L'abbé MICHEL EVEN
des Missionnaires diocésains de Paris
_____________
Pour des Soldats !
Brèves
méditations sur le Chemin de la Croix.

LAVAL. - LIBRAIRIE DELAPIERRE
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LAVAL.
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L'abbé MICHEL EVEN
DES MISSIONNAIRES DIOCÉSAINS DE
PARIS
POUR DES SOLDATS !
BRÈVES MÉDITATIONS
SUR LE CHEMIN DE LA CROIX

LAVAL
LIBRAIRIE DELAPIERRE
1915
(Reproduction
rigoureusement interdite).
Ces méditations du Chemin de la
Croix, « pour des soldats »,
et ces prières à Notre-Dame de la Merci, parleront puissamment
à leur coeur, surtout, pendant la guerre !
Nous souhaitons grand succès à l'ouvrage, et nous remercions
l'apostolique auteur, M. l'abbé Even.
Laval, 12 novembre 1915.
† EUGÈNE-J.
évêque de Laval.
†
A tous les chers jeunes gens qui m'ont
aidé et soutenu, de leur confiance, de leur affection, depuis que je
suis prêtre-soldat, mais très particulièrement à mes fils en Notre
Seigneur :
GEORGES d'A... enseigne de vaisseau, RAYMOND B... et RENÉ H... sergent et soldat du 54e Inf., HENRI M... aspirant, LOUIS N... et HENRI M... adjudants, GEORGES R... sergent,
du 124e Inf.,
je dédie cet opuscule !!
M.
E.
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PRÉFACE
Au cours d'une promenade, et quelques
jours avant leur départ pour le front ou la caserne, plusieurs jeunes soldats
et futurs soldats, me demandèrent de composer à leur usage
un court « Chemin de la Croix » !
Le voici !... je l'ai écrit au
courant de la plume, avec le secret espoir qu'il ne sera pas seulement utile
à ceux-là qui l'ont demandé, mais encore à quelques
autres, qui souffrent à l'armée, ou dans la solitude et
l'isolement de leur dépôt !!
J'y ai ajouté, encore pour
répondre à un désir, quelques notes rapides sur l'Ordre de
la Merci. Je dois dire pourquoi ! - On avait pris l'habitude dans le
groupe des jeunes gens dont je parle, de prier avec insistance pour les
prisonniers de guerre ! Or la
dévotion à Notre-Dame de la Merci s'imposait. Elle s'est
pieusement développée à la suite de circonstances qu'il
serait trop long de rapporter, mais qui manifestèrent, semble-t-il, que
Notre-Dame aime à être saluée sous ce titre ! Ce
que j'ai dit à ce sujet, les prières qui accompagnent aussi mon
très bref résumé historique, aideront peut-être
quelques-uns dans leur piété envers la Vierge-Sainte,
dans leur amour pour leur prochain, dans leur sincère désir d'une
fidélité absolue au service de Jésus-Christ, et je n'aurai
point par conséquent à regretter cette seconde partie de mon
opuscule cette humble fleur de ma reconnaissance et de mon amour filial, que
j'ai cru devoir planter pour mes amis,
dans le jardin radieux de Notre-Dame !
MICHEL EVEN,
†
prêtre missionnaire.
à Laval, en la fête de
l'Evangéliste saint Luc,
le 18 octobre 1915.


CONDITIONS A REMPLIR
Pour gagner les indulgences du Chemin
de la Croix
1° On doit être
en état de grâce et avoir un sincère repentir de ses
péchés.
2° Il faut, à
l'église, parcourir les quatorze stations, sans interruption notable
(1).
3° Aucune prière vocale n'est obligatoire. Il suffit
de méditer, mène brièvement, la Passion du Sauveur,
chacun selon sa capacité.
4° Les personnes qui possèdent un crucifix enrichi
des indulgences du Chemin de la Croix peuvent gagner ces indulgences en quelque
endroit que ce soit et pourvu qu'elles soient bien dans l'impossibilité
physique ou morale de se rendre à !'église ; il faut de plus
qu'elles tiennent leur crucifix dans leurs mains, et qu'elles récitent
vingt fois Pater, Ave
et Gloria, quatorze pour les stations, cinq en l'honneur des plaies
sacrées de Notre-Seigneur, et une fois
à l'intention du Souverain Pontife. Ces prières sont absolument
nécessaires, dans ce cas, pour gagner les indulgences. Par
impossibilité physique ou morale, on ne veut pas dire
impossibilité absolue, mais incommodité notable (2).
5° Les indulgences du Chemin de la
Croix sont les unes plénières et les autres partielles ;
elles sont très nombreuses. On ne peut gagner qu'une seule indulgence
plénière pour soi-même, mais on peut appliquer toutes
les autres aux âmes du purgatoire !
(1) Entendre la messe, recevoir la sainte communion, se
confesser, etc., seraient des interruptions qui n'empêcheraient pas le
gain des indulgences.
(2) Tous les aumôniers militaires ont les
pouvoirs pour attacher aux Crucifix ces indulgences.



Saint PIERRE PASCAL (1217-1300)
Religieux de l'Ordre de Notre-Dame de
la Merci, et évêque de Jaën en
Espagne avait été fait prisonnier par les Maures.
Il attendait à Grenade l'heure
de son martyre, et malgré toute sa foi, toute sa confiance en Dieu,
le saint évêque se prit à trembler à la
pensée du supplice prochain. Le divin Maître vint le
réconforter : « Pierre, j'étais homme, et, dans un corps
mortel et sensible, j'ai cruellement souffert pour toi ! »
Alors ces paroles lui rendirent la paix de l'âme et le courage.
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PRIÈRE
PRÉPARATOIRE
O mon Dieu, je vous adore et je vous
bénis de tout mon coeur. Je vous remercie de m'avoir fait
chrétien et je vous demande pardon pour toutes les fautes de ma vie...
Je vous supplie de m'aider dans tous les besoins de mon âme et de mon
corps.
... Je veux, en ce moment si dur,
raviver ma foi, et revivre par la pensée toutes les heures de la Passion
de Votre Fils, pour reprendre confiance en Lui, et surtout afin de recevoir de
Lui toute la force dont j'ai besoin pour l'accomplissement de mon devoir, de tout mon devoir, JUSQU'A LA MORT S'IL LE FAUT !
Sainte Vierge Marie, Mère des
âmes désemparées, venez aussi aider la mienne qui est
si faible, accompagnez-moi dans mon pèlerinage au Calvaire, aidez-moi
à bien comprendre Jésus que vous nous avez donné pour
notre bonheur et notre salut.
Amen.
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I
Le Seigneur Jésus est condamné à mort par
Pilate !
Seigneur Jésus, je vous vois
debout devant le Tribunal du mauvais juge, debout garrotté,
déjà couvert de sang..., insulté par la foule qui a
arraché une sentence de mort... Vous allez mourir, vous, l'innocent !
Hélas, votre volonté est
peut-être que je meure moi aussi... demain... ou aujourd'hui... loin des
miens que j'aime, tout seul, dans un coin perdu, enfin sans que quelqu'un soit
là pour me dire : petit soldat de France, ton sacrifice est utile pour
la Patrie... !
Eh ! bien ! J'accepte tout cela, bon
Jésus, en me rappelant que la mort est la punition du
péché. J'accepte de mourir où, quand, et comme vous
voudrez que je meure. J'accepte de mourir pour la réparation de mes
misères, pour mes parents, pour mes amis, pour la chère France...
Mais vous, Seigneur, soyez là tout près de moi, à l'heure
de mon agonie, avec la Vierge Sainte.
Amen.
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II
Le Seigneur Jésus est chargé de sa Croix !
Seigneur Jésus, ils vous ont
emmené du prétoire... et sur vos faibles épaules, ils ont
appesanti une trop lourde croix.
Sur mes épaules, à moi,
est placée la Croix de votre volonté, que j'adore et que
j'aime... comme elle est lourde cette croix... Il m'a fallu quitter mes
occupations habituelles..., ma vie bien simple de chaque jour pour venir ici...
à la caserne... dans un bureau, où le travail est
inaccoutumé et monotone... sur le champ de bataille où je souffre
dans mon corps, et dans mon coeur.
Apprenez-moi donc, Seigneur, ce que c'est que la résignation
chrétienne. Apprenez-moi à faire minute par minute tout ce qui
m'est demandé parce que c'est
votre volonté ; à le faire par amour pour vous, et du mieux
possible, ET JOYEUSEMENT.
Amen.
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III
Le Seigneur Jésus tombe sous le poids
de sa lourde Croix !
Je vous suis, Seigneur, moi pauvre,
moi pêcheur, moi misérable, je vous suis dans les rues
étroites de Jérusalem et je cherche mon chemin au milieu de la
foule qui hurle et qui blasphème... Mais me voici arrêté
brusquement... que se passe-t-il ? Seigneur, vous êtes tombé
sous le poids de votre Croix. Vous, le Tout Puissant, vous êtes
là... gisant... sur le pavé de la rue... !
Je comprends, bon Maître, vous
me reprochez mes faiblesses, mes lâchetés, mes chutes...
Combien de fois depuis que je suis au monde, combien de fois, lorsque vous
m'appeliez, j'ai détourné la tête en disant : « Je ne
puis plus ; je ne veux plus ». Mes mauvaises passions m'attiraient et
moi, fou, j'écoutais avec leur voix enchanteresse, l'appel du mauvais
plaisir ! Vous voulez, n'est-ce pas, me donner confiance, vous voulez que
je me ressaisisse. Je reviens à vous, bon Maître, comme l'enfant
prodigue de votre Evangile ; je reviens à vous, Mon bon Père, moi
aussi... et j'ai malgré tout, confiance dans l'Avenir... L'Avenir est
à vous !!!... en le préparant avec vous, c'est avec vous que
je serai en fin de compte, toujours, en ce monde ou en l'autre... La terrible
guerre, elle-même, ne peut pas nous séparer. Confiance donc, mon
pauvre coeur trop faible, confiance, fais de ton mieux, va ton chemin...
est-ce qu'il n'a pas dit ton Unique Maître : « J'ai vaincu le
monde ! » Est-ce qu'il n'a pas dit le grand disciple saint Paul : «
Je puis tout en celui qui est ma force » ? Soyez ma force, ô
Jésus, et mettez de la confiance plein mon coeur. Je me relève
comme vous avec vous... « A chaque jour suffit sa peine »...
Amen.

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IV
Le Seigneur Jésus rencontre
sa Sainte Mère !
Mais, est-ce bien vous que
j'aperçois, défaillante, écartant la foule qui murmure
avec mépris ? « C'est elle, c'est, la mère du condamné
». Est-ce bien vous sainte Mère de mon Dieu, qui venez au-devant
de votre pauvre fils ?... Voilà ce qu'ils en ont fait de votre
fils, ô Notre-Dame... Lui si bon, si doux, si miséricordieux...
ils en ont fait cet « Homme de Douleurs » tout couvert de sang que
prophétisait Isaïe... Pour le remercier, ils l'ont livré au
bourreau... Et c'est vous qui êtes là..., alors que vous auriez eu
tant de motifs pour demeurer chez vous, toute à votre douleur.
Pourquoi venez-vous ici, ô
Notre-Dame ?...
Oh ! Vous venez, parce que le véritable amour est plus
grand que la souffrance et plus fort qu'elle. Vous venez pour me donner une
leçon d'énergie à moi, pauvre petit soldat ! Comme vous
êtes grande, comme vous êtes forte, très Sainte-Mère...
Toute votre vie n'est qu'une leçon de courage, de volonté au
service de Dieu... A partir de l'heure où vous avez accepté le
désir du Tout-Puissant sur vous, à
dater de l'heure de la visite de l'Ange, et du jour où vous avez dit :
« je suis la Servante du Seigneur », depuis ce jour, vous avez
accepté toutes les tristesses. Debout auprès de Votre Fils vous
ajoutiez toutes vos larmes à ses larmes, toutes vos angoisses à
ses tortures... Or à cette heure particulièrement
amère, vous venez dire à ce cher Enfant : « Je suis
là pour souffrir encore avec vous ». Sainte Vierge, il me semble
que je ne vous avais jamais bien compris. Comme vous, je veux être
désormais debout auprès du Maître, pour le servir, pour le
faire aimer de tout mon pouvoir et de toutes mes forces et je ne veux que ce qu'il voudra, en toutes choses.
Amen.

![]()
V
Simon de Cyrène est requis par les soldats romains
et doit aider le Seigneur Jésus
à porter sa Croix
Quel est cet homme qui revient avec
ses fils de son champ, que les soldats arrêtent, qu'ils obligent à
vous aider ? Je le reconnais, c'est Simon de Cyrène. Le voici donc qui,
avec vous, relève la lourde Croix. Ainsi, Bon Maître, Vous, la Toute-Puissance Infinie, Vous, il faut qu'on vous aide, et
vous êtes épuisé à cette heure par le trop long
supplice... N'est-ce pas pour me faire souvenir que c'est vous aux heures de
misère qui êtes le Cyrénéen de mon âme...
Pourquoi donc l'ai-je oublié si souvent ; pourquoi au lieu de me
laisser entraîner par ma lâcheté naturelle, ne me suis-je
pas tourné vers vous pour vous demander secours ?... Seigneur, je vous
aime lorsque vous me comblez, et je ne vous aime plus, et je vous abandonne,
lorsque vous voulez éprouver mon amour... Il n'en sera plus ainsi,
lorsque je me sentirai tiraillé loin de vous, c'est à cette
heure-là surtout que je m'attacherai à votre Croix et que je vous
dirai (justement, parce qu'il me semblera que je n'y vois plus clair dans mon
chemin), que je vous dirai comme les pauvres aveugles du chemin de
Jéricho : « Jésus, Jésus, Fils de David, ayez
pitié de moi ». Alors, n'est-ce pas, vous viendrez, Seigneur,
et vous m'aiderez à porter ma croix !...
Amen.

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VI
Une pauvre femme prise de pitié essuie la Face
du Seigneur Jésus !
Seigneur, c'est encore une femme qui
me donne à moi, soldat, une leçon d'héroïque courage.
La voilà qui, sans crainte, écarte les soldats romains et essuie
dans un geste d'une infinie délicatesse votre pauvre visage tout
souillé de sang, de larmes, de poussière, de crachats... Moi,
est-ce que j'ai toujours été charitable et
particulièrement vis-à-vis de mon prochain... de mon prochain,
c'est-à-dire de mes chefs, de mes camarades, de mes amis, de mes ennemis...,
de mon prochain au sujet de qui. vous avez
dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même pour l'amour de Dieu
». Est-ce que je l'aime dans son corps, lui rendant avec joie tous les
services qu'il pourrait demander, quand même il abuserait de ma bonne
volonté, est-ce que je me suis efforcé de l'aimer dans son
âme en le soutenant dans le bien, en m'efforçant de le ramener
à Dieu, en évitant surtout d'être jamais pour lui une cause
de scandale, par une vie trop peu
conforme aux commandements de Dieu et de l'Église, une cause de scandale
par mes actes, mes paroles ???...
« Malheur à celui par qui
arrive le scandale ! »...
Puis, Seigneur est-ce que je n'ai pas
cherché à satisfaire en tout un monstrueux égoïsme,
en ne voulant que ce qui pouvait plaire à ma personne, que ce qui
pouvait tendre à me mettre en avant... et en étant partout,
à tort et à travers et toujours, d'une susceptibilité
déraisonnable, souvent absurde !...
Oui, Bon Jésus, j'ai
été tout cela, mais je veux encore sur ce point changer ma vie,
je veux lutter contre mon égoïsme… pour cela, je veux aimer
et servir le prochain héroïquement pour l'Amour de Vous !
Amen.

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VII
Le Seigneur Jésus
tombe pour la seconde fois !
Bon maître, je ne me trompe pas.
Vous voici tombé pour la seconde fois... sous le poids de votre Croix...
Oh ! comme ce chemin du Calvaire est long et
douloureux, comme cette marche est lente, dans les ruelles obscures et mal
pavées de la ville criminelle…
Mais pourquoi surtout cette seconde
chute, Seigneur ?... C'est pour m'apprendre ce que je ne sais pas encore assez
: qu'après chacune de mes chutes, je dois me relever moi aussi ;
hélas ! aussitôt que la réflexion
est venue, sans doute je sens en moi une immense, une effroyable
inquiétude... mais surtout je me sens tenté de perdre toute
confiance !... C'est que j'oublie, Seigneur, que vous avez dit à
l'apôtre saint Pierre, demandant combien de fois il fallait pardonner
à son ennemi : « Tu pardonneras autant de fois qu'il faudra
»... Oui, vous êtes bien disposé à agir ainsi pour
moi, Seigneur, et je l'oublie trop. Désormais, je vous en prie, lorsque
je sentirai mon coeur trop lourd, faites que le souvenir de cette seconde chute
me redonne du courage et de la force, et puissé-je ne me rappeler que
d'une chose : votre miséricorde et votre amour pour le pécheur
repentant !
Amen.

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VIII
Le Seigneur Jésus console les femmes
compatissante
de Jérusalem !
Seigneur, quelles sont ces plaintes,
ces larmes, qui sont ces femmes arrêtées et que vous
consolez ?... Ce sont celles qui depuis deux ans vous suivent et vous servent,
qui vous assistent de leurs aumônes, de leur sympathie, de leur
fidélité. J'entends ce que vous leur dites : « Ne
pleurez pas pour moi, mais sur vos enfants qui seront si durement
punis »… Je veux surtout les choisir comme des modèles
de fidélité dans l'apostolat... J'ai des devoirs à remplir
vis-à-vis de ceux qui m'entourent, je les ai bien souvent
négligés. Encore une fois, je veux me reprendre, et à
l'exemple de ces femmes si courageuses, je veux vous mieux servir. Je veux plus
que jusqu'ici je n'ai fait, me donner à
l'oeuvre de conquête, pour vous ! Grâce à vous, j'ai la foi,
la foi chrétienne et catholique dont je vis, qui est toute ma force,
toute mon espérance.
Est-ce que je n'ai pas gardé
trop jalousement et trop exclusivement pour moi ce trésor
sacré. Est-ce que sacrifiant à l'odieux respect humain, je n'ai
rougi parfois d'être fils de la Sainte Église Romaine, est-ce que
je n'ai pas gardé dans mon coeur, pour moi tout seul, mes saintes et chères
convictions ; est-ce que je me suis efforcé autant qu'il le fallait de
les faire partager aux autres ?... Autour de moi, il y a des âmes qui
souffrent parce qu'elles cherchent la Lumière, une réponse
à toutes sortes de questions, et qu'elles ne trouvent pas !... Est-ce
que je me suis efforcé de dissiper les préjugés, de donner
avec bienveillance les explications attendues, de faciliter le retour des
âmes égarées... Seigneur, je m'imagine, que ces pauvres
femmes que j'admire faisaient cela en Galilée autour de vous, qu'elles
facilitaient aux pauvres, aux timides, l'accès auprès de
vous... que cette humble et inlassable besogne d'un apostat de tous les
instants soit désormais la mienne... Que je sois fort dans cette lutte
nécessaire, ô mon Dieu, et faites que je rapproche de vous tous
ceux qui s'approcheront de moi !
Amen.
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IX
Le Seigneur Jésus tombe pour la troisième
fois !
Que vois-je ? Seigneur, vous voici
encore écrasé sous votre Croix… Mon Dieu que j'ai
pitié de vous. Mais que j'ai pitié de moi... Le
péché, mon
péché, est donc quelque chose de bien grave, puisqu'il a
fallu tant de souffrances pour l'effacer !... Oh ! mon
pauvre coeur de chair, que tu es misérable !... Bon Jésus,
laissez-moi vous demander encore de me prémunir contre le
découragement... C'est mon grand mal, et vous nous connaissiez bien
lorsque vous disiez dans le saint Évangile : « L'esprit est
prompt, mais la chair est faible... » A certaines heures, sous
l'influence de votre grâce, ou soutenu par la joie d'un effort couronné
de succès, je vous jure fidélité éternelle et je
crois tout facile ; hélas, qu'il faut peu de chose pour que je vous
oublie et pour que je tombe ! Puis, lorsque la faute est commise, je sens
l'angoisse dans mon coeur, avec un profond dégoût de
moi-même, je m'abandonne, et c'est l'instant que le démon
attendait, alors c'est une autre faute, puis peut-être, c'est toute une
suite de mauvaises heures, de mauvaises .journées !!
Avec un peu de volonté, de courage, et surtout de confiance en vous, je
me serais relevé ; purifié par le sacrement de Pénitence, rendu
plus méfiant vis-à-vis de moi-même, j'aurais repris ma vie
chrétienne... Le découragement auquel je me suis laissé
aller a empêché tout cela... Seigneur aidez-moi contre ce mal
qu'il me semble que je connaîtrai mieux désormais, assistez-moi,
fortifiez-moi, aidez-moi à revenir à vous, coûte que
coûte.
Amen !

![]()
X
Le Seigneur Jésus est dépouillé de ses
vêtements !
Mon bon Seigneur, ces hommes maudits
arrachent violemment les loques, qui vous couvrent.... rouvrent vos
blessures... et voilà le sang qui jaillit... Vous êtes nu,
exposé aux injures de cette foule ignoble amassée sur le
Golgotha. Quelles ignominies, quelles insultes, quel odieux spectacle...
Seigneur, je m'humilie et je rougis de honte au souvenir de tout ce qui a
souillé ma vie. J'offre votre souffrance et celle de cette
heure-là en expiation de toutes les fautes que j'ai pu commettre contre
la très sainte pureté à laquelle je dois être
fidèle... Bon Jésus, j'ai oublié si souvent que je
vous appartiens depuis le saint Baptême, que j'ai été
maintes fois purifié par votre sang dans le sacrement de
Pénitence, que j'ai été nourri par votre chair adorable
dans le sacrement de l'Eucharistie... J'ai oublié tant de fois votre
Amour, vos bontés, que mon corps et mon âme créés
par vous, aidés si souvent par vous, parce
qu'ils sont soutenus sans cesse par vous, ne peuvent être
qu'à vous !... Oh
Pardon, Seigneur, d'avoir laissé errer mon imagination sur tant de
mauvais souvenirs...! Pardon, Seigneur, d'avoir désiré tant de
crimes pour lesquels l'occasion seule a manqué… pardon pour les
paroles grossières, qui ont souillé mes lèvres...
pardon pour mes regards avides, et pardon pour les diverses fautes auxquelles
j'ai pu me laisser entraîner... Oh ! Seigneur, pardon pour tout
cela... Je ne suis qu'un pécheur, faites-moi miséricorde, ô
vous, Toute Bonté... ne vous souvenez plus de ce que j'ai pu commettre
de fautes et par pensées, et par paroles, et par actions..., ne
regardez pas mes péchés, mais le sang que vous avez
répandu pour moi... et puis aidez-moi dans l'avenir, à lutter
contre moi-même. Gardez-moi pur, de corps et de coeur..., car je vous le
demande par l'intercession toujours exaucée de votre Mère
Très Sainte, la Reine de toute Pureté, qui est aussi ma Mère à moi, puisque
vous l'avez voulu, au Calvaire !
Amen.
![]()
XI
Le Seigneur Jésus est cloué
à la Croix !
Mon Dieu, en vous voyant
attaché à la Croix je n'ai plus le courage de me
plaindre !... Pour la réparation de mes fautes, pour mes amis, pour
mes ennemis, pour la Sainte Église Catholique et pour le rachat des
pauvres âmes pécheresses, je vous offre tout ce que je souffre
dans mon corps... Unissant ma souffrance à votre grande souffrance, avec
simplicité, avec amour, avec joie, je vous offre mes privations de
chaque jour... et d'une manière générale, tout ce qui me
paraît dur dans ma vie de soldat... Je vous offre les maladies à
venir, les atroces blessures que j'aurai peut-être à subir, tous
les dégoûts résultant de ma situation et de mes occupations
actuelles et inaccoutumées..., oui je
cloue moi aussi mon pauvre corps à la Croix, parce que je vous aime
ô Seigneur Jésus, et en esprit de réparation, de
rachat... !!
Amen.
![]()
XII
Le Seigneur Jésus meurt sur la Croix !
Je vous offre aussi, Seigneur, toutes les
souffrances de mon âme, toute l'amertume de mon coeur, toute la tristesse
qui m'écrase. Je vous offre cette inquiétude, cette incertitude
de l'avenir dans laquelle il me faut présentement vivre. Je vous offre
toutes les affres de mon agonie. Demain, je serai peut-être tout seul, et
mourant dans la boue du champ de bataille..., loin de mes parents…,
loin de mes amis..., sans même savoir si la bataille a été
gagnée..., puis ne voyant aucun secours possible, ou prochain !... Mon
Dieu, je vous offre cette grande détresse..., unissant encore une fois
mes souffrances à vos souffrances, les larmes de mon coeur aux larmes de
votre Mère, que je vois là, debout au pied de la Croix, je vous
demande toute l'énergie dont j'ai besoin dans l'accomplissement de mon
devoir intégral, et pour me préparer à ce sacrifice de
moi-même que vous m'imposerez peut-être, bientôt.
Amen.
![]()
XIII
Le Seigneur Jésus est déposé dans
les bras de sa Sainte Mère !
Abandonnant mon corps à la
terre n'importe où..., mais vous donnant mon âme, je vous
supplie, Seigneur, maintenant, pour ma Patrie ! Donnez-lui la victoire et
que les ennemis ne puissent jamais se glorifier d'avoir effacé pour
toujours de la carte du monde, Celle qui est la « fille
aînée de votre Église », le « Royaume de Marie
» !!
Donnez-lui la victoire, fut-ce au prix
de mon sang. Mais je veux surtout pour elle que le retour à la paix soit
marqué par un sincère retour à la Foi. Seigneur
Jésus... Quelles qu'aient été les erreurs de quelques-uns,
dans mon pays, souvenez-vous qu'en aucun peut-être du monde, vous ne
fûtes cependant plus aimé et vous ne fûtes mieux servi... Ne
vous souvenez pas des fautes, mais du bien accompli chaque jour...
Souvenez-vous, Seigneur, des petits enfants qui prient, des pauvres
mères qui pleurent, des vrais chrétiens qui luttent, de vos
prêtres qui souffrent, occupés à d'autres besognes
qu'à celles pour lesquelles vous les aviez choisis... Souvenez-vous de
tout ce que la France Catholique donne chaque jour d'amour et de
fidélité à votre service, et à cause de cette
France-là, pardonnez à toute la France !!!...
Puis faites qu'après la guerre
nous soyons tous plus unis autour de vous, ô Jésus, seule Voie,
seule Vérité, seule Vie !
Amen.

![]()
XIV
Le Seigneur Jésus est mis dans le
tombeau !
Enfin mon Dieu, pendant qu'on rend
à votre Saint Corps les derniers devoirs, laissez-moi vous faire une
dernière prière pour ceux que j'aime : les vivants..., mon
père et ma mère, mes frères et soeurs... tous ceux qui souffrent loin de moi en
pensant à moi... après ma famille par la chair, laissez-moi vous
recommander ma famille par le coeur, mes amis, tous ceux-là que j'ai
choisis pour pouvoir leur donner ce nom !... J'accepte de souffrir pour eux
aussi, pour le bien de leurs âmes, et je vous offre, par avance et pour
eux, ma toute dernière pensée... Je vous offre aussi ma
prière et ma misère pour les défunts..., ceux surtout qui
me touchent de près, parents ou amis. O mon Dieu, ayez
pitié ! Vous êtes ma force, vous êtes ma joie, vous
êtes mon Unique espoir !
Ainsi soit-il !
![]()
Prière à
Jésus
Ame de Jésus, sanctifiez-moi.
Corps de Jésus, sauvez-moi.
Sang de Jésus, enivrez-moi.
Eau du côté de Jésus, lavez-moi.
Passion de Jésus, fortifiez-moi.
O bon Jésus, exaucez-moi.
Dans vos saintes plaies cachez-moi.
D'être séparé de vous
préservez-moi.
Du perfide ennemi défendez-moi.
A l'heure de la mort appelez-moi.
Et de venir à vous commandez-moi
Pour que je vous loue avec vos Saints
Dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

![]()
Prière à
la Vierge Marie,
MÈRE
DES DOULEURS
V. O vous qui passez par le chemin,
R. Regardez, voyez s'il est une douleur
semblable à la mienne !
ORAISON
O Dieu qui avez permis que, dans votre
Passion, selon la prophétie de Siméon, un glaive de douleur
transperçât le très doux Coeur de la glorieuse Vierge
Marie, votre Mère, accordez-nous de ressentir en honorant ses douleurs
les heureux effets de votre Passion, par les prières des Saints qui sont
restés fidèlement près de la Croix avec elle, nous vous en
prions, ô vous qui vivez et régnez avec le Père et le
Saint-Esprit dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
(Oraison de l'office liturgique pour la fête de
Notre-Dame des Douleurs).
![]()
Autre Prière
à Notre-Dame des Douleurs
O Vierge et Mère très
sainte ! dont l'âme a été transpercée
d'un glaive de douleur dans la Passion de votre divin Fils, et qui avez
éprouvé à sa glorieuse résurrection la joie
éternelle de son triomphe, intercédez pour nous qui vous en
supplions, afin que nous nous associions tellement aux adversités de la
sainte Eglise et aux douleurs du Souverain Pontife, que nous méritions
de nous réjouir aussi avec eux des consolations désirées,
dans la charité et la paix du même Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il !
Indul. de 200 jours, une fois le jour,
applicable aux âmes du Purgatoire, aux fidèles qui, le coeur
contrit, réciteront dévotement cette prière. Décret
en date du 25 janvier 1906.
Je vous salue, Marie pleine de
grâce, priez pour la rédemption des prisonniers et des
pécheurs !
Amen !
NOTRE-DAME DE LA MERCI
Bénissant les Saints et Saintes
de son Ordre.
St Sérapion,
martyr ; Bse
Marianne de Jésus ;
St Pierre Pascal, martyr ; St
Pierre Armengol ;
St Pierre Nolasque
; Ste
Marie de Cervellion.
St Raymond Nonnat ;

SAINTE VIERGE MARIE ,
Notre-Dame de la Merci
Protectrice et Libératrice des
Prisonniers,
Consolatrice de ceux qui souffrent,
Priez pour nous et pour
ceux que nous aimons !
_______
« Celui-là
vraiment aime ses amis
qui donne sa
vie pour eux ! »
ST JEAN. xv. 13.
†
Dans la nuit du 1er
août 1218, la Très Sainte Vierge apparut, en la ville de
Barcelone, à saint Pierre Nolasque, chevalier
français, chassé de son pays par l'hérésie
albigeoise. Elle lui donna l'ordre de fonder une nouvelle famille religieuse pour
le rachat des chrétiens faits prisonniers par les Turcs et
emmenés en esclavage par eux en pays musulman.
Les nouveaux Religieux devaient ajouter aux trois vieux ordinaires
(pauvreté, chasteté, obéissance) un quatrième voeu
d'après lequel ils se donneraient eux-mêmes comme esclaves en
échange des chrétiens, lorsque cela serait nécessaire au
bien des âmes et des corps de ceux qu'ils venaient racheter !
Pendant sept siècles,
malgré les difficultés les plus invraisemblables, les
frères de la Merci sont allés accomplir leur office de
charité sur la terre d'Afrique, où les malheureux esclaves
chrétiens étaient exposés à toutes les souillures, à toutes les misères
morales et physiques, et à tous les supplices.
Un grand nombre de Mercédaires
sont morts esclaves et martyrs pour accomplir jusqu'au bout leur voeu
d'héroïsme, et ce fut le cas de saint Sérapion,
de saint Pierre Pascal, de saint Pierre Armengol, que
l'Église a placé sur ses autels, de bien d'autres encore !
Ils se donnèrent, en outre,
à tout ce qui pouvait aider au bien matériel et spirituel du
prochain.
Cet ordre si charitable et si grand se
répandit dans tous les pays chrétiens, dans le nôtre en particulier, où il a rendu les plus
grands services jusqu'à la révolution de 1793 !
C'est ainsi qu'une des gloires de la
Merci, sainte Natalie de Toulouse (1312-1355),
appartient à Notre Terre de France. Religieuse tertiaire de l'Ordre elle
ne cessait de prier et de faire pénitence pour attirer les
bénédictions de Dieu sur les Frères employés
à leur charitable ministère
de Rédemption, et aussi pour les captifs qu'ils devaient
délivrer. Sa sainteté était si éminente que,
même de son vivant et des contrées les plus
éloignées, on avait recours à son intercession
auprès de Dieu, comme si déjà elle eût joui de la gloire
éternelle !
On cite en particulier ce trait de sa
vie : En 1349, les frères de Toulouse avaient eu le bonheur de racheter
dans les États barbaresques d'Afrique une centaine de captifs. Une
femme, retenue dans la fange du vice par un maître apostat qui avait
pourtant reçu la rançon, échappa, au dernier moment,
à la vigilance des Pères Rédempteurs et retourna pour
reprendre des chaînes qu'on avait promis de lui dorer. Le P. Clavier,
religieux du couvent de Toulouse, après avoir employé
sans succès tous les moyens humains pour la recouvrer, et ne sachant
plus que faire, eut recours à Dieu par l'intercession de soeur Natalie.
Au moment où le Religieux
formulait cette prière, Natalie fut avertie
miraculeusement de la peine du bon frère et du danger de se damner que
courait la malheureuse captive.
Elle veut la délivrer, elle
supplie Notre Seigneur, et aussitôt entraînée par un
ange, elle se trouve sur la terre africaine : surprenant la malheureuse femme,
elle la conduit auprès des Pères qui la cherchent. La captive,
étonnée de se retrouver tout à coup sur le navire
où elle avait refusé de monter, tremblante, émue, demande
à se confesser et à faire pénitence. Elle raconte au P.
Clavier, et aux autres Rédempteurs, qu'étant dans la demeure de
son maître, une femme portant le blanc costume des Pères de la
Merci s'est présentée à elle et lui a adressé ces
reproches :
« Je suis Natalie,
humble fille de Notre-Dame de la Merci et je suis par conséquent dans
l'obligation de prier pour mes frères et pour la délivrance
des captifs ! Or, le Seigneur m'a révélé ta faute
honteuse, mais je lui ai demandé miséricorde pour toi. Dieu
a exaucé ma prière, et voici qu'un ange m'a transportée
ici pour te délivrer.
« Hâte-toi de laisser ta
vie criminelle, sans quoi tu brûleras éternellement dans l'enfer.
« A ces paroles, ajoutait la
captive repentante, je suis tombée comme morte, et je n'ai plus rien su.
Je ne sais par qui, ni comment, je me trouve dans ce navire où je n'ai
pas voulu d'abord entrer. Je demande à Dieu pardon de mes fautes ;
j'ai horreur de ma vie passée ; je vous supplie, par les mérites
de Jésus crucifié, en la foi duquel je veux vivre et mourir, de
me conduire où vit cette sainte Religieuse, afin que je la serve et que
je puisse baiser la terre où elle pose ses pieds.
En prononçant ces mots, elle
répandait une telle abondance de larmes, qu'il fut nécessaire de
la consoler et de la ranimer, de peur que la douleur qu'elle avait
conçue de ses fautes ne lui fit perdre la vie.
Son pieux désir fut exaucé ;
elle fut amenée à Toulouse auprès de sa libératrice
et termina sa vie dans la pénitence.
En souvenir de cet étonnant miracle, on invoque depuis ce temps la
grande sainte en faveur des prisonniers et des pécheurs obstinés.
Beaucoup d'autres religieux ont
été donnés par la France à l'oeuvre de la Merci, et
l'on garde dans l'Ordre avec vénération, le souvenir et le culte
des Bienheureux Martyrs, Justin de Paris, Raymond de Toulouse et Pierre de
Perpignan !
Maintenant que leur sublime rôle
de « Rédempteurs » est rendu inutile par la
quasi-suppression de l'esclavage chrétien en Afrique, les Religieux
Mercédaires se livrent au ministère de la prédication et
de l'éducation chrétienne. Détruit, comme nous l'avons
dit, en France par la Révolution, l'Ordre a pris un regain
d'activité en Italie, en Espagne, dans l'Amérique Espagnole
(où les Mercédaires arrivèrent avec les premiers
conquérants) et il peut espérer dans un glorieux avenir au
service de Dieu et des âmes.
Les religieuses furent fondées,
d'abord au XIIIe siècle, par sainte Marie de Cervellion, à Barcelone, puis, de nouveau au XVIIe
siècle, à Séville, par le Vénérable P. de Vélasco, et à Madrid, par la bienheureuse
Marianne de Jésus. Elles se sont répandues partout (1).
Enfin les fidèles chrétiens, désireux de participer
aux mérites et aux prières de cet Ordre admirable se
constituèrent très vite en « confréries » ou
s'attachèrent plus intimement à lui par le Tiers-Ordre
séculier, dans le but de l'assister dans ses oeuvres de
miséricorde. Ils
portèrent toujours avec une sainte confiance le scapulaire blanc de
Notre-Dame de la Merci, que le Saint-Siège enrichit au cours des
siècles d'indulgences et de bénédictions et
participèrent activement par la prière et par l'aumône
à l'oeuvre de la Rédemption des Captifs. Depuis le début
de la guerre la dévotion à N.-D. de la Merci a repris en France
un grand développement, la Très Sainte-Vierge
ayant protégé d'une manière efficace beaucoup de ceux
qui ont aimé à l'honorer sous ce beau titre de
Miséricordieuse et qui ont voulu apprendre par l'exemple des saints d'un
Ordre qu'elle a fondé Elle-même, la nécessaire leçon
d'une héroïque charité.
(1) La maison-mère des
religieuses françaises est à Aix-en-Provence
(Bouches-du-Rhône).
__________
Esprit dans lequel il faut
revêtir
et porter le Scapulaire de la Merci.
Ce scapulaire est une diminution du
grand habit des religieux donné par la Sainte-Vierge
à saint Pierre Nolasque.
Il est blanc, en souvenir de la
pureté immaculée de Notre-Dame ; et il porte
l'écusson de l'Ordre (la croix blanche et « les quatre barres
sanglantes d'Aragon », en souvenir du roi Jacques le
Conquérant, l'un de ses fondateurs.)
Il est, tout d'abord, pour le
chrétien fidèle à ses devoirs et de bonne volonté,
un gage de la protection de la Vierge.
Puis, il donne droit à tous les
mérites, à toutes les prières de ceux ou de celles qui se
sont sanctifiés et s'enrôleront au cours des siècles dans
la famille mercédaire.
Celui qui le porte doit
pénétrer le plus possible dans l'esprit de l'Ordre auquel il
appartient désormais spirituellement :
Esprit de confiance filiale envers la Très Sainte Vierge,
Esprit de zèle et d'apostolat au service de Jésus-Christ,
Esprit de charité héroïque envers le prochain malheureux
et souffrant, et parfois si pénible à supporter,
Esprit de lutte acharnée contre les deux plus grands maux de la
société moderne : l'égoïsme et l'amour du
bien-être matériel,
Esprit de réparation, enfin, et de rachat pour tous les
péchés commis chaque jour dans le monde !
Les fidèles doivent se faire
imposer le scapulaire de la manière accoutumée,
c'est-à-dire par un prêtre muni des pouvoirs nécessaires
(1), et peuvent faire bénir ensuite une médaille scapulaire.
(1) Demander directement ces pouvoirs
au R. P. Procureur Général de la Merci.
36, Via Bonella. Rome.
AVIS TRÈS
IMPORTANT
Pour les Soldats de
terre ou de mer
enrôlés sous les drapeaux.
Par un indult Pontifical du 22 mars
1912, le Pape Pie X permet aux membres des armées de terre et de mer sous les
armes de s'agréger à tous les scapulaires en recevant
simplement la médaille scapulaire, sans aucune imposition
préalable des scapulaires de laine !
Cette agrégation vaut pour le reste de la vie.
Il faut donc remettre à nos
soldats ou marins une médaille scapulaire, représentant, autant
que possible, d'un côté Notre-Dame de la Merci, de l'autre le
Sacré-Coeur, et leur recommander de la porter toujours avec
piété et confiance, en tout cas décemment (on peut la
mettre dans son porte-monnaie, ou, dans son portefeuille ; en temps de guerre, nous recommandons d'attacher solidement cette
médaille au cordon de la plaque d'identité).
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TROIS PRIÈRES
A NOTRE-DAME DE LA MERCI !
1° Prière pour demander à la Très Sainte Vierge
par l'intercession des Saints Mercédaires, la charité héroïque
au service de Dieu et du prochain.
Mon Seigneur Jésus-Christ, vous
avez inspiré à votre mère de nous rappeler au devoir de la
charité, en fondant l'ordre de la Merci, destiné au rachat des
chrétiens captifs chez les Turcs infidèles, vous avez voulu
surtout que les religieux de cet ordre après leurs prières
et leurs aumônes, se donnent eux-mêmes lorsque ce serait
nécessaire au bien des âmes et des corps. Accordez-nous un peu de
cette charité héroïque dans nos rapports quotidiens avec
ceux qui nous entourent.
Ayez pitié de nous tous, mais
faites particulièrement miséricorde à ceux qui pleurent,
à ceux qui souffrent, à ceux qui tremblent, enfin à ceux
qui sont retenus prisonniers pour quelque cause que ce soit.
Nous vous le demandons (nous surtout qui
portons l'habit ou le scapulaire de N.-D. de la Merci), nous vous le demandons
: d'abord par l'intercession de la Très Sainte Vierge, céleste
fondatrice de cet ordre, puis en vertu des mérites de saint Pierre Nolasque, des saints martyrs Pierre Armengol,
Pierre-Pascal, Raymond Nonnat
et Sérapion, des saintes Moniales, Marie de Cervellion et Marie-Anne de Jésus, tous ces
fidèles serviteurs et servantes qui ont suivi Notre-Dame dans son appel
à la charité, et qui ont su aimer le prochain pour Dieu, souvent
jusqu'à en mourir !
Amen.
2° Prière
pour les Soldats et les Prisonniers.
Très Sainte Vierge de la Merci,
qui, par amour pour les pauvres chrétiens esclaves, avez voulu descendre
sur la terre pour ordonner qu'on les délivre de la tyrannie des Turcs,
arrachez-nous au péché qui nous opprime, éloignez de nous
tous les périls et donnez-nous la force contre les tentations, afin que
nous soyons, avec votre assistance, purs, chastes et forts dans notre foi !
Puis, gardez, ô mère, nos soldats qui sont à combattre
pour la Patrie. Nous vous les recommandons humblement ; faites que la
Victoire leur sourie, mais surtout qu'ils se trouvent en état de
grâce si la mort les appelle devant le trône de votre divin Fils.
S'ils doivent tomber prisonniers de nos ennemis, donnez-leur, ô
Sainte Mère, le courage et la force nécessaire pour supporter
avec une chrétienne résignation les épreuves de la
captivité ; puis, nous vous en prions, obtenez-leur, en
récompense de leur sacrifice, une absolue fermeté dans leur foi
si elle venait à être mise à l'épreuve pour quelque
motif que ce soit.
Voilà ce que nous vous
demandons de tout notre coeur pour nous et pour eux, ô clémente,
ô pieuse, ô douce Vierge Marie !
Amen.
3° Autre prière pour les Prisonniers.
Très Sainte Vierge Marie, du
haut du ciel où vous régnez auprès de votre Fils
béni, jetez sur nous tous un regard de miséricorde. A cette
heure, nous sommes malheureux, venez à notre secours, ô Mère
des désemparés, intercédez pour nous qui souffrons tant et
que cette souffrance parfois trouble.
Nous vous supplions très
particulièrement pour ceux qui sont retenus prisonniers, loin de leur
Patrie, loin de leurs familles, malades, inquiets, isolés. Ayez
pitié de ceux qui peuvent perdre la foi, ayez pitié de ceux qui
ne l'ont plus, avez pitié de ceux qui cherchent et qui ne trouvent pas
la vraie Lumière, ayez pitié de ceux qui marchent seuls dans la
vie, ayez pitié de ceux qui souffrent dans leur corps !
Protégez leur vie,
protégez leur âme, protégez leur foi et puis ramenez-les au
foyer familial, ô Notre-Dame de la Merci, sains et saufs, surtout
meilleurs chrétiens.
Amen.
Prière que l'on peut réciter matin et soir en baisant, autant
que possible, le Crucifix ou la médaille scapulaire !
« Coeur sacré de
Jésus, je vous offre mes peines, mes fatigues et toutes mes souffrances,
pour la rémission de mes péchés, pour tous ceux qui se
sont recommandés à mes prières, pour tous ceux que j'aime,
pour tous les soldats morts à la guerre, pour les pauvres âmes du
Purgatoire et pour le salut de la France !
Coeur sacré de Jésus, je
crois à votre amour pour moi ! »
IMPRIMATUR
Valle Guidonis, die 27 a Octobris 1915,
A. LEBRETON, vic.-gén.

St-PIERRE NOLASQUE (1192-1256)
« Il y avait dans sa cellule une
Croix devant laquelle il méditait sur la Passion du Seigneur… puis
seulement, un pauvre escabeau de bois, ni lit, ni table, mais une image, aussi, de la
sainte Vierge ».
Mémoires du fr.
Pierre de Amer, compagnon du Saint († 1301).