René Dorin 03

 

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SIGNES EXTÉRIEURS

 

Paroles de René DORIN – Musique de ZIM

 

 

Le fisc a déjà le nez dans nos caisses

Mais ça n'est pas tout, nos législateurs

Veul'nt qu'il évalue maint'nant nos richesses

D'après l'aperçu des sign's extérieurs.

Les sign's extérieurs ! Ah ! Ils exagèrent !

Après tant de chos's que l'on nous taxa,

C'est à se taper le derrièr' par terre !

Les sign's extérieurs !... Ah ! ne fait's pas ça !

 

Car, législateurs, vous n'êt's pas si bêtes

Que certains de vous peuv'nt en avoir l'air

Et vous pensez bien que chacun s'apprête

A déjà paraître un p'tit peu moins fier.

Vous allez casser, vous allez abattre

Le plus grand ressort de l'humanité

Qui nous fait agir, qui nous fait combattre

Vous allez tuer notre vanité !

 

Chaqu' jour nous voyait lutter davantage,

Pour quelle raison ? ou pour quel besoin ?

Le besoin profond, le besoin sauvage

Le besoin puissant d'épater l' voisin :

« T'as un chapeau neuf, moi, j'ai des bottines.

- Ah ! t'as des bottin's, moi j'ai un manteau.

- T'as un' torpédo, j'ai un' limousine,

- T'as un' Citroën, j'ai une Hispano !

 

Chacun pour montrer les sign's d'un' richesse,

Que souvent, d'ailleurs i' n' possédait pas,

Comme un forcené travaillait sans cesse

Et par son effort soutenait l'Etat.

Mais sous la menac' des taxes dernières

Epater l' voisin dev'nant périlleux

Vous nous verrez tous jouer au contraire

A qui paraîtra le plus malheureux.

 

« T'as plus d' torpédo ? j' n'ai plus d' limousine.

- T'as plus ta Citron, j' n'ai plus d'Hispano.

- Tu n'as plus d' manteau, moi j' n'ai plus d' bottines.

- Tu n'as plus d' bottin's, moi j' n'ai plus d' chapeau !...

Là-bas dans ce coin, les pieds sans chaussettes

Quel est ce pauvre homm' si mal habillé

C'est Monsieur d' Rothschild qui gaiement achète

Un p'tit cornet d' frits pour son déjeuner.

 

Par ici, voyez, c'est la Mistinguette

Ell' n'a plus sept sous pour prendr' son métro

Volterra la roul' dans un' p'tit' brouette

Pour qu'elle aill' bosser à son casino.

Plus loin, la sueur perlant aux aisselles,

Madam' la duchess' d'Uzès, c'est un nom !

Eh ! bien, c'est ell'-mêm' qui fait sa vaisselle

Et pass' son fourneau à la min' de plomb.

 

De Verra Sergin', là ce sont les formes

Qu'un châl' de coton peut à pein' voiler...

Ah ! nous allons voir des choses énormes !

(Ce n'est pas des form's que je veux parler)

Et le mouvement se généralise

Monsieur de Fouquièr's porte des sabots

Et Raymond Duncan n'a plus sa chemise

L'uniqu' vêtement qui cachait son dos.

 

Rev'nant (pour la rim' disons) du Hanôvre

Les Dolly's sisters chez Monsieur Dufrên'

Se font appeler « Les p'tit's soeurs du pauvre ! »

Je vois en mendiant Monsieur Citroën

Seul' Madam' Cora, la très grande actrice

Garde en souriant son poste d'honneur

Car de Mogador, être directrice

N'est point de richesse un signe extérieur !

 

Les sign's extérieurs ! Ah ! La farce est bonne

Vers quel avenir nous conduisez-vous ?

Mais tout va sombrer voyons, si personne

Ne peut plus montrer qu'il possède un sou !

Et journellement, de fil en aiguille,

Vers l'humilité, nous acheminant,

Dans chaque provinc', dans chaque famille

Nous retournerons au commencement.

 

Nous retrouverons de nos premiers pères

Les premiers instincts simples et brutaux

Et la vie heureus' de l'âge de pierre

Sans ambition, sans lois, sans impôts...

Davantage encor', comm' des bêt's féroces

Petit à petit, on redeviendra

Et quand nous serons comm' des bêt's féroces

O législateurs, on vous mangera !

 

 

 

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La dernière mise à jour de ce site date du samedi, 26. février 2011 10:42 +0100