Henry Cor

 

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IL FAIT DES AFFAIRES ! 

 

Paroles de Henry COR - Air : J'ai bon caractère

 

 

I

L'autr' jour je rencontre un ami

perdu d' vue d'puis trois mois et demi,

qui s'écria en rue voyant :

« Tiens, mais j’ te dois toujours 20 francs !

La dernier' fois qu'on s'est r'trouvé,

tu t' souviens si j'étais fauché !

V’là tes 20 francs..., prends-les farceur,

à présent j' suis à la hauteur !

 

Car maint'nant, vieux frère,

je fais des affaires.

Mont' donc dans mon Hispano,

j' vais t' conduire à mes bureaux,

tu verras, c'est rigolo,

j'ai quarant'-deux dactylos,

un' douzain' de secrétaires

et vingt-deux chargés d'affaires.

Moi qui n'avais pas un rond,

maint'nant je brass' des millions,

si t'as d' l'argent à placer,

mon vieux, tu peux me l' confier,

je le ferai fructifier.

Tiens, justement en c' moment,

j'ai de merveilleux plac'rnents,

j' viens d' fonder un consortium

pour l'él'vag' du géranium,

ça, c'est du vingt-cinq pour cent,

remboursable au bout d'un an.

Mais j’ai mieux qu' ça certain'ment,

j' suis à la têt' d'un group'ment,

dont le siège est au Soudan,

pour la cultur' du cur' dent,

ça c'est du quarant' pour cent,

plus un' prim' pour chaque enfant

âgé de moins d' soixante ans.

Mais j'ai encor bien plus fort,

j'ai les Glacièr’s du Pôl' nord

chargées de l'importation

d' la glace en ébullition :

ça c'est du soixant' pour cent,

plus un rappel de cent francs,

Si le souscripteur, oui da

se marie pendant c' temps-là,

et un' prim' de vingt francs d' plus,

chaque fois qu'il est cocu !

Tu vois, mon vieux frère,

que j'ai d' bonn's affaires,

tu n' trouv'ras pas mieux sûr'ment

pour placer ton argent.

 

 

II

Le lend'main j' courus sur-le-champ

retirer les quelques mill’s francs

que j'avais placés, non sans mal,

en modeste emprunt national,

puis, nanti d' mes pauvres billets,

je partis confiant et guilleret,

les porter à mon brav' copain,

en m' répétant tout l' long du ch'min :

 

Grâce à lui j' vais faire

de très bonn's affaires,

mais en arrivant là-bas,

je vis tout un branle-bas,

et un tas d' gens affolés,

qui ne cessaient pas d' gueuler,

puis, tout à coup, j'aperçus

mon brave ami, tout confus...

entre deux typ's moustachus...

En m' voyant il s'écria :

« Mon bon vieux, ne t'affol' pas,

tu vois… j' fais du cinéma »

Mais comm' les deux inspecteurs

l'embarquaient sans null' douceur,

il me murmura tout bas :

« Viens donc m' voir un jour là-bas

et surtout fais attention,

garde bien ton bon pognon,

ne le plac' pas au hasard,

tu me l' confieras plus tard...

Car même si je suis coffré

je suis sûr de m'en tirer

et dès que je sortirai

je r'f'rai des affaires

encor' plus prospères,

attends-moi donc patiemment

pour placer ton argent !

 

 

III

J'avais r'placé tout simplement

mes quelques sous à cinq pour cent,

quand je r'çus un mot d' mon copain,

me disant : « Viens donc m' voir demain ».

 

En arrivant à la Santé,

pensez si je fus épaté,

au lieu d'occuper un cachot

mon typ' trônait dans un bureau !

Il m’ dit : « Mon vieux frère,

ça va les affaires !

D'puis qu' je suis à la Santé,

j'ai fondé trois sociétés,

j'ai déjà, c'est épatant,

un joli noyau d' clients,

ainsi mon jug' d'instruction

s'est inscrit pour trente actions,

l' directeur de la prison

m'a pris douze obligations,

les deux agents d' la sûr'té

— les mêm's qui m'ont arrêté —

font partie du Comité

le pasteur et l'aumônier,

m'ont confié quelques deniers,

n'y a plus que le rabbin

qui m' rendra répons' demain.

Mais, tu sais, j'ai bon espoir,

j' suis presque sûr de l’avoir !

Quant aux autres prisonniers,

ils se sont tous associés

afin de m' commanditer,

jusqu'au condamné à mort

qui m'a r’mis un' dent en or

en me priant d' l'excuser

d'avoir si peu à m’ donner !

Tu vois, mon vieux frère,

qu' pour ce genr' d'affaire,

on trouv' toujours du pognon

et toujours des couillons !

  

 

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La dernière mise à jour de ce site date du samedi, 26. février 2011 10:36 +0100