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LE VIEUX MONTMARTRE »
SOCIÉTÉ D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DU XVIIIe ARRONDISSEMENT
31e
FASCICULE - (DEUXIÈME TRIMESTRE) 1897
SOMMAIRE : Les derniers jours de
Marguerite Langlois, par Lucien LAZARD. - Acte de vente de l'Abbaye de
Montmartre. - Le Chœur des Dames, par Alexis MARTIN. - La lutte des deux
Montmartre. - Sur la vieille porcelaine de Clignancourt, par Maurice ARTUS. -
Montmartre en 1844.
MEMBRES DU BUREAU
Président honoraire : MM. Félix JAHYER, O. I.
.
Président : WIGGISHOFF.
1er Vice-Président : Jules MAUZIN.
2e Vice-Président : Dr
FOURÈS.
Secrétaire général : Pierre DELCOURT, O. I.
.
Secrétaire adjoint : HUTPIN.
Archiviste : Fernand BOURNON, O. I.
Trésorier : V. GALLIOT.
COMITÉ
Membres honoraires : MM. Amédée BURION,
,
Félix JAHYER, O. I.
.
Membres : MM. L.-A. BERTRAND, Fernand BOURNON, COMPAN, DELARBRE, Pierre
DELCOURT, DOUILLET, Gaston DUVAL, Dr FOURÈS, GAIGNETTE, V. GALLIOT,
HEUSCH, HUTPIN, JARLET, LAMQUET, LAUC, LAZARD, Georges LEMAIRE, Alexis MARTIN,
Jules MAUZIN, MONIN, SELLIER, WIGGISHOFF.
Les Séances du Comité
ont lieu régulièrement le 1er vendredi de chaque mois, à 8 h. 1/2 du
soir, dans la salle des Commissions de la mairie du XVIIIe
arrondissement, 115, rue Ordener.
Ces séances sont
ouvertes à tous les membres de la Société.
Toutes les communications,
demandes d'adhésion, d'achats de photographies ou de Bulletins, doivent être
adressées au Président de la Société, à la Mairie du XVIIIe
arrondissement.
Les membres de la
Société n'ont droit à l'envoi gratuit du Bulletin qu'à partir du jour de leur
admission.
Prix du
31e Fascicule ………….……………. 1 fr.
12 exemplaires, sur papier de
Hollande à la forme, ont été tirés.
Prix
de l'Exemplaire …………………………. 2 fr.
DÉPÔT DES
FASCICULES :
A la librairie du PETIT
BIBLIOPHILE, 22, boulevard Rochechouart
ET
A
- 37 -
LES DERNIERS JOURS
DE MARGUERITE LANGLOIS
Montmartre a eu dans
notre siècle deux historiens, Chéronnet et Michel de Trétaigne, sans compter un
de nos contemporains, l'abbé Jonquet, qui a écrit sur le passé de la butte
sacrée une œuvre plutôt d'édification que d'érudition.
Par une heureuse
fortune, les livres que nous ont laissés Chéronnet et Trétaigne, loin de se
répéter se complètent ; le premier de ces auteurs a consacré son principal
effort à l'histoire religieuse, celle de l'abbaye et de la paroisse, le second
a surtout décrit les vicissitudes de la commune, son histoire civile.
Dans les notices
curieuses et détaillées données par Chéronnet sur chacune des abbesses qui ont
gouverné le monastère de Montmartre se trouve l'anecdote suivante, relative à
Marguerite Langlois, abbesse décédée en 1503. « Elle (Marguerite Langlois)
tomba malade au mois de juin 1503 ; le 7 elle était à la dernière extrémité.
Sentant qu'elle allait quitter le monde, elle voulut qu'on lui fît sur le champ
un service, comme si elle était décédée ; ce qui fut exécuté. Le service
eut lieu les vendredi et samedi 9 et 10. On célébra treize messes pour elle, et
le lendemain dimanche de la Trinité, à cinq heures du matin, elle était devant
le Seigneur. Ses obsèques eurent lieu le même jour (1). »
C'est, on le voit,
l'acte que la légende a faussement attribué à Charles-Quint, retiré au
monastère de Yuste, et faisant célébrer de son vivant la cérémonie de ses
funérailles. La légende du grand empereur est l'histoire vraie de l'abbesse de
Montmartre.
(1) Chéronnet.
- 38 -
Des témoignages
contemporains irrécusables nous permettent de connaître dans ses détails la fin
curieuse de Marguerite Langlois, de compléter et même de rectifier le récit de
Chéronnet : ce sont les extraits du compte de l'abbaye pour l'année 1503,
faisant partie de cette précieuse collection des registres de comptabilité
conservés aux Archives sous les cotes H 4001 à 4035, qui, du commencement du
XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle, nous fournissent le
tableau le plus fidèle et le plus détaillé de la vie intérieure du monastère.
Marguerite Langlois
était tombée malade non au mois de juin, mais dès le mois de février 1503,
vieux style. Le vendredi 15 février, souffrant d'un mal qui nous est inconnu,
elle recevait la visite de son médecin qui dînait à l'abbaye : en son
honneur on faisait l'achat d'une carpe, montant à 2 sous parisis. Trois
semaines plus tard, nouvelle visite de médecin et nouvelle carpe pour laquelle
le débours s'élève à 3 sous tournois. Cinq semaines après cette seconde visite
le mal s'était aggravé : il s'était produit des douleurs de
Néanmoins, les
douleurs de la main ne parurent pas se calmer et huit jours plus tard on fit
venir un médecin de Paris. On lui fit d'ailleurs une réception des plus empressées
et on lui servit un dîner composé d'un chapon, d'un entredeux de mouton, d'un
pâté, le tout arrosé de vins généreux : l'addition se monta à 4 sous parisis et
2 deniers tournois.
Mais la science,
assez restreinte sans doute, des médecins avait été impuissante à vaincre le
mal dont souffrait l'abbesse : dès lors commence autour de la malade le défilé
des empiriques et des charlatans de toute espèce.
C'est d'abord le 9
mai un des jurés de la grande boucherie qui se transporte à Montmartre
accompagné de sa femme « pour visiter la main de Madame » ; il prépare des
médicaments, dîne d'un pâté de volaille et le tout se solde par une dépense de
63 sous parisis.
Quatre jours se
passent ; arrive de Taverny, près Saint-Leu, un nommé Pierre de Larry qui
« s'est vanté de garir Madame de sa main », il s'installe à l'abbaye pendant
quatre jours, prépare des médicaments et s'en va après avoir coûté
- 39 -
La maladie cependant
avait empiré ; non seulement la main, mais le front de l'abbesse étaient
garnis de plaies ; on eut recours le 5 juin à un barbier - les barbiers, comme
chacun sait, étaient les chirurgiens de cette époque, nommé Jehan de
Aux nombreuses
souffrances de l'abbesse vint se joindre une foulure du bras : on eut recours
pour la réduire à un rebouteur de Villetaneuse, nommé Jacques, à qui l'on donna
pour ses peines et dépenses 12 deniers parisis.
La fin approchait à
grands pas : dans la journée du vendredi 9 juin, on alla chercher à Paris un
médecin nommé Etienne, qui, trouvant l'abbesse fort malade, lui fit faire un
clystère et lui prépara des drogues.
Le même jour,
Marguerite Langlois, ne se faisant plus aucune illusion sur sa fin prochaine,
ordonna qu'on fît une partie de son service sa vie durant. On célébra le
vendredi 4 messes, le lendemain 10 on en dit neuf. Marguerite Langlois expira
le dimanche 11 juin, jour de la Trinité, à cinq heures du matin. On chanta ce
même jour trois grandes messes et dit treize messes basses, et son corps fut
mis en terre après dîner.
L. LAZARD.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
(Archives
Vendredi 15 février
(1503 n. s.)
Une carpe pour le médecin de madame............................. ........ ................................................................................................ 2
s. p.
(fol. 62 r°.)
Jeudi 9 mars
Une carpe pour le médecin de madame ............ 3
s. t.
(fol. 63 r°.)
Jeudi 27 avril 1504
Item ce jour pour deux médecins pour la main de madame pour
salaire et médicament ................................................................................................ 12
s. p.
(fol.
65 v°.)
Jeudi 4 mai 1504
Le jeudi 4 may pour
la venue d'un médecin de Paris pour madame pour donner remêde à sa main ;
achaté pour luy un chappon 2 s. p. ung entredeux de mouton 12 d. t. pour la
facon du pasté 12 t. en blanc 6 t., une grande dariolle 16 d. p. pour ce. 4 s.
p. 2 d. t.
(fol.
66 r°.)
9 Mai 1504
Item ce jour pour ung des jurez de la grand boucherie se
transporta à Montmartre pour visiter la main de madame pour ce, pour le disner
de luy et de ça femme et pour ses médicaments ung pasté de chappon 11 s. 8 d.
en pain 4 d. pour ce......................................................................................................... ................................................................................................. 3
s. p.
(fol. 66 r°.)
16 mai 1504
Item ce jour payé a ung nommé Pierre de Larry qui a venu de
Taverny les Saint-Leu et s'est vanté de garir madame de sa main pour quatre
journées venue dudit lieu et ses médicaments chacun jour 16 s. p. pour ce ..................................................................................................
(fol. 66 v°.)
5 Juing 1504
Le lundi 5me juing à Jehan de la Cloche barbier qui
estoit venu deux foys à madame qui estoyt fort malade luy feict des emplastres
pour son front 4 s. p. A l'appothiquaire du Lyon Rouge pour un clistouere et
pour l'orenges 6 s. p .................................................................................................. 10
s. p.
(fol. 67 v°.)
Mercredi 7 juing 1504
Et ce jour envoyé Jehan Hochereau à Villetygneuse quérir un
- 40 –
VUE D’ENSEMBLE DES BATIMENTS ET JARDINS DE
L’ABBAYE DE MONTMARTRE, AU XVIIIe SIÈCLE.
Fragment d’un plan, conservé aux Archives
- 41 -
nommé
Jacques qui se melle de... pour visiter madame de son bras reffoullé pour ce,
pour ses peines et despens .................................................................................................. 12
d. p.
(fol.
67 v°.)
Vendredi 9 juing
Et ce jour envoyé
quérir à Paris ung médecin nommé maistre Estienne... pour visiter madame fort
malade, pour sa course de venir a Montmartre baillé demy escu d'or et lui
ordonna ung clistère pour ce 14.
s. p.
Item icelluy médecin luy ordonna certaines drogueries et médecines
qu'il fist luy mesmes pour ce ................................................................................................ 6
s. p.
Item madame a ordonné faire partie de son service sa vie
durant : pour cedit jour pour 4 messes 8 s. p. pour ce ................................................................................................ 8
s. p.
(fol. 68 r°.)
Samedi 10 juin 1504
Le samedi 10 juing pour neuf messes par sadite ordonnance,
neuf messes pour ce 8 s. p.
(fol. 68 r°.)
Dimanche 11 juin 1504
Le dimenche unze le
jour de
Item ce jour baillé au de la paroisse pour la biere en
quoy elle fust enterrée 8
s. p.
Item cedit jour pour avoir faict son service pour trois haultes
messes et XIII basses pour ............................................................................................... 30
s. p.
Et cedit jour appres
disner le corps de ladite dame fut enterré et inhumé, etc.
- 42 -
ACTE
DE VENTE
DE
L'ABBAYE
DE MONTMARTRE
La pièce publiée,
dans notre fascicule est l'affiche de vente des bâtiments de l'abbaye et du
prieuré de Montmartre adjugés aux enchères le 24 floréal an II (24 mai 1794).
On n'y a joint aucune observation, désirant laisser aux historiens et aux
topographes de Montmartre le soin d'y puiser les renseignements qu'elle peut
contenir. On s'est borné à ajouter au bas de chacun des dix articles de la
vente les sommes payées par les acquéreurs. On fait remarquer également que
l'église mise en vente est celle de l'abbaye, construite au XVIIe
siècle, et que Saint-Pierre de Montmartre n'a jamais, sous la Révolution, fait
l'objet d'aucune adjudication.
L. L.
DÉPARTEMENT DE PARIS
DISTRICT DE FRANCIADE
Biens nationaux à
vendre
ADJUDICATION DÉFINITIVE
Le quartidi 24 floréal, l'an 2 de la République une et indivisible
10 heures du matin
On fait savoir que le
quartidi 24 floréal de l'an deuxième de
- 43 -
du directoire du district de
Franciade, à la requête du président du directoire du département de Paris
(auquel département copie de la présente affiche a été envoyée) poursuite et
diligence de l'Agent
CANTON DE CLICHY
MUNICIPALITÉ
DU MONT-MARAT
ARTICLE PREMIER ET UNIQUE
Le ci-devant couvent
de l'Abbaye de Mont-Marat, cours, basses-cours, jardins et dépendances.
La totalité de cette
propriété non compris la partie qui étoit destinée à un presbytère et qui est
demandée par la commune de Montmarat pour y établir des écoles primaires,
contenant environ VINGT-NEUF ARPENS ET DEMI, est divisée en six lots distingués par des teintes différentes
au plan annexé au procès-verbal d'estimation.
Ces lots seront
séparés par des murs de clôture, construits à frais communs, et aux us et
coutûmes du pays, entre lez acquéreurs de chaque lot, chacun pour ce qui le
concerne; il en sera de même des bouchemens d'anciennes communications d'un
lôt à un autre. Les acquéreurs des 3e, 4e et 5e
lots seront en oûtre tenus à faire à leurs frais la totalité des murs de
clôture qui les séparent du terrein réservé pour les écoles publiques, aussi chacun
pour ce qui le concerne. Tous ces murs seront mitoyens.
Les murs de clôture
seront terminés dans les six mois, à compter du jour de l'adjudication du
dernier lot. Les bouchemens d'anciennes bayes à supprimer, pour ôter les
communications d'un lôt à un autre, seront effectuées dans les deux mois à
partir de ladite époque.
Aucune partie de
cette propriété n'est louée à bail. Il y a quelques parties de bâtiments et
terreins loués à l'année, qui expirera le 21 brumaire prochain.
Il arrive des eaux du
dehors dans quelques lots ; les conduits en sont dégradés ; on n'en
garantit pas la quantité ; les acquéreurs, s'ils veulent en jouir, feront tous
les genres de frais nécessaires pour cela, sans prétendre d'indemnités.
PREMIER LOT
La maison ci-devant
dite du bailliage et dépendances, contenant en superficie environ un tiers d'arpent ; tenant du midi
et du levant au troisième lot ; du nord
- 44 -
au second lot ; du couchant
au quinconce commun aux 1er, 2e et 3e
lots qui leur sert d'entrée.
Le principal bâtiment
de ce premier lot est composé de souterrains, rez-de-chaussée, entresol,
premier et second étage carrés, comble couvert en tuiles ; le tout distribué en
cuisine, chambres à cheminées et cabinets. Au bout est une remise ; il y a en sus
deux poulaillers et un petit jardin.
Ledit lot est en
partie clos de murs ; ce qui en reste à faire sera mitoyen et fait à frais
communs avec les deuxième et troisième lots, chacun pour ce qui le concerne.
Les boiseries de
l'ancien greffe et celle des autres pièces sont exceptées.
Ce premier lot, tel
qu'il se comporte, aux dites charges et conditions, estimé sept mille cinq cent
livres, ci
« Adjugé
DEUXIÈME LOT
La ci devant basse-cour
et dépendances, contenant environ deux
arpens ; tenant du midi au premier lot et au quinconce par lequel sera
l'entrée des 1, 2 et 3e lots, du nord au citoyen Remy ; du
levant au troisième lot et en hache au premier lot ; du couchant audit
citoyen Remy.
Ce lot est en majeure
partie clos de murs. Le surplus sera fait en mitoyenneté et à frais communs
avec les 1er et 3e lots, chacun pour ce qui les concerne,
ainsi que les bouchemens d'anciennes communications à supprimer.
Le principal bâtiment
de ce 2e lot consiste en caves, rez de chaussée, entresol, premier
étage, comble au dessus couvert en tuiles, le bas est distribué en cuisines,
écuries, remises ; le haut est un grand nombre de chambres à cheminées,
avec partie des boiseries, alcoves, cabinets, etc.
Il y a en sus un
bâtiment ayant écurie, remise, étable, chambre à cheminée, et grenier au
dessus.
Et un autre petit
bâtiment servant de serre.
Les cours sont en
grande partie pavées en grais.
Il y a un abreuvoir
pavé, ou arrivent des eaux supérieures, avec un trop plein ; le tout en
tuyau de plomb apparent, attenant le dit abreuvoir. Le jardin est bien planté
d'arbres fruitiers et autres.
Ledit lot tel qu'il se poursuit
et comporte, aux charges susdites, estimé ving et un mille cinq cent livres ci
« Adjugé
TROISIÈME LOT
La ci devant maison
conventuelle, cours, jardins et dépendances ; le tout contenant environ quinze arpens ; tenant du midi à la
rue des Martyrs et à un passage qui conduit de cette rue au 6e lot ;
du nord au premier lot, au citoyen Remy, et au jardin destinés aux écoles du
levant au 5e et 6e lots ; du couchant au 1er
et 2e lots et audit citoyen Remy.
- 45 -
L'acquéreur de ce lot
se clôra à frais communs, en mitoyenneté avec les 1, 2 et 6e lots,
tant en murs de clôture qu'en bouchemens d'anciennes hayes à condamner, chacun
de ces lots pour ce qui le concerne. Il fera à ses frais seul, la partie du mur
de clôture, qui le séparera du jardin destiné aux écoles, lequel mur sera
mitoyen, sans indemnité.
A ce lot appartient
le droit de passage par la cour commune des pressoirs du haut de la butte.
Il arrive dans le
présent lot des eaux de source dont on ne garantit pas la quantité. L'acquéreur
est chargé de tous les frais relatifs à ces eaux, s'il veut en jouir.
L'église ci devant
conventuelle, le chœur, chapelles, etc. sont construits en pierre, carrelés en
liais et marbres. Les colonnes, autels, pilastres, statues, gradins, grandes
tablettes de marbre qui les décorent, sont réservés pour les dépôts publics des
monumens.
La ci devant maison
conventuelle consiste dans d'immenses bâtimens de diverses formes, faits à
diverses époques, distribués en grands et petits logemens, avec des parties en
parquets, boiseries, chambranles de marbre, etc. Il y a de très vastes
souterrains voûtés avec cuisines, buanderies, boulangerie, lavoir, réservoirs
d'eau voûtés, poulaillers, logemens de jardinier, pavillon dans le jardin. Les
cours sont en grande partie pavées en grais.
Il y a sur les
combles et aux conduites intérieures une très grande quantité de plombs en
chaineaux, platte-formes, noues, noulets, faitages, arrestiers, appuis de
croisées et lucarnes, ainsi qu'une très grande quantité de fers en grillé de
croisées et autres, déduction faite de ce qui a été enlevé en réquisition pour
le service de la République.
Dans les quinze arpens de ce lot, il y en a environ dix
exploitables en carrières de pierre à plâtre.
Les jardins sont
plantés d'arbres à fruit et d'agrément.
Dans le cas ou
l'acquéreur de ce présent lot enleveroit ou démonteroit les plombs et fers ou
qu'il démoliroit les bâtimens et exploiteroit le terrein en carrières, il sera
tenu de payer préalablement jusqu'à concurrence des deux cinquièmes du prix de
son adjudication, et même au dela, s'il y a lieu, pour la conservation des
droits de la République.
Le présent lot, tel qu'il se poursuit et comporte, aux dites
charges, clauses et conditions, estimé cent vingt mille livres..............................................................................................
« Adjugé 201.000 1. à Constant, entrepreneur de bâtiments,
rue Buffon, à Paris, n° 489. »
QUATRIÈME LOT
La citerne, les
ci-devant prisons et dépendances.
Ce lot, sis sur la
butte de Mont-Marat, contient environ soixante-dix
perches en superficie et tient du midi au bâtiment et terrein destiné aux
écoles ; du nord à la ci-devant église paroissiale, au parvis, et en retour à
plusieurs particuliers ; du levant au cinquième lot ; du couchant à une cour
commune attenante à la place publique et en hache à ladite église et au
cimetière.
L'acquéreur de ce lot
se clôra en mitoyenneté et à frais communs avec le cin-
- 46 -
quième lot et il fera à ses frais
seul une partie de clôture et tous bouchemens d'anciennes communications entre lui
et le terrein national réservé aux écoles.
Les bâtimens
composant ce lot forment deux corps de logis, ayant rez-de-chaussée, où sont
les prisons et plusieurs pièces avec ou sans cheminées ; premier étage
distribué en chambres et cabinets, greniers au-dessus couverts en tuile ;
cour pavée entre ces bâtiments.
Au premier étage est
la salle d'assemblée actuelle de la municipalité ; on y arrive par un perron
sur le parvis de la ci-devant église. L'acquéreur traitera avec la municipalité
pour la location de cet objet, et dès qu'il y aura une autre salle d'assemblée
ailleurs, ledit acquéreur sera tenu de murer toutes bayes et jours qu'il pourra
avoir sur ce parvis.
Derrière ces bâtimens
est une superbe citerne pavée, avec pompe couverte, appentis en gallerie au
pourtour ; petits appartemens en appentis attenant et adossés à la ci-devant
église. L'acquéreur du présent lot bouchera à ses frais toutes bayes de portes
et croisées donnant sur lesdits bâtimens dans ladite église dont les murs en
droit lui seront mitoyens, et dont il souffrira les égouts des combles tels
qu'ils sont à présent. Il ne pourra toucher ni masquer les vitraux de cette
ci-devant église, tant que ce bâtiment subsistera, et si on le démolit, les
murs resteront mitoyens à hauteur de coutûme, aux endroits où le présent lot
n'a pas de bâtimens ; ils ne pourront être démolis vis-à-vis ces bâtimens, et
alors toutes servitudes de jours et égouts seront supprimés.
La citerne est
alimentée par des chaîneaux et conduits en plomb au pourtour de la cour des
prisons, ainsi que par des chaîneaux et nappes de plomb, sur le pan méridional
du comble de la ci-devant église ; tous ces plombs appartiendront à
l'acquéreur de ce lot, à la charge d'entretien et de grosses réparations du pan
de comble qui y fournit l'eau, ou de raccordemens et réparations solides audit
comble, s'il supprime ce plomb.
Il n'appartiendra
audit acquéreur que les conduits et tuyaux qui sont dans la superficie de ce
lot.
Dans le cas où il
démonteroit ou enlèveroit les plombs et fers qui sont dans ce lot et
supprimeroit la citerne, ou les conduits qui l'alimentent, il payera auparavant
jusqu'à concurrence de la moitié du prix de son adjudication, et même plus,
s'il y a lieu, en raison de la diminution de valeur qu'en éprouvera le lot, et
ce préalablement à toutes ces détériorations qu'il ne pourra faire, en tout ou
partie, sans y être autorisé par le directoire du district de Franciade, pour
la conservation des intérêts de la République.
Ledit lot ainsi qu'il se poursuit et comporte auxdites charges,
clauses et conditions, estimé dix-sept mille livres, ci ............................................................................................. 17.000
liv.
« Adjugé
CINQUIEME LOT
Grand terrein propre à bâtir, sur la butte de Mont-Marat.
Ce terrein contenant
environ deux arpens et demi, tient du
levant au citoyen Snoble et autres ; du couchant au 4` et 311 lots, au
terrein des écoles et autres, du midi au 6me lot, du nord à la rue
des Rosiers, par laquelle sera l'entrée.
Ce terrein est dans
la plus belle position pour la vue et en partie clos de murs.
L'acquéreur se clôra
en mitoyenneté et à frais communs avec ceux des 3, 4 et
- 47 -
6e lots, chacun pour
ce qui le concerne, et il fera seul, à ses frais, une partie des murs de
clôture qui devra le séparer du terrein réservé aux écoles.
Ledit terrein, tel qu'il se poursuit et comporte, auxdites charges
et conditions, estimé dix mille livres 10.000
liv.
« Adjugé
SIXIÈME LOT
Le Verger, la Vigne et terreins adjacens
Ce terrein, contenant
environ neuf arpens, tient du midi au citoyen Sandrin, du nord au 5e
lot et à plusieurs, du levant à des carrières, du couchant au 3e
lot.
Il est en grande
partie clos de murs, planté en vignes et arbres fruitiers. L'acquéreur
complètera les clotures en mitoyenneté et en frais communs avec ceux des 3e
et 5e lots, chacun pour ce qui le concerne. Il fera faire une porte
par la rue dite des Martyrs et arrivera à son terrein par une rue de vingt-quatre
pieds de largeur libre entre deux murs.
Le dit terrein tel qu'il se poursuit et comporte aux dites
charges, clauses et conditions, estimé dix-huit mille livres................................................................................................
« Adjugé. Le dit Orsel,
Récapitulation du montant des estimations ci dessus..........
«
Vente,
Lesdits biens
ci-dessus désignés seront adjugés ainsi qu'ils ce poursuivent et comportent,
sans aucune garantie de servitudes actives ou passives, mais francs et quittes
de toutes rente ou redevances foncières ou seigneuriales, droits seigneuriaux
ou hypothèques, conformément aux articles VII, VIII, IX du decret du 14 mai
1790.
Les acquéreurs
auront, contre le fermier, l'action en résiliation que la loi leur accorde en se
conformant aux articles XXXVI et XXXVII de la loi du 3 juin 1793, et aux
articles II et III du decret du 15 frimaire dont il sera donné connoissance.
Les paiements seront
faits dans la proportion et dans les termes fixés par les décrets de la
Convention nationale du 4 nivose de l'an deuxième de
Toutes personnes
solvables seront admises à enchérir, en justifiant d'un domicile certain et
d'une contribution directe, foncière ou mobiliaire au lieu de leur domicile par
un certificat de leur municipalité, ou en déposant entre les mains du
secrétaire du district, le premier terme de payement d'après la première mise à
prix ; elles pourront aussi prendre connoissance du cahier des charges des
enchères, au bureau du secrétariat du district de Franciade.
L'Agent national pres
l'administration du district de Franciade.
Signé : PETIT.
On donnera
connoissance au secrétariat du district de Franciade, du plan figuré de
l'ensemble du ci devant couvent et de sa division en six lots.
- 48 -
LE
CHOEUR DES DAMES
LES
DAMES. - Ces mots
furent pendant de longs siècles les seuls employés pour désigner les bénédictines
de Montmartre. Un moulin qui leur appartenait battait l'air de ses ailes près
du village des Porcherons, non loin du fameux château du Coq, c'était le moulin des Dames ; un chemin venant
de l'ouest courait à travers la campagne, c'était le chemin des Dames (1) ; quand des voies se
perçaient sur le vaste territoire de la communauté, elles prenaient les noms de
ses abbesses, ce sont encore aujourd'hui les rues de Rochechouart, de la Tour
d'Auvergne, de La Rochefoucauld (originairement
ruelle de la tour des dames), de Bellefond (qui devrait s'écrire de
Bellefonds), c'était encore il y a quelques années la rue de Laval, maintenant rue Victor-Massé.
Tout le terrain,
depuis le sommet de la butte jusqu'à notre rue Richer actuelle d'un côté,
jusqu'à l'église de la Trinité de l'autre, appartenait à l'abbaye, c'était le
territoire des Dames.
La simplicité de
cette dénomination est fort caractéristique et ne manque pas de grandeur. On y
trouve un reflet de la respectueuse déférence qu'inspiraient jadis les têtes
couronnées ; on disait LES
DAMES comme on
disait LE ROI !
Sur tout cela, sur ce
monastère à la création duquel une reine de France présida, le souffle puissant
de la Révolution a passé. Les propriétés de l'abbaye, d'abord annexées pour
leur partie méridionale au Paris de 1786, sont devenues celles de la grande
ville ; les bâtiments conventuels attaqués par la pioche ont disparu tour à
tour, des rues se sont créées sur les jardins de la communauté, il faudrait
maintenant démolir des maisons hautes de six étages pour retrouver les
fondations des réfectoires, des dortoirs, de la biblio-
(1) C'est aujourd'hui la rue
des Dames (XVIIe arrondissement).
- 49 –
LE CHŒUR DES DAMES. – Dessin de
Letourneau.
- 50 -
thèque, etc. (1). Toute une population active vit, circule, travaille,
chante sur ce vaste espace destiné jadis au recueillement et à la prière.
De tout cela - comme des
âmes survivant aux corps qu'elles ont animés - il ne reste plus debout que
l'église Saint-Pierre et le chœur des Dames.
L'église, base
fondamentale de la pieuse institution, le chœur image vivante de l'esprit
monastique, sanctuaire dont nul profane ne franchissait le seuil, chambre du
conseil où s'agitaient les questions religieuses et civiles de la communauté ;
le chœur, oratoire où les bénédictines enveloppées de leur habit de serge
noire, couvertes de leur long voile blanc, se réunissaient pour prier en
commun, pour assister aux offices et quelquefois aussi pourvoir soulever une
pierre du sol et confier à la terre un cercueil de plomb contenant les restes
de l'une d'elles.
Être inhumées où
elles avaient vécu, dormir leur éternel sommeil sous les dalles que leurs
genoux avaient usées, c'était pour les abbesses un privilège qu'elles n'eussent
échangé contre aucun bien temporel et celui de tous ceux dont elles ont joui,
dont le souvenir revient puissamment s'imposer à l'esprit quand on pénètre
aujourd'hui dans le chœur des Dames.
Ce lieu est d'une si
merveilleuse architecture que les profanations subies, le temps et ses lèpres,
la vétusté et ses morsures, la solitude et l'abandon ne lui ont rien enlevé de
son antique majesté. C'est avec respect qu'on se découvre sous sa voûte
effritée, c'est à pas lents qu'on marche sur son sol poussiéreux. Mieux et plus
haut qu'une basilique ruisselante d'or et de lumière, ce réduit un peu sombre
parle à l'esprit et l'entretient mystérieusement.
Appuyé contre une de
ces colonnes qui proviennent, dit-on, d'un temple païen, on peut pendant
longtemps se laisser aller à ses rêveries, mais, quoiqu'on fasse, le souvenir
des abbesses primera tous les autres. Semblables aux grains d'un chapelet
roulant entre les doigts d'une nonne, leurs physionomies si multiples, leurs
aptitudes si diverses, leurs tendances religieuses ou mondaines, leurs natures
passives ou autoritaires repasseront tour à tour dans votre mémoire
reconstruisant en quelques instants l'histoire de l'abbaye.
(1) Notre érudit collègue
Gaston Duval a consacré à cette bibliothèque un fort intéressant article dans
le 27e fascicule de notre Bulletin.
- 51 -
Vous les reverrez
toutes, depuis cette reine Adélaïde, veuve de Louis le Gros qui fonda le
monastère, en fut la première abbesse et y mourut, oubliant dans la retraite le
tumulte et les intrigues des cours, jusqu'à Héloïse, bonne créature qui
autorisa les religieuses à porter des bottes fourrées pendant les temps
rigoureux ; depuis Jeanne de Repenti qui concourut à la fondation de l'église
de Boulogne-sur-Seine et obtint du pape Jean XXII son érection en paroisse,
jusqu'à Jeanne de Rieux qui reçut Charles VI dans le couvent ; depuis
Antoinette Augier qui portait la crosse quand Ignace de Loyola et ses compagnons
vinrent à Montmartre, jusqu'à Catherine de Clermont qui fut abbesse pendant
quarante et une années et assista en 1559 au terrible incendie qui dévora une
partie des bâtiments. Vous verrez passer encore dans vos souvenirs Marie de
Beauvilliers qui gouverna la communauté pendant près de soixante ans, reçut
Certes il est
précieux, le monument où tant de souvenirs peuvent être évoqués ; certes,
il serait regrettable que ce bijou disparût de l'écrin architectural
parisien ; pourtant il s'en fallut de fort peu, il y a quelques mois,
qu'il ne soit abandonné sans retour à la vieil-
(1) Ces armes ont été décrites
dans l'intéressant travail que M. L.-F.-A. Bertrand a publié sur l'abbaye dans
notre 21e fascicule.
- 52 -
lesse qui le ronge, à
l'écroulement qui le menace, peut-être même à la pioche brutale des
démolisseurs. Provoquée par une démarche du bureau de notre Société, l'heureuse
et intelligente intervention de M. Fournière a sauvé le chœur des Dames ;
M. Fournière a sollicité et obtenu de ses collègues du Conseil municipal sa
conservation. Tous les amis du vieux Montmartre, tous ceux aussi du vieux
Paris, lui demeurent profondément reconnaissants.
Quant à M. Louis
Letourneau qui, dans le dessin que nous publions, a si bien rendu l'aspect
actuel de l'antique monument, nous nous bornerons à le remercier des
félicitations bien méritées lui viendront de tous nos lecteurs.
Alexis MARTIN.
***
La
lutte des deux Montmartre
On a parlé à plusieurs
reprises, dans nos bulletins, de la querelle entre les deux municipalités qui
se partagèrent l'administration de Montmartre, de janvier à juin 1790, et des
difficultés que suscita la création du mur des fermiers généraux coupant en
deux le territoire soumis à la juridiction des abbesses (1). On publie, dans le présent numéro, le document le plus
intéressant qu'ait fait naître ce différend. C'est le mémoire adressé, en 1790,
par la municipalité de Montmartre-intra à l'assemblée nationale au mois d'avril,
très probablement. Notre confrère, M. Jules Mauzin, a eu l'obligeance, il y a
plusieurs années déjà, d'en prendre copie à la bibliothèque nationale où il est
conservé sous
(1) N° 21, Notes sur Montmartre intra, L. Lazard,
pp. 10 à I3. – N° 25, Montmartre intra en
1789, pp. 180-
- 53 -
MÉMOIRE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Pour la Municipalité de MONTMARTRE, près
PARIS,
hors barrières.
Chez KNAPEN
ET FILS, Libraires-Imprimeurs
de la Cour-des-Aides, au bas du Pont Saint-Michel.
L. 7/K 5079.
Deux municipalités
existent dans la commune de Montmartre : l'une formée le 26 mars 1790,
pour toute l'étendue de la commune, et conformément aux décrets de l'assemblée
nationale, l'autre formée le 29 mars, sous la simple autorisation du ministre
de Paris, pour le haut de Montmartre qui fait seulement la sixième partie de
tout le territoire.
C'était pour rendre
compte à l'assemblée nationale d'un fait aussi contraire à ses décrets que la
municipalité de la commune a dépêché vers elle, le 30 mars, sept de ses
membres, chargés d'un précis de l'objet à discuter. Ils n'ont pas été peu
surpris, lors de la discussion, d'en entendre prononcer l'ajournement, sur ce
que l'un de Messieurs les représentants dans l'auguste assemblée a dit que le
matin même le président de l'ancien comité de Montmartre lui avait exposé que,
si les habitants du haut de Montmartre avaient cherché à se séparer de ceux du
bas, c'était parce qu'ils étaient tous de pauvres agriculteurs : que les
habitants du bas étaient des commerçants, dont plusieurs faisaient banqueroute
; que ces banqueroutes donnaient lieu à des non-valeurs qui tombaient en
surcharge sur les agriculteurs.
Nous détruirons
aisément cette assertion, mais, avant de le faire, il est indispensable de dire
que la personne dont a fait mention l'un de nos représentants l'a évidemment
trompé, en se donnant la qualité de président de l'ancien comité.
Ce comité était
présidé par les deux électeurs de cette paroisse. L'un, de la députation à
l'assemblée nationale du 30 mars comme officier municipal, et l'autre, nommé
procureur syndic par la formation de la nouvelle municipalité, ne se sont
présentés chez aucun de Messieurs les députés de l'assemblée nationale. Voilà
donc
- 54 -
une fausseté qui paraît bien
démontrée ; mais on ne peut douter qu'elle ne provienne de la part de l'un
des principaux moteurs de la division de la paroisse, pour perpétuer le schisme
qu'on a su faire naître parmi des citoyens qui jusqu'alors avaient été
parfaitement unis.
Son allégation sur le
fait des non-valeurs n'est pas plus exacte que la qualification qu'il a prise
pour s'attirer plus de confiance.
En effet, le haut de
Montmartre est habité par des bourgeois et des agriculteurs. Le bas de
Montmartre est habité par des bourgeois, des agriculteurs, des marchands de
vins et des commerçants.
La paroisse paye
Il y a des
non-valeurs dans le haut comme dans le bas de Montmartre, et, comme cette
dernière portion paye les cinq sixièmes et plus sur les 45,000 de taille, il
s'ensuit qu'elle paye également les cinq sixièmes et plus et la totalité des
non-valeurs, et que par conséquent le haut de Montmartre n'est pas fondé à se
plaindre et sous ce prétexte, insister sur une séparation à laquelle il ne
pourrait rien gagner, puisqu'au contraire il y perdra beaucoup.
En effet, le bas de
Montmartre est habité par un très grand nombre de citoyens ci-devant
privilégiés dont les contributions vont aller à la décharge des anciens
contribuables, qui, d'après un aperçu assez exact, vont se trouver soulagés de
la moitié de leurs impositions.
Pour en revenir à
l'objet principal de ce mémoire, il est essentiel d'entrer dans des détails
que, pour ne pas fatiguer l'assemblée nationale, on s'était abstenu de mettre
dans la pétition qui lui avait été laissée par les députés de la municipalité,
le 30 mars.
L'ancienne
municipalité de 1787 et le comité de juillet de 1789 unis ensemble ont, à la
fin de janvier 1790, convoqué pour le 8 février suivant une assemblée générale
de la commune, pour la formation d'une nouvelle municipalité. Cette assemblée
ne put avoir lieu, par le trouble qu'y apportèrent des personnes étrangères,
apostées par les ennemis de l'ordre et de la paix, qui firent entendre que les
formalités n'avaient pas été scrupuleusement remplies. Les habitants assemblés,
trompés par des assertions que
- 55 -
pourtant des certificats
démentaient, ne voulurent souffrir aucune formation nouvelle de la municipalité
; et celle qui subsistait, n'ayant pu se faire entendre, se retira pour rédiger
procès-verbal, dont elle adressa sur-le-champ une copie à Monsieur le président
de l'assemblée nationale.
L'assemblée
tumultueuse, qui avait ainsi contraint la municipalité à se retirer, continua
sa séance sous la présidence du principal auteur du trouble, dressa
procès-verbal des motifs qui l'avaient engagée à ne pas laisser former la
nouvelle municipalité et enjoignit à l'ancienne de faire de nouveau publier et
afficher les décrets et de convoquer la commune pour un autre jour.
Comme l'assemblée
nationale se trouvait saisie de la connaissance de ce fait particulier par
l'envoi de ces deux procès-verbaux, les municipaux attendaient avec respect ses
ordres ultérieurs, lorsque, n'en recevant pas et considérant que le retard
résultant de leur attente préjudiciait déjà au recouvrement des impositions,
ils ont cru devoir faire de nouveau publier et afficher les décrets et convoquer
la commune pour le vendredi 26 mars 1790.
Cette nouvelle
convocation a été si authentique qu'il n'est, plus resté aux auteurs du premier
trouble l'espoir de rompre l'assemblée indiquée par les moyens qu'ils avaient
déjà employés. Ils ont dressé un autre moyen de batterie. Ils ont profité de ce
que des murailles, destinées par l'ancien régime à asservir à l'impôt des
entrées de Paris les cinq sixièmes de la paroisse de Montmartre, étaient
commencées sur son territoire et paraissaient devoir, un jour diviser cette
commune en haut et bas Montmartre ; ils sont parvenus à persuader à un petit
nombre d'habitants de cette partie du haut, qu'il était de leur intérêt de
s'éloigner de ceux du bas de Montmartre.
Aveuglé par l'appât
d'un bénéfice éventuel, ce petit nombre d'habitants s'est cru en droit de
former un comité provisoire. Ce comité, par ses démarches et ses menées
sourdes, a gagné la faveur de se faire adresser directement, depuis environ
quinze jours, les décrets de l'assemblée nationale et à en priver l'ancien
corps des représentants de la commune entière : il a plus fait, il a sollicité
et surpris une lettre ministérielle qui l'a autorisé à convoquer une assemblée
d'habitants de la partie du haut de Montmartre pour la formation d'une
municipalité provisoire ; et il
s'est cru si bien et
- 56 -
si légalement constitué, qu'il a
osé faire signifier aux représentants légitimes de la commune des protestations
et des déclarations d'illégalité contre l'assemblée, par eux convoquée pour le
26 mars. Enfin ce comité provisoire a
convoqué une assemblée des habitants du haut pour le 29 mars, pour la formation
de la municipalité provisoire.
Cependant la commune,
légalement convoquée, s'est assemblée le vendredi 26 mars, quoique des troupes
à pied et à cheval fussent venues de Paris sur le territoire de Montmartre, et
parties jusques aux portes de l'église paroissiale à la réquisition de ce
comité provisoire, qui avait espéré que la présence de ces troupes suffirait
pour empêcher une assemblée de commune légalement convoquée par les seuls
officiers qui en eussent le pouvoir et le droit.
Dans cette assemblée
du 26, la nouvelle municipalité a été formée ; elle a prêté serment, et, dès le
27, elle s'est mise en activité.
Son premier soin a
été de faire une démarche auprès du ministre pour l'éclairer sur des faits
qu'elle présumait qu'on lui avait mal présentés, lui dire qu'elle ne croyait
pas que par une lettre il eût autorisé une petite portion de commune à se
séparer du reste et à s'organiser en municipalité provisoire, puisque c'était porter atteinte aux décrets de
l'assemblée nationale et qu'il serait étonnant qu'une petite commune d'environ
4,000 âmes eût deux municipalités.
Les députés vers le
ministre n'ont pas été peu surpris de s'entendre confirmer l'existence de
cette lettre et de s'entendre dire que cette portion d'habitants du haut de
Montmartre avait le droit de faire ce qu'elle faisait.
Vainement lui a-t-on
représenté que rien ne pouvait être plus dangereux que deux corps égaux en
pouvoir subsistassent dans une commune ; que tous les désordres en
seraient la suite ; que les habitants inscrits sur le même rôle des
tailles se croiraient dispensés de payer leurs impositions, sous prétexte
qu'ils ne seraient pas tous de la même municipalité ; enfin que la
rivalité, qui subsisterait nécessairement entre les officiers, ne pourrait que
jeter le trouble et la désunion entre des habitants dont les intérêts ont
toujours été communs, qui toujours ont partagé entre eux les charges, qui n'ont
jamais eu qu'une même paroisse, qu'un même juge, qu'une seule police et qu'un
même rôle d'impositions.
Par toutes ces
considérations, le ministre était supplié de révoquer
- 57 -
la permission qu'il avait donnée
contre la teneur des décrets de l'assemblée nationale ; mais il s'est
constamment refusé à cette demande, sous le prétexte qu'incessamment la
portion désignée sous le nom de bas de Montmartre allait faire partie de la
capitale.
Tel est l'état
d'incertitude où se trouve la commune, et l'embarras de sa nouvelle
municipalité ne peut être plus grand. Obligée de défendre les droits de ses
commettants, de veiller au maintien de l'ordre et à la perception des impôts,
devenue si nécessaire dans ces moments critiques, elle a cru devoir porter ses
réclamations à l'auguste Assemblée nationale.
La commune a
légalement formé une nouvelle municipalité. Tous les préliminaires ont été
scrupuleusement remplis et conséquemment cette municipalité doit subsister
seule et unique, jusqu'à ce qu'il ait plu aux représentants de la nation
d'opérer la division du territoire de Montmartre ; ainsi donc, la municipalité
provisoire, formée pour la sixième partie de la commune, contre la teneur des
décrets et sur une simple autorisation ministérielle, doit être déclarée
illégalement constituée.
La division future
que l'on suppose de la majeure partie de la paroisse de Montmartre, pour
agrandir la capitale, ne peut être un titre assez puissant pour se porter à
commettre une infraction aux décrets ; et quand cette division aurait lieu dès
demain, il n'en serait pas moins vrai que l'on a méconnu l'autorité de la puissance
législative qui réside dans l'Assemblée nationale seule.
Mais cette division
au territoire, désirée depuis longtemps par les agents du fisc, pourra bien ne
s'opérer jamais, puisque l'intention décidée des représentants de la nation,
est de protéger les propriétés et que l'existence de la nouvelle enceinte de
Paris, si une fois elle avait lieu, porterait une atteinte ruineuse à des
propriétés sacrées.
Il n'est pas question
ici du seul intérêt de la paroisse de Montmartre ; il n'est pas non plus seulement
question de l'intérêt de toute la banlieue de Paris, mais encore de toute la
prévôté et vicomté composée d'environ six cents paroisses qui, dans leurs
cahiers ont demandé que Paris restât enfermé dans ses anciennes limites,
demande réitérée dans le cahier même de la ville de Paris.
En effet, l'ancien
régime n'a pas eu plutôt conçu le projet destructeur de ces murailles et
carrières dispendieuses, que le conseil
- 58 -
du roi a reçu de toutes parts des
oppositions motivées et des réclamations d'un nombre infini de propriétaires
et de communes entières dont ces barrières devaient nécessairement opérer la
ruine.
Il n'est donc rien de
si incertain que la division future de la paroisse de Montmartre, qui sert
aujourd'hui de prétexte à une véritable scission de la sixième partie de ses
habitants des cinq autres sixièmes.
Il est vrai que pour
déterminer l'Assemblée nationale à décréter ce que l'ancien ministère avait
conçu, on a cherché à lui persuader que, dans l'existence de ces nouvelles, la
ville de Paris ne doit plus compter sur un si grand produit des droits
d'entrée, attendu la fraude qui se fait avec barrières aucunes actuellement
existantes.
Mais, si l'on avait
précédemment conçu le projet de tout envahir, on n'exagérerait pas tant la
fraude qui se fait par les anciennes barrières ; on dit plus : on ne la
favoriserait pas. La fraude a existé de tout temps, lorsque des impôts
excessifs ont présenté des gains énormes aux fraudeurs et aux surveillants de
la fraude, très mal payés et très mal traités ; car, on ne peut se le
dissimuler, la plus considérable se fait à barrière ouverte.
RÉSUMÉ
La nouvelle
municipalité de Montmartre supplie l'Assemblée nationale de considérer que la
commune a religieusement exécuté ses décrets, qu'elle s'est donné une
municipalité légalement formée ; qu'elle n'a qu'une seule paroisse, qu'une
seule juridiction, qu'une seule police, qu'un seul rôle de taille et
vingtièmes, et que par conséquent, tant que les cinq sixièmes de cette commune
n'appartiendront point à une autre paroisse, elle ne peut souffrir dans son
sein un second corps municipal, qui y jetterait le trouble, empêcherait la
perception des impôts, corps en un mot absolument inconstitutionnel, que
l'Assemblée nationale ne peut tolérer.
Le Comité de constitution
est chargé du rapport. copies des pièces suivantes y ont été réunies :
1° Certificat de la
publication des décrets ;
2° Certificat de
l'affiche de ces décrets ;
3° Procès-verbal du
trouble apporté à l'Assemblée du 8 février 1790 ;
- 59 -
4° Procès-verbal
dressé par cette assemblée après la retraite de la municipalité ;
5° Certificat de la
nouvelle publication des décrets ;
6° Certificat de
l'affiche de ces décrets ;
7° Protestation faite
par le prétendu comité provisoire nouvellement
formé au haut de Montmartre ;
8° Procès-verbal de
la formation de la nouvelle municipalité ;
9° Pétition à
l'Assemblée nationale remise le 30 mars 1790 ;
***
SUR
DE
CLIGNANCOURT
Ris Paquot (1), qui donne 1775 comme date de fondation de cette fabrique
de porcelaine, semble être en désaccord avec Thiéry (2) et Émile de la Bedollière (3) qui assignent 1771 comme origine de l'établissement de cette
manufacture.
Cette différence de
date vient probablement de ce que, bien que cette fabrique ait été réellement
établie en 1771, Deruelle, son fondateur, n'en fit la déclaration qu'en 1775.
Ce fut à cette époque que Monsieur, frère du roi, comte de Provence et depuis
Louis XVIII, la prit sous son patronage.
Faisons remarquer à
ce sujet que l'erreur faite par Michel de
(1) Ris Paquot, Dictionnaire des Marques et
Monogrammes ; Paris, 1879, 1 vol. in-12.
(2) Thiéry, Guide des amateurs et des voyageurs
étrangers à Paris ; Paris, 1787, 2 vol. in-12, t. I, p. 467.
(3) Emile de la Bedollière, le Nouveau Paris, Histoire de ses 20 arrondissements ; Paris, Barba, 1
vol. in-4°, s, d., p. 286.
- 60 -
Trétaigne qui
attribue au comte d'Artois le protectorat, est reproduite dans le grand
Dictionnaire Larousse, à l'article Clignancourt.
La
première marque, dit Jacquemart (1), celle du Moulin en rouge ou en bleu, employée
pendant les neuf premiers mois se trouve sur des pièces déjà fort remarquables
par la beauté de la pâte et la grâce des peintures.
Or
suivant Ris Paquot cette marque ne s'employa qu'en 1775 (2).
Quelle
fut celle qui servit de 1771 à 1775 ?
Moitte
sur lequel Ris Paquot se tait dans son dictionnaire des noms des propriétaires,
directeurs, etc., succéda à Deruelle dans le courant de l'année 1776 et il y a
lieu, avec Jacquemart de voir dans
Mais
le document suivant qui nous a été communiqué par M. Lucien Lazard prouverait
que si Moitte succéda à Deruelle en 1776, ce dernier ou son fils avait, quelque
temps après, repris la direction de la Manufacture.
Voici
cette pièce (3).
BAILLAGE DE
MONTMARTRE
RÉFÉRÉS
10 avril 1786
Baldoureau
propriétaire d'une maison à Clignancourt, contre Desruelle architecte,
manufacturier de porcelaine de Monsieur : pour payement de loyer ou expulsion (4).
Il
est donc à supposer qu'à cette époque, et malgré le patronage de Monsieur,
frère du roi, la prospérité de la manufacture était à son déclin, et que ce ne
fut pas bien longtemps après que la fabrication s'arrêta.
Nous
n'avons encore rien retrouvé sur l'époque à laquelle
(1) A.
Jacquemart, Histoire de la Céramique
; Paris, 1873, 1 vol in-8°.
(2) Ris Paquot, loc.
cit., p. 262.
(3) Arch. Nle Z2 2428.
(4) Il est à
remarquer la différence d'orthographe du nom que Jacquemart, Ris Paquot, etc.,
écrivent Deruelle et la qualification d'architecte que nous trouvons ici pour
la première fois.
- 61 -
prit fin l'exploitation de cette
fabrique : Michel de Tretaigne (1) dit d'après les extraits du
registre des délibérations de Montmartre 9 messidor an III (Archives de l'Hôtel
de Ville) que cet établissement existait encore en 1795 au n° 35 de
En 1787, le magasin
ou dépôt des porcelaines de la manufacture était situé à Paris au coin de la
rue des Petits-Champs et de
Cette porcelaine,
dont on peut voir quelques pièces au Musée des Arts décoratifs et au Musée de
Sèvres, appartient à la famille des pâtes dures, et se trouve classée parmi les
plus anciennes.
Ces pièces, de la
plus grande rareté aujourd'hui, sont généralement ornées de petits bouquets
polychromes et rehaussées de bordures ou filets d'or.
Ce sont, dit Charles
Sellier (4), des imitations sinon des contrefaçons
de Sèvres.
Emile de la
Bedollière (5) rappelle que les bénitiers de la
seconde église abbatiale sortaient de cette fabrique et que Deruelles fils (6) les avait surmontés d'un groupe d'anges de sa composition.
Nous reproduisons
ci-après les onze marques figurées par Ris-Paquot dans son dictionnaire des
Marques et Monogrammes, et les notes qu'il donne sur Clignancourt.
Maurice ARTUS.
(1) Léon-Michel de Trétaigne, Montmartre et Clignancourt, Paris ;
Benjamin Duprat, 1862, 1 vol. in-8°,
p. 235.
(2) Charles Sellier, Curiosités de Montmartre : les Moulins à
vent, la Porcelaine de Clignancourt, le Mont Marat ; Paris, 1893, une
broch. in-12.
(3) Thiéry, loc. cit., t. I,
p. 212.
(4) Charles Sellier, loc. cit.
(5) Emile de la Bedollière, loc. cit.
(6) Ce qui laisserait supposer
que le fils Deruelles fut aussi directeur. C'est peut-être de lui qu'il est
question dans l'acte de 1786 cité plus haut. Il aurait donc succédé à Moitte.
- 62 -
EXTRAITS
DE L'OUVRAGE DE RIS-PAQUOT
CLIGNANCOURT, près Paris. Fabrique fondée en 1775
par Pierre Deruelle (Clignancourt) en rouge, en toutes lettres, avec un M en
bleu (1).
DERUELLE (Pierre), fondateur de la
fabrique de porcelaine pâte dure de Clignancourt, en 1775.
Fabrique patronnée
par Monsieur, frère du Roi (depuis Louis XVIII).
MONSIEUR (plus tard Louis XVIII).
Protecteur de plusieurs établissements céramiques, au nombre desquels se
trouvent ceux de Savy à Marseille et la fabrique de porcelaine de Clignancourt.
Il y eut aussi la
fabrique de porcelaine de Monsieur (frère du roi).
MARQUES
Fig. 3 2378. - A. P. (2) Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.
Fabrique
fondée par Deruelle en 1775 ; cette marque ne s'employa qu'en 1775.
***
Fig. 4 2379. - A. P. Pâte dure de
Clignancourt-Montmartre.
Fabrique
fondée par Deruelle en 1775 ; cette marque ne s'employa qu'en 1775.
***
Fig. 5 217.
- A. P. Pâte dure de
Clignancourt-Montmartre.
Fabrique
sous la protection de Monsieur, frère du Roi, 1776.
Pierre Deruelle, fabricant.
2e
marque.
***
Fig. 6 218. - A. P. Pâte dure de Clignancourt, Paris.
Fabrique
dite de Monsieur, frère du Roi (3), 1775. Pierre Deruelle,
fabricant (4).
(1) Cette marque n'est pas
reproduite dans l'ouvrage de Ris-Paquot.
(2) A. P., ancienne
porcelaine.
(3) Comte de Provence ;
depuis Louis XVIII.
(4) Musée de Sèvres (les
- 63 -
Fig. 7 1317.
- A. P. Pâte dure de
Clignancourt, Paris.
Fabrique
dite de Monsieur, frère du Roi, 1776. Pierre Deruelle, fabricant (1).
***
Fig. 8 1361.
- A. P. Pâte dure de
Clignancourt-Montmartre.
Fabrique
sous la protection de Monsieur, frère du Roi (Louis-Stanislas-Xavier) (2), depuis 1776.
Marque
représentant ses initiales L. S. X. Pierre Deruelle, directeur.
***
Fig. 9 1362. - A. P. Pâte dure de
Clignancourt-Montmartre.
Fabrique
sous la protection de Monsieur, frère du Roi (Louis-Stanislas-Xavier) (2) depuis 1776.
Marque représentant ses initiales L. S. X. Pierre Deruelle,
directeur.
***
Fig. 10 1399.
- A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.
Fabrique dite de Monsieur, frère du Roi, comte de Provence.
Pierre
Deruelle, directeur en 1776.
3e
marque.
***
Fig. 11 1389.
- A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.
Fabrique sous la protection de Monsieur, frère du Roi, 1776.
Moite, successeur de
P. Deruelle.
***
Fig. 12 1400.
- A. P. Pâte dure
de Clignancourt-Montmartre.
Fabrique
sous la protection de Monsieur, frère du Roi, 1776.
Moitte,
successeur de P. Deruelle.
***
Fig. 13 1401-1402. - A. P
Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.
Marque
de Moitte, successeur de P. Deruelle.
(1) Cette marque est une
imitation exacte de celle de la pâte tendre de Vincennes de l'année 1754 (en
bleu).
(2) Prénoms du comte de
Provence.
- 64 -
MONTMARTRE
EN 1844
Opposer le Montmartre
de 1844 à celui de 1897 nous a paru intéressant. A cet effet, nous donnons un
tableau de Montmartre en 1844, tableau dressé par Girault de Saint-Fargeau,
dans son dictionnaire des communes de la France, édité à cette époque.
………………………………………………………………………………………………
Le bourg de
Montmartre est dans une situation remarquable et très pittoresque, sur la
montagne de son nom, d'où l'on découvre, dans toute son étendue, la ville de
Paris et ses gracieux environs. Cette montagne gypseuse fournit une masse
énorme de plâtre et produit à elle seule plus des trois quarts de ce qui est
nécessaire pour
………………………………………………………………………………………………
On voit à Montmartre,
ainsi qu'aux alentours, plusieurs maisons de campagne, quantité de guinguettes
et beaucoup de moulins à vent. Entre Montmartre et Saint-Ouen se trouve une
glacière artificielle, établie d'après un principe ingénieux.
Montmartre possède un
établissement philanthropique digne de figurer à côté des plus célèbres de la
capitale, et connu sous le nom d'Asile de la Providence ; c'est une espèce
d'hospice, placé dans une grande et belle maison, accompagnée d'un vaste
jardin, dans lequel on reçoit et l'on entretient cinquante à soixante
vieillards des deux sexes. La moitié de ce nombre paye en entrant une modique
pension ; les autres sont entretenus gratuitement.
Montmartre a pour
annexe le hameau de Clignancourt, qui est situé à l'est et au pied de la
montagne. - Son territoire est entouré par ceux des Batignolles-Monceaux, de
Clichy-la-Garenne, de Saint-Ouen et de
- 65 -
VUE DE MONTMARTRE VERS 1844 (versant
Nord). Reproduction d’une estampe de
- 66 -
rieurs de Paris, devant les
barrières du faubourg Saint-Denis, Poissonnière, de Rochechouart, des Martyrs,
Pigale, Blanche et de Clichy. Le village est disséminé sur toute la montagne,
mais principalement sur le sommet et la pente méridionale jusqu'aux boulevards
extérieurs. Il n'est pas de commune, aux environs de Paris, qui offre plus de
changements et d'améliorations, qui atteste davantage le progrès en tout
genre. - Le quartier Montmartre, en face de l'abattoir de ce nom, s'appelle
village d'Orcel, parce qu'il fut commencé, il y a environ cinquante ans, par un
spéculateur qui se nommait Orcel, et qu'il était alors assez éloigné des autres
habitations. - Montmartre s'est non moins accru du côté des barrières Pigale,
Blanche et de Clichy. Là, un vaste quartier s'est élevé depuis une dizaine
d'années. - L'ancienne partie du village occupe le sommet de la montagne et
s'améliore aussi rapidement par les sages dispositions prises par son
embellissement. - Deux places publiques s'ouvrent l'une au sommet, près de
l'église, l'autre à mi-côte, près des restes de l'ancienne abbaye. La première
s'appelle place du Tertre ; la seconde, place de l'Abbaye. Sur l'un des
côtés de celle-ci, le, maire, secondé par le conseil municipal, a récemment
fait élever la nouvelle mairie, bâtiment considérable et d'une belle apparence.
La situation de
Montmartre le privait naturellement d'eaux abondantes, par conséquent des avantages
nombreux qui en résultent. Il possédait jadis plusieurs sources, qui ont été
successivement taries par l'exploitation des carrières. Quelques-unes existent
encore sur le revers de la montagne au nord, mais dans un tel état d'appauvrissement
qu'elles ne sont plus d'aucune utilité.
L'église de
Montmartre, l'un des monuments les plus curieux du département de la Seine, est
du XIIe siècle ; elle conserve encore des traces de son
origine, surtout dans quatre colonnes, qu'on eut
- 67 -
la maladresse de peindre au lieu
de les laisser dans leur état naturel. Placée au lieu le plus élevé de la
montagne, on l'aperçoit de loin et de toutes parts. L'autorité supérieure a
profité de cette situation favorable : elle a fait construire sur une partie de
l'église une tour et un télégraphe qui, à cette hauteur, peut correspondre avec
tous les points d'une immense horizon.
………………………………………………………………………………………………
Deux cimetières sont établis dans a commune. L'ancien,
situé près de l'église, est fermé depuis longtemps, excepté aux familles des
concessionnaires à perpétuité. Le nouveau est ouvert sur le revers de la
montagne, au nord. - L'un des grands cimetières de Paris se trouve aussi dans
la commune ; il est principalement destiné aux cinq arrondissements du
nord de
L’ÉGLISE SAINT-PIERRE-DE-MONTMARTRE, VERS
1844.
Reproduction d’une estampe de
- 68 -
Montmartre
possède l'un des principaux théâtres de la banlieue de Paris ; il est situé au
village d'Orcel, en face de l'abattoir, précédé d'une jolie place et d'une
petite promenade.
La fête patronale de
Montmartre est celle de saint Pierre, 29 juin ; on la célèbre le dimanche suivant
sur le plateau de la terrasse, qui est près de l'église.
Patrie du capitaine BONSERGENT, l'un des plus valeureux soldats
des armées françaises.
Fabriques de tulle,
savon vert, toile cirées, instruments de marine, tapis peints et vernis, encres
et produits chimiques. Fonderie de bronze. Maison de santé. Pension pour l'un
et l'autre sexe.
Le Gérant : L. BERTRAND aîné.
- I -
ACTES
DE LA SOCIÉTÉ
APPENDICE
PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU «
VIEUX MONTMARTRE »
SÉANCE DU VENDREDI 2 AVRIL 1897.
Présidence de M. JULES MAUZIN, Vice-Président
Le président prononce
l'oraison funèbre de M. Rodolphe Salis.
M. Lazard propose -
et prend à sa charge toutes les dépenses y afférentes - de demander à
l'association des étudiants l'aide de ses photographes, pour la reproduction
photographique de toutes les estampes intéressant Montmartre, faisant partie du
fonds dit : la topographie de la France, au Cabinet des Estampes. M. Lazard
estime, avec raison, que notre société peut avoir à sa disposition pour ce
moyen, une série de clichés devant constituer une réserve précieuse pour
l'illustration de nos fascicules.
La proposition de M.
Lazard est adoptée. Une commission, composée de MM. Lazard, Gaston Duval,
Bournon et Sellier, est nommée à l'effet de procéder au choix judicieux de ces
vues et plans montmartrois.
M. Lazard donne
lecture d'une note sur la fortification de Montmartre en 1556.
Dons de MM. Breuillé,
Gaignettes, Meusy, Delcourt, Artus, Mauzin, Létourneau, Heusch, Pierre de
Saint-Victor, Farget.
Membre nouveau : M.
Henri Goutherot.
Démissionnaire: M.
Dieder.
***
SÉANCE DU VENDREDI 7 MAI 1897.
Présidence de M. JULES MAUZIN, Vice-Président
M. Delcourt fait
connaître l'état des négociations en cours pour la conservation de l'église
Saint-Pierre. A cette occasion, M. Delarbre informe l'assemblée que M. Lécuyer
serait le promoteur d'une souscription ayant pour but la conservation et la
réfection de l'église.
Le président donne
lecture d'une lettre de M. Wiggishoff, faisant connaître que la propriétaire du
terrain de
- II -
Montmartre ». M. Wiggishoff,
qui a fait prendre une copie exacte de l'inscription gravée sur cette pierre,
en envoie le texte suivant :
Sous la conduite de
Rouault, me maçon cette
Pierre
a été posé (sic) par
M.
D. Billaut pour Me
Boisoux propriétaire le 13 juillet
1785.
M. Wiggishoff
rappelle que cette pierre a été retrouvée en Mars 1897, lors de la démolition
des immeubles du passage des Deux-Nethes.
Dons de MM. Heusch,
Delcourt, Wiggishoff, Meusy, Lauc, Lamquet, Mauzin. Membres nouveaux : MM.
Abel, Laurentie, Georges Montorgueil, Deladouespe.
***
SEANCE DU VENDREDI 5 JUIN 1897.
Présidence de M. WIGGISHOFF, Président
A propos de la
publicité faite au « Vieux Montmartre » par la presse parisienne, publicité qui
doit servir d'encouragement à la Société, une discussion est ouverte, dont les
conclusions sont les suivantes : Insister auprès des amis du « Vieux
Montmartre » disposés à traiter de son œuvre dans les colonnes de leurs
journaux, sur le caractère plus spécial d'archives à attribuer à ses
collections ; faire ressortir qu'elles constituent un très important dépôt de
documents plutôt qu'un musée proprement dit.
M. Monin donne
lecture d'une note sur le coup d'Etat de 1852 à Montmartre.
Dons de MM. Compan,
Meusy, Legrand, Lamquet, Heusch.
Membres nouveaux :
MM. Labat, Hermitte, Cendrier, le docteur Weill.
***
SÉANCE DU VENDREDI 2 JUILLET
1897.
Présidence de M. WIGGISHOFF, Président
M. Lamquet demande
s'il n'appartient pas au « Vieux Montmartre » d'appuyer la pétition relative à
l'achat, par la ville de Paris, de la propriété de Michel de Tretaigne, pour y
installer un square. Ce vœu est adopté.
M. Lazard donne
communication d'un prospectus, portant, reproduit par la gravure, le projet de
constructions à élever sur le périmètre circonscrit par les rues Lécuyer, Ramey
et Bachelet, projet préalablement dénommé : cité Clignancourt. Bien que ce
projet n'ait point été mis à exécution, il paraît assez intéressant pour qu'on
en reproduise la vue par
M. Sellier demande la
publication, en un prochain fascicule, de l'acte de vente de l'Abbaye, en
raison de l'intérêt qu'il y aurait de connaître les noms des acquéreurs. Cette
publication est décidée.
M. Gaignettes demande
s'il serait possible de rétablir l'inscription placée par les soins du « Vieux
Montmartre » au bas de la croix de l'ex-cimetière de
- III -
La demande de M.
Gaignettes est prise en considération.
Dons de MM. Ogier,
Lamquet, Galliot, Wiggishoff.
Membre nouveau : M.
Hamon.
***
SÉANCE DU VENDREDI 6 AOUT 1897
Présidence de M. WIGGISHOFF, Président
Le Ministère de
l'Instruction publique nous adresse dix exemplaires du programme du 36e
Congrès des Sociétés savantes, et invite le « Vieux Montmartre » à
participer aux travaux de ce Congrès, qui s'ouvrira le 12 avril 1898.
M. Gaston Duval
propose de donner la chronologie des maires de Montmartre, en même temps que la
biographie de Félix Desportes. Il donne ensuite lecture d'une note relative au Quadragésimal spirituel et au Nouveau
Testament, deux ouvrages ayant appartenu à la bibliothèque de l'Abbaye et
inscrits au catalogue de
M. le docteur Fourès
donne lecture d'une note relative à l'agrandissement de
Dons de MM.
Wiggishoff, Meusy, Gaston Duval,
Membre nouveau : M.
Robinet.
Membre démissionnaire
: M. Porée.
***
SÉANCE DU VENDREDI 3 SEPTEMBRE
1897.
Présidence de M. WIGGISHOFF, Président
M. Lazard signale un
article de Théophile Gauthier, dans le Moniteur,
année 1855, en lequel, à propos des carrières de Montmartre, il est dit : «
Ce vaut l'œuvre de Hoguet, le peintre de Montmartre. » D'autre part, Maxime du
Camp, traitant de l'art hollandais, signale également ce peintre. Or, à la
connaissance de M. Lazard, il n'existe rien de ce peintre, sur Montmartre, dans
les collections publiques. Notre collègue prie les membres de la Société de
bien vouloir lui signaler les œuvres montmartroises de cet artiste que le
hasard leur ferait découvrir. Il donne lecture d'une note sur le projet qu'on
eut de détruire par le feu en 1575, les constructions sur la butte, à
l'occasion de la marche, sur Paris, des reîtres du duc d'Alençon. Enfin, il
signale l'existence, aux archives de la Seine, de quatre cartons relatifs à
l'asile de la Providence.
M. Delcourt donne
lecture d'un extrait de l'article de Girault de Saint-Fargeau, dans son
Dictionnaire des Communes, sur Montmartre, à la date de 1844.
Dons de MM. Barbier,
Meusy, Fourès, Wiggishoff, Bournon.
SOUS PRESSE
les 3e
et 4e fascicules de l’année 1897.
10-12-7. –
Tours, imp. E. ARRAULT et Cie, 6, rue de la Préfecture.