarin, 14, au siège de l'établissement » (1).
Cette insertion annonçant l'ouverture d'un service qui fonctionnait depuis le « 19 courant », parut également dans les numéros des 22 et 23 juin.
Si la chose
avait peu de succès, le mot en avait davantage. A Paris, tout était omnibus -
du communisme ou j'y perds français et latin - et jamais, sauf, peut-être, de
nos jours, entre le prénom et le nom patronymique, le
(1) Le Charivari,
21 juin 1837.
- 120 -
trait d'union n'avait été autant «
porté ». Le Charivari sacrifie à
cette mode : le 13 juillet 1837, il consacre son article de tête à la Société pour l'exploitation du
Mariage-omnibus. Il s'agit des Cobourg, naturellement.
Deux jours après,
le chroniqueur judiciaire qui, lui aussi, est dans le mouvement, donne ce titre
à un fait-divers qui vient échouer en justice de paix ou en correctionnelle :
« Une raison-omnibus ».
Le mot
valait, sans doute, mieux que la chose ; car, à partir de cette date, il n'est
plus question, même dans les annonces, des Omnibus-restaurants,
du vicomte de Botherel, leur intelligent directeur, et moins encore de leur
gérant, l'infortuné M. Perennès : il n'y a plus de Perennès.
Il est
improbable que l'entreprise ait longtemps survécu a la cessation de sa
publicité. Les Omnibus-restaurants avaient
vécu et M. de Botherel avait perdu la forte somme dans ce rêve qui ne s'était
pas réalisé.
Au moins,
eut-il la consolation, si c'en est une, de voir figurer ses roulottes dans les
revues de fin d'année. Le couplet de revue n'a-t-il pas un peu remplacé la
chanson ? Par lui naissent et sont consacrées les réputations, et par lui
tout finit.
Dans « Mathieu Laensberg est un menteur, revue
en un acte mêlée de couplets », de Clairville, représentée pour la
première fois, à Paris, sur le théâtre de l'Ambigu-Comique, le 26 décembre
1837, le Restaurateur-Omnibus est un
des personnages épisodiques et toute une scène lui est consacrée.
Je la
reproduirai malgré sa longueur, surtout celle des couplets, dont la facture a
un peu vieilli. Le dialogue, par contre, ne diffère guère de celui que nous
avons accoutumé d'entendre dans les boîtes à musique.
La revue, à
parler franc, manquait peut-être un peu de petites femmes et d'à peu
près ; mais, elle comportait des rôles bien modernes auxquels l'art des
revuistes n'est pas devenu indifférent : la grippe ou « influence » le
père de la débutante, la femme libre et Monsieur Paracrotte (1).
On croirait
en vérité parcourir un récent programme de la Gaîté-Rochechouart ou de la
Cigale et non consulter, sous sa couverture jaune, un imprimé de Marchant,
éditeur, boulevard Saint-Martin.
(1) « Brevet d'invention. - PARACROTTE - Appareil fort
simple, facile à mettre et à ôter, sûr et commode pour la marche, garantissant
les vêtements de
Le Charivari, 10
mars 1837.
- 121 -
Monsieur Paracrotte... Ne croyez-vous pas entendre la voix de Jeanne Pierly, dans une revue récente ?
- Tout ça,
c'est du cinéma !
Le cinéma ne
sévissait pas encore, cependant, et M. Danguin, qui remplissait l'emploi du
restaurateur-omnibus, ne devait pas en connaître les méfaits.
Le théâtre
représente de riants vallons, à la gauche s'élève le temple du Progrès - ce
temple auquel on travaille toujours et que l'on inaugure jamais. Sur le
plateau, des femmes représentent des étoiles, naturellement, des vieillards
vêtus en nécromanciens sont à leurs côtés, des jeunes filles entourent le temple
du Progrès. Devant celui-ci, - Mlle Baubé, commère, - ont déjà défilé l'année
1837 et un peu essoufflé, Mathieu Laensberg, ou le Double Liégeois.
Maintenant, à
LES MÊMES,
LE RESTAURATEUR-OMNIBUS
(Il est
représenté par un homme fort gros, très rouge, et portant sur lui
toute une batterie de cuisine)
Air : Tic, tic et tac et tin, tin, tin.
Vite, vite, il faut servir
Une
matelotte,
Une
gibelotte ;
Vite,
vite, il faut servir,
Ou
ma sauce va refroidir.
A
l'omnibus qui m'entraîne,
On doit rendre les honneurs.
Les
dîners que je promène
Eclaboussent
les dîneurs.
Une
matelotte,
Une
gibelotte ;
Vite,
vite, il faut servir,
Ou
ma sauce va refroidir.
LE
RESTAURATEUR
Gare donc... rangez -vous... hein ?... plaît-il ?... Un fricandeau ... voilà… servez des pigeons à la crapaudine ; c'est mon fort.... holà !
- 122 -
rangez-vous donc... Que
voulez-vous ? Une sole au gratin, une fricassée de poulets, des rognons au
vin de Champagne... Voilà, demandez, faites-vous servir.
LE PROGRÈS
1837
C'est un pauvre restaurateur qui depuis plusieurs années nous étourdissait avec ses prospectus et dont j'ai fait ouvrir l'établissement.
LE PROGRÈS
Permettez : l'ouverture d'un restaurant, si beau qu'il puisse être, ne peut guère passer pour une invention nouvelle ; on en voit ouvrir tous les jours.
LE
RESTAURATEUR
Vous voyez ouvrir des restaurants ; oui, mais des restaurants-omnibus, non.
LE PROGRÈS
LE
RESTAURATEUR
Air : Je pars, déjà de toutes parts.
Ce
que l'on nomme ainsi ;
Ecoutez
bien ceci !
Jadis
par aventure,
En
voiture on allait dîner,
Moi,
je fais promener
Les
dîners en voiture.
Je
veux qu'on serve chaud,
Qu'on
serve comme il faut,
J'ai
maint et maint réchaud,
J'ai
des hommes capables.
De
tous nos Lucullus
Je
traîne en omnibus
Les
trésors délectables.
- 123 -
A
ma poursuite,
Lorsque
je quitte
Mon
restaurant.
Dans
la foule,
Qui
s'écoule,
Moi,
je roule,
En
fricassant.
Ma
cuisine
Est
divine ;
Quelle
mine !
Ça
vous a !
Qu'on
abonde
A
la ronde,
Tout
le monde
Y
goûtera.
Pour six sous de turbot.
Pour
deux ou trois sous de faisans,
Pour
huit sous d'ortolans,
Le
peuple en mangera,
Et
bientôt il croira
Qu'elle
tombe des nues.
Au beau milieu des rues.
On
me guette,
On
m'arrête,
On
se jette
Sur
mes coulis,
On
m'admire,
On
me tire,
On
me déchire
Mes
habits.
- 124 -
Côtelettes,
Mauviettes,
Allouettes,
Et
caetera ;
Sans
mélange,
Tout
s'arrange,
Tout
se mange,
Ou
se mangera.
L'omnibus-restaurant
;
C'est
fort beau, je vous jure,
Comment
peut-on s'imaginer
Qu'on
fasse promener
Des
dîners en voiture ?
L'omnibus-restaurant
;
C'est
fort beau, je vous jure,
Comment
peut-on s'imaginer
Qu'on
fasse promener
Des
dîners en voiture ?
LE PROGRÈS
LAENSBERG
LE
RESTAURATEUR
Mais pardon... j'oubliais... on m'attend.... du lapin sauté... oui… un bifteack, voilà... des perdreaux, des merlans, des pieds de cochon, voilà, chaud, chaud, servez chaud !
Vite, vite,
il faut servir, etc.
Il sort.
LE PROGRÈS
Bravo, bravo, c'est bien ridicule, bien stupide ; mais c'est du progrès, ou le diable m'emporte !
1837
Ce n'est rien encore ; et si tu veux connaître une petite maladie bien gentille de mon invention.
LE PROGRÈS
- 125 -
1837
La grippe ou l'influence : c'est une gaillarde que tout Paris a connu, et si tu veux en juger par toi-même....
LE PROGRÈS
Sans
doute... qu'elle paraisse (1).
Par cet extrait d'une revue en l'an de grâce 1837 et du règne de Louis-Philippe, roi des Français, le septième, on pourra juger, que, comme le dialogue, l'art d'amener en scène la désentravée ou la petite femme qui a retrouvé son ventre, les vraies femmes libres, n'a pas, depuis Clairville, fait de notables progrès.
Tout cela,
ne casse rien.
Malgré ce
qu'il avait perdu dans l'entreprise des Omnibus-restaurants,
il restait au vicomte de Botherel environ 260.000 francs. C'était encore de
quoi faire figure en Bretagne et y mener, oisive et monotone, la vie de
gentilhomme campagnard. Il avait près de cinquante ans et avait suffisamment
vécu pour perdre bien des illusions. Epousant, au besoin, « quelque brave fille
» (Manon), il eut pu se créer un
foyer et, évoquant ses espoirs envolés, en faire, entre deux chasses, de
petites chansons, les chansons de Botherel...
Mais, M. de
Botherel n'était pas poète, ne se titrait pas encore homme de lettres et
n'était point un sage. Il méprisa donc le gilet breton qui pouvait assurer le
calme de ses vieux jours, et point guéri par la mésaventure où venait de
sombrer la plus grosse partie de son avoir, « il eut la malencontreuse
idée de se rejeter dans les affaires; espérant doubler sa fortune, il ouvrit un
commerce de vin sur une très large échelle »...
- Avec ça
que ce serait commode... eut justement observé cette excellente madame
Cardinal.
Du coup, il
se ruina complètement. Ce fut, ou peu s'en faut la misère.
Il ne
pouvait, cependant, se décider à quitter Paris. Quelques années, abattu, sans
espoir de se relever, mélancolique, il erra dans ce Paris, ce Paris joyeux pour
lui devenu si triste, où, jadis, il avait connu le prestige du nom, du succès
et de la fortune.
Puis, un
beau jour, vers 1857, comprenant la vanité de tout effort et sentant proche la
vieillesse, il prit un grand parti et le train qui le conduisit à un nouvel
exil dont il ne devait pas revenir.
(1) Paris, Marchant, S. D., in-8.
- 126 -
Lassé et désabusé, le vicomte de Botherel était aller se retirer à Saint-Malo et cacher dans l'ancien nid de corsaires sa pauvreté et sa solitude.
Au seuil de
l'éternité, par une coquetterie dernière, l'ancien diplomate avait arboré un
nouveau masque. Maintenant, il se disait homme de lettres.
Il n'avait
encore rien publié, il est vrai. Mais, pour tromper l'ennui de la petite ville,
ne rédigeait-il pas un grand ouvrage qui semble n'avoir jamais été édité.
C'était, à
ses yeux, plus qu'il n'en fallait pour légitimer une qualification qui, en
province, impressionnait encore le vulgaire et lui valait une respectueuse
considération dans les bureaux du Dinanais
et de l'Union malouine et dinanaise, journaux
paraissant quelquefois.
Le vicomte
de Botherel avait toujours été un personnage de Balzac. Cette « dernière
incarnation » relevait encore de la Comédie humaine. L'homme de lettres
vieilli, qui, après avoir connu, à Paris, le succès et les heures heureuses,
venait, appuyé sur sa canne et la tête lourde de souvenirs, assister à la
rentrée des voiliers dans la rade, quelle silhouette à ajouter a la galerie
éclose sous le crayon du tourangeau.
Il devait y
avoir dans ce vicomte de Botherel, dernière manière, un peu de M. de Bougrelon.
L'ingénuité des débutants, comme la bêtise, est infinie les apprentis
journalistes du crû donnaient sans doute respectueusement du « cher Maître
» à ce maître supérieur à tous, puisqu'il n'avait jamais écrit.
M, de
Botherel était suffisamment revenu des vanités de ce monde pour s'amuser
prodigieusement.
Cet avatar
ultime eut, pourtant, une fin. Un matin d'octobre 1859, le maître de postes de
Dinan, chez qui le vicomte était descendu, trouva le cadavre du voyageur étendu
au bas de son lit d'où l'avait jeté une mort subite. Le corps était déjà froid (1).
(1) Commune de Dinan. Registres de l'état civil. Etat civil de l'année
1859, tome 68. Registre des actes de décès, p. 97 (verso).
N° 191. - Du 18e jour du mois d'octobre
1859. à 10 heures du matin.
Acte de décès de Marie de Botherel, né à la Chapelle-du-Lou, département d'Ille-et-Vilaine, âgé de 66 ans, profession d'homme de lettres, domicilié de Saint-Malo, décédé ce jour, p. Duclos Pinat, vers 5 heures du matin, fils de feu René-Jean comte de Botherel et Anne-Charlotte de Saint-Genys, son épouse, célibataire.
La déclaration du décès susmentionné a été faite par
Jean-Marie Leroy, demeurant à Dinan, âgé de 66 ans, profession de maître de
postes, qui a dit être celui chez lequel a eu lieu le décès.
Et par Etienne-Sévère Calmus, demeurant à Dinan, âgé de
60 ans, commissaire de police, qui a dit être informé du décès du défunt.
Lecture donnée de ce que dessus, les comparants et
témoins ont déclaré signer.
Calmus (avec paraphe) J.
Hervé Leroy fils (sic)
Constaté suivant la
loi, par moi Louis Lecomte, maire et officier de l'état civil soussignant.
J. Lecomte.
PARIS. – 18 & 20, rue de Navarin. Etat actuel –
Juin 1913
Cliché J. H.
- 127 -
Quelques
personnes seulement suivirent l'enterrement. Le vicomte de Botherel était
devenu un inconnu et un étranger dans ce Dinan, où tant des siens étaient morts
avant lui (1). Puis, on
n'aime guère, en province, ceux qui vont chercher fortune à Paris, quand ils ne
réussissent pas.
Le Dinanais consacra, cependant, une
« nécrologie » convenable au fondateur des Omnibus-restaurants. Sur la foi d'un on dit, l'anonyme rédacteur de
cette note, parla même de l' « esprit fin et observateur » et de la « connaissance
approfondie des hommes », dont témoignaient les Infirmités humaines, le grand ouvrage inédit de M. de Botherel.
Fi ! jeune
homme, que ne parlâtes-vous des bonnes feuilles que vous avait communiquées
l'auteur. Cela n'engageait à rien et vous eut permis de louer les qualités du
style. Vous manquâtes, en vérité, d'imagination et de savoir-faire.
« M. le
vicomte de Botherel est mort à Dinan le 1er de ce mois, à l'âge de 64 ans.
« Issu d'une
des plus anciennes familles de ce pays, doué d'une intelligence distinguée et
possesseur d'une belle fortune, M. le vicomte de Botherel occupa, dans sa
jeunesse, de hautes positions. Il fut d'abord secrétaire d'ambassade, poste
important qu'il abandonna, au bout de quelques années, pour diriger une des
premières banques de
« Retiré des
affaires, il occupait sa vieillesse à écrire un long ouvrage qu'il n'a pas eu
le temps d'achever. Infirmités humaines, tel
était le titre de
(1) Le frère du
vicomte de Botherel, Victor-Charles-Jean, sa sœur, Agathe-Raoulette, sa nièce,
Mathilde-Marie-Victorine, étaient morts à Dinan, (1841-1854). Jean-François de
Botherel, sr. de Morons, avait, en outre, été inhumé dans
- 128 -
ce livre où se révèlent, dit-on, un
esprit fin et observateur, et une connaissance approfondie des hommes, que
seuls peuvent avoir ceux qui ont beaucoup et longtemps vécu. C'était pour
donner la dernière main à cet ouvrage que M. le vicomte de Botherel avait
quitté Saint-Malo, sa résidence habituelle, pour venir passer quelques jours à
Dinan. Mais la mort l'en a empêché ; lundi matin, on l'a trouvé mort devant une
de ses pages inachevées » (1).
Sous la
signature malheureuse de J. B. (c'est le verger du roi Louis), l'Union malouine et dinanaise, tout en se
montrant plus réservée sur les mérites littéraires de M. de Botherel, donne une
précieuse bibliographie « anthume » de quatre in-octavo qui ne parurent point.
Il y a, dans
ce couplet mortuaire, « une machine à vapeur de la force de 16 chevaux » qui ne
laisse point de m'intriguer. Mais, le morceau est délicieusement
prud'hommesque. Ce J. B. devait être un collaborateur de tout repos.
« M. le
vicomte Marie de Botherel, ancien secrétaire d'ambassade, fils du comte de
Botherel, représentant de la noblesse de Bretagne aux états-généraux, est mort
à Dinan au commencement de cette semaine, à l'âge de 66 ans.
« Nommé
secrétaire d'ambassade sous la Restauration, le vicomte de Botherel ne remplit
pas longtemps ces fonctions ; son activité naturelle le poussa vers des
spéculations industrielles ; il ouvrit bientôt à Paris une maison de banque
pour l'escompte des rentes d'indemnité des émigrés non inscrites et gagna de
fortes sommes.
« Plus tard,
il attacha son nom à la célèbre entreprise des Omnibus-restaurants et fit circuler chaque jour dans la capitale
douze voitures chargées de comestibles froids, et vingt-quatre voitures
chargées de vins de toutes espèces. Trois cents maçons lui élevèrent comme par
enchantement un magnifique hôtel et quinze cuisines dont la principale mesurait
« Il se retira, possédant encore
260.000 francs ; mais bientôt il eut la malencontreuse idée de se rejeter dans
les affaires ; espérant doubler sa fortune, il ouvrit un commerce de vins sur
une très large échelle. Ce fut
(1) Le Dinanais. Journal
des Côtes-du-Nord. 23 octobre 1859.
- 129 -
sans succès : il y perdit à peu près
entièrement les derniers débris de son ancienne opulence.
« Enfin, il
y a environ deux ans, triste, pleurant les illusions évanouies de sa jeunesse,
ses ambitions déçues, le vicomte de Botherel revint vers
« Ainsi s'est terminée l'existence agitée de cet homme dont la fiévreuse activité, mieux dirigée, l'eût fait arriver, peut-être, à d'éclatants succès.
« Huit ou dix personnes au plus assistaient aux obsèques du malheureux vicomte de Botherel, dont les conceptions hardies, comme nous venons de le dire, avaient jadis ému tout Paris. O vanité des choses de ce monde ! »
« J. B. » (1).
La mort du
vicomte de Botherel passa, en effet, inaperçue à Paris. M. Félix Mornand (non
moins oublié, peut-être), la mentionna dans son Année anecdotique, se bornant à démarquer, avec un désinvolture
charmante, l'article nécrologique de l'Union
malouine, et à y ajouter ce mot qui n'avait pas même la faim pour
excuse :
« On se plut à dire que ce fils des croisés jetait l'argent par les fenêtres » (2).
La plaisanterie n'était pas nouvelle : l'esprit de Scholl était d'une autre qualité.
Quant à
l'hôtel de la rue de Navarin, à la suite de la déconfiture des
Omnibus-restaurants, M. Mirabel Chambaud s'en était rendu adjudicataire, le 9
décembre pour la somme rondelette de 778.674 francs. Vingt ans plus tard, en
(1) L’Union
malouine et dinanaise. Journal de Saint-Malo. 23 octobre 1859.
(2) Paris, Dentu,
1860, in-12.
- 130 -
Il est
présumable, cependant, qu'ils ont singulièrement augmenté depuis l'époque
heureuse où Mlle Fargueil (1), du
Vaudeville, louait 1.400 puis 1.800 francs l'un des pavillons du
rez-de-chaussée ; tandis que Mme Tedesco, de l'Opéra, payait 3.800 francs le
grand appartement du premier étage ; que le romancier Amédée Achard, cet
« homme du monde fané » (2), se logeait
pour 700 francs, et que, sur l'autre façade, au fond de la cour, Auguste
Vacquerie, assurait, pour 300 francs, dans deux pièces et une cuisine, le culte
du Maître exilé.
Comme les grandes amoureuses, les propriétaires s'en contenteraient difficilement aujourd'hui.
PIERRE DUFAY.
(1) Cf : BERGERAT : Souvenirs
d'un enfant de Paris. Tome I, 3e mille. Paris, Fasquelle. 1911.
p : 121.
(2) Journal des Goncourt, III, Paris,
Charpentier, 1888, p : 99.
- 131 -
Le dernier Médecin
de l'Abbaye de Montmartre
Ce n'était
certes pas une réputation surfaite que celle qui attribuait au Couvent de
Montmartre, à la fin du XVIIIe siècle « un rang supérieur aux autres
». Sa situation était des plus prospères. Il aurait fallu remuer les archives
du Monastère ou se plonger dans l'Histoire des Antiquités de la Ville de Paris
de Sauvai, publiée en 1724, pour retrouver trace des difficultés financiéres
contre lesquelles elle avait eu à lutter à l'origine, ou le souvenir des
troubles et des désordres qui avaient pu s'y dérouler à une certaine époque. La
haute sagesse et la bonne administration des abbesses qui s'y étaient
succédées, depuis Marie de Beauvilliers et Françoise-Renée de Lorraine, avaient
ramené le calme, l'ordre et
La direction d'une communauté de cette importance n'était pas une sinécure ! L'Abbaye, à elle seule, exigeait une continuelle et minutieuse surveillance. Elle avait de tout temps servi de refuge et d'abri aux dames de la Cour ou aux personnes de haute naissance, désireuses, pour un temps plus ou moins long, de s'affranchir des étiquettes obligatoires, de se soustraire aux exigeantes mondaines, ou de s'abandonner à des pratiques d'une religion bien comprise et intelligemment appropriée. Marguerite d'Orléans, petite-fille du Vert galant dont elle avait hérité le tempérament impétueux, ayant, après son mariage avec le prince de Toscane, fait ses preuves « touchant la propagation de sa race », y chercha un refuge auprès de l'Abbesse, sa tante. Ses aventures étranges nous sont connues. M. Rodocanachi les a racontées de très intéressante façon.
- 132 -
En 1715, la duchesse
d'Orléans, femme du Régent, avait un appartement où elle venait se recueillir
pendant quelques jours, lors des grandes fêtes de l'année et pendant
Car l'abbaye
recevait également des pensionnaires. Il était de bon ton pour les jeunes
filles de grandes familles d'avoir été élevées dans cette Maison. L'instruction
y était excellente, les manières parfaites. La pension coûtait de 500 à
Si, à ces éléments étrangers on ajoutait comme attachés d'une manière fixe à l'abbaye, soixante professes, douze sueurs converses et une vingtaine de domestiques, un curé et un vicaire, on arrivait ainsi à plus de cent personnes dont l'Abbesse avait charge et surveillance, sans compter le confesseur, l'intendant et le médecin.
Ce dernier, quelques années avant la révolution, était le docteur Pierre Dutertre. Originaire de la Sarthe (1), il était venu faire ses études dans la capitale et s'était fait recevoir chirurgien et docteur à l'Ecole spéciale de médecine de Paris. Comment l'idée lui était-elle venue de briguer et surtout comment avait-il obtenu la place de médecin-chirurgien de l'Abbaye royale de Montmartre, position qui semblait, à tout le moins, devoir convenir davantage à une personne d'âge qu'à un jeune docteur de trente ans, et offrir une retraite paisible, de tout repos et de toute tranquillité, à un médecin fatigué de travail et d'années ! Le peu d'ambition du docteur Dutertre ne dépassait pas, malgré l'altitude de la Butte, le clocher de Saint-Pierre. Le temps n'était plus où Henri IV appelait l'abbaye « son monastère, disant qu'il en avait été religieux », et le diable, par intérêt sans doute, s'était fait vieux avant l'âge de
(1) Il était né à St-Martin de Taillé, canton de Ballon, arrondissement
du Mans, le 4 février 1758. Son père, André Dutertre, exerçait la profession de
marchand (?). Sa mère était une demoiselle Anne Lefèvre.
- 133 -
devenir ermite. La place, à tout
prendre, devait comporter de sérieux avantages matériels, qui ne se limitaient
pas au logement dans le monastère et au traitement fixe qui lui était dévolu.
Le titre de médecin de l'abbaye devait donner un certain relief à celui qui en était titulaire et lui attirer une importante clientèle parmi les habitants d'alentour.
L'existence
s'écoulait douce, paisible, pour notre médecin sans désirs et sans regrets,
quand éclata
Du même
coup, le docteur Dutertre dut déménager : il tenait sans doute, et pour cause,
à son quartier et n'eut garde de s'éloigner. Un logement, Chaussée-des-Martyrs,
à quelques pas de son ancienne abbaye, fit à peu près son affaire. Montrant
contre mauvaise fortune bon cœur, il se tint coi et n'éleva toutefois
timidement la voix que pour exercer une réclamation, le 25 prairial an II,
contre le district de Franciade, au sujet d'une taxe de 15e 11s
pour l'exercice 1790, dont il demandait à être déchargé, cette cote ayant déjà
été comprise dans celle de l'abbaye (1). Il n'en
demandait pas davantage, au surplus, cherchant en ces temps de trouble, à vivre
dans le calme et dans l'oubli.
La clientèle
se faisait rare, partant les honoraires, très maigres. Ce déchet était d'autant
plus sensible au pauvre Dr Dutertre que non seulement il n'avait
plus de fixe comme autrefois au monastère mais qu'il avait encore à sa charge
son loyer, si modeste fut-il. Et puis la solitude lui pesait. Elle est souvent
mauvaise conseillère. Elle lui poussa idée de se marier. Quoique, dans la
circonstance, il soit difficile de supposer que le diable, encore trop jeune,
las de son jeûne et de ses privations ait pu songer à revendiquer ses droits !
- que ce soit pour augmenter ses ressources ou combler le vide de son
intérieur, soit même pour l'une et l'autre de ces
(1) Collection Parent de Rosan, 55, n° 352.
- 134 -
raisons, il se jeta dans les bras
d'une rentière dotée en plus de ses biens d'au moins cinquante printemps,
Le Dr
Dutertre chercha alors les consolations dans l'étude. Il semble avoir eu à ce
moment, l'ambition de devenir quelqu'un. L'important ouvrage d'abondante
érudition sur les Vieux Médecins Sarthois,
publié par le Dr Paul Delaunay (1), nous apprend qu'un mémoire rédigé au sujet d'un appareil
ingénieux appliqué à un malade sur sa main déformée a la suite d'une brûlure ancienne
et remédiant à la difformité de ce membre valut à son auteur, en 1798, un prix
d'émulation de la part de la Société de médecine de Paris. (Recueil périodique
de la Société de médecine de Paris. Tome III. Paris an VI, 1797-98. p. 164). Le
II germinal an XIII, il soutenait devant
Sa situation
peu à peu grandissait. Pour répondre aux exigences d'une notoriété en plein
développement, il quitta Montmartre, non sans un souvenir ému pour les
meilleures années de son existence qu'il y avait passé, et s'installa au 58 de
la rue du Mont-Blanc, quartier neuf et élégant, sur lequel s'était implanté un
groupe de riches industriels, de banquiers, aristocratie de la Chaussée-d'Antin
chantée par M. de Jouy. A quelques mètres de sa maison, se trouvaient d'une
part, l'Hôtel Montesson, occupé par l'ambassadeur d'Autriche et d'autre part,
l'Hôtel de Montfermeil. Quel changement avec les voisinages de l'Abbaye ou de
la rue des Acacias.
(1) Dr Paul Delaunay. Vieux Médecins Sarthois. Première série. Paris. H. Champion, 1906,
p. XXV.
- 135 -
Un nouveau
travail que par un royalisme de circonstance il lui parut convenable de dédier
au roi : Chirurgie. Traité d'opérations
nouvelles et inventions de mécaniques servant de moyens secondaires pour en
assurer le succès. Paris. Méquignon Marvis, 1814. 85 pp. in-8°, en tête
duquel se trouve le portrait dont nous donnons la reproduction, attira de
nouveau l'attention sur lui. Peut-être allait-il recueillir le fruit de si
persévérantes études, lorsque la mort vint le surprendre, le vendredi 26 mai
1815, à trois heures du matin, en son domicile (1).
Ainsi finit
le Dr Pierre Dutertre.
Surtout,
n'allez pas croire que la place du sommet de la Butte, dont le carré d'arbres
cache aux yeux des profanes ce que fut la première mairie de Montmartre et
abrite, l'été, de son ombre, les ébats des marmots du quartier, évoque le
moindre souvenir. Le nom du Du Tertre, dont elle fut baptisée en 1672, en
raison de sa situation élevée, n'a pas plus la prétention de rappeler le Dr
Dutertre que cet ancien sergent à cheval du Châtelet de Paris, Guillaume
Dutertre, devenu au XVIe siècle receveur du monastère.
Malgré les
rues des Abbesses, des Dames, de Rochechouart, de la Tour-d'Auvergne ou de la
Rochefoucauld, on se souvient à peine aujourd'hui de l'ancienne Abbaye de
Montmartre, et quoiqu'il y ait une place du Tertre on a complètement oublié le
nom modeste de son dernier médecin.
E. de CRAUZAT.
(1) Ville de Paris.
Deuxième mairie. Extrait du registre des actes de décès de l'an 1815.
Du vendredi vingt-six may mil-huit-cent-quinze, onze heures du matin. Acte de décès de Pierre Dutertre, chirurgien et docteur en médecine spécial de l'Ecole de Paris, âgé de cinquante-sept ans trois mois, né à Taillé, département de la Sarthe, décédé ce matin à trois heures, rue du Mont-Blanc, 58. Divorcé de Anne Geneviève Raynier ; les témoins ont été : MM. Jean Pierre Alexandre Brice Duzy, ancien avocat, âgé de cinquante-quatre ans, demeurant boulevard des Italiens n° 11, et Claude Coquart, domestique, âgé de vingt-six ans, demeurant même maison que le défunt, lesquels ont signé avec nous, maire, après lecture et ledit décès constaté suivant la loi : Brice Duzy, Coquart et... maire.
Délivré par nous,
maire, conforme au registre, ce 31 juillet 1815.
- 136 -
DEUX JARDINS DISPARUS
LE JARDIN RUGGIERI -:- LE JARDIN DU DELTA
Au moment où la modernisation - pour exprimer cette
chose barbare, il est à propos d'employer un terme qui ne l'est pas moins -
fait disparaître les beaux jardins qui faisaient la gloire et le charme du
Vieux Montmartre, on a pensé qu'il serait à propos d'évoquer le souvenir des
parcs qui, il y a quatre-vingts ans, rompaient la monotonie des rues des
Porcherons et de
LE
JARDIN RUGGIERI
« Les
frères Ruggieri (mon père et mes oncles) (1) sont les
premiers qui ont eu l'heureuse idée d'offrir au public un lieu d'agrément qui,
dans la belle saison, réunit à la fois les danses, les feux d'artifices et
autres objets de divertissement.
« Le jardin Ruggieri fut ouvert en 1766, rue
Saint-Lazare, dans un quartier alors connu sous le nom de Porcherons. Cet
établissement consistait, sans parler des bâtiments, en un très beau jardin
artistement disposé. Les spectacles, les jeux et les amusements qu'on y avait
réunis for-
(1) Les frères
Ruggieri artificiers italiens, étaient cinq frères, qui vinrent s'établir en
France en
Cabinet des Estampes
Topographie de Paris – Quartier St-Georges
Cabinet des Estampes
Topographie de Paris – Quartier Rochechouart
- 137 -
maient un
ensemble agréable de fêtes auquel on a donné le nom de fêtes champêtres. Un très beau feu d'artifice terminait les
plaisirs de la soirée.
« Peu après, les frères Ruggieri ajoutèrent à leurs feux d'artifice des actions pantomimes, qui augmentèrent le charme et l'attrait de ce nouveau genre d'établissement.
« D'abord on représenta la place de
Louis XV et son inauguration ; plus tard la descente d'Orphée aux enfers ;
Thésée délivrée par Hercule et quantité d'autres, dont l'explication serait ici
trop longue.
« Contre le principal corps de
bâtiment étaient construites de vastes galeries pour placer les spectateurs qui
désiraient voir le spectacle à couvert ; ce qui était fort commode et très
agréable.
« Mon père, après la mort de ses
frères, resté seul propriétaire, fit construire en 1785, une très belle salle
de
« En 1784, on enleva, pour la première fois, un ballon, spectacle dont l'invention était alors toute récente, ainsi que nous le verrons plus loin. En 1786, on enleva également des figures aérostatiques, au moyen du gaz hydrogène.
« Ce jardin
eut une vogue soutenue et conserva longtemps la faveur du public, mais les
événements le firent fermer, le 12 juillet 1789, avant-veille de la prise de la
Bastille.
« Ce jardin
fut de nouveau ouvert en 1794, sous la direction du sieur Ducy, qui le tenait
des enfants Ruggieri, dont le père
venait de mourir.
« Cette
entreprise fut exploitée deux ans de suite avec succès. Enfin, en 1815,
Ruggieri aîné, mon frère, rouvrit l'établissement, en continuant d'y offrir le
même genre de plaisirs. Il y ajouta même des montagnes dans le genre russe, et
connues sous le nom de Saut du Niagara ; mais tout cessa en
1818. Depuis, la propriété ayant changé de maître, la formation du nouveau
quartier Saint-Georges entraîna la destruction du jardin et d'une partie des
bâtiments ».
Ce passage
est extrait du livre bien connu de Claude Ruggieri, artificier du Roi, Précis Historique sur les Fêtes et
Spectacles et les Réjouissances publiques, Paris 1830, in-8°.
Rédigé par
le fils et petit-fils des gens dont il parle, il semblerait devoir être
complètement exact : en fait, les renseignements qu'il fournit sont sujets à
caution, et renferment des erreurs dues, les unes à l'absence de
- 138 -
documents précis, les autres faites
probablement d'une façon volontaire.
Tout d'abord complétons les renseignements fournis par Claude Ruggieri sur sa famille.
L'aîné Petro-Antonio-Marie, celui qu'on appelait Pierre à Paris, mourut rue Saint-Lazare, probablement le 10 septembre 1778, puisqu'une sentence du bailliage de Montmartre en date du 11, ordonne l'apposition des scellés.
Quant au
père même de l'auteur du Précis
Historique sur les Fêtes, etc. François Petrone Sauveur Balthazar Ruggieri,
il décéda au même endroit, le 10 février 1794 (22 ventôse an II) : sa femme
Anne Marie Aguzzi était morte avant lui. Ses deux filles se nommaient : la
première, Marie Barbe qui épousa au mois d'avril 1778, Charles Félix Séraphin
Coraly, acteur de la troupe italienne : elle apportait à son mari
L'autre,
Marie-Anne se maria au mois de novembre 1785 avec un acteur du nom de Sincher
de Valeroy, plus tard inspecteur des relais ; elle apportait également en dot
A leur
arrivée à Paris les frères Ruggieri, alors simples artificiers s'étaient
installés à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, dans un quartier qui à cette
époque devait être presqu'un désert, à l'angle de la rue de Reuilly et des
Buttes, aujourd'hui du Sergent Bauchat, non loin de la place du Trône, devenue
de nos jours place de la Nation (1).
Ils paraissent avoir réussi brillamment et
rapidement dans leurs affaires et devinrent bientôt artificiers de la Ville ;
mais, se trouvant sans doute trop éloignés du centre, ils songèrent à se
rapprocher des quartiers vivants de la ville et, à une date que je ne peux
préciser, mais qui doit se placer entre 1750 et 1758, ils firent l'acquisition,
probablement avec l'aide d'un des gros spéculateurs du temps, Mégret de Serilly,
d'un terrain d'environ
(1) Renseignement dû
à l'obligeante érudition du capitaine Cherrière.
- 139 -
Les affaires des Ruggieri durent s'arranger, les créanciers se calmèrent et, en 1766 commencèrent les feux d'artifice, les jeudis, dimanches et ours de fêtes.
Si aux
abords de la rue des Martyrs on ne rencontrait guère que d'humbles maisons,
plus loin à l'angle de la rue de la Rochefoucauld, une vaste muraille laissait
apercevoir les grands arbres du jardin ou plutôt du parc qui environnait la
demeure ou vécut et mourut Pigalle ; de l'autre côté de la rue de La
Rochefoucauld s'élevaient les coquets bâtiments de l'hôtel de Bougainville ;
suivaient les immenses jardins de l'hôtel de Valentinois, en face des tonnelles
du fameux cabaret de Magny ; et au delà de la rue de Clichy, dans la partie qui
s'étend de nos jours entre cette rue et
La maison où
s'installèrent nos artificiers est facile à déterminer : le peu qui en reste
est représenté de nos jours par le numéro 16-18, ancien 20 de la rue, là ou il
y a 20 ans se fit cette création éphémère et curieuse du Théâtre d'Application,
de la Bodinière, pour l'appeler de son nom en jargon parisien.
Désireux de
se mettre en règle avec les lois de leur pays les Ruggieri commencèrent par
demander au bailli de Montmartre - car en ce temps, ce côté de
- 140 -
moins de trois maisons, et d'entrer
dans les jardins, la porte étant trop étroite et la pente trop rapide, les feux
d'artifice commencèrent.
Ils se continuèrent pendant plusieurs années, mais
avec des destinées variables. Les entrepreneurs essayaient pourtant de se tenir
au courant de l'actualité : quand
Néanmoins,
malgré l'attrait d'un restaurant renommé que l'on avait annexé à la maison,
l'établissement paraît avoir subi une éclipse au début de
Il devait
renaître de ses cendres : en 1783 et non en 1785, Ruggieri faisait établir par
Tricadeau, menuisier du Roi, demeurant rue des Fossés-Saint-Bernard, la salle en
bois destinée à abriter un nouveau genre de spectacle, des pantomimes mêlées de
feux d'artifices. Les représentations de ce genre paraissent avoir commencé au
mois de juillet 1783 par le Combat, la mort et les funérailles de Malborough.
On était au moment de la grande vogue de la fameuse chanson, mise à la mode par
Mme Poitrine, nourrice du duc de Normandie, premier dauphin, fils
de Louis XVI ; tout le monde la répétait : les magasins arborèrent le
grand Malborough comme enseigne et une rue même de Montmartre prenait le nom de
ruelle Malborough, avant de devenir
Aussi pour
sa pantomime, Ruggieri faisait-il des frais : dix-huit figurants à dix sous
pour le cortège, douze pour porter le cercueil, une musique militaire à
A ce
spectacle d'actualités, d'autres succédèrent, tels que : « L'inauguration du
Pont de Louis XVI par Minerve et les Arts », donnée deux ans avant que cette
inauguration eût lieu, puisqu'on la représentait en 1788, et que la cérémonie
officielle ne fut célébrée qu'en 1790.
Puis c'était
en souvenir de la glorieuse campagne de l'Inde « Le siège de Delhy, par Thamas
Koulikan, roi de Perse, et son entrée triomphante » avec lesquels alternaient
des spectacles mythologiques que Claude Ruggieri n'a pas cités, comme « Les
Forges de Vulcain sous le Mont Etna, la Salamandre et le Combat de Mars. »
Le public
affluait et quand, dans le courant de l'année 1788, les ambassadeurs de
Tippoo-Saïb vinrent à Paris, ils firent deux fois visite au Jardin Ruggieri ;
le 6 septembre ils purent contempler « Le siège de
- 141 -
Delhy » et retournèrent admirer, le
24 même du mois, « Les Forges de Vulcain et la Salamandre ».
A chacune de ces visites, suivant un usage que les directeurs de théâtre n'ont pas abandonné - bien que les termes employés pour dire la même chose aient changé - on annonça que « les billets gratis n'auraient pas lieu ».
Ce fut le
plus fort de la vogue du Jardin Ruggieri ; bien que cette mauvaise langue de
Pidansart de Mairobert, le continuateur de Bachaumont, ait insinué que « Les
Funérailles de Malborough » manquaient un peu trop de figurants, et que la
pantomime pyrrhique des « Forges de Vulcain sous le Mont-Etna » eût été copiée
de trop près d'une fête d'artifice de l'artificier Torré, qui venait de mourir
en 1783, les éloges sont en majorité. « Des appartements fort bien décorés, des
jardins très agréables donnent un nouveau prix à ces fêtes charmantes où de
jeunes personnes honnêtes ne se font point scrupule de danser », écrit en 1787
Nougaret dans ses Petits spectacles de
Paris, et l'auteur de décrire les principales nouveautés qui, dans les deux
dernières années, y ont été exhibées au public c'est le 11 décembre 1785, un
aérostat imperméable, orné d'un médaillon de Montgolfier et d'inscriptions
versifiées à sa louange ; c'est, le 24 septembre 1786, lancées par un certain
Enslen, des figures aérostatiques - en baudruche probablement - représentant le
Cheval Pégase monté par un guerrier, et la Nymphe, qui s'en vont choir aux
environs de Choisy-le-Roi, à l'ébaubissement des naturels du pays ; c'est, le
22 octobre de la même année, la voiture sans chevaux de Rouquerel, destinée aux
transports des malades, et qui paraît baroque et peu pratique.
Mais hélas,
tout cela n'empêcha pas la ruine : le 21 novembre 1787, Pedrone Ruggiery,
artificier de Monsieur, frère du Roi, et ordinaire de la Ville, déposait son
bilan aux Consuls : l'actif se montait à
La maison de
Les
créanciers firent saisir réellement l'immeuble, mais l'exploitation du théâtre
et des fêtes champêtres se continua après la faillite : elle durait encore en
1788, comme nous l'avons vu précédemment, et ne se termina pas comme l'avance
Claude Ruggieri en 1789, puisque dans le courant de cette même année, Blanchard
y faisait des ascensions, que l'on continuait
- 142 -
à y donner « Le siège de Delhy »,
auquel venait s'ajouter une nouvelle pantomime mythologique, « L'incendie de
Troie par les Grecs ».
Bien plus, en 1790, la maison donnait encore des fêtes : le 14 février 1790, à dix heures du soir, il y avait bal non masqué ; à la fin de mai de la même année, Garnerin y faisait une ascension ou, pour employer le terme de l'époque « une expérience aérostatique au profit des pauvres de la Commune de Montmartre et des districts de Bonne-Nouvelle et de Saint-Jacques-de-l'Hôpital ».
Enfin, le 12
septembre 1790, le Journal de Paris publiait
cette annonce : « Aujourd'hui, chez le sieur Ruggieri, rue
Saint-Lazare, faubourg-Montmartre, au profit de ses ouvriers, grand feu
d'artifice, composé de toutes pièces nouvelles : La Salamandre, Danses dans le
jardin et dans le salon, on y enlèvera aussi une Montgolfière. Prix des places
:
Puis ce fut
le silence : au lendemain de la mort de Pedrone Ruggieri, survenue comme il a déjà
été dit, le 10 février 1794, la maison qui, malgré la saisie de 1787 était
restée dans la famille - je ne sais comment - fut adjugée sur licitation à
Michel-Marie Ruggieri au nom de tous les cohéritiers, moyennant
En voici la description, empruntée à un auteur contemporain, M. d'Allemagne.
« Les montagnes russes connues sous le nom de « saut du Niagara » et pour lesquelles MM. Beurg et Ruggiery prirent un brevet le 9 avril 1817, consistaient en un dispositif assez ingénieux établi de façon à donner au wagonnet une nouvelle impulsion quand il arrivait à la fin de sa course :
- 143 -
c'était une sorte de pont volant ou
de bascule qui recevait les chars et qui au moyen d'un levier, les élevait à un
point d'où ils pouvaient prendre une nouvelle impulsion. »
Dans une gravure représentant cet exercice périlleux, nous trouvons une longue légende explicative, destinée à tenter les amateurs de ce genre de sport.
« Au jardin
Ruggieri, le saut du Niagara est vraiment effrayant, et, pour se décider à le
franchir, il faut bien se persuader que la police n'aurait pas permis cet
amusement s'il pouvait compromettre la vie des citoyens. Une pente douce
conduit aux kiosques ou plutôt aux ports ou l'on s'embarque dans une jolie
nacelle (Plus d'un mari se plaint de la couleur de quelques uns des pavillons
qui flottent à l'avant de ces bâtiments) (1).
Du plan horizontal où se trouve alors le navigateur,
il est doucement enlevé par une bascule et ne commence son voyage que lorsque
l'extrémité opposée de cette bascule est descendue au point où commence la
rivière (coulisses où glissent les nacelles) ; la bascule est alors inclinée à
quarante-cinq degrés, un échappement enlève le crochet qui retient le frêle
bâtiment, il part avec rapidité et c'est de 50 à
Pendant son élévation le nouvel Argonaute a eu le temps de contempler l'abîme où il va se précipiter : il frémit en pensant que le moindre accident (s'il était possible) causerait un naufrage dont nulle puissance humaine ne pourrait le sauver ; il tremble... Pensez-y bien, dans les hautes montagnes un nuage cache souvent au voyageur les objets qui sont au-dessous de lui. Eh bien, un nuage composé de parties solides et artistement peintes pourrait aisément être adapté à la partie inférieure de la bascule, un mécanisme simple le ferait rentrer en terre au moment même où la bascule toucherait la rivière, il dissimulerait le saut périlleux, et si enfin, pendant que la bascule s'élève, un accident impossible à prévoir faisait jouer l'échappement d'une nacelle et qu'elle vint à se détacher, elle serait arrêtée dans les nuages et les voyageurs sauvés. »
Des
personnages plus importants que Bobèche s'intéressaient au Saut du Niagara ; la
mélancolique duchesse d'Angoulême elle-même allait le voir, comme nous
l'apprend le Moniteur « Son Altesse
Royale Madame a visité aujourd'hui le jardin Ruggieri, dans lequel est établi
le Saut du Niagara ; elle a bien
voulu donner quelque attention aux détails du méca-
(1) Ces pavillons
étaient jaunes.
- 144 -
nisme qui y est employé, en
témoigner sa satisfaction ; et laisser des marques de sa munificence. »
(Moniteur, 10 octobre 1817, p. 1118).
D'autres jours on reprenait l'ancienne tradition, et le public venait contempler des départs de ballons, ascensions modestes et qui nous font un peu sourire aujourd'hui.
« Une
réunion nombreuse et fort élégante s'était formée ce soir au jardin Ruggieri.
Après quelques heures de l'après-midi, données aux amusements variés qu'offre
le jardin et aux chutes dites du Niagara, on s'est rassemblé dans la
principale enceinte pour y assister à l'expérience aérostatique annoncée,
Aucun procédé extraordinaire n'était employé ; le ballon d'une petite
proportion était prêt, et vers huit heures, Mme Margat a paru ; elle a fait le
tour de l'enceinte avec une aisance et une grâce très remarquables, puis après
avoir fait à sa famille des adieux tels que ceux en usage pour le voyage le
plus ordinaire, elle s'est placée dans
(Moniteur, 5 juin 1818, p. 686.)
Et le 6 le Moniteur (p. 691) publiait la note
suivante :
« Nous
n'avons pas reçu de nouvelles directes de Mme Margat : on annonce qu'elle est
heureusement descendue à terre, après une demi-heure de voyage aérien, dans la
plaine d'Issy-sous-Meudon, vers neuf heures du soir ».
Toutefois,
contrairement aux assertions de Claude Ruggieri, le jardin de
« Jardin
Ruggieri, rue Saint-Lazare n° 20. Jeudi 22 juillet, grande fête extraordinaire,
et depuis 6 heures jusqu'à 7 du soir, nouvelles expériences
- 145 -
ou essai de direction des aérostats,
par un mécanisme portant 8 ailes 8 gouvernails et plans inclinés, aussi
mobilements actifs que l'est un oiseau dans l'air ».
Soit faute de spectateurs, soit à cause de l'inclémence du temps, car l'été de 1819 paraît avoir été fort pluvieux, l'expérience n'eut pas lieu au jour indiqué et fut remise à huitaine, c'est-à-dire au jeudi 29 juillet : ce ne fut pas précisément un succès : car dans son numéro du 30 le même journal insérait ce compte-rendu assez hargneux (p. 1030).
«
L'expérience aérostatique annoncée hier au jardin de Ruggieri n'a point réussi.
L'aéronaute qui se faisait fort de se diriger, était placé debout dans une
espèce de cage armée de quatre longues ailes de moulin en osier à claire-voie
garnies de papier, et d'une sorte de gouvernail ou de voile en travers, le tout
fixé au-dessous du ballon. Le prétendu navigateur aérien a manœuvré dans cette
cage, s'agitant des pieds et des mains pour remuer ses ailes, qui n'ont paru
produire aucun effet, autant qu'on a pu en juger aux approches de la nuit ; le
ballon était retenu par des cordes à environ 25 ou
Cet essai
manqué ne fut pas seulement fatal à l'infortuné inventeur, mais aussi à
l'établissement où il avait eu lieu.
Le jardin Ruggieri semble avoir essayé d'attirer encore le public pendant quelques semaines de l'été 1819, et voyant qu'il s'obstinait à ne pas venir, Ruggieri paraît avoir fermé les portes de son enclos vers le mois d'août.
En 1826 le percement de
- 146 -
II
LE JARDIN DU DELTA
« On nous
assure que les promenades Egyptiennes seront sous peu de jours ouvertes au public.
Cet établissement, construit à grands frais, rue du Faubourg Poissonnière, n°
105, réunira une grande variété d'amusemens, parmi lesquels les danses et les
courses en char tiendront le premier rang. On cite la beauté du jardin dont les
allées et bosquets touffus offriront un asile assuré contre les rayons du
soleil. La montagne destinée aux courses présente une ligne de douze cents
pieds à parcourir ; des moyens à la fois ingénieux et exempts de tout danger
servent à élever les chars au sommet de la montagne, en sorte qu'on pourra sans
interruption continuer
Et dans son numéro du jeudi 14 mai, le même journal (p. 596) annonce « Promenades Eyptiennes, rue du Faubourg Poissonnière, n° 105 : aujourd'hui Fête et bal champêtre, course de chars, etc. »
Le dimanche
24 mai (p. 639) nouvelle note plus explicite :
« Le public
commence à se plaire aux promenades égyptiennes, faubourg Poissonnière. Avant
hier jeudi, les courses et les ascensions ont commencé à midi et duré jusqu'à
onze heures, malgré la fraîcheur du tems. L'administration se propose de donner
une grande fête, dimanche 24 du courant ».
Puis la rédaction
des annonces varie :
«
Aujourd'hui (Lundi 25 mai) fête champêtre, ascensions et courses en char, bal
champêtre et autres divertissemens ».
Qu'était-ce
donc que ces promenades égyptiennes et où étaient-elles situées ? Chose
bizarre pour un établissement qui ferma ses portes il y a
- 147 -
moins d'un siècle la réponse est
malaisée. Entre le plan de Verniquet qui date de l'époque Révolutionnaire (1789
à 1798) et celui de Vasserot qui ne fut commencé qu'en 1827, alors que le
quartier qui nous intéresse avait été transformé par des percements, il
n'existe pour déterminer la situation d'une propriété parisienne que les plans
cadastraux des contributions. Grâce au beau catalogue que mon collègue emt ai
Coyecque en a publié en 1908 dans le Bulletin
de la Société de l'Histoire de Paris p. 238 à 280, il m'est permis de vous
dire que le 105 de cette époque était une immense propriété, la seconde après
Deux vues nous ont été conservées des Promenades Egyptiennes ou du jardin du Delta. Toutes deux se trouvent dans l'Album 290 de la topographie de la France au Cabinet des Estampes : la première est une lithographie sans date et assez grossière d'Engelmann, rue Cassette, la seconde une charmante aquarelle anonyme.
Dans la lithographie, un haut pylône se dresse
couronné par un large portique à l'égyptienne sur le fronton duquel sont
sculptées les deux ailes d'épervier du Dieu Horus au Aroueris ; du pied du
portique part une pente fort raide qui semble longée par deux rails sur
lesquelles courent les nacelles qui vont choir à l'extrémité d'une sorte
d'enceinte ovoïde, où elles étaient sans doute arrêtées par des préposés de
l'administration qui, dans l'estampe, sont représentés debout. Une balustrade
de bois ferme l'enceinte de
Au premier
plan des promeneurs en longues redingotes conversent entre eux ou avec des
dames ; des enfants courent de tous les côtés.
Dans l'aquarelle fort jolie - ce qui la différencie d'une façon sensible de la lithographie - le portique à l'égyptienne est flanqué à l'arrière d'une vaste plate-forme rectangulaire et bordée d'une balustrade, où sans doute prennent place les amateurs désireux de faire ce voyage plein d'émotions.
- 148 -
Dans l'intérieur du portique, une sorte
de kiosque mobile en forme de dais drapé d'étoffe bleue où s'assoient les
voyageurs, est hissé par une poulie accrochée au sommet du portique, jusqu'à
une longue pente le long de laquelle il court, longeant d'abord un bâtiment
égyptien d'aspect élégant, sans doute le café dont il a déjà été parlé, puis un
terre-plein en maçonnerie du même style. Derrière le portique, un bâti en
charpente semble supporter un autre appareil aérien assez difficile à définir :
tout à fait au fond, derrière des verdures, un Montmartre de fantaisie ; au
premier plan des personnages, un élégant et une belle dame coiffée à la
grecque, attablés à un guéridon, prennent des glaces : plus loin un
monsieur fort coquet donne le bras à une dame vêtue d'une longue tunique
blanche froncée au bas ; tous deux conversent avec une jeune personne également
vêtue de blanc, décolletée, les bras nus, la tête couverte d'une toque
gracieusement chiffonnée sur laquelle retombe une plume jaune élégamment
recourbée.
De ces deux images, laquelle répond le mieux à la réalité des choses ? Cruelle énigme, que je ne me sens pas la force de résoudre. La seconde pourtant, l'aquarelle, semble le mieux s'adapter à la seule description que nous ayons des Montagnes Egyptiennes, qui est due à M. d'Allemagne (Musée rétrospectif de la classe 100 de l'Exposition universelle de 1900, à Paris, tome II, p. 350), mais qui, malheureusement un peu imprécise, manque aussi d'indications de sources.
« La
vogue des montagnes russes et des montagnes françaises fut si considérable,
qu'on ne tarda pas à en établir une troisième espèce nommée montagnes
égyptiennes : ces dernières ne différaient des autres qu'en ce qu'il n'y avait
pas de pavillon servant de point de départ ; les voies entre les poutres
n'étaient pas couvertes d'un plancher, et dans cette rapide excursion
aérienne, on voyait fuir le sol qui semblait s'échapper sous les pas du
voyageur. On s'était plu, dans cet amusement, à augmenter en quelque sorte les
dangers : les chars étaient dépourvus de toute sorte de balustrade ou d'appui
et on se trouvait suspendu, pour ainsi dire, dans le vide. Il arrivait
fréquemment que les voyageurs qui n'avaient pas compté avec la sensibilité de
leurs nerfs, furent pris de vertige au moment où la voiture était lancée dans
l'espace, et, comme rien ne les retenait, ils venaient impitoyablement
s'écraser sur le sol ».
Les
historiens de Paris sont sobres de renseignements sur cet établissement :
Lefeuve qui en donne le plus, dans ce style bizarre dont il a le monopole,
écrit : « A côté d'une habitation de nourrisseur qui se revoit au 123, un des
hôtels de cette génération s'est drapé d'un jardin anglais
BERLINE DU DELTA
Estampe de
Œuvre de Lœuillot
Cabinet des Estampes
Topographie de Paris – Quartier Rochechouart
- 149 -
de 8 arpens livré au public sous le
Directoire à titre de Promenades
Egyptiennes ».
Il est
inutile de faire remarquer les inexactitudes contenues dans ces quelques lignes
: la pus flagrante est celle qui attribue à l'époque du Directoire,
l'ouverture d'un établissement qui n'eut lieu que dix-neuf ans plus tard.
Claude Ruggieri, (Précis historique sur
les Fêtes etc. Paris 1830, in-8°, p. 96), après avoir annoncé que le jardin
ouvrit en 1818, dit qu'il y eût « des
montagnes assez mal conçues ; aussi ne furent-elles exploitées que deux ans ».
Quoiqu'il en
soit, l'exploitation battit son plein au cours de l'année 1818. Vers le mois de
juillet cependant, un accident survenu aux Montagnes Françaises à Beaujon
faillit être fatal à tous les jardins à montagnes. Un intendant militaire,
Dufresne et son neveu, se tuèrent par suite du renversement du char où ils
étaient assis. On annonça même la fermeture de tous les établissements où
étaient installés ces jeux périlleux. Ce ne fut pourtant qu'une menace. Dès le
26 du même mois les Promenades Egyptiennes annonçaient (Moniteur, 1818, p. 892) :
« Aujourd'hui,
fête et bal champêtre, feu d'artifice ; tous les jours le jardin est ouvert
pour
Et les divertissements continuèrent jusqu'à la fin de septembre.
L'année
suivante (1819) les promenades égyptiennes disparurent pour devenir le Jardin
du Delta. Quelle était l'origine de ce nom ? Je l'ignore, mais il était
certainement dû à l'influence du goût égyptien qui avait valu à Paris depuis
vingt ans, entre autres choses, la maison de la place du Caire, et la fontaine
de la rue de Sèvres.
Désireuse
d'attirer un public que la distance effrayait et qui manquait de moyens de
communications - les omnibus ne devaient voir le jour que neuf ans plus tard en
1828, et les Hirondelles qui, circulant de
- 150 -
être selon toute apparence un
cabriolet léger traîné par des cygnes, à moins que ce ne fût une nacelle en
forme de cabriolet.
Tout cela ne paraît pas avoir attiré la foule et la clôture eut lieu le 26 septembre (Moniteur, p. 1260).
De 1820 à
1822, les feux d’artifices du Delta furent exécutés par Claude Ruggieri et
l’établissement paraît avoir traîné une vie languissante jusqu’à la fin de
1824.
C’est alors,
sans doute, que fatigués de garder un terrain d’un revenu insuffisant, les
propriétaires, MM. Lambin et Guillaume, demandèrent et obtinrent l’autorisation
(ordonnance du 25 février 1825), d’ouvrir sur l’emplacement du jardin du Delta
une rue qui reçut le nom de rue du Delta. Toutefois la rue ne fut reçue au
nombre des voies publiques que par arrêté préfectoral du 2 octobre 1840 :
jusqu’à cette date, Lambin avait trouvé toutes sortes de prétextes pour ne pas
exécuter le premier pavage qui lui incombait : il en eut pour huit mille francs.
Un peu plus
tard, et toujours sur l’emplacement du jardin s’ouvrit une seconde rue du
Delta : c’est aujourd’hui la partie de la rue de Dunkerque qui va du
faubourg Poissonnière à
Dans la plus
ancienne de ces trois rues du Delta, celle qui a toujours gardé ce nom, se
fonda, peu après le percement, une société de transports qui jouit d’une grande
renommée. Leboulanger et Varin installèrent au mois de décembre 1828, la
Société des Berlines du Delta, dans l’immeuble n° 6.
Pour les
élégants qui voulaient avoir l’air d’avoir une voiture, ces gracieux véhicules
étaient tout désignés : par la gravure bien connue de Lœillot qui les
représente, nous pouvons juger de leur aspect. Cette haute et coquette voiture
bien suspendue, traînée par deux chevaux robustes, ressemble fort aux équipages
de noces de nos jours : à l’arrière, une large entretoise permettait aux
amateurs de gala, d’y percher, en cas de besoin, deux valets de pied comme on
en voyait encore il y a cinquante ans aux voitures de cour ; dans la gravure
de Lœillot, à la place des valets de pied,
- 151 -
siège un mitron effronté que le
cocher s'apprête à faire descendre par un coup de fouet bien appliqué.
Voici
maintenant les actes de naissance de la nouvelle entreprise. « L'utilité du
service des voitures de place est depuis longtemps reconnue, mais à une époque
où tout se perfectionne, cette branche de l'industrie réclamait d'importantes
améliorations. La malpropreté des voitures et le peu d'urbanité de cochers
étaient passés en proverbe. On nous promet enfin des voitures propres et des
cochers polis ; le nom de fiacre si désagréable à l'oreille, est même supprimé,
nos élégants pourront, sans se compromettre, réclamer une Berline du Delta.
« C'est
sous ce dernier titre que plusieurs loueurs de voitures réunis en Société, vont
exploiter 150 voitures de place. Cette entreprise nouvelle n'augmentera pas les
embarras de la circulation car les 150 Berlines
du « Delta, ne feront que remplacer 150 fiacres sur les places de Paris.
« Elles
seront reconnaissables à leur couleur uniforme (jaune clair), à une jarretière
en cuivre dans l'intérieur de laquelle se trouvera le nom des nouvelles
voitures et surtout un petit numéro qui les distinguera de leurs frères aînés ;
l'habillement des cochers sera soigné.
« Les
entrepreneurs se proposent de distribuer par abonnement des cachets pour la
course et pour l'heure à un prix au-dessous du tarif actuel, de telle sorte
qu'on sera dispensé de faire avec le cocher un compte dans lequel il est
rarement dupe.
« Cette
société a créé 900 actions de 1000 francs chacune, 610 se trouvent réparties
entre les associés fondateurs pour leur mise de fonds, de telle sorte qu'il
n'en reste à émettre que 290 qui offrent aux capitalistes un placement
avantageux ; on peut consulter à cet égard, l'acte passé le 20 octobre dernier
chez M. Froyer-Deschènes, notaire, rue de Richelieu, n° 57 ». (Moniteur, 27 novembre 1828, p. 1757).
Quelques jours après paraissait une nouvelle réclame.
« Les
entrepreneurs des Berlines du Delta ont
présenté hier leur première voiture à M. le Préfet de Police qui leur en a
témoigné sa satisfaction. Ces voitures sont vastes, commodes et élégantes sans
luxe. L'intérieur en est aussi soigné que l'extérieur : les harnais des chevaux
sont de la plus grande propreté ! Enfin, les berlines du Delta présentent
l'aspect des voitures de remise. A partir du lundi 15 décembre, elles
stationneront sur les places. »
(Moniteur, 14 décembre 1828, p. 1825).
La note du Moniteur renfermait une légère erreur
matérielle quant au
- 152 -
commencement du service : les
entrepreneurs s'empressèrent de la rectifier par la lettre suivante qui parut
dans le Moniteur du 15 (p. 1828).
Au
rédacteur.
Monsieur,
Vous avez bien voulu annoncer à vos lecteurs qu'un certain nombre de nos voitures stationnerait sur les places lundi prochain ; en effet, ce jour-là, elles seront conduites à la préfecture de police pour recevoir le petit numéro qui doit les distinguer des fiacres. Ce n'est que le lendemain mardi que leur service commencera réellement ; mais comme nous désirons que notre entreprise s'annonce au public sous d'heureux auspices, nous vous prions de vouloir bien annoncer que la totalité des recettes faites ce jour-là par nos nouvelles voitures sera remise à M. le Préfet, comme notre offrande et pour seconder les vues de ce digne magistrat, relativement à l'extinction de la mendicité.
Nous avons l'honneur de vous
saluer.
Leboulanger, Varin et Cie.
Entrepreneurs des Berlines du Delta.
Conformément à leur promesse les entrepreneurs versèrent à la Préfecture de Police, à la souscription ouverte à ce moment pour l'extinction de la mendicité, et due à l'initiative du préfet M. Debelleyme, leur recette du 16 décembre. Elle s'élevait à 207 fr. 50.
Leboulanger et Varin gérèrent leur société pendant trois ans : le 20 avril 1831, Varin mourait âgé de 39 ans : sa veuve, née Marie Pauline Fessard, continua l'exploitation d'abord avec l'associé, puis seule. En 1850, elle la transporta rue de Dunkerque ; l'année suivante paraît avoir vu la fin des Berlines du Delta.
Aujourd'hui,
entre quelques maisons neuves sans caractère, quelques vieilles masures
contemporaines de Lambin et un ou deux terrains vagues - derniers restes des
bosquets et des montagnes du passé - la rue du Delta étend mélancoliquement ses
Lucien LAZARD
SCEAUX DE L’ABBAYE DE MONTMARTRE
par A. J. Corbierre
- 153 -
Les Sceaux de Montmartre
Après les articles de MM. O'Kelly de Galway et
Perrot, j'ai remarqué qu'il restait encore quelque chose à dire sur les sceaux
de Montmartre. Mes vénérés collègues n'en voudront pas, j'espère, au directeur
de
Certes, ce serait un heureux hasard de trouver des sceaux d'abbesses de Montmartre appendus à des chartes d'abbayes bénédictines de Paris, car nos moniales, bien qu'étant libres de sortir, jusqu'au Concile de Trente, (1545-64), en fait ne voyageaient pas tant que les moines.
Sur 48 abbesses, nous avons retrouvé 16 mentions de sceaux et seulement 8 sceaux, auxquels nous ajouterons 5 sceaux et 1 contre sceau du chapitre de Montmartre qui appartiennent bien au Couvent des moniales et non aux moines de St-Denys. Puis, nous avons cité le sceau de la Paroisse héritière de l'Abbaye. Enfin, les 6 sceaux du district du Faubourg Montmartre, pour être à peu près complet, je crois, auraient dû trouver leur place, mais ils ont été reproduits dans « les Armoiries de Paris par Coetlogon et Tisserand. »
Continuant
notre système de classification, nous avons nommé toutes les abbesses pour
simplifier les recherches et les compléter.
1er
SCEAU DE L'ABBAYE (fig.)
+ Sigillum Capituli Sancti Dyonisii de
Montemartirum
St-Denis debout, de face, portant son chef en mains . - Ogival 60 mill. - Ar. Nat. S. 2102. N° 48. - Douet d' Arq., N° 8466, charte de 1216.
2e
SCEAU DE 1239
Même légende, même type que celui de 1216, même grandeur. - Ar. Nat., M. 575. Donation faite à l'abbaye, 1239. - D. d'Arq., N° 8467.
- 154 -
3e
SCEAU DE 1239
+ S. Capitl' S. Dionisii de Montemart. P(arisiensis).
St-Denis portant sa tête dans ses mains, tout en l'ayant sur ses épaules.
In cujus rei testimonium presentes litteras eidem Hemerico tradidimus, sigillorum nostrorum munimine roboratas. (cire verte). - Barthelemy, Cartulaire de Montmartre p. 172. - Quittance de rente.
4e
SCEAU DE 1280
Même légende, même type, mais dans le champ un semis de fleurs de lis et d'annelets. - Sc. ogival, 64 mill.
5e CONTRE-SCEAU (fig.)
Saneti Rusticus et Eleutherus. - Deux Saints à genoux décapités :
St-Rusticus et Eleuthère. - Ar. Nat., J. 345, N° 61. Pour élection d'abbesse,
1280. - D. d'Arq., N° 8468 et bis.
6e
SCEAU, VERS 1500 (fig.)
On usa de plusieurs petits sceaux ayant tous le même caractère sauf pour la forme et la grandeur.
S. Montmartre. Un écu ayant au 1 et 2 une fleur de lis et au 3 et 4 un M. L'écusson est timbré de la crosse.
7e
SCEAU DE 1685 (fig.)
En foy de quoy nous avons faict dresser ce présent
acte signé de notre main et faict contresigner par notre secrétaire du chapitre
et apposer le scel de nostre abbaye, dit Marie-Anne de Lorraine d'Harcourt. -
B. N. lat 10065 p. 135 - Sceau plaqué en papier. - Barthélemy, p. 276, à
l'association de prières avec N.-D. de
Sigillum Abbatiæ (le reste illisible). - Sous trois dais la Vierge tenant l'Enfant, à sa droite St-Denis en chasuble portant sa crosse en gauche et sa tête en droite ; à la gauche de la Vierge, St-Rusticus ou St-Eleuthère, palme en gauche ; sous leurs pieds, 4 fleurs de lis. - Forme ovale, plaqué en pâte recouverte de papier. - Ce sceau prouve que Montmartre n'avait pas de sceau héraldique.
8e
SCEAU DE
Parochia Sti
Petri Montis Martyrum Diocesis Parisiensis.
Le Sceau de la Paroisse qui a remplacé l'Abbaye de Montmartre méritait ici sa place. C'est la croix de Lorraine dans un écusson ovale, surmonté d'une couronne ducale au milieu de laquelle le volute d'une crosse, le tout entre deux branches d'olivier.
7. Avant, il dut y avoir un autre
sceau dont j'ai retrouvé le fac-similé (fig),
Malgré les observations de M. O' Kelly de Galway, je persiste à croire qu'on ne peut attribuer ces armoiries à l'abbaye. Pour rester dans le vrai il suffirait de supprimer le croisillon du haut, ce qui donnerait une croix de St-Pierre, patron de la Paroisse; j'en ai écrit à M. le Curé.
- 155 -
SCEAUX DES ABBESSES
1. Adelaïde.
2.
Chrétienne, 1147 :
Pas mention de sceau dans son acte d'accensement d'une maison. (A. de Barthelemy, Cartulaire de Montmartre, p. 84.)
3. Adèle,
1154 :
Quod ut ratum in posterum maneat nos sub cyrographo sigilli nostri caractère firmari decrivimus.
Dans une
charte de cette abbesse concédant aux poissonniers parisiens un terrain proche
du château du roi à Paris.
Barthelemy. p.
4. Elisabeth, 1179. Fig.
Verum ne
proterve aliquis aliquo reclamet in tempore sigilli nostri auctoritatem
objecimus.
Barthelemy,
p. 111.
Sigillum....
Montismartirum abbatise.
Personnage de face, assis sur un siège à tètes
d'animaux, voilée, en coulle, règle en droite, crosse de biais en gauche. Sceau
ogival, en cuvette,
Ar. Nat. J. 731. N° 1. Cession des possessions abbatiales au bois de Vincennes faite par Elisabeth à Philippe-Auguste contre dîme et maison à Anvers (1182).
Douet d'Arq, Inv. des sceaux N° 9233.
Ut autem hoc ratum habeatur auctoritate sigilli nostri et testium nominibus corroboravimus.
Barthelemy,
Cart. A. N° 45.
6.
T..., 1207.
Quod
ut ratum et firmum habeatur et nunc et in perpetuum, sigilli nostri munimine
fecimus roborari.
Barthelemy, p. 143. Cart. B. F° 11. Lettre sur la
chapelle de Ste-Luce à Bethisy.
7. Helissende, 1216. Fig.
Ne autem hæc conventio aliqua possit in posterum oblivione deleri, presentem chartam chirographi partitione divisam conscripsimus eamque non solum sigillo nostro sed etiam sigillo capituli nostri corroboravimus.
Barthelemy, p. 151. Transaction entre l'Abbesse et les Chanoines de St-Victor.
- 156 -
Sigillum Helissendis Abbatisse Montismartirum.
Abbesse debout, en gauche crossé, en droite, règle dont on voit les quatre boulons de la couverture.
Sc. ogival,
D. d'Arq., Ne
9234.
De la même
en 1221.
Et haec omnia fecimus de voluntate tocius nostri
conventus qui cum nostro sigillo suum presentibus appendit sigillum ad majorem
predictorum confirmationem.
Donation
d'Hélissende à ses religieuses.
Barthelemy,
p. 160.
8.
Pétronille, 1230.
Et ut haec in perpetuum rata sint et ferma in
testimonium presentes litteras sigilli nostri munimine fecimus roborari.
Cart. B., F° 19, v. Barthelemy, p.
Autre
mention, 1239.
Quod ut ratum et firmum perrnaneat sigillorum nostrorum
caractere presentes litteras fecimus roborari.
Barthelemy,
p. 169. Donation par l'Abbesse de 40 sols parisis de rente sur le four de la
Hauterie.
Autre
mention, 1239.
Sc) Sigillum Petronille Abbatisse Montmartir.
Csc) Agnus dei.
In cujus rei testimonium presentes litteras eidem
Hemerico tradidimus sigillorum nostrorum munimine roboratas.
Quittance de
20 sols de rente sur la ferme des Marais des Porcherons.
Barthelemy,
p. 172.
Autre avec
sceau, 1239. Fig.
Sigillum Petronille Abbatisse Montismartirum.
Abbesse
debout, crosse en droite, règle en gauche. Forme ogivale,
Ar. Nat., M.
575. D. d'A. N° 9235 et 9236.
Contre
sceau. Fig.
Agnus dei. Un agneau.
Ar. Nat., M.
575. D. d'A. F° 9235 bis et 9236.
Autre
mention ; 1239.
Et ut hec in
perpétuum rata sint et ferma in testimonium presentes litteras sigill i nostri
munimine fecimus roborari.
Obligation
de
Barthelemy,
p. 169.
SCEAUX DES ABBESSES DE MONTMARTRE
par A. J. Corbierre
- 157 -
Autre mention, 1240.
In quorum testimonium presentes litteras eidem Hemerico
concessimus sigillorum nostrorum munimine roboratas.
Barthelemy,
p. 173. Vente d'une rente de 5 sols sur la Coulture des Marais.
9. Agnès I.
10. Edeline,
1260.
Ut autem he assignationes rate maneant et firme, presentem
paginam nostro sigillo fecimus roborari.
Barthelemy,
p. 146, Cart. B., F° 15-17. Achat d'une rente de
La charte
étant faite au nom de l'abbesse et du couvent, il devrait y avoir les deux sceaux,
un seul est annoncé. Le second servait de contre-sceau ; c'est la règle de
St-Benoit, « Ch. III », mise en pratique et ici oubliée.
11.
Hélissende II, 126?.
12. Mathilde
de Frenvy, 1270-80.
13. Alix,
1281.
Il est
curieux de voir une quittance à l'Hôtel-Dieu sans sceau.
Barthelemy, p. 183.
14. Edeline d'Ancilly, 1285.
In cujus rei
testimonium et munimine ad perpetuam rei memoriam sigilli nostri presentibus
litteris duximus apponenda.
Barthelemy, p. 313, Cart. B., F° 14v. Cession de
28 sols aux Béguines.
15.
Philippa, 1299.
16. Ada de
Mincy. 1306.
Ad cujus rei sic geste memoriam dictis conjugibus
presentes litteras sigillorum nostrorum munimine tradidimus roboratas.
Barthelemy,
p. 323. Scellé en cire verte.
17. Jeanne
de Repentino 1321. Fig.
Il ne reste
que les deux lettres I. S. de la légende.
Abbesse
debout, de face, crosse en droite, livre en gauche. De chaque côté, un écu à la
croix cantonnée de quatre lions (en écartelé, chaque quartier chargé d'un
lion). L'écu de senestre surmonté d'une fleur de lys. Le champ du sceau
treillissé en losange. Forme navette 50x30 mm., sur double queue de parchemin.
Cire verte.
Arch. Yonne
H. 1616. Pour amortissement de maisons sises rue Saint-Martin, appartenant aux
religieuses de Reigny, consenti contre
Coulon,
Sceaux de Bourgogne, n° 1470 et bis.
Contre-sceau,
même provenance, même couleur.
Légende :
il ne reste que SIUS. Personnage, de face, mi corps, sans tête, c'est-à-dire
St-Denys, entre deux fleurs de lys, sur champ losangé.
- 158 -
18. Jehanne I de Valengeryart, 1346.
En tesmoing de laquelle chose, nous avons scellé ces lettres de mon seel.
Barthelemy, p. 195. Partage de la maison du Chapelain de la Chapelle des Martyrs. Scellé en cire verte.
Autre, en
1348, Fig.
« Scellé de
mon scel. »
S. Johene de
Valingoujart, abbesse de Monmartir.
Sous un
dais, une abbesse en coulle, crosse en gauche et règle en droite, de chaque,
côté son écusson familial. Forme ovale. Cire brune.
B. N. Coll.
Gaignières, 20 895 p. 273. Barthelemy, p.
19. Jeanne
de Morteri, 1354-71.
20. Isabelle
de Rieux, 1376.
21. Rotberge
de Nantilly. 1377.
22. Isabelle
de Rieux, 1383.
Et en
tesmoing de ce, nous avons mis nostre seel duquel nous usons.
Barthelemy,
p. 203. Etat temporel du monastère.
23. Jeanne
IV du Coudray, 1411. Fig.
Seel seur
Jehenne, abesse de Montmartre.
Une abbesse,
en coulle, crosse en droite, règle en gauche, de chaque côté, un écusson. Forme
ovale. Cire brune.
En tesmoing
de ce, nous avons mis le seel de nostre dite église en ces présentes.
C'est
pourtant son propre sceau et non celui du monastère.
Contre
sceau.
S : Jehanne,
abesse de M. Les armoiries des du Coudray.
BN. Coll. Gaignières, 20.895, p. 274. Barthelemy, p,
206. Reçu donné au Vicomte de Coutances.
24. Simone
d' Herville, 1429.
25. Agnès II
des Jardins, 1438.
26. Petronille II de Harasse, 1463.
27. Marguerite I Langlesche, 1477.
Dalum in dicto
nostro monasterio sub sigillo nostro.
Barthelemy,
p.
28. Marie I
Cornu, 1503.
29. Martine
du Moulin, 1510.
30. Claudia
Mayella, 1515.
31.
Antoinette Auger, 1517.
32.
Catherine de Charran, 1526.
- 159 -
33. Antoinette Auger, 1532.
Tesmoing mon seing manuel li sceau de nostre couvent si aposé.
B. N. fr. 11.748. F° 7 et 8.
Autre mention semblable. B. N. p. 11.748, passim.
34. Marie II Cathin, 1540.
35. Jeanne
le Lievre, 1541.
36.
Marguerite de Havard, 1542.
37.
Catherine de Clermont, 1548.
38. Marie de
Beauvilliers, 1574.
39.
Catherine II de Havard, 1590.
40. N. de
Cenante.
41.
Françoise-Renée de Lorraine de Guise, 1573.
En tesmoin nostre seing et seel accoutumé, à une
quittance.
42.
Marie-Anne de Lorraine d'Harcourt, 1683.
43.
Marguerite de Rochechouart de Montpipeau, 1689.
44.
Marie-Eléonore Gigault de Bellefond, 1699.
Signet à une
lettre autographe conservée au musée du Vieux
Montmartre et dans
45. Louise-Emilie de la Tour d'Auvergne.
46.
Catherine de la Rochefoucauld de Consages, 1747.
47.
Marguerite de Veyne d'Arbouze.
48. Louise
de Montmorency-Laval.
On ne
trouvera pas ici les sceaux du Prieuré du St-Martyr ni ceux des prieures connues :
Denise de
Murat, 1622.
Marie de la
Roue, 1627.
Marguerite
Langlois, 1662 et 1672.
Marguerite
Ferrand, 1682.
Louise
Cornuty, 1742.
L'Abbaye et
le Prieuré ne faisaient qu'un, nous semble-t-il, et c'est la raison de
l'absence de sceaux.
- 160 -
D'aucuns trouveront peut-être ces répétitions d'annonces de sceaux fastidieuses et inutiles. Cependant, n'est-il pas temps d'étudier la sigillographie sans rien laisser échapper et ces citations n'auraient-elles que l'avantage de nous assurer de l'existence des sceaux perdus, ce serait quelque chose, mais elle nous montrent aussi que la chancellerie monastique n'avait pas de formulaire propre pour les annonces, ni de règle pour la couleur de la cire, du moins pour Montmartre.
Enfin, ces
annonces font connaître que tel ou tel avait ou pouvait avoir un sceau, ce qui
est très important. Jusqu'ici, personne n'a fait attention à ces annonces, à ce
point de vue ; nombre d'éditeurs de cartulaires s'oublient jusqu'à ne pas
les citer ou même les tronquer, erreur regrettable.
C'est en me
basant sur ces annonces que j'ai pu donner un sceau à Nominoë et aux ducs de
Bretagne suivants, ce que l'on contestait.
Je dois
encore citer le sceau de notre société : « Le Vieux Montmartre », en
légende ; au fond, l'abbaye, ses moulins, ses carrières ; devant, un
chapiteau auquel est appendu un écusson où figure une crosse à moitié cachée
par un voile d'abbesse entouré d'oliviers.
A. J. CORBIERRE.
N.-B. - 1. Quand il y a Cart. B., cela veut dire Archives Nationales L. L. 1605, et pour Cart B : L. L. 1613.
J'ai cru
devoir faire cette déduction, car de Barthelemy ne nous donne aucune
explication, ce qui prouve que « l'édition de ce cartulaire est faite avec peu
de soin ».
2. Les cotes
dOnnées par Douet d'Arcq et Demay sont presque toujours fausses par suite du
recollement, mais j'ai dû les reproduire, étant dans l'impossibilité de les
donner justes, n'ayant pas la concordance.
3. Les
figures qui manquent sur les planches paraîtront ultérieurement. Il suffira de
se reporter au numéro d'ordre qui concorde toujours avec le numéro des
planches.
- 161 -
L'HOTEL
DES MENUS PLAISIRS DU ROI
ET LE
CONSERVATOIRE DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION
A l'époque la plus lointaine à laquelle nous fassent
remonter nos vieux historiens parisiens, c'est-à-dire au règne de
Charles-le-Chauve, nous trouvons la région du faubourg Poissonnière en la
possession du chapitre de Sainte-Opportune. Félibien, suivi par Sauval,
raconte comment le chapitre de cette église fut fondé par Charles-le-Chauve, «
qui avoit accordé à Hildebrand, évêque de Séez, l'ermitage de Notre-Dame des
Bois lez Paris, situé alors à l'entrée d'une forêt qui occupoit la plaine
depuis le pont Perrin vers la Bastille, jusqu'à l'hôtel de Vendôme, où est
aujourd'hui
Dès 1154, le
chapitre aliénait la moitié de ses marais pour être mis en culture. « Le roy
Louis le Jeune approuva ce changement et consentit que le chapitre, outre le
prix de l'accensement, qui étoit de douze deniers par arpent, eust encore sur
ces terres cultivées les dixmes et
(1) FELIBIEN, Histoire
de la Ville de Paris, tome 1, p. 101 et Preuves,
p. 35 et suiv.
(2) FELIBIEN, Ibid,
p. 273. Cf. R. DE LASTEYRIE, Cartulaire
général de Paris, Voir Appendice I.
- 162 -
Ce vaste territoire qui bornait tout Paris au nord,
fut appelé les Marais ou
***
Lorsque le Parisien du temps de Henri II ou de Henri
III sortait de la ville par
Au XVIIe
siècle, la Ville engloba dans ses limites les moulins qui l'entouraient
naguère, et nous voyons, après 1650, une chaussée continuer au delà de la porte
de la Poissonnerie, les rues Montorgueil et des Petits-Carreaux, franchir
l'Esgout (rue Richer actuelle) sur un petit pont et
(1) Le plan de Jouvin
de Rochefort, de 1675, les indique déjà ; elles seront à peu près suivies
lors de l'établissement de l'enceinte des Fermiers-généraux, sous Louis XVI.
- 163 -
longer au nord le grand enclos de
Saint-Lazare à travers la Nouvelle-France.
Au milieu des
cultures de jardiniers et de maraîchers qui entourent la ville, entre le futur
faubourg Poissonnière et le vieux faubourg Montmartre, se dessine
« Ces deux
dénominations différentes, dit M. Ch. Sellier, viennent assurément du nom de ce
« Jehan Bergier, marchant taincturier de toilles à Paris », qu'on voit sur le Registre des Recettes de l'Hôtel-Dieu de
1536, payant un loyer annuel de seize livres parisis « pour une maison, court
et jardin, contenant huit arpens de terre ou environ, au lieu appelé les
Petits-Maraiz, assis oultre
La Nomenclature des Rues de Paris (édition de
1898) dit que
(1) L. BRIELE, Collection
des Comptes de l'Hôtel-Dieu.
(2) CH. SELLIER, Procès-verbaux
de la Commission du Vieux Paris, 12 novembre 1903, p. 288-289 :
Découverte, rue Bergère, n° 16, de la première pierre de l'ancien hôtel
d'Antoine Lévêque, garde général des Menus-Plaisirs (1760).
- 164 -
C'est en
bordure de la rue (plus tard rue du faubourg) Poissonnière et de
I
L'HOTEL DES MENUS PLAISIRS DU ROI
Les plus
anciens occupants des terrains ou marais du Clos des Halliers (1) qui nous soient connus par des titres du XIIIe
siècle provenant des papiers de Sainte-Opportune, étaient très probablement des
jardiniers et des maraîchers, comme leurs successeurs. A partir du XVIe
siècle, les désignations plus précises des terriers donnent presque sans
lacunes la succession des détenteurs de ces « arpents ». La rue ou ruelle
Bergère, - cul-de-sac ou chemin de terre à l'origine - et celle de l'Egoût,
entre lesquelles devaient s'installer les Menus-Plaisirs, y paraissent
fréquemment ; et, depuis le début du XVIIe siècle, il est possible
de reconstituer avec certitude la série des propriétaires riverains.
Dans la
première partie du XVIIe siècle, et sans doute auparavant déjà, le
terrain des futurs Menus appartenait au sieur Legay, jardinier, et à l'aïeul
maternel des frères Chassebras. En 1647, possesseur d'environ quatre arpents et
demi, Nicolas de Nieslé ou Denyellé le jeune, procureur au Châtelet de Paris, faisait
ensaisiner au chapitre de Sainte-Opportune, quatre acquisitions faites par lui
en 1642, 1643 et 1644, dans les termes suivants :
(1) La partie sud de
- 165 -
Nicolas Deniellé Eschange
4. CLOS
HALLIÉ
Par Contract
passé par devant Le Vasseur et Le Roux, nores au Châtelet de Paris,
le neufième Januier 1644. Nicolas Legay jardinier a Paris, a vendu par eschange
un arpent demy quartier de terre et marais sciz au Clos Hallier, à Mr. Nicolas
de Nieslé. Le jeune, procureur au Chlt de Paris, tenant dune part audit Legay,
et dautre aud de Nieslé, aboutissant dun bout par derriere aux esgoutz et
pardeuant à la ruelle qui conduit de la rue des Poissonniers à la porte de
Montmartre, à la charge du Cens, et des autres charges de la somme de cent L.
de rente.
3. IDEM
Par autre
Contract passé par deuant Mouffle et Le Roux, nores aud Châtelet, le
XXVIe Mars 1643, Jacques Legay bourgeois de Paris demeurant au
fauxbourg St-Denis, et fils de feu Jean Legay, Me jardinier, soubs lauthorité
de Jacques Ancelin marchand frippier à Paris son curateur demeurant rue de la
grande-fripperie, paroisse S.Eustache, suiuant Laduis de ses parens, a vendu
aud Sr de Nieslé Le Jeune vn demy quartier de Marais sciz au Clos au Hallier
Attenant à la piéce cy-dessus, à la charge du cens et audit... moyennant la
somme de deux cens Liures.
2. IDEM DE
NIELLÉ
Par autre Contract passé deuant Idem de Niellé Le Vasseur et Le Roux,
le dix fevrier 1643 ledit Jacques Legay a vendu audit sieur de Niellé un arpent
de terre et marais, sciz audit Clos des Halliers, tenant d'une part audit sieur
de Niellé, d'autre part à prudhomme, aboutissant d'un bout à la ruelle, d'autre
bout à lesgoust. Moyennant cent liures de rente... pour la somme de seize cens
livres.
1. IDEM DENIELLÉ
Pardeuant le
Vasseur et Mouffle, nores par un contract du xxbiij Mars
(1) Les frères Chassebras nous sont connus par le Livre commode des Adresses de Paris, de
Du Pradel (1692), J. Baptiste le beau-frère de de Niellé, y figure parmi les Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques (tome
I, 227). Il prenait le nom de Chassebras de Cramailles, et demeurait rue du
Cimetière Saint-André (rue Suger actuelle). Il était grand amateur de livres,
et sa collection fut vendue après sa mort ; il existe un Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu J.-B. Chassebras,
ancien docteur en Sorbonne, publié en 1693. Son frère, le chevalier
Chassebras du Breau, Carrefour Saint-Benoist, quartier St-Germain, faisait,
d'après Du Pradel (I, p. 129), des conférences sur l'histoire et les sciences.
- 166 -
aud. Sr de Nieslé Le jeune, à tiltre
deschange Vne piece de terre et marais en cousture contenant deux arpens, sciz
aux Marais de Paris au lieu dict le Clos des Halliers (1) Aboutissant d'vn bout à vn petit chemin qui conduist
aux coustures, d'autre bout aux esgoutz de la Ville tenant dvn coste au Chemin
des poissonniers et a.... et d'autre a Jean barbier ou ses ayant cause. Et
contreschange de la Rente de Cent quatre ving-seize Liures parisis en deux
parties. Lune de Cent quarante Liures parisis de rente au moyen du transport
qui lui en a esté faict scavoir de... par le contract deschange, et de l'autre
moitié par M. Pierre Lauron, Conseiller des guerres
Ensaisiné L'acquereur dénommé des quatre Contracta cydessus mentionnés
et mis en possesson des quatre arpens vn quartier y specifiez apres qu'il nous
a paye des droitz de lods et vente pour ce dont qui lui ont esté remis sans
prejudice dautres droitz a Paris ce douze aoust mbjc quarante sept (2).
Nicolas
Deniellé, procureur et fils de procureur, n'était autre que le grand-père
maternel de Nicolas Boileau-Despréaux. Il eut, de deux mariages, au moins deux
fils, Marc-Antoine et François, et quatre filles, dont l'aînée Nicole, épousa
Thomas Clément, procureur au Châtelet ;
(1) Le 31 décembre 1846, de Nyelé et son co-acquéreur
Le Roux se partageaient ces deux arpents qu'ils avaient acheté. « En contre
échange ledit Nyelé et Le Roux cèdent aux dits Chassebras, avec garantie,
(2) Archives
Nationales, Terrier de Sainte-Opportune, S. 1679, Ensaisinements, 1630-1639.
fol. 76 r. et v.
(3) Acte de baptême de Nicole Clément : « Le 30 juillet
- 167 -
ment depuis sept mois, d'une femme qui lui avait
donné dix enfants dont huit étaient vivants » (1).
Maître de Niellé était donc
propriétaire, au Clos de Halliers, de trois arpents et demi environ lorsqu'il
mourut, vers la fin de l'année 1663, ayant partagé, le 17 janvier 1661, ses
biens avec sa soeur Nicole, femme de Roger Le Marchand (2). Il s'était occupé de
mettre en valeur sa propriété nouvelle, d'abord en demandant, à différentes
reprises, avec les propriétaires voisins, que
Il soutenait au
moment de sa mort un procés « contre les dames de Montmartre qui auroient un
droit de cinq sols par chacun arpent de marais en quelques endroits du Clos des
allieres et quatre sols parisis sur aucuns autres endroits dn meme clos dans la
scituation designée et remarquéé au proces ». Ces droits, selon les
demanderesses, avaient été réglés entre elles et le chapitre de
Saint-Germain-l'Auxerrois, qui disputait toujours ces terrains à celui de
Sainte-Opportune, par une transaction
(1) BOILEAU, édit. Gidel, I, p. XII. JAL (Dict. de Biographie p. 239-240) signale le contrat de mariage « de Jean Dongois et d'Anne Boileau, à la date de Janvier 1633 » parmi les minutes de l'étude Demas (Le Monnoyer). Gilles Boileau se remaria le 15 avril 1630; sa plus jeune fille Anne avait quatorze mois.
La
mère de Boileau mourut peu après sa naissance «le lundy dernier jour de may
1638 ». Elle fut inhumée à Saint-Nicolas-des-Champs où elle avait été baptisée.
Boileau a composé pour sa mére l'épitaphe suivante, en 1670:
Epouse d'un mari doux, simple, officieux,
Par la même douceur je sus plaire à ses yeux :
Nous ne sûmes jamais ni railler, ni médire.
Passant, ne t'enquiers pas si de cette bonté
Tous mes enfants ont hérité.
Lis seulement ces vers et garde-toi d'écrire.
(2)
Le Marchand, sieur de l'Hauteisle, était avocat au Parlement. Sa veuve, née en
1604, mourut en 1698 et fut inhumée à la Sainte-Chapelle basse. Boileau signa à
l'acte mortuaire (JAL. p. 239-240).
(3) Voir, dans
01 1577, les pièces 9 à 15. Le 29 janvier et le 30 juin 1645, ses
propriétaires « le long de la ruelle qui conduit de la rue des poissonniers au
faubourg de Montmartre appelé
- 168 -
du 24 mars 1431, « par laquelle il se voioit que la
quanton sur lequel lesdites relligieuses demanderesses auoient droit de prendre
ledit droit de cinq sols parisis et de 4 sols parisis dans ledit clos aux
ailiers mesurez et refiles reuenoient a 32 arpens de terres venantes et
commençantes à une borne joignant la voirie de
En conséquence, de
Niellé fut condamné, le 8 février 1661, « comme détempteur de la maison et des
lieux qui en font partye », à payer « 29 années d'arrerage dudit droit de dixme
a raison de 4 sols parisis par chacun arpent sur les vns et 5 sols parisis sur
les autres » (1).
Le vieux procureur ne
se tint pas pour battu et fit appel. Mais il mourut sur ces entrefaites, et ses
héritiers, continuant le procès, furent définitivement condamnés par sentence
du 12 février 1664.
Dans l'estimation des biens
de de Niellé, qui furent partagés, le 15 mars 1666, le xxi. lot de
l'inventaire, formant le sixième lot des immeubles : « Une maison scis au
fauxbourg St-Anne, rue bergere, Et Jardin.., estimez a la somme de xiiiim
livres », forma avec le lot xxii : « une maison a
(1) Voir appendice II, le texte de ce jugement.
(2) Deniellé avait dû se marier deux fois ; sa première femme s'appelait Elisabeth Nion.
- 169 -
tuait son procureur général Jean
Dongois, greffier au Châtelet, devenu le premier mari de sa fille Elisabeth.
Jean Dongois
était le beau-frère de Boileau, et lorsqu'il devint veuf, d'Anne Boileau il se
remaria avec Elisabeth de Nielé. Né en 1604, il avait été greffier civil du
Parlement jusqu'en 1669, et de la Chambre de l'Edit ; mort en 1685, dans sa 81e
année, il fut inhumé à la Sainte-Chapelle, où les Boileau avaient leur
sépulture. De son premier mariage Jean Dongois avait eu au moins trois
fils : Jacques, Nicolas (1634-1717) et Gilles (1636-1708), et deux filles,
Charlotte (1638-1719) (2), et Anne
(baptisée le 20 juin 1637), l'une et l'autre, par conséquent, à peu près du
même âge que leur oncle Boileau-Despréaux. Il sera question tout à l'heure des
deux fils.
Jean
Dongois, étant devenu le gendre de sa grand'mère maternelle et son procureur
général, ne tarda pas à se rendre acquéreur, au Clos des Halliers, d'une moitié
de maison et jardin et totalité d'un marais de deux arpents, moyennant le prix
de
A peine la
première sentence était-elle délivrée, qu'on réclamait à Me Jean
Dongois le « dixième denier de la valeur des clostures et Bastimens faits dans
les fauxbourgs de Paris au delà des Bornes plantées en l'année 1638. » Me
Dongois prit alors sa belle plume de procureur et rédigea une pétition
« Au Roy ». Il y expose qu'il « a esté obligé de prendre en payement une
vieille maison qui tombe en ruynes, scituée rue Bergère proche le fossé de
(1) Elle épousa, 1° le 22 avril 1660,
Nicolas Gantelier, avocat au Parlement ; 2° le 9 novembre 1668, Henri de
Bressec, sieur de la Chapelle, secrétaire chez Lamoignon, puis contrôleur des
Bâtiments du Roy.
(2) Voir appendice III.
- 170 -
au logement des soldats des gardes
qui sont quelquefois jusqu'au nombre de huit et par cette raison, inhabittée et
habandonnée (sic) y ayant plus de quatre ans qu'il nya aucun loccataire et que
le suppliant nen retire aucuns loyers. »
Nonobstant cette réclamation, Dongois paya
Le 11 août 1681, enfin il acquérait de
Ce n'était
pas d'ailleurs la seule opération que Dongois faisait avec Mlle Dausbourg : le
19 août, quelques jours aprés la vente, celle-ci lui cédait, « la somme de deux
mille deux cens livres à prendre sur la somme de six mille livres de principal
et arrerages a elle deux par la succession de Me Guillaume Le
Roux... par contrat passé par devant Lefoyn notaire... le 26 avril 1661 au
profit dudit Guy Dausbourg. » Il versait
Avec cet
arpent, Jean Dongois reconstituait l'héritage de de Niellé et des Chassebras.
Il mourut l'année suivante. Sa veuve se remaria bientôt avec Me Paul
Mattot, docteur en médecine, qui lui même était veuf et devait être déjà allié
aux De Niellé. Mattot avait trois enfants : Pierre-Alexandre, qui
devint docteur régent en médecine de la Faculté
- 171 -
de Paris (1), Elisabeth et Marie-Angélique, interdite. Après la
mort de sa mère qui avait survécu à son second mari, en 1712, par suite d'une
nouvelle licitation, Nicolas Dongois, son fils, redevint, propriétaire de ces
mêmes terrains (2).
Né en 1634,
Nicolas Dongois, qui fut le grand homme de la famille et dont Boileau disait «
mon illustre neveu », mourut le 24 juillet 1717, chargé d'ans et
d'honneurs ; « Dongois, greffier en chef du Parlement, qui s'était bien
réjoui en sa vie de la rareté de ces deux hommes (Harlay et Busenval), mourut
en même temps, à quatre-vingt-trois ans, et fut universellement regretté, dit
Saint-Simon. C'était un très honnête homme, très droit, extrêmement instruit et
capable, qui faisoit très supérieurement sa charge, fort obligeamment,
très-considéré du Parlement, qui avoit souvent recours à ses lumières, en
beaucoup d'occasions, et qui avoit au dehors et parmi les seigneurs et à la
cour beaucoup d'amis » (3).
Le neveu de
Boileau eut successivement les fonctions suivantes, au cours de sa longue
carrière : premier et principal commis au greffe civil, greffier d'audience de
Dongois ne
jouit pas même un an de sa charge de protonotaire. Il fut inhumé, comme sa
famille et celle de Boileau, à la Sainte-Chapelle, où
(1) Alexandre-Pierre Mattot, figure en 1699, dans l'Armorial général de France, Paris, I,
688.
(2)
Voir Appendices IV.
(3) SAINT-SIMON, Mémoires,
édit. de 1874, t. XIV, p. 87. Cf. II, p. 239 (année 1702).
(4) Archives Nationales, Registre O1 31.
- 172 -
le poète son oncle reposait depuis
plus de six ans, dans la chapelle dite du Cimetière, aménagée par ses soins (1).
Jurisconsulte
érudit et estimé, l' « illustre neveu » de Boileau compila un Recueil tiré des registres criminels du
Parlement, de 1312 à 1603, et un travail sur les Pairs de France dont le
manuscrit est conservé aux Archives nationales (2).
Son frère,
Gilles, chanoine de la Sainte-Chapelle, conseiller aumônier du Roi, prieur de
Pont-Sainte-Maxence, né à Paris en 1633, filleul de Gilles Boileau, son grand-père,
mourut en 1708. Il est souvent question de lui dans la correspondance de Racine
avec Boileau. Il laissa à sa mort un travail très important sur la
Sainte-Chapelle, des mémoires « mis en ordre après son decez par l'abbé Charles
du Tronchay, 1709 », qui ont été utilisés en partie par le chanoine Morand
(1790) (3).
Bon
Bourgeois qui se crut un homme d'importance,
selon le mot de Voltaire (4), Nicolas Dongois ayant épousé, en 1660, Françoise Le
Marchand, de famille noble, était propriétaire de la seigneurie de l'Hauteisle,
près de Triel, et déclarait, le 2 mars 1698, comme « écuier, conseiller
secrétaire du Roy, maison et couronne de France, de sa cour de Parlement,
greffier de
(1) L'inhumation de Boileau (décédé le 13 mars
1711) avait eu lieu « en présence de messire Jacques Boileau.... son frère, de
messire Pierre Gilbert de Voisins, président en
(2) Archives Nationales, K 620. Voir dans le Mercure de France (Juillet 1747) une
nécrologie de Dongois.
(3) Ces Mémoires sont
conservés aux Archives Nationales, LL. 630 à 633. Cf. L. MEISTER, Le neveu de Boileau (Mémoires de la Soc.
acad. de l'Oise, tome XVIII, 1901), M. BRENET, Les Musiciens de la Sainte-Chapelle (1910), et sur les familles
Dongois et Boileau en général. RAUNIÉ, Epitaphier
du Vieux Paris (Hist. gén. de Paris), tome II, nos 962 et
suivants.
(4) Voltaire, dont le père, M. Arouet, après avoir été
notaire, devint, « receveur des épices», et collègue de Dongois, s'est
aussi moqué dans son Epître à Boileau des
ridicules de ce neveu, chez qui on l'avoit souvent mené étant enfant.»
(FOURNIER, Livre commode, p. 39, note
1).
On connaît les vers ironiques de Voltaire à Boileau :
Je vis le jardinier de ton jardin
d'Auteuil
Qui, chez toi, pour rimer, planta le chèvre-feuil.
Chez ton neveu Dongois, je passai mon
enfance ;
Bon bourgeois qui se crut un homme
d'importance.
- 173 -
chevron de gueules accompagné de trois molettes de
sable. (1) Son
frère Gilles, « chanoine de la Sainte-Chapelle royale du Palais de Paris », portait
: « d'argent à un chevron de gueule accompagné de trois mouches de sable,
deux en chef et une en pointe » (2).
Françoise-Geneviève Dongois,
fille de Nicolas, épousa le 20 septembre en 1683, Pierre Gilbert de Voisins (3). De famille de robe, comme
les Boileau et les Dongois, Pierre-Gilbert de Voisins était issus des seigneurs
de Voisins-le-Bretonneux (Seine-et-Oise), qui vivaient à Paris depuis le XVe
siècle. Pierre Gilbert, né le 11 novembre 1656, mourut le le juillet 1730. Sa
femme, Geneviève Dongois, avait hérité de son grand-oncle Boileau d'une somme
de
Gilbert de Voisins eut trois fils : Gilbert de
Voisins, marquis de Villennes, avocat au Châtelet, conseiller au Parlement,
etc., né le 13 août 1684 et mort le 20 avril 1769 (3); Gilbert de Voisins,
conseiller d'Etat, et Gilbert tout court, greffier en chef du Parlement,
(1690-1767), mort célibataire. Le 13 avril 1743, les trois frères partagèrent
l'héritage de leur mère. Le marquis de Villennes recut, pour sa part, les
maison set terrains du Clos des Halliers, qu'il revendait, moyennant
Comment les Menus
plaisirs du Roi, c'est-à-dire les ateliers de fabrication et les magasins de
conservation des objets et habillements de toute
(1) Armorial général de France, Paris, I, p. 879 et 1073. Les Boileau portaient : « de gueules au chevron d'argent accompagné de trois molettes d'or ». Le beau-père de Dongois, Roger Le Marchand, sieur de l'Hauteisle, avait épousé la sœur de Deniellé, Nicole (1604-1698). Sa femme, Françoise Geneviève, était leur fille unique. N. Dongois était donc, par sa mère, petit fils de de NIELÉ, tandis que sa femme en était la nièce.
(2) Voir LEBEUF, Hist. du diocèse de Paris, tome III.
(3) Armorial général de France, Paris, I, 907 : « Pierre
Gilbert, Chevalier, seigneur de Voisins, conseiller du Roy, président en la
seconde (Chambre) des Enquêtes et Françoise Geneviève Dongois, sa femme.
Portent
d'azur une croix angrelée d'argent contournée de quatre croissants d'or accolé
et d'argent à un chevron de gueules accompagné de trois mouches de sable.
(4) Elle mourut à Paris, le 27 février 1743, âgée de soixante-quinze ans.
- 174 -
sorte nécessaires aux spectacles de
la Cour et aux pompes royales et princières : naissances, baptêmes, mariages,
sacres, enterrements etc., furent-ils amenés au milieu de ces marais, dans ce
faubourg Sainte-Anne ? Nous ne le savons pas exactement ; mais quelques
lignes du Journal de Papillon de La
Ferté, ce « potentat musical », ce « roi de coulisses », dont M. Adolphe
Jullien a retracé jadis la fin de carrière, nous laissent cependant deviner la
spéculation faite, aux marais de
« M. le duc
d'Aumont, m'ayant mandé hier à Versailles, écrit La Ferté, le 28 juin
Jusque-là,
les « effets des Menus », lit-on dans un mémoire manuscrit du temps de Louis
XVI et de la rédaction des bureaux de M. de La Ferté, avaient changé assez
souvent de dépôt. « Les Registres des Dépenses des Menus... qui commencent à
l'année 1614, tems du mariage de Louis 14 (sic)
pourroient fournir une Epoque assez reculée. En 1683, tems du décès de la Reine
», ils sont déposés aux Tuileries. En 1692, à Fontainebleau, on commence à se
préoccuper de la conservation des objets qui servent aux fêtes et cérémonies,
qui étaient remis généralement à la garde des entrepreneurs et ouvriers qui les
avaient fabriqués.
« L'année suivante 1693 est la première où l'on donne le nom de Magazin aux lieux ou l'on conservoit les effets des Menus. » Il y eut un magasin aux Tuileries, « où sont les habits pour les Ballets et les Pompes funèbres. » Mais il n'y avait pas encore de garde-magasin (cette place devait être créée pour Lévêque, en 1752) ; le personnel se composait seulement d'ouvriers qui transportaient les objets nécessaires ou les conservaient chez eux. Le magasin resta aux Tuileries jusqu'en 1721 « qu'il fut établi aux (sic) vieux Louvre ». C'étaient à la fois un magasin et des ateliers de
(1)
Antoine Hébert, était conseiller et trésorier de l'argenterie et
trésorier-général des menus plaisirs et affaires de la chambre du Roi depuis
1725. Il l'était encore à la veille de la Révolution.
(2) E. BOYSSE, Journal
de Papillon de La Ferté (1756-1780), p. 75.
- 175 -
tailleurs, brodeuses et peintres,
qui furent installés « à l'occasion du Ballet des quatre Elemans (1), représenté pour la première fois sur le Théâtre de la
Gallerie des appartemens du Roy au palais des Thuilleries le 31 décembre de cette
année 1721. »
En 1753, les
vêtements, décorations, etc., s'étaient accumulés depuis trente ans, on loua
une salle à
« En 1757 Le
Roy aïant donné l'ordre d'achever le bâtiment du vieux Louvre, on délogea de ce
Magazin les effets des Menus dont on transporta une partie quay de Conty à
l'hotel de ce nom, qui étoit vaquant pour lors, où ils ne restèrent que
quelques mois : car cette même année on loua une maison à la chaussée d'Antin (3), ou est actuellement le Dépôt des Gardes françoises,
on y transporta les Effets des Menus, et en 1758, les Bureaux y furent Etablis.
»
Ce magasin,
devenu bientôt insuffisant à son tour « pour contenir les effets du Roy, et n'y
ayant point dans cette maison des Emplacemens assez vastes pour les travaux des
Peintres et pour ceux des Tailleurs, Couturiers et Brodeuses Employez pour
l'Etablissement des grands Spectacles, Sa Majesté jugea a propos d'acheter du
Sieur Levesque Garde Magazin un grand terrein rue Bergere sur lequel Elle a
fait construire un hotel et Magazin assez vaste pour contenir les effets
servant aux spectacles et aux Catafalques : un Theatre pour les repetitions des
Opera, une salle d'assemblée pour MM. les Premiers Gentilshommes de la Chambre
: des logemens pour le Garde Magazin et les commis nécessaires aux
Travaux ; ce Bâtiment fut commencé en 1760 (sic) : il fut meublé dans la courant de l'année 1764 : Les Bureaux
Etablis et les Logemens habites en 1765 » (4).
(1) Les Eléments,
ballet du roi, en 4 entrées et un prologue, musique de Lalande et
Destouches, paru le 29 mars 1725 sur la scène de l'Opéra.
(2) Voir, pour cette année-là, par exemple, le
«Mémoire de la Dépense faite par le S. Lévêque pour le déménagement des Effets du
Roi qui étaient à la Salle des Machines et que l'on a transportés tant dans les
magasins du Louvre, qu'à Versailles et dans un magasin qu'on a loué à
(3) Numéro 2 actuel de la rue de la Chaussée d'Antin,
au coin du boulevard. C'est dans l'immeuble qui porte ce numéro qu'est mort
Rossini.
(4) Arch. Nat., 01
- 176 -
Un autre rapport, qui conclut à l'utilité du magasin général des Menus, menacé de suppression, en 1780, s'exprime ainsi :
« Le feu Roi, ayant pensé qu'il était plus économique
de réunir, comme au Gardemeuble, tous les effets des Menus qui s'étaient fort
augmentés par les circonstances des fêtes et des cérémonies, et par le soin
qu'on avait eu de veiller à leur conservation, se détermina à ordonner en 1765
la construction du Magazin général de
Enfin la proposition suivante est formulée dans une note anonyme et sans date, mais vraisemblablement du début de 1764 :
« On propose
de livrer au Roy au premier avril 1764 le terrein et les batimens nécessaires
pour composer l'hotel des Menus moyennant la somme de
Bien que les papiers qui subsistent ne l'indiquent pas clairement, leur lecture attentive permet de supposer avec vraisemblance que le sieur Levesque et ses collègues Hébert et Girault ne s'étaient pas engagés à la légère dans une acquisition de 4 arpents et demi de terrains au Clos des Halliers ce n'était, somme toute, qu'une de ces spéculations habiles,
(1) Les Menus
possédaient d'autres magasins, notamment à Fontainebleau, à Compiègne et à
Versailles.
(2) Arch. Nat. 01
- 177 -
aux frais du prince, dont les fonctionnaires ou employés
des Menus semblent avoir eu, sinon le monopole, du moins
(A suivre.)
J.-G. PROD'HOMME.
***
- 178 -
NÉCROLOGIE
Si 1911 avait été pour nous une année joyeuse, consacrée à la célébration des 25 ans de notre existence, 1912 fut, par contre, attristée par la disparition rapide des meilleurs de nous tous, de ceux des derniers survivants de cette phalange respectée qui avait contribué à la fondation du « Vieux Montmartre », et qui, après avoir été à la peine, venait d'être à l'honneur : JACQUES-CHARLES WIGGISHOFF, CHARLES SELLIER, EUGÈNE COMPAN.
***
JACQUES-CHARLES WIGGISHOFF
est né le 25 Avril 1842, sur le sommet de la Butte, impasse Traînée, n° 3
(ancien 37), dans un de ces rares coins de Montmartre ayant conservé encore
leur aspect pittoresque d'autrefois.
Son père
était lui-même né à Montmartre, où il exerçait la profession de
menuisier ; et son arrière-grand'père maternel avait été meunier du moulin
de la Turlure, situé à gauche de la rue actuelle du Mont-Cenis.
Sa mère,
devenue veuve en 1850, s'établit mercière rue du Mont-Cenis n° 9, où Wiggishoff
passa sa jeunesse.
D'abord
employé de commerce, il devint par la suite fabricant de parfumerie à
Clignancourt, 153, rue Marcadet.
Adjoint au
maire du XVIIIe arrondissement en 1882, puis maire de 1889 à 1899,
il était en 1898, nommé chevalier de la Légion d'Honneur.
Ce
Montmartrois de Montmartre fut un de ceux qui, le 4 Juin 1886, fondèrent au
Rocher Suisse, notre société, « Le Vieux Montmartre », dont il devint le
Président effectif de 1894 à 1907, époque où désirant se reposer, il fut nommé
Président honoraire.
- 179 -
Chercheur infatigable, esprit original, savant modeste, J.-C. Wiggishoff, dans une causerie pleine d'une spirituelle bonhomie « Conseils aux débutants », faite a la Société « Le Vieux Papier », le 24 Novembre 1908, s'est plu à raconter brièvement quelles furent les occupations intellectuelles de son existence :
« Comme le moi est haïssable. je vais vous
conter l'histoire d'un de mes meilleurs amis.
C'était un
brave garçon d'une vingtaine d'années, fortement épris de tout ce qui touchait
à l'ornementation des livres. Disposant de peu de temps et d'argent, il
bouquinait le dimanche sur les quais, ramassant des titres de livres, des
marques d'imprimeurs, etc.
Malheureusement,
il était trop curieux, il voulut connaître tous ces imprimeurs, dessinateurs,
graveurs, dont il lisait les noms sur toutes les petites pièces ; ce fut alors
la recherche d'ouvrages spéciaux et surtout d'une infinité de catalogues de
vente de livres, qui furent pour lui une mine d'innombrables
renseignements ; il se confectionna pour son usage quelque vingt-cinq ou
trente mille fiches, sur ces artistes et artisans, puis sur les libraires, les
bibliophiles, etc., etc. Cela dura une quarantaine d'années, à cause de son peu
de loisirs. Pendant ce temps-là, le temps marchait et il ne s'en aperçut que
lorsque la faux du terrible vieillard frappa autour de lui en l'égratignant
lui-même.
Il se
réveilla alors comme d'un long sommeil. avec ses collections en vrac et toutes ses notes que l'âge et
les infirmités lui donnent aujourd'hui la plus grande peine à mettre quelque
peu en ordre.
Cette petite
histoire, trop longue encore pour votre patience bienveillante, n'a d'autre but
que de donner plus de force au premier conseil que je donnerai à ceux qui
entrent dans la carrière : celui de chercher de bonne heure à s'orienter,
de ne pas se laisser dévoyer en s'éparpillant dans différentes voies. »
Hélas! la
faux du terrible vieillard ne devait pas tarder à le frapper à son tour, car,
le 2 Avril 1912, il s'éteignait a son domicile, 153, rue Marcadet.
Au cimetière
de St-Ouen, où il repose dans un caveau de famille, notre collègue Victor
Perrot, au nom du « Vieux Montmartre », en l'absence de son Président empêché,
a prononcé ces paroles d'adieu :
« Au nom du Vieux Montmartre, je viens, sur ce quai
de départ des Grands Voyages, apporter à notre vénéré collègue, au moment de
cette séparation plus ou moins longue, notre souvenir ému et reconnaissant et
le témoignage de notre profonde affection.
Ma mission
est douloureuse et pourtant elle m'est facile à remplir, car je n'ai qu'à
laisser parler mon cœur.
- 180 -
Il y a quinze jours à peine, dans un déjeuner hebdomadaire d'amoureux
de Paris, auquel il se faisait un plaisir d'assister régulièrement, on
discutait sur une date là fixer pour commémorer par une promenade l'anniversaire
de la fondation de cette réunion.
Comme
certains d'entre nous proposaient la belle saison, il protesta en riant contre
cette époque lointaine : « N'oubliez pas, dit-il, qu'il y en a parmi nous qui
ne peuvent attendre ! »
C'est avec cette
bonhomie charmante que, pour ne pas nous attrister, il nous annonçait son
prochain départ. Ce trait peint l'homme.
Faut-il vous
parler de sa vie, de son caractère, de ses savants travaux ?
C'est
inutile.
Vous
connaissez tous en effet cette loyale figure bien montmartroise que
personnifiaient un grand bon sens et une pointe d'ironie malicieuse, qui
n'était souvent qu'une larme frôlant si délicatement sa joue, sans la mouiller,
qu'elle finissait par disparaître aussitôt dans le pli d'un bon sourire.
Il vivait au
grand jour. Ce fut l'honnête homme dans la plus belle acception du mot.
Mais pour
nous autres, Parisiens ou Montmartrois du XVIIIe arrondissement,
moins âgés que lui, il était l'ancêtre. Avec sa physionomie de patriarche, il
incarnait le Montmartrois d'autrefois, le Montmartre des moulins à vent, des
champs, des vignes, des sentiers bordés d'aubépine et des ruelles ombragées de
grands arbres, et, au fur et à mesure que ce Montmartre de l'âge de la verdure
s'en allait pour faire place au Montmartre de l'âge de la pierre de taille.
nous constations avec peine que notre vieil ami disparaissait chaque jour avec
lui.
On pouvait
dire Montmartre se meurt...
Maintenant !
Montmartre est mort !
Pourtant
non, le Vieux Montmartre, cette
société dont il fut l'âme et qui, aujourd'hui, s'identifie davantage encore
avec l'un de ses fondateurs, est là qui veille..., faisant revivre le passé par
le souvenir, le souvenir ! cette résurrection si délicieusement triste des
êtres et des choses que nous avons aimés.
C'est pourquoi,
mon vieil ami, je vous aperçois qui m'écoutez en ce moment tout en roulant
votre perpétuelle cigarette.
Il me semble
que vous êtes déjà revenu parmi nous ; vous n'avez donc pas été bien
loin ; je m'en doutais un peu en commençant, car, né à Montmartre, vois
n'avez jamais pu dépasser Paris.
Et en nous
voyant réunis autour de vous, le fin sourire qui plisse votre lèvre ne peut
arriver, cette fois, à dissimuler les grosses larmes qui tombent lourdement sur
votre barbe blanche, devant l'émotion filiale qui nous étreint tous.
Vous êtes
toujours des nôtres.
A
demain ! »
- 181 -
Un essai bibliographique des œuvres de J.-C. Wiggishoff a été fait par le baron du Roure de Paulin dans le numéro de Juin 1912 des Archives d'Ex-Libris.
En ce qui concerne
Montmartre, voici la liste de ses articles insérés dans notre bulletin :
1887 -
Fascicule 4, p. 34-36 : Bibliographie
montmartroise.
1889 -
Fascicule 10, p. 22-23 : Renseignements
bibliographiques.
1895 - Tome
I, p. 44 : Galimafré.
1898 - Tome
II, p. 145 : Les anciennes voies
publiques et lieux dits du XVIIIe arrondissement.
1905 -
Fascicules 49-50 : Deux saisies de
livres à la Chapelle. (1719-1720)
1908 -
Fascicules 39-60 : La Maison gothique de Montmartre. Le Comte Ch.
de l'Escalopier, ses livres, sa bibliothèque.
1908 -
Fascicules 61-62 : Un Drame à
Montmartre.
Enfin,
quelques jours avant sa mort, il avait publié une petite notice d'archéologie
parisienne pleine de bon sens et d'humour : L'Affaire Boccador-Chambige.
***
CHARLES SELLIER est
né à Paris, Rue St-Georges (Montmartre intra muros) le 11 Décembre 1844.
Fils d'un
ingénieur civil, il débuta dans les Ponts et Chaussées comme conducteur, puis
après la guerre de 1870, qu'il fit comme sous-lieutenant, il resta attache à la
construction des forts des environs de Paris en ce qui concernait
l'architecture et les maisons d'habitation.
En 1879, il
entra comme sous-chef à la Compagnie des Chemins de fer du Nord, chargé des
projets à exécuter, puis en 1889, il s'établissait à son compte comme architecte-vérificateur
et dirigeait la construction de maisons de rapport à Paris et de maisons
bourgeoises dans la banlieue.
Mais Charles
Sellier avait une passion : l'archéologie parisienne qui l'amena à être l'un
des fondateurs du « Vieux Montmartre », dont il fut le premier
Président, et, en cette qualité, il assura, secondé par Wiggishoff et Delcourt,
la conservation de notre vieille église St-Pierre.
Aussi, en
1896, il abandonnait sa profession, quittait Montmartre où il n'avait jamais
cessé d'habiter et allait s'installer rue St-Louis-en-l'Ile, n° 5.
- 182 -
Il venait, en effet, d'être nommé Conservateur-adjoint du Musée Carnavalet et Inspecteur des fouilles de la Ville de Paris, succédant dignement à Vacquer.
Officier de l'Instruction
publique, Secrétaire de la Commission du Vieux-Paris, Charles Sellier
s'éteignait le 12 avril 1912, après une douloureuse maladie.
Depuis une
quinzaine d'années, absorbé par ses importantes fonctions et par ses travaux
d'archéologie, Charles Sellier n'assistait plus à nos séances ; mais nous
savions qu'il s'intéressait toujours à nos efforts, et son souvenir était resté
bien vivant parmi nous.
Aussi, en
raison des services qu'il avait rendus au « Vieux Montmartre », de ses
recherches historiques sur la Butte, l'avions-nous nommé en 1907 Président
honoraire, modeste hommage des jeunes à leur ancien, un grand savant.
L'Oeuvre
parisien de Ch. Sellier est considérable. M. Georges Hartmann dans le
« Bulletin de la Cité », n° de Janvier
Voici, au point de vue montmartrois, une nomenclature certainement incomplète de ce qu'il a écrit ou publié :
1° - Dans
les journaux et revues :
LE RAPPEL
1885 - 15 Octobre. Les
Moulins à Vent.
PARIS-MONTMARTRE
1886 - 13 Juin. La
Société du « Vieux Montmartre ».
30 Octobre. Les Moulins à Vent.
11 Décembre.
La Pierre tombale de Marie-Anne de
Gaillardon.
18 Décembre.
Une borne limite du règne de Louis XV à
La Chapelle.
LE MOT
D'ORDRE
1886 - 5 Septembre. Les bas-reliefs
de l'Avenue des Tilleuls.
1887 - 12 Mars. Le Vieux Montmartre
: Un dicton oublié.
19 Avril. Les découvertes de Montmartre.
15 Juin. Montmartre- Volcan.
MONTMARTRE-LA
CHAPELLE
1887 - 15 Mai. Le Vieux Clignancourt.
18 au 24
Septembre. Le sculpteur Pigalle et la mire de Montmartre.
Un baptême à Montmartre sous Louis
XV.
15 Octobre. Légende de Saint-Denis et de ses compagnons martyrs.
- 183 -
16 au 22 Octobre. Le siège de l'Abbaye de Montmartre.
30 Octobre
au 12 Novembre. Un enterrement à
Montmartre en l'an III de la République.
20 Novembre
au 10 Décembre. La Crémation des morts à
Montmartre en l'an VII de la République.
31 Décembre.
Les Anes de Montmartre.
1888 - 15 Janvier. La rubrique de
Montmartre.
21 Janvier. Le Mont-Marat.
28 Avril. Histoire de l'Académie de Montmartre.
12 Mai. Bourgeois de Montmartre.
26 Mai. Le nom de Montmartre.
9 Juin. Les Ateliers de Montmartre en 1789.
19
Septembre. Alphonse Karr et le Vieux
Montmartre.
6 Octobre. Le Tivoli et le grand Poirier.
1er
Décembre. Philibert Delorme à Montmartre.
22 Décembre.
La tombe de Pigalle.
LE NATIONAL
1889 - 31 Mars. L'Eglise St-Pierre de Montmartre.
LES DÉBATS
1889 - 30 Mars. Pour St-Pierre de Montmartre.
SUPPLÉMENT
DU FIGARO
1889 - 23 Mars. L Vieux Montmartre ; les moulins à vent.
LA NATURE
1890 - 3 Mai. Montmartre-vignobles.
1891 - 4 Janvier. Les Fontaines de Montmartre.
LE PETIT
BIBLIOPHILE
1894 - Avril.
Curiosité du Vieux Montmartre.
Mai. La mire du Nord.
Juillet. René Ponsard.
11 Octobre. Montmartre légataire de François Villon.
LES AMIS DES
MONUMENTS
1897 - 30 Mars. L'Église St-Pierre de Montmartre.
L'ÉCLAIR
1900 - 13 Octobre. Saint-Denis, c'est Bacchus.
- LXV -
ACTES DE LA SOCIÉTÉ
***
PROCÈS-VERBAUX
***
SÉANCE DU 5 JANVIER 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
M. Emile Gevray, architecte, 49, rue
Caulaincourt, présenté par MM. Delarue et Cortaillod.
Mademoiselle
Adèle Nautré, 47 bis, rue d'Orsel,
présentée par MM. Cortaillod et Maës.
M. Auguste Tricaud, avoué honoraire, 10,
rue de la Terrasse, présenté par MM. Le Senne et Mareuse.
M. Ballaguy, 22, rue
Saint-Vincent-de-Paul, présenté par MM. Prod'homme et Lazard.
Dons
M. Le Senne pourvoit comme précédemment à
l'assurance de notre Musée contre l'incendie.
MM. Cortaillod, Delarue, Jouglas, Edm. Faucheux et Gaignette fournissent des journaux et
illustrations sur Montmartre.
M. Gershon, un dessin de sarcophage ancien
trouvé sur la Butte.
- LXVI -
Communications
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de Novembre.
M. Cortaillod rend compte de l'assemblée
de la Société de Protection des Paysages où il était délégué.
M. de Crauzat termine la lecture de son
étude sur les théâtres de Montmartre et de la banlieue.
M. Prod'homme fait l'historique des
terrains occupés, au XVIIIe siècle, par l'Hôtel des Menus Plaisirs
du Roi (devenu plus tard le Conservatoire de Musique), et des origines du
quartier.
***
SÉANCE DU 2 FÉVRIER 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
M. Georges Kœnig, 25, rue Rodier, présenté
par MM. Gershon et Valencien.
M. I. Martinole, 74, rue de Dunkerque,
présenté par MM. Gershon et Jacques Meyer.
M. Louis Cuntz, publiciste, 67, rue
Rochechouart, présenté par MM. Taillefer et Cortaillod.
Dons
M. Mauzin nous remet, pour notre Musée, de la part de M. E. Kleinmann, le timbre
de la commune de Paris (XVIIIe arrondissement) et une médaille du
Bureau de Bienfaisance du XVIIIe arrondissement gravée par notre
collègue M. Georges Lemaire.
M. H. Aubry acquitte pour notre Musée la
prime d'assurance annuelle contre le vol.
M. Jacques Doucet nous envoie un
exemplaire de son Répertoire d'Art et d'Archéologie.
MM. Cortaillod et Delarue nous remettent des photographies ayant trait à
Des
prospectus nombreux nous sont fournis par MM. Jouglas, O'Kelly de Galway et Grangez
et des journaux et extraits par MM. Prod'homme,
Besson, Delarue, Gaignette, Deglesne et
Gershon.
M. Le Senne donne une brochure : le «
Magasin de Décors de l'Opéra, rue Richer », qui complète une conférence récente
de M. Prod'homme.
M. A. Meusy envoie un passeport délivré à
son grand-père et une lettre de celui-ci citant un épisode du coup d'Etat, rue
de
- LXVII -
Communications
M. Le Senne nous lit, dans le Mercure de France de ce mois, un article
résumant les regrets causés par le bouleversement de la Butte.
M. Jouglas, extrait des notes du journal le Peuple (1849).
M. Gaignette souligne, dans le journal la Butte la publication par M. l'abbé Patureau de deux vieux manuscrits
donnant des renseignements inédits sur Saint-Pierre de Montmartre et donne
copie, d'après l'Officiel du 11 août
1909, de l'inventaire des églises des XIe et XVIIIe
arrondissements. Il lit aussi des lignes humoristiques d'Ed. Lepage sur l'hôtel
des Deux-Hémisphères.
M. O'Kelly de Galway émet le vœu de voir
ériger, place Pigalle, le buste du célèbre sculpteur relégué au Dépôt des
Marbres et communique le contrat du 5 novembre 1911 portant cession d'une
partie de
A la
dernière promotion des palmes académiques figurent MM. Adolphi et Lenseigne comme
officiers de l'Instruction Publique et Ternois
comme officier d'académie. Nos cordiales félicitations à nos trois
collègues.
***
SÉANCE DU 1er MARS 1912
Présidence
de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
M. André Bertaut, 58, rue de la Rochefoucauld,
présenté par MM. de Crauzat et Lenseigne.
M. René Bertaut, 66, rue de La
Rochefoucauld, présenté par M. de Crauzat et Jarry.
M. Georges Billard, rentier, 46, rue
Lamartine, présenté par M. O' Kelly de Galway.
M. Auguste Leblond, propriétaire, 53, rue
de Rochechouart, présenté par M. O'Kelly de Galway.
Dons
M. Wiggishoff fait hommage à notre
bibliothèque de sa récente brochure : « L'affaire Boccador-Chambiges
».
MM. Cortaillod et Gaignette apportent des journaux et découpures.
- LXVIII -
M. Mareuse, le numéro de l'Illustration montrant les travaux en
cours pour le Nord-Sud visités par notre collègue et dont il nous fait
l'historique, joignant à sa démonstration, le plan Tarride pour le tracé de la
ligne.
M. O'Kelly de Galway donne une photographie
du moulin de poivre récemment abattu.
M. Jouglas envoie quelques lignes sur le
séjour de Regnard, près de Montmartre.
M. Cortaillod mentionne les 8 toiles
concernant Montmartre, exposées au Salon d'Hiver.
M. Lazard signale l'intérêt documentaire
qu'il y aurait à dépouiller les registres de l'enregistrement de Saint-Denis.
Il cite quelques exemples portant sur les années 1792 à 1795.
M. Warnod,
rédacteur à Comœdia, vient de faire
paraître un volume : Le Vieux Montmartre.
Notre
président relate la conférence faite à la Trinité, le 11 Février, par M. l'abbé
Patureau et dans laquelle le curé de Saint-Pierre de Montmartre a signalé la
part prise par notre Société à la conservation de la vieille église.
Nécrologie
Monsieur le Président, fait part du décès de notre collègue le Baron Raoul de Vaux.
***
SÉANCE DU 5 AVRIL 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
Madame veuve
Péguret, 27, rue de Clignancourt,
présentée par Madame veuve Voriot et
M. Hutpin.
Madame veuve
Gieu, propriétaire, 12, rue
Fromentin, présentée par MM. Delarue et Gaignette.
M. Ch. Eug. Baron, artiste peintre, 102
ter, rue Lepic, présenté par MM. Lazard et Cortaillod.
M. Léon Daboncourt, 6, passage de
l'Elysée-des-Beaux-Arts, présenté par MM. Cortaillod
et Gaignette.
- LXIX -
Dons
Photographies
offertes par MM. Cortaillod, Baron, Lane et
Mareuse.
Journaux
apportés par MM. Grangez, Cortaillod,
Baron, Delarue et Gaignette.
Madame veuve
Voriot, fait, à titre gracieux, pour Le Vieux Montmartre un encadrement
artistique à la Tourelle de Clignancourt,
donnée antérieurement par M. Gaignette.
M. Jouglas envoie une brochure : Contes et fantaisies de Maurice Donnay.
M. René Bertaut se fait inscrire comme
membre perpétuel et verse à cet effet une cotisation de 100 francs.
M. O'Kelly de Galway apporte la médaille
commémorative de l'inauguration du Sacré-Cœur en Juin 1891.
Communications
Le 24 Mars,
MM. Cortaillod, Hutpin et O'Kelly de Galway reçurent, à notre Musée, 16 membres
de
M. Edmond
Benoit-Lévy fait acquisition d'une collection de nos fascicules et demande
l'inscription, à titre adhérent, de la Société « Les Amis de Paris », dont il
est président.
M. Paul Lacombe, a été nommé chevalier de
la Légion d'Honneur au 50e congrès des Sociétés Savantes.
Nécrologie
Monsieur le Président fait part du décès de nos deux présidents d'honneur : MM. Ch. Sellier et Wiggishoff, et de notre collègue M. Compan.
***
SÉANCE DU 3 MAI 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
Madame la Baronne de Vaux, 48, avenue Kléber,
présentée par M. Gershon.
M. Albert Armand, artiste peintre, 5, rue
Paul-Féval, présenté par M. Gershon.
M. l'abbé A. J. Corbierre, 7, rue
Cassette, présenté par MM. O' Kelly de Galway et Mareuse.
M. M. Michel, 94, boulevard des
Batignolles, présenté par MM. Gershon et Valencien.
- LXX -
M. Raymond Morlet, 20, rue Louis-Philippe,
à Neuilly-sur-Seine.
M. Auguste Klein, commerçant, 18, rue du
Mont-Cenis, présente par MM. Gershon et Jacques Mayer.
M. François Vieussa, ingénieur, 30, rue de
la Rochefoucauld, présenté par MM. Artus et Lazard.
Dons
De M. Le Senne, gravure : Les Insurgés poursuivis dans les carrières de Montmartre (Juin
1848).
De MM. Delarue, Gershon, Edmond Faucheux, Grangez et
Hutpin : pièces électorales,
prospectus, découpures de journaux.
De M. Cortaillod : photographies de sites
montmartrois menacés de disparition.
Communications
M. Mareuse demande rectification à
l'article paru dans le dernier fascicule sur l'attribution du nom de David
d'Angers à
M. Cortaillod indique pour Montmartre, les
sommes attribuées sur la 1re tranche de l'emprunt de 900 millions.
Sur
proposition de M. O'Kelly de Galway, notre
comité adressera à l'autorité ministérielle une pétition demandant le
classement comme monuments historiques de nos deux derniers moulins.
M. Paul Jarry fait une causerie très
appréciée sur le passé, l'histoire et l'iconographie de l'hôtel Rousseau, 66,
rue de la Rochefoucauld.
M. Lazard lit un article fort intéressant
intitulé : Il y a cent ans, une promenade
à Montmartre.
Nécrologie
Monsieur le Président fait part du décès de notre trésorier M. Barbier et de nos collègues Zerlaut et Médrano.
***
SEANCE DU 7 JUIN 1912
Présidence
de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
M. Platon Argyriadès, 76, Grande-Rue, à
Sèvres, présenté par M. Gershon.
M. Joseph-Augustin Nicolas, 5, rue Viteau,
à Saint-Mandé, présente par MM. Baron, Daboncourt et Lazard.
M. André Hermain, artiste peintre, 103,
rue de Vaugirard, présenté par MM. Gershon et Debray.
M. Eugène Berthomier, 8, rue Coustou,
présenté par MM. Gershon et Debray.
- LXXI -
Dons
De M. Marcel Fosseyeux, son auteur, l'ouvrage
intitulé : l'Hôtel-Dieu aux XVIIe
et XVIIIe siècles.
De M. Gershon, 12 photographies, vues diverses
prises dans la propriété sise 1, rue Cortot.
De M. Jouglas, dessin de sa fille Simonne,
encore enfant : Le Sacré-Coeur.
De MM. Mauzin, Cortaillod, Jouglas, Grangez et Gaignette, affiches électorales,
journaux, prospectus, etc.
Divers
Le Congrès des Sociétés photographiques de
France, nous convie à sa fête du 28 Juin.
M. le
Président lit, dans le dernier fascicule du Vieux
Papier le discours prononcé par M. Victor
Perrot, sur la tombe de M. Wiggishoff.
M. Cortaillod signale, au salon des
Artistes Français, un tableau de E. Pernelle, représentant le Moulin de la
Galette.
M. Gaignette cite un entrefilet du Gaulois sur le Montmartre du Canada.
M. Le Chatelier, descendant du géographe
Philippe Buache, a donné à la Bibliothèque de la Ville le dessin de son
ancêtre, daté de 1737 et reproduit dans notre dernier fascicule.
M. Lazard cherche à se documenter sur un
couvent de moines augustins ayant dû exister sur la Butte vers 1664 et sur les
renseignements que l'on peut trouver concernant la grande duchesse de Toscane,
dans les documents italiens réunis par M. Rodocanachi.
Nécrologie
M. le Président fait part du décès de M. Decron, architecte.
***
SÉANCE DU 5 JUILLET 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
M. Henry Decron, inspecteur des Finances,
Sous-Directeur au Ministère des Finances, présenté par MM. Pierre Delcourt et
Delarue.
M. Emile Rivière, Vice-Président Honoraire
de
- LXXII -
M. Laeudlin, ingénieur en chef de la
Société du Gaz de Paris, avenue Trudaine, présenté par MM. de Crauzat et Paul
Jarry.
M. Stéphen de la Tour, sous-chef au Ministère
des Finances, 10, rue de Castiglione, présenté par MM. Delarue et Récappé.
Dons
De M. Cortaillod : cahier bleu, Montmartre La
Chapelle ; premier programme du Coliseum de Paris.
De M. André Warnod : un exemplaire de son livre : Le Vieux Montmartre.
De M. Deglesne : Le Culte du Sacré-Coeur,
discours prononcé à la Chapelle du Sacré-Cœur par le P. Vallée, le 29 Juin
1881.
Divers
Le Conseil municipal de Paris accorde au « Vieux Montmartre » une subvention de 500 francs.
Le dimanche
30 Juin, l'Union Nationale des Sociétés de Photographie de France a parcouru
notre Butte guidée par MM. Blondel, de Crauzat et Paul Jarry.
Le vendredi
précédent une conférence sur Montmartre avait été faite par M. Lazard à la
salle des Fêtes du Photo-Club de Paris, 44, rue des Mathurins.
Communications
M. O'Kelly de Galway fait connaître les
travaux de transformation du square Saint-Pierre.
M. Victor Perrot lit un article de journal
relatant une réunion de délégués des Sociétés artistiques dont le but était de
protester contre l'édification dans les villes de panneaux-réclames.
M. le Président fait connaître la
situation financière de notre Société établie après le décès de notre regretté
trésorier, M. Barbier. Les comptes, ainsi arrêtés, sont approuvés par le
Comité.
M. Delarue veut bien accepter les
fonctions de trésorier et M. Ternois celles
de secrétaire du Comité de rédaction.
***
SÉANCE DU 2 AOUT 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membre nouveau
M. Jean-François Fresnel, avocat
publiciste, 89, rue de Rochechouart, présenté par MM. Chabriez et Delarue.
- LXXIII -
Dons
De M. Saffrey, une brochure : de Montmartre à l'Hôtel des Ventes.
De M. Lazard, son étude sur l'agriculture et
l'alimentation à Montmartre.
De M. l'Abbé Corbierre, l'almanach bénédictin
pour 1910 et 1911.
De M. Jouglas,
De M. Debray, la plaque de
De M. Cortaillod, photographie d'une des
dernières maisons des Porcherons, 19, rue de Rochechouart.
De M. Gaignette, image d'Epinal sur le sire de
Clignancourt.
De MM. Delarue et Grangez, journaux, programmes, prospectus.
Divers
Le Comité
nomme M. Jules Mauzin, Président
honoraire. M. Paul Jarry est inscrit
au Comité de Publication.
M. O'Kelly de Galway demande la
publication dans notre bulletin de 4 plans topographiques montrant ce qu'était
Montmartre en 1843.
Sur
l'initiative de M. Kleinmann, la
ville s'est rendu acquéreur, au dernier Salon, du Moulin de la Galette, tableau de Pernelle, dont photographie est
demandée à l'auteur, pour notre Musée.
Par suite de
modifications dans l'immeuble, 42, rue d'Orsel, nous devons consentir une
augmentation de loyer de 50 francs.
Au nom du Vieux Montmartre, Monsieur le Président
félicite pour distinctions obtenues :
Madame Veuve Meusy, ambulancière volontaire
pendant le siège et MM. Toussaint-Martel et
Grangez, médaille commémorative en
1870.
M. Hutpin médaille de bronze de la
Mutualité.
M. Gaignette, rosette d'officier de
l'instruction publique décernée à la fête annuelle de l'Encouragement au Bien.
***
SÉANCE DU 6 SEPTEMBRE 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membre nouveau
M. Pierre Coudert, 73, boulevard du
Montparnasse, présenté par MM. Gaignette et Cortaillod.
Dons
De M. Bernard Lalanne, à Villejuif, un volume
relié : Histoire de Paris et de ses
monuments par E. de la Fournerie.
- LXXIV -
De M. Cortaillod, son cahier mensuel et copies
de journaux relatives à Montmartre.
De M. Jarry, épreuves photographiques.
De M. Saffrey, joli tableau : une vue du Moulin de la Galette, prise de
De M. Grangez, affiches et programmes des
théâtres montmartrois.
De M. Jouglas, prospectus et affiches.
Divers
M. Jouglas, signale la vieille inscription
: Au dépit des curieux, à l'extérieur
d'une boutique, au n° 2, rue de Clignancourt.
M. Gaignette, en raison de l'état de sa santé,
donne sa démission de secrétaire général de
M. Mauzin, remercie la Société de lui avoir
conféré la qualité de Président honoraire.
M. Pernelle, artiste peintre, promet d'obtenir
l'autorisation de faire photographier pour notre Musée, son tableau : Le Moulin de la Galette, acquis par la
Ville de Paris.
M. Delarue demande que la Société fasse des
démarches auprès de la Commission du Vieux-Paris pour obtenir une épreuve photographique
de plusieurs vieilles maisons à la veille d'être démolies, situées à l'angle
des rues du Mont-Cenis et de Saint-Vincent. La Commission du Vieux-Paris a
commandé la photographie de ces maisons.
M. Lazard communique les notes inédites
qu'il a trouvées sur la Mire du Nord en
1793 et sur les objets d'art que existaient dans l'abbaye inférieure de Montmartre
lors de sa suppression le 14
***
SÉANCE DU 4 OCTOBRE 1912.
Présidence
de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
M. Salvatelli, 22, rue de Villejust,
présenté par MM. Kleinmann et Cortaillod.
M. Lairez Maurice, 96, rue du
Faubourg-Poissonnnière.
De M. Le Senne : La paix et le Sacré-Cœur :
Discours prononcé le 25 Juin 1897, en la basilique de Montmartre par le R. P.
Albert Janvier.
De MM. Gaignette et Jouglas : des découpures de journaux et reproductions de grands
tableaux.
De M. Gershon : une Vue montmartroise prise de
la place de la Concorde.
De Mme la Baronne de Vaux : des affiches du
Skating de
- LXXV -
Communications
MM. Cortaillod et Lazard signalent plusieurs tableaux de Vues montmartroises figurant
au Salon d'Automne, notamment celles de Mr M. Roche.
M. Lazard parle de l'intérêt qu'il y aurait
à rechercher parmi le public montmartrois les clichés reproduisant les derniers
jardins intérieurs appelés à disparaître à bref délai.
***
SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
Membres nouveaux
MM. Briard Maurice, artiste peintre, 7, rue
Garreau, présenté par MM. Delarue et Baron.
Vié Jules, secrétaire de l'Union
Nouvelle de France, 45, rue de Trévise, présenté par MM. Cortaillod et Jarry.
Lestrade Francis, 5, rue Geoffroy-Marie,
présenté par MM. Martial Lestrade et Cortaillod.
Charpentier Octave, homme de lettres, 13, rue
Girardon, présenté par MM. Cortaillod et Lazard.
Dons
De M. Le Senne, brochure relative au
Sacré-Cœur.
De M. Saffrey : affiche Municipale du 1er
Mars 1871, mairie du XVIIIe arrondissement,
De M. Edm. Faucheux : le menu original du Restaurant Reneaux.
De MM. Gershon, Delarue et Gaignette : des extraits
de journaux et le numéro de la Butte.
De MM. O' Kelly et Grangez : des affiches.
De MM. Zoë Bardon's, du théâtre Trianon : un
curieux programme éventail avec vues du Théâtre-Concert.
Divers
M. Richard, au nom des anciens élèves de
l'école Boulle, demande à visiter les vestiges de la Butte.
M. W. G. Dalsenne, ayant demandé l'appui
moral de la Société pour célébrer la mémoire de Janssen qui habita Montmartre,
la Société s'associe à sa pieuse initiative et émet le vœu qu'une plaque soit
apposée, au 33 de
M. Octave Charpentier présente son futur
ouvrage A travers Montmartre, qu'il
doit faire paraître en collaboration avec M. de Marandat.
- LXXVI -
M. Willette, notre collègue, ayant reçu la
rosette d'officier de la Légion d'Honneur, la Société, sur la proposition de M.
Delarue, décide de lui envoyer une lettre
de félicitations.
M. Le Senne rend compte de la dernière
séance préparatoire au congrès des Sociétés de l'Histoire de Paris. Le Vieux
Montmartre vote la souscription demandée à chacune de ces Sociétés.
M. Jarry signale les gravures de L.
Marcellin Gautier, au 9e Salon de la gravure originale en couleurs,
et les aquarelles de Francis Garat, sur Montmartre.
***
SÉANCE DU 6 DÉCEMBRE 1912
Présidence de M. C. Cortaillod
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Le procès-verbal de la dernière assemblée est lu et adopté.
Le Secrétaire général fait ensuite son rapport sur les travaux de la Société au cours de la dernière année.
En l'absence de M. Delarue, le Président donne lecture du compte rendu financier. Il souhaite, en outre, la bienvenue à MM. René Bertaut, Leblond et Hauser, qui assistent à nos séances pour la première fois.
Membres nouveaux
MM. de Marandat Henry, 16, boulevard
Victor-Hugo, à Neuilly-sur-Seine, présenté par MM. Cortaillod et Jarry.
J. Hauser, 50, rue du Temple, présenté par
MM. Cortaillod et Jarry.
Dons
De M. Hauser : photographie du Camée de
De M. Grangez : affiches et prospectus de
théâtres.
De M. Baron : catalogue de l'Exposition Montmartre
et le Boulevard. Cartes illustrées de M. Delâtre.
De M. Brebant : photographie du Château des
Brouillards.
De M. Cortaillod : son cahier bleu, deux cartes inédites et collection du journal Montmartre La Chapelle.
M. Adolphi nous fait présent d'une
photographie de
M. Le Senne offre gracieusement la police
d'assurance contre l'incendie.
- LXXVII -
Divers
M. Prod'homme, notre vice-président, invite
les membres de la Société à se joindre à la manifestation-promenade qui aura
lieu le dimanche 15 Décembre, à la maison de Berlioz. Le rendez-vous est fixé
pour 10 h. du matin, square Vintimille.
M. Mareuse signale l'exposition des Jouets
du Magasin du Louvre, figurant la retraite militaire défilant dans une
perspective montmartroise.
L'assemblée
générale ratifie la nomination de M.
Mauzi comme président d'honneur.
Il est
ensuite procédé à l'élection du Comité. Les membres sortants sont réélus. MM. Pagès, Billard, Edmond Faucheux et Baron, sont nommés membres du même
Comité.
***
Mes chers
collègues,
Les ailes
des derniers moulins de Montmartre tournent comme les aiguilles d'une montre,
et le temps passe, inexorable. Le Vieux
Montmartre est entré dans sa 26e année. Il a vu, en grandissant,
se faire autour de lui les vides les plus cruels, et disparaître ses aînés - on
pourrait presque dire ses parents. Voici la première fois que votre aimable
confiance m'appelle à vous présenter le rapport général, et c'est à ma voix mal
autorisée que revient le triste soin de vous parler de nos derniers disparus.
Et quels disparus ! L'année 1912, qui s'achève, a vu mourir les plus chers de
nos membres, nos fondateurs mêmes, et le Vieux
Montmartre serait orphelin s'il n'avait en vous, Messieurs, des parents
d'adoption dévoués qui le feront croître, prospérer et qui veilleront sur lui
jalousement.
Vous lirez dans un prochain bulletin les paroles que notre collègue Victor Perrot prononça sur la tombe de Monsieur Wiggishoff ; je ne sais pas de plus bel éloge funèbre. Charles Sellier, dont le nom s'inscrit parmi les historiens érudits de Paris, l'avait précédé de quelques jours dans l'éternel voyage. MM. Compan, Bouloc, Barbier, Zerlaut et Médrano, l'architecte Decron, le Baron de Vaux ont laissé parmi tous d'unanimes regrets. Pour nos morts d'hier, nous serions tentés, suivant l'antique coutume bretonne, de conserver à nos séances leurs sièges vides, persuadés que leurs ombres viendront souvent s'y asseoir pour nous encourager.
- LXXVIII -
Les adhésions nouvelles sont venues en grand nombre - nous en comptons 34 au cours de l'année écoulée - combler des vides pourtant inremplissables. C'est une grande consolation, et je connais peu de sociétés historiques où le zèle de chacun amène autant de précieuses recrues. D'ailleurs les sociétaires suivent régulièrement nos séances, montrant un intérêt toujours croissant à nos travaux, si bien que sur la proposition de Monsieur Lazard, - la Providence des fidèles Montmartrois, comme celle des chercheurs, - nous avons voté un crédit pour l'achat de sièges supplémentaires.
Monsieur
Lazard, l'âme de notre Société, se place en tête des membres dont les savantes
études ont fait l'attrait de nos séances mensuelles. Dans un article charmant
il croquait le Montmartre d'il y a cent ans. Il nous donnait en outre de
curieuses biographies, des notes inédites sur Ruggieri et sur la Mire du Nord,
sans compter les sources de travail, qu'avec un désintéressement généreux, il
indiquait à plusieurs d'entre nous.
Monsieur de
Crauzat nous a retracé l'histoire complète et documentée des Sevestre - et nous
en attendons l'impression avec une légitime impatience. Monsieur Prod'homme
nous a fait l'historique des terrains occupés au XVIIIe siècle par
l'Hôtel des Menus Plaisirs du Roi, plus tard Conservatoire de Musique, et
Monsieur Paul Jarry a conté, grâce à l'obligeance de son propriétaire actuel
notre nouveau collègue, le passé de l'Hôtel Rousseau.
La liste des
donateurs se maintient et s'augmente. Nous y relevons les noms de nos collègues
Bourgeot, Saffrey, Delarue, Gaignette, Jouglas, Jean Héros, Hutpin, O'Kelly de
Galway, Mareuse, Grangez, Debray, Le Senne, Faucheux, Mausin, Jacques Doucet.
MM. Cortaillod et Gershon continuent à pourvoir nos archives de précieuses
photographies. Monsieur Marcel Fosseyeux contribue à enrichir notre
bibliothèque de savantes recherches sur l'Hôtel-Dieu.
Comme les
années précédentes, des Sociétés diverses ont sollicité le concours du Vieux
Montmartre pour faire connaître la Butte à. leurs adhérents. Les Amis de la Bibliothèque ont été conduits
par MM. Lazard et Perrot ; l'Union Nationale
des Sociétés de photographies de France, devant qui M. Lazard avait fait
une conférence très applaudie dans la salle des fêtes du Photo-Club, ont été
guidés sur les hauteurs de Montmartre par MM. de Crauzat, Blondel et Jarry.
Monsieur
Delarue a bien voulu accepter les fonctions de trésorier, après le décès de M.
Barbier, et son dévouement est un sûr garant de notre prospérité financière.
Le Vieux Montmartre est pauvre, nous le savons, il vous le dira - mais cette
pauvreté n'est-elle pas une des principales vertus Montmartroises ?
Il nous
reste, en terminant, à exprimer de nouveau le regret d'avoir vu Monsieur
Gaignette quitter, pour des raisons de santé, ce poste de secrétaire général où
il avait su toujours se distinguer. Je le remercie en votre nom, à tous, des
soins assidus qu'il apporta dans cette tâche et je lève mon dernier feuillet à
la gloire du Vieux Montmartre.
Paul JARRY.
- LXXIX -
PRÉSIDENTS HONORAIRES
M.
J. C. WIGGISHOFF,
.
Ch. SELLIER, O.
.
PRÉSIDENT D'HONNEUR
M. Jules MAUZIN,
I.
MEMBRES DU COMITÉ 1912
MM. ARTUS (Maurice).
BARON
(Ch. Eug.).
BILLARD (Georges).
BLONDEL
(Paul).
BURGEVIN.
CAPON.
CHABRIEZ (Léon).
CORTAILLOD (C.).
DE CRAUZAT (E.). ![]()
DELARUE (Léon),
I.
DELCOURT (Pierre),
I.
DUVAL (Gaston).
FAUCHEUX (Edm.).
GAIGNETTE (Eugène),
I.
GERSHON (Léon).
HUTPIN (Georges).
JARRY (Paul),
.
LAZARD (Lucien),
I.
LENSEIGNE
(Henri),
I.
LE SENNE
(Eugène).
MAREUSE
(Edgar),
I.
MONTORGUEIL
(Georges),
.
MONIN,
I.
Cte O'
KELLY DE GALWAY,
.
PAGÈS (V.).
PERROT
(Victor).
PROD'HOMME
(J.-G.),
I.
RAULET
(Lucien).
SAFFREY
(Henri),
.
TERNOIS
(Auguste),
.
MEMBRES DU BUREAU
Président : MM. C. CORTAILLOD.
1erVice-Président : Eug. LE
SENNE.
2e Vice-Président : J.-G.
PROD’HOMME.
Secrétaire-Général : Paul JARRY.
Secrétaire adjoint : HUTPIN.
Secrétaire de Rédaction : Oct.
CHARPENTIER.
Archiviste : O’ KELLY DE
GALWAY.
Trésorier : L. DELARUE.
- LXXX -
SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES
SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE
DE PARIS ET DE L'ILE-DE-FRANCE, 8, rue des Petits-Champs.
LA CITÉ, SOCIÉTÉ
HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DU IVe ARRONDISSEMENT DE PARIS, place
Baudoyer.
COMITÉ
D'ÉTUDES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES DE
SOCIÉTÉ
HISTORIQUE DU VIe ARRONDISSEMENT DE PARIS, 78, rue
Bonaparte.
SOCIÉTÉ D'HISTOIRE
ET D'ARCHÉOLOGIE DU VIIe ARRONDISSEMENT DE PARIS, 109, rue
Saint-Dominique.
SOCIÉTÉ
HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DES VIIIe ET XVIIe ARRONDISSEMENTS
DE PARIS, 11, rue d'Anjou.
SOCIÉTÉ
HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE D'AUTEUIL-PASSY, Mairie du
XVIe arrondissement.
SOCIÉTÉ JULES COUSIN (LES AMIS DE
BIBLIOTHÈQUE DU
CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS, Hôtel-de-Ville.
LE TOURING-CLUB DE FRANCE, 65, avenue
de la Grande-Armée.
SOCIÉTÉ DES
ARCHITECTES DIPLOMÉS PAR LE GOUVERNEMENT, 59, rue de Grenelle.
L'INTERMÉDIAIRE
DES CHERCHEURS ET CURIEUX, 31 bis, r. Victor-Massé. MONTMARTRE-LA-CHAPELLE, 17,
boulevard de Rochechouart.
LE « MERCURE DE FRANCE ».
LES AMIS DE PARIS, 167, rue Montmartre.
MEMBRES CORRESPONDANTS
MM. Le Conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, rue de Sully.
Le Conservateur de
Le Conservateur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris,
29, rue de Sévigné.
Le Secrétaire de la Commission
du Vieux Paris, Hôtel de Ville.
Les Archives de la Seine, 30, quai Henri IV.
L'abbé SOBAUX, curé de
Saint-Jean-de-Montmartre, passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts, 14.
FLOBERT (Paul), secrétaire
général de la Société le Vieux Papier,
12, boulevard des Batignolles.
KLEINMANN (Ed.),
,
I., maire du XVIIIe arrondissement,
64, rue de Clignancourt.
- LXXXI -
MUSÉE CARNAVALET, 23, rue de
Sévigné.
AUBRY (H.),
14, rue de Hambourg.
GRANGEZ, 22,
rue d'Orsel.
JARLET
(Louis), artiste dramatique, 30, rue d'Orsel.
LAMBEAU
(Lucien),
,
17, rue des Lions-Saint-Paul.
MEMBRES ACTIFS
MM. ADOLPHI
(Emile),
I., 47, rue Saint-Ferdinand.
APPERT (Jules), 30, rue Condorcet.
ARGYRIADÈS (Platon), sculpteur, 76,
Grande-Rue, à Sèvres.
ARMAND (Albert), artiste peintre, 5,
rue Paul-Féval.
ARNAL (Georges), 32, rue des Jeûneurs.
ARTUS (Maurice), libraire, 2, avenue
Trudaine.
AUSSENARD (Auguste), 79, rue Lamarck.
BALLAGUY, 22, rue
Saint-Vincent-de-Paul.
BARGALLO (Ferdinand), 94, rue
d'Allemagne.
BARON (Ch.-Eug.), artiste peintre, 102
ter, rue Lepic.
BARRIER, 49, rue de Prony.
BARTHELEMY (Victor), 3, villa des
Poissonniers.
BAUDOUIN (Paul), 15, rue de Turbigo.
Mme BEAUCHAMP (Pauline), 137, rue
Lafayette.
MM. BERGE (Jules), avocat 60, rue de la Victoire.
BERTAUT (André), 58, rue de La
Rochefoucauld.
BERTAUT (René), Membre perpétuel, 66,
rue de La Rochefoucauld.
BERTHIER-TACHE, fabricant de briques,
104, boulevard de Clichy.
BERTHOMIER (Eugène), 8, rue Coustou.
BERTRAND (Gast.),
, villa
Lucie, 43, rue Raspail, Argenteuil.
BESSÉ (Sylvain), 17, boulevard de
Rochechouart.
BESSON (Ch.), 47 bis, rue d'Orsel.
Bibliothèque
Historique de la Ville de Paris, 29, rue de Sévigné.
BILLARD (Georges), 46, rue Lamartine.
BILLET (T.), négociant, 10, boulevard
Bonne-Nouvelle.
BIZARD (Dr),
I., 7, rue Chaptal.
BLAD (Maxime), entrepreneur de
peinture, 49, rue de Rochechouart.
BLAISE, architecte, 72, rue Damrémont.
BLANCHELOT (Louis), 42, rue de
Chevalier de la Barre.
BLONDEL (Paul), 30, rue Fontaine.
BONHOURE (Georges-Louis), 2, rue Eug.
Spuller.
BORDEREL, 135, rue de Clignancourt.
BOSSUAT (F.), propriétaire, 2, place
du Calvaire.
BOUILLON (Voltaire), professeur
d'anglais, 133, rue Lamarck.
- LXXXII -
BOUVET
(Lucien-Paul),
,
24, rue de Norvins.
BOUZONNIE (Alexandre), 9, avenue de la
République.
BRAULT, notaire, à Saint-Ouen.
BRAUN (Roger), Notaire, 12 av. Emile-Zola,
Parc-St-Maur (Seine).
BRÉBANT (Maurice),
, 21, avenue
Niel.
BRETONNEAU (Emile),
I., chef de la musique au Théâtre national de
l'Odéon, 31, rue Lepic.
BRIARD (Maurice), artiste peintre, 7,
rue Garreau.
BRUAT, 27, rue de Rocroy.
BURGEVIN, ingénieur chimiste, 106, rue
de Miromesnil.
BURTH (Jules), négociant, 101, rue La
Boëtie.
CAILLEAUX (Félix), fabricant de
tissus, 28, rue Nain, Roubaix (Nord).
CAPETTE (Alexandre), propriétaire,
Villemomble (Seine).
CAPON (Gaston), homme de Lettres, 91,
rue des Martyrs.
CARETTE (Georges),
,
, artiste
peintre, 6, rue Edouard-Detaille.
CARILLON, 22, rue Preschez,
Saint-Cloud (Seine-et-Oise).
CASADESUS (Francis),
I., compositeur de musique, 6, rue Cretet.
CAZALIÈRES, architecte, 41, boulevard
des Capucines.
CHABASSOL (Victor), artiste-peintre,
35, rue des Saules.
CHABRIEZ (Léon), assureur-conseil, 16,
rue Sevestre.
CHAMPION, libraire, 5, quai Malaquais.
Dr CHANDEBOIS,
I., 39, rue Vital.
CHAPON, 55, rue du Ruisseau.
CHARPENTIER (Octave), 13, rue
Girardon.
CHAVET (Gabriel), président de la
Section de Montmartre de
CHENARD-HUCHÉ,
, artiste
peintre, 61, rue Caulaincourt.
CHIPAULT (Louis), 16, rue Lamarck.
CLARETIE (Jules), C.
,
de l'Académie française, administrateur du Théâtre Français, 155, boulevard
Haussmann.
CLEMENCEAU (Georges), Sénateur du Var,
8, rue Franklin.
Dr COCQUELET, 96, rue de
Maubeuge.
Abbé CORBIERRE (A. J.), 7, rue
Cassette.
CORNET (Jules), 16, rue de la Tour d'Auvergne.
CORTAILLOD (Charles), 27, rue de
Clignancourt.
COTTARD (Paul), ingénieur, 79 bis, boulevard de Picpus.
COUDERT (Pierre), propriétaire, 73,
boulevard du Montparnasse.
DE CRAUZAT (E.),
, 4, rue
Margueritte.
CRONIMUS (Alexandre), architecte, 34,
boulevard de Clichy.
- LXXXIII -
CUNTZ (Louis), publiciste, 67, rue de Rochechouart.
CUTXAN (G,), 40 bis, rue de Villeneuve, à Clichy.
DABONCOURT (Léon), 6, passage de
l'Elysée-des-Beaux-Arts.
Dr DALLY, 220, rue du
faubourg Saint-Martin.
DATTEZ, pharmacien, 17, rue de la
Villette.
DEBACQ (Louis), pharmacien, 103,
boulevard National, Clichy (Seine).
DEBRAY (Auguste), 1, rue Girardon.
DECRON (Henry), inspecteur des
Finances, 49, avenue Trudaine.
DEGLESNE (Léon), 42, rue de la Goutte
d'Or.
DELARUE (Léon),
I., ingénieur, 4, rue André-Gill.
DELCOURT (Pierre),
I., homme de lettres, 70, rue Victor-Hugo, à
Bois-Colombes.
DELPIROU (Antoine), 65, rue Lepic.
DEMOULINS, 30, rue Mazarine.
DENIS (Ernest), 6, Villa de Saxe.
DESCLERCS (C.), 16-18, avenue Rachel.
DIÉTRICH (Georges),
, ingénieur
civil, 4, route de la Faisanderie, au Vésinet (Seine-et-Oise).
DOUCET (Jacques), 19, rue Spontini.
DUBRUJEAUD (Léon), O.
,
ancien président de la Chambre de commerce de Paris, 4, rue Freycinet.
DUBUISSON (Albert), artiste-peintre,
53, rue de Bourgogne.
DUFAY (Pierre), ancien bibliothécaire
de Blois, 16, avenue Trudaine.
DUJARDIN (Victor), 115, faubourg
Poissonnière.
DUVAL (Gaston), 16, rue Las-Cases.
EPHRAIM (Léon), 5, rue Julien-Lacroix.
ERNST (Henri-René), éditeur d'art, 49,
rue d'Orsel.
EUDES (Henri), 58, avenue de Wagram.
EYQUARD (Jean), avocat, 3, rue de
Navarre.
FAUCHEUX (Edmond), 99, rue des Dames.
FAUCHEUX (Eugène), 89, boulevard de
Port-Royal.
FÉLIX, pharmacien, 16, rue Ramey.
FILLIOL (Ch.), 5, rue Saint-Augustin.
FINKELSTEIN, artiste peintre, 223, rue
du faubourg Saint-Honoré.
FORT (Eloi), 6, place Daumesnil.
FRÉMONT,
, Ingénieur
civil, 124, rue de Clignancourt.
FRESNEL (Jean-François), avocat, 89,
rue de Rochechouart.
FRION, 19, rue de Médicis.
FULLER (Georges), 16 rue Chappe
- LXXXIV -
GAIGNETTE (Eugène),
I., 6, rue André-del-Sarte.
GARNOT (G. Saint-Fare), artiste
peintre, 79, avenue de Villiers.
GAUCHER (Emile), négociant, 28, boulevard
de Cambrai, Roubaix (Nord).
GENDRON (Pierre), 29, rue Vaneau.
GEVRAY (Emile), architecte, 49, rue
Caulaincourt.
GERSHON (Léon), 38, rue des Martyrs.
Mme GIEU (Vve) propriétaire,
12, rue Fromentin.
MM.
GIMPEL (René), antiquaire, 146, avenue des Champs-Elysées.
GOLDSCHMIDT
(Marius), 7, rue André-Gill.
GOUAULT
(Georges),
I., négociant (membre perpétuel), 60, rue
Saint-Lazare.
GRAVEREAUX (Germain-Léandre),
I., architecte, 20, rue de l'Entrepôt.
GROLLET (Ch.),
,
secrétaire général de la Société de pathologie comparée, 42, rue de Villejust.
GROS,
,
entrepreneur de serrurerie, 6, avenue Rachel.
GROSSWALD (Henri), 39, rue de
Maubeuge.
HARTMANN (Georges), O.
,
,
distillateur, 18, rue de l'Arcade, Conflans-Charenton (Seine).
HAUSER (J.), éditeur photographe, 50,
rue du Temple.
HERMAIN (André), artiste peintre, 103,
rue de Vaugirard.
HÉROS (Jean), homme de lettres, 3, rue
d'Orchampt.
HUGNY (Ernest), homme de lettres, 16,
rue Chappe.
HUTPIN (Georges), instituteur, 27, rue
Hermel.
HYDE (James), O.
.
I. membre perpétuel, 18, rue Adolphe Yvon.
ICHAC (Eugène), 179, boulevard
Pereire.
JARRY (Paul),
, membre de
la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 62, rue Blanche.
JOUGLAS (Henri), 3, Cité Trévise.
KLEIN (Auguste), 18, rue du
Mont-Cenis.
KŒNIG (Georges), 25, rue Rodier.
LABAT, avoué, 63, rue Taitbout.
LACOMBE, (Paul),
,
trésorier de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 5, rue de
Moscou.
LACROIX (Désiré), ex-Bibliothécaire de
LACOSTE, entrepreneur, 7, rue Briquet.
LACOUR, 22, boulevard Barbès.
- LXXXV -
LAEUDLIN, Ingénieur en chef de la Cie du Gaz, avenue Trudaine.
LAIREZ (Maurice), 96, rue du faubourg
Poissonnière.
LA NEZIÈRE (de) artiste peintre, 4,
rue de l'Abreuvoir.
LA TOUR (Stéphen de), sous-chef au
Ministère des Finances, 10, rue de Castiglione.
LAURENTIE (Joseph), avocat, 9, rue
Guy-de-la-Brosse.
LAURIE (Paul), 8 bis, Cité Trévise.
LAZARD (Lucien),
I., archiv. paléographe, 49, r. de
Rochechouart.
LEBOND (Aug.), 53, rue de
Rochechouart.
LEFEBVRE (Gaston), négociant, 47, rue
de Paradis.
LEGRAND, 67, rue de la Convention.
LEJARDS, photographe, 47, rue
Vivienne.
LEMAIRE (Georges),
,
I., artiste graveur, 22, rue Tourlaque.
Mlle LE MESLE (Renée),
, 58, rue
Lepic.
MM. LEMOINE (Achille), 10, rue Frochot.
LENSEIGNE (Henri),
, I., 22,
rue de Tocqueville.
LEROY, négociant, 35, boulevard
Barbès.
LE SENNE (Eugène), 73, boulevard
Hausmann.
LESTRADE (Francis-Eugène), 5, rue
Geoffroy-Marie.
LESTRADE
, 5, rue
Geoffroy-Marie.
Dr LÉVI-FRANCKEL,
I., 103, rue Ordener.
LHOMME (Léon-Henri), 48, rue Lamarck.
LUCET, 16, rue Bachaumont.
MAES (Léon), photographe, chimiste,
53, boulevard de Rochechouart.
MAGNIER (Achille), 19, rue de
Trétaigne.
MAILLOT (Henri), négociant, 10, rue
Crevaux.
MANGIN-BOCQUET (Léon),
, I., juge
au tribunal civil, 3, rue Andrieux.
Dr MANGIN (Georges), 3, rue
Andrieux.
DE MARANDAT (Henry), 16, boulevard
Victor-Hugo, à Neuilly-sur-Seine.
Abbé MARCADÉ (Albert), curé du Bourget
(Seine).
MARCHAL membre perpétuel, 49, rue
Labat.
MAREUSE (Edgar),
I., membre de la commission du Vieux-Paris,
81, boulevard Haussmann.
MARIAGE (Jean-Paul), 90, rue de
Rivoli.
MARION (Ern.-Ch.), 48, rue Lamarck.
MARTEL (Toussaint), journaliste, 60,
rue Lepic.
MARTIN (Maurice), négociant, 34, rue
Werlé, Reims (Marne).
MARTINOLE (J.), 74, rue de Dunkerque.
- LXXXVI -
DE MATHAN (Raoul), artiste peintre, 10, rue d'Orchampt.
MAUGAT (Charles), 32, rue des Jeûneurs.
MAUZIN
(Jules),
I., secrétaire du Bureau de bienfaisance,
Mairie du XVIIIe arrondissement, place Jules-Joffrin.
MAY (Albert), 14, rue de Rome.
MAYER (Fernand), 29, rue du faubourg Poissonnière.
MEUNIÉ (Félix), 24, rue de Turin.
MEUSY
(Antony),
,
conseiller municipal, 15, rue du Monument, Champigny (Seine).
MEYER (Maurice), artiste peintre, 13, rue Bonaparte.
MICHEL (M.), 94, boulevard des Batignolles.
MIGUET (E.), publiciste, 1, boulevard Henri IV.
MONIN,
I., professeur, 2, rue Alfred-Stevens.
MONTORGUEIL
(Georges),
,
journaliste, 31 bis, rue
Victor-Massé.
MARIN (Charles), 50, rue Durantin.
MORLET (Raymond), 20, rue Louis-Philippe, à Neuilly-sur-Seine.
MOSSIER (Louis), entrepreneur, 29, rue Gaudot-de-Mauroi.
MUNIER
(P.-J.),
,
16, rue de La Tour-d'Auvergne.
Mlle NAUTRÉ (Adèle), 47 bis, rue d'Orsel.
MM. NICOLAS (Joseph-Augustin), 5, rue Viteau, à Saint-Mandé.
NOGET-SOULANGES, 45, rue de
Saint-Pétersbourg.
OBJOIS, 4, rue du Primatrice,
Fontainebleau (S.-et-M.).
O'KELLY DE GALWAY (Comte),
,
archiviste, 8, rue Ménessier.
PAGÈS (Victor), 87, avenue de
Villiers.
PATUREAU (Abbé), curé de St-Pierre de
Montmartre, 123, r. Caulaincourt.
PAYEN (Maurice), artiste-peintre, 56,
rue Truffault.
Mme PÉGURET (Vve), 27, rue de
CIignancourt.
M.
PÉLISSIER (Georges), 57, rue de Bois-Colombes, à La
Garenne, Seine.
Mme PÉRICHON (Vve Louis), 1,
rue Ramey.
MM.
PERNET, 90, rue Lepic.
PERRET (Louis), 10, rue Vauvenargues.
PERRIER (Edmond), pharmacien, 17 bis, boulevard de Rochechouart.
PERROT (Victor), avocat, 21, rue
Drouot.
PINEAU (Edouard), 13, boulevard des
Batignolles.
PITOT (Léon), ingénieur, 64, rue des
Martyrs.
PLESSIS (Yves), publiciste, 14, rue
Houdon.
PLUCHE, notaire, 33, rue de La
Chapelle.
POETE (Marcel),
I., Conservateur de la Bibliothèque historique
de la Ville de Paris, 4, rue Honoré-Chevalier.
PORNIN (Louis),
, ingénieur
civil, 45 bis, rue Guersant.
- LXXXVII -
PROD'HOMME (J.-G.),
I., homme de lettres, 9, rue Lauriston.
PROU (Henri), 8, rue Say.
DE QUELLERN (Lucien),
, homme de
lettres, 5, rue des Acacias.
RADIGUER (Louis), docteur en droit,
64, rue Blanche.
RANGLARET, 16, rue des Roses.
RAULET (Lucien), Bibliothécaire
honoraire de la Société de Géographie commerciale de Paris, 9, rue des Dames.
RAYNAL (E.), négociant, 66, rue
d'Hauteville.
RÉCAPPÉ (Jacques), ingénieur, 5, rue
Goethe.
RENAUD, pharmacien, 38, rue Ramey.
RENAUD (Léon), entrepreneur de
maçonnerie, 174, rue Championnet.
RIVIÈRE (Emile), Directeur des Hautes Etudes
au Collège de France, 97, rue du Cherche-Midi.
RIVOIRE (Jean), 12, rue Cadet.
ROBERT, 241, faubourg Saint-Martin.
ROBILLARD DE MARIGNY (Paul), avocat à
la Cour d'appel, 32, rue des Vignes.
ROQUENCOURT (Victor), de la Société
des auteurs-compositeurs, 10, place de Clichy.
ROUX (Xavier), homme de lettres, 50,
rue de Moscou.
SAFFREY (Henri),
, 4, place
des Batignolles.
SAGNY (A.), 26, rue Hermel.
SALOMON (Raoul), antiquaire, 59, rue
Saint-Lazare.
SALVATELLI, 22, rue de Villejust.
SANDBERG (S.), 55, quai de Valmy.
SATIE (Erik), compos. de musique, r.
Cauchy, à Arcueil-Cachan, Seine.
SÉLIGMANN-LUI, 80, avenue de Breteuil.
Dr SOALHAT, 28, rue
Chaptal.
TAILLEFER, instituteur, 61, faubourg
Saint-Martin.
TEISSÈDRE, , 20, place de La Chapelle.
TERNOIS (Auguste), 110, rue Ordener.
TREMBLAY (Camille), 60, rue de Rome.
TRÉTAIGNE (Baron Michel DE),
,
Conseiller général de l'Aisne, 12, rue de Condé et château de Festieux (Aisne).
TRICAUD (Auguste), avoué honoraire,
10, rue de la Terrasse.
TROUILLARD (Charles), 24, rue de
Norvins.
TULEU (Charles),
,
négociant, 58, rue d'Hauteville.
TUMBEUF (A.), de la Société « le
Vieux Papier », 10, avenue Malvesin, Bécon-les -Bruyères (Seine).
TZANK (Daniel),
I., 177, boulevard Saint-Germain.
- LXXXVIII -
VALENCIEN (Lucien), 30, avenue
Trudaine.
VAUX (Baronne de), 48, avenue Kléber.
M. VERNET
(Marcel),
,
10, rue d'Offémont.
Mme VIAL (Vve), 5, rue Suger.
MM. VICHY, 41, rue des Jeûneurs.
VIÉ (Jules), secrétaire général de l'Union nouvelle de France,
45, rue de Trévise.
VIEUSSA (François), Ingénieur, 30, rue de La Rochefoucauld.
Mme VORIOT (Vve), encadreur,
23, rue de Clignancourt.
MM. VUAFLART (Albert),
secrétaire-adjoint de la Société d'Iconographie Parisienne, 16, rue Spontini.
WATEBLED (Marcel), contrôleur des services maritimes
postaux, 6, rue Nobel.
WILLETTE, O
,
artiste peintre, 28, rue Lacroix.
WOEHRLÉ (Louis-Eugène), 61, rue de Bretagne.
***
Le Gérant : Oct. CHARPENTIER.
***
AVIS TRES
IMPORTANT. - Le local de la Société est ouvert tous les Vendredis sans
exception, à partir de 9 heures du soir.
Le MUSÉE est ouvert le 1er Dimanche de chaque mois, de 2 à 4 h.
***
PUBLICATION
DE LA SOCIÉTÉ « LE VIEUX MONTMARTRE »
publié intégralement pour la première fois par les soins
de
Avec un
portrait de l'Auteur
Ce Mémoire,
dont une partie seulement a été insérée dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et
belles-Lettres, n'avait pu être imprimé par son auteur. Il offre un très
grand intérêt pour l'histoire de Paris en général et, en particulier, pour
celle des IXe et XVIIIe arrondissements.
PRIX DU
VOLUME :
Sur Papier ordinaire ……………………………………………………………… 5 Francs
Sur Papier de Hollande Van Gelder…………………………………………… 10 Francs.
En vente au " VIEUX MONTMARTRE
"
42, Rue d'Orsel, PARIS-XVIIIe.
***
PARIS. – IMPRIMERIE G. DUSSARDIER ET P. FRANK, 38, RUE
BALLU – PARIS (IXe)