BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D’HISTOIRE ET D’ARCHÉOLOGIE
DU XVIIIe ARRONDISSEMENT
LE
« VIEUX
MONTMARTRE »
(Autorisé par arrêté préfectoral du 26 août 1886)
REVUE TRIMESTRIELLE DES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ
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35e FASCICULE – 1898
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PARIS
COMITÉ DE PUBLICATION
AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
MAIRIE DU XVIIIe ARRONDISSEMENT
1898
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LE POIRIER SANS PAREIL
Au cours des études qu'il consacre dans notre Bulletin aux bals et aux guinguettes qui, au commencement du siècle, fleurissaient le long des coteaux de la Butte Montmartre, notre érudit secrétaire général mentionne le bal du Poirier sans pareil. En attendant qu'il nous donne la physionomie particulière de ce bal, il est intéressant d'apprendre que, dans ce lieu et sous cette enseigne, il existait, au commencement du siècle, un restaurant offrant cette circonstance extraordinaire que l'on y prenait ses repas dans un arbre, un poirier que, pour cette cause, on appelait le sans pareil. Le traiteur, profitant de la disposition et de l'étendue des branches de son poirier, avait eu l'idée ingénieuse d'y ajouter un plancher et d'y disposer des tables autour desquelles une douzaine de personnes pouvaient dîner commodément au milieu des poires qui se balançaient sur leur tête, les yeux charmés par le panorama de Paris se déroulant à leurs pieds. Cette salle à manger aérienne attirait de nombreux excursionnistes parisiens ; elle exista jusqu'en l'année 1814, époque où l'arbre fut abattu. Richard et Saint-Hilaire, dans leur Guide du voyageur aux environs de Paris, Saint-Allais dans son Dictionnaire des environs de Paris citent le Poirier sans pareil comme la plus célèbre des guinguettes de Montmartre. La vue en a été conservée dans une ancienne lithographie, qui nous montre une famille de quatre personnes attablée au milieu des branches du poirier ; au bas, la vue de Paris. Cette lithographie fait partie des illustrations d'un ouvrage à usage de la jeunesse publié à Paris vers 1820 par les éditeurs Langlumé et Peltier sous le titre : Promenades amusantes d'une jeune famille dans les environs de Paris, avec des remarques historiques et des anecdotes sur les lieux les plus célèbres. Il s'agit d'un père qui, voulant récompenser ses enfants de leur bonne conduite et de leur travail, les promène dans les endroits les plus intéressants des environs de Paris ; le dixième voyage est consacré à la visite de Montmartre, et, quand l'heure du repas a sonné, le père excite l'enthousiasme des enfants en les faisant dîner dans le Poirier sans pareil. C'est l'épisode reproduit par la lithographie.
En terminant, ne sommes-nous pas autorisés à dire que cette fois encore Montmartre aura été un précurseur, puisque cinquante années plus tard l'idée du traiteur de Montmartre était reprise par les restaurateurs de Robinson, dont elle fait encore aujourd'hui la renommée et la prospérité.
Eugène LE SENNE
Vue du Poirier sans pareil
(D’après une gravure du commencement du siècle, de
l’ouvrage intitulé : Promenades aux
environs de Paris.)
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