BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D’HISTOIRE ET D’ARCHÉOLOGIE
DES IXe ET XVIIIe
ARRONDISSEMENTS
LE
« VIEUX MONTMARTRE »
(Autorisé par arrêté préfectoral du 26 août 1886)
REVUE TRIMESTRIELLE DES TRAVAUX DE LA
SOCIÉTÉ
***
67e et 68e
FASCICULES – JANVIER / JUIN 1910
***
PARIS
COMITÉ DE PUBLICATION
AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
42, rue d’Orsel
1910
Société
d'Histoire et d'Archéologie des IXe et XVIIIe Arrondissements
SOMMAIRE DES
67e ET 68e FASCICULES (1er et 2e TRIMESTRES 1910) :
E. DE CRAUZAT, La Folie Cendrin (Maison du docteur
Blanche).
E. LE SENNE, Une « Revue des Théâtres » à
Montmartre en 1728.
O’KELLY DE GALWAY, Montmartre au Salon d’automne de
1909.
MAURICE ARTUS, Montmartre au Théâtre.
JULES GUINOISEAU, Paul-Emile Debraux.
E. DE CRAUZAT, Procession septennaire.
GRAVURES HORS TEXTE : Maison du Dr
Blanche (état actuel ; et en 1829). – Les
Bohémiens de Paris (2 gravures).
ACTES DE LA SOCIÉTÉ : Rapport du Secrétaire
général ; Situation financière ; Liste des Membres de la Société.
Président MM. Ch. CORTAILLOD.
1er Vice-Président LE SENNE.
2e Vice-Président J.-G.
PROD'HOMME, O. ![]()
Secrétaire général Eug.
GAIGNETTE,
.
Secrétaire adjoint HUTPIN.
Secrétaire de rédaction L.
RADIGUER.
Archiviste O'
KELLY DE GALWAY,
.
Trésorier BARBIER.
Présidents honoraires : MM. J.-C. WIGGISHOFF,
, Ch. SELLIER.
Membres : MM. M. ARTUS, BARBIER, BLONDEL, BURGEVIN, CAPON, COMPAN, Ch.
CORTAILLOD, DE CRAUZAT, DELARUE, Pierre DELCOURT, Gaston DUVAL, Gabriel FABRE,
Eugène GAIGNETTE, GERSHON, Georges HUTPIN, Lucien LAZARD, Henri LENSEIGNE, LE
SENNE, MAREUSE, Jules MAUZIN, Georges MONTORGUEIL, MONIN, O'KELLY DE GALWAY, Dr
OLLIVIER, PERROT, J.-G. PROD'HOMME, L. RADIGUER, L. RAULET, Henri SAFFREY,
TERNOIS.
Les Séances du Comité ont lieu régulièrement le 1er vendredi de chaque mois, à 8 h. 1/2 du soir, dans le local de la Société, 42, rue d'Orsel.
Ces séances sont ouvertes à tous les membres de la Société.
Toutes les communications,
demandes d'adhésion, d'achats de photographie ou de Bulletins, doivent être
adressées au Président de la Société, 42, rue d'Orsel.
Les membres de la Société
n'ont droit à l'envoi gratuit du
Bulletin qu'à partir du jour de leur admission.
Prix du fascicule simple.............................................................................. 1
fr. 50
Prix des fascicules à partir
du numéro 49................................................... 3
fr.
Les Fascicules 1, 3, 5, 6, 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 19 et 45 sont épuisés.
AVIS TRÈS IMPORTANT. - Le local de la Société,
est ouvert tous les Vendredis sans
exception, à partir de 9 heures du soir.
Dessin de M. de MATHAN
- 221 -
(Maison du Docteur Blanche)
Montmartre, l'antique et vieux
Montmartre, entendons-nous, disparaît chaque jour de plus en plus ; tantôt, par
accident, en emportant dans ses dessous, comme sur le plateau d'un théâtre
merveilleusement truqué, la chaussée de
Un coin, le dernier, a
cependant conservé tout son caractère, tout son intérêt : pour combien de
temps encore ! C'est l'étroit quadrilatère situé au sommet de la Butte, compris
entre
- 222 -
Le Docteur Blanche ! Il y a beau temps qu'il a quitté Montmartre, transportant à Passy, « pour cause d'agrandissement », comme on dit communément, la maison de santé que son expérience et sa sollicitude pour ses malades avaient rendue si florissante. Il est mort depuis plus d'un demi-siècle. Peu importe ! Sa bonté, sa générosité, son désintéressement sont devenus proverbiaux : la tradition s'en est transmise dans les familles, et tant que l'immeuble demeurera debout, le 22 de la rue de Norvins sera la Maison du Docteur Blanche.
Il le fut effectivement
pendant vingt-cinq ans, de 1821 à 1846. On admet généralement que le Dr
Esprit Blanche en fut le fondateur, et que, fervent adepte des principes de
Pinel et d'Esquirol, il appliqua heureusement, l'un des premiers, leur méthode
au traitement des maladies mentales. C'est là une erreur que les biographies et
les dictionnaires de médecine, n'ont pas peu contribué à entretenir. Lorsque le
Dr Esprit Blanche, tout jeune médecin, arriva de Rouen, pour
s'installer à Montmartre, dans l'immeuble dont nous nous occupons et qui
portait alors le n° 4 de
Le 4 de
Folie !... Peut-être
était-ce une de ces petites maisons discrètes, fort à la mode au XVIIIe
siècle et que M. Capon a si heureusement fait revivre, dans lesquelles les
grands seigneurs de l'époque, avec une incomparable élégance et un luxe
échevelé, avaient habilement su combiner bons soupers, bon gîte et le reste.
Toutefois, ce qui se pratiquait aisément aux Porcherons, à Chaillot ou à
Popincourt était d'une réalisation bien difficile dans un quartier aussi perdu
et d'un accès si difficile. Peut-être aussi était-ce - sub
- 223 -
foliis - un de ces paradoux délicieux,
sous les épaisses frondaisons duquel il était loisible, dais la solitude et le
recueillement, de rester en extase devant les beautés de la nature, de fixer
l'incomparable féerie des ciels fugitifs, de lancer des ballades à la lune ou
de rimer aux étoiles ? C'est peu probable, car rien ne permet de découvrir dans
le sieur Cendrin ou Sandrin - ce ne sont que des conjectures, puisque nous
ignorons à peu près tout de lui - l'étoffe d'un grand seigneur, le tempérament
d'un artiste ou l'âme d'un poète. Sa seule noblesse était d'être quelque peu
marquis de Carabas de l'endroit ; nous retrouvons, en effet, son nom
fréquemment répété comme important propriétaire et possesseur de nombreux
lopins de terre.
Folie !... C'en était une sans doute, de s'être rendu acquéreur en l'audience du 12 mars 1774, de cette propriété, d'une contenance d'un arpent et demi environ, comprenant maison, remise, jardins et bosquets, limitée à droite et par derrière sur le chemin qui conduit de Montmartre à Saint-Denis, à gauche sur une petite voye conduisant au même lieu et par devant sur la rue de Paris, de l'avoir enclose de murs solides et environnée de tous côtés de forts éperons, et surtout. d'avoir dépensé sans compter pour aménager d'une façon confortable et même somptueuse le corps de logis principal servant d'habitation. Il suffit d'examiner les plans, peintures ou dessins qui nous en restent, pour se rendre compte de l'importance inusitée de cette propriété perdue dans ce coin agreste et champêtre, détonant par son apparence riche et cossue avec la simplicité modeste des demeures environnantes.
On peut se faire une idée de
ce qu'avait pu devenir cette demeure pendant les vingt années que le sieur
Cendrin y mena une existence paisible ou dévergondée - la chronique est muette
à cet égard - par la description qui en fut faite, lorsque vers 1795, le sieur
Pruneau, marchand de vins, demeurant à Paris, rue d'Orléans Honoré, en devint
propriétaire.
Elle consistait en un grand
corps de logis, élevé sur caves, d'environ vingt-cinq mètres, trois portes
d'entrée dont deux petites et une grande porte-cochère, une grande cour devant
ladite maison, fermée par une grande grille de fer ; lad. maison était éclairée
au midi par vingt-sept croisées de face et par le même nombre au nord et par
quatre au couchant : toutes les croisées étaient garnies de persiennes en bois
de chêne. Le rez-de-chaussée comprenait un grand salon de compagnie, boudoir,
salle de billard, salle à manger, grande cuisine et office Le premier étage
était com-
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posé de neuf pièces de plain pied, et d'une grande
cuisine : huit glaces ornaient les cheminées desd. pièces : deux beaux
escaliers dans chaque bout faisaient communiquer le rez-de-chaussée et le
premier étage. Neuf pièces de plain pied constituaient le second étage. De
grands greniers régnaient au-dessus des appartements ; au-dessus de
l'entablement existait un filet de balustre crolière (?) en pierre de St-Leu :
une gouttière en plomb conduisait les eaux dans un réservoir aussi en plomb: la
totalité de la maison était couverte en thuiles. Le jardin, de la contenance
d'un hectare environ, clos de murs était planté d'arbres fruitiers, d'arbustes
et garni d'espaliers.
Telle était la propriété, lorsque dix ans plus tard - le siècle, le dix-neuvième, avait environ cinq ans - le Docteur Prost s'en rendit acquéreur pour y installer une maison de santé.
Le Dr
Pierre-Antoine Prost n'était pas le premier venu. Originaire du département du
Rhône, après de solides études docteur en médecine, attaché à l'Hôtel-Dieu de
Lyon, membre de la Société de médecine de Paris, de celles de médecine et
d'agriculture de Lyon.... il s'était spécialement consacré à l'étude des
maladies mentales. L'agencement intérieur de l'immeuble et sa situation
merveilleuse lui convenaient en tous points pour y recevoir des pensionnaires.
« Cette maison, disait-il,
très spacieuse est peu éloignée de la barrière de Paris. Un jardin fort étendu
et des plus agréables, une distribution intérieure des plus convenables, un
aspect qui présente les scènes douces et variées de la nature, tout m'a paru
se réunir pour le but que je me propose et auquel l'expérience m'a prouvé qu'on
n'arrive point si l'on néglige de s'entourer d'un appareil de choses disposées
avec intelligence et préparées pour l'usage que les divers états de la maladie
prescrivent.
« Prost, Docteur en médecine, insensés en traitement et autres maladies, à Montmartre », pouvait-on lire dans l'almanach du Commerce de l'époque. La maison, de fait, était fort et très honorablement connue, sans crainte de la concurrence qui pouvait naître d'un autre établissement sis Place des Abbesses « Le Petit Bicêtre ». Bâti sur d'anciennes excavations de l'abbaye, il occupait l'emplacement du 7 actuel de la rue de la Vieuville, à coté de l'école de garçons que des craintes d'éboulement fit récemment évacuer. Contrairement à ce que son nom pouvait faire supposer, on y soignait toutes les maladies. Sa notoriété était peu grande, sa clientèle plutôt rare : son existence fut éphémère.
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Le Dr Prost se
recommandait, non seulement par la bonne tenue de sa maison et la méthode
nouvelle appliquée au traitement des malades, mais encore par une série
d'ouvrages fort appréciés basés sur de sérieuses études et fruits de nombreuses
observations. Il précéda Broussais dans ses travaux, préparant ainsi le
triomphe de la médecine physiologique, sans que jamais toute la justice à
laquelle il avait droit lui ait été rendue.
On peut citer de lui :
- La médecine éclairée par l'observation et l'ouverture des corps,
1804, 2 gros vol., in-8°.
- Essai Physiologique sur la sensibilité, un vol. in-8°.
Et surtout :
- Deux coups d'œil physiologiques sur la folie ou Exposé des Causes essentielles de cette maladie, suivi de l'indication
des divers procédés de guérison - deux brochures in-8°, parues en 1806 et
1807.
Dans ce dernier travail, le
Dr Prost analyse les circonstances qui prédisposent à l'aliénation
et celles qui la déterminent et l'entretiennent ; il traite cette maladie
sous un point de vue absolument nouveau et fait l'exposition succincte de la
méthode qu'il emploie.
A la suite d'études
prolongées et de l'exercice d'une pratique constante, il s'est livré à un
examen approfondi des lois et des influences des corps : il a puisé les
principes de relations secrètes des organes dans l'étude des phénomènes que
présente l'ouverture des cadavres. Au lieu de rechercher uniquement les causes
organiques de la folie dans le désordre cérébral, il a étudié l'économie
animale et remarqué les sympathies réciproques des 0rganes spécialement entre
le cerveau et les organes glanduleux et il en est arrivé à conclure que les
organes du ventre jouent un rôle principal sur les facultés de l'entendement,
de la volonté, et sur les passions. C'est ainsi qu'il a été conduit à s'occuper
plus particulièrement des aliénés.
« Dans le grand nombre des
maisons destinées à recevoir les aliénés, dit-il, il en est quelques-unes 0u
les malades sont traités ; dans beaucoup d'autres, ils n'y sont qu'éloignés de
la société, ils n'y reçoivent aucun secours, aucun traitement propre à les arracher
à leur triste état. Nous avons vu naguère les malheureuses victimes de la
maladie qui occasionne l'aliénation mentale, repoussées par les plus absurdes
préjugés et traitées avec l'insouciance et l'impéritie les plus révoltantes.
« Grâces en soient rendues à
quelques sages amis de l'huma-
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nité, le sort de ces malades
est changé en beaucoup d'endroits. De nos jours, une doctrine s'est établie,
des méthodes ont été suivies : la science en a cherché les règles et une
philanthropie éclairée en a dirigé l'application. C'est à MM. Pinel et de
Coulmiers, que la reconnaissance publique doit des hommages pour ce bienfait…
« Tant de causes morales jettent dans cette déplorable situation ! Tous les extrêmes se réunissent pour donner lieu à la folie, et la folie précipite à son tour sa victime dans tous les extrêmes. L'investigation de ces causes doit souvent être dérobée au malade : la connaissance qu'il en aurait pourrait en accroître les effets.
« Cette maladie présente des
phénomènes dont les causes cachées ne se développent qu'à celui qui les
recherche avec le calme d'un esprit observateur, dégagé de tout système ; mais
ces causes, il n'appartient pas à la médecine seule de les combattre le
traitement moral est quelquefois plus efficace que les secours de l'art. Alors
que les documents et les prescriptions de la science n'ont point d'application,
la morale et la philanthropie offrent au médecin des moyens dont son cœur peut
seul diriger l'emploi. Etre médecin n'est donc point assez auprès d'un fou ; il
faut être par caractère disposé à cette douce bienveillance qui, ne se démentant
jamais, inspire et fixe la confiance du malade et l'amène à faire sans effort
ce qui convient à son état.
« Je connais donc toutes les
difficultés de la tâche que je m'impose, ajoute-t-il, et je l'entreprends avec
la confiance que rien de ce qui pourra m'aider à la remplir ne sera négligé par
moi. Celui qui se consacre à la direction d'un pareil établissement doit être à
la fois le médecin, l'infirmier, l'ami, le consolateur, le confident de ses
malades. Toujours au milieu d'eux, les observant, les dirigeant, épiant leurs
dispositions secrètes, il doit mettre à profit toutes les circonstances,
toutes les actions, tous les mouvements qui, quoiqu'en apparence indifférents,
décèlent aux yeux de l'observateur éclairé des causes profondément cachées. »
Ne voilà-t-il pas en
quelques lignes la théorie du système de traitement dont le Dr
Esprit Blanche ne fit que continuer heureusement l'application ?
Les résultats obtenus, des
plus satisfaisants, ne contribuèrent pas peu à établir la juste réputation de
la maison du Dr Prost. Parmi les nombreux malades qui y furent
traités, il convient de citer notamment Gabriel-Marie-Jean-Baptiste Legouvé.
L'auteur
- 227 -
du Mérite des
femmes y fut conduit à la suite d'une chute dans un saut de loup faite
alors qu'il se trouvait dans le parc du château d'Ivry, chez Mme
Parny, autrefois Mlle Contat, l'actrice du Théâtre Français ; cet
accident avait occasionné une rupture de la clavicule suivie d'un ébranlement
cérébral jugé d'abord sans gravité. La clavicule guérit, mais la tête resta
malade. A l'état d'inquiétude et de mélancolie qui l'affligeait vint encore
s'ajouter la douleur causée par la mort de sa femme Elisabeth-Adélaïde Sauvan,
décédée le 7 septembre 1809, à l'âge de 33 ans.
Ce monde n'était pas digne
de la posséder
Elle en est sortie pour en
chercher
un meilleur,
fit inscrire Legouvé sur le monument qu'il éleva à la
mémoire de sa femme, dans le cimetière du Nord ; ce monument de forme
carrée se dressait au milieu d'un petit jardin planté d'arbres et entouré d'une
grille en fer ; sur le côté était un banc de pierre. La tête chavirée et
le cœur brisé, Legouvé, de
Dans cette même tombe
près d'une épouse chérie
repose
Gabriel-Marie-Jean-Baptiste Legouvé,
Membre de l'Institut
et de la Légion d'honneur,
décédé le 30 août 1812
Deux ans plus tard, les
alliés venaient camper dans
d’après le tableau de Paul Villeneuve (Salon de 1835, n° 2134 – Musée Carnavalet, n° 246)
- 228 -
rie tombées au pouvoir de l'ennemi, alors retournées
sur Paris, allaient bombarder la capitale, lorsque l'annonce de la capitulation
qui venait d'être signée à Belleville, fit cesser les hostilités.
L'armée de Silésie coucha
sur ses positions et repartit le lendemain ; l'armée russe, elle, était
campée au milieu de
Si le Dr Prost se
montrait plein de mansuétude, de douceur et de bonté avec ses malades et
pensionnaires, il n'en était guère de même lorsqu'il s'agissait de ses voisins
et de la municipalité de Montmartre. Il lui advint d'avoir, en maintes
circonstances, mailles à partir avec ces derniers ; les réclamations
s'émoussaient dès qu'elles l'avaient touché ; sa mauvaise volonté et sa
force d'inertie résistaient à toutes les enquêtes et à toutes les
procédures : comme Fabius, Prost cunctator,
décourageait les énergies les plus acharnées.
En 1818, le Dr
Prost ajoute un corps de logis au bâtiment principal de sa maison ; il paraît
qu'aux 2e et 3e étages deux corps de cheminée reposaient
sur des poutres de bois et en traversaient même quelques-unes. C'était non
seulement contraire aux règlements, mais encore dangereux pour le propriétaire
de l'immeuble et ses voisins. Ceux-ci réclament ; le Dr Prost fait
la sourde oreille. Ils s'adressent alors au maire, M. Faveret, qui sollicite du
préfet du dé-
(1) Revue rétrospective, 1895, p. 352. Mémoires du comte de Langeron : « Au milieu du tumulte de l'assaut, les habitants de Montmartre avaient déserté leurs maisons ou s'étaient cachés dans les caves. Mes adjudants marquèrent mon quartier dans la maison la plus élevée de la ville, où ils ne trouvèrent personne. C'était l'hospice de fous tenu par M. Probst (sic). A peine fus-je entré dans la maison que tous les fous, dans des costumes bizarres vinrent m'entourer. Je ne pouvais concevoir ce que signifiait toute cette mascarade. Mais la maîtresse de la maison reparut et me pria de l'aider à faire rentrer tous les masques dans leurs chambres, ce que je lui accordai. »
- 229 -
partement de la Seine, l'autorisation de se rendre
sur place pour constater le fait, d'autant plus grave, dit-il, que « tout incendie
est à craindre dans une commune ou l'eau est rare et très éloignée des
habitations. » Ces corps de cheminée sont isolés, riposte le Dr ; je
ne m'en servirai qu'en faisant placer des desarneaux
avec un tuyau isolé, ce qui garantira de tout danger..., cela suffit. Je
m'oppose à toute enquête et à toute constatation ; qu'on me laisse en
paix... M. Faveret avise de ce refus le sous-préfet de l'arrondissement de
Saint-Denis par lettre du 17 juillet 1818... Et puis, c'est tout. On attendit,
sans doute, pour poursuivre que l'accident se produisit : il n'eut pas
lieu et rien ne vint rallumer cette affaire.
A la fin de la même année,
autres difficultés. Le Dr Prost s'était rendu acquéreur par acte
passé devant Me Fournier, notaire à Paris, le 2 mai 1810, d'un
terrain voisin de sa propriété, appartenant originairement aux religieuses de
Montmartre, au lieu dit le Champ du Palais, en bordure sur le chemin des
Moulins. Le tracé de la nouvelle route de Paris par
Cette demande avait été favorablement accueillie. Un arrêté de la préfecture du 30 décembre 1819 autorisa le sieur Prost a laisser subsister ce mur jusqu'à ce qu'il y ait lieu de le faire démolir pour cause de vétusté ou de demande d'alignement.
La fabrique n'entendant pas
de cette oreille, réclama à nouveau. Un arrêté du 1er octobre 1821,
la déboutait de sa demande et l'envoyait se pourvoir devant les tribunaux. En
1824, on en était encore aux enquêtes, procès-verbaux et citations... Mais le
Docteur Prost n'était plus là : il avait en 1820 quitté Montmartre et cédé sa
maison de santé au Docteur Esprit-Sylvestre Blanche.
Celui-ci, originaire de
Normandie (1)
appartenait à une brillante famille de médecins.
(1)
Né à Rouen, le 15 mai 1796.
- 230 -
Son père, le Dr
Antoine-Louis Blanche-Duparc (1), avait été médecin de la maison des aliénés du
département de la Seine-Inférieure, membre et prévôt du collège de Rouen :
il fut un ardent propagateur de la vaccine et par de remarquables travaux (2), eut le grand mérite de
coopérer à l'expansion de la méthode de Jenner, qui malgré de décisives
expériences faites en 1796, n'avait pénétré en France qu'en 1800.
Le Docteur
Antoine-Emmanuel-Pascal Blanche, son frère (3), fut l'un des praticiens les plus distingués
et membre de l'académie de Rouen.
Comment vivre dans une telle
atmosphère de famille, sans en ressentir brûlamment les effluves ! Esprit
Blanche n'eut, du reste, aucune velléité de s'y soustraire. Aussitôt que ses
études le lui permirent, il vint à Paris suivre les cours de la Faculté de médecine
et manifesta de bonne heure, à l'exemple de son frère, un intérêt tout
particulier pour l'étude des maladies mentales. A peine était-il reçu docteur
qu'il prenait la direction de la maison de santé de Montmartre. Pourquoi le Dr
Prost abandonnait-il l'établissement qu'il avait créé ? Sa situation était-elle
si peu prospère que son neveu reçu docteur en 1819, la même année que le Dr
Blanche, au lieu de s'en rendre acquéreur, avait préféré s'installer au 22 de
Les malades en traitement ne
s'aperçurent pas du changement de direction : l'intimité de la vie de famille
plus grande encore que par le passé devint plus étroite. Le Dr
Blanche net et brusque en apparence et au fond d'une patience inlassable et
d'une bonté
(1) Né à Courgeron
(Orne) le 25 décembre 1753. Mort à Rouen, 3 mars 1816.
(2) Recherches
historiques sur l'ancienneté de la vaccine et son application à l'espèce
humaine. Rouen, an X, (1801) in-8°.
(3) Né le 9 décembre
1785 à Rouen où il est décédé le 24 janvier 1849. Reçu docteur à vingt-deux
ans, il créa à Bicêtre, dont il était médecin en chef, un amphithéâtre et des
cours de clinique et de médecine. Le succès de ces cours amena, en 1822, la
fondation de l'Ecole de médecine de Rouen, où il professa jusqu'à sa mort.
- 231 -
à toutes épreuves, secondé par sa jeune femme (1), un ange de douceur et d'abnégation, aidé par les Dr Prot, Lamide et Lachaize précieux et dévoués collaborateurs, continua à mettre en pratique les principes préconisés par son prédécesseur. Il s'inquiétait peu d'écrire, mais n'hésita pas à prendre hardiment la plume pour combattre les doctrines irrationnelles et dangereuses du Docteur Lauret.
Deux mémoires furent par lui
publiés à cette occasion : dans le premier : Du danger des rigueurs corporelles dans le traitement de la folie, daté
de 1839, il discute pied à pied la théorie émise par son adversaire, lors d'une
lecture faite à l'Académie en 1838 : « De deux choses l'une, dit-il, ou
vous ne conseillez l'intimidation et les pénibles moyens qu'elle entraîne que
comme une ressource accessoire à laquelle la nécessité force quelquefois
d'avoir recours : ou vous la proposez comme un moyen fondamental, comme base du
traitement de
(1) Mlle Marie-Madeleine Bertrand, née le 11 mai 1800 qu'il épousa en 1820.
(2) Les médecins de Paris jugés par leurs œuvres ou statistique scientifique et morale des médecins de Paris, par C. Lachaise de la Berre, docteur en médecine de la faculté de Paris. Paris. Chez l'auteur 1845, in-8°.
- 232 -
M. J. Mauzin (1) et M. Jacques Arago (2), ont fourni d'amples et
précis renseignements sur la Maison du Dr Blanche et quelques
malades qui vers 1830 s'y trouvaient en traitement. Nul ne venait y frapper
sans être sûr d'y trouver un accueil cordial et des soins dévoués. Ecrivains et
artistes y étaient particulièrement bien reçus et choyés, alors même que sans être
terrassés par le surmenage intellectuel ou emportés dans le tourbillon de
leurs rêves, ils venaient en amis s'asseoir à la table qui leur était toujours
ouverte.
Le plaisir des commensaux de
passage n'était pas sans être souvent
troublé par l'impression pénible éprouvée à la vue des amis en traitement ou
l'appréhension qu'un jour peut être, l'équilibre des facultés perdu pouvait
les amener à leur tour à occuper une place dans cet asile.
Frédéric Soulié, déjeunant
une fois chez le Docteur Blanche, lui demanda :
- Comment faites-vous, docteur, pour enfermer les fous que l'on vous désigne.
- C'est bien simple,
répondit le médecin, surtout quand je les connais. Je les rencontre comme par
hasard dans la rue...
Le romancier fronça les
sourcils.
- Oui, comme vous m'avez
rencontré ce matin, docteur.
- Précisément. Nous
causons : et sans avoir l'air de rien, je les invite à déjeuner. Ils
refusent d'abord. J'insiste. Et je fais si bien qu'ils finissent par accepter.
- Toujours comme moi, reprit Soulié, qui pâlissait visiblement. Et vous les attirez ainsi chez vous ?
- Oui. Et une fois qu'ils y
sont, je les retiens pensionnaires...
Soulié pour qui la crainte
de devenir fou était une hantise, n'en entendit pas davantage, sauta sur son
chapeau et prit la fuite (3).
« Dans le monde des lettres
et des arts, peut-on lire dans le Livre
de Bord, d'A. Karr, si quelqu'un devenait fou, était blessé en duel... on
commençait par le porter chez Blanche, sans s'inquiéter de savoir comment
serait payée la pension - les soins nous n'en parlons pas : - quelquefois elle
était payée par sa
(1) Bulletin
de
(2) Paris ou le Livre des Cent et un. Paris, Ladvocat 1832, IV, p. 197.
(3)
- 233 -
famille, quelquefois aussi par un ministère, si le
malade était un illustre, quelquefois, elle ne l'était pas du tout, et celui
qui s'en inquiétait le moins, c'était encore Blanche. »
La réputation de la maison
était telle que dans un vaudeville de Théaulon, Gabriel et F. de Courcy, Crouton, chef d'Ecole, représenté le 12
avril 1837 au Théâtre des Variétés, c'est un employé de la maison de santé du
Dr Blanche que l'on va immédiatement chercher, pour emmener un des
personnages subitement devenu fou... Ce n'était pas une banale réclame mais
bien une légitime popularité.
Et les épaves de tous les
mondes, brisées par les tempêtes de la vie, emportées par les remous de cette
mer furieuse et implacable qu'est l'existence, venaient échouer lamentablement
au seuil de cette hospitalière et bienveillante maison.
C'est madame de la Valette,
qui après un court séjour eut le bonheur de sortir guérie. C'est le général
Travot, entre les mains duquel dans le bois du château de la Chabotterie, près
Clisson, tomba Charette, harassé, traqué, fourbu, épuisé par la fièvre et par
la faim, perdant son sang, et ne pouvant plus fuir. M. Lenôtre dans son dernier
volume de Vieilles maisons, vieux
papiers, vient de nous en retracer les émouvantes péripéties. Condamné à
mort au retour des Bourbons, le général Travot perdit la raison en apprenant la
commutation de sa peine en vingt années de réclusion. Le 7 janvier 1836, on
l'inhumait au cimetière Montmartre sur sa tombe a été gravée cette phrase
extraite du testament de Napoléon à St-Hélène : « Je lègue aux enfants du
brave et vertueux général Travot... ». Un buste en bronze rappelle ses traits.
Son nom a été donné à une avenue du cimetière.
C'est Monrose, l'excellent
artiste de
Mais un soir qu'à Rouen, il
jouait avec Mlle Verneuil, sa cama-
- 234 -
rade du Français, un de ses rôles préférés, sa
pauvre cervelle se brouilla tout à coup : prose et vers enchevêtrés débités
sans suite au grand étonnement du parterre firent croire à ce dernier que
l'artiste était en état d'ébriété ; mais lorsqu'il se rendit compte de la cause
véritable de cet accident, les murmures et les sifflets avaient fait leur
œuvre. Monrose fou, complètement fou, était à grand peine reconduit à
Montmartre chez le Dr Blanche.
Le 7 Janvier 1843, avait
lieu à
« Le public veut le voir,
raconte J. Janin (1) qui, présent à cette sensationnelle soirée en a conservé le vibrant
souvenir. Plus on dit, il est malade ! et plus le parterre répond : qu'il
paraisse ! alors il reparaît ! à l'instant ou il reparaît, ou il va venir
on tremble : le frisson se répand dans
« Chacun tremblait pour lui
: c'est lui-même qui les rassure tous ; le comte Almaviva se préparait à
soutenir Figaro, Figaro rit au nez du Comte. Rosine avait peur, Figaro rassure
Rosine. Bartholo et lui-même Basile, étaient émus, et ils se promettaient bien
de ménager leurs brutalités habituelles, Figaro ne leur en donne pas le temps,
il les prend, il les pousse, il les obsède si fort que ceux-ci sont obligés de
se défendre. C'est un sauve qui peut général, mais c'est l'alerte sauve qui peut de la grâce, de l'esprit
et de la bonne humeur. Pourtant il y a dans ce rôle de Figaro des mots qui nous
faisaient frémir, ces trois, par exemple, qui terminent le troisième acte : il est fou 1 il est fou ! il est fou !
(1) Histoire de la Littérature dramatique, par M. J. Janin, Paris, Michel-Lévy, 1853-1858, II, p. 282.
- 235 -
Et comme Monrose les a dits : chaque fois sa voix
s'élevait d'une façon lamentable. C'est le seul moment où ce malheureux artiste
ait oublié son rôle de Figaro ; on eut dit à entendre ce sanglot caché, qu'il
allait enfin échapper à ce tour de force inexplicable, affreux...
« Expliquez donc ce mystère ? Cet homme qui revient au monde pour trois heures. Cet esprit endormi qui se réveille pour réciter une certaine quantité de bons mots disparus de son crâne, il y a trois ans et qui vont de nouveau disparaître et pour toujours ! Comment cela se fait-il ?... »
Quelle soirée !... Elle s'acheva pourtant sans incident tragique.
Le Dr Blanche qui veillait dans la coulisse prêt à intervenir à la moindre défaillance, reprit possession de son malade aussitôt la dernière réplique et le ramena immédiatement à Montmartre. Le malheureux artiste n'en devait plus sortir : ses forces allèrent s'affaiblissant : il y mourut le 20 avril 1843, à l'âge de 59 ans.
« Cette représentation suprême du Mariage de Figaro par un homme dont la raison était absente, ajoute J. Janin, devait être comptée comme le chef d'œuvre de la volonté du docteur Blanche ; nous appelions cela son miracle, et comme il était né à Rouen, nous lui chantions souvent cet hymne qui se chante encore à l'Eglise de St-Ouen :
Adsis supreme spiritus
In nocte sis lux mentium
Toi seul tu peux calmer cet
esprit agité
De ce nuage épais, toi seul
est la clarté.
une ode même de Santeuil, traduite en vers, par un poète de Rouen, M. Edouard Neveu, mort l'an de grâce 1852, à l'hôtel Dieu, sur le lit même de Gilbert. »
C'est aussi chez le Dr
Blanche, si l'on en croit J. Janin que mourut une des plus grandes dames de
l'ancien empire français, une grande dame qui était un bel esprit et un
charmant écrivain.
« Plus tard et dans la même maison, le fils aîné, l'héritier de ce grand titre gagné sur tous les champs de bataille de l'Empereur, devait suivre sa mère infortunée ! Dans ces lieux, témoins de tant de chutes où tant de rêves ont abouti, est mort à son tour entouré des soins les plus tendres Etienne Becquet ; il avait à peine trente-six ans, il avait lui aussi gardé tout son esprit, il venait d'entrer dans la grande fortune de son père - il est mort
- 236 -
sous ce toit bienveillant, en murmurant une ode
d'Horace, en guise de prière suprême...
Le Dr Blanche a
guéri une jeune femme amoureuse du soleil ! Elle s'éveillait au matin,
souriant à son bien-aimé du sourire des anges : à midi, rien ne manquait à
cette fête de son cœur. Peu à peu quand descendait le crépuscule, elle tombait
dans l'anéantissement de
On sait de quelle tare sont
frappés dans leur personne et leur famille ceux que la folie a effleurés de son
doigt : aussi le bon Dr Blanche était-il le premier à cacher les
noms des malheureux qui étaient morts ou à taire les noms de ceux qui étaient
sortis guéris. Quand d'aventure il rencontrait de ces derniers dans les rues,
il affectait de ne les point reconnaître, afin de ne pas attirer l'attention
sur eux et d'éviter les soupçons.
« Que de poètes, que d'écrivains et combien de philosophes, gémit encore J. Janin, ont invoqué sa science et sa pitié ! Combien de jeunes gens l'ont appelé dans leurs désastres, que de jeunesses perverties par la folie et le zèle du travail, en proie à l'ambition qui tue, ont du à ce galant homme le rétablissement de leur intelligence ! Il était de sa nature un observateur attentif, prévoyant, très calme et très ferme tout ensemble. Dans cette diversité infinie d'accidents que le cerveau de l'homme… et de la femme peut contenir, il s'attachait surtout à rechercher les accidents qui frappaient les intelligences d'élite, à guérir, à rasséréner les grandes âmes plus facilement et plus cruellement malades que toutes les autres.
« Celui-là donc était le
bienvenu chez le Dr Blanche, qui était la victime de l'étude ou des
passions, la victime du génie ou du travail ; celui-là était le bienvenu qui
succombait sous le fardeau des espérances trompées, de la gloire incomplète et
de l'orgueil blessé à mort ! A ces âmes en peine, il accordait tous ses soins,
se croyant trop payé et trop récompensé s'il avait retrouvé une lueur sous
cette cendre éteinte, une pensée en cette âme blessée à mort, un rêve logique
dans cet esprit abandonné à tout le dévergondage de
« Jeune encore, le Dr
Blanche a vu venir, à lui, à demi fous d'épouvantes les vieux poètes de
l'Empire épouvantés des pre-
- 237 -
miers bruits de la naissante poésie : il a vu
l'Académie inquiète du Cénacle ; il a vu plus tard le Cénacle, à son tour,
possédé de cette ambition perverse qui ne veut rien tolérer de tout ce qui
s'élève ou se tient debout à côté d'elle ! Aussi des deux partis des deux
armées littéraires, il a recueilli les blessés : il a ramassé les morts sur le
double champ de bataille de la poésie, il a été le témoin affligé de tous les
suicides, il a assisté à tous ces duels ; il a vu des hommes amoureux de leur
gloire et de leur renommée à ce point qu'ils s'appelaient des dieux et qu'ils
se dressaient à eux-mêmes des autels...
« Il apaisait, il calmait, il consolait, il relevait, il encourageait son malade. Il le ramenait dans les sentiers connus ; il le traitait comme un père traite son enfant ; et par tant de bons soins, par tant de bonnes paroles et tant d'exemples dont il avait le secret, il faisait que l'ordre et l'espérance rentraient à la fois dans cette âme et dans cet esprit au désespoir... »
C'est Lassailly, l'auteur
des Roueries de Trialph, l'un des
plus rares ouvrages de la période romantique, portant sur son titre cette
curieuse épigraphe : Ah! Eh ! Eh ! Hi ! Hi ! Hi ! Oh
! Hu ! Hu ! Hu ! Hu ! Profession de foi par
l'auteur. «
Lassailly, dont le nez toujours à l'affût des aventures faisait dire :
Lassailly est ainsi nommé à cause de celle de son nez », et dont la vie entière
ne fut que la misère en habit à la mode, Lassailly l'éternel amoureux, passant
ses matinées à l'Eglise et ses soirées à l'Opéra en quête d'intrigues avec les
femmes du monde, les plus séduisantes et les plus brillantes. « C'était Faust
et Werther, et son cœur a fleuri sans trouver de rosée au pays de Voltaire. Il
vivait dans le bleu, toujours loin de la terre. » Apollon timbré, l'appelait Sainte-Beuve. « Soit, disait-il :
quiconque n'a pas traversé la folie n'arrive à aucun sommet. » Sur la
recommandation de Lamartine et de A. de Vigny, il fut interné par le ministre
de l'intérieur, chez le Dr Blanche. Il mourut le 18 juillet 1843 ;
ses funérailles eurent lieu aux frais du département.
C'est Antoni Deschamps,
moins fou que neurasthénique, comme nous dirions aujourd'hui; une crise
résultat du surmenage intellectuel causé par sa traduction en vers de
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Paroles (1835) et Résignation (1839), sont l'écho de sa
détresse morale et physique.
C'est enfin et surtout, Gérard de Nerval, ce doux et charmant poète, franche et loyale physionomie reflétant à la fois la bonté, l'esprit, la finesse et la candeur, dont l'existence fut une continuelle errance et un rêve d'éternel amour. Ses crises qui ne duraient guère plus de six mois, allèrent se rapprochant vers la fin de sa vie. Quand il retombait dans sa folie - quoiqu'il fut plus halluciné que fou - « il n'était pas comme un autre, raconte A. Houssaye qui fut pour Gérard un ami fidèle de la première à la dernière heure : c'était tour à tour l'amour de l'infini, l'amour de l'amour. D'ailleurs on n'a jamais vu passer un fou si aisément de la folie à la sagesse, de la sagesse à la folie : en outre, dans ses heures nébuleuses, il était soudainement frappé d'une si vive lumière qu'il confondait les esprits les plus subtils.
« Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est la durée de cette intelligence, tour à tour lumineuse et nocturne ; pendant vingt ans, ce fut le même homme, toujours jeune, toujours vaillant, toujours sur la brèche, passant de la science à la poésie, tantôt philosophe, tantôt amoureux, voyageant à fond de train en Europe et en Asie, en parcourant toutes les routes plus au moins connues de l'infini. »
« J'ai laissé ma folie chez
Blanche », disait-il chaque fois qu'il quittait la maison de santé. Hélas ! le
malheureux ! c'était bien sa raison qui s'en allait en lambeaux.
Sans cesse par voies et par
chemins, il connaissait mieux que personne les environs de Paris dans leurs
plus mystérieux recoins : ce n'était pas seulement Ermenonville ou
Chantilly, Senlis ou Dammartin, c'était Montmartre au sommet duquel il aimait à
cacher ses amours de passage, dont il fréquentait les ruelles et les carrières
et qui fut l'heureux prétexte de quelques-unes des plus jolies pages de sa Bohême galante.
C'est en parlant de lui que
Champfleury (1)
nous donne de ce quartier pittoresque, un tableau vivant et certainement d'une
grande exactitude de détails. Gérard, dit-il, « trouvait sur le revers opposé
de la butte de quoi rafraîchir son esprit plus porté vers les petits détails
domestiques, la nature riante, les mœurs populaires, les bals publics, le
château des Brouillards, le moulin de
(1) Revue Internationale, 31 mars et 30 avril 1860, Gérard de Nerval, par Champfleury.
- 239 -
Paris, quelque chose comme Pontoise. Pas de
voitures, pas de police, pas de monde dans les rues tranquilles, de petites
habitations entourées de jardins, de petites boutiques qui sentent
« Il y avait surtout sur le boulevard extérieur,
entre la barrière des Martyrs et
« Celui qui est passé par là
et qui n'a pas vu la boutique n'a pas d'yeux. Au dehors sont les cannes les
plus tourmentées de la création, en racines bizarres, contournées, pleines de
nœuds et de bosses, dont la poignée représente des figures bizarres et
fantastiques, avec des yeux d'émail enchâssés dans le bois. La nature et l'art
se sont prêtés à ces déviations. Il faut avoir le cerveau bien sain pour se
servir de ces cannes grimaçantes qui, dans la main d'un cerveau troublé,
doivent communiquer rien que par le contact, des pensées étranges. La ligne
droite de la canne qu'un penseur agite ou promène sur le sable, contribue à
activer la pensée ; mais les serpents se repliant sur eux-mêmes avec leur
écorce sauvage, la langue frétillante dans la main, ne sont point des cannes
d'homme raisonnable. L'étalage du marchand de cannes donnait déjà le vertige et
détruisait toute espèce de notions histo-
- 240 -
riques, quand un écriteau accroché au cou d'une de
ces cannes monstrueuses et sauvages, annonçait qu'elle avait appartenu au Maréchal de Richelieu. Autant aurait valu
affirmer que l'élégant maréchal se servait d'un tomahawk à la cour ! Mais les
cannes n'étaient rien en regard des peintures placées au dehors. Sur plusieurs
cartons s'étalaient des dessins de buveurs, en habit bleu de ciel, au nez
rouge, qui recevaient invariablement en pleine figure des jets de boissons
singulières s'échappant d'une bouteille. D'autres tableaux représentaient
d'aimables compagnons se prenant aux cheveux, se cassant des bouteilles sur la
tête, le tout dessiné comme par un enfant Joway, avec des couleurs primitives
et barbares.
« L'intérieur du Cabaret
répondait franchement à l'extérieur. Pas de carreaux mais de la terre battue.
Des tables de bois et des bancs de bois. D'un côté, pour mur, de gros tonneaux,
sur les ventres desquels étaient collées les peintures naïves, sorties du même
pinceau que celles de l'extérieur. Le jour y venait à peine et n'éclairait qu'à
regret les boissons alcooliques qu'y prenaient des ouvriers entassés autour de
ces petites tables, ne contenant guère plus de sept buveurs. Gérard aimait les
endroit bizarres, et celui-là certainement était un des plus singuliers du
Paris des barrières. On y débitait je ne sais quel Gin ou quel Tafia ou quel
Schidam... et Gérard, un petit verre devant
lui, revenait souvent au cabaret, non pour la boisson, mais entraîné fatalement
par une sorte de mandragore en racine tordue, qui poussait ses idées au
bizarre… Cette mandragore, issue d'une vieille racine de vigne, intéressait
démesurément Gérard qui, en descendant des Buttes Montmartre allait tous les
matins lui rendre hommage comme à une idole. L'esprit préoccupé des religions
comparées, la tête pleine des singulières divinités qui président à ces
différents cultes, Gérard s'imaginait peut être que cette mandragore, digne de
figurer en tête des œuvres d'Hoffmann, renfermait quelque Dieu mystérieux. On
était alors sous la République et aux tiraillements qui se faisaient de part et
d'autre, les gens du peuple devenaient défiants. Cet homme en habit noir et en
chapeau qui fréquentait le cabaret sans rien dire et qui avait l'air d'écouter,
froissa un jour les buveurs du lieu. - C'est un mouchard, dirent-ils, et ils
lui auraient fait un mauvais parti, sans un sculpteur qui, passant devant le
cabaret et entendant tout ce bruit, parvint à tirer Gérard d'affaire. »
Depuis longtemps, Gérard poursuivait son idéal d'amour, Jenny
- 241 -
Colon qui, d'un petit théâtre des boulevards, était
par son talent et sa beauté devenue une des plus brillantes artistes - une
grande vedette dirions-nous aujourd'hui - de l'Opéra-Comique. Mais cette course
vaine à la chimère avait exacerbé ses facultés et, le songe s'étant épanché
pour lui dans la vie réelle, une cure s'ensuivît nécessitant des soins
immédiats. Se trouvant un jour à Montmartre, au coucher du soleil, sur la
terrasse d'une maison à l'Italienne appartenant à un de ses amis, il vît une
apparition et entendît une voix qui l'appelait. Il s'élança, tomba et resta
évanoui de sa chute qui aurait pu le tuer. Il va sans dire qu'on le transporta
immédiatement chez le Dr Blanche. C'était le 11 mars 1841.
La saison était superbe, le printemps versait sa gaîté à flots : le poète ne pouvait qu'en ressentir de bienheureux effets : « La maison où je me trouvais, écrivait-il plus tard, située. sur une hauteur, avait un vaste jardin planté d'arbres précieux. L'air pur de la colline où elle était située, les premières haleines du printemps, les douceurs d'une société toute sympathique, m'apportoient de longs jours de calme. Les premières feuilles des Sycomores me ravissaient par la vivacité de leurs couleurs, semblables aux panaches des coqs de Pharaon. La vue, qui s'étendait au-dessus de la plaine, présentait du matin au soir des horizons charmants, dont les teintes graduées plaisaient à mon imagination. Je peuplais les coteaux et les nuages de figures divines dont il me semblait voir distinctement les formes. »
Il y passa huit mois, huit mois de traitement bienfaisant et de lénifiant repos, correspondant avec ses amis et recevant même leurs visites.
« J'ai appris par Théophile,
lui écrivait Francisque Wey (1) que ta santé est bien meilleure et j'en suis aussi joyeux, mon bon
Gérard, que j'avais été affligé de ta maladie... Puisque tu as le bonheur de
jouir, pour quelques jours encore, d'un repos élyséen, je me chargerai, si tu
le veux, moi qui patauge dans la boue des affaires courantes, de tes
commissions dont je te rendrai compte avec exactitude. Tu n'as qu'à parler...
Je désire, mon cher ami, que tu me donnes de tes nouvelles directement. Tu dois
avoir du temps à perdre et des revanches de bavardages à prendre : fais-moi le
plaisir de me gribouiller un peu de papier et de me dire tout ce qui te passera
par
(1) Nouvelle Revue Internationale du 15 juin 1894.
- 242 -
assez peu. D'abord tu n'as rien à faire, puis tu es
chauffé, nourri et paisible comme un gentilhomme campagnard. Tu vis au milieu
d'un tas d'arbres comme une fauvette. Tu dis que tu manges comme un corbeau -
et voici que le printemps survenant à point nommé, tandis que tu es dans tes terres, va t'environner de verdure
et de parfums. Reste-là jusqu'aux premières fleurs : tu nous y recevras et nous
irons jaser sous l'orme et dans les lilas... »
Antony Deschamps, disait de lui :
Sage était son discours, ses
actes étaient fous !
Fous, ô combien ! Une de ses plus douces et exquises
occupations, était de pétrir avec de la terre, la figure de celle qu'il
aimait : « Tous les matins, gémissait-il, mon travail est à refaire, car
les fous, jaloux de mon bonheur, se plaisent à en détruire l'ouvrage. » Avec
des débris de charbon et des morceaux de briques, il traçait sur les portes et
sur les murs des dessins extravagants ; avec des sucs de fleurs, il aquarellait
des feuilles de papiers : partout c'était la reine de Saba, Aurélia, Jenny
Colon, « sous ses pieds tournait une roue, et les dieux lui faisaient cortège.
» Tout gravitait autour d'une femme géante, nimbée de sept étoiles, appuyant
ses pieds sur le globe où rampe le dragon, et symbolisant à
Il ne sortit de chez le docteur Blanche que le 21 novembre 1841 : Voici ce qu'il écrivait à madame Alexandre Dumas, dans une lettre datée du lendemain.
« Ma chère Madame, j'ai
rencontré hier Dumas, qui vous écrit aujourd'hui. Il vous dira que j'ai
recouvré ce que l'on est convenu d'appeler raison, mais n'en croyez rien. Je suis
toujours et j'ai toujours été le même, je m'étonne seulement que l'on m'ait
trouvé changé pendant quelques jours
du printemps dernier. »
« L'illusion, le paradoxe,
la présomption sont toutes choses ennemies du bons sens dont je n'ai jamais
manqué ! Au fond, j'ai fait un rêve très amusant et je le regrette ; j'en suis
même à me demander s'il n'était pas plus vrai que ce qui me semble seul
explicable et naturel aujourd'hui, mais comme il y a ici des médecins et des
commissaires qui veillent à ce qu'on n'étende pas le champ de la poésie aux
dépens de la voie publique, on ne m'a laissé sortir et vaquer définitivement
parmi les gens raisonnables que lorsque je suis convenu bien formellement d'avoir été malade, ce qui coûtait
beaucoup à mon amour propre, et même à ma véracité. - Avoue ! avoue ! me
criait-on, comme on faisait jadis aux
- 243 -
sorciers et aux hérétiques, et pour en finir, je
suis convenu de me laisser classer dans une affection
définie par les docteurs, et appelée indifféremment Théomanie ou Démonomanie
dans le dictionnaire médical. A l'aide des définitions incluses dans ces deux
articles, la science a le droit d'escamoter ou réduire au silence tous les
prophètes et voyants prédits par l'apocalypse, dont je me flattais d'être l'un.
Mais je me résigne à mon sort, et si je manque à ma prédestination, j'accuserai
le docteur Blanche d'avoir subtilisé l'esprit divin. »
Le Dr Blanche a
toujours traité Gérard chez lui, pour rien, ainsi, que l'a dit A. Houssaye, non
pas comme un enfant de la maison, mais comme un ami de tous les instants ; par
deux fois encore, avant de se lancer dans l'infini des dernières marches du
fatal escalier de
La bonté de
l'excellent docteur Esprit Blanche était sans bornes : dépassant les limites de
sa maison, elle se répandait charitablement dans les familles de la commune :
on n'y faisait jamais appel en vain et la reconnaissance était le plus souvent
le paiement des soins qu'il distribuait généreusement autour de lui.
L'Asile de la
Providence, qui existe encore aujourd'hui au 77 de la rue des Martyrs, asile
pour les vieillards des deux sexes, - dans lequel il y a peu de temps mourait
le 19 février
A peine arrivé à Montmartre,
le Dr Blanche fut sollicité et accepta d'en devenir le médecin :
chaque année, il présentait un
- 244 -
rapport sur l'état des malades, et le 29 mai 1824,
lisait en séance générale le compte-rendu suivant, qui donne une idée de ce
qu'était cet établissement à cette époque et des services rendus par celui qui
avait la charge de veiller sur la santé de ses pensionnaires:
« Mesdames et
Messieurs,
« J'avais l'espérance de n'avoir à vous annoncer que très peu de décès, puisque pendant les six premiers mois de l'année, j'avais été assez heureux pour ne perdre aucun de mes malades, résultat assez difficile à obtenir chez des vieillards qui, pour la plupart, offrent peu de ressources et quelquefois peu de bonne volonté. J'ai été bien moins heureux le reste de l'année : dans le mois de janvier une pensionnaire a succombé à l'âge de 74 ans : deux ont terminé leur carrière dans le mois de février, cinq dans le mois de mars et deux dans le mois qui va finir.
« De tous ces malades, le moins âgé avait 62 ans : tous les autres avaient depuis 74 jusqu'à 89 ans : et vous savez, Mesdames et Messieurs, qu'il est impossible à cet âge de prolonger encore une existence déjà usée par les maladies antérieures et les affections morales. Aussi peut-on dire de tous ces pensionnaires qu'ils avaient fini de vivre.
« Quoique le nombre des malades que j'ai perdus depuis un an que j'ai l'honneur d'être médecin de l'asile royal de la Providence, soit déjà assez considérable, je dois vous avouer qu'il eut été plus grand sans l'assistance et le zèle de Mesdames les religieuses : je ne crois pas qu'il soit possible de recevoir des soins plus affectueux que ceux qui sont donnés aux pensionnaires dans cette maison : tout ce qui est nécessaire et surtout agréable leur est accordé avec une générosité sans limites, et administré par ces dames avec les précautions les plus grandes. Aussi, Mesdames et Messieurs, ai-je eu la satisfaction de rendre à la santé un assez grand nombre de malades presque aussi vieux et aussi infirmes que ceux auxquels la Providence a cru devoir mettre un terme à leur existence.
« Si l'asile royal de la Providence n'était pas destiné à recevoir des hommes et des femmes déjà accablés sur le poids de l'âge, nous pourrions espérer plus de succès : mais les seules ressources que nous ayons sont toutes hygiéniques. C'est par un régime bien entendu et tel qu'on le suit dans la maison que l'on peut espérer de voir diminuer la mortalité,
« La position favorable
de l'établissement le vaste jardin destiné
- 245 -
à la promenade des malades, l'air vif et pur qu'ils
y respirent, leur font trouver sans sortir l'exercice nécessaire à leur âge, de
mon coté, je leur donne tous les soins que leur position réclame, et mets toute
mon ambition à justifier, par mes efforts, la confiance dont vous m'avez honoré.
« BLANCHE. »
***
Pendant vingt-cinq ans, on put lire dans les almanachs du Commerce de Séb. Bottin, aux « Maisons de Santé et Pensions bourgeoises », les renseignements suivants:
« Blanche : doct. médecin : établiss. pour les aliénés à Montmartre. Cet établiss. où l'on trouve des bains faits sur le dernier modèle de ceux de la Salpétrière est tout à fait séparé de la maison de santé et de plaisance, ou l'on reçoit malades, convalescents et pensionnaires : bains ord. sulfureux, gélatineux, de vapeur, de sable, etc... comme à Tivoli.
« Cette maison est située d'une manière unique sous le rapport de la pureté de l'air et de la beauté du site… »
Puis, c'est le silence. De 1870 à 1875, y végéta une institution de demoiselles sous la direction d'une dame Vve Mathieu : une fabrique de broderie appartenant à M. Gilbert lui succéda, mais n'eut qu'une existence éphémère et disparut dès l'année suivante. Enfin, il y a une quinzaine d'années, les habitants de la Butte se rappellent avoir vu un docteur Wilkens habiter cet immeuble occupé aujourd'hui par un Institut normal de jeunes filles, préparant spécialement à l'éducation.
En l'espace de cent ans, la
Folie a, pendant un long espace de temps, été maison de fous. L'on y va
aujourd'hui comme en 1870, faire son éducation et apprendre à instruire les
autres alors qu'autrefois on vous y amenait quant vous étiez incapable de vous
conduire vous-même.
Les maisons, comme les
choses, ont leurs destins.
E. DE CRAUZAT.
- 246 -
en 1728
Dans le dernier fascicule,
j'ai entretenu les lecteurs de notre Bulletin de l'Impromptu de la Folie, ambigu-comique dont le grand comédien du Roi
était l'auteur, et qu'il fit représenter en 1725 à
Le compère est Momus, le
petit dieu des rires et des chants, qui, sous les traits de l'acteur-auteur
Dominique, récite le prologue d'ouverture:
« Il faut avouer qu'Apollon
me donné un emploi bien récréatif ! Importuné par les plaintes du public, il
m'ordonne de faire un examen général de toutes les pièces qui ont été
représentées pendant cette année, de punir 0u de récompenser selon leurs
mérites les auteurs et les acteurs qui les ont données et acceptées... Messieurs
les acteurs s'imaginaient sans doute que je convoquerais cette assemblée au
Mont-Parnasse, mais j'ai fait réflexion que la longueur du voyage les aurait
fatigués, et j'ai jugé à propos de leur donner rendez-vous à Montmartre pour ne
les point dépayser. »
Puis le défilé commence,
deux sueurs entrent en se querellant sur leurs mérites réciproques :
l'une, l'aînée, personnifie la Sur-
- 247 -
prise de
l'Amour, comédie de Marivaux représentée par les
comédiens Italiens en
Momus voit ensuite défiler devant lui :
L'Amant Protée, les Amants déguisés, qu'il
condamne à se faire imprimer à leurs frais, les Amants réunis, sur lesquels il ne peut formuler d'opinion,
attendant un plus ample informé.
Au tour de l'Opéra qui entre
sans se faire annoncer, et chante :
Je suis Atys, Renaud,
Bellérophon,
Pirithoüs,
Renaud, Jason,
Tancrède, Thésée, Orion,
Et le protecteur de la
Foire.
Justement la Foire accourt dans le même moment, et se jette toute éplorée aux pieds de Momus pour lui demander justice contre l'Opéra avec lequel elle a passé un bail sans pouvoir jouir de son privilège :
Monsieur
l'Opéra ;
Il a ma
finance !
Et la gardera,
répond l'Opéra avec cynisme. Mais la Foire
proteste :
Notre bail est en bonne
forme,
Par devant notaire passé.
« Il sera cassé », riposte la Foire.
La Belle attendez-moi sous
l'Orme.
De l'argent touché
Fait toujours tenir le
marché.
Momus reproche à l'Opéra
d'avoir obscurci sa gloire en se faufilant avec la Foire ;
- 248 -
Rien n'est plus aimable
Que l'argent comptant,
répond l'Opéra avec désinvolture, et il refuse
énergiquement de restituer l'argent reçu :
C'est le ton de l'Opéra a a
a.
La Foire s'emporte contre l'Opéra, elle l'accable de reproches, et en sortant, comme dernière imprécation, elle souhaite que les auteurs de la Foire puissent devenir un jour ceux de l'Opéra. Celui-ci ne s'embarrasse pas beaucoup de ses menaces, et en quittant le scène il chante :
Dans les
Opéras
Nous flatte et
nous pique ;
Que les vers
soient plats
Il n'y a pas
de mal à ça.
Le Mercure de France, dans le volume de Mars 1728, rendant compte de
la Revue des Théâtres, nous apprend
que la pièce a été bien reçue par le public, et qu'elle a été jouée jusqu'à la
clôture du Théâtre de la Foire.
Eugène LE SENNE.
***
- 249 -
AU SALON
D'AUTOMNE DE 1909
La Société du Salon d'automne a ouvert son exposition annuelle au Grand-Palais des Champs-Elysées le 1er octobre et l'a close le 8 novembre 1909, après avoir admis les ouvrages d'artistes français et étrangers, n'ayant pas figuré dans les Salons de Paris.
L'Exposition comprenait six
sections : 1° Peinture, 2° Sculpture, gravure en médailles et pierres fines ;
3° Architecture; 4° Gravure et lithographie ; 5° Art décoratif ; 6° Dessin
d'illustration. Elle était considérable puisqu'elle y avait annexé une
Exposition du Livre, organisée par M. Paul Gallimard ; une Exposition de Th.-A.
Steinlen, illustrateur ; une Exposition de
Montmartre a été mis à
contribution, d'une façon très satisfaisante par un grand nombre d'artistes
tant français qu'étrangers, habitant dans les 9e et 18e
arrondissements.
En voici la nomenclature, avec leurs œuvres, d'après le catalogue officiel : MM.
BARRUETA-ASTEINZA (Benito), né à Bermeo,
Espagnol. - 13, rue de Ravignan, a exposé trois tableaux dont les deux derniers
sont : Effet de neige à Montmartre, vue
de la partie supérieure de la rue de Ravignan ; et Café à Montmartre, tenu par A. Fauvet, à l'angle des rues des
Abbesses et de Ravignan, et vue de la terrasse animée. (N° 74 et 75 du
catalogue).
- 250 -
BÆRWOLF (Georges), né à Bruxelles,
Belge. - 42, rue Fontaine, a peint une Étude
de neige, boulevard de Clichy. (N° 76).
CHÉNART-HUCHÉ (Georges), né à Nantes
(Loire-Inférieure), Français. - 61, rue Caulaincourt, affectionne Montmartre sous
DOUCET (Henri), Français. - 139,
boulevard Malesherbes, nous offre une Vue
de La Villette en aquarelle. (N° 448).
FORNEROD (Rodolphe), né à Lausanne,
Suisse. - 33, rue Lepic, a six tableaux de genre et de fleurs, dont l'un est un
excellent Portrait à mi-corps du
chansonnier Montmartrois Jacques Ferny. (N° 562).
GODEFROY (Louis), né à Paris,
Français. - Graveur, 96, rue Ampère. Est l'auteur de
GRASS-MICK (Auguste-Georges), né à
Paris, Français. - 8, place Jean-Baptiste Clément. Quatre tableaux, entre
autres : Rue Norvins vue d'une fenêtre
(N° 683).
LEMPEREUR (Edmond), né à Oullins,
Français. - 25, rue Victor-Massé. Le premier de ses huit tableaux est intitulé
: Au Moulin de la Galette. (N° 1012).
PÉTERS-DESTERACT (Albert), Français, - 32, rue
Thiers, Pontoise. A gravé à l'eau-forte : Le
Sacré-Cœur vu de
VILLARD (Antoine), né à Mâcon
(Saône-et-Loire), Français. - 60, boulevard de Clichy. Il a déjà été très
remarqué au Salon des artistes indépendants de cette année par deux toiles : Coin de Montmartre, en hiver, et Coin de Montmartre, avec
Voilà donc douze bonnes œuvres d’actualité,
indépendamment de ce que nous relevons dans les annexes de cette Exposition.
- 251 -
Dans l'Exposition du Livre, nous devons signaler trois artistes : MM.
CHAMPION. Légende de Saint-Denis. Reproduction des miniatures du manuscrit
original présenté en 1317 au roi Philippe le Long. Notice par Henri Martin. (N°
24).
DAEL (Marie). Cette darne a
exécuté en cuir pyrogravé la reliure de La
Vie à Montmartre, de M. Georges Montorgueil. (N° 28).
RUBAN (Pétrus), relieur d'art de
l'ouvrage : Montmartre s’en va, de
Louis Morin. (N° 76).
REY, éditeur, expose : Paris vieux et neuf, de Louis Huart,
dans lequel Montmartre est bien décrit. (N° 73).
Dans l'Exposition Th. A.
Steinlen, on trouve les Chansons de
Montmartre, par P. Delmet. Paris, Enoch et Cie, Carteret, sans date, in-8°.
- Tirage à part sur hollande des 16 lithographies originales, contenant, en
outre, tous les originaux des titres, en-tête et culs-de-lampe. (N° 108).
Parmi les reliures d'art, on doit citer les Contes du Chat-Noir, par Rodolphe Salis
: L'Hiver. Paris, librairie
illustrée, sans date. - Le Printemps. Paris,
E. Dentu, 1891. - 2 vol. in-8°, cartonnés vélin avec peintures à l'huile sur le
dos et sur les plats (Carayon). (N° 112).
Au nombre des JOURNAUX ILLUSTRÉS : Le Mirliton. - A. Bruant, directeur. (N. 198).
Enfin, dans les LIVRES ILLUSTRÉS, nous voyons Les types de Bruant (N° 223) et Die Maler von Montmartre (Les peintres
de Montmartre). (N° 221).
On constate donc encore l'influence de Montmartre sur les artistes et les écrivains. Notre Butte conserve toujours son bon renom de sites pittoresques et de joyeuse humeur.
O'KELLY DE GALWAY.
- 252 -
1721. - ARLEQUIN-ENDYMION, pièce en vers de Lesage, Fuzelier
et d'Orneval, jouée en 1721, à
Le frontispice représente
une vue fantaisiste de
1725. - L'IMPROMPTU DE LA
FOLIE ambigu comique, dédié au seigneur Aymon général de la Calotte, par Le
Grand (1).
1728. ARLEQUIN HULLA et
1756. - LEANDRE-NANETTE ou
le DOUBLE QUI-PROQUO parade en 1 acte en vers et en vaudevilles achevé en
A Clignancourt, 1756.
Disons d'abord que ce
vaudeville n’a de montmartrois que la dédicace et le soi-disant lieu
d'impression.
Il est peu connu, et
pourtant, il mérite quelque d'attention ; car bien qu'il ne soit pas
classé parmi les ouvrages érotiques, sa place y est cependant bien indiquée.
Le sujet, excessivement
scabreux, est traité avec tant de légèreté qu'il ne sombre pas dans l'abîme.
En des vers sans prétention,
mais empreints de la grâce de cette époque, où Madame de Pompadour était reine,
l'auteur met en
(1) Voir à ce
sujet l'article de M. C. Le Senne, dans le fascicule 65-66 de la Société du Vieux Montmartre.
(2) Voir à ce sujet
l'article de M. Le Senne, en tête de ce fascicule.
- 253 -
scène d'une plume très leste, une situation qui peut
rivaliser avec les contes les plus libres de cette époque dissolue :
Dans la première scène,
Léandre se plaint à Isabelle du supplice que lui impose son service :
Et m'empêchez toujours,
cruelle d'en jouir.
……………………………………………..
Je vous mets chemise et
cornette,
Fichu, corset, tous vos
agrais.
C'est tout, à peu de chose
près,
Ce que vous souffrez que je
mette
Belle dans votre...
Quoi jamais
Dans votre joli corbillon,
N'aurai-je la
permission ?
Dites donc ?
Or Cassandre, trompé par les apparences, fait la cour à Léandre-Nanette et pour le soir même, moyennant
deux cents écus, l'a obligé à lui accorder un rendez-vous dans sa chambre.
Léandre, Nanette explique à sa maîtresse son embarras.
Il m'a fait accepter
vingt-cinq beaux louis d'or,
Qu'il a pour mes attraits
tirés de son trésor ;
Pour qu'il ne me crût pas
une fausse soubrette,
Voyant l'argent, j'ai fait
l'aveu de ma défaite ;
Mais il voudra quittance, et
vous pouvez compter
Que ce n'est qu'avec vous
que je veux m'acquitter.
D'avance il m'a très bien
payé,
V'là le plaisir des Dames.
Et puis, pour être défrayé
Il s'est presque déshabillé,
En me chantant les yeux tout
pleins de flames (sic)
V'là le plaisir des dames,
V'là le plaisir.
ISABELLE
Te prend pour une fille,
- 254 -
Il tombe à tes genoux,
Te voyant si gentille :
Il ne croit pas, le drille,
Parmi tous tes appas,
Rencontrer la béquille
Du père Barnabas.
Pour sortir d'embarras, ils
conviennent que ce sera Isabelle qui
prendra la place de Leandre dans son
lit.
La 2e scène se
passe entre Leandre et Cassandre et le rendez-vous est pris
pour le soir même.
Or, le secret est surpris
par deux compères amis de Cassandre ;
Satirion et Reinfort qui, amoureux aussi tous deux de Leandre-Nanette, exigent leur part du divertissement ; Cassandre consent à ce qu'ils se cachent
dans l'alcôve de Nanette et, à la
faveur de la nuit, ils partagent tour à tour les amours de la soubrette.
Ce qui a lieu pendant que Leandre, la croyant en conversation
seulement avec son mari, attend sur la scène, en tenant la chandelle. Il se
lamente et trouve le temps long, lorsqu'Isabelle, au commencement du septième
discours, étonnée de la facilité de son mari à s'exprimer, entraîne celui-ci
sur la scène et lui reproche son mutisme habituel :
Pour se disculper, Cassandre fait venir ses collaborateurs.
Et Isabelle se console en
disant :
Et pour éviter à l'avenir
semblable aventure :
Vous passerez, Nanette, pour
leur faire dépit,
Le jour dans ma chambrette,
Et coucherez la nuit,
Avec moi dans mon lit.
1770. - LE TEMPERAMENT,
tragi-parade, traduite de
- 255 -
l'Egyptien en vers français et réduite en un acte. A
Charlotte de Montmartre, en octobre 1778. Au Grand Caire.
Nous citons cette pièce,
bien qu'elle n'ait rien de montmartrois, mais nous retrouvons la même dédicace
à Charlotte de Montmartre et, étant
donné le caractère fortement érotique de cette production, attribuée comme la
précédente, à Grandval, il serait intéressant de savoir quelle était cette
montmartroise à laquelle il dédiait ces comédies plus que licencieuses. Cette
pièce fait partie d'un petit volume in-18, intitulé : Recueil de Comédies et de quelques chansons gaillardes, imprimées
pour ce monde.
1776. - L'EUNUQUE OU
1776. - ESSAI DRAMATIQUE, par Léonard Gobemouche, Montmartre, 1776 (Catalogue Huillard, 1870).
1779. - LES AMOURS DE
MONTMARTRE, comédie eu un acte et en vers de Fonpré de Fracansalle. Variétés
amusantes le 30 avril 1779 et à Versailles devant Leurs Majestés le 19 juin de
la même année.
Une autre édition du même ouvrage est de 1782, et porte la date de représentation à Versailles au 20 juin de la même année.
Autre édition avec des changements, Bordeaux 1798, in-8° (Sapin cat. 87).
Une autre édition de Barba 1817, porte : Comédie burlesque
en un acte et envers par Fonpré de Francassalle
jouée au palais Royal le 4 juillet 1786 (Voir le Journal de Paris à cette date). Enfin une autre de 1840 chez
Tresse.
La scène est à Montmartre dans la boutique de l'Echaudé. Cette pièce n'a absolument de Montmartrois que le titre.
Dans les Mémoires Secrets, à la date du 24 mai
1779, se trouve le passage suivant qui se rapporte aux Amours de Montmartre : « Les spectacles des boulevards, quoique
multipliés d'année en année, ne peuvent suffire à l'empressement du public.
Celui de l'Écluse à vogue aujourd'hui pour une pièce intitulée les Amours
(1) Autre édition
portant ce titre :
L'Eunuque ou
A Montmartre, 1755. - Le frontispice de cette édition a été reproduit,
fascicule 53, en regard de la page 24.
- 256 -
de
Montmartre : comme ils attirent surtout quantité de jeunes gens et de filles, il y
a souvent des querelles ; ces lieux ne sont que sous la garde du guet peu
respecté des militaires : dernièrement des officiers ayant occasionné
beaucoup de tumulte et menacé d'ensanglanter la scène si l'on arrêtait quelques
uns d'entre eux, auteurs du désordre, le prince de Montbarrey a cru devoir
faire un exemple et deux ou trois connus doivent être cassés à la tête du
régiment.
1805. - RODERIE ET CUNEGONDE, ou l'hermite de Montmartre, ou le revenant de la galerie de l'ouest, galimathias burlesco-melo-patho-dramatique en 4 actes, ornés de costumes analogues, soutenu par quatre changements de décors, lardé de combats et d'enlèvements, enjolivé de cavernes de voleurs, égayé par un fantôme et réchauffé par un incendie, Paris 1805.
(N° 288, du Cat. gén. Sapin, n° 86, 1904, 6 fr.)
1805. - L'INTRIGUE DANS LA RUE, ou le professeur de Montmartre, vaudeville bouffon en 1 acte par MM. Maxime de R. et Defrenoy. Rep. pour la première fois sur le Théâtre des jeunes élèves, rue de Thionville, le 21 sept. 1805.
1807. - M. GIRAFE OU
1808. - L'ASTRONOME DE MONTMARTRE, Pièce jouée aux Variétés par Potier.
1809. - ASINARD, ou le Volcan de Montmartre, folie en un acte mêlée de couplets de MM. Auguste et Ferdinand ; représentée pour le première fois sur le théâtre des Variétés, le 7 septembre 1809. Paris 1809, in-8°.
La scène se passe à Montmartre au Poirier sans pareil.
1811. - MONTMARTRE,
L'AUBERGE DU PERROQUET, ou la Barrière des Martyrs (1).
(1) Nous ne pensons pas qu'il y ait un rapport avec la maison hospitalière, dite du Perroquet gris, qui se trouvait à l'angle du boulevard et de la rue de Steinkerque.
- 257 -
Vaudeville en 1 acte par MM. Théodore et Edmond, Paris, 1811, in-8° br.
(Catalogue Mathias, n° 189, art. 6350.)
1838. - A CLIGNANCOURT ou le Dîner de vacances, vaudeville en un acte, représenté pour la première fois au théâtre Comte, le 28 septembre 1838.
Cette pièce, pour être jouée par des enfants, ne manquait pas d'éléments de succès.
1843. - Les BOHÉMIENS DE
PARIS, drame représenté pour la 1re fois à l'Ambigu-Comique, le 27
septembre 1843.
Acte IV. - 1er tableau
: Le jardin du Cabaret de la Chatte
amoureuse, à Montmartre. 2e tableau : L'entrée des Carrières de
Montmartre.
Acte V. - Sur les Buttes Montmartre.
Ces décors, dont nous donnons deux reproductions, avaient été peints d'après des croquis pris sur nature.
LES BOHÉMIENS DE PARIS (4e acte)
1843. - Les HURES-GRAVES,
trifouillis en vers... et contre les Burgraves ; Parodie en trois actes, par
MM. Dumanoir, Siraudin et Clairville. Représentée pour la première fois à
Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 21 mars 1843 (1).
1846. - La POUDRE-COTON, revue de l'année 1846 en 4 actes et un entr'acte, mêlée de couplets par MM. Dumanoir et Clairville, représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre du Palais-Royal, le 12 novembre 1846.
Il est question dans cette
revue, du fameux trésor enfoui à Montmartre et dont on s'occupa fort pendant
cette année 1846, et dont depuis, il a été parlé à différentes époques.
Acte I, Scène III.
CASCAMÈCHE
... Vous savez fort bien que
vous n'épouserez ma fille que lorsque vous
(1) Voir Bulletin du Vieux Montmartre, 3e série, p. 269 et suivantes.
- 258 -
aurez réalisé le chemin de fer centrifuge et trouvé
le fameux trésor de Montmartre.
PALMYRE
Chercher
un trésor dans un pays d'âne !
CENTRIFUGE
On en trouve partout... des trésors... Oui, belle maman, il paraît
qu'aux approches de la tourmente révolutionnaire, un ancien seigneur, près de
terminer sa carrière… à Montmartre… enfouit dans un trou des trésors
incalculables.., de l'or, de l'argent, de la vaisselle plate, des inscriptions
de rentes, une foule de valeurs du plus grand prix… on ne dit pas qu'il y ait
mis des actions de chemins de fer... Ce secret avait été confié à un vieux
Caleb, qui avait juré une discrétion éternelle, et a tout révélé... dans un
moment de pochardise... Une mine est préparée au fond de la carrière, et ce
soir nous la faisons sauter avec de la poudre-coton.
A Montmartre. Au fond,
l'entrée, d'abord assez étroite, d'une carrière. - A gauche, le 1er étage d'une maison en
construction.
Et c'est la recherche du
trésor dans les carrière de Montmartre qui sert à amener en scène les
actualités de l'année.
1851. -
Le 6e tableau
représente la Barrière de Clichy et se termine par la reproduction du tableau
bien connu d'Horace Vernet.
1851. -
1851. - Le TÉLÉGRAPHE DE MONTMARTRE, vaudeville en 1 acte de Dumanoir et Clairville.
1854. - A CLICHY, opéra-comique en un acte, paroles de Dennery et Grangé ; musique de Ad. Adam. Représenté pour la première fois au Théâtre Lyrique, le 24 décembre 1854.
1854. - VOICI CE QUI VIENT
DE PARAITRE, revue de l'année 1854, en trois actes et seize tableaux, de MM.
Guencé et Ch. Potier. Terminé par : La Promise
de Montmartre, parade sauce provençale assaisonnée par M. Glapissant.
Représentée pour la première fois à Paris, sur le Théâtre des Délassements, le
- 259 -
29 décembre 1854. (C'est une parodie de
l'opéra-comique : La Promise de Clapisson).
1855. - Les CARRIÈRES DE
MONTMARTRE, mélodrame populaire en 5 actes, 8 tableaux et 1 prologue par
Dupeuty et Bourget. Représenté pour la première fois au théâtre de la
Porte-Saint-Martin, le 10 mars 1855 (1).
1859. - SANS QUEUE NI TÊTE, revue à l'envers, on commencera
par
Cette revue met en scène les différents quartiers de la banlieue qui allaient être annexés à la capitale l'année suivante.
Parmi les personnages
personnifiant les barrières, nous trouvons :
Madame de Montmartre.
Madame de Clichy.
Madame de Belleville, etc.
Le rôle de Madame de
Montmartre est une panne et ne contient
que quelques mots insignifiants.
1860. - A VOS SOUHAITS, revue de 1860 en 3 actes et 20 tableaux de MM. Ernest Blum et Alexandre Flan. Barbié éditeur, Bd St-Martin.
Voir le Bulletin du Vieux Montmartre, n° 65-66.
1860. - L'OMELETTE DU
NIAGARA, revue en 3 actes et une infinité de tableaux par MM. Dormeuil père et L.
Thiboust, représentée pour la première fois sur le théâtre du Palais Royal le
24 décembre 1859. Au 2e acte les 8 derniers arrondissements viennent
se plaindre à la Ville de Paris du lot qui leur est adjugé, et Montmartre, en
petit meunier coiffé d'un moulin à vent, fait sa partie dans le concert
d'imprécations.
1862. - FOLIES MONTMARTRE. Voir aux pièces représentées pour le première fois sur le théâtre Montmartre.
1866. - LE BAILLY DES
BATIGNOLLES, pochade en un acte par MM. Alexandre Flan et Adolphe Joly.
Représentée pour
(1) Voir sur ce mélodrame, l'article de Théophile Gautier, dans le Moniteur du 15 mai 1855.
- 260 -
la première fois sur e théâtre des Délassements
Comiques, le 11 avril 1866.
1870. - PIGALLE-REVUE, revue de l'année 1869, en trois actes et cinq tableaux, par MM. Dral, Chauvin, et Kader. Répétés pour la première fois à Paris au cercle Pigalle le 24 décembre 1869.
Cette revue n'a rien de
montmartrois, seul le nom du compère : M.
de Clignancourt, se rapporte à la butte.
1878. -
Ce drame se passe entièrement à Montmartre et à
3e Tableau. -
9e Tableau. Le
boulevard Rochechouart. Au fond, l'Elysée Montmartre. Un marchand de vin à
droite. Un banc à gauche. Il fait nuit ; le gaz est allumé.
TOUT MONTMARTRE EST INVITÉ.
Voir la nomenclature des pièces représentées, pour la première fois sur le
théâtre Montmartre.
1888. - GERMINIE LACERTEUX,
pièce en 10 tableaux de Edmond de Goncourt.
Le 3e tableau se
passe au bal de
Voici l'indication du décor :
« Un coin du bal de
- 261 -
danse ; au milieu, des tables peintes en vert
et des bancs de bois faisant le café du bal. »
Epilogue : « La fosse commune, au cimetière Montmartre, d'après l'aquarelle de mon frère 1863. Au-dessus d'un mur, contre lequel plaque un buisson de cyprès roussis par la gelée, un ciel d'hiver tout jaune, d'où se détachent les ailes lentes d'un moulin. »
1892. - MONTMARTRE-EXPRESS,
revue d'Albert Pajol, musique de Bretonneau. Représentée au Divan Japonais, en
novembre 1892.
Le journal La Butte, n° 16, du 6 novembre 1892,
donne un compte-rendu de cette revue qui se passe au Cabaret de la Butte
(aujourd'hui 4-z'Arts). Les décors étaient dessinés par Abel Truchet et Joseph
Faverot.
Les costumes dessinés par
Abel Truchet.
1894. - LE BOUCHER DE
MONTMARTRE, ambigu.
1897. - LES MARTYRS DE
MONTMARTRE, fantaisie-actualité en 1 acte et deux tableaux, représentée pour la
première fois le 24 septembre 1897, à
1900. - LOUISE, roman
musical, en quatre actes et cinq tableaux. Paroles et musique de Gustave
Charpentier. Représenté pour la première fois sur le théâtre national de
l'Opéra-Comique, le 2 février 1900.
Le livret de cet
opéra-comique est essentiellement Montmartrois, et marque une étape importante
dans l'évolution du théâtre lyrique vers le réalisme lyrique.
PSST !... MONTEZ-VOUS ? revue de l'année 1901, par M. Charles Quinel. Musique nouvelle et arrangée par M. Desmarquoy. Représentée au Casino de Montmartre, 47, boulevard de Clichy.
Dans cette revue très
montmartroise, légère et pimpante, la commère personnifie
Citons seulement cette
chanson de la commune :
LA COMMÈRE,
Je suis Montmartre, la joyeuse
fée,
Que l'on évoque dans tous
les pays,
- 262 -
La plume d'or dont ma tête
est coiffée,
C'est la gaîté du blason de
Paris.
Les p'tits joyeux sur moi
font la culbute
Au son des cloch's comme au
son des violons,
Tout l'univers est monté sur
ma butte ;
Très peu de gens n'ont pas
pris mes mam'lons.
Gai rendez-vous des amants,
des maîtresses
Je r'çois chez moi dam's et
faiseurs de vers,
Et l'tournoiement des
baisers, des caresses
Leur fait bien vit' mettr'
la tête à l'envers.
Sur mes coteaux jadis, des
crûs très dignes
Donnaient du vin au litre à
quatre sous.
Pour les statues, on prit
mes feuilles de vignes ;
Mais j' gard' pour moi ce
qui se trouv' dessous.
Je puis l'avouer, j'ai le
cœur très sensible,
Mais, quand un typ' me
déclar' sa passion,
Je veux qu' chez moi, il s'
monte autant qu' possible,
Il s' monte autr' chose que
l'imagination.
J' suis p't'être un peu
décoll'tée et grivoise,
V'nez toujours rir' sur mon
point l' plus él'vé,
Comm' tout collin', mêm'
collin' montmartroise,
Avant d' descendr', v'nez
toujours y grimper.
1904 - LA MONTANSIER, pièce
en 4 actes dont un prologue de Gaston de Caillavet, Robert de Flers et
Jeoffrin. Théâtre de la Gaîté.
Un des personnages de cette
pièce est Seveste, joué par Magnard.
Maurice ARTUS.
***
- 263 -
Paul-Émile
DEBRAUX (1)
Parmi les personnes de
notoriété ayant habité Montmartre sous la Restauration, il faut citer
Paul-Emile DEBRAUX dont la popularité menaça
d'éclipser celle de Béranger. Le chantre de la Colonne et de Fanfan la
Tulipe habita en effet le village Orsel n° 14, c'est-à-dire, la rue des
Acacias, aujourd'hui rue d'Orsel,
La maison que le chansonnier
habitait, avec plusieurs autres locataires, était assez vaste. Elle était
imposée pour 250 francs par an, et le jardin pour 2 fr. 14. Le propriétaire
était M. Lambin, héritier de M. Joseph Orsel.
L'auteur de Te souviens-tu ? était un des
collaborateurs du journal de banlieue l'Extra-Muros,
dont le chansonnier Charles Le Page - un autre habitant de Montmartre -
était le directeur. Debraux a publié dans ce journal plusieurs articles de
critique sur le théâtre Seveste ou sur la troupe du théâtre de la
(1) Documents inédits sur le chansonnier populaire Paul-Emile Debraux, qui habita le village Orsel, n° 14, en 1830.
- 264 -
place Dancourt. Ces articles sont signés E. D. Il
parle également du bal de l'Ermitage (boulevard de Clichy) où il allait danser
souvent. Emile Debraux était le roi des goguettes ou sociétés chantantes. On le
voit souvent, tantôt en compagnie d'Eugène de Pradel, le célèbre improvisateur,
tantôt en compagnie de Ch. Le Page, dans les goguettes suivantes : chez les Flambards, chez les Amis de l'Entonnoir, et au Sauvage,
barrière des Martyrs ; chez les Lurons,
au Grand Turc, barrière Poissonnière
(aujourd'hui le concert La Fourmi) ; chez les Vrais amis, barrière Rochechouart, etc. Il quitta le « Village
Orsel » vers octobre 1830, pour aller demeurer rue des Lombards n° 39, où il
mourut, d'une phtisie laryngée, le 12 février 1831. Les biographes d'Emile
Debraux se sont tous copiés réciproquement. Aucun n'a donné de renseignements
précis sur la famille du chansonnier. Personne, que je sache, autre que moi,
ne s'est occupé sérieusement de « l'auteur
de la Colonne ». Je suis arrivé à des résultats qui ont dépassé mes
espérances.
Paul-Emile Debraux naquit à Ancerville (Meuse), le
13 fructidor an IV (30 août 1796), de Claude-Paul Debraux, alors âgé de
trente-un ans et exerçant les fonctions d'huissier du juge de paix du canton
d'Ancerville, et de Catherine-Françoise Dorivalle, alors âgée de trente ans.
Claude-Paul n'était nullement protestant, contrairement à ce qui a paru dans
presque toutes les biographies, et notamment le « Grand Larousse ». La
preuve qu'il était catholique, c'est qu'il fut parrain deux fois : le 5 mai
1818 et le 7 juin 1821 ; la première fois, de sa petite-fille
Estelle-Alphonsine-Cornélie Debraux, fille d'Emile Debraux ; et la seconde
fois, de Joséphine-Rose Richard, fille de Rose-Olympe Debraux et de
Jean-François-Joseph Richard, et par conséquent petite-fille du parrain. Le
père d'Emile Debraux vint à Paris avec sa famille vers 1797. Il exerçait à la
Faculté de médecine un emploi qui consistait à copier les tables des thèses
soutenues par
Intimement lié avec
Pierre-Jean-Baptiste Chaussard, ancien secrétaire du Comité de Salut Public et
écrivain distingué, Claude-Paul Debraux écrivait souvent en vers, parlait de ses
espérances sur diverses pièces de théâtre qu'il composait alors souvent, déses-
- 265 -
pérant, faute d'argent, de pouvoir les mettre à
jour. Ses descendants en ligne collatérale, possèdent encore de lui : un
dictionnaire gréco-latin, un traité de versification, plusieurs petits poèmes,
et, quelque chose qui revient d'actualité, une réforme de la langue française
en abréviation (le tout inédit et pour cause). De son mariage avec
Catherine-Françoise Dorvialle, Claude-Paul Debraux eut cinq enfants, dont
l'aîné Paul-Émile Debraux épousa le 17 janvier 1818, dans le sixième
arrondissement, à Paris, Aglaé Cornélie Tattegrain, née en 1794 et morte à
Paris, le 14 octobre 1836. Elle fut inhumée au cimetière Montparnasse, en fosse
commune, le 26 octobre suivant. Emile, son mari, fut inhumé au cimetière du
Père Lachaise, en fosse commune, le 14 février 1831. Ses obsèques, comme celles
de sa femme, furent civiles.
A sa mort, Emile Debraux
laissait deux enfants : 1° Gustave Debraux, mort du choléra en 1832. Il était
né probablement en 1815 ; 2° Estelle-Alphonsine-Cornélie Debraux, née le 5 mai
1818 à Paris, (Xe arrondissement). Elle épousa le 5 octobre 1837 (IXe
arrondissement) Jean-Baptiste Delion, fabricant de jouets d'enfants et physicien
ou prestidigitateur, né à Paris en 1811 et mort à Asnières (Seine) en septembre
1866.
Jules
GUINOISEAU.
- 266 -
PROCESSION
SEPTENNAIRE
(1)
Dans le numéro d'Avril 1895
de notre Bulletin, M. L. Lazard, s'appuyant sur les documents fournis par le R.
Père Léon et puisés dans un manuscrit du XVIIe siècle conservé à la
Bibliothèque
Grâce au mémoire de M. de Guilhermy publié récemment par les soins de notre société, il a été facile de reconstituer l'ordre et la marche de cette procession depuis son départ de l'Eglise abbatiale jusqu'au moment où, entre une double haie de troupes rendant à la relique les honneurs militaires, elle effectuait son entrée dans l'église de l'Abbaye.
Nous fussions restés à la porte du monastère, ignorants des Cérémonies qui s'y déroulaient, si tout un chapitre d'un important volume, très précieux pour l'histoire ecclésiastique de l'abbaye, n'était venu combler cette lacune.
Le « CÉRÉMONIAL MONASTIQUE DES
RELIGIEUSES DE L'ABBAYE ROYALE DE MONTMARTRE LEZ PARIS, ORDRE DE SAINT BENOIST
PAR LE R. P. DOM PIERRE DE SAINTE CATHERINE, VISITEUR DE
(1) Cet
article devait paraître en tête du travail intitulé : Procession septennaire, publié dans le n° 65-66 du Bulletin du Vieux Montmartre.
(2)
Sur le titre, sont gravées les armoiries imposées à l'abbaye, par
Françoise-Renée de Lorraine ainsi, du reste qu'elles se retrouvent sur celui de
divers autres ouvrages consacrés aux religieuses de Montmartre.
- 267 -
de Paris sur cette sainte montagne afin de rendre
ses vénérations à son grand apostre et premier Evesque.
Les religieuses devaient considérer la septième année où tombait la procession, comme une année de grâce et de rémission, de mesme façon que les israélites, après les six années de travail, attendaient la septième, parce qu'elle était celle du repos du Seigneur », et, grâce à cette pieuse dévotion, elles « devaient obtenir de l'intercession de leur saint patron et protecteur, par leurs prières, les bénédictions du ciel, tant pour elles que pour toute la France ».
Enfin, pour que rien ne manquât à cette grande solennité, la mère abbesse donnait les ordres exacts, précis et détaillés aux officières, tant pour le dehors que le dedans de la Maison, ordres qu'elles devaient exécuter avec soin et diligence.
Ils ont été publiés in-extenso, tels qu'ils sont contenus dans le « Cérémonial Monastique » dans le dernier numéro de notre Bulletin.
E. DE CRAUZAT.
- xxv -
Rapport du
Secrétaire général
(Exercice 1909)
MESSIEURS ET CHERS
COLLÈGUES,
Vous recevez, chaque mois, un bulletin relatant, d'une façon sommaire, les menus faits de votre dernière réunion, mais les personnes qui jugeraient de vos travaux par ce précis s'en feraient une idée bien incomplète. Devant l'amoncellement de notes prises, en cours d'année, votre secrétaire général est bien embarrassé pour vous donner, sans trop de longueurs, le tableau intégral de votre vie intellectuelle. Il ne peut faire une sélection. Telle pièce, jugée insignifiante aujourd'hui, acquerrera, avec le temps, une valeur insoupçonnée. Deux ou trois lignes fixant un lieu dit, piquant une date dans la chronologie locale serviront aux chercheurs futurs. Nous devons à nos successeurs tous ces documents, chaîne ténue d'une tradition reliant l'avenir au passé, donnant sa physionomie à ce coin de terre qui nous est cher, ayant porté nos premiers pas.
M. Wiggishoff avait raison de nous inviter dernièrement à identifier,
à l'aide de nos souvenirs encore vivaces, les dessins et gravures versés dans
nos archives. Des sites familiers existent encore ou sont gravés dans notre
mémoire, mais les métamorphoses sont instantanées à notre époque, et nos
cartons garderont seuls, d'ici peu, l'image de ce qui fut le vieux Montmartre.
Une circulaire, adressée par vos soins à plusieurs propriétaires et demandant
le droit de visiter et photographier, les a généralement laissés indifférents.
Lorsque des gratte-ciel remplaceront
les maisons rustiques et les parcs ombreux dont ils disposent encore, ils
regretteront de n'avoir pas - au moins - une vue rétrospective d'un pittoresque
effacé.
M. Delcourt demande même que l'on prenne cliché des immeubles appelés
à disparaître. L'enlèvement des bornes, l'établissement d'un trottoir changent
l'aspect d'une voie publique. Aussi sommes-nous reconnaissants à MM. Cortaillod, George, Victor Perrot, Bargallo,
Jouglas et Lazard lorsqu'ils nous
apportent des photographies récoltées ou, ce qui est mieux, tirées par eux. Si
nous avions un plus grand nombre de ces documents exacts nos regrets seraient
moindres. Il serait bon, en même temps, de signaler au passage les fantaisies
répandues dans le commerce pour que l'on ne prenne pas, plus tard, la légende
pour l'histoire.
Nous devons à M. Adolphi l'une de nos plus jolies
gravures, celle de J.-B. Thénot, datée de 1831 ; à M. Romain Forget, une délicieuse aquarelle de Montmartroise ultra
moderne ; à M. Cortaillod, la Descente de Montmartre de Troyon ; à Mme
veuve Voriot, la photographie si
vivante de Maxime Lisbonne et le menu encadré de notre 9e banquet, dessin
de Bertrand aîné.
D'une source anonyme, nous
tenons une gravure de Pirolle, sur la rue du Mont-Cenis.
- xxvi -
De M. Lazard : gravure du lieu où nous sommes, vers 1825 ;
photographie d'un tableau de Georges Michel, au Louvre ; dessin tiré de l'œuvre
de Chaufournier et, surtout, le 2e fascicule de la Société d'Iconographie parisienne dont
les planches superbes furent commentées par notre collègue.
MM. Desclers et O'Kelly de Galway
ont doté notre Musée de la pierre tombale de
M. Debray nous a collectionné des affiches de son Moulin.
Pour les concerts et
théâtres, ce sont surtout MM. Cortaillod,
O'Kelly de Galway, Delarue et Grangez
qui nous approvisionnent.
MM. Jouglas et Bargallo apportent
des professions de foi électorales, ce qui est aussi, souvent, du ressort de la
comédie.
Les journaux ou extraits de
feuilles publiques sont fournis par MM. Cortaillod,
Saffrey, P. Jarry, Delarue et Gaignette.
Nous adressons nos remerciements
aux sociétés et rédactions nous faisant le service gracieux de leurs
publications auxquelles se joignent, cette année, l'Architecte et l'Intermédiaire
des Chercheurs et Curieux.
Dans les pièces diverses, je
signalerai particulièrement une ordonnance du 22 juillet 1728 sur
l'établissement d'une garde au faubourg des Porcherons, don de M. Le Senne.
Pour notre Bibliothèque, nous avons reçu :
De M. Cortaillod, notice de J.-B. Clément sur Jules Joffrin ;
De MM. Marcel Vernet et Mareuse, la
plaquette rare et précieuse à plus d'un titre, consacrée à la mémoire de M.
Fernand Bournon ;
De M. Gouault, un lot de fascicules anciens ;
De M. Jean Morin, l' « Archéologie de la Gaule » ;
De M. Henri Detouches, son voyage De
Montmartre à Montserrat ;
De M. Wiggishoff, Etude de Félix Jahyer sur Rosine Laborde ;
De M. Rey, éditeur, Paris vieux et
neuf, texte d'André Billy, dessins de Ch. Huard, dont les clichés
montmartrois sont à notre disposition ;
De MM. Romain Forget, chansons chimériques de Xavier Privas ;
D'Edmond Beaurepaire, Vieux Papiers, vieux Plans, si
spirituellement préfacé par M. Victor
Perrot.
MM. Aubry et Le Senne veulent
bien nous assurer contre le vol et l'incendie. Nous les remercions, avec tous
les donateurs, ainsi que le Conseil municipal pour la subvention allouée par
lui, mais dont le chiffre est bien modeste, eu égard à la tâche entreprise pour
entretenir au sommet de la capitale un foyer artistique et intellectuel digne
de rayonner sur elle.
***
Se consacrer à l'art, employer ses capitaux et ses veilles à rechercher des choses rares, pour la satisfaction de l'esprit et le plaisir des yeux, est une noble occupation. Des objets de même nature groupés en un seul faisceau augmentent de valeur. Les amis et connaisseurs jouissent de ce spectacle et l'on sauve ainsi de l'oubli ou de la destruction des merveilles. Vous ne vous êtes pas contentés,
- xxvii -
Messieurs et chers Collègues, d'être conservateurs
et archivistes. Vous avez jeté un coup d'œil curieux sur les plans et
manuscrits catalogués par vous. Il en est résulté des communications variées et
nombreuses dont je vais faire un exposé rapide pour ne pas abuser de votre
indulgence.
Peu avant de nous quitter,
M. Lambard de Colnet nous avait
envoyé une notice sur Le Grandais.
M. Désiré Lacroix a signalé le séjour à Montmartre, en 1854, de Gérard
de Nerval, comme M. Bouvier donnait
des notes biographiques sur un général du Ier Empire, Jean Parfait
Friederichs et M. Jules Guérineau, sur
le chansonnier Emile Debraux.
M. Jouglas a extrait du Tam-Tam quelques
lignes sur le théâtre Montmartre, parlé des facéties de Gaultier-Garguille,
disserté sur les deux évêques Denis d'Athènes et de Paris.
M. Le Senne a fait connaître un pamphlet de 1790 sur Félix Desportes.
Ecoutant les échos de la scène au XVIIIe siècle, il analysa l'Impromptu de la Folie et une Revue des Théâtres, respectivement datés
1725 et 1728.
M. Wiggishoff a la spécialité des notules concises mais explicites dont
il sera fait état pour les recherches bibliographiques à poursuivre. Entre
temps, et à propos d'une vignette exhumée par lui, il nous conta les malices de
Virgile l'Enchanteur.
M. Delarue a souligné le projet bien tardif d'établissement d'un
square dans ce qui reste du parc de Trétaigne, et celui d'organisation d'une
fête foraine aux alentours de la place du Tertre.
M. Kleinmann s'est laissé interviewer touchant ses souvenirs d'enfance
sur les sources et carrières de l'endroit.
M. Saffrey étudia le chapitre consacré à Montmartre dans Paris vieux et neuf.
M. Georges Montorgueil relate les méfaits d'un agent du fisc, Joscelin
de Montmartre, en 1247. On ne dit pas s'il y eut, en cette occurrence,
interpellation des pouvoirs publics.
M. de Crauzat donna une relation détaillée du rituel de la procession
septennale de Saint-Denis à l'abbaye, telle qu'elle était ordonnancée en 1669.
M. Cortaillod parle des toiles Montmartroises exposées cette année. M.
O'Kelly de Galway s'est livré à une
étude complète sur les quatre salons où figurèrent nos artistes.
MM. Delcourt, Gaignette et George
s'inquiètent de la conservation de plaques vicinales concernant Montmartre,
apposées aux angles des rues des Poissonniers et Marcadet.
Dans l'ouvrage Dix Promenades dans Paris, dont M. Albert Mousset est l'un des auteurs, M. Paul Jarry remarque le dernier chapitre
consacré au 18e arrondissement.
M. Pierre Delcourt parla des sculptures de l'ancien restaurant le «
Faisan doré », et M. Prod'homme, du
trésor vainement cherché dans
M. Gaignette, avec des éphémérides locales du 1er Mai 1429
et la fondation par un Montmartrois, M. Rabin,
de
- xxviii -
pasteur entré dans la vieille église complétée par
l'adjonction du Chœur des Dames et
restaurée avec art, mais splendidement vide, s'employa, avec un soin pieux à
meubler le temple confié à ses soins. Faute de crédits alloués, les fonts
baptismaux (peut-être les plus anciens de Paris), restaient exilés hors de
l'édifice malgré le vœu formulé par vous, Messieurs, transmis par MM. Mareuse
et Wiggishoff à la Commission du vieux Paris et soumis, par ce groupe, à
l'administration. M. l'abbé Patureau fit lui-même les frais nécessaires. Il
sauva ainsi de l'abandon une œuvre remarquable et rendit à ses paroissiens la
cuve sur laquelle, depuis le XVIe siècle, s'inclinent tant de jeunes
fronts, au jour de leur première fête.
Votre secrétaire a relevé,
dans les quotidiens, des notes sur les barrières de Paris. Un décret du 16 Juin
1859 annexa Montmartre et tout ou partie des 24 communes limitrophes à
M. Raulet est un chercheur heureux ; il nous fait part de ses
découvertes : Projet de création d'une sorte de voie triomphale de la
Madeleine à Montmartre ; projet d'établissement d'ouvrages fortifiés sur
la butte et lettre du général Vaillant à ce propos. M. Raulet nous entretient
aussi de l' « Ermite de Montmartre », des Criées de Paris de 1686 à 1786, du
cabaret de Magny au XVIIIe siècle, des baptêmes civils de l'impasse
Pers. Il identifia le lieu dit « la Bourdoise » et cita l'acte de naissance de
la femme de Pigalle.
Vous avez tous présents à la
mémoire, Messieurs, l'intérêt soulevé par la lecture de nos fascicules avec la
signature de M. Vial pour l'analyse
de : Il y a cent ans, d'Antoine
Caillot ; vous y retrouvez les noms de MM. Le Senne, Wiggishoff, de Crauzat, Radiguer et Victor Perrot, vous y rencontrez aussi la plume alerte de M. L. Lazard dont l'érudition et la verve
éclatent à toutes nos séances. La liste est longue des communications dues à
notre collègue : Enumération de 16 bals reconnus par le Conseil Municipal
exister à Montmartre, au 14 mai 1810 ; note sur la lithographie de Thénot, dont
il est parlé ci-dessus ; analyse des dessins et aquarelles de
- xxix -
Artistes de la rue de la
Tour d'Auvergne. Et… pour ne pas être trop long, je ne dis pas tout.
***
Si nous passons maintenant à
ce que je pourrais appeler le département des relations extérieures, nous
verrons qu'avec le Comité Berlioz et sur l'initiative de M. Prod'homme, le « Vieux Montmartre »
procédait l'hiver dernier à l'apposition d'une plaque sur la maison occupée rue
du Mont-Cenis par le compositeur; qu'une conférence fut donnée le 21
Invités à l'inauguration de
la Rétrospective de 1848 à 1852, à l'hôtel Saint-Fargeau, nous y admirâmes les
pièces nombreuses prêtées par MM. Hartmann
et Blondel, figurant aussi en bonne
place à l'Exposition aéronautique, à laquelle fut prêtée une toile du peintre
Noro.
Vous avez été convoqués à
l'assemblée générale de la Société de l'Histoire de Paris et de
l'Ile-de-France. La Société des Etudes historiques vous communiqua le thème
choisi pour l'obtention du prix Raymond en
Cet été, comme précédemment, la Compagnie d'arc Saint-Pierre de Montmartre s'est distinguée au concours annuel d'Orrouy. Je signale le fait comme émanant du groupement le plus ancien existant ici dans tous les genres. (Il remonte à 1748) et, parce qu'à nous qui recherchons les vestiges du passé, il ne nous déplaît pas de voir se perpétuer, sur ce territoire, un geste du moyen âge.
***
M. Fernand Bournon, que nous
étions heureux et fiers de compter parmi nous, est décédé tragiquement le 2 janvier. La perte est cruelle pour le
monde archéologique, d'un érudit averti et consciencieux, dont les écrits
faisaient loi. Sont disparus encore cette année :
M. Rostaing-Valaisa, fils de
l'un de nos premiers collaborateurs, MM, le Dr Gachet, Vial, Gaston
Méry, Lambart de Colnet et Thibault. Mme Beauchamp eut aussi la
douleur de perdre son père, M. Paris, virtuose remarquable qui eut son heure de
célébrité. Nous disons au revoir et non adieu à ceux qui franchissent avant
nous le seuil de l'infini. La vie ne s'arrête pas aux portes du tombeau elle se
perpétue sous une forme nouvelle et c'est parce que nous sentons, dans le vent
qui passe, le souffle des anciens que nous aimons l'air respiré sur notre
colline.
Seul M. Planque est
démissionnaire cette année. Par contre, la Société des architectes diplômés
par le Gouvernement nous fait le grand honneur de s'affilier à notre groupe. M.
Hyde James a bien voulu se faire recevoir membre perpétuel. Avec lui viennent
grossir nos rangs : Mme veuve Louis Périchon et MM Jules Appert, Auguste
Ausseraud, Ch. Besson, Maxime Blad, Blaise, Dr Lucien Bonhomme,
Félix Bouvier, Alix Bouzonnie, Emile Bretonneau, Félix Cailleaux, Léon
- xxx -
Chabriez, G. Charvet, Léon Deglesne, Léon
Dubrujeaud, Léon Gershon, René Gimpel, Lacour, Paul Laurie, Albert May, Jacques
Mayer, Edmond Périer, Dr Soalhat, Baron Raoul de Vaux et Eugène
Viette. Nous souhaitons à ces chers collègues une cordiale bienvenue,
remerciant leurs parrains de les avoir amenés parmi nous et particulièrement
notre dévoué président, M. Cortaillod. Il eut fait, sous l'ancien régime, un
recruteur émérite.
Comme bibliophile, M. Saffrey reçut les palmes
académiques. La médaille d'or décernée à M. Kleinmann, notre premier magistrat,
et une mention honorable à M. Antony Meusy, témoignent de leur zèle pour
Une pensée délicate et
charmante émotionnera tous nos concitoyens. M. Georges Lemaire, l'un de nos
grands artistes, chargé par le Gouvernement de graver la médaille du Maroc crut,
à juste titre, trouver sur notre sol, le modèle noble et gracieux
traditionnellement emprunté à la Grèce antique. Le profil choisi est celui de Mlle
Fernande Dubois, transfuge de l'Opéra-Comique, créatrice de Xavière et de Ninon de Lenclos. A l'aurore
de la nouvelle année des milliers de braves, en récompense de leurs prouesses,
recevront et propageront à travers le monde le portrait casqué et lauré d'une
jolie Montmartroise.
Le Secrétaire
général,
EUG. GAIGNETTE.
- xxxi -
SITUATION
FINANCIÈRE
Au 1er DÉCEMBRE
1909
RECETTES
|
Solde en caisse au 1er janvier 1909 Subvention (1908) Cotisations depuis le 1er janvier 1909 Vente de fascicules
|
|
|
586.15 « « 1.049.45 54.30
1.659.90 |
DÉPENSES
|
Loyer et entretien, étrennes Eclairage, chauffage, menus frais Assurances diverses Aménagement, mobilier Fournitures de bureau Publications bulletin mensuel Publications fascicule trimestriel Frais de correspondance Cotisations à la charge de la Société, souscriptions diverses
|
|
80.50 330.45
|
662.75 14.20 mémoire 11.90 10.00
410.95 61.10 20.10
1.191.00 |
|
Recettes Dépenses Solde en caisse |
|
|
1.659.90 1.191.00 468.90 |
Le Trésorier,
A. BARBIER.
- xxxii -
Décembre
(1909)
M.
J. C. WIGGISHOFF,
,
Membre de la Commission du Vieux Paris,
Ch.
SELLIER, O.
,
conservateur-adjoint du Musée Carnavalet.
MM. ARTUS.
BARBIER (A.).
BLONDEL (Paul).
BURGEVIN.
CAPON.
COMPAN, O.
.
CORTAILLOD (Ch.).
DE CRAUZAT.
DELARUE, O.
.
DELCOURT (Pierre), O.
.
DUVAL (Gaston).
FABRE (Gabriel), O.
.
GAIGNETTE (Eugène),
.
GERSHON (Léon).
HUTPIN (Georges).
LAZARD (Lucien),
.
LENSEIGNE (Henri).
LE SENNE (Eugène).
MAREUSE (Edgard), O.
.
MAUZIN (Jules), O.
.
MONTORGUEIL (Georges),
.
MONIN, O.
.
Cte O'KELLY DE
GALWAY,
.
Docteur OLLIVIER, O.
.
PERROT (Victor).
PROD’HOMME (J.-G.), O.
.
RADIGUER (Louis).
RAULET (Lucien).
SAFFREY (Henri),
.
TERNOIS (Auguste).
Président : MM. Ch. CORTAILLOD.
1er Vice-Président : Eug.
LE SENNE.
2e Vice-Président : J.-G.
PROD’HOMME.
Secrétaire-Général : Eug.
GAIGNETTE.
Secrétaire-adjoint : HUTPIN.
Secrétaire de Rédaction : L.
RADIGUER.
Archiviste : O’KELLY
DE GALWAY.
Trésorier : BARBIER.
- xxxiii -
SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES
SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE
DE PARIS ET DE L'ILE-DE-FRANCE, 8, rue des Petits-Champs.
LA CITÉ, SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET
ARCHÉOLOGIQUE DU IVe ARRONDISSEMENT DE PARIS, place Baudoyer.
COMITÉ D'ÉTUDES
HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES DE
SOCIÉTÉ HISTORIQUE DU VIe
ARRONDISSEMENT DE PARIS, 78, rue Bonaparte.
SOCIÉTÉ D'HISTOIRE
ET D'ARCHÉOLOGIE DU VIIe ARRONDISSEMENT DE PARIS, 109, rue Saint-Dominique.
SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET
ARCHÉOLOGIQUE DU VIIIe ARRONDISSEMENT DE PARIS, 11, rue d'Anjou.
SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET
ARCHÉOLOGIQUE D'AUTEUIL-PASSY, Mairie du XVIe arr.
SOCIÉTÉ JULES COUSIN, 29, rue de Sévigné.
LE VEXIN FRANÇAIS, Pontoise.
BIBLIOTHÈQUE DU CONSEIL
MUNICIPAL DE PARIS,
Hôtel de Ville.
LE TOURING-CLUB DE FRANCE, 65, avenue de la
Grande-Armée.
SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS
PAR LE GOUVERNEMENT, 59, rue de Grenelle.
INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS
ET CURIEUX, 31
bis, rue Victor-Massé. MONTMARTRE-LA CHAPELLE, 17, boulevard de Rochechouart.
MEMBRES CORRESPONDANTS
MM. Le Conservateur de la Bibliothèque
de l'Arsenal, rue de Sully.
Le Conservateur de
Le Conservateur de la Bibliothèque historique de la Ville de
Paris, 29, rue de Sévigné.
Le Président de la
Commission du Vieux Paris, Hôtel de
Ville.
Le Secrétaire de la
Commission du Vieux Paris, Hôtel de
Ville.
Les Archives de la Seine,
30, quai Henri IV.
L'abbé SOBAUX, curé de Saint-Jean de
Montmartre, passage de l'Elysée des Beaux-Arts, 14.
FLOBERT (Paul), secrétaire général
de la société le Vieux Papier, 4, rue
de Berne.
KLEINMANN (Ed.),
,
O.
,
maire du XVIIIe arrondissement, 64, rue de Clignancourt.
CARNAVALET MUSÉE, 23, rue de Sévigné.
- xxxiv -
MEMBRES ACTIFS
MM. ADOLPHI,
,
47, rue Saint-Ferdinand.
APPERT (Jules), 30, rue
Condorcet.
ARNAL (Georges), 1 bis, rue Tardieu.
ARTUS (Maurice), libraire, 2, avenue Trudaine.
AUBRY (H.), 14, rue de Hambourg.
AUSSENARD (Auguste), 48, rue d'Orsel.
BARBIER (Alphonse), 13, rue des Abbesses.
BARGALLO (Ferdinand), 94, rue d'Allemagne.
BARRIER, juge suppléant au
tribunal civil, 49, rue de Prony.
BARTHÉLEMY (Victor), 1, rue
Polonceau.
Mme BEAUCHAMP
(Pauline), 137, rue Lafayette.
BERGE (Jules) avocat, 60,
rue de la Victoire.
BERTHIER-TACHE, fabt
de briques, 104, boulevard de Clichy.
BERTRAND (Ch.), journ. 45,
av. de Neuilly, Neuilly-s/-Seine (Seine).
BERTRAND (Gast.)
,
publiciste, 14 bis, r. Blanche,
Enghien-les-Bains.
BESANÇON, 8, rue Lentonnet.
BESSÉ (Sylvain), 17,
boulevard de Rochechouart.
BESSON (Ch.), 47 bis, rue d'Orsel.
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, 29, rue de Sévigné.
BILD (Martin), 4, rue
Pétrelle.
BILLET, négociant, 10,
boulevard Bonne-Nouvelle.
BIZARD,
,
18, rue Houdon.
BLAD (Maxime), entrepr
de peinture, 49, rue de Rochechouart.
BLAISE, architecte, 72, rue
Damrémont.
BLANCHELOT (Louis), 42, rue
du Chevalier de La Barre.
BLONDEL (Paul), 30, rue
Fontaine.
Dr BONHOMME
(Lucien), 12, rue Fromentin.
BORDEREL, 135, rue de
Clignancourt.
BOSSUAT (F.), propriétaire,
2, place du Calvaire.
BOULOC, 29, rue Baudin.
BOUVIER (Félix), percepteur
de Clignancourt, 123, rue Mozart.
BOUZONNIE (Alexandre), 9,
avenue de la République.
BRÉBANT (Maurice),
,
54, rue Rennequin.
BRETONNEAU (Emile), O.
,
chef de la musique au Théâtre national de l'Odéon, 31, rue Lepic.
BRUAT, 27, rue de Rocroy.
BURGEVIN, ingénieur
chimiste, 106, rue de Miromesnil.
CAILLEAUX (Félix), fabricant
de tissus, 28, rue Nain, Roubaix.
CAPETTE (Alexandre),
propriétaire, Villemomble (Seine).
CAPON (Gaston), 91, rue des
Martyrs.
CARILLON, 22, rue Preschez,
Saint-Cloud (Seine).
- xxxv -
MM. CASADESUS (Francis), compositeur de musique, 6, rue Crétet.
CAZALIÈRES, architecte, 41, boulevard des Capucines.
CHABRIEZ (Léon), assureur-conseil, 22, rue des Abbesses.
CHAMPION, libraire, 5, quai Malaquais.
Dr CHANDEBOIS, O.
,
39, rue Vital.
CHAPON (Léon), artiste graveur, 55, rue du Ruisseau.
Dr CHARPENTIER, O.
,
Hospice de la Salpétrière.
CHAVET (Gabriel), président
de la Section de Montmartre de
Docteur COCQUELET, 96, rue
de Maubeuge.
COMPAN, O.
,
artiste-peintre, 7, rue Lallier.
CORNET (Jules), 11, rue de
Nanteuil, Reims (Marne).
CORTAILLOD (Charles), 27,
rue de Clignancourt.
De CRAUZAT, 4, rue
Margueritte.
Docteur DALLY, 340, rue des
Pyrénées.
DATTEZ, pharmacien, 17, rue
de la Villette.
DEBACQ (Louis), pharmacien,
103, Bd
DEBRAY (Auguste), 1, rue
Girardon.
Docteur DECOSTER, 34, rue de
la Goutte-d'Or.
DECRON (Léopold),
architecte, 38, rue de la Chaussée-d'Antin.
DEGLESNE (Léon), 53,
boulevard de Strasbourg.
DELARUE (Léon), O.
,
4, rue André Gill.
DELCOURT (Pierre), O.
,
homme de lettres, 4, rue de Moscou.
DENOYELLE (A.), 14, rue
Jacques Kablé.
DESCLERCS (C.), 16-18,
avenue Rachel.
DOUCET (Jacques), 19, rue
Spontini.
Docteur DUBRUEIL,
,
139, boulevard Voltaire.
DUBRUJEAUD (Léon), O.
,
ancien président de la Chambre de commerce de Paris, 4, rue Freycinet.
DUJARDIN (Victor), 115,
faubourg Poissonnière.
DUVAL (Gaston), 21, rue de
Lisbonne.
ESNAULT (R.), régisseur de
journaux, 54, rue des Abbesses.
EUDES (Henri), 3, avenue de la
République.
FABRE (Gabriel),
,
compositeur de musique, 37, rue Fontaine.
FÉLIX, pharmacien, 16, rue
Ramey.
Abbé FESCH, 15, Avenue des
Peupliers, Villa Montmorency.
FORT (Eloi), 10, place
Daumesnil.
FRÉMONT,
,
Ingénieur civil, 124, rue de Clignancourt.
FRION, 19, rue de Médicis.
GAIGNETTE (Eugène),
,
12, rue Sainte-Marie.
GARNOT (G. Saint-Fare),
artiste peintre, 79, avenue de Villiers.
GAUCHER (Emile), négociant,
place du Trichon, Roubaix (Nord).
GENDRON (Pierre), 29, rue
Vaneau.
- xxxvi -
MM. GEORGE, photographe-éditeur, 71, rue de Clignancourt.
GERSHON (Léon), journaliste, 38, rue des Martyrs.
GIMPEL (René), antiquaire, 146, avenue des Champs-Elysées.
Docteur GIRAUD, 24, boulevard Barbès.
GOUAULT (Georges), O.
,
négociant (membre perpétuel), 60, rue Saint-Lazare.
GROLLET, vétérinaire, 37,
rue Lauriston.
GROS,
,
entrepreneur de serrurerie, 6, avenue Rachel.
HARTMANN (Georges), O.
,
,
distillateur, 18, rue de l'Arcade, Conflans Charenton (Seine).
HÉRAUD (Henri), entrepreneur
de maçonnerie, 142, rue Ordener.
HERBINET (A.), dessinateur,
21, rue Montcalm.
HÉROS (Jean), homme de
lettres, 3, rue d'Orchampt.
HEUSCH (Henri),
,
architecte-vérificateur, 171 bis, rue Championnet.
HUGNY (Ernest), homme de
lettres, 16, rue Chappe.
HUTPIN (Georges),
instituteur, 27, rue Hermel.
HYDE (James), O.
,
O.
,
(membre perpétuel), 18, rue Adolphe Yvon.
ICHAC (Eugène), 39, avenue
du Chemin de fer, Rueil (Seine-et-Oise).
JARLET (Louis), artiste
dramatique, 30, rue d'Orsel.
JARRY (Paul), membre de la Société
de l’Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 62, rue Blanche.
JOUGLAS (Henri), 3, Cité
Trévise.
LABAT, avoué, 63, rue
Taitbout.
LACOMBE (Paul), membre de la
Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 5, rue de Moscou.
LACROIX (Désiré), ex-Bibliothécaire
de
LACOSTE, entrepreneur, 7,
rue Briquet.
LACOUR, 22, boulevard
Barbès.
LAURENTIE (Joseph), avocat,
14, rue du Regard.
LAURIE (Paul), 8 bis, Cité Trévise.
LAZARD (Lucien),
,
archiviste-paléographe, 49, r. de Rochechouart.
LECHEVALIER, libraire, 16,
rue de Savoie.
LEFEBVRE (Gaston), 47, rue
de Paradis.
LEFEBVRE (Saint-Maur),
publiciste, 3, rue de Steinkerque.
LEFORT, 16, rue des Roses.
LE GARREC, 111 bis, rue Championnet.
LEGRAND, chef des bureaux,
Mairie du 2e Arr., 2, rue de la Banque.
LEMAIRE (Georges),
,
O.
,
artiste graveur, 22, rue Tourlaque.
Mlle LE MESLE (Renée), 58,
rue Lepic.
LEMOINE (Achille), 10, rue
Frochot.
LEMOINE,
,
archiviste-paléographe, 98, rue Demours.
LENSEIGNE (Henri), 22, rue
de Tocqueville.
- xxxvii -
MM. LEROY, négociant, 35, boulevard Barbès.
LE SENNE (Eugène), 73,
boulevard Haussmann.
LESTRADE,
,
,
5, rue Geoffroy-Marie.
LIURETTE (André), 155,
faubourg Saint-Denis.
LUCET, directeur d'usine, 16,
rue Bachaumont
MAES (L.), photographe,
chimiste, 53, boulevard de Rochechouart.
MAGNIER (Achille), 19, rue
de Trétaigne.
MAILLOT (Henri), négociant,
10, rue Crevaux.
Dr MANGIN
(Georges), 3, rue Andrieux.
MANGIN (Léon), juge au
tribunal civil, 3, rue Andrieux.
Abbé MARCADÉ (Albert),
vicaire de Saint-Jean de Montmartre, 89, rue des Martyrs.
MARCHAL, (membre perpétuel),
49, rue Labat.
MARÉCHAL (Paul),
,
artiste peintre, 24, rue La Bruyère.
MAREUSE (Edgard), O.
,
membre de la commission du Vieux-Paris, 81, boulevard Haussmann.
MARTEL (Toussaint),
journaliste, 60, rue Lepic.
MARTIN (Maurice), négociant, 34, rue Werlé, Reims.
DE MATHAN (Raoul), artiste peintre, 16, rue d'Orchampt.
MAUGAT (Charles), 32, rue
des Jeûneurs.
MAUZIN (Jules), O.
,
secrétaire du Bureau de bienfaisance, Mairie du XVIIIe
arrondissement, place Jules Joffrin.
MAY (Albert), 14, rue de Rome.
MAYER (Fernand), 64, rue
Claude-Vellefaux.
MAYER (Jacques), publiciste, 9, rue Théodule Ribot.
MEDRANO, 72 ter, rue des
Martyrs.
MEUSY (Antony),
,
chef d'institution, 15, rue du Monument, Champigny (Seine).
MIGUET (E.), 1, boulevard
Henri IV.
MONIN, O.
,
professeur, 2, rue Alfred Stevens.
MONTORGUEIL (Georges),
,
journaliste, 31 bis, rue Victor Massé.
MORIN (Alexis), 33 bis,
boulevard de Clichy.
MORIN (Jean),
,
33 bis, boulevard de Clichy.
MOUSSET (Albert), 3, rue
Eugénie, Saint-Mandé (Seine).
MUNIER (P-J),
,
16, rue de La Tour-d'Auvergne.
NAILLON (Fernand), ancien
avoué, Maroilles (Nord).
NOGUÈRE, 38, avenue de Wagram.
NOZET-SOULANGES, 45, rue de
Saint-Pétersbourg.
OBJOIS, 27, rue des Dames,
OLLIVIER (Docteur G.), O.
,
30, rue Hermel.
Comte O'KELLY DE GALWAY,
,
archiviste, 8, rue Ménessier.
PAGÈS (Victor), 87, avenue
de Villiers.
Abbé PATUREAU, curé de Saint-Pierre de Montmartre, 123, rue Caulaincourt.
- xxxviii -
PÉRICHON (Mme
Veuve Louis), 1, rue Ramey.
MM. PERRET (Louis), 16, rue Félix Ziem.
PERRIER (Edmond), pharmacien, 17 bis, Bd de Rochechouart.
PERROT (Victor), avocat, 21,
rue Drouot.
PETEL, 46, rue Custine.
PINEAU (Edouard), clerc de
notaire, 58, avenue de Clichy.
PLUCHE, notaire, 33, rue de
La Chapelle.
POËTE (Marcel), O.
,
Conservateur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 29, rue de
Sévigné.
PORNIN (Louis),
,
ingénieur civil, 20, rue Gérando.
POTIN (Emile), O.
,
,
Secrétaire général de la Société historique et archéologique d'Auteuil-Passy,
25, rue Michel-Ange.
PROD'HOMME (J. G.), O.
,
homme de lettres, 9, rue Lauriston.
PROU (Henri), 8, rue Say.
De QUELLERN (Lucien),
,
homme de lettres, 89, Bd Beaumarchais.
RADIGUER (Louis), docteur en
droit, 40, rue de Bruxelles.
RANGLARET, 16, rue des
Roses.
RAULET (Lucien),
Bibliothécaire honoraire de la Société de Géographie commerciale de Paris, 9,
rue des Dames.
RAYNAL (E.), négociant, 66,
rue d'Hauteville.
RENAUD, pharmacien, 38, rue
Ramey.
RENAUD (Léon), entrepreneur
de maçonnerie, 174, rue Championnet.
ROBERT, 241, faubourg
Saint-Martin.
SAFFREY (Henri),
,
4, place des Batignolles.
SAGNY, (A.), 26, rue Hermel.
SELLIER (Charles), O.
,
architecte, Conservateur adjoint au Musée Carnavalet, 5, rue
Saint-Louis-en-l'Isle.
DE SERÉ (Pierre), 33, rue
Lafayette.
SOALHAT (Docteur), 49,
boulevard de Clichy.
TAILLEFER, instituteur, 61,
faubourg Saint-Martin.
TEISSÈDRE,
,
20, place de La Chapelle.
TENÉO, 10, rue Vital.
TERNOIS (Auguste), 110, rue
Ordener.
DE TRÉTAIGNE (Baron Michel),
,
Conseiller général de l'Aisne, 12, rue de Condé, Château de Festieux (Aisne).
TULEU (Charles),
,
négociant, 61, Faubourg Saint-Martin.
TUMBEUF (A.), trésorier de
la Société le Vieux Papier, 10, avenue Malvezin, Bécon-les-Bruyères (Seine).
DE VAUX (Baron Raoul), 39,
rue Gabrielle.
VERNET (Marcel),
,
10, rue d'Offémont.
VIAL (Mme veuve),
5, rue Suger.
VICHY, 41, rue des Jeûneurs.
VIETTE (Eugène),
propriétaire, 145, boulevard de Magenta,
- xxxix -
MM. VORIOT (Mme Vve), encadreur, 23, rue de Clignancourt.
VUAFLART (Albert), 16, rue Spontini.
WAGNER (Eugène),
pianiste-répétiteur aux Concerts Colonne, 72, rue de Rochechouart.
WATEBLED (Marcel), villa
Yvette, 31, rue du Ranelagh.
WIGGISHOFF (J.-C.),
membre de la Commission du Vieux-Paris, 153, rue Marcadet.
WILLETTE,
,
artiste peintre, 28 rue Lacroix.
Bergerac. - Imp. Générale du
Sud-Ouest (J. CASTANET)
PLACE DES DEUX-CONILS
AVIS TRÈS IMPORTANT. - Le
local de la Société est ouvert tous les
vendredis sans exception à partir
de 9 heures du soir.
Le MUSÉE est ouvert le 1er dimanche
de chaque mois, de 2 à 4 h.
MONTMARTRE,
MÉMOIRE DE F. DE GUILHERMY,
publié
intégralement pour la première fois par les
soins de
Avec un
Portrait de l'Auteur
Ce Mémoire, dont une partie
seulement a été insérée dans les Mémoires
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, n'avait pu être imprimé
par son auteur. Il offre un très grand
intérêt pour l'histoire de Paris en général et, en particulier, pour celle des
IXe et XVIIIe arrondissements.
PRIX DU VOLUME :
Sur papier ordinaire .......................................... 5
Francs
Sur papier de Hollande Van Gelder (épuisé).… 10 Francs
En vente au VIEUX MONTMARTRE
42, Rue d'Orsel, PARIS-XVIIIe.
Bergerac. - Imprimerie Générale du Sud-Ouest (J. CASTANET) place des Deux-Conils