S.M. GEORGE V
SOUVERAIN DU ROYAUME-UNI DE
GRANDE-BRETAGNE ET D’IRLANDE

le Lord-Maire lisant la proclamation du roi George V à Temple-Ban, aux portes de la « Cité » de Londres
(9 mai 1910)

le roi
George V, la reine Mary, et leur fils aîné le prince Edouard-Albert,
héritier présomptif
La mort brusquement survenue d'Edouard VII a
soudain appelé au trône celui qui, sous le nom de
George V, ne compte encore que quelques semaines de règne. Comment le nouveau
souverain s'est-il initié à son rôle de chef d'une grande nation ? Quelle
a été jusqu'à présent sa vie publique et privée ? Quelle direction peut
attendre de lui l'Angleterre à l'heure décisive de son histoire où elle se
trouve aujourd'hui, à la suite d'événements intérieurs dont nous avons ici même
précisé la gravité ? En lisant cette étude toute pleine de détails précis
et intimes, on sera frappé par le caractère purement anglais du « Roi marin »
qui va présider aux destinées de la plus maritime des nations modernes.
Jamais, depuis de longues années, la Grande-Bretagne n'avait eu un roi aussi profondément anglais que l'héritier d'Édouard VII. Les fils de George III, le grand-père de la reine Victoria, furent tous trois élevés Outre-Rhin. La reine Victoria elle-même écrivait plus couramment l'allemand que l'anglais ; et Edouard VII, par ses liens de parenté avec les familles régnantes, par ses séjours annuels sur le continent, était vraiment « l'oncle de l'Europe ».
Elevé pour être marin, inscrit pendant trente-trois ans dans les cadres de l'armée de mer, marié à une princesse de souche britannique, George V est, par son éducation et ses goûts, le plus anglais des souverains.
Le successeur d'Edouard VII est né à Marlborough-House, le 3 juin 1865, dix-sept mois après Albert-Victor, duc de Clarence. Il devait avoir trois sœurs : les princesses Louise, mariée au duc de Fife ; Victoria ; et Maud, qui épousa le roi Haakon de Norvège.
Enfant turbulent et aventureux, c'était l'espiègle de la famille. Les bonnes gens de Sandringham ont gardé mémoire de nombreux tours qui n'annonçaient certes pas l'homme grave, renfermé et studieux que devint plus tard le Prince. Un entre autres. Des ouvriers étaient occupés à peindre les communs du château. L’heure du lunch sonne. Les badigeonneurs s'éclipsent, sans se douter que deux paires d'yeux mutins, ceux du futur roi d'Angleterre et de la future reine de Norvège, guettent impatiemment leur départ. Ils ont à peine disparu que George et Maud — ses frères la traitaient en garçon manqué et l'appelaient Harry — s'élancent de leur cachette, mélangent les couleurs, versent du rouge dans le blanc de céruse et s'échappent. Quand les ouvriers reprirent leurs pinceaux, les premiers coups leur révélèrent bien vite le passage des espiègles.
Le vieil évêque Wilberforce déclarait qu'il n'avait jamais vu d'enfant plus bruyant. « Il est d'une exubérance incroyable. La vie pétille dans ses moindres gestes. » Et un ami de la famille l'avait surnommé : « The right royal pickle », le très royal piment.
L'APPRENTISSAGE D'UN ROI MARIN
Son père reconnut dans cette gaminerie fougueuse le signe d'une vocation maritime et la nécessité d'une discipline militaire. George-Frédéric n'avait que onze ans et demi lorsque, en janvier 1877, il fut embarqué avec son frère aîné, le duc de Clarence, à bord de la Britannia, vaisseau-école ancré dans la rivière Dart, auprès du port déchu et de la cité endormie de Dartmouth.
Dans son Histoire de la Britannia, le commandant Statham nous apporte un témoignage précieux : « Les deux princes avaient un appartement spécial. Mais, à tous les autres points de vue, ils étaient considérés comme embarqués sur le même paquebot que le reste des cadets, qu'ils intéressaient énormément. « Le caractère divin qui sépare un roi du restant des humains » est considérablement réduit aux yeux d'une foule de gamins ; et les deux cadets royaux servirent souvent de cible à d'interminables interrogations. Le prince Edouard relevait d'une sévère maladie, et, comme il n'était pas vraiment destiné à la marine, on lui laissa faire, au point de vue de ses études, à peu près ce qu'il voulut. Au contraire, le prince George fut soumis à toutes les épreuves, et s'en tira avec honneur. Il avait l'habitude de dire aux marins ses instructeurs de ne pas s'occuper de son frère, qui n'était pas destiné à la mer, mais de lui consacrer toute leur attention. »
En quittant ce Borda britannique, les deux frères furent embarqués à bord de la Bacchante, corvette à voiles et à vapeur de 4000 tonnes. Leur stage sur ce second navire-école, qui rappelle le Bougainville ou le Duguay-Trouin de la marine française, fut aussi sérieux que le premier. Sauf la faveur d'une chambre à part et la dispense du « petit quart », les petits-fils de la reine Victoria prirent part à tous les exercices. Pendant trois ans, la Bacchante tourne autour du globe. Elle va d'abord dans la Méditerranée et aux Antilles. Elle revient ensuite évoluer avec l'escadre de la Manche. Elle repart pour les Canaries et Montevideo. Puis elle fait voile vers l'Australie, le Japon et la Chine, et revient vers les eaux anglaises par Singapour et Suez.
LE BOURGERON NE FAIT PAS LE CHAUFFEUR
L'existence commune des deux frères allait être brisée. Après un court séjour à Lausanne, où ils perfectionnèrent leur français, ils durent se séparer. L'aîné va à Cambridge se préparer au métier de roi. Le cadet reçoit l'ordre de s'embarquer comme « senior midshipman » à bord du Canada, une corvette de 2380 tonnes qui fait partie de la flottille de l'Amérique du Nord et des Antilles. Deux années solitaires permettent au prince George de préparer les examens de Greenwich. Il en sort, le 8 octobre 1885, lieutenant de vaisseau, après avoir subi avec succès les interrogations prévues pour les brevets de torpilleur, canonnier et pilote. Il est récompensé de son travail par une désignation pour l'escadre de la Méditerranée. Il y resta trois ans.
C'est au cours de cet embarquement qu'un incident diplomatique vint révéler à l'opinion anglaise le sérieux avec lequel le petit-fils de la Reine exécutait ses devoirs, tous ses devoirs de marin. Le vaisseau-amiral l'Alexandre, commandé par le duc d'Édimbourg, faisait son charbon dans les eaux turques. A la nouvelle qu'un petit-fils de la souveraine se trouve à bord, le Sultan dépêche une délégation pour lui souhaiter la bienvenue. Elle est reçue, à la coupée, avec le cérémonial d'usage par l'amiral, duc d'Édimbourg. Le représentant du Sultan se hâte de révéler le but précis de sa mission, qui est d'offrir à « Son Altesse Royale » le grand cordon de l'Osmanié. « Justement, voici mon neveu, répond l'amiral. » Les fonctionnaires ottomans, en voyant un jeune gamin en tenue de chauffeur, le bourgeron bleu couvert de poussière, la figure noire de charbon, se crurent victimes d'une mauvaise plaisanterie. Ils referment l'écrin, prennent congé, et regagnent la chaloupe. Deux jours plus tard, un mot de l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Constantinople transmettait à l'amiral la plainte du Sultan, dont le représentant protestait contre la farce dont il avait été la victime : sans sa perspicacité, il donnait le grand cordon de l'Osmanié à un simple soutier !

1° le nouveau roi d’Angleterre — 2° après la
proclamation : le roi d’armes de la Jarretière demande trois acclamations
pour son souverain, du haut de la terrasse de Saint-James Palace
LE SANG-FROID A L'HEURE DU PÉRIL
A la fin de 1889, nous retrouvons le prince George dans l'escadre de la Manche où, pour les manœuvres, on lui donne le commandement du torpilleur n° 79. Un épisode dramatique permit d'apprécier l'endurance et le sang-froid du Prince marin.
Une flottille était chargée de défendre Loughswilly. L'attaque est imminente. Trois torpilleurs, dont le n° 79, sont envoyés en reconnaissance. La nuit est noire ; la mer est mauvaise ; les feux sont éteints. En rentrant à l'aurore, après douze heures de patrouille, l'un des torpilleurs a une avarie. il doit stopper et jeter l'ancre non loin du rivage. La mer est démontée, la situation est périlleuse. Tandis qu'un des navires rentre au port pour demander des secours, le n° 79 essaie de remorquer le camarade désemparé. La haussière casse. Tout est à recommencer. Le prince George part aussitôt à toute vapeur et rejoint dans le port le troisième torpilleur. Il prend un second câble et demande l'autorisation de se porter de nouveau au secours du vaisseau en danger. Une nuit de manœuvres et de tempête n'a épuisé ni ses forces ni son entrain. Muni de la permission nécessaire, le n° 79 repart et rentre bientôt, ramenant le blessé.

1° à travers l’Inde : les nouveaux souverains
(alors prince et princesse de Galles) assistant à une représentation de
danseuses birmanes — 2° présentation d’officiers indiens au prince de Galles
(George V) — 3° inauguration, aux Indes, d’une statue de la reine Victoria
Le Prince
allait voir soudain se terminer sa carrière de marin. En janvier 1892, le duc
de Clarence disparaît, emporté brusquement. Le prince George, promu au rang
d'héritier
présomptif, est obligé de renoncer au métier qu'il aimait avec passion. Mais
l'empreinte qu'il a reçue pendant seize années de service à la mer reste
ineffaçable. Il est silencieux et méthodique, comme il convient à l'homme poussé
à l'école du péril quotidien. Il connaît les questions navales. Il a étudié les
problèmes impérialistes. Il aime les émotions militaires. Pourquoi George V ne
participerait-il pas au culte enthousiaste dont le peuple anglais entoure Jack Tar, le « Mathurin » d'Outre-Manche ?
UNE PETITE-NIÈCE DE LA REINE VICTORIA
D'ailleurs, le mariage de George V est un sûr garant de sa popularité.
Victoria-Marie-Augusta-Louisa-Olga-Pauline-Claudine-Agnès de Teck, surnommée par la foule anglaise la princesse May, naquit, le 26 avril 1867, dans l'austère et vieux palais de Kensington. Présentée de bonne heure à son oncle le duc de Cambridge, elle lui inspira une vive admiration. Et le brave soldat se hâta de noter sur son journal : « La petite fille est charmante ; c'est une enfant superbe ; elle a de solides poumons ». Elle avait à peine deux ans lorsque ses parents, grâce à la générosité de la reine Victoria, qui avait un sentiment particulier « pour les Cambridge », s'installèrent dans la jolie demeure de White Lodge, au milieu de la verdure ensoleillée de Richmond Park. Lâchée dans ce vaste enclos avec ses trois frères Adolphe, Francis et Alexandre, la princesse May connut toutes les joies, saines, indépendantes et un peu viriles de la fillette anglaise.
Toutefois,
elle ne reste pas cloîtrée derrière les murs de Richmond Park. Elle franchit la
grille. Elle suit les cours de l'extension universitaire. Cette éducation à la
fois saine et simple, libre et austère, porta ses fruits et, bientôt, la
duchesse de Teck put écrire à une amie : « May, j'en suis reconnaissante
à Dieu, a triomphé de sa délicatesse ; et sa mine a singulièrement
gagné. Elle est rapide clans son travail, et instruite, et très musicienne. »
On comprend aisément que la reine Victoria ait éprouvé de bonne heure, pour sa petite-nièce, une sympathie toute particulière, et qu'elle l'ait, dans sa pensée, toujours destinée au trône britannique.

après une
promenade d’éléphant : la princesse Mary descend du palanquin
UN ROMAN SUR LES MARCHES DU TRÔNE
La princesse May n'en atteignit, cependant, les premières marches qu'après un dramatique roman.
Les deux fils du prince de Galles avaient été ses compagnons de jeux. Mais le coeur n'avait pas fait le même choix que la raison d'Etat. Le duc de Clarence avait depuis longtemps voué un culte à la princesse Marguerite de Bourbon ; et la princesse Victoria Mary se sentait attirée vers le duc d'York, le marin rude et silencieux. Les sentiments fléchirent devant la volonté de la reine Victoria, et les fiançailles du duc de Clarence avec sa cousine furent annoncées. La mort vint, subitement, dénouer ce projet.

1° avant l’avènement : le prince de Galles auprès
du premier tigre qu’il tua dans l’Inde — 2° le prince à l’affût des grouses
(coqs de bruyères) en Ecosse
Quelques mois après la disparition du duc de Clarence, par une belle matinée de printemps, le 2 mai 1893, la jeune princesse se promenait seule dans le parc de Windsor, aux abords de Sheen-Lodge, pavillon habité par la duchesse de Fife. La destinée voulut que le duc d'York, sortant de chez sa sœur, prit pour s'en retourner au château l'allée déserte qu'arpentait la princesse. Les deux camarades d'enfance ne s'étaient pas rencontrés depuis plus de deux ans et ils s'attardèrent à causer à l'ombre des massifs.
La reine Victoria aimait qu'on la tînt au courant des moindres incidents qui se passaient dans le cadre de Windsor. La nouvelle de la rencontre dans l'allée de Sheen-Lodge parvint le soir même à ses oreilles. Sans perdre une minute, elle fit appeler les jeunes gens et les sonda à tour de rôle. On sait — sa correspondance est là pour le prouver — que la vieille reine avait la manie de faire des mariages. Rien ne l'amusait plus que la révélation d'un sentiment naissant ; elle mettait aussitôt au service du roman ébauché son influence et son autorité. En l'espèce, elle fut particulièrement expéditive. Dès le lendemain matin, elle annonça au peuple anglais les fiançailles « de son bien-aimé petit-fils le duc d'York et de la princesse Victoria-Mary de Teck ».

le roi
George V, d’après sa dernière photographie (cliché Ernest H. Mills, Londres)
Le mariage fut célébré deux mois plus tard, le 6 juillet. Deux faits furent soigneusement notés par les chroniqueurs : ils sont en effet suggestifs. La royale fiancée exigea que son trousseau fût entièrement exécuté en Angleterre, avec des étoffes et par des doigts dont la nationalité fût indiscutée. Le brocard de sa robe de mariage, qui portait mélangés aux fleurs d'oranger les dessins symboliques de la rose, du trèfle et du chardon, fut tissé à Spitafields. D'autre part, les demoiselles d'honneur, sans exception, étaient toutes des princesses de la maison anglaise.
Par ces deux gestes, le Prince et la Princesse précisaient le caractère national de leur union. Anglo-Saxons ils étaient, Anglo-Saxons ils sont restés.

aux fêtes
du troisième centenaire de Québec : le prince de Galles se rencontrant
avec le comte Grey, gouverneur du Canada
LA VIE DU MÉNAGE ROYAL
Sauf quand un devoir politique les appelle à l'étranger comme en 1901, 1905 et 1908, ils mènent, dans un cercle restreint d'intimes, entourés de leurs six enfants, cette vie familiale « home like », presque bourgeoise, qui reste en honneur de l'autre côté de la Manche.
Par l'existence qu'ont vécue jusqu'ici le prince et la princesse de Galles, on peut juger de ce que sera leur vie comme souverains.

le prince
de Galles, en grand costume de chancelier, va poser la première pierre d’un
nouveau collège, à Cardiff
Ce ménage, qui touchait de si près au trône impérial, respectait dans son palais de Londres ou dans son chalet d’Ecosse tous les usages auxquels se plient les classes moyennes dans le royaume. Les deux époux déjeunaient en tête à tête, avant de se rendre dans la « nursery », pour voir leurs enfants. Très éprise de marche, sport qui a remplacé les parties de cricket et les courses folles au galop, la Princesse faisait, dans son parc ou dans la campagne, une bonne heure de « footing », tandis que son mari travaillait. Sans doute, un secrétaire l'aide à expédier sa correspondance, mais George V est rebelle aux collaborations et aux improvisations. Comme sa grand'mère, il dépouille lui-même journaux et rapports, accumule les notes. Il ne se fie ni à la fidélité de sa mémoire ni à son talent de parole. Il a le culte du document écrit. Le « memorandum », proscrit ou à peu près par cet admirable causeur qu'était
Edouard VII, va retrouver avec ce souverain minutieux et méthodique le rôle qu'il jouait dans la vie privée de la reine Victoria et du Prince consort.
Après que la Princesse avait contrôlé les leçons de ses enfants, tout en maniant l'aiguille avec un art consommé, le lunch réunissait parents et enfants. La fin de la journée était remplie, à la campagne, par les excursions et les tournées à la ville, par les expositions et les réunions, les visites et les audiences. Mais les deux époux se hâtaient de regagner le home aussi vite qu'ils le pouvaient. Après le dîner, où étaient rarement admis quelques intimes, gentilshommes authentiques, soldats vaillants, le Prince et la Princesse achevaient ensemble la soirée. Les cartes sont proscrites, ou presque : si George V daigne faire un bridge, sa femme ne touche jamais une carte. Si les heures passent trop lentement, elle joue au piano des passages de Mendelssohn et de Gounod, ses auteurs favoris.
La monotonie de cette vie saine et simple n'était interrompue que par des tournées de landlord, ou par des spectacles sportifs.

retour de
l’Inde : le prince débarquant à Portsmouth
Il y a à peine douze mois, le Prince et la Princesse quittaient Londres pour parcourir en automobile les routes et les villages de leur duché de Cornouailles. Les tenanciers, réunis dans le village de Saint-Columb Major, près de Newquay, leur souhaitèrent la bienvenue. « Je considère comme mon premier devoir, répondit le prince de Galles, de vous assurer le bonheur et l'aisance ; et j'aimerais que vous me considériez comme votre ami d'abord, et comme votre propriétaire ensuite. » Dans cette inspection qui dura plusieurs jours, le duc de Cornouailles sut d'un geste ou d'un mot conquérir tous les cœurs. Il exigea que les vieillards ne restassent point tête nue. Avant de quitter Exeter, il n'oublia pas de faire appeler à la station, pour lui serrer la main, un garçon d'écurie, John Hobbs, qui lui avait jadis servi de groom à Malte.
Lorsque ces devoirs de « gentleman farmer » ne remplissaient pas tout son temps, le Prince consacrait ses instants de liberté à assister, accompagné de ses enfants, aux principaux événements sportifs. Il n'a pas d'écurie de courses et d'ailleurs n'apprécie que médiocrement ce genre de spectacle. En revanche, il ne manque aucun des principaux matches de foot-ball. Le Rugby a ses préférences. Quant aux associations de lawn-tennis et de hockey, elles peuvent compter sur toutes ses sympathies.
George V élève ses enfants comme il a été élevé. Il leur donne une éducation bien anglaise. Dès que le cricket et le football eurent durci leurs muscles, quand le capitaine Welsh leur eut appris le métier de mousse, il embarqua ses aînés à bord de la Britannia, toujours ancrée dans la rade de Dartmouth. Mais les cadets ne couchent plus sur le vieux voilier. Ils habitent le somptueux collège bâti en amphithéâtre au-dessus du bourg historique, et d'où l'on entrevoit, par-delà la rivière encaissée, derrière les rouges labours du Devonshire, la ligne bleue de la mer.
George V prépare les bras qui devront un jour recueillir l'impérial trident : quoi qu'en pense le Kaiser, l'arme de Neptune reste l'apanage de la dynastie anglaise et de la nation britannique.
(Lectures pour Tous, Hachette, juillet 1910)

le prince
dans les soutes
C’est en tenue de soutier que, durant
une croisière dans les eaux turques, le futur George V apparut aux délégués du
Sultan. Ceux-ci en furent scandalisés.