L’EXPOSITION « FOCH » AU MUSÉE DE L’ARMÉE

 

 

 

Du 13 novembre 1979 au 20 janvier 1980, s'est tenue au musée de l'Armée une importante exposition consacrée au maréchal Foch.

 

C'est pour répondre à un voeu émis par le conseil d'administration du musée de l'Armée que le ministre de la Défense avait en effet confié au musée la mission de commémorer le cinquantième anniversaire de la mort du commandant en chef des armées alliées de la Grande Guerre. Il avait tout d'abord paru souhaitable à certains qu'une exposition commune soit consacrée aux souvenirs des deux grands français dont les noms avaient été unis dans la victoire de 1918, comme ils le sont encore sur la liste des navires les plus prestigieux de notre Marine nationale : Foch et Clemenceau. Ce projet ne put aboutir et c'est donc au musée que revint l'honneur d'évoquer le souvenir du maréchal Foch.

 

Aux nombreux problèmes que pose toute exposition, s'ajoutait tout d'abord pour le musée celui du choix du local. La répartition actuelle des bâtiments de l'hôtel national des Invalides entre les très nombreux organismes qui y sont implantés prive en effet le musée de l'Armée de toute salle d'exposition temporaire. Il fut donc décidé tout d'abord de placer l'exposition Foch dans la salle des Alliés, actuellement fermée au public. Bien qu'il soit en effet possible de resserrer quelque peu les vitrines centrales de cette salle pour ménager un certain espace à l'entrée de la pièce, cette solution contraignait les organisateurs à restreindre leurs projets à une assez modeste manifestation. C'est cependant dans cet esprit que les premières démarches furent entreprises, auprès des nombreux organismes et collectivités qui conservent des souvenirs du maréchal Foch, par M. Amalvi, archiviste paléographe qui effectuait son service national au musée en qualité de « scientifique du contingent ». Ces premiers contacts furent très fructueux et la richesse des documents et des objets proposés laissait déjà prévoir des choix cruels, lorsque le projet initial put être heureusement modifié.

 

 

 

Chapeau et habit d’académicien du maréchal Foch, portés ensuite par le général Weygand

Musée de la maison natale du maréchal à Tarbes

 

 

Le ministre de la Défense désirait en effet donner le plus grand retentissement possible à cette manifestation, afin que celle-ci soit à la mesure de celui qu'elle devait honorer et c'est dans cet esprit qu'il sollicita du chef de l'Etat que celui-ci vint en personne inaugurer l'exposition. Il convenait donc de donner une plus grande ampleur au projet et c'est ce qui détermina le général directeur à lui consacrer les pièces qui s'ouvrent sur le corridor Duquesnoy et où étaient jusqu'alors présentés les souvenirs de l'ancien hôtel des Invalides et de ses pensionnaires. C'est d'ailleurs à ce moment qu'un nouveau conservateur rejoignit le musée de l'Armée pour y remplacer le colonel Martel et qu'il fut nommé commissaire de l'exposition.

 

La ligne directrice qui fut alors choisie pour celle-ci tint compte à la fois de la disposition particulière des locaux et de la nécessité de respecter l'ordre chronologique qui impose sa rigueur tant aux historiens qu'aux biographes. Il fut donc décidé de montrer comment toute la vie du maréchal Foch fut consacrée par le travail à la recherche de responsabilités grandissantes pour donner à la France une armée capable de, lui rendre les provinces perdues en 1870 et de faire face avec succès à toutes les menaces.

 

Ainsi put-on définir les grandes articulations de l'exposition : la famille et la formation, Polytechnique et la vocation militaire, l'officier d'artillerie, le professeur à l'Ecole de guerre, le chef de guerre, le généralissime, le vainqueur, les témoignages de reconnaissance, la mort et les funérailles, le rayonnement posthume du maréchal Foch.

 

Sans vouloir adopter une attitude par trop didactique qui aurait ôté toute liberté au visiteur, il fut cependant décidé d'éclairer sa démarche en affichant parmi les vitrines les thèmes des différents chapitres de l'exposition et en plaçant dans des boîtes lumineuses une douzaine de textes choisis dans l'oeuvre du maréchal et qui montreraient la fermeté de son caractère et la continuité de sa pensée, tout entière mise au service de l'action.

 

 

 

Corridor Duquesnoy

Portrait de Foch par Dagnan-Bouveret, entouré des soldats des armées alliées

 

 

La très généreuse collaboration qui fut accordée au musée en cette circonstance par plus de trente collections publiques et privées permit d'illustrer d'une façon très équilibrée les différents chapitres de l'exposition.

 

Il avait été dès l'abord convenu qu'à part quelques pièces essentielles, il ne serait pas touché aux souvenirs conservés dans la salle 1914-1918. Néanmoins, la richesse des prêts consentis permit de réaliser parfaitement le but poursuivi en présentant de très nombreux souvenirs qui n'avaient pour la plupart jamais été vus par le public. Parallèlement au travail de recherche, il était entrepris la rédaction d'un important catalogue qui fut l'oeuvre de M. Amalvi, bientôt rejoint par M. Garnier, conservateur des musées de la ville de Paris, lui aussi affecté au musée de l'Armée comme « scientifique du contingent ». A ce catalogue qui devait compter plus de trois cents numéros, furent jointes une biographie et une importante bibliographie, tandis que sa préface était demandée au général d'armée Gambiez, président de la Commission française d'histoire militaire. Les délais d'impression de ce catalogue devaient cependant contraindre les organisateurs à rejeter « hors catalogue » une centaine de numéros correspondant à des prêts tardifs.

 

Au premier rang des prêteurs, figure tout d'abord la famille du maréchal Foch qui collabora très étroitement et très généreusement à l'exposition en autorisant notamment la reproduction des photographies des albums familiaux et en exposant de très nombreux autographes du maréchal et des objets aussi précieux que la grand-croix de l'ordre du Bain, la cravate du fanion du généralissime et le portefeuille contenant un texte sur la loi morale.

 

En tête des collections publiques, il faut citer le musée de la maison natale du maréchal à Tarbes qui mit spontanément à la disposition du musée de l'Armée des souvenirs aussi prestigieux que le képi de la bataille de la Marne, le brouillon de l'ordre du jour du 11 novembre 1918 et l'habit d'académicien du maréchal (qui fut également porté par le général Weygand).

 

A ces collaborations extérieures, il convient d'ajouter l'aide qui fut apportée aux organisateurs par les conservateurs et les ateliers du musée. Tandis que le colonel Willing réalisait les mannequins portant les uniformes des soldats alliés, les ateliers collaboraient étroitement à toutes les phases de la préparation de l'exposition.

 

 

 

Le bâton de maréchal de France ; au second plan le clairon de l’armistice

 

 

Lorsque le visiteur entrait dans le corridor Duquesnoy, il découvrait au fond de la perspective le grand portrait de Foch par Dagnan-Bouveret, venu de la salle d'honneur de l'Ecole de guerre, entouré des uniformes des soldats des armées alliées qu'il conduisit à la victoire et de drapeaux d'associations d'anciens combattants étrangers venus des pays non belligérants. De chaque côté du corridor, étaient présentés la jeunesse et l'éducation de Ferdinand Foch, ses études à Polytechnique avec ses feuilles de notes, sa carrière d'artilleur avec des modèles de canons de Bange empruntés aux collections de la salle Gribeauval, les étendards des 29e et 35e régiments d'artillerie, le sabre du colonel Foch, prêté par le commandant du porte-avions Foch, les éditions originales des ouvrages, des rapports préfectoraux sur les sentiments républicains du colonel Foch... Les phases successives de la Grande Guerre, avec le rôle grandissant que le général Foch devait y jouer étaient présentées avec un appareil photographique, des pages manuscrites, d'alertes dessins du général Requin prêtés par le musée des Deux Guerres mondiales, des fanions et des portraits.

 

La salle suivante était consacrée au commandement suprême et à la victoire. Foch entouré des grands chefs alliés et de son état-major, la carte des offensives victorieuses, faisaient escorte aux vitrines où étaient mis à l'honneur le bâton de maréchal de France et les témoins de la signature de l'armistice à Rethondes. D'autres vitrines présentaient le défilé de la victoire à Paris, le bâton de maréchal de Grande-Bretagne et le défilé de la victoire à Londres, l'élection à l'Académie française et les épées offertes au maréchal par Paris et Tarbes.

 

La troisième salle évoquait le rayonnement du maréchal, ses vaines tentatives pour faire obtenir à la France des garanties de poids dans le traité de Versailles, enfin sa mort et l'extraordinaire cérémonie des funérailles, auxquelles le monde entier s'était associé. C'est dans cette salle, au milieu des souvenirs des voyages à l'étranger et des multiples témoignages de gratitude officielle et de ferveur populaire qu'était présenté le bâton de maréchal de Pologne, remis à Varsovie en 1923.

 

En ressortant de cette salle, le visiteur voyait encore une sélection des ouvrages écrits sur le maréchal Foch depuis un demi-siècle et il lui était enfin présenté les maquettes des monuments qui avaient été sculptés par Bourdelle, Bouchard et Lan­dowski pour contenir son tombeau sous le dôme des Invalides.

 

 

 

Le n° 4 bis du boulevard des Invalides où le maréchal eut son bureau au lendemain de la Grande Guerre

 

 

Le 12 novembre, l'exposition fut inaugurée par le président de la République, accompagné par le ministre de la Défense et le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants. Accueilli à l'entrée du corridor Duquesnoy par le général directeur du musée de l'Armée, le chef de l'Etat saluait tout d'abord Mme Fournier-Foch, fille du maréchal, en présence de nombreux représentants de la presse. Il parcourait ensuite les différentes salles qui n'avaient jusqu'alors été vues que par les membres du conseil d'administration du musée et ceux de la Société des Amis du musée. Après cette visite très attentive de l'exposition, le président devait s'entretenir avec la famille du maréchal et diverses personnalités dans la salle d'honneur de l'hôtel des Invalides. En se retirant, le chef de l'Etat voulut bien faire part de sa satisfaction pour le travail qui avait été accompli.

 

Réservée d'abord aux invités du musée dans la soirée du 12 novembre, l'exposition fut ouverte au public dès le lendemain. Elle connut indéniablement un vif succès puisque plus de onze mille visiteurs parcoururent ses salles jusqu'au 20 janvier. Si l'on tient compte du fait qu'il fallait, pour parvenir aux salles où elle se tenait, trouver son chemin dans le musée et affronter de rudes escaliers, on peut considérer que ce bilan est très positif, puisqu'il dépasse de quelque peu celui qui fut réalisé par l'exposition consacrée à Georges Clemenceau qui se tenait pourtant au Petit Palais, dans un emplacement privilégié.

 

Ces visiteurs représentaient toutes les classes de la société et toutes les générations car on vit des classes d'histoire d'adolescents croiser, dans les salles, des anciens combattants qui avaient servi sous les ordres du maréchal Foch. Même aux heures d'affluence, il régna toujours dans l'exposition une atmosphère que l'on peut qualifier de respectueuse et qui permettait aux visiteurs de se pencher sur les très importants textes qui étaient exposés. Des nombreuses questions qui furent posées, on peut retenir d'une part un vif intérêt porté à l'histoire et singulièrement à l'histoire militaire, comme en témoignent les émissions de radio et de télévision ainsi que la floraison de nombreuses publications, mais d'autre part, il faut noter de surprenantes ignorances touchant à cette période de l'histoire où s'illustra le maréchal Foch. Si cette exposition, avec ses documents authentiques, ses cartes renseignées, ses souvenirs prestigieux, a pu servir à fixer les idées de nombreux jeunes gens sur l'importance des sacrifices consentis par leurs aînés, pour la sauvegarde de notre patrie, elle aura tenu sa part dans l'accomplissement des missions confiées au musée de l'Armée, parmi lesquelles les activités pédagogiques si judicieusement confiées à M. Baillargeat, sont des plus importantes.

 

A côté des nombreux visiteurs anonymes, il faut noter des personnalités des arts et des lettres, dont les visites, loin d'être protocolaires, prouvaient l'intérêt suscité par cette manifestation. Mme Fournier-Foch tint à se rendre plusieurs fois à l'exposition et elle confia à ceux qui avaient le privilège de la rencontrer, de précieux souvenirs sur son père.

 

 

 

Table et fauteuil de travail du maréchal Foch avec son nécessaire de bureau

 

 

Au succès remporté par l'exposition Foch, on peut mesurer celui qui attendrait une telle entreprise si elle était organisée dans des locaux plus vastes et surtout plus accessibles et si une publicité, comme on en voit tant se répandre sur les murs au profit d'activités futiles ou médiocres, assurait l'information du grand public de la capitale. Il convient d'ajouter pour ceux qui craindraient que cette exposition referme définitivement les portes de l'oubli sur le souvenir du maréchal Foch que la majeure partie des documents réunis à cette occasion ont pu être reproduits et sont regroupés dans un dossier qui a été confié à la bibliothèque du musée de l'Armée.

 

Dans un avant-propos du catalogue de l'exposition, on faisait remarquer à quel point le quartier des Invalides et de l'Ecole militaire avait été imprégné par la pensée et les actes du maréchal Foch. Celui cependant qui voudrait aujourd'hui tenter de retrouver après un demi-siècle, les traces sensibles du passage en ces hauts lieux du vainqueur de la Grande Guerre devrait faire oeuvre d'imagination car il arrive aux pierres, même, d'être infidèles. Il faudrait tout d'abord aller méditer dans les amphithéâtres de l'Ecole supérieure de guerre, où les successeurs du chef d'escadron Foch au cours d'histoire perpétuent sa pensée et ses leçons à travers le récit de ses victoires. C'est à la bibliothèque que l'on trouverait, à défaut des cours de Foch, ses ouvrages dédicacés à l'Ecole qui lui doit tant. Mais l'on chercherait vainement ce qui fut, au lendemain de la Grande Guerre, le rendez-vous des amis et des disciples du maréchal, à son bureau du 4 bis du boulevard des Invalides. Les travaux de rénovation de l'Institution nationale des Invalides ont fait disparaître toute trace de ces pièces où la pensée vigilante de Foch continua, longtemps après la victoire, à nourrir et à guider les réflexions de nos élites militaires. Seuls, la très belle table du maréchal et son fauteuil de travail ont été sauvegardés et ils se trouvent actuellement dans le bureau du général directeur du musée de l'Armée. En plus des souvenirs qui sont placés dans la salle 1914-1918, il sera bientôt présenté aux visiteurs du musée quatre belles épées offertes au maréchal après la victoire, par la ville de Paris, la guilde des marchands de la cité de Londres, l'Institut français des Etats-Unis et la ville de Philadelphie. Ces armes superbes viennent d'être confiées en dépôt au musée par la famille du maréchal, qui a d'autre part remis de très importants manuscrits au Service historique de l'armée. Il demeure enfin le tombeau du maréchal, oeuvre du sculpteur Landowski, qui, sous le dôme, avec les mausolées de Vauban, de Turenne et de Lyautey, monte une garde silencieuse et prestigieuse autour de celui qui inspira l'oeuvre de Ferdinand Foch, après avoir été lui-même le disciple de Turenne. Ainsi, Saint-Louis des Invalides demeure-t-il à jamais ce qu'en firent un jour les utopistes de la Révolution, le temple de Mars.

 

 

Lieutenant-colonel Marc NEUVILLE,

conservateur au musée de l'Armée

 

 

 

 

Le tombeau du maréchal Foch, par Landowski (Dôme des Invalides)

 

 

 

Articles 14-18