RETOUR 

 

 

 

« LE VIEUX MONTMARTRE »

 

SOCIÉTÉ D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DU XVIIIe ARRONDISSEMENT

 

 

31e FASCICULE - (DEUXIÈME TRIMESTRE) 1897

 

SOMMAIRE : Les derniers jours de Marguerite Langlois, par Lucien LAZARD. - Acte de vente de l'Abbaye de Montmartre. - Le Chœur des Dames, par Alexis MARTIN. - La lutte des deux Montmartre. - Sur la vieille porcelaine de Clignancourt, par Maurice ARTUS. - Montmartre en 1844.

 

MEMBRES DU BUREAU

Président honoraire : MM.    Félix JAHYER, O. I. .

Président :                              WIGGISHOFF.

1er Vice-Président :                 Jules MAUZIN.

2e Vice-Président :                  Dr FOURÈS.

Secrétaire général :                Pierre DELCOURT, O. I. .

Secrétaire adjoint :                 HUTPIN.

Archiviste :                             Fernand BOURNON, O. I.

Trésorier :                               V. GALLIOT.

 

COMITÉ

Membres honoraires : MM. Amédée BURION, , Félix JAHYER, O. I. .

Membres : MM. L.-A. BERTRAND, Fernand BOURNON, COMPAN, DELARBRE, Pierre DELCOURT, DOUILLET, Gaston DUVAL, Dr FOURÈS, GAIGNETTE, V. GALLIOT, HEUSCH, HUTPIN, JARLET, LAMQUET, LAUC, LAZARD, Georges LEMAIRE, Alexis MARTIN, Jules MAUZIN, MONIN, SELLIER, WIGGISHOFF.

 

Les Séances du Comité ont lieu régulièrement le 1er vendredi de chaque mois, à 8 h. 1/2 du soir, dans la salle des Commissions de la mairie du XVIIIe arrondissement, 115, rue Ordener.

Ces séances sont ouvertes à tous les membres de la Société.

 

Toutes les communications, demandes d'adhésion, d'achats de photogra­phies ou de Bulletins, doivent être adressées au Président de la Société, à la Mairie du XVIIIe arrondissement.

 

Les membres de la Société n'ont droit à l'envoi gratuit du Bulletin qu'à par­tir du jour de leur admission.

 

Prix du 31e Fascicule ………….……………. 1 fr.

12 exemplaires, sur papier de Hollande à la forme, ont été tirés.

Prix de l'Exemplaire …………………………. 2 fr.

 

DÉPÔT DES FASCICULES :

A la librairie du PETIT BIBLIOPHILE, 22, boulevard Rochechouart

ET

A la librairie CHAMPION, 9, quai Voltaire

 

 

 

- 37 -

 

LES DERNIERS JOURS

DE MARGUERITE LANGLOIS

 

 

Montmartre a eu dans notre siècle deux historiens, Chéronnet et Michel de Trétaigne, sans compter un de nos contemporains, l'abbé Jonquet, qui a écrit sur le passé de la butte sacrée une œuvre plutôt d'édification que d'érudition.

Par une heureuse fortune, les livres que nous ont laissés Chéronnet et Trétaigne, loin de se répéter se complètent ; le premier de ces auteurs a consacré son principal effort à l'histoire religieuse, celle de l'abbaye et de la paroisse, le second a surtout décrit les vicissitudes de la commune, son histoire civile.

Dans les notices curieuses et détaillées données par Chéronnet sur chacune des abbesses qui ont gouverné le monastère de Montmartre se trouve l'anecdote suivante, relative à Marguerite Langlois, abbesse décédée en 1503. « Elle (Marguerite Langlois) tomba malade au mois de juin 1503 ; le 7 elle était à la dernière extrémité. Sentant qu'elle allait quitter le monde, elle voulut qu'on lui fît sur le champ un service, comme si elle était décédée ; ce qui fut exécuté. Le service eut lieu les vendredi et samedi 9 et 10. On célébra treize messes pour elle, et le lendemain dimanche de la Trinité, à cinq heures du matin, elle était devant le Seigneur. Ses obsèques eurent lieu le même jour (1). »

C'est, on le voit, l'acte que la légende a faussement attribué à Charles-Quint, retiré au monastère de Yuste, et faisant célébrer de son vivant la cérémonie de ses funérailles. La légende du grand empereur est l'histoire vraie de l'abbesse de Montmartre.

 

(1) Chéronnet.

 

 

 

- 38 -­

Des témoignages contemporains irrécusables nous permettent de connaître dans ses détails la fin curieuse de Marguerite Langlois, de compléter et même de rectifier le récit de Chéronnet : ce sont les extraits du compte de l'abbaye pour l'année 1503, faisant partie de cette précieuse collection des registres de comptabilité conservés aux Archives sous les cotes H 4001 à 4035, qui, du com­mencement du XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle, nous fournissent le tableau le plus fidèle et le plus détaillé de la vie intérieure du monastère.

Marguerite Langlois était tombée malade non au mois de juin, mais dès le mois de février 1503, vieux style. Le vendredi 15 février, souffrant d'un mal qui nous est inconnu, elle recevait la visite de son médecin qui dînait à l'abbaye : en son honneur on faisait l'achat d'une carpe, montant à 2 sous parisis. Trois semaines plus tard, nouvelle visite de médecin et nouvelle carpe pour laquelle le débours s'élève à 3 sous tournois. Cinq semaines après cette seconde visite le mal s'était aggravé : il s'était produit des douleurs de la main. Cette fois on crut nécessaire de faire venir deux mé­decins qui reçurent pour leur salaire et pour des médicaments qu'ils fournirent 12 sous parisis.

Néanmoins, les douleurs de la main ne parurent pas se calmer et huit jours plus tard on fit venir un médecin de Paris. On lui fit d'ailleurs une réception des plus empressées et on lui servit un dîner composé d'un chapon, d'un entredeux de mouton, d'un pâté, le tout arrosé de vins généreux : l'addition se monta à 4 sous parisis et 2 deniers tournois.

Mais la science, assez restreinte sans doute, des médecins avait été impuissante à vaincre le mal dont souffrait l'abbesse : dès lors commence autour de la malade le défilé des empiriques et des charlatans de toute espèce.

C'est d'abord le 9 mai un des jurés de la grande boucherie qui se transporte à Montmartre accompagné de sa femme « pour visiter la main de Madame » ; il prépare des médicaments, dîne d'un pâté de volaille et le tout se solde par une dépense de 63 sous parisis.

Quatre jours se passent ; arrive de Taverny, près Saint-Leu, un nommé Pierre de Larry qui « s'est vanté de garir Madame de sa main », il s'installe à l'abbaye pendant quatre jours, prépare des médicaments et s'en va après avoir coûté 4 livres tournois.

 

 

 

- 39 -

La maladie cependant avait empiré ; non seulement la main, mais le front de l'abbesse étaient garnis de plaies ; on eut recours le 5 juin à un barbier - les barbiers, comme chacun sait, étaient les chirurgiens de cette époque, nommé Jehan de la Cloche. Celui-ci fit un emplâtre pour le front et reçut quatre sous parisis. Le même jour, l'apothicaire du Lyon rouge pour un clystère et pour des oranges touchait 6 sous parisis.

Aux nombreuses souffrances de l'abbesse vint se joindre une fou­lure du bras : on eut recours pour la réduire à un rebouteur de Villetaneuse, nommé Jacques, à qui l'on donna pour ses peines et dépenses 12 deniers parisis.

La fin approchait à grands pas : dans la journée du vendredi 9 juin, on alla chercher à Paris un médecin nommé Etienne, qui, trouvant l'abbesse fort malade, lui fit faire un clystère et lui prépara des drogues.

Le même jour, Marguerite Langlois, ne se faisant plus aucune illusion sur sa fin prochaine, ordonna qu'on fît une partie de son service sa vie durant. On célébra le vendredi 4 messes, le lende­main 10 on en dit neuf. Marguerite Langlois expira le dimanche 11 juin, jour de la Trinité, à cinq heures du matin. On chanta ce même jour trois grandes messes et dit treize messes basses, et son corps fut mis en terre après dîner.

 

L. LAZARD.

 

 

PIÈCES JUSTIFICATIVES

(Archives Nationales H 4004)

 

Vendredi 15 février

(1503 n. s.)

Une carpe pour le médecin de madame............................. ........                                                                        ................................................................................................ 2 s. p.

(fol. 62 r°.)

 

Jeudi 9 mars

Une carpe pour le médecin de madame                  ............                                                                                                                                                                    3 s. t.

(fol. 63 r°.)

 

Jeudi 27 avril 1504

Item ce jour pour deux médecins pour la main de madame pour salaire et médicament                                        ................................................................................................ 12 s. p.

(fol. 65 v°.)

 

Jeudi 4 mai 1504

Le jeudi 4 may pour la venue d'un médecin de Paris pour madame pour donner remêde à sa main ; achaté pour luy un chappon 2 s. p. ung entredeux de mouton 12 d. t. pour la facon du pasté 12 t. en blanc 6 t., une grande dariolle 16 d. p. pour ce.                                                                                                                     4 s. p. 2 d. t.

(fol. 66 r°.)

 

9 Mai 1504

Item ce jour pour ung des jurez de la grand boucherie se transporta à Montmartre pour visiter la main de madame pour ce, pour le disner de luy et de ça femme et pour ses médicaments ung pasté de chappon 11 s. 8 d. en pain 4 d. pour ce.........................................................................................................                                                                        ................................................................................................. 3 s. p.

(fol. 66 r°.)

 

16 mai 1504

Item ce jour payé a ung nommé Pierre de Larry qui a venu de Taverny les Saint-Leu et s'est vanté de garir madame de sa main pour quatre journées venue dudit lieu et ses médicaments chacun jour 16 s. p. pour ce                                    ..................................................................................................                                                       4 l. t.

(fol. 66 v°.)

 

5 Juing 1504

Le lundi 5me juing à Jehan de la Cloche barbier qui estoit venu deux foys à madame qui estoyt fort malade luy feict des emplastres pour son front 4 s. p. A l'appothiquaire du Lyon Rouge pour un clistouere et pour l'orenges 6 s. p              ..................................................................................................                                                                  10 s. p.

(fol. 67 v°.)

 

Mercredi 7 juing 1504

Et ce jour envoyé Jehan Hochereau à Villetygneuse quérir un

 

 

 

- 40 –

 

 

Fig. 1

 

VUE D’ENSEMBLE DES BATIMENTS ET JARDINS DE L’ABBAYE DE MONTMARTRE, AU XVIIIe SIÈCLE.

Fragment d’un plan, conservé aux Archives Nationales, sous la cote N2, série 30.

 

 

 

- 41 -

nommé Jacques qui se melle de... pour visiter madame de son bras reffoullé pour ce, pour ses peines et despens        .................................................................................................. 12 d. p.

(fol. 67 v°.)

 

Vendredi 9 juing

Et ce jour envoyé quérir à Paris ung médecin nommé maistre Estienne... pour visiter madame fort malade, pour sa course de venir a Montmartre baillé demy escu d'or et lui ordonna ung clistère pour ce                                                                                                                                                                                            14. s. p.

Item icelluy médecin luy ordonna certaines drogueries et médecines qu'il fist luy mesmes pour ce                          ................................................................................................ 6 s. p.

Item madame a ordonné faire partie de son service sa vie durant : pour cedit jour pour 4 messes 8 s. p. pour ce  ................................................................................................ 8 s. p.

(fol. 68 r°.)

 

Samedi 10 juin 1504

Le samedi 10 juing pour neuf messes par sadite ordonnance, neuf messes pour ce                                                           8 s. p.

(fol. 68 r°.)

 

Dimanche 11 juin 1504

Le dimenche unze le jour de la Sainte Trinité, Madame a rendu son esperit à NRE Seigneur à matin environ cinq heures.

Item ce jour baillé au             de la paroisse pour la biere en quoy elle fust enterrée                                                                                                 8 s. p.

Item cedit jour pour avoir faict son service pour trois haultes messes et XIII basses pour                                     ............................................................................................... 30 s. p.

Et cedit jour appres disner le corps de ladite dame fut enterré et inhumé, etc.

 

 

 

- 42 -

 

ACTE DE VENTE

DE

L'ABBAYE DE MONTMARTRE

 

 

La pièce publiée, dans notre fascicule est l'affiche de vente des bâtiments de l'abbaye et du prieuré de Montmartre adjugés aux enchères le 24 floréal an II (24 mai 1794). On n'y a joint aucune observation, désirant laisser aux historiens et aux topographes de Montmartre le soin d'y puiser les renseignements qu'elle peut contenir. On s'est borné à ajouter au bas de chacun des dix articles de la vente les sommes payées par les acquéreurs. On fait remarquer également que l'église mise en vente est celle de l'abbaye, construite au XVIIe siècle, et que Saint-Pierre de Montmartre n'a jamais, sous la Révolution, fait l'objet d'aucune adjudication.

L. L.

 

 

DÉPARTEMENT DE PARIS

 

DISTRICT DE FRANCIADE

 

Biens nationaux à vendre

 

ADJUDICATION DÉFINITIVE

 

Le quartidi 24 floréal, l'an 2 de la République une et indivisible
10 heures du matin

 

On fait savoir que le quartidi 24 floréal de l'an deuxième de la République Française une et indivisible, dix heures du matin, au lieu ordinaire des séances

 

 

 

- 43 -

du directoire du district de Franciade, à la requête du président du directoire du département de Paris (auquel département copie de la présente affiche a été envoyée) poursuite et diligence de l'Agent National près l'Administration du district de Franciade, fondé de pouvoir dudit président, il sera procédé, par devant les citoyens administrateurs du directoire dudit district de Franciade, à l'adjudication définitive des Biens Nationaux ci-après détaillés, en présence de deux commissaires de la municipalité du Mont-Marat, dans le ressort de laquelle lesdits Biens sont situés, ou eux duement appelés par cet effet, par la présente affiche, pour être, lesdits biens, vendus et adjugés définitivement au plus offrant et dernier en­chérisseur, en exécution des décrets de l'Assemblée Nationale, sous les formes et aux conditions y portées.

 

 

CANTON DE CLICHY


MUNICIPALITÉ DU MONT-MARAT

 

ARTICLE PREMIER ET UNIQUE

 

Le ci-devant couvent de l'Abbaye de Mont-Marat, cours, basses-cours, jardins et dépendances.

La totalité de cette propriété non compris la partie qui étoit destinée à un presbytère et qui est demandée par la commune de Montmarat pour y établir des écoles primaires, contenant environ VINGT-NEUF ARPENS ET DEMI, est divisée en six lots distingués par des teintes différentes au plan annexé au procès-verbal d'estimation.

Ces lots seront séparés par des murs de clôture, construits à frais communs, et aux us et coutûmes du pays, entre lez acquéreurs de chaque lot, chacun pour ce qui le concerne; il en sera de même des bouchemens d'anciennes commu­nications d'un lôt à un autre. Les acquéreurs des 3e, 4e et 5e lots seront en oûtre tenus à faire à leurs frais la totalité des murs de clôture qui les séparent du terrein réservé pour les écoles publiques, aussi chacun pour ce qui le concerne. Tous ces murs seront mitoyens.

Les murs de clôture seront terminés dans les six mois, à compter du jour de l'adjudication du dernier lot. Les bouchemens d'anciennes bayes à supprimer, pour ôter les communications d'un lôt à un autre, seront effectuées dans les deux mois à partir de ladite époque.

Aucune partie de cette propriété n'est louée à bail. Il y a quelques parties de bâtiments et terreins loués à l'année, qui expirera le 21 brumaire prochain.

Il arrive des eaux du dehors dans quelques lots ; les conduits en sont dégradés ; on n'en garantit pas la quantité ; les acquéreurs, s'ils veulent en jouir, feront tous les genres de frais nécessaires pour cela, sans prétendre d'indemnités.

 

 

PREMIER LOT

 

La maison ci-devant dite du bailliage et dépendances, contenant en superficie environ un tiers d'arpent ; tenant du midi et du levant au troisième lot ; du nord

 

 

 

- 44 -

au second lot ; du couchant au quinconce commun aux 1er, 2e et 3e lots qui leur sert d'entrée.

Le principal bâtiment de ce premier lot est composé de souterrains, rez-de-chaussée, entresol, premier et second étage carrés, comble couvert en tuiles ; le tout distribué en cuisine, chambres à cheminées et cabinets. Au bout est une remise ; il y a en sus deux poulaillers et un petit jardin.

Ledit lot est en partie clos de murs ; ce qui en reste à faire sera mitoyen et fait à frais communs avec les deuxième et troisième lots, chacun pour ce qui le concerne.

Les boiseries de l'ancien greffe et celle des autres pièces sont exceptées.

Ce premier lot, tel qu'il se comporte, aux dites charges et conditions, estimé sept mille cinq cent livres, ci                                                7.500 l.

­« Adjugé 18.600 l. à Pierre Richard, plâtrier, rue Rochechouart. »

 

 

DEUXIÈME LOT

 

La ci devant basse-cour et dépendances, contenant environ deux arpens ; tenant du midi au premier lot et au quinconce par lequel sera l'entrée des 1, 2 et 3e lots, du nord au citoyen Remy ; du levant au troisième lot et en hache au premier lot ; du couchant audit citoyen Remy.

Ce lot est en majeure partie clos de murs. Le surplus sera fait en mitoyenneté et à frais communs avec les 1er et 3e lots, chacun pour ce qui les concerne, ainsi que les bouchemens d'anciennes communications à supprimer.

Le principal bâtiment de ce 2e lot consiste en caves, rez de chaussée, entresol, premier étage, comble au dessus couvert en tuiles, le bas est distribué en cuisines, écuries, remises ; le haut est un grand nombre de chambres à che­minées, avec partie des boiseries, alcoves, cabinets, etc.

Il y a en sus un bâtiment ayant écurie, remise, étable, chambre à cheminée, et grenier au dessus.

Et un autre petit bâtiment servant de serre.

Les cours sont en grande partie pavées en grais.

Il y a un abreuvoir pavé, ou arrivent des eaux supérieures, avec un trop plein ; le tout en tuyau de plomb apparent, attenant le dit abreuvoir. Le jardin est bien planté d'arbres fruitiers et autres.

Ledit lot tel qu'il se poursuit et comporte, aux charges susdites, estimé ving et un mille cinq cent livres ci                                                                     21,500 l.

« Adjugé 38.000 l. à Affrodite Caries, maçon à Paris, rue Miroménil, et Raimon. »

 

 

TROISIÈME LOT

 

La ci devant maison conventuelle, cours, jardins et dépendances ; le tout contenant environ quinze arpens ; tenant du midi à la rue des Martyrs et à un passage qui conduit de cette rue au 6e lot ; du nord au premier lot, au citoyen Remy, et au jardin destinés aux écoles du levant au 5e et 6e lots ; du couchant au 1er et 2e lots et audit citoyen Remy.

 

 

 

- 45 -

L'acquéreur de ce lot se clôra à frais communs, en mitoyenneté avec les 1, 2 et 6e lots, tant en murs de clôture qu'en bouchemens d'anciennes hayes à condamner, chacun de ces lots pour ce qui le concerne. Il fera à ses frais seul, la partie du mur de clôture, qui le séparera du jardin destiné aux écoles, lequel mur sera mitoyen, sans indemnité.

A ce lot appartient le droit de passage par la cour commune des pressoirs du haut de la butte.

Il arrive dans le présent lot des eaux de source dont on ne garantit pas la quan­tité. L'acquéreur est chargé de tous les frais relatifs à ces eaux, s'il veut en jouir.

L'église ci devant conventuelle, le chœur, chapelles, etc. sont construits en pierre, carrelés en liais et marbres. Les colonnes, autels, pilastres, statues, gradins, grandes tablettes de marbre qui les décorent, sont réservés pour les dépôts publics des monumens.

La ci devant maison conventuelle consiste dans d'immenses bâtimens de diverses formes, faits à diverses époques, distribués en grands et petits logemens, avec des parties en parquets, boiseries, chambranles de marbre, etc. Il y a de très vastes souterrains voûtés avec cuisines, buanderies, boulangerie, lavoir, réservoirs d'eau voûtés, poulaillers, logemens de jardinier, pavillon dans le jardin. Les cours sont en grande partie pavées en grais.

Il y a sur les combles et aux conduites intérieures une très grande quantité de plombs en chaineaux, platte-formes, noues, noulets, faitages, arrestiers, appuis de croisées et lucarnes, ainsi qu'une très grande quantité de fers en grillé de croisées et autres, déduction faite de ce qui a été enlevé en réquisition pour le service de la République.

Dans les quinze arpens de ce lot, il y en a environ dix exploitables en carrières de pierre à plâtre.

Les jardins sont plantés d'arbres à fruit et d'agrément.

Dans le cas ou l'acquéreur de ce présent lot enleveroit ou démonteroit les plombs et fers ou qu'il démoliroit les bâtimens et exploiteroit le terrein en carrières, il sera tenu de payer préalablement jusqu'à concurrence des deux cinquièmes du prix de son adjudication, et même au dela, s'il y a lieu, pour la conservation des droits de la République.

Le présent lot, tel qu'il se poursuit et comporte, aux dites charges, clauses et conditions, estimé cent vingt mille livres.............................................................................................. 120,000 l.

« Adjugé 201.000 1. à Constant, entrepreneur de bâtiments, rue Buffon, à Paris, n° 489. »

 

 

QUATRIÈME LOT

 

La citerne, les ci-devant prisons et dépendances.

Ce lot, sis sur la butte de Mont-Marat, contient environ soixante-dix perches en superficie et tient du midi au bâtiment et terrein destiné aux écoles ; du nord à la ci-devant église paroissiale, au parvis, et en retour à plusieurs particuliers ; du levant au cinquième lot ; du couchant à une cour commune attenante à la place publique et en hache à ladite église et au cimetière.

L'acquéreur de ce lot se clôra en mitoyenneté et à frais communs avec le cin-

 

 

 

- 46 -

quième lot et il fera à ses frais seul une partie de clôture et tous bouchemens d'anciennes communications entre lui et le terrein national réservé aux écoles.

Les bâtimens composant ce lot forment deux corps de logis, ayant rez-de-chaussée, où sont les prisons et plusieurs pièces avec ou sans cheminées ; pre­mier étage distribué en chambres et cabinets, greniers au-dessus couverts en tuile ; cour pavée entre ces bâtiments.

Au premier étage est la salle d'assemblée actuelle de la municipalité ; on y arrive par un perron sur le parvis de la ci-devant église. L'acquéreur traitera avec la municipalité pour la location de cet objet, et dès qu'il y aura une autre salle d'assemblée ailleurs, ledit acquéreur sera tenu de murer toutes bayes et jours qu'il pourra avoir sur ce parvis.

Derrière ces bâtimens est une superbe citerne pavée, avec pompe couverte, appentis en gallerie au pourtour ; petits appartemens en appentis attenant et adossés à la ci-devant église. L'acquéreur du présent lot bouchera à ses frais toutes bayes de portes et croisées donnant sur lesdits bâtimens dans ladite église dont les murs en droit lui seront mitoyens, et dont il souffrira les égouts des combles tels qu'ils sont à présent. Il ne pourra toucher ni masquer les vitraux de cette ci-devant église, tant que ce bâtiment subsistera, et si on le démolit, les murs resteront mitoyens à hauteur de coutûme, aux endroits où le présent lot n'a pas de bâtimens ; ils ne pourront être démolis vis-à-vis ces bâtimens, et alors toutes servitudes de jours et égouts seront supprimés.

La citerne est alimentée par des chaîneaux et conduits en plomb au pourtour de la cour des prisons, ainsi que par des chaîneaux et nappes de plomb, sur le pan méridional du comble de la ci-devant église ; tous ces plombs appartiendront à l'acquéreur de ce lot, à la charge d'entretien et de grosses réparations du pan de comble qui y fournit l'eau, ou de raccordemens et réparations solides audit comble, s'il supprime ce plomb.

Il n'appartiendra audit acquéreur que les conduits et tuyaux qui sont dans la superficie de ce lot.

Dans le cas où il démonteroit ou enlèveroit les plombs et fers qui sont dans ce lot et supprimeroit la citerne, ou les conduits qui l'alimentent, il payera auparavant jusqu'à concurrence de la moitié du prix de son adjudication, et même plus, s'il y a lieu, en raison de la diminution de valeur qu'en éprouvera le lot, et ce préalablement à toutes ces détériorations qu'il ne pourra faire, en tout ou partie, sans y être autorisé par le directoire du district de Franciade, pour la conservation des intérêts de la République.

Ledit lot ainsi qu'il se poursuit et comporte auxdites charges, clauses et con­ditions, estimé dix-sept mille livres, ci ............................................................................................. 17.000 liv.

« Adjugé 30.900 l. à Joseph Orsel, demeurant à Passy, rue de la Montagne. »

 

 

CINQUIEME LOT

 

Grand terrein propre à bâtir, sur la butte de Mont-Marat.

Ce terrein contenant environ deux arpens et demi, tient du levant au citoyen Snoble et autres ; du couchant au 4` et 311 lots, au terrein des écoles et autres, du midi au 6me lot, du nord à la rue des Rosiers, par laquelle sera l'entrée.

Ce terrein est dans la plus belle position pour la vue et en partie clos de murs.

L'acquéreur se clôra en mitoyenneté et à frais communs avec ceux des 3, 4 et

 

 

 

- 47 -

6e lots, chacun pour ce qui le concerne, et il fera seul, à ses frais, une partie des murs de clôture qui devra le séparer du terrein réservé aux écoles.

Ledit terrein, tel qu'il se poursuit et comporte, auxdites charges et conditions, estimé dix mille livres          10.000 liv.

« Adjugé 17.200 l. à Joseph Orsel, demeurant à Paris, rue de la Montagne. »

 

 

SIXIÈME LOT

 

Le Verger, la Vigne et terreins adjacens

 

Ce terrein, contenant environ neuf arpens, tient du midi au citoyen Sandrin, du nord au 5e lot et à plusieurs, du levant à des carrières, du couchant au 3e lot.

Il est en grande partie clos de murs, planté en vignes et arbres fruitiers. L'acquéreur complètera les clotures en mitoyenneté et en frais communs avec ceux des 3e et 5e lots, chacun pour ce qui le concerne. Il fera faire une porte par la rue dite des Martyrs et arrivera à son terrein par une rue de vingt-quatre pieds de largeur libre entre deux murs.

Le dit terrein tel qu'il se poursuit et comporte aux dites charges, clauses et conditions, estimé dix-huit mille livres................................................................................................ 18,000 l.

« Adjugé. Le dit Orsel, 50,200 l. »

Récapitulation du montant des estimations ci dessus..........           194,000 l.

                                                                      « Vente, 355,000 l. »

Lesdits biens ci-dessus désignés seront adjugés ainsi qu'ils ce poursuivent et comportent, sans aucune garantie de servitudes actives ou passives, mais francs et quittes de toutes rente ou redevances foncières ou seigneuriales, droits seigneu­riaux ou hypothèques, conformément aux articles VII, VIII, IX du decret du 14 mai 1790.

Les acquéreurs auront, contre le fermier, l'action en résiliation que la loi leur accorde en se conformant aux articles XXXVI et XXXVII de la loi du 3 juin 1793, et aux articles II et III du decret du 15 frimaire dont il sera donné connoissance.

Les paiements seront faits dans la proportion et dans les termes fixés par les décrets de la Convention nationale du 4 nivose de l'an deuxième de la République Française, et faite du paiement d'aucun desdits termes, les biens seront revendus à la folle enchère des adjudicataires. Il ne sera admis d'enchères que de 5 livres lorsque l'objet sera de plus de 100 livres, de 25 livres au dessus de 1 000 livres et enfin de 100 livres lorsque l'objet dépassera 10,0000 livres, sans qu'il puisse y avoir lieu ni au tiercement, ni au doublement, ni au triplement.

Toutes personnes solvables seront admises à enchérir, en justifiant d'un domicile certain et d'une contribution directe, foncière ou mobiliaire au lieu de leur domicile par un certificat de leur municipalité, ou en déposant entre les mains du secrétaire du district, le premier terme de payement d'après la première mise à prix ; elles pourront aussi prendre connoissance du cahier des charges des enchères, au bureau du secrétariat du district de Franciade.

L'Agent national pres l'administration du district de Franciade.

Signé : PETIT.

On donnera connoissance au secrétariat du district de Franciade, du plan figuré de l'ensemble du ci devant couvent et de sa division en six lots.

 

 

 

- 48 -

 

LE CHOEUR DES DAMES

 

 

LES DAMES. - Ces mots furent pendant de longs siècles les seuls employés pour désigner les bénédictines de Montmartre. Un mou­lin qui leur appartenait battait l'air de ses ailes près du village des Porcherons, non loin du fameux château du Coq, c'était le moulin des Dames ; un chemin venant de l'ouest courait à travers la cam­pagne, c'était le chemin des Dames (1) ; quand des voies se perçaient sur le vaste territoire de la communauté, elles prenaient les noms de ses abbesses, ce sont encore aujourd'hui les rues de Rochechouart, de la Tour d'Auvergne, de La Rochefoucauld (originairement ruelle de la tour des dames), de Bellefond (qui devrait s'écrire de Bellefonds), c'était encore il y a quelques années la rue de Laval, mainte­nant rue Victor-Massé.

Tout le terrain, depuis le sommet de la butte jusqu'à notre rue Richer actuelle d'un côté, jusqu'à l'église de la Trinité de l'autre, appartenait à l'abbaye, c'était le territoire des Dames.

La simplicité de cette dénomination est fort caractéristique et ne manque pas de grandeur. On y trouve un reflet de la respectueuse déférence qu'inspiraient jadis les têtes couronnées ; on disait LES DAMES comme on disait LE ROI !

Sur tout cela, sur ce monastère à la création duquel une reine de France présida, le souffle puissant de la Révolution a passé. Les propriétés de l'abbaye, d'abord annexées pour leur partie méridio­nale au Paris de 1786, sont devenues celles de la grande ville ; les bâtiments conventuels attaqués par la pioche ont disparu tour à tour, des rues se sont créées sur les jardins de la communauté, il faudrait maintenant démolir des maisons hautes de six étages pour retrouver les fondations des réfectoires, des dortoirs, de la biblio-

 

(1) C'est aujourd'hui la rue des Dames (XVIIe arrondissement).

 

 

 

- 49 –

 

 

Fig. 2

 

LE CHŒUR DES DAMES. – Dessin de Letourneau.

 

 

 

- 50 -

thèque, etc. (1). Toute une population active vit, circule, travaille, chante sur ce vaste espace destiné jadis au recueillement et à la prière.

De tout cela - comme des âmes survivant aux corps qu'elles ont animés - il ne reste plus debout que l'église Saint-Pierre et le chœur des Dames.

L'église, base fondamentale de la pieuse institution, le chœur image vivante de l'esprit monastique, sanctuaire dont nul profane ne franchissait le seuil, chambre du conseil où s'agitaient les questions religieuses et civiles de la communauté ; le chœur, oratoire où les bénédictines enveloppées de leur habit de serge noire, couvertes de leur long voile blanc, se réunissaient pour prier en commun, pour assister aux offices et quelquefois aussi pourvoir soulever une pierre du sol et confier à la terre un cercueil de plomb contenant les restes de l'une d'elles.

Être inhumées où elles avaient vécu, dormir leur éternel som­meil sous les dalles que leurs genoux avaient usées, c'était pour les abbesses un privilège qu'elles n'eussent échangé contre aucun bien temporel et celui de tous ceux dont elles ont joui, dont le souvenir revient puissamment s'imposer à l'esprit quand on pénètre aujourd'hui dans le chœur des Dames.

Ce lieu est d'une si merveilleuse architecture que les profana­tions subies, le temps et ses lèpres, la vétusté et ses morsures, la solitude et l'abandon ne lui ont rien enlevé de son antique majesté. C'est avec respect qu'on se découvre sous sa voûte effritée, c'est à pas lents qu'on marche sur son sol poussiéreux. Mieux et plus haut qu'une basilique ruisselante d'or et de lumière, ce réduit un peu sombre parle à l'esprit et l'entretient mystérieusement.

Appuyé contre une de ces colonnes qui proviennent, dit-on, d'un temple païen, on peut pendant longtemps se laisser aller à ses rêveries, mais, quoiqu'on fasse, le souvenir des abbesses primera tous les autres. Semblables aux grains d'un chapelet roulant entre les doigts d'une nonne, leurs physionomies si multiples, leurs aptitudes si diverses, leurs tendances religieuses ou mondaines, leurs natures passives ou autoritaires repasseront tour à tour dans votre mémoire reconstruisant en quelques instants l'histoire de l'abbaye.

 

(1) Notre érudit collègue Gaston Duval a consacré à cette bibliothèque un fort intéressant article dans le 27e fascicule de notre Bulletin.

 

 

 

- 51 -

Vous les reverrez toutes, depuis cette reine Adélaïde, veuve de Louis le Gros qui fonda le monastère, en fut la première abbesse et y mourut, oubliant dans la retraite le tumulte et les intrigues des cours, jusqu'à Héloïse, bonne créature qui autorisa les religieuses à porter des bottes fourrées pendant les temps rigoureux ; depuis Jeanne de Repenti qui concourut à la fondation de l'église de Boulogne-sur-Seine et obtint du pape Jean XXII son érection en paroisse, jusqu'à Jeanne de Rieux qui reçut Charles VI dans le couvent ; depuis Antoinette Augier qui portait la crosse quand Ignace de Loyola et ses compagnons vinrent à Montmartre, jusqu'à Catherine de Clermont qui fut abbesse pendant quarante et une années et assista en 1559 au terrible incendie qui dévora une partie des bâtiments. Vous verrez passer encore dans vos souvenirs Marie de Beauvilliers qui gouverna la communauté pendant près de soixante ans, reçut la reine Marie de Médicis quand en 1611 elle vint visiter la chapelle des Martyrs, récemment découverte alors, présida à la construction du monastère d'en bas et mourut à quatre-vingt-trois ans. Dans la pénombre, vous en apercevrez de moins célèbres : Marguerite Langlois qui laissa les règles monastiques tomber dans l'oubli près de Marie Cornu, de l'ordre de Fontevrault, chargée par l'évêque de Paris de rappeler les nonnes à leur rigoureuse observance. Puis viendront les plus modernes et les plus célèbres : Renée de Lor­raine qui fit construire à ses frais une galerie couverte réunissant les deux monastères et donna ses armes à l'abbaye (1), Eléonore de Bellefonds, Marguerite de Rochechouart, Louise de la Tour d'Auvergne, Catherine de La Rochefoucauld et enfin Marie-Louise de Laval, duchesse de Montmorency, qui, courbée sous le poids des ans, atteinte de surdité, ne comprit rien à son procès, n'entendit pas sa sentence et mourut sur l'échafaud le 8 thermidor 1793, faisant preuve devant l'instrument de mort du plus grand courage et de la plus absolue résignation.

Certes il est précieux, le monument où tant de souvenirs peuvent être évoqués ; certes, il serait regrettable que ce bijou disparût de l'écrin architectural parisien ; pourtant il s'en fallut de fort peu, il y a quelques mois, qu'il ne soit abandonné sans retour à la vieil­-

 

(1) Ces armes ont été décrites dans l'intéressant travail que M. L.-F.-A. Bertrand a publié sur l'abbaye dans notre 21e fascicule.

 

 

 

- 52 -

lesse qui le ronge, à l'écroulement qui le menace, peut-être même à la pioche brutale des démolisseurs. Provoquée par une démarche du bureau de notre Société, l'heureuse et intelligente intervention de M. Fournière a sauvé le chœur des Dames ; M. Fournière a sollicité et obtenu de ses collègues du Conseil municipal sa conser­vation. Tous les amis du vieux Montmartre, tous ceux aussi du vieux Paris, lui demeurent profondément reconnaissants.

Quant à M. Louis Letourneau qui, dans le dessin que nous publions, a si bien rendu l'aspect actuel de l'antique monument, nous nous bornerons à le remercier des félicitations bien méritées lui viendront de tous nos lecteurs.

 

Alexis MARTIN.

 

***

 

La lutte des deux Montmartre

 

 

On a parlé à plusieurs reprises, dans nos bulletins, de la que­relle entre les deux municipalités qui se partagèrent l'administra­tion de Montmartre, de janvier à juin 1790, et des difficultés que suscita la création du mur des fermiers généraux coupant en deux le territoire soumis à la juridiction des abbesses (1). On publie, dans le présent numéro, le document le plus intéressant qu'ait fait naître ce différend. C'est le mémoire adressé, en 1790, par la municipalité de Montmartre-intra à l'assemblée nationale au mois d'avril, très probablement. Notre confrère, M. Jules Mauzin, a eu l'obligeance, il y a plusieurs années déjà, d'en prendre copie à la bibliothèque nationale où il est conservé sous la côte LK7 5079­.

 

(1) N° 21, Notes sur Montmartre intra, L. Lazard, pp. 10 à I3. – N° 25, Montmartre intra en 1789, pp. 180-181, L. Lazard. - Id., Le Mur de la ferme générale et le bas Montmartre, pp. 184-185, H. Monin.

 

 

 

- 53 -

 

MÉMOIRE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Pour la Municipalité de MONTMARTRE, près PARIS,
hors barrières.

 

Chez KNAPEN ET FILS, Libraires-Imprimeurs de la Cour-des-Aides, au bas du Pont Saint-Michel.

L. 7/K 5079.

 

Deux municipalités existent dans la commune de Montmartre : l'une formée le 26 mars 1790, pour toute l'étendue de la commune, et conformément aux décrets de l'assemblée nationale, l'autre formée le 29 mars, sous la simple autorisation du ministre de Pa­ris, pour le haut de Montmartre qui fait seulement la sixième partie de tout le territoire.

C'était pour rendre compte à l'assemblée nationale d'un fait aussi contraire à ses décrets que la municipalité de la commune a dé­pêché vers elle, le 30 mars, sept de ses membres, chargés d'un précis de l'objet à discuter. Ils n'ont pas été peu surpris, lors de la dis­cussion, d'en entendre prononcer l'ajournement, sur ce que l'un de Messieurs les représentants dans l'auguste assemblée a dit que le matin même le président de l'ancien comité de Montmartre lui avait exposé que, si les habitants du haut de Montmartre avaient cherché à se séparer de ceux du bas, c'était parce qu'ils étaient tous de pauvres agriculteurs : que les habitants du bas étaient des commerçants, dont plusieurs faisaient banqueroute ; que ces ban­queroutes donnaient lieu à des non-valeurs qui tombaient en surcharge sur les agriculteurs.

Nous détruirons aisément cette assertion, mais, avant de le faire, il est indispensable de dire que la personne dont a fait mention l'un de nos représentants l'a évidemment trompé, en se donnant la qualité de président de l'ancien comité.

Ce comité était présidé par les deux électeurs de cette paroisse. L'un, de la députation à l'assemblée nationale du 30 mars comme officier municipal, et l'autre, nommé procureur syndic par la for­mation de la nouvelle municipalité, ne se sont présentés chez au­cun de Messieurs les députés de l'assemblée nationale. Voilà donc

 

 

 

- 54 -

une fausseté qui paraît bien démontrée ; mais on ne peut douter qu'elle ne provienne de la part de l'un des principaux moteurs de la division de la paroisse, pour perpétuer le schisme qu'on a su faire naître parmi des citoyens qui jusqu'alors avaient été parfaitement unis.

Son allégation sur le fait des non-valeurs n'est pas plus exacte que la qualification qu'il a prise pour s'attirer plus de confiance.

En effet, le haut de Montmartre est habité par des bourgeois et des agriculteurs. Le bas de Montmartre est habité par des bourgeois, des agriculteurs, des marchands de vins et des commerçants.

La paroisse paye 40,500 livres en tailles et accessoires, dont 38,000 livres sont supportées par les habitants du bas Montmartre, indépendamment de 370,000 livres et plus de droits d'aides qu'ils versent annuellement au trésor public.

Il y a des non-valeurs dans le haut comme dans le bas de Mont­martre, et, comme cette dernière portion paye les cinq sixièmes et plus sur les 45,000 de taille, il s'ensuit qu'elle paye également les cinq sixièmes et plus et la totalité des non-valeurs, et que par con­séquent le haut de Montmartre n'est pas fondé à se plaindre et sous ce prétexte, insister sur une séparation à laquelle il ne pourrait rien gagner, puisqu'au contraire il y perdra beaucoup.

En effet, le bas de Montmartre est habité par un très grand nombre de citoyens ci-devant privilégiés dont les contributions vont aller à la décharge des anciens contribuables, qui, d'après un aperçu assez exact, vont se trouver soulagés de la moitié de leurs impositions.

Pour en revenir à l'objet principal de ce mémoire, il est essentiel d'entrer dans des détails que, pour ne pas fatiguer l'assemblée na­tionale, on s'était abstenu de mettre dans la pétition qui lui avait été laissée par les députés de la municipalité, le 30 mars.

L'ancienne municipalité de 1787 et le comité de juillet de 1789 unis ensemble ont, à la fin de janvier 1790, convoqué pour le 8 février suivant une assemblée générale de la commune, pour la formation d'une nouvelle municipalité. Cette assemblée ne put avoir lieu, par le trouble qu'y apportèrent des personnes étran­gères, apostées par les ennemis de l'ordre et de la paix, qui firent entendre que les formalités n'avaient pas été scrupuleusement remplies. Les habitants assemblés, trompés par des assertions que

 

 

 

- 55 -

pourtant des certificats démentaient, ne voulurent souffrir aucune formation nouvelle de la municipalité ; et celle qui subsistait, n'ayant pu se faire entendre, se retira pour rédiger procès-verbal, dont elle adressa sur-le-champ une copie à Monsieur le président de l'assemblée nationale.

L'assemblée tumultueuse, qui avait ainsi contraint la municipa­lité à se retirer, continua sa séance sous la présidence du princi­pal auteur du trouble, dressa procès-verbal des motifs qui l'avaient engagée à ne pas laisser former la nouvelle municipalité et enjoignit à l'ancienne de faire de nouveau publier et afficher les décrets et de convoquer la commune pour un autre jour.

Comme l'assemblée nationale se trouvait saisie de la connaissance de ce fait particulier par l'envoi de ces deux procès-verbaux, les municipaux attendaient avec respect ses ordres ultérieurs, lorsque, n'en recevant pas et considérant que le retard résultant de leur attente préjudiciait déjà au recouvrement des impositions, ils ont cru devoir faire de nouveau publier et afficher les décrets et con­voquer la commune pour le vendredi 26 mars 1790.

Cette nouvelle convocation a été si authentique qu'il n'est, plus resté aux auteurs du premier trouble l'espoir de rompre l'assemblée indiquée par les moyens qu'ils avaient déjà employés. Ils ont dressé un autre moyen de batterie. Ils ont profité de ce que des murailles, destinées par l'ancien régime à asservir à l'impôt des entrées de Paris les cinq sixièmes de la paroisse de Montmartre, étaient commencées sur son territoire et paraissaient devoir, un jour diviser cette commune en haut et bas Montmartre ; ils sont parvenus à persuader à un petit nombre d'habitants de cette partie du haut, qu'il était de leur intérêt de s'éloigner de ceux du bas de Montmartre.

Aveuglé par l'appât d'un bénéfice éventuel, ce petit nombre d'ha­bitants s'est cru en droit de former un comité provisoire. Ce co­mité, par ses démarches et ses menées sourdes, a gagné la faveur de se faire adresser directement, depuis environ quinze jours, les décrets de l'assemblée nationale et à en priver l'ancien corps des représentants de la commune entière : il a plus fait, il a sollicité et surpris une lettre ministérielle qui l'a autorisé à convoquer une assemblée d'habitants de la partie du haut de Montmartre pour la formation d'une municipalité provisoire ; et il s'est cru si bien et

 

 

 

- 56 -

si légalement constitué, qu'il a osé faire signifier aux représentants légitimes de la commune des protestations et des déclarations d'il­légalité contre l'assemblée, par eux convoquée pour le 26 mars. Enfin ce comité provisoire a convoqué une assemblée des habi­tants du haut pour le 29 mars, pour la formation de la municipalité provisoire.

Cependant la commune, légalement convoquée, s'est assemblée le vendredi 26 mars, quoique des troupes à pied et à cheval fussent venues de Paris sur le territoire de Montmartre, et parties jusques aux portes de l'église paroissiale à la réquisition de ce comité pro­visoire, qui avait espéré que la présence de ces troupes suffirait pour empêcher une assemblée de commune légalement convoquée par les seuls officiers qui en eussent le pouvoir et le droit.

Dans cette assemblée du 26, la nouvelle municipalité a été formée ; elle a prêté serment, et, dès le 27, elle s'est mise en activité.

Son premier soin a été de faire une démarche auprès du ministre pour l'éclairer sur des faits qu'elle présumait qu'on lui avait mal présentés, lui dire qu'elle ne croyait pas que par une lettre il eût au­torisé une petite portion de commune à se séparer du reste et à s'organiser en municipalité provisoire, puisque c'était porter atteinte aux décrets de l'assemblée nationale et qu'il serait étonnant qu'une petite commune d'environ 4,000 âmes eût deux municipalités.

Les députés vers le ministre n'ont pas été peu surpris de s'en­tendre confirmer l'existence de cette lettre et de s'entendre dire que cette portion d'habitants du haut de Montmartre avait le droit de faire ce qu'elle faisait.

Vainement lui a-t-on représenté que rien ne pouvait être plus dangereux que deux corps égaux en pouvoir subsistassent dans une commune ; que tous les désordres en seraient la suite ; que les habitants inscrits sur le même rôle des tailles se croiraient dispensés de payer leurs impositions, sous prétexte qu'ils ne seraient pas tous de la même municipalité ; enfin que la rivalité, qui subsisterait né­cessairement entre les officiers, ne pourrait que jeter le trouble et la désunion entre des habitants dont les intérêts ont toujours été communs, qui toujours ont partagé entre eux les charges, qui n'ont jamais eu qu'une même paroisse, qu'un même juge, qu'une seule police et qu'un même rôle d'impositions.

Par toutes ces considérations, le ministre était supplié de révoquer

 

 

 

- 57 -

la permission qu'il avait donnée contre la teneur des décrets de l'assemblée nationale ; mais il s'est constamment refusé à cette de­mande, sous le prétexte qu'incessamment la portion désignée sous le nom de bas de Montmartre allait faire partie de la capitale.

Tel est l'état d'incertitude où se trouve la commune, et l'embar­ras de sa nouvelle municipalité ne peut être plus grand. Obligée de défendre les droits de ses commettants, de veiller au maintien de l'ordre et à la perception des impôts, devenue si nécessaire dans ces moments critiques, elle a cru devoir porter ses réclamations à l'auguste Assemblée nationale.

La commune a légalement formé une nouvelle municipalité. Tous les préliminaires ont été scrupuleusement remplis et conséquem­ment cette municipalité doit subsister seule et unique, jusqu'à ce qu'il ait plu aux représentants de la nation d'opérer la division du territoire de Montmartre ; ainsi donc, la municipalité provisoire, formée pour la sixième partie de la commune, contre la teneur des décrets et sur une simple autorisation ministérielle, doit être déclarée illégalement constituée.

La division future que l'on suppose de la majeure partie de la paroisse de Montmartre, pour agrandir la capitale, ne peut être un titre assez puissant pour se porter à commettre une infraction aux décrets ; et quand cette division aurait lieu dès demain, il n'en serait pas moins vrai que l'on a méconnu l'autorité de la puissance législative qui réside dans l'Assemblée nationale seule.

Mais cette division au territoire, désirée depuis longtemps par les agents du fisc, pourra bien ne s'opérer jamais, puisque l'intention décidée des représentants de la nation, est de protéger les proprié­tés et que l'existence de la nouvelle enceinte de Paris, si une fois elle avait lieu, porterait une atteinte ruineuse à des propriétés sacrées.

Il n'est pas question ici du seul intérêt de la paroisse de Mont­martre ; il n'est pas non plus seulement question de l'intérêt de toute la banlieue de Paris, mais encore de toute la prévôté et vicomté composée d'environ six cents paroisses qui, dans leurs cahiers ont demandé que Paris restât enfermé dans ses anciennes limites, demande réitérée dans le cahier même de la ville de Paris.

En effet, l'ancien régime n'a pas eu plutôt conçu le projet des­tructeur de ces murailles et carrières dispendieuses, que le conseil

 

 

 

- 58 -

du roi a reçu de toutes parts des oppositions motivées et des récla­mations d'un nombre infini de propriétaires et de communes en­tières dont ces barrières devaient nécessairement opérer la ruine.

Il n'est donc rien de si incertain que la division future de la pa­roisse de Montmartre, qui sert aujourd'hui de prétexte à une véritable scission de la sixième partie de ses habitants des cinq autres sixièmes.

Il est vrai que pour déterminer l'Assemblée nationale à décréter ce que l'ancien ministère avait conçu, on a cherché à lui persuader que, dans l'existence de ces nouvelles, la ville de Paris ne doit plus compter sur un si grand produit des droits d'entrée, attendu la fraude qui se fait avec barrières aucunes actuellement existantes.

Mais, si l'on avait précédemment conçu le projet de tout envahir, on n'exagérerait pas tant la fraude qui se fait par les anciennes bar­rières ; on dit plus : on ne la favoriserait pas. La fraude a existé de tout temps, lorsque des impôts excessifs ont présenté des gains énormes aux fraudeurs et aux surveillants de la fraude, très mal payés et très mal traités ; car, on ne peut se le dissimuler, la plus considérable se fait à barrière ouverte.

 

 

RÉSUMÉ

 

La nouvelle municipalité de Montmartre supplie l'Assemblée na­tionale de considérer que la commune a religieusement exécuté ses décrets, qu'elle s'est donné une municipalité légalement for­mée ; qu'elle n'a qu'une seule paroisse, qu'une seule juridiction, qu'une seule police, qu'un seul rôle de taille et vingtièmes, et que par conséquent, tant que les cinq sixièmes de cette commune n'ap­partiendront point à une autre paroisse, elle ne peut souffrir dans son sein un second corps municipal, qui y jetterait le trouble, em­pêcherait la perception des impôts, corps en un mot absolument inconstitutionnel, que l'Assemblée nationale ne peut tolérer.

Le Comité de constitution est chargé du rapport. copies des pièces suivantes y ont été réunies :

1° Certificat de la publication des décrets ;

2° Certificat de l'affiche de ces décrets ;

3° Procès-verbal du trouble apporté à l'Assemblée du 8 février 1790 ;

 

 

 

- 59 -

4° Procès-verbal dressé par cette assemblée après la retraite de la municipalité ;

5° Certificat de la nouvelle publication des décrets ;

6° Certificat de l'affiche de ces décrets ;

7° Protestation faite par le prétendu comité provisoire nouvelle­ment formé au haut de Montmartre ;

8° Procès-verbal de la formation de la nouvelle municipalité ;

9° Pétition à l'Assemblée nationale remise le 30 mars 1790 ;

 

***

 

SUR LA VIEILLE PORCELAINE

DE CLIGNANCOURT

 

 

Ris Paquot (1), qui donne 1775 comme date de fondation de cette fabrique de porcelaine, semble être en désaccord avec Thiéry (2) et Émile de la Bedollière (3) qui assignent 1771 comme origine de l'établissement de cette manufacture.

Cette différence de date vient probablement de ce que, bien que cette fabrique ait été réellement établie en 1771, Deruelle, son fondateur, n'en fit la déclaration qu'en 1775. Ce fut à cette époque que Monsieur, frère du roi, comte de Provence et depuis Louis XVIII, la prit sous son patronage.

Faisons remarquer à ce sujet que l'erreur faite par Michel de

 

(1) Ris Paquot, Dictionnaire des Marques et Monogrammes ; Paris, 1879, 1 vol. in-12.

(2) Thiéry, Guide des amateurs et des voyageurs étrangers à Paris ; Paris, 1787, 2 vol. in-12, t. I, p. 467.

(3) Emile de la Bedollière, le Nouveau Paris, Histoire de ses 20 arrondissements ; Paris, Barba, 1 vol. in-4°, s, d., p. 286.

 

 

 

- 60 -

Trétaigne qui attribue au comte d'Artois le protectorat, est reproduite dans le grand Dictionnaire Larousse, à l'article Clignancourt.

La première marque, dit Jacquemart (1), celle du Moulin en rouge ou en bleu, employée pendant les neuf premiers mois se trouve sur des pièces déjà fort remarquables par la beauté de la pâte et la grâce des peintures.

Or suivant Ris Paquot cette marque ne s'employa qu'en 1775 (2).

Quelle fut celle qui servit de 1771 à 1775 ?

Moitte sur lequel Ris Paquot se tait dans son dictionnaire des noms des propriétaires, directeurs, etc., succéda à Deruelle dans le courant de l'année 1776 et il y a lieu, avec Jacquemart de voir dans la lettre M, qui marque les pièces les moins anciennes, l'ini­tiale de son nom plutôt que celle de Monsieur, frère du roi.

Mais le document suivant qui nous a été communiqué par M. Lucien Lazard prouverait que si Moitte succéda à Deruelle en 1776, ce dernier ou son fils avait, quelque temps après, repris la direction de la Manufacture.

Voici cette pièce (3).

 

 

BAILLAGE DE MONTMARTRE


RÉFÉRÉS


10 avril 1786

 

Baldoureau propriétaire d'une maison à Clignancourt, contre Desruelle architecte, manufacturier de porcelaine de Monsieur : pour payement de loyer ou expulsion (4).

Il est donc à supposer qu'à cette époque, et malgré le patronage de Monsieur, frère du roi, la prospérité de la manufacture était à son déclin, et que ce ne fut pas bien longtemps après que la fabri­cation s'arrêta.

Nous n'avons encore rien retrouvé sur l'époque à laquelle

 

(1) A. Jacquemart, Histoire de la Céramique ; Paris, 1873, 1 vol in-8°.

(2) Ris Paquot, loc. cit., p. 262.

(3) Arch. Nle Z2 2428.

(4) Il est à remarquer la différence d'orthographe du nom que Jacquemart, Ris Paquot, etc., écrivent Deruelle et la qualification d'architecte que nous trouvons ici pour la première fois.

 

 

 

- 61 -

prit fin l'exploitation de cette fabrique : Michel de Tretaigne (1) dit d'après les extraits du registre des délibérations de Montmartre 9 messidor an III (Archives de l'Hôtel de Ville) que cet établissement existait encore en 1795 au n° 35 de la rue Saint-Denis, XVIIIe arrondissement (registres paroissiaux, à la date du 22 novembre 1784. Chapelle de la Trinité). Charles Sellier (2) nous apprend que cette maison porte actuellement le n° 53 de la rue du Mont-Cenis, et que lorsqu'il y a 60 à 70 ans (vers 1820) Mme Tardieu, parente de l'éminent docteur Tardieu, l'acheta, il v avait longtemps qu'on n'y fabriquait plus de porcelaine. On ne trouva plus à cette époque que quelques débris de fourneaux et des moules cassés.

En 1787, le magasin ou dépôt des porcelaines de la manufacture était situé à Paris au coin de la rue des Petits-Champs et de la rue Chabanais (3).

Cette porcelaine, dont on peut voir quelques pièces au Musée des Arts décoratifs et au Musée de Sèvres, appartient à la famille des pâtes dures, et se trouve classée parmi les plus anciennes.

Ces pièces, de la plus grande rareté aujourd'hui, sont généralement ornées de petits bouquets polychromes et rehaussées de bor­dures ou filets d'or.

Ce sont, dit Charles Sellier (4), des imitations sinon des contre­façons de Sèvres.

Emile de la Bedollière (5) rappelle que les bénitiers de la seconde église abbatiale sortaient de cette fabrique et que Deruelles fils (6) les avait surmontés d'un groupe d'anges de sa composition.

Nous reproduisons ci-après les onze marques figurées par Ris-Paquot dans son dictionnaire des Marques et Monogrammes, et les notes qu'il donne sur Clignancourt.

 

Maurice ARTUS.

 

(1) Léon-Michel de Trétaigne, Montmartre et Clignancourt, Paris ; Benjamin Duprat, 1862, 1 vol. in-8°, p. 235.

(2) Charles Sellier, Curiosités de Montmartre : les Moulins à vent, la Porcelaine de Clignancourt, le Mont Marat ; Paris, 1893, une broch. in-12.

(3) Thiéry, loc. cit., t. I, p. 212.

(4) Charles Sellier, loc. cit.

(5) Emile de la Bedollière, loc. cit.

(6) Ce qui laisserait supposer que le fils Deruelles fut aussi directeur. C'est peut-être de lui qu'il est question dans l'acte de 1786 cité plus haut. Il aurait donc succédé à Moitte.

 

 

 

- 62 -

 

EXTRAITS DE L'OUVRAGE DE RIS-PAQUOT

 

 

CLIGNANCOURT, près Paris. Fabrique fondée en 1775 par Pierre Deruelle (Clignancourt) en rouge, en toutes lettres, avec un M en bleu (1).

 

DERUELLE (Pierre), fondateur de la fabrique de porcelaine pâte dure de Clignancourt, en 1775.

Fabrique patronnée par Monsieur, frère du Roi (depuis Louis XVIII).

 

MONSIEUR (plus tard Louis XVIII). Protecteur de plusieurs établissements céramiques, au nombre desquels se trouvent ceux de Savy à Marseille et la fabrique de porcelaine de Clignancourt.

Il y eut aussi la fabrique de porcelaine de Monsieur (frère du roi).

 

 

MARQUES

 

Fig. 3              2378. -            A. P. (2) Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique fondée par Deruelle en 1775 ; cette marque ne s'employa qu'en 1775.

 

***

 

Fig. 4              2379. -            A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique fondée par Deruelle en 1775 ; cette marque ne s'employa qu'en 1775.

 

***

 

Fig. 5              217. - A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique sous la protection de Monsieur, frère du Roi, 1776.

Pierre Deruelle, fabricant.

2e marque.

 

***

 

Fig. 6              218. - A. P. Pâte dure de Clignancourt, Paris.

Fabrique dite de Monsieur, frère du Roi (3), 1775. Pierre Deruelle, fabricant (4).

 

(1) Cette marque n'est pas reproduite dans l'ouvrage de Ris-Paquot.

(2) A. P., ancienne porcelaine.

(3) Comte de Provence ; depuis Louis XVIII.

(4) Musée de Sèvres (les 2 L imitations du chiffre royal avec la lettre B constituaient en quelque sorte une usurpation de signature, mais elles ne furent pas de longue durée (Ch. Sellier, p. 40)).

 

 

 

- 63 -

Fig. 7              1317. -            A. P. Pâte dure de Clignancourt, Paris.

Fabrique dite de Monsieur, frère du Roi, 1776. Pierre Deruelle, fabricant (1).

 

***

 

Fig. 8              1361. -            A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique sous la protection de Monsieur, frère du Roi (Louis-Stanislas-Xavier) (2), depuis 1776.

Marque représentant ses initiales L. S. X. Pierre Deruelle, directeur.

 

***

 

Fig. 9              1362. -            A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique sous la protection de Monsieur, frère du Roi (Louis-Stanislas-Xavier) (2) depuis 1776.

Marque représentant ses initiales L. S. X. Pierre Deruelle, directeur.

 

***

 

Fig. 10            1399. -            A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique dite de Monsieur, frère du Roi, comte de Provence.

Pierre Deruelle, directeur en 1776.

3e marque.

 

***

 

Fig. 11            1389. -            A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique sous la protection de Monsieur, frère du Roi, 1776.

Moite, successeur de P. Deruelle.

 

***

 

Fig. 12            1400. -                        A. P. Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Fabrique sous la protection de Monsieur, frère du Roi, 1776.

Moitte, successeur de P. Deruelle.

 

***

 

Fig. 13         1401-1402. - A. P Pâte dure de Clignancourt-Montmartre.

Marque de Moitte, successeur de P. Deruelle.

 

(1) Cette marque est une imitation exacte de celle de la pâte tendre de Vincennes de l'année 1754 (en bleu).

(2) Prénoms du comte de Provence.

 

 

 

- 64 -

 

MONTMARTRE EN 1844

 

 

Opposer le Montmartre de 1844 à celui de 1897 nous a paru intéres­sant. A cet effet, nous donnons un tableau de Montmartre en 1844, tableau dressé par Girault de Saint-Fargeau, dans son dictionnaire des communes de la France, édité à cette époque.

………………………………………………………………………………………………

Le bourg de Montmartre est dans une situation remarquable et très pittoresque, sur la montagne de son nom, d'où l'on découvre, dans toute son étendue, la ville de Paris et ses gracieux environs. Cette montagne gypseuse fournit une masse énorme de plâtre et produit à elle seule plus des trois quarts de ce qui est nécessaire pour la construction. Les carrières forment des galeries extrême­ment curieuses, qui méritent d'être visitées.

………………………………………………………………………………………………

On voit à Montmartre, ainsi qu'aux alentours, plusieurs mai­sons de campagne, quantité de guinguettes et beaucoup de moulins à vent. Entre Montmartre et Saint-Ouen se trouve une glacière artificielle, établie d'après un principe ingénieux.

Montmartre possède un établissement philanthropique digne de figurer à côté des plus célèbres de la capitale, et connu sous le nom d'Asile de la Providence ; c'est une espèce d'hospice, placé dans une grande et belle maison, accompagnée d'un vaste jardin, dans lequel on reçoit et l'on entretient cinquante à soixante vieillards des deux sexes. La moitié de ce nombre paye en entrant une modique pension ; les autres sont entretenus gratuitement.

Montmartre a pour annexe le hameau de Clignancourt, qui est situé à l'est et au pied de la montagne. - Son territoire est entouré par ceux des Batignolles-Monceaux, de Clichy-la-Garenne, de Saint-Ouen et de la Chapelle. Au midi, il s'étend sur les boulevards exté-

 

 

 

- 65 -

 

 

Fig. 14

 

VUE DE MONTMARTRE VERS 1844 (versant Nord). Reproduction d’une estampe de la Bibliothèque Nationale.

 

 

 

- 66 -

rieurs de Paris, devant les barrières du faubourg Saint-Denis, Poissonnière, de Rochechouart, des Martyrs, Pigale, Blanche et de Clichy. Le village est disséminé sur toute la montagne, mais prin­cipalement sur le sommet et la pente méridionale jusqu'aux boule­vards extérieurs. Il n'est pas de commune, aux environs de Paris, qui offre plus de changements et d'améliorations, qui atteste davan­tage le progrès en tout genre. - Le quartier Montmartre, en face de l'abattoir de ce nom, s'appelle village d'Orcel, parce qu'il fut commencé, il y a environ cinquante ans, par un spéculateur qui se nommait Orcel, et qu'il était alors assez éloigné des autres habitations. - Montmartre s'est non moins accru du côté des barrières Pigale, Blanche et de Clichy. Là, un vaste quartier s'est élevé depuis une dizaine d'années. - L'ancienne partie du village occupe le som­met de la montagne et s'améliore aussi rapidement par les sages dispositions prises par son embellissement. - Deux places pu­bliques s'ouvrent l'une au sommet, près de l'église, l'autre à mi-côte, près des restes de l'ancienne abbaye. La première s'appelle place du Tertre ; la seconde, place de l'Abbaye. Sur l'un des côtés de celle-ci, le, maire, secondé par le conseil municipal, a récem­ment fait élever la nouvelle mairie, bâtiment considérable et d'une belle apparence.

La situation de Montmartre le privait naturellement d'eaux abondantes, par conséquent des avantages nombreux qui en résul­tent. Il possédait jadis plusieurs sources, qui ont été successivement taries par l'exploitation des carrières. Quelques-unes existent encore sur le revers de la montagne au nord, mais dans un tel état d'ap­pauvrissement qu'elles ne sont plus d'aucune utilité. La compagnie Bourelly a rendu à la commune l'éminent service de lui procurer en abondance, jusque sur les points les plus élevés, les eaux salubres de la Seine, au moyen d'une pompe à feu établie près de Saint-Ouen. Un réservoir, qui reçoit ces eaux refoulées dans des tuyaux d'ascension, les distribue ensuite dans tous les quartiers, soit publi­quement aux porteurs d'eau et aux particuliers, soit dans les maisons et à domicile par des concessions et abonnements annuels d'un prix très modéré.

L'église de Montmartre, l'un des monuments les plus curieux du département de la Seine, est du XIIe siècle ; elle conserve encore des traces de son origine, surtout dans quatre colonnes, qu'on eut

 

 

 

- 67 -

la maladresse de peindre au lieu de les laisser dans leur état naturel. Placée au lieu le plus élevé de la montagne, on l'aperçoit de loin et de toutes parts. L'autorité supérieure a profité de cette situation favorable : elle a fait construire sur une partie de l'église une tour et un télégraphe qui, à cette hauteur, peut correspondre avec tous les points d'une immense horizon.

………………………………………………………………………………………………

 

Deux cimetières sont établis dans a commune. L'ancien, situé près de l'église, est fermé depuis longtemps, excepté aux familles des concessionnaires à perpétuité. Le nouveau est ouvert sur le revers de la montagne, au nord. - L'un des grands cimetières de Paris se trouve aussi dans la commune ; il est principalement des­tiné aux cinq arrondissements du nord de la capitale. Il est assis dans l'emplacement d'une ancienne carrière à plâtre. On voit plu­sieurs tombes remarquables, entre autres celles de M. Larmoyer, de M. et de Mme Legouvé, de Mlle Volnais, de Saint-Lambert, de Greuze, de M. du Bocage, du maréchal de Ségur, du sculpteur Pigale, etc., etc.

 

 

Fig. 15

 

L’ÉGLISE SAINT-PIERRE-DE-MONTMARTRE, VERS 1844.

Reproduction d’une estampe de la Bibliothèque Nationale.

 

 

 

- 68 -

Montmartre possède l'un des principaux théâtres de la banlieue de Paris ; il est situé au village d'Orcel, en face de l'abattoir, précédé d'une jolie place et d'une petite promenade.

La fête patronale de Montmartre est celle de saint Pierre, 29 juin ; on la célèbre le dimanche suivant sur le plateau de la terrasse, qui est près de l'église.

Patrie du capitaine BONSERGENT, l'un des plus valeureux soldats des armées françaises.

Fabriques de tulle, savon vert, toile cirées, instruments de marine, tapis peints et vernis, encres et produits chimiques. Fonderie de bronze. Maison de santé. Pension pour l'un et l'autre sexe.

 

Le Gérant : L. BERTRAND aîné.

 

 

Fig. 16

 

 

 

- I -

 

ACTES DE LA SOCIÉTÉ

 

APPENDICE


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU « VIEUX MONTMARTRE »

 

 

SÉANCE DU VENDREDI 2 AVRIL 1897.

Présidence de M. JULES MAUZIN, Vice-Président

 

Le président prononce l'oraison funèbre de M. Rodolphe Salis.

M. Lazard propose - et prend à sa charge toutes les dépenses y afférentes - de demander à l'association des étudiants l'aide de ses photographes, pour la reproduction photographique de toutes les estampes intéressant Montmartre, faisant partie du fonds dit : la topographie de la France, au Cabinet des Estampes. M. Lazard estime, avec raison, que notre société peut avoir à sa disposition pour ce moyen, une série de clichés devant constituer une réserve précieuse pour l'illustration de nos fascicules.

La proposition de M. Lazard est adoptée. Une commission, composée de MM. Lazard, Gaston Duval, Bournon et Sellier, est nommée à l'effet de procéder au choix judicieux de ces vues et plans montmartrois.

M. Lazard donne lecture d'une note sur la fortification de Montmartre en 1556.

Dons de MM. Breuillé, Gaignettes, Meusy, Delcourt, Artus, Mauzin, Létourneau, Heusch, Pierre de Saint-Victor, Farget.

Membre nouveau : M. Henri Goutherot.

Démissionnaire: M. Dieder.

 

***

 

SÉANCE DU VENDREDI 7 MAI 1897.

Présidence de M. JULES MAUZIN, Vice-Président

 

M. Delcourt fait connaître l'état des négociations en cours pour la conservation de l'église Saint-Pierre. A cette occasion, M. Delarbre informe l'assemblée que M. Lécuyer serait le promoteur d'une souscription ayant pour but la conservation et la réfection de l'église.

Le président donne lecture d'une lettre de M. Wiggishoff, faisant connaître que la propriétaire du terrain de la rue Ganneron, sur lequel une pierre d'érection d'une maison avait été trouvée, se refuse à faire don de la dite pierre au « Vieux

 

 

 

- II -

Montmartre ». M. Wiggishoff, qui a fait prendre une copie exacte de l'inscription gravée sur cette pierre, en envoie le texte suivant :

 

Sous la conduite de

Rouault, me maçon cette

Pierre a été posé (sic) par

M. D. Billaut pour Me

Boisoux propriétaire le 13 juillet

1785.

 

M. Wiggishoff rappelle que cette pierre a été retrouvée en Mars 1897, lors de la démolition des immeubles du passage des Deux-Nethes.

Dons de MM. Heusch, Delcourt, Wiggishoff, Meusy, Lauc, Lamquet, Mauzin. Membres nouveaux : MM. Abel, Laurentie, Georges Montorgueil, Deladouespe.

 

***

 

SEANCE DU VENDREDI 5 JUIN 1897.

Présidence de M. WIGGISHOFF, Président

 

A propos de la publicité faite au « Vieux Montmartre » par la presse parisienne, publicité qui doit servir d'encouragement à la Société, une discussion est ouverte, dont les conclusions sont les suivantes : Insister auprès des amis du « Vieux Montmartre » disposés à traiter de son œuvre dans les colonnes de leurs journaux, sur le caractère plus spécial d'archives à attribuer à ses collections ; faire ressortir qu'elles constituent un très important dépôt de documents plutôt qu'un musée proprement dit.

M. Monin donne lecture d'une note sur le coup d'Etat de 1852 à Montmartre.

Dons de MM. Compan, Meusy, Legrand, Lamquet, Heusch.

Membres nouveaux : MM. Labat, Hermitte, Cendrier, le docteur Weill.

 

***

 

SÉANCE DU VENDREDI 2 JUILLET 1897.

Présidence de M. WIGGISHOFF, Président

 

M. Lamquet demande s'il n'appartient pas au « Vieux Montmartre » d'appuyer la pétition relative à l'achat, par la ville de Paris, de la propriété de Michel de Tretaigne, pour y installer un square. Ce vœu est adopté.

M. Lazard donne communication d'un prospectus, portant, reproduit par la gravure, le projet de constructions à élever sur le périmètre circonscrit par les rues Lécuyer, Ramey et Bachelet, projet préalablement dénommé : cité Clignancourt. Bien que ce projet n'ait point été mis à exécution, il paraît assez intéressant pour qu'on en reproduise la vue par la photographie. Cette proposition est adoptée et ce travail est confié à M. Galliot.

M. Sellier demande la publication, en un prochain fascicule, de l'acte de vente de l'Abbaye, en raison de l'intérêt qu'il y aurait de connaître les noms des acqué­reurs. Cette publication est décidée.

M. Gaignettes demande s'il serait possible de rétablir l'inscription placée par les soins du « Vieux Montmartre » au bas de la croix de l'ex-cimetière de la rue Marcadet.

 

 

 

- III -

La demande de M. Gaignettes est prise en considération.

Dons de MM. Ogier, Lamquet, Galliot, Wiggishoff.

Membre nouveau : M. Hamon.

 

***

 

SÉANCE DU VENDREDI 6 AOUT 1897

Présidence de M. WIGGISHOFF, Président

 

Le Ministère de l'Instruction publique nous adresse dix exemplaires du pro­gramme du 36e Congrès des Sociétés savantes, et invite le « Vieux Montmartre » à participer aux travaux de ce Congrès, qui s'ouvrira le 12 avril 1898.

M. Gaston Duval propose de donner la chronologie des maires de Montmartre, en même temps que la biographie de Félix Desportes. Il donne ensuite lecture d'une note relative au Quadragésimal spirituel et au Nouveau Testament, deux ouvrages ayant appartenu à la bibliothèque de l'Abbaye et inscrits au catalogue de la vente Pichon.

M. le docteur Fourès donne lecture d'une note relative à l'agrandissement de la rue Clignancourt, en 1764.

Dons de MM. Wiggishoff, Meusy, Gaston Duval,

Membre nouveau : M. Robinet.

Membre démissionnaire : M. Porée.

 

***

 

SÉANCE DU VENDREDI 3 SEPTEMBRE 1897.

Présidence de M. WIGGISHOFF, Président

 

M. Lazard signale un article de Théophile Gauthier, dans le Moniteur, année 1855, en lequel, à propos des carrières de Montmartre, il est dit : « Ce vaut l'œuvre de Hoguet, le peintre de Montmartre. » D'autre part, Maxime du Camp, traitant de l'art hollandais, signale également ce peintre. Or, à la connaissance de M. Lazard, il n'existe rien de ce peintre, sur Montmartre, dans les collections publiques. Notre collègue prie les membres de la Société de bien vouloir lui signaler les œuvres montmartroises de cet artiste que le hasard leur ferait découvrir. Il donne lecture d'une note sur le projet qu'on eut de détruire par le feu en 1575, les constructions sur la butte, à l'occasion de la marche, sur Paris, des reîtres du duc d'Alençon. Enfin, il signale l'existence, aux archives de la Seine, de quatre cartons relatifs à l'asile de la Providence.

M. Delcourt donne lecture d'un extrait de l'article de Girault de Saint-Fargeau, dans son Dictionnaire des Communes, sur Montmartre, à la date de 1844.

Dons de MM. Barbier, Meusy, Fourès, Wiggishoff, Bournon.

 

 

 

SOUS PRESSE

les 3e et 4e fascicules de l’année 1897.

 

10-12-7. – Tours, imp. E. ARRAULT et Cie, 6, rue de la Préfecture.